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INTERVENTION DE FRITZ

Il est impossible de dire comment l’affaire se serait terminée, si les deux parties avaient été abandonnées à elles-mêmes. Selon toute probabilité , le quadrupède aurait triomphé de l’oiseau ; la citadelle aurait été prise, la couveuse arrachée du nid, peut-être dévorée, et le vainqueur eût ensuite gobé les œufs.

Mais il était écrit au livre du destin que ce petit drame aurait un autre dénoûment. La lutte se prolongeait avec des chances à peu près égales des deux côtés, lorsqu’un incident imprévu, suivi de plusieurs autres, vint changer la nature du débat, et amena une conclusion à laquelle ne s’attendaient ni les combattants, ni ceux qui les regardaient.

Le premier de ces épisodes, celui qui détermina la crise d’où tous les autres découlèrent, fut assez drôle pour provoquer les rires des spectateurs.

Il arriva par hasard que le chitoua, en parant les coups

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de son antagoniste, fit un mouvement qui le plaça de profil, et qu’un de ses yeux fut précisément en face de la petite ouverture qui servait de fenêtre au nid du calao. Ne supposant pas qu’il eût rien à craindi e dans cette direction, il ne pensait à défendre que sa partie découverte. Mais la femelle, qui, de l’intérieur de sa cellule, voyait assez bien ce qui se passait, ne pouvait rester impassible en face d’im combat dont sa nichée était l’enjeu, sans parler de sa propre vie. Elle saisit donc l’occasion qui lui était offerte, car la joue du panda se trouvait à sa portée, et rentrant sans bruit dans sa cellule, afin de prendre son élan, elle rejeta au dehors son grand bec d’ivoire, qui, lancé avec force, alla tomber comme une pioche dans l’œil droit du panda, où il pénétra jusqu’au fond.

Ahuri par la surprise, non moins que par la douleur que lui causait sa blessure, le plantigrade jeta un cri perçant, et dégringola aussitôt, n’ayant plus d’autre désir que de s’éloigner en toute hâte.

Il y serait parvenu sans aucun doute, et en aurait été quitte pour la perte d’un œil, si un autre quadrupède, avec lequel il devait avoir maille à partir, n’avait eu les yeux sur lui.

Ce quadrupède c’était Fritz. Attiré par le bruit du combat, il avait gagné le platane, et levant la tête, il avait suivi du regard la lutte qui se passait à l’étage supérieur.

Il est plus que probable que la sympathie du brave limier fut dès lors acquise au bon droit, et qu’il embrassa immédiatement le parti du bucéros.

Mais quelle que fût sa première impression, il est

certain qu 'aussitôt que le panda eut mis pied à terre, il se jeta sur lui avec autant de fureur que s’il eût rencontré son plus cruel ennemi.

En dépit de la soudaineté de cette nouvelle attaque, non moins imprévue que le coup qu’il avait reçu dans l’œil, le panda manifesta l’intention de ne céder le terrain qu’après l’avoir disputé; et malgré l’infériorité de ses forces, il résolut de faire au moins à son antagoniste une ou deux égratignures dont celui-ci emporterait le souvenir dans la tombe.

Mais en ce moment l’honnête Fritz courait un bien autre danger que celui dont le menaçait les ongles du panda ; et si, par hasard, en bondissant pour éviter un coup de griffe, il n’avait pas tourné les yeux dans une direction particulière. Userait tombé sous les coups d’un ennemi qui ne lui aurait pas montré plus de pitié qu’il n’en ressentait pour le chitoua.

Heureusement, disons-nous, qu’il détourna les yeux, car ce n’était rien moins que l’éléphant qui, le regard animé par la vengeance, et la trompe levée pour le saisir, se dirigeait vers lui.

Fritz n’eut pas besoin de réflexion pour savoir ce qu’il avait à faire. Il lâcha le panda comme si l’animal eût été empoisonné, et s’enfuit à toutes jambes dans la direction contraire à celle de l’éléphant. Un tiers de minute après on ne voyait plus que le bout de sa queue dont la pointe disparut dans le fourré.

De tous les individus qui prirent part à cette curieuse affaire, le panda est peut-être celui qui inspire le moins de pitié, et c’est lui pourtant qui fut le plus malheureux.

Il n’avait trouvé que des ennemis dans ceux qu’ü avait rencontrés, et le dernier de tous devait l’expédier lestement.

En apercevant Fritz, l’éléphant était revenu à la charge, et cette fois avait bien résolu de se venger. Mais Fritz disparaissant de nouveau, il renonça au projet de le poursuivre.

C’est alors que découvrant le chitoua, il le prit pour sa victime.

Presque aveuglé par la perle de son œil, et à demi dévoré par le chien, ce pauvre panda ne s’aperçut pas, comme Fritz, de l’approche du solitaire. Il est possible qu’il ait vu le péril ; mais trop tard pour y échapper.

Avant qu’il eût pu faire le moindre effort pour partir, le panda était saisi par la trompe de l’éléphant et secoué dans l’air comme s’il avait été une plume.

Sans lâcher sa victime, l’impitoyable colosse rejoignit, en quelques enjambées, l’endroit où gisait l’obélisque i et là, choisissant une place qui lui convînt, il y déposa le corps pantelant du chitoua, qu’il piétina jusqu’à ce que la malheureuse bête n’offrit plus qu’une masse informe de poils et de chair sanglante.

Ce fut pour nos amis un pénible spectacle ; mais le dénoûment fut si agréable, qu’üs oublièrent la douloureuse impression dont cette vue les avait pénétrés.

Soit qu’il eût satisfait sa vengeance, soit qu’il voulût courir à la recherche de Fritz, l’éléphant se dirigea vers le fourré, avec l’intention évidente de ne plus revenir. C’est ainsi que fut levé le siège, dont la durée commençait à devenir fastidieuse.

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