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CHAPITRE XIII

SINGULliRE DÉCOUVERTE.

Pendant plus d’une heure encore, les trois amis virent leur patience à l’épreuve. L’éléphant était toujours là, continuant ses péramhulations et creusant autour du rocher une piste profonde, qui ressemblait à celle d’un cirque après une représentation nocturne.

Inutile de répéter combien le temps paraissait long aux spectateurs de cette promenade, sans parler de Fritz, qui aurait désiré que la séance fût plus courte.

Mais le programme aurait pu être moins agréable à nos jeunes gens qu’il ne le fut en réalité, car le hasard y introduisit un mtermède d’un si grand intérêt, surtout pour le naturaliste, qu’ils en oublièrent un instant qu’ils étaient assiégés.

Favorisés par leur situation, les trois chasseurs furent témoins de l’un de ces épisodes qui ne se produisent qu’au sein d’une nature sauvage.

A peu de distance de l’arbre où ils s’étaient réfugiés, il

s’en trouvait un autre d’égales dimensions; mais d’une espèce entièrement différente. C’était un platane; Gaspard, lui-même, très-ignorant en botanique, ne pouvait s’y tromper ; l’écorce unie, tachetée de vert et de gris blanchâtre, les rameaux laidement étalés, ainsi que la forme des feuilles, ne laissaient aucun doute à ce sujet; c’était bien un platane, absolument pareil à celui qu’en Europe on nomme platane d’Orient.

Ce bel arbre a pour habitude de se creuser avec l’âge ; non-seulement la partie inférieure de sa tige offre des cavités profondes ; mais il en présente en haut du tronc, et même dans ses plus fortes branches.

Celui dont nous parlons, situé à quelques pas des trois chasseurs, devenait le point de vue naturel de nos amis, chaque fois qu’ils détournaient leurs regards du manège de l’éléphant; et la rareté du feuillage de cet arbre permettait d’en voir le tronc et les branches principales.

Gaspard, qui avait le coup d’œil rapide et sûr, venait à peine de jeter les yeux pour la seconde fois dans la direction du platane, lorsqu’il y aperçut quelque chose de très-particulier. C’était sur le tronc de l’arbre, à six pieds environ des premières branches, que se trouvait cet objet bizarre. On aurait dit une espèce de corne, pareille à celle d’une chèvre, ou plutôt la défense d’un très-jeune éléphant, et peut-être la dent courbe d’un rhinocéros. Cela paraissait planté dans l’arbre, et avait la pointe dirigée vers la terre. Dans tous les cas, ce n’était pas une branche, ni aucun appendice du platane.

Gaspard, dont cette chose attirait l’attention, crut une

ou deux fois la voir bouger ; mais il n'en était pas sûr, et n’en dit rien, de peur que les autres ne vinssent à se moquer de lui. C’eût été du reste la première fois que le botaniste, malgré sa supériorité, se fût permis de rire aux dépens de son frère.

Cependant, fort intrigué par ce machin, qui vraiment paraissait mobile, Gaspard n’en détourna plus les jeux. Il aperçut alors autour de cette chose, un disque, trèsdifférent de l’écorce du platane ; la couleur en était beaucoup plus foncée, et comme dimension, il pouvait avoir huit ou dix pouces de diamètre.

Cette plaque, de forme ronde, n’était pas composée d’une matière ligneuse ; du moins elle n’en avait pas l’air, et différait autant du bois que le machin dont elle entourait la base. Si on avait demandé à Gaspard à quoi elle ressemblait, il aurait cité, comme objet de comparaison, la terre gâchée dont les hirondelles bâtissent leurs nids ; et certes on aurait pu croire que c’était la même substance.

Notre jeune homme continua l’examen de ces deux objets ; toutefois ce ne fut qu’après avoir acquis la certitude que la machine qui sortait du disque était vivante, qu’il fit part de sa découverte à ses compagnons.

Il n’y avait pas à en douter ; l’e.spèce de corne était douée de mouvement, puisqu’elle venait de disparaître, comme si on l’eût tirée de l’intérieur, laissant à sa place un trou noir, percé au milieu du disque.

Bientôt d’ailleurs cette corne jaunâtre apparut de nouveau ; elle repassa par le trou, et reprit son ancienne attitude.

Gaspard, ’au comble'de [la surprise, ne pouvait pas rester plus longtemps seul dépositaire d’un pareil secret; il le dit à son frère, et le Shikarri eut naturellement sa part de la découverte.

Les yeux de Karl et d’Ossaro prirent en même temps la direction du platane ; mais, le botaniste, en dépit de ses connaissances, ne fut pas moins intrigué que Gaspard à la vue de cette corne jaunâtre.

Il n’en fut pas de même du Shikarri ; dès qu’il eut aperçu la courbe d’ivoire, et la plaque brune d’où elle sortait, il dit tout simplement d’un ton d’indifférence ;

« C’est un nid de calao. »

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