‹ Les grimpeurs de rochersChapitre 8 sur 62 · EXAMEN DES ROCHERS · texte numérisé non relu

EXAMEN DES ROCHERS

Deux jours suffirent pour que la hache, les fusils et la lance fussent entièrement réparés. Ossaro, pendant ce temps là, s’était fait un nouvel arc et une quantité de flèches.

Le lendemain, après le déjeuner, les trois jeunes gens se mirent en route, avec la détermination d’examiner les moindres saillies de la falaise.

Karl avait déjà étudié avec le plus grand soin la partie qui s’étendait entre la cabane et la grotte où il avait rencontré l’ours. Les trois amis se dirigèrent donc vers le point qui se trouvait de l’autre côté de la caverne ; et c’est à partir de là qu’ils commencèrent leur exploration.

Ils avaient déjà, il est vrai, examiné le pourtour de la falaise ; mais c’était immédiatement après leur arrivée ; et le but qu’ils avaient alors était bien différent de celui qu’ils se proposaient au moment dont nous parlons

A cettp époque, où l’idée de construire des échelles ne leur était pas encore venue, ils cherchaient tout simplement une brèche qui leur permît de s’évader. Maintenant qu’ils songeaient à un nouvel expédient, ils recommençaient leurs recherches avec l'intention de découvrir si leur nouveau moyen était praticable. L’enquête, par conséquent, prenait un nouveau caractère: il s’agissait de trouver une série de corniches, ou de saillies du rocher, placées au-dessus les unes des autres, et permettant d’y asseoir des échelles d’une construction praticable avec les moyens dont ils disposaient.

Qu’ils pussent donner à ces échelles une prodigieuse longueur, ils n’en doutaient pas le moins du monde ; c’était une question de temps. Les grands pins du Thibet, ceux qui leur avaient fourni les matériaux de leur passerelle, croissaient dans le voisinage; ils y étaient nombreux, et en choisissant les plus minces, on pouvait avoir des montants, qui n’auraient pas moins de quarante à cinquante pieds de longueur.

Si donc nos amis découvraient une place où la falaise présentât une série de tablettes n’ayant pas entre elles plus de cette dernière distance, ils pouvaient espérer d’accomplir leur escalade, et ils sortiraient d’un endroit qui, bien que l’un des plus charmants du monde, leur devenait aussi odieux que l’intérieur d’une prison.

Nos amis avaient à peine commencé leurs recherches, qu’à leur grande joie, ils aperçurent une série de tarasses qui, au moins en apparence, offraient toutes les conditions voulues. Certes, il n’y avait pas plus d’une

dizaine de yards entre les deux plus éloignées, et beau •• coup d’entre elles ne présentaient pas un aussi grand écart.

Cette partie de l’enceinte, il est vrai, était un peu plus ha\ite que celle où le botaniste avait d’abord pris ses mesures; mais elle n’avait guère plus de cent mètres; une grande hauteur assurément, qui toutefois était peu de chose, si on la comparait à l’élévation des autres points de la falaise.

Pour gagner en cet endroit la crête de la muraille, il fallait encore plus de douze échelles de vingt à trente pieds; et la construction de pareilles machines, avec d’aussi pauvres outils que ceux de nos chasseurs, devenait quelque chose d’eflVayant, capable, direz-vous, de faire abandonner l’entreprise.

Mais pour bien comprendre la situation, il faut que , vous vous mettiez à la place de nos amis ; rappelezvous qu’ils n’avaient pas d’autre espoir de recouvrer leur liberté; et cela présent à l’esprit, vous trouverez tout simple qu’ils fussent disposés à entreprendre même un plus grand travail.

Ils savaient bien qu’ils ne le finiraient pas en unjour: qu’il leur faudrait plusieurs mois pour l’accomplir; et qu’une fois les échelles terminées, il resterait à les hisser, chacune à la place qu’elle devait occuper.

Vraiment cela devait paraître impossible à de pauvres ouvriers qui n’avaient pas d’autres engins que leurs bras.

Jamais en effet ils n’y seraient parvenus, si leurs échelles avaient été du poids ordinaire. Mais, prévoyant

la difficulté, ils avisèrent au moyen d’en diminuer la pesanteur, en leur donnant bien juste la solidité qu’elles devaient avoir pour qu’un jeune homme pût y monter sans les rompre.

Ayant acquis la demi-certitude que ce point de la falaise pouvait être escaladé, nos trois amis .s’y arrêtèrent pour l’examiner plus en détail. Ils devaient ensuite continuer leurs recherches, afin de découvrir, si faire se pouvait, un endroit plus favorable à leur proj et d’escalade

La place où nos amis étaient alors, touchait au grand bois dont nous avons parlé, et qui, jusqu’à présent, était pour nos chasseurs une forêt complètement viei^e.

Entre les arbres et le point de la falaise qu’étudiaient les jeunes gens, se déroulait une bande de terrain découvert, qui offrait un lit de cailloux détachés de la t montagne. Des quartiers de roche, d’un très-gros volume, gisaient sur le sol, à peu de distance les uns des autres ; et parmi eux se trouvait une espèce d’obélisque d’une vingtaine de pieds de hauteur, sur un diamètre de cinq ou six, dont l’érection paraissait faite de main d’homme. C’était cependant un simple caprice de la nature ; et il est probable qu’il devait sa position verticale à un ancien glacier. Des entailles, assez profondes pour servir d’escalier à un homme agile, s’échelonnaient sur une de ses faces, et permettaient d’en gagner le faîte. Ossaro, moitié pour s’amuser, moitié pour mieux voir la falaise, profita de la circonstance et grimpa sur cet obélisque, d’où il descendit au bout de quelques minutes.

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