‹ Les grimpeurs de rochersChapitre 60 sur 62 · Jarüin botanique · texte numérisé non relu

Jarüin botanique

demanda Gaspard, plus ëtonné que jamais de la folie apparente de son frère.

— C’est plus que de l’espoir, reprit Karl avec exaltation ; il m’est impossible de ne pas reconnaître dans ce curieux incident un effet de la bonté divine ; le Seigneur a eu pitié de nous ; c’est lui qui nous envoie ces oiseaux; j’en suis certain, ce sont des messagers du ciel.»

Les yeux de Karl exprimaient à la fois une joie profonde et une vive gratitude ; il n’y avait pas à se méprendre sur la nature des sentiments qui l’agitaient ; mais Gaspard tout en voyant la joie de son frère, ne savait pas l’interpréter.

Ossaro n’était pas moins intrigué des paroles et des regards du jeune sahib ; toutefois l’Hindou s’en préoccupait moins ; son attention était presque entièrement absorbée par les adjudants qu’il pressait tour à tour dans ses bras, comme s’ils avaient été ses frères.

Dès que la corde avait été passée à la jambe des argalas, de manière à être sûr qu’ils ne pouvaient pas s’en aller, le Sbikarri avait découpé le poisson en bouchées d’une grosseur convenable, et il les servait aux deux cigognes avec autant de délicatesse et de prévenance que s’il avait eu en face de lui deux de ses amis mourant de faim après un long voyage.

Les argalas ne manifestaient pas la moindre timidité, au contraire ; ce sentiment n’était pas dans leur nature. Ils gobaient les morceaux avec autant d’avidité et de hardiesse que s’ils avaient été au bord de l’étang du jardin de Calcutta.

La vue du chien était la seule chose qui leur causât

({uelque malaise, et lorsqu’on eut éloigné Fritz, ils témoignèrent la confiance la plus absolue.

Gaspard toujours dans les nuages quant aux espérances de son frère, interrogea de nouveau le chasseur de plantes à ce sujet.

et En vérité, répondit Karl, je ne t’ai jamais vu aussi peu de compréhension. Tu ne devines pas pourquoi l’arrivée de ces oiseaux me rend si joyeux?

— Non ; à moins....

— Allons, tu dois y être.

— A moins que tu ne veuilles leur faire porter une corde....

— Rien de pareil, interrompit le chasseur de plantes ; et cependant tu as raison ; c’est quelque chose comme cela; mais je tiens à ce que tu le devines ; il faut exercer ton intelligence.

— Frère! je t’en prie....

— Non, je ne te le dirai pas, cela vaut bien la peine d’être cherché ; mettez-vous-y, Ossaro et toi, et à vous deux il est impossible que vous ne le trouviez pas. »

Ainsi défiés Gaspard et l’Hindou commençaient une série de conjectures, lorsque le botaniste vint les interrompre.

• Allons, dit-il, ce n’est pas le moment de s’occuper de cela; vous aurez tout le temps d’exercer votre esprit (paand vous serez à la maison. Il faut avant tout s’assurer des adjudants ; la corde qui les attache est beaucoup trop mince; ils pourraient fort bien la limer avec leurs becs, et nous brûler la politesse. C’est à peine si la plus grosse de nos cordes sera suffisante. Allons,

Ossaro, porte l’un des argalas ; moi, je prendrai l’autre, et Gaspard se chargera du chien ; ce dernier sera mis à l’attache à partir d’aujourd’hui, et ne sortira plus qu’en laisse. Il ne faut pas qu’une imprudence quelconque vienne déranger le meilleur plan qui ait jamais été fait pour notre délivrance. »

En disant ces mots, Karl s’empara de l’un des adjudants; le Shikarri prit l’autre dans ses bras, et les deux cigognes furent transportées à la cabane, en dépit des rugissements qui s’échappaient de leurs gosiers et du bruit de castagnettes que faisaient leurs mandibules.

Déposées au logis, elles y furent soigneusement attachées avec de fortes cordes, fixées elles-mêmes aux poutrelles qui soutenaient la toiture, et désormais la porte fut close toutes les fois que les maîtres de la maison avaient été obligés de s’éloigner.

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