CHANSON
L'Amour ? Un oiseau bleu. La Vie ? Un oiseau triste. Avoir été la fleur qu'un passant égoïste Arrache, et par caprice effeuille entre ses doigts...
Avoir été l'œillet qui flambe sur sa tige,
Le papillon ailé qui palpite et voltige,
Le ramier roucouleur qui pleure au fond des bois,
Et puis, la volupté du baiser assouvie,
Se réveiller brisée... Amour, est-ce la Vie ?
Et ne vaut-il pas mieux, à l'heure où les hautbois
Et les flûtes d'ébéne enchantent le silence, S'accouder incrédule et belle d'indolence Avec des yeux savants, qui raillent Autrefois !
Et chacune et chacun, charmés de les entendre, Sous le bleu clair de lune inondant la forêt, Sentait poindre en leur cœur un vague et sourd regret, Voyant qu'amours, serments, tout ici-bas est cendre...
Au tournant d'un sentier, calme et le pas distrait, Sylvanire apparut et regardant Sylvandre « N'éveille pas les morts... à quoi bon redescendre « Les degrés parcourus ! ami, soyons discret.
« Une tombe sans nom est la plus éloquente, « Si mon cœur a sommeil, respecte son repos, « Une longue douleur cesse d'être élégante. »
Et très fine de taille et très souple et très lente En son léger peignoir à grands plis dans le dos Elle dit, un peu triste :
« Adieu, fête galante ! »