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CHAPITRE XXII

DE l’eau !

Cette pensée que la caverne leur offrait un asile inviolable apporta à nos amis quelque soulagement au milieu de leurs tribulations.

Néanmoins, en y réfléchissant, il n’y avait pas de quoi se réjouir; ils seraient, il est vrai, hors de la portée de l’éléphant; mais que deviendraient- ils dans cette caverne? Le manque de lumière les empêcherait de travailler; il faudrait en sortir pour abattre le bois indispensable à la construction de leurs échelles ; ils seraient exposés pendant ce temps-là aux attaques de leur impitoyable ennemi.

L’avenir était décourageant, même avec la certitude de pouvoir se réfugier dans la caverne, et d’y trouver un asile assuré.

Comme l’éléphant ne bougeait pas, les trois amis, confiants dans leur situation actuelle, pouvaient discuter à loisir les plans d’opérations qui se présentaient à leur esprit.

Bientôt, néanmoins, une réflexion vint troubler la sécurité dont ils jouissaient en ce moment. Combien devaient-ils rester dans l’arbre où ils étaient alors? Cette question qu’ils commençaient à se faire ne tarda pas à devenir une source d’inquiétude.

Aucun d’entre eux ne pouvait répondre à cette demande; mais ils comprenaient tous que le siège promettait de durer longtemps , plus longtemps sans doute que celui du matin; car le solitaire, dont la fureur concentrée devenait de plus en plus effrayante, paraissait bien résolu à passer au pied de l’arbre un temps indéfini.

Cette réflexion rendit à nos chasseurs toute leur anxiété . Non-seulement la fatigue les gagnait; mais la situation, en se prolongeant, leur faisait courir le risque particulier à tous les assiégés : celui de mourir de faim. A l’heure même où ils avaient gagné leur nouveau perchoir, ils étaient affamés comme des loups. On se rappelle qu’ils étaient sortis au point du jour; ils n’avaient fait alors qu’un déjeuner sommaire, et n’avaient rien mangé depuis le matin. L’après-midi s’avançait; ils ne dînaient pas, et probablement ils se coucheraient sans souper.

Quand nous disons qu’üs se coucheraient , c’est une façon de parler ; car si l’éléphant gardait son poste, les malheureux bloqués n’auraient ni couchette, ni sommeil. Comment en effet pouvoir dormir avec la certitude de perdre l’équilibre, et de tomber précisément sur la trompe, ou devant les sabots de l’ennemi?

En supposant même qu’ils se fussent attachés sur la branche, la dureté d'une pareille couche ne permettait pas (ju’on y reposât.

Nos pauvres amis n’avaient donc pas à espérer plus de sommeil qpie de nourriture. Mais ü y a quelque chose de plus difficile à supporter que la faim ou le besoin de dormir ; c’est la soif. Depuis leur départ de la cabane les trois chasseurs avaient pris beaucoup de mouvement ; il leur avait fallu courir, grimper aux arbres , se frayer un passage au milieu des broussailles, puis à travers la jongle; et ces divers exercices, joints à l’émotion qu’ils avaient éprouvée , étaient bien faits pour éveiller une soif ardente. Ajoutez-y la vue continuelle de l’eau qui brillait aux pieds de nos amis, et qui bien loin de les désaltérer, aggravait leurs tortures.

Ne voyant pas le moyen d’apaiser leurs souffrances ils les supportèrent pendant longtemps sans rien dire ; mais la surface du lac étincelant au soleil, mais le murmure de cette eau limpide qui abreuvait la terre audessous d’eux, et leur infligeait le supplice de Tantale, arrachèrent enfin une exclamation à Gaspard.

« Eclairs et tonnerre ! s’écria-t-il, à quoi pensons-nous donc? La soif nous étrangle, nous avons l’eau sous la main, et nous n’en profitons pas.

— Sous la main 1 répondit Karl d’un air abattu ; je le voudrais bien, Gaspard.

— Oui, sous la main, répéta le jeune chasseur; vois plutôt, ajouta-t-il en montrant sa poire à poudre qui était maintenant presque vide. »

Karl ne sembla pas comprendre ce qu’il voulait dire.

« Qui nous empêche, continua Gaspard, de la descendre et de la remonter pleine d’eau? Rien ne s’y oppose. As-tu sur toi un bout de ficelle, Ossy?

— Oui, sahib, répondit vivement THindou, qui tira de sa chemise une petite corde, et la passa au jeune chasseur.

— Bon! s’écria celui-ci, elle est juste assez longue. »

Une minute après la corde était fixée au goulot de la

poire à poudre, dont le contenu avait été mis dans le sac à plomb de Gaspard.

La poire à poudre descendit, plongea dans la rivière, y séjourna assez de temps pour s’emplir jusqu’au bord; puis Gaspard l’ayant remontée, la présenta à son frère en poussant un cri de joie, et en engageant ce dernier à boire tout son content.

Le pauvre Karl lui obéit sans répugnance.

Vidée en un clin d’œil, la poire à poudre fut descendue, et remontée de nouveau. Enfin elle se remplit et se vida autant de fois qu’il devint nécessaire pour que les trois chasseurs fussent complètement désaltérés.

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