‹ Les Guêpes. 1e-6e sérieChapitre 3 sur 53 · UA · texte numérisé non relu

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AOUT 4 84f. 49

€ Madame, votre mari a tué mon chat, je vous envoie mes souris. »

j^ A M. LE VICOMTE DE GORMENiN. Vous, monsieur, qui avez tant d*esprit, et qui, cependant, n'en avez pas assez pour cacher tout le bon sens qui vous gène, ^ dans votre position d*homme de parti,

Dites-moi, je vous prie, ce que c'est que le peuple, — où il commence et où il finit, — car, je ne puis me contenter des définitions saugrenues qu'en donnent les journaux.

Le peuple — des journaux — est un peuple d'opéra-comique

— auquel on fait dire : — Allons, — partons^ — marchons;--^ ou bien : Célébrons ce beau jour.

L'armée recrutée dans le peuple — (car les riches s'abstiennent — et il n'y a en France que les enfants du peuple et les enfants des rois — qui ne puissent s'exempter du service militaire), — l'armée fait-elle partie du peuple d'où elle sort et où elle retourne après quelques années passées sous les drapeaux? Tout homme du peuple est, a été ou sera soldat.

Cependant, à propos des émeutes de Toulouse , vos journaux ne cessent d'opposer l'armée au peuple.

J'ai cité, — en son temps, — un article spirituel du National,

— dans lequel ce carré de papier — s'indignait avec raison — contre les talons rouges de comptoir ^ — le commerce est donc également exclu du peuple.

Ces mêmes journaux louent parfois la garde nationale de son intervention entre le pouvoir et le peuple.

La garde nationale ne fait donc pas partie du peuple ; — on ne sait que trop cependant jusqu'où les sergents-majors vont trouver les gens pour les enrôler dans celte instilulion. J'ai vu des garçons marchands de vin, — des maçons',-T-des menuisiers (le mien, M. Collaye, m'a envoyé trois jours en prison, avec l'approbation de mon fruitier). ^

Dans la seule garde que j'aie jamais montée,— j'ai rencontré

50 LES 6UÊPE6.

en faction atec moi, — chacun gardant nne des bornes de la mairie, un marchand de charbon de terre qui passa les deux heures de notre faction à me reprocher amèrement de loi atoir été nia prati(iue.

Mon portier dit : < Noos, nous nvons encore,— msûs le peuple a bien du mal. »

Où est donc le peuple ?

Je ne le trouve pas, et cependant il parait qu'il y en a plusieurs et que chaque parti a le sien.

J*ai vu souvent les journaux raconter des revues du roi.—Les journaux ministériels disaient : • Le peuple a accueilli Sa Majesté par d'unanimes acclamations, t

Les journaux de Topposition écrivaient : « Le peuple est resté nlencieux et grave. »

Le silence du peuple est la leçon des rois. »

Comme il s'agissait du même roi et de la même revoe» il est évident qu il ne peut s*agir du même peuple.

J'appelle peuple, monsieur, tout ce qui souffre, — tout ce qui gagne péniblement sa vie par le travail, — tout ce qui ne peut vivre qu*au moyen de la paix et des développements de l'industrie, qui en esi la conséquence, — et je considère comme ses ennemis non pas seulement ceux qui laissent peser sur lui une trop lourde charge d'impôts, — mais aussi ceux qui, sous prétexte de dé* fendre ses intérêts, — le jettent dans le découragement, en lui faisant faire des vœux impossibles à réaliser ^ et le précî* pitent dans des luttes sanglantes et criminelles — où les uns perdent la vie et la liberté, et les autres Youvrage et le pain de leur famille, qae leur enlèvent le trouble et la défiance qui sui* vent toujours l'insurrection et l'émeute.

Pardonnez-moiy monteur, de vous déranger dans vos loisirs.

On dit que vous êtes à Vichy,— et que vous pôciez i la Kgnc dans l'Allier; — j'ai fait justice, dans un livre publié il y a une douzaine d*années déjà, — des plaisanteries vulgaires prodiguées de tout temps à la pêche à la ligne. — Je regrette de n'avoir pu citer alOTs votre exemple ; — au lieu d'avouer timidement que je péchais aussi, — je l'aurais proclamé avec orgueil.

J'ai, comme vous, monsieur, passé quelque temps à Vichy,— et, comme vous, — j'y ai péché à la ligne ; — je ne croîs pas y avoir fait autre chose, — mais je ne péchais pas dans l'Allier ; — je péchais dans le Lignon. C'est une petite rivière que vous trouverez en allant de Vichy à Cussct, — et que je vous recommande : elle a dix pieds de largeur et tout au plus deux pieds de profondeur ; elle coule claire et limpide sur un fond de sable, entre deux rives de gazon ; des saules et des aunes qui la bordent enlacent leur feuillage par-dessus et couvrent l'eau d'un réseau d'ombre et de soleil. Par places, des touffes d'iris s'élèvent dans le lit du ruisseau. Au pied des saules, des ronces jettent d'un arbre à l'autre leurs rameaux et leurs feuilles d'un vert sombre, avec des fleurs d'un blanc rosé : la reine des prés, la filipendule, s'élance droite et svelte et balance ses thyrses semblables à des bouquets de mariées ; le liseron blanc grimpe et serpente, et étend ses guiriandes^ d*un riche feuillage parsemé de grandes cloches ; des bergercmnettes se cachent dans les saules où elles ont leur nid.

On n'y prend pas grand'chose, — c'est probablement comme dans l'Allier, — mais les fleurs, l'herbe, l'eau, y exhalent avec leurs odeurs de charmantes rêveries.

^^ corîTRE l'eau.— On se rappelle peut-être — MM. ffwret et Fichet, — deux serruriers qui occupèrent un moment Paris par leurs querelles à la quatrième page des journaux et sur les murailles; — chacun d'eux prétendait ouvrir sans clef tontes les serrures, sans en excepter celles de son rival ; — à la façon dont ils parlaient des serruriers qui tes avaient précé»

dés, il était évident qu'on n'était un peu bien fermé qu'en s'adressant à un de ces deux messieurs, — mais auquel? — Si vous achetiez une serrure Ftchet^ il y avait Huret qui pouvait ouvrir votre serrure ; — si vous preniez une serrure Huret^ fichet ne vous cachait pas qu'il pouvait entrer chez vous à toute heure du jour et de la nuit. Je n'ai jamais eu grand'chose à renfermer, aussi je ne m'en souciais guère; — cependant, si J'avais été préfet de police, — je me serais assuré de ces deux messieurs, qui sont probablement fort honnêtes gens, mais qui pouvaient au moins troubler la sécurité des mères et celle des' époux; — peut-être le préfet de police y avait-il pensé; — mais comment retenir enfermés ces deux messieurs? Il n'y avait même pas la ressource de faire cadenasser Htiret par Ftchet^ et Ftchet par Uuret ; — car Huret disait qu'avec un clou il ouvri* rait toute serrure construite par Ftchet.

— Et moi, disait Ftchet, je ne demande qu'une épingle pour forcer une serrure de Hurd,

— Mon ongle, disait Huret. ' — • Un cheveu, disait FtcJiet.

— Rien qu'en soufflant dessus, disait Huret.

— Rien qu'en la regardant, disait Fichet.

Les gens malins prétendirent que cette grande guerre n'était qu'un semblant, — un moyen de faire du bruit, de battre la caisse et de se mettre en évidence ; — toujours est-il qu'on crut ces deux messieurs, non en ce que chacun disait de soi, mais en ce que chacun disait de l'autre, — et qu'on se contenta des serrures dont on s'était contenté jusque-là.

Depuis quelque temps, deux gérants de compagnies de filtrage des eaux de la Seine renouvellent toujours à la quatrième page des journaux — la guerre de MM. Huret et Ftchet; — MM. Souchon et Mareschal — ont, dans cinq ou six longues lettres qu'ils ont échangées, -— émis l'un contre l'autre des assertions graves.

— Vous ne mettez pas de charbon, — dit l'un.

— J'en mets plus que vous, — répond Vautre. — Et d'ailleurs vous mettez des éponges, — l'éponge est une pourriture.

— Vous mettez de la laine, — la laine est une infection.

— Votre eau n'est pas filtrée du tout.

— La vôtre est empoisonnée.

— Cest bien plutôt la vôtre.

— Non.

— Si.

— Je maintiens mon opinion.

— Je soutiens la mienne.

Que fait le public au milieu de semblables débats? Le public n'est pas chimiste, il se dit pour ce qui est de l'eau de M. Mo" reschal : « M. Souchon doit savoir mieux que moi ce qui en est, — c'est sa partie ; — il paraît évident que M. Mareschal emploie pour filtrer son eau de l'éponge, qui est une pourriture.

c Pour ce qui est de l'eau de M. Souchon, c^est une autre affaire. — Certes, M. Mareschal, qui en fait son état, doit s'y connaître mieux que moi — qui ne m'en suis jamais occupé. — Je dois donc croire que M. Souchon filtre avec de la laine, qui est une infection » — Croyez cela et buvez de l'eau, si vous l'osez.

II y a à Paris une Académie des sciences, — qui, dans un débat de ce genre, devrait, il me semble, se prononcer. — Comment ! la ville fait de grandes dépenses pour donner au Parisien de l'eau qu'elle fait filtrer par MM. Souchon et Mareschaly et on laisse chacun d'eux dire que l'autre ne filtre guère, l'eau, mais l'empoisonne beaucoup, — sans que la ville ni l'Académie des sciences s'occupe d'établir la vérité et de rassurer le Parisien! Mais M. Humann n'est peut-être pas innocent de ceci : — il n'ose pas encore imposer l'eau ; — il veut en inspirer une invincible horreur aux Parisiens — qui, n'osant plus en boire, — auront recours au vin — qui rapporte, comme on sait, raisonnablement au trésor.

^^ AU moins, pour ce qui a rapport à la température lûzarre que nous' avons cet été, les savants n'ont pas laissé les journaux s*^arer en théories absurdes et en sau^enuités : — ils ont mêlé quelques niaiseries de leur cru à celles qui étaient en circulation.

Ils ont attribué le froid et la pluie, — les uns à rapproche des montagnes de glace du pôle nord, — les autres â la vapeur des chemins de fer, qui amoncelait les nuages; — d'autres ont dit que les neiges excessives ont rendu le soleil hydropique.

^^ Cette fois-ci on ne dira pas que j'ai de la malveillance pour les journaux ; — ce n'est pas moi qui ai prié M. Chambolle de mettre dans le sien ce qui suit. — MM. les imprimeijffs des Guêpes peuvent certifier que le fragment que je cite n'est pas dans le manuscrit écrit de ma main, mais bien coupé dans un exemplaire du Siècle :

c La petite ville de Levignac (]9aute-Garonne) a donné hier au soir dimanche des preuves de sympathie â la population toulousaine. Grand nombre d'hommes mariés et une bonne parfie de la jeunesse, à la tête desquels se trouvaient les citoyens les PLUS HONOEABi^s, muuis de eomes et autres instruments, ont entonné la Marseillaise devant la halle, en face du lieu ofi étaient placardées les proclamations du nouveau préfet de la Haute-Garonne.

• Ils ont parcouru la ville, alternant les couplets de Fhymne révolutionnaire avec les éclats d*une musique peu sO]!¥ORE. Les eris : A bas Mahul ! étaient proférés avec force et souvent répétés. Ils sont revenus plusieurs fois â Fendroit d'où ils étaient partis. Des groupes attendaient devant les proclamations, gouvestes d'obdures depuis le moment où on les avait affichées. La soirée a été clôturée par l'incendie des proclamations, aux ap« plaudissemepts de la foule, m

^ff$t triste sort d'un prix db vertu. — Ceux qui ont inventé les rosières — ont pensé, â ce qu'il paraît, que la verttt

est un fruit excellent dans sa maturité, mais qui se conserye difficilement après. Aussi, au prix donné à la sagesse, ont-ils de tous temps, en mariant immédiatement les rosières, ajouté le moyen le plus honnête de ne pas aToir à la eonsener plus longtemps.

On sait que T Académie a reçu de M. de Montyon un iegS' destiné à récompenser les actes de vertu qui parviendraient à sa connaissance. — Tous les Français indistinctement sont admis à composer en vertu, comme on compose en thème au collège, — et l'Académie distribue les prix.

Il est, â ce sujet, une chose à remarquer, c'est que c'est toujours dans les classes inférieures que l'Académie exhume les traits d'héroïsme et de dévouement qu'elle est chargée de découvrir, — en quoi les classes inférieutes me paraissent trèssupérieures aux autres.

Mais il y a encore là quelque chose de très-incomplet • — une fois un homme déclaré vertueux, — la société qui est allée le voir couronner et l'applaudir, ce qui n'est qu'un spectacle de jour, où les femmes qui ont de la fraîcheur et des chapeaux neufis vont humilier les femmes fatiguées et les chapeaux passés, — la société ne s'en occupe plus : — voilà donc la vertu payée ! — Le prix est bientôt dépensé; — il ne reste alors qu une vertu en jachère qui n'est plus susceptible d'aucun rapport.

Il faudrait faire pour la probité des hommes — ce qu'on fait pour la vertu des rosières, — ne pas obliger à recommencer sans cesse une course périlleuse à travers les dangers ; — on sait la ballade allemande.

Le roi jette sa coupe dans un goufifre, — un plongeur se précipite, — et la rapporte : « La coupe est à toi, dit le roi, — mais va la chercher une seconde fois, et tu auras ma fiHe. » Le plongeur se jette une seconde fois, — mais ne revient plus.

Quand on trouve un homme qui est resté vainqueur dans la lutte horrible de l'honneur et de la pauvreté, il ne faut pas faire

recommencer cetle lutte ; il ne peut pas se contenter d*un prix qui, une fois dépensé, le rend encore nécessaire : — il faut loi assurer à jamais un travail honorable.

C'est ce qu'on ne fait pas ; — aussi, — le nommé Caïllet^ qui avait été déclaré homme vertueux en 1839, et qui avait, en cette qualité, reçu un prix de cinq cents francs, voyant que tout le produit de la vertu était mangé, — qu'il n*y avait plus rien à en attendre, — a eu recours au vice et a fasse à d'autres exercices. — La cour d'assises de TOrne vient d'avoir la douleur, le 8 juillet dernier, de le condamner à huit années de réclusion pour vol avec circonstances aggravantes.

ij^ Il y a des vertus de peuple que le monde méprise natu-. rellement et sans affectation, — il n'y prétend pas plus qu'à porter un sac de farine.

Ainsi, les croix d'honneur ont été acquises, — et je parle de celles qui l'ont été le plus légitimement, pour avoir tué un peu de monde. — Quand un homme du port, un marin, — un pompier, — expose sa vie pour sauver celle d'un autre homme, — on lui donne une médaille à laquelle ne sont attachés aucuns honneurs; — la conséquence morale en est bizarre. — J'ai reçu, il y a dix ans, une de ces médailles, que je porte quelquefois et dont je suis plus fier que je ne le serais d aucune décoration que je connaisse. — Eh bien ! j'ai vu dans le monde bien des gens qui auraient senti germer en eux une grande estime pour moi, s'ils m'avaient vu obtenir la croix i honneur, — môme par les moyens les moins honorables, — et qui trouvaient ma médaille ridicule. — « Les journaux mêmes s'en sont parfois égayés, — quelques caricatures ont été faites à ce sujet; — il m'a été impossible de trouver le côté plaisant de cette affaire.

ij^ DE l'héroïsme.— Soyez donc héros, — faites donc quelque chose de grand aujourd'hui ! — Autrefois, l'histoire vous jugeait de loin, — et ne voyait des grands homrpes que ce qui avait le plus d'éclat et d'importance.— Aujourd'hui, elle se fait

cbaqae jour, et elle est hostile et éplucheuse; — les âges à venir nous estimeront crétins, — car il n'y^ aura pas un seul homme de ce temps-ci, quelque grand et illustre qu'il puisse être, — dont on ne puisse trouver dans les journaux, qui seront alors les Mémoires du temps, une histoire qui démentira sa grandeur et détmira sa célébrité.

Un fils du roi revient d-'Afrique, oij il est allé partager les dangers des soldats ; les journaux annoncent avec empressement qu'il revient malade de la dyssenterie. — Voilà certes une maladie peu héroïque, et il est triste, plus qu'on ne le pourrait dire, que le seul endroit où il soit possible aujourd'hui d'acquérir un peu de gloire militaire soit un pays où la dyssenterie régne avec une effrayante obstination.

Jj^ LA SCIENXE. — LA PHILANTHROPIE. — DcpUÎS quiuZC anS

au moins, — la philanthropie et la science, réunissant leurs -efforts, avaient inventé la gélatine, — c'est-à-dire une nouvelle alimentation, formée d'un prétendu jus tiré des os de la viande; je me rappelle avoir dénoncé, il y a une dizaine d'années, cette nourriture fallacieuse sous le nom de potage de boutons de guêtres. ^

Depuis quinze ans, on nourrissait les malades'dans les hospices, les pauvres dans les établissements de charité, — les prisonniers dans les maisons de détention. — avec la fameuse gélatine.

On allait appliquer la chose aux casernes ', — quelqu'un s'est avisé de dire : « Pardon, voyons donc un peu si celte nourriture est véritablement une nourriture. » On s'est ému de cette observation ; -*- la science a haussé les épaules et a procédé, par une faiblesse qu'elle se reprochait, à de nouvelles expériences.

Et il résulte d'un rapport signé par MM. Magendie, Chevreul et Thénard, que les propriétés nutritives de la gélatine n'existent pas; — que de deux chiens nourris, l'un avec de la gélatine, l'autre avec de l'eau claire, — le second a vécu plus longtemps que le premier.

Ea un mot, que depuis quinze ansj — grâce aux efforts réanis de la science et de la philanthropie, — tous ceux qui, dans les prisons, les hôpitaux et les hospices, — ont été nourris avec la gélatine, sont littéralement morts de faim !

Et que l'armée l'a échappé belle!

;^ LES MÉDAILLES DES PEIKTRES. — Qu'y a-t-U de pluS

singulier que de voir donner clandestinement des récompenses disputées en public ?

Autrefois, — le roi distribuait lui-même les médailles aux peintres après l'exposition du Louvre ; — maintenant on apprend par M. de Cayeux que l'on a une médaille, et il faut éiler la

chercher chez lui.

Cette récompense n*a de publicité que celle que peut lui faire donner le peintre qui a]des amis dans les journaux.

La clandestinité a un inconvénient, — outre celui de distribuer à huis clos la gloire qui n'existe que par la publicité, — c'est qu'on en abuse singulièrement. — Ainsi, j'ai là toutes les médailles dénoncées par les journaux, — et je n'ai pas retrouvé un seul des noms dont les ouvrées avaient attiré au Louvre l'attention et les éloges.

Cela a presque l'aff d'une gageure, — à moins que les médailles ne soient aujourd'hui une consolation.

^^ LES ORDONNANCES DE M. HUMANN. — Eu arrivant dernièrement à Paris, j'ai levé les yeux sur une petite fenêtre située sur un des toits qui avoisihent mon logis, — et je l'ai vue fort changée. — A mon dernier voyage, elle était riante et fraîche, — les capucines s'y mêlaient aux volubilis et lui fiadsaient un charmant cadre de verdure et de fleurs.

Quelquefois, au milieu de ce cadre, se montrait une jolie figure, avec des bandeaux de cheveux noirs comme deux ailes de corbeau, qui travaillait là tout le jour sans lever les yeux une seule fois, si ce n'est sur ses fleurs, — ou sur quelque flatteur de papillon qui; arrivé au milieu de Paris, je ne sais comment,

— traitait la fenêtre en véritable jardin, -^ et faisait semblant de humer, en déroulant sa trompe, un miel que n'ont pas ces pauvres fleurs, sans air, sans terre et sans soleil.

Mais alors — les fleurs étaient séchées, — la verdure était aunie, — on voyait que depuis longtemps elles n'avaient pas été soignées.

Je rencontrai dans la/ue.-« la Sémiramis de ce jardin suspendu.

— Ma jolie voisine, — lui dis-je, — pourquoi négligez-vous iKDbre jardin? — Qadle passion a donc détruit celle que vous aviez pour les fl£urs ?

— Hélas I me dit-elle, — je ne demeure plus là- haut, — mon propriétaire rrCa augmentée, parce qu'on a augmenté les impôts de sa maison, — et je n'ai pu rester.

Et alors, j'ai découvert le mauvais côté de l'ordonnance de M. Humann.

On a crié à Tillégalité, et on a eu tort, — et tout le bruit ijpi'on fait en France à ce sujet, en ce moment, n'est absolument que pour faire du bruit.

Dès rinstant que les Chambres ont voté un impôt, il faut qu'il soit perçu, — et tout ce qui peut en assurer la perception n^est point illégal, mais cela peut être injuste et cruel. — Le minis« tére prétend qu'il y a en France cent vingt^neuf mille quatre cent quatre-vingt-six maisons qui ne sont pas imposées; — il y a là une grosse erreur volontaire. — Une vieille loi ne soumet à l'impôt les maisons nouvellement construites que la troisième année de leur construction, et ces maisons exceptées sont comptées dans les cent vingt-neuf mille quatre cent quatre- Ting^t-six.

C'est le droit du ministère de percevoir l'impôt voté et de découvrir les maisons et le& chambres qui ont échappé jusqu'ici; «'est même un devoir à certains égards* car par ce moyen on pourra faire une répartitioa plus égale, ^ S'il y en a qui ne

"^^ payent pas, il y en a qui payent trop^ ; — mais le fisc a peu l'habitude de rendre.

Il est triste seulement de penser que ce nouveau recensement dénonce aux loups du fisc une foule de pauvres mansardes dont les habitants auraient plus besoin de recevoir qu'ils ne peuvent donner; — pauvres gens qui auront à économiser sur le pain qu'ils ont tant de peine à gagner — de quoi payer Tair qu'on découvre aujourd'hui qu'ils respirent clandestinement et illéga*

lemcnt.

Et puis ensuite, après avoir fait rendre à Vimpôt tout ce qu'il peut rendre, image qui fait ressembler le pays à un citron entre deux grosses mains, — on ne manquera pas de trouver qu'il ne rend pas assez.

C'est ainsi qu'autrefois on permettait de passer aux barrières de Paris de petites quantités de vin et de viande; — on a supprimé cette tolérance, qui ne s'appliquait qu'aux plus pauvres.

Cela est légal comme l'ordonnance de M. Humann, mais cela est injuste, — mais cela est triste, — pt ce n'était pas à un gouvernement qui a pris les affaires au rabais, — qu'il convenait de racler ainsi le fond des pauvres écuelles.

tj^ Décidément le ministère Thiers coûte cher; — c'est i cause-du déficit qu'on m'a fait timbrer les Guêpes — et donner chaque mois quelques centaines de francs au gouvernement.

Voici maintenant qu'on cherche de nouveaux expédients ; un ministère Thiers est une jolie chose, — mais une chose de luxe dont il ne faut pas se passer trop souvent la fantaisie.

Voilà la vérité sur l'ordonnance Hnmann, — comme je vous la dis sur les autres choses de ce temps.

^^ DE l'homicide légal. — Il existe à Paris une compagnie d'assurance contre les amendes et les dommages-intérêts que peuvent encourir les conducteurs de voitures lorsqu'ils écrasent quelqu'un, — c'est-à-dire que, moyennant une prime payée annuellement, on peut se livrer à cœur joie à Yh<>micide

pfl?' imprudence, — crime prévu, qualifié et puni par tous les cDdes. — De là â une compagnie d*assurance contre les «nauvaises chances que MM. les voleurs peuvent rencontrer dans Texercice de leur profession, il n'y a qu'un pas, et un pas et demi à Tassurance contre le chagrin que la justice voudrait faire â MM. les assassins.

Il faut dire que cette compagnie est autorisée par le gouvernement.

Septembre 18&1.

Diverses réponses. — L'auteur rassure plusieurs personnes. — M. MoIé.

— M. Guizot. — M. Doublet de Bois-Thibault. — La véritç sur plusieurs choses. — Les protestations. — Les adresses. — Les troubles.

— Ce que c'est qu'une foule et une masse. — Le peuple des théâtres et le peuple des journaux. — L'évéque d'Évreux et l'archevêque de Paris.

— Dénonciation contre les savants. — M. Montain. — En quoi M. Du cbâtel ressemble à Chilpéric. — Le suffrage universel. — Naïveté.— La pudeur d'eau douce et la pudeur d'eau salée. — Les fêtes de Juillet. — Apparition de plusieurs phénomènes. — Toujours la même chose, — Les banquets. — M Duteil et M. Champollion. — Voyage du duc d'Aumale. — Est-ce une pipe ou un cigare? — Histoire d'un député. — Sur quelques noms. — Les bureaux de tabac. — A M. Yillemain. — A M. Rossi.

— En faveur de M. Ledru-RolliD. — Les Parias. — Madame O'DonDell.

^^ SEPTEMBRE. — Ilfaut quo je réponde à des lettres que je reçois de divers côtés :

On dît partout» m'écrit-on, que ce n'eut plus vous qui faites les Guêpes.

• RÉPONSE. ~ Et qui donc alors? — Est-ce vous, mon bon

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monsieur I — Est-ce cdtti qui tous le dit? Est-ce quelque autre? Nommez-moi, désignez-moi l'auteur des Guêpes, -^ que je le connaisse. -* Jusque-la, ayez la bonté de croire ceci : — fue je n'ai jamms écrit une ligne sans la signer, et que je n'ai jamais signé une ligne sans Vancir écrite*

Je continue à faire les Guêpes, — je les fias seul, — Per- «ofine antre que moi n'y « jamm écrit mue ligne ; — parsonne n*y écrira jamais une ligne.

Quand il m*arrivera de ne plus vouloir faire les Guêpes, — et nous n en sommes pas là, — les Guêpes finiront. — Mon essaim restera avec moi; — je ne le vendrai, je ne le louerai, je ne le donnerai à personne. — S'il arrive que je n'aie plus le courage de rire de ce qui se passe, — si de dégoût j'en détourne les yeux et les oreilles, mes Guêpes resteront à butiner dans la pourpre de mes roses ; — elles prendront leurs invalides avec moi, dans mon -jardin ; — mais jamais leur escadron aux cuirasses d'or n'obéira à un ai^re maUre.

Ceci est clair, — n'est-ce pas?

^^ Un mansieur voyage dans le Midi, — soius votre nom, — et accepte beaucoup de dîners.

RÉPONSE. — 1° Je ne suis jamais allé dans le Midi. — Une seule fois, en allant en Suisse, — comme j'arrivais à Lyon au mois de mai, et que je voyais le printemps à gauche et l'hiver i droite, — j'eus fort envie de descendre le Rhône au Reu de me diriger vers Genève ; — mais je me rappelai à temps que j'étais attendu.

2o Je ne dtne jamais en ville.

Néanmoins, — je remercie ledit monsieur — de me mettre i même de connaître d'aussi bonnes dispositions i mon égard de la part de quelques habitants du Midi, — et je compatis d'avance au chagrin qu'il aura quelque jour d'être reconnu par quelqu'un et chassé à coups de bâton, — comme il h mérite.

^!^ Votre (Asence de Paris vous fa^ le plus grand tort.

BÉ90NSB. — Qa'appelez-TOBs mon abseï»^ de Paris? — Mon absence de Puis ; mais voici une lettre de M. Léon Gozhn qui m'éeril : • J*ai vu hier votre barbe aux Variétés^ •

Ea voici une de M. d'Epagny, — qui a la bonté de m^ioviter à faire partie du comité de lecture du théâtre de lOdéon.

Je ne sois pas toujours à Paris, — mais je ne suis pas toujours ailleurs. — On va vite à Paris à vol de guêpes, quand on n'en est qu'à seize heures par les messageries. — J'y suis aujourd'hui, plus près de vous que vous ne le croyez, que vous ne le voulez, peut-être. Je n'y sarai pas demain ; — mais sayez-vous si je n'y serai pas après-demain? — m'avez-vous jamais connu autrement que libre et vagabond? — Croyez-vous que j'aie envie, comme une partie des bons Parisiens, de passer mon été à aller voir un dimanche les fortifications de Vincennes, un autre où en seul les ferlifications de Belteville? Suis-je donc un forçat? pensez-vous que j'aie rompu mon ban parce que quelqu'un m'a vu pécher des crevettes et des éqnilles sur les cfttes de Normandiei — et croyez-vous que je ne sais plus ce qui se passe ?

ij^ Est-ce vous, — mes^eurs Soult, Humann, — monsieur Martin (du Nord), etc., etc. ; est-ce vous, messieurs, qui avez la bonté de craindre que mrni absence de Paris ne m'empêehe de savoir ce que vous faites? — Tranquillisez-vous, bonnes âmes, —•je sais que vous êtes décidés à passer la session qui vient,— que vous n'êtes pas sûrs de la Chambre, et que, si l'adresse n'est pas favorable, igoqs êtes déterminés à la dissoudre et i faire des élections.

Est-ce bien cela, messieurs?

Ai-je besoin'd'être à Paris peur savoir que M. Guizotn'a, à ce sujet, qu'une seule inquiétude, — à savoir que le roi ne consente âdes élections qu'autant qu'elles seraient faites par M. Mole?

Ai-je besoin d'être à Paris pour savoir que M. Mole et M. Guizot sont parfaitement d'accord sur ce point qu'ils ne peuvent s'aeeorder ensemble?

C'est comme si j*avais besoin d*ôtre à Chartres pour savoir que M. Doublet de Boistbibaut, avocat du barreau de cette ville, — homme trés-érudit et facétieux, — auteur d'un ouvrage, estimé sur le système pénitentiaire — et de plusieurs Mémoires couronnés par des académies de province, etc., vient de mettre le comble à sa gloire en faisant distribuer à ses amis uu distique latin, — commençant par ces mots :

Qam contra tabulas.....

distique que je ne puis citer, par la raison pour laquelle la Gazette des Tribunaux, dont H. Doublet est le correspondant ordinaire, n'a pu l'insérer.

^j^^ Les chiens lâches et hargneux aboient après vous quand vous nêtes pas là.

RÉPONSE. — Je me suis quelquefois efforcé de me mettre en colère dans de semblables circonstances , je n'ai jamais pu y réussir. — D'ailleurs, je ne puis rien infliger de pis à ces genslà que leur propre lâcheté.

ij^ LA VÉRITÉ SUR PLUSIEURS CHOSES. — L'autre jour, la mer commençait à remonter, et le soleil achevait de se coucher derrière de gros nuages gris ; — entre les nuages et la mer il restait un espace où le ciel pur était d'un bleu pâle, avec lequel se fondaient harmonieusement des teintes jaunes et orangées. — A rhorizon, au-dessous de ces couleurs brillantes, la mer était d'un bleu sombre presque noir.

Plus près de moi, éclairée obliquement par les derniers rayons du soleil affaibli, — elle était d'un azur pâle et mal glacé par grandes taches — comme de grands miroirs; — ici d'une belle couleur d'algue marine, — là d'un jaune peu lumineux.

Je revenais de pêcher des plies et des crevettes, — et, arrivé sur le sommet d'une petite colline qui conduit à ma demeure, je

me retournai pour voir le beau spectacle de toutes ces belles couleurs enchâssées dans Tombre et la nuit.

Quelqu'un me dit: « Bonsoir, voisin, » et je reconnus un habitant de la commune que j'habite, — un ancien militaire qui vit au bord de la mer avec sa petite retraite — et venait Jouir comme moi de ce spectacle gratis^ proportionné à ses moyens. — Nous prîmes deux stalles voisines sur le thym sauvage qui tapisse celte colline, — et nous regardâmes le ciel et la mer^ puis nous parlâmes de choses et d'autres.

— Il paraît, voisin, que les choses vont bien mal là-bas, me dit-il en me désignant de la main la route que suivaient de gros nuages qui portaient de la pluie aux Parisiens.

Et, comme je ne répondis pas, — il continua:

J'ai lu LE journal ce matin, — tout va mal ; — la France entière est en combustion. — Le journal était tout rempli de protestations de diverses villes et cUés contre Tordonnance de M. Humann, — et ces protestations, signées des dtoyens les plus honorables, à ce que dit le joumaly — étaient faites plus contre le gouvernement actuel et contre ses allures — que contre l'ordonnance de recensement, qui n'est qu'un prétexte. — - Il en arrive de tous les coins de la France.

D'autre part, les gardes nationales de partout — envoient des adresses emphatiques à la garde nationale de Toulouse, et ces adresses servent encore de cadre à des paroles de haine contre le gouvernement de Louis-Philippe.

Les élèves des écoles sont allés porter des compliments à M. de Lamennais — et faire assaut de phrases menaçantes et républicaines avec M. Ledru-Rollin, le nouveau député de la Sarthe. * f

D'après cela, voisin, il est évident que les citoyens les plus honorables de toutes les villes de France, — toutes les gardes nationales et toute la jeunesse, — en un mot que la France entière ne veut plus de Louis-Philippe.

66 l'Es GUÊPES.

Les Français sont braves, tofein ; et, puisqoc le pai^n têuf entier est si parfaitement d'accord, à ce que dit le jûurnal, et contre le g avernement de Juillet et pour la République, — on ne s'en tier.dra pas à envoyer des pbrases boursouflées ara journaux. — J'en suis encore à comprendre conamcnt, après une manifestation aussi universelle, on n'a pas renvoyé, hier soir, Louis- Philippe des Toileries et proclamé la République ce matin.

— Après cela, comme nous n'avons les nouvelles que de deux jours, nous ne savons pas bien ce qui en est i l'heure qu'il est,

— et pour moi, quand je suis arrivé sur la côte, — comme il faisait encore jour, j'ai porté les yeux sur la jetée du Havre, où nous ne voyons plus maintenant que la lueur rouge du phare, pour voir si c'était toujours le drapeau tricolore qui y flottait.

— Rassurez-vous, mon voisin, lui dis-je, — les choses ne vont pas tout à fait aussi mal que vous le pensez. — Quel journal lisez- vous?

— Un journal que me prête un de mes voisins, — le NationaL

— Eh bien ! si vous lisiez le Journal des Débats, — que ceux qui le lisent d'habitude appellent aussi « LEjùurnal », — vous verriez que tout est parfaitement tranquille, — que la garde nationale, les populations et les écoles, sont animées du meiMeur

esprit.

— Vous me rassurez.

— - Je ne vous ai pas dit, mon voisin, —que cela fût non plus

la vérité.

— Que voulez-vous que je croie alors?

— Ni l'un ni l'autre ; — mais raisonnons un moment : la dé* duction que vous lirez de tout ce que vous avez vu dans le journal est parfaitement juste; — si le pays est si parfaitement d'accord, rien ne peut s'opposera sa volonté; — je puis vous affirmer qu'on n'a, cependant, jusqu'à présent, prononcé ni la déchéance de Louis-Philippe, ni l'installation de la République ; — 1 faut donc penser que le journal se trompe ou vous trompe ; —

jSEPTEMBRE f8i1. 67

•c'est ce que nous allons examiner si vons Toulez me donner du feu pouralFaraer ma pipe.

— Je fumerais volontiers aussi, me (fit te voisin, donnez-moi du tabac.

— Tenez, en voici que Je vous recommande ; — il me vient d*un marchand de tabac de contrebande, fownisseur du duc d'Orléans et du duc de Nemours. — Le tabac que vend la régie, avec privilège du roi, est si mauvais, que les princes, qui devraient Texeraple de la soumission aux lois, — protègent la contrebande et fument un tabac prohibé.

Revenons aux protestations, aux lettres, aux adresses, etc.

Tantôt le journal vous dit : « Cette protestation est signée de plus de cent cinquante noms. »

Tantôt elle est revêtue de la signature des citoyens les pltts honorables.

Tantôt, après la lettre, vous lisez : « Suit une foule ou une masse de signatures, » etc.

Dans une adhésion quelconque à quoi que ce soit, fl faut examiner deux choses : — le nombre et la valeur des adhérents ;— ■ en effet, vous admettez que, sur dix hommes, il puisse arriver que Topinion de quatre vaille mieux que celle des six autres — si vous composez ce nombre de dix de quatre hommes distingués parleurs connaissances, leur esprit et leur désintéressement, — et de six choisis parmi des ignorants, des avides et des fous.

Il ne faut pas se figurer qu'une ville tout entière — s'écrie : Nous le jurons ! — ou Partons f — comme un pettple d*opéra.

Pour ce qui est des protestations signées de plus de cent dnqaante noms^ il faut songer que, même en ramenant à leurs proportions réelles les divers bourgs — appelés villes et cités par le journal depuis qu'ils ont protesté, — on ne peut supposer une population moindre de deux mille hommes.

— C'est la population d'Étretat, qui n'est qu'un village.

— Plus de cent cinquante ont signé , — cela veut dire cent

gg LES GUÊPES

cinquante et un ; — • c'est comme les gens qui, après avoir fait suivre leurs noms de tous leurs titres, grades et décorations,'» disent, etc., etc., etc., quand ils ont fini.

Si cent cinquante et un citoyens ont signé, il s'ensuit tout naturellement que dix-huit cent quarante-neuf n'ont pas voulu signer,— ce qui fait une protestation beaucoup plus forte contre celle dont on fait tant de bruit.

Pour les protestations signées des noms les plus honorables ^^^ ou d'une foule ou d'une masse de signatures, soyez persuadé que ce ne sont qu'autant de périphrases adroites pour ne pas énoncer un nombre un peu mesquin.

Vous avez vu souvent sur les affiches de théâtre.

LE PEUPLE : MM. Arthur.

Léopold.

VILLAGEOIS ET viLUGEOisEs: M. Aicindor.

Mesdemoiselles Anastasie.

Zéphyrine.

Au théâtre, quand un acteur dit en scène : Le peuple demande du pain , le peuple est fait par un seul monsieur qui bourdonne et trépigne dans la coulisse ; •— la foule, — la masse, — le nombre considérable, doivent s'entendre ainsi. — Soyez bien sûr que, s'il y avait réellement un nombre considérable, — une foule et une masse, — on n'aurait pas manqué de vous en offrir le spectacle ; — n'hésitez pas à croire que toute foule, — toute mmse et tout nombre considérable, se composent d'un nombre inférieur au plus petit des nombres énoncés en chiffres.

Pour les citoyens les plus honorables... vous ne lisez pas le journal de M. ChamboUe, voisin ?

— Non.

-^ Si vous le lisiez, vous sauriez à quoi vous en tenir au sujet des citoyens les plus honorables * ; vous y auriez vu que les ci-

* Voir les Guêpes du mois dernier, page 54.

TOYENS LES PL€S HONORABLES de la Ville de Levtgnac — ont couru la ville avec des cornes, des pincettes et des chaudrons, — chanté la Marseillaise devant la halle, — et ont couvert d*ob- DURES les proclamfitions du préfet, — Voyons, de bonne foi, — représentez-vous cinq ou six seulement des citoyens honorables que vous connaissez, — et figurez-vous-les se livrant à de pareils exercices.

^ifC Ici, j*eus un tort de pédant. —- Je dis : Ah uno dises omnes, — Je parlai latin à un homme qui n'est pas obligé de le savoir et qui ne le sait pas. — En quoi je ressemblai parfeitement au médecin malgré lui de Molière.

^ijç Passons aux écoles. Tenez, j'ai reçu, il y a peu de temps, une lettre d'un étudiant en droit.

« Monsieur, me dit-il, arrive-t-il qu'un démocrate exalté est envoyé, à tort ou à raison, pour quelques mois à Sainte-Pélagie, — ou qu'un avocat a crié à la Chambre plus haut que de coutume , — vous voyez le lendemain dans certains journaux : — Les délégués des écoles — ou une députation des écoles — ont été ou a été complimenter, etc. , etc. »

Il y a effectivement quelques centaines d'étudiants, — toujours les mêmes, qu'on voit apparaître dans toutes les exhibitions démocratiques. — Mais ils ne sont députés délégués que par leurs convictions personnelles, sans avoir reçu pour cela^aucun mandat de leurs condisciples, etc., etc.

^^ J'aime la jeunesse, parce que c'est encore ce qu'il y a de meilleur. — Quand elle fait des folies, c'est, d'ordinaire, par l'exagération de quelque sentiment généreux. — Dans dix ans d'ici, les étudiants qui sont allés complimenter MM. tels et tels ricont bien de cette démarche , — je n'ai pas le courage de les gourmander aujourd'hui de cette petite manie de perdre de bonnes leçons de louirs professeurs pour en aller donner de médiocres aux députés ou au roi. — Il faut se rappeler les flatteries

fjue leuf a prodiguées ledit roi, il y a onze ans. •— • U est Juste qu'il subisse aujourd'hui Timportance qu'il leur a donnée alors.

Nous n'avons plus à parler que des gardes nationales. — Ou a licencié la garde nationale de Toulouse ; la première qui lui a envoyé une adresse de félicitations a été également licenciée.—* J'ai d'abord cru que c'était cela qui amorçait les autres, et que c'était l'ennui de monter la garde qui poussait les gens à de semblables manifestations. — Je vous avouerai même , mon voisin/ •-^que je méditais une protestation plus verte, plus boursouflée, plus subversive, plus louangeuse à l'égard des gardes nationales d^ Toulouse, — qu'aucune que vous ayez jamais lue,— >ne voulant rien négliger pour arriver à un tel résultat ; — mais on ne continue pas à licencier, — parce qu'on a sans doute découvert le véritable notice des nombres considérables de signatures qui Giuvraient ces adresses. — J'ai donc ajourné la mienne.

4^^ En mentionnant que certaines adresses et certaines pto^ testations étaient couvertes des signatures des étoyens les plm honorables, les organes du parti démocratique ont avoué qu'ils ne donnaient pas la même importance à toutes les adhésions ; ils admettront donc qu'on constate que quelques-uns des signataires n'ont pas toutes les lumières désirables pour que leur opinion sur quoi que ce soit ait une grande valeur, — ^puisqu'ils ont signé de leur croix, ne saéhant écrire.

^^ Je ne parle que pour mémoire du renvoi par la cwi royale de Montpellier devant la cour d'assises de l'Aude de MM. V"* et Guizsffd, cordonnier, pour avoir couvert une prêtes* tation de ce genre, en faveur de la réforme électorale, d'un nombre considérable de signatures honorables — mais fausses.

Mon cher voisin, ces protestations, ces adresses, etc. , sont, pour la plupart, envoyées toutes faites de Paris aux villes qui en demandent ou qui n'en demandent pas , — absolument comme faisaient, sous la Restauration, les hommes aujourd'hui au poiH .voir ; et bieh des villes apprennent seulement par les journaitx et

a\ec un grand étonnement qu'elles sont livrées au trouble et â la discorde. Des commis voyageurs spéciaux colportent les listes €t récoltent des signatures, — s'attachant plus au nombre qu*i une importance qu'il est difficile de discuter vu la distance, — ; toujours comme faisait, sous la Restauration, le parti libéral aujourd'hui aux affaires. Il a à sufcir les manœuvres qu'il a imaginées, — il les connaît pour les avoir pratiquées quinze ans ; il aura donc plus de facilité pour se défendre, — mais il n*a guère le droit de se plaindre.

Mon voisin se leva, me serra la main et partit un peu.rassuré, — me laissant occupé à regarder s'allumer les étoiles.

^^ Quand un fameux ministre disait : — Laissez, laissez, qiCils chantent. Us payeront, — c'est que de son temps ce n'était pas la Marseillaise qu'on chantait.

^^ Quand M. Rossi a été nommé pair de France, quelqu'un a écrit à un de ses cousins : « Cette nomination a dû vous causer une grande joie ; car moi, qui ne suis ni son parent, ni son ami, j'ai failli en mourir de rire. »

^^ Gomme on parlait, devant l'archevêque de Paris, du duel, que certains tribunaux condamnent et que d'autres acquittent, — monseigneur Ollivier, êvéque d'Evreux, dont on connaît l'impétuosité, eut l'indiscrétion de dire à monseigneur Affre : — « Mais enfin, monsieur, si on vous donnait un soufflet, que feriez-voiis? — Monsieur^ répondit l'archevêque de Paris, je sais bien ce que je devrais faire, mais je ne sais pas ce que je ferais. »

.^^ A propos, il ne faut pas que j'oublie ma note pour M. Affre.

À MOxNSElG>EUR l'aUGHEVÊQUE DE PARIS.

Noie à Vappui de son éRscours dans lequel il tâche d^tïr mnxier adroitement an roi Louis-Philippe qiie^ malgré la grandeur et la vénération qui Ventourent, il ferait him de se

72 LES GUtePEW.

rappeler quelquefois qu'il nest quun homme, — Plusieurs journaux racontent, de la manière suivante, une sortie du roi :

« Louis-Philippe est sorti, le 29 au soir, vers neuf heures, des Tuileries, accompagné du général Âthalin. Il était précédé de M. Marut de Lombre et de deux officiers de paix. Une escouade nombreuse d'agents de police éclairait sa marche et le suivait à quelque distance. Après s'être arrêté quelques instants près de Tobélisque, le roi a gagné le rond-point des Champs-Elysées en longeant le côté droit du bois; puis il est rentré au château par le même chemin, t

i^fej* DÈNo:\'CiATiON CONTRÉ LES SAVANTS. — Il Serait bon, je crJis, de commencer à surveiller les savants, — du moins dans Tapplication de leurs théories. — J'ai dénoncé, — le mois dernier, — combien les savants philanthropes ont fait mourir de faim de malades et de prisonniers, — sous prétexte de doter l'humanité d'un nouvel aliment.

Voici un gaillard qui marche sur leurs traces, un peu timidement encore, il est vrai; mais soyez sûr qu'il ne lui manque qu'un peu d'encouragements, et qu'il est destiné à aller loin.

« M. Montain a mis sous les yeux de la Société d'agriculture de Lyon une nouvelle variété de pommes de terre, — L'échantillon se partage entre les membres de la Société d'agriculture, qui se proposent de propager cette nouvelle variété de solanées. •

Ceci est copié textuellement sur le rapport.

On se demande naturellement quels sont les avantages de cette importante découverte, si bien accueillie par une société savante, — et dont on va propager la culture avec tant de zèle et de sollicitude.

Sans doute, c'est un énorme tubercule renfermant plus de farine et de sucs nourriciers que tous ceux de la même espèce^ connus jusqu'ici?

Vous n'y êtes pas tout à fait; — reprenons le rapport fait par la Société d'agriculture de Lyon sur la pomme de terre de M. Montain :

« Cette nouvelle Tariété de pommes de terre, à cause de sa petitesse, est désignée sous le nom de pomme de terre hari-cot; — les plus grosses dépassent à peine le volume d'une noisette. »

M. Montain, sans aucun doute^ encouragé par le favorable accueil de la Société d'agriculture de Lyon, — va s'efforcer de se rendre de plus en plus digne de la reconnaissance de ses contemporains et de la postérité. — Je suis d'avance persuadé que ses efforts seront couronnés de succès, et que l'année prochaine nous lirons dans les annales scientifiques :

« 1842. — M. Montain a envoyé à la Société d'agriculture

— une nouvelle variété de la pomme de terre haricot. — Les tubercules de celle-ci sont durs comme des cailloux et ne cuisent pas au feu ; on l'appelle pomme de terre silex. — L'échantillon se partage entre les membres de la Société d'agriculture, qui se proposent de propager cette nouvelle variété de

-. solanées. »

Puis, d'année en année, de progrès en progrés :

« 1843. — M. Montain a envoyé à la Société d'agriculture

— une nouvelle variété de sa pomme de terre silex. — Celle-ci n'est pas moins dure que celle de l'année dernière,

, elle ne cuit pas davantage, — mais elle est beaucoup plus petite ; — son principal mérite est d'être rentrée dans la fomille des solanées, qui se compose entièrement de plantes vénéneuses, au milieu desquelles la pomme de terre faisait une anomalie désagréable et embarrassante pour la science. — La nouvelle solanée régénérée — est un poison violent. — L'échantillon se partage entre les membres de la Société d'agriculture, qui se proposent de propager cette nouvelle variété de solanées. »

gf4 LES GUÊPES.

fl 1844. — • Enfin, M. Montain est arrivé au pins haut point de perfection. — Il a envoyé â la Société d'agriculturér une nouvelle variété de pommes de terre, — qui ne produit aucun tubercule. — On peut en planter autant qu'on veut, — on ne retrouve jamais rien à la place. — L'échantillon se partage entre les membres de la Société d'agriculture, qui se proposent de propager cette nouvelle variété de solanées. »

If^ C'est du reste une manie d'agriculteur et d'horticulteur dont je me rappelle un autre exemple. — Les horticulteurs qui se respectent ont proscrit la rose aux cent feuilles, qui reste malgré eux la plus belle rose connue. — H va quelques années, j'allai voir les roses de Hardy, — le jardinier du Luxembourg, à Paris ; — c'est la plus riche et la plus belle collcclion qu'il y ait en Europe. — Je vis pour la première fois une admirable rose blanche, — aujourd'hui bien connue des amateurs, à laquelle il a donné le nom de madame Hardy.

Je fis à l'habile jardinier des compliments mérités, auxquels je dus probablement d'être introduit dans le saint des saints,

dans une partie mystérieuse du jardin, où il me fit voir la

rose herhmdtfoUa, qui est une sorte de corcoplis épineux; — puis, me conduisai un peu plus loin, il me dit : a En voici une qui, de'lpuis troiis ^ns que je l'ai ohte7iue de graines, n'a pas donné une seule fleur. »

Je n'ai pas eu occasion, depuis ce temps, de retourner au Luxembourg, — dans le beau mois des roses, et je ne sais pas si Hardy aura eu le bonheur de voir son rosier perdre ses feuilles. Le ciel lui devait cela.

^^ Voici bien longtemps que les partis crient les uns contre les autres, — se jetant réciproquement à la tête les mêmes reproches et les mêmes injures — comm.e des balles de paume ; — hélas ! mes bravés gens, — vous luttez contre quelque chose qui existait avant vous et qui vous survivra, — contre l'avidité et contre l'orgueil, vous en avez tous votre

part ; -^ si les uns n*en. étaient pas infectés, — ils. ne se plaindraient pas tant d'y voir les autres en proie; — l'avidité et Torgueil de vos adversaires ne vous irritent tant que parce que ces vices gênent par la concurrence votre orgueil et votre avidité.

^^ On vient de condamner plusieurs marchands à IV mende pour avoir laissé subsister dans leurs boutiques, des dénominations que prohibe la nouvelle loi des poids et me^ sures ; — ua épicier pour avoir mis sur sa porte : sucre à vingt mis la livre; — il n'y a plus de sous ni de livre.

Le gouvernement actuel veut prendre sa revanche de l'absardité de 93 qui défendait de s'a|qpeler de Saint-Gyr, parce ' qu'il n y avait plus ni de, ni saints, ni sire.

Peut-être le ministre devrait-il commencer par retirer de la circulation les monnaies diverses sur lesquelles on lit :

Deux sous,. — vingt sons, — etc.,. etc.; il devient embarrassant de ne pouvoir, plus énoncer la monnaie que Ton donne, par la dénomination qn'elle porte ; — il faut donc à présent lire et épelep ainsi : — d — e — u — x — dix< ' — s — 0 — u— s — centimes,. — dix centimes.

Longtemps avant la naissance de M. Duchâlel, Chilpéric sappuima deux lettres de Talphabet — avee défense de s'en servir, sous peine d'être essariUéi — o'est^àrdire d'avoir les ore^ks cotfpee«; -— j'iii su autrefois quelles étaient ces deux lettres, — je Tai oublié,.— je n -ai jamais su le motif de l'anir mesité qu'avait coi^e elles le roi Chilpéric.

Mais ce qu'il y a de triste pour le ministre, c'est que ces deuc lettres eurent leur^s martyrs — comme toute chose persécutée; — deux savants, qui avaient, pour elles une affection aussi, mystérieuse dans ses^ causes que la haine du roi, — sobstinèrent. à les employer et furent essorillés; — après quoi ils s'en donnèrent, à cœur joie, — le rot n'avait pas prévu la récidive, — et d'ailleurs il. était au moins diliicile de couper deux fois les. mêmes oreilles.

^^ LE suFFRàGB UNIVERSEL. On ne sc figure pas de combien d'embarras on se tire avec un peu d'esprit. — Voici bien . longtemps qu'on fait tous les jours des phrases en faveur du suffrage universel en matière d'élections; — que l'on colporte des pétitions pour la réforme électorale; que Ton compte, pour le conquérir, sur le tapage, sur l'émeute, sur une nouvelle révolution. — Un droguiste anglais vient de réaliser ce rêve bruyant de nos politiques. — Partisan du suffrage universel et cependant faisant partie de la classe privilégiée des électeurs, il a mis sur le devant de sa boutique l'avis suivant, en gros caractères : ff Tous les habitants de ce district, exclus par la loi du droit de voter, sont engagés à vouloir bien me faire connaître quel est celui des deux candidats, — Garnett et Brotherton, -~ auquel je dois donner ma voix. •

Beaucoup se rendirent à cet avis. — A chacun de ceux qui se présentaient, on ouvrait un registre sur lequel il inscrivait son nom, son adresse et le nom du candidat de son choix. — La veille des élections, l'affiche collée sur la devanture de la boutique fut remplacée par une autre ainsi conçue :

« Cent cinquante-sept citoyens m'ont engagé à voter pour Brotherton, cent vingt-trois pour Garnett. — En conséquence, demain matin je voterai pour Brotherton. »

Comme on le voit, il n'y a rien de plus simple que cet expédient. — Après un tel exemple, ceux de nos électeurs partisans du suffrage universel qui n'imiteront pas le droguiste de Salford,

— et qui continueront à demander bruyamment la réforme, — seront à nos yeux convaincus de ne la point demander pour l'obtenir, mais pour faire du tapage.

^^ Et d'ailleurs que demandez-vous? — le droit de voter. -^ Mais il me semble que vous le prenez assez largement — Le roi choisit un ministre, — M. Guizot; — nomme un préfet,

— M. Mahul ; — vous ahurissez M. Guizot d'un charivari; — vous chassez M. Mahul avec des pierres et des hurlements. —

Cela me semble équivaloir pour le moins à un vote contre eux,

— et une foule de carrés de papier, se prétendant les organes de l'opinion publique, — demandant le règne de l'intelligence,

— racontent avec approbation les charivaris et les émeutes. — Prenons le journal de M. Chambolle, par exemple.

Le journal de M. Chambolle est un journal naïf. Dernièrement, le Journal des Débats ayant dit : « Une feuille banale et stérile, » sans désigner autrement la feuille dont il voulait parler, — le journal de M. Chambolle a dit le lendemain : « Nous répondrons au Journal des Débats^ etc. "»

^^ Le journal de M. Chambolle s'est donné au ministère de M. Thiers. — Il l'a soutenu de toutes ses forces, de toutes ses colonnes.

Aujourd'hui il enregistre avec joie les charivaris donnés â H. Guizot. — Il les appelle manifestations de l'opinion publique.

Mais voici qu'on en donne également à M. Thiers. — Comment apprécier a-t-il ceux-ci?

-^k^ Le National, lors de la fameuse affaire de Saint-Bérain, a mis tout au long dans ses colonnes toutes les pièces du procès, le réquisitoire, la condamnation, etc., etc.

Il a appelé le jugement : la justice du pays. — Aujourd'hui, un jugement aussi sévère au moins vient de frapper la Société plâ^ trière f dirigée par MM. Higonnet et Laffitte. Le National n'insère pas le jugement et maltraite le tribunal. 11 accuse le président de partialité, etc. Qu'a donc fait le National de sa vertueuse emphase? Ses amis sont-ils infaillibles et au-dessus des lois, — par cela seul qu'ils sont ses amis? — Prenez garde, — messieurs, — la presse est comme ce bourreau qui, ayant coupé toutes les têtes, finit par se guillotiner lui-même. — Jamais un tyran, en ancun temps, — ne s'est enivré de sa puissance, rv'a feît des orgies de despotisme comme la presse. — Tous les pouvoirs sont tombés sous ses coups. — Elle seule peut se tuer,^

— elle se tuera, — elle se tue.

^^ Li PUDEUR d'eau DOUCE ET LA PUDEUR d'EAU SALÉE.

— Quelqu'un me disait l'autre jour :

« A cette époque des eaux et des bains de mer, il est une chose qui frappe nécessairement l'esprit, môme le «moins observateur, — c'est que la pudeur des femmes est pour beaucoup d'entre elles une question d'usage, de mode et de convention.

0 J'ai vu successivement des années où il était reçu de montrer ses épaules, d'autres où c'était la gor^e qu'on laissait voir.

— Une femme habillée pour le bal, c'est-à-dire presque nue,

— ne recevrait pas en ce costumo un homme qui viendrait lui faire une visite. — Userait réputé inconvenant de montrera un seul ce qu'on fera voir àxioux cents une heure. après.

» Il y a à Paris, sur la Seine^ des bains froids fort à la mode depuis quelques années pour les femmes et surtout pour les jeunes filles, qui y apprennent à nager. — Leur costume- est exactement celui qu'on porte .aux bains de mer. — £h bien ! on ne laisserait, sous aucun prétexte, un père y mener sa fille ni un mari y accompagner sa femme. — Un homme qui y mettrait 1er pied — ferait jeter des cris de paon à toutes les femmes qui y barbotent.

» Mais à la mer, c'est différent. — Au Havre, par exemple, les femmes se baignent sous les yeux des promeneurs de la jetée, — pêle-môle avec les hommes vêtus d'un simple caleçon,

— personne ne s'en offusque. — Les femmes pensent-elles que, de même qu'on a longtemps permis aux marins de jurer,

— surtout au théâtre, — la mer autorise bien des choses,

— et qu'il y a une pudeur d'eau douce et une pudeur d'eau salée? »

A ces paroles, je fus saisi d'une indignation convenable, — et, tout en voyant bien ce qu'avait de spécieux l'accusation de mon interlocuteur, je m'occupai de le réfuter, — ce que je fis en ces termes :

« Il faut cependant tout dire, monsieur. — S'il semble, au

premier abord, que cette pudeur, si féroce dans la Seine, — soit comme les poissons de rivière qui ne peuvent vivre dans l'Océan — et remontent les fleuves sans se laisser jamais entraîner jusqu'à leur embouchure, on doit remarquer que les femmes, aux bains de mer, font à la chasteté le plus grand sacrifice qu'on puisse faire à aucune vertu : — elles lui sacrifient leur beauté.

» On sait l'histoire de cette vierge chrétienne qui se coupa le Dez pour échapper à la passion d'un proconsul romain.

t Eh bien ! vous voyez au Havre, à Dieppe ou à Trouville trois cents femmes qui deux fois par jour renouvellent ce trait si vanté.

• Avec leur costume de laine, — leur veste, — leur pantalon et leur bonnet de toile cirée, — elles semblent une foule de singes teigneux qui gambadent sur la plage.

t Obligées de se baigner au milieu des honmies, «— elles ont ingénieusement imaginé de s'entourer d'un voile de laideur. »

Mon interlocuteur se retira humilié et me laissa fier de la belle défense que j'avais faite en faveur du beau sexe.

^3^ Aux fêtes de Juillet, célébrées à Paris, — un plaisant, faisant allusion aux affaires de Toulouse, avait mis le soir sur un traospareot ces quatre vers :

L'émeute est tour à tour défendue et permise :

Le gouvernement de JuiUet, Selon les temps, les lieux et surtout l'intérêt,

La canonne ou la canonise.

La police n'a pas tardé à faire supprimer le transparent, devant lequel commençait à s'amasser une foule curieuse.

^j^ Il y avait aux Champs-Elysées — des baraques pour les spectacles, — d'autres pour les restaurateurs ; — une avait sur sa façade ua large écrlteau ainsi conçu : Secows aux bleêséi.

Les journaux ministériels racontaient le lendenfïaîn avec orgueil que, dans toute la fôte, il n'y avait eu personne de tué.

Jjjlfig^ LES PHÉxNOMÈNES. — Tout ce tumulte à propos du recensement a été fort utile aux journaux. On sait leur embarras pendant les vacances des Chambres, — et de combien de phénomènes, de miracles et d'accidents ils surchargent à cette époque la crédulité de leurs lecteurs. Il commençait à mourir pas mat de mendiants dans la besace desquels on trouvait trente-deux mille francs en or. — Les soldats français échappés de la Sibérie reparaissaient à Thorizon, — ainsi que les enfants à deux têtes et le grand serpent de mer, inventé par les rédacteurs du i^garo en 1829. Beaucoup de pianistes de douze ans profitaient de la situation pour offrir cinq lignes agréables pour eux-mêmes, qu'on admejttait avec empressement, — et on rendait compte dans tous les feuilletons de l'epppppopppéeee de M. Soumet.

JV. jB. Peut-être quelqu'un des puristes qui m'honorent de leur correspondance et qirt me font des avanies périodiques au sujet des fautes d'impression qui se rencontrent dans les Guêpes va-t-il m'écrire pour me faire de justes observations sur la façon dont ce mot est écrit. — Pour lui éviter ce souci, je lui réponds d'avance que j'ai essayé ainsi de donner une idée de la manière dont M. Soumet prononce ce mot quand il parle de son ouvi'age.

Les affaires de Toulouse, le recensement, — les protestations, les adresses, tout cela est venu mettre la France dans l'état normal ; — les phénomènes sont momentanément rentrés dans leurs cartons.

fH^ touJouBS LA MÊME CHOSE. — Si décidément il ne reste plus qu'à recommencer les choses déjà faites, — ce n'est vraiment pas la peine de s'agiter si fort.

On l'a dit avec raison, l'esprit humain marche en cercle, et il n'y a de nouveau que ce qu'on a eu le temps d'oublier. — Plusieurs personnes en ce temps me paraissent se hâter un peu trop d'inventer certaines choses, — que l'on se rappelle fort bien.

Espartero, duc de la Victoire, que la reine Christine appelle, dit-on, maintenant, prince de la Sottise et marquis de la Trahison, — avait un discours à faire. — Il a pris et récité un discours de Bonaparte à la Convention, sans y changer un seul mot.

M. Arzac, ex-maire de Toulouse, sommé de se retirer de la mairie, — répétale mot de Mirabeau, et dit :

— Je ne sortirai que par la violence!

— Eh bien, monsieur, lui dit M. Duval, — je vais vous faire arrêter.

M. Arzac se trouva tout à coup embarrassé dans son rôle, — comme tout acteur auquel son camarade refuserait de donner la réplique. -— Le cas n'était pas prévu. — La scène de Mirabeau finissait là, — et le maire de Toulouse fut forcé de dire :

— Je trouve cette menace une violence morale suifisante, et je me retire.

Puis il sortit du théâtre.

^^ Le mot de M. Arzac — violence morale — a eu du succès. — En voici une imitation que je trouve dans un journal de la même ville de Toulouse : — « Le sieur Raynal, cordonnier, a été arrêté; — il a subi des violences morales ayant pour but d'obtenir l'adresse d'un de ses ouvriers. Sur son refus, on a menacé de Temprisonner, et sa fermeté n'a pas résisté à celte dernière épreuve. Il n'y a pas de termes assez forts pour qualifier, etc., etc., etc. »

Je voudrais savoir en quoi .consistent les violences morales. Une menace d'emprisonnement n'est pas violence; — c'est cependant bien plus terrible que les violences morales dont on / se plaint avec tant d'éloquence , puisque la fermeté du cordonnier Raynal, — qui avait résisté aux violences morales, n'a pu résister à cette dernière épreuve : — la menace d'être mis en prison.

i^Jfcp LES BANQUETS. — Nos pèrcs dînaient ensemble pour

L£S GUEPES.

clianter, rire, boire, manger > causer avec abandon et avec esprit.

Aujourd'hui — un dîner est une action politique ; on dîne contre ou pour le gouvernement, contre ou pour un principe.

C'est une chose bien ridicule que ces banquets. — Peu imjiorte — contre ou pour quel principe ou quel gouvernemeat on mange et on boit.

Un poète latin a dit de ces festins où Ton se querelle, — de cesiestins constitutionnels qu'il semblait prévoir :

Natis in usum laetitise scypîiîs Pugoare Thracinn est.

Comment n'est-on pas honteux d'avouer, — que dis-Je? de publier dans les journaux, — que c'est l'estomac chargé de viandes, — la tête appesantie par le vin, que l'on discute d'une langue épaisse les intérêts les plus sérieux du pays !

Mais, dans celte situation, après vos dîners de province de huit heures, — vous refuseriez de vendre ou d'acheter cent cinquante bottes de luzerne, — vous vous défieriez comme d'un voleur d'un homme qui voudrait vous faire conclure un marché ou un arrangement, — vous n'oseriez pas décider de tuer et de saler un des porcs de votre étable.

^^ M. DUTEiL ET M. CHAMPOLLiox. — J'ai rcçu uu dictioxH naire des hiéroglyphes, par M. Camille Duteil. — C'est un livre hardiment conçu et simplement écrit, — ayant moins pour but encore d'éclaircir les hiéroglyphes que de mettre en lumière que M. CbampolUon, qui en fait son état, n'y entend absolument rien. — Peut-être M. Champollion prépare-t-il un livre pour prouver la même chose à l'égard de M. Duteil. — Nous autres, ignorants, nous sommes forcés (fe nous en rapporter aux érudits, môme pour l'opinion qu'ils x)nt les uns des autres. — En

attendant, voici une petite anecdote à l'appui de Topinion de M. Duteil sur M. Champolllon.

C'était à l'époque où M. Denon .s'occupait avec tant de £èle des antiquités égyptiennes; — il reoevait fréquemment des car- ^gaisons de momies et de papyrus. — Un brave garçon, peintre intelligent, nommé Machereau, — était chargé de démêler et de <;opier les hiéroglyphes, — auxquels il n'avait pas la préteation de comprendre la moindre chose- Un jour M. Denon l'appela de grand matin, et lui dit: « Mon clier Machereau, voici de la besogne,: — il faut que cela ;soit copié pour ce soir ; j'attends M. Champollion à dîner, — je veux le régaler de la ,primeur de ces hiéroglyphes au dessert; . — l'original est un peu vieux, déchiré et confus, — faitesnous-en une copie jielte et soignée. »

Machereau se met à l'ouvrage avec ardeur ; •— mais à peine avaît-il commencé, qu'il renverse un encrier sur la bande de papyrus. Il éponge, il essuie, il gratte, — impossible d'enlever Tencre et de découvrir une seule des figures qu'il avait à reproduire. — Je ne vous peindrai pas son désespoir. — « Le papyrus est perdu, disait-il , — mais si encore le malheur n'était arrivé gu'après une copie faite, M. Denon aurait pu me pardonner. »

Celte idée en enfanta une autre. — « Parbleu, — dit-il, depuis le temps que je copie ces maudites images, je ne vois pas en quoi elles diffèrent les unes des autres; c'est toujours une même kyrielle d'ibis, d'ânes, d'étoiles, d'hommes à têtes de chiens, etc. — Je ne sais vraiment pas l'importance qu'on y peut attacher; — toujours est-il que M. Denon va me mettre à la porte si je lui avoue mon accident. » — Il resta quelques instants abattu, — puis tout à coup il se décida à tenter un coup de désespoir. — a N'importe, — dît-il, — je vais leur faire une vingtaine de pages de crocodiles, —d'ibis, de taureaux, — do tout ce que je copie d'ordinaire ; — peut-être M. ChampoUioa ne viendra pas, ~ ou bien je puis soutenir que ma copie est

exacte, — et que ce n'est pas ma faute si Vauteur du manuscrit manque de clarté dans son style. »

Machereau entasse les ibis, les ânesses, — les vases. — M. ChampoUion arrive; M. Denon invite à dîner Machereau, qui refuse ; mais M. Denon insiste tellement, que Machereau est contraint d'accepter. — Le dîner se passe trop vite au gré du malheureux peintre. M. Denon lui dit: c Machereau, faites donc voir à M. ChampoUion ce que vous savez. »

Machereau fait répéter Tordre, — c'est une minute de gagnée ; mais elle se passe, il se lève et sort. — a Cent fois, disait-il en racontant sa mésaventure, j'eus envie de ne plus rentrer, de m'enfuir et de ne jamais remettre les pieds chez M. Denon. » Cependant il revient tour à tour pâle et cramoisi. — Il donne ses feuillets à M. Denon, qui les transmet k M. ChampoUion; — c'était encore une minute, — mais ce n'était qu'une minute pour retarder le moment où on allait découvrir l'imposture et Tex* puiser honteusement. — M. ChampoUion prend les prétendus hiéroglyphes, — les examine, — les lit, et explique sans hésiter

— ce qui ne voulait absolument rien dire.

j^ Une chose digne de quelque remarque pour les esprits justes et amis du vrai, — c'est que cette même époque où on prodigue tant d'injures au souverain et â tout ce qui l'approche

— est également celle où l'on adresse aux princes les flatteries les plus ridicules : — cela vient de ce que ce pays est en proie â une insatiable avidité. *— Il n'y a de la flatterie à l'injure que la différence qui existe entre la mendicité — et Fattaque â main armée. — Toutes deux ont le même but et ne diflërent que par les moyens.

Ceux-là soutiennent les abus pour en profiter, — ceux-là les attaquent pour les conquérir.

ij^ Le 16 du mois d'août, — le duc d'Âumale passait i Valence avec son régiment; — M. Delacroix, maire de la vUle ^ et député de la Drôme, crut que cela lui donnait le droit de

haran^er le prince, et il en usa. — La chose fut raisonnablement longue, el M. le maire crut qu'elle se terminerait agréablement par un vivat énergique ; — il s'écria, en agitant son chapeau : Vive le duc, d'Angoulême!

Ce lapsus linguœ — n'est pas sans exemples : — sous la Restauration, le maire de la ville de Tain, dans le même département, termina un discours au duc d'Ângouléme par le cri de Vive V Empereur!

Vous riez, — mais j'aurais voulu vous voir à sa place. — A cette époque, en 18ft, — à Tournon (Ardèche), les mêmes autorités proclamèrent trois fois, le même jour, tour à tour Napoléon le Grand et Louis le Désiréy — en se félicitant chaque fois de l'heureux événement.

^^ Revenons aux flatteries grotesques dont je voulais parler. — Les journaux ont fort loué le jeune duc,

i» D* avoir fumé des cigares; — une lettre que je reçois m'affirme que c'était une pipe, — J'accueillerai avec gratitude les renseignements qui me seront envoyés à ce sujet ;

^^ D* avoir marché sans gants ;

3® lyavoUr^ — étant descendu de cheval y gravi une côte comme un simple piéton.

Dés l'instant que vous n'êtes plus à cheval, — vous passez à l'état de piéton, quelque illustre que soit le sang qui coule dans vos veines. — De bonne foi, le prince ne pouvait faire autrement, — et il n'y a pas plus lieu de le louer de cela que de ce qu'il aurait monté la côte comme un cavalier, s'il était resté à cheval, etc., etc , etc.

Voir, — pour ce que je pense de ces voyages entremêlés de discours, — le volume de la première année, — page 15.

^j^ Louis XIII disait que les harangues lui avaient fait blanchir les cheveux de bonne heure. — Le peuple souverain entend plus de discours qu'aucun roi de ses prédécesseurs ; — jusqu'à ce jour il ne lui manque aucun des ennuis de la royauté.

^1^ Il y a dans la maison du roi «- plusieurs dai^tôstiqaas àoni on est mécontent pour des causes graves ; — la reine supjpUe perpétuellement pour qu'ils ne soient pas chassés ; — dans sa triste préoccupation, elte «raint qa*un homme, livré au désespoir, ne renouvelle contre .son mari — des ientatives aiaxquelles il a jusqu'ici échappé avec tant de bonh&ui\

^^ Mademoiselle Esther, qui est une très-belle fille, a personnifié les Guêpes dans une pièce du Uiéâtre des Va*rlétés.

ujf^ Dans uâe ville où passait le général Saint-^Michel,— on a peint sur un transparent un bourgeois et un soldat se donnant la main et couronnés par un ange. — Certains jouF«> naux ont appelé cela un magnifique transparent. — Avouez,, me&sieurs, «que si ce itrAQ^arent avait été fait à propos du roi ou de quelque prince, vous r^ussks trouvé burlesque, — > comme il Test.

.<j^ Un journal de ropposition, — qui enregistre d'ordi* naire avec enthousiasme les gueuletons divers de son parti — sous le nom de banquets patnotiqueâ, appelle un banquet ministériel — une séance haclnquie, --- Toutes ces ripailles sont également ridicules.

<j^ Un député allait quitter Paris ; il s'habillait pour aller faire ses adieux au ministre de l'intérieur lorsqu'une femme entre chez lui, — et, avec l'accent de la province qu'il représente : « Âh! monsieur, lui dit-elle, que je suis donc aise de vous voir ! — j'espère que vous n'avez pas oublié votre filleul, — mon fils ; — il faut absolument que vous demandiez quelque chose pour lui au ministre; — vous savez le mal que mon mari s'est donné pour les élections, etc., etc. » — Le député promet pour renvoyer la femme. Mais, pendant qu'il attend que le ministre soit visible, il lui revient en l'esprit — qu'il a tenu cet enfant sur les fonts avec sa femme avant son mariage, et qu'elle l'aime beaucoup, — Il se décide à la démarche; — il n*a pas

pensé à demander ce qu*il savait faire ; — cependant, en ; réfléchissant, il avise qu'il faut qu'il s'occupe d'arts pour que sa famille ait pensé à la protection du ministre ; d'ailleurs il se rappelle que le petit dessinait : — il demande un tableau et l'obtient. — Le lendemain revient la mère du protégé.

— Eh bien ! j'ai votre afiEaire.

— Ah! monsieur.

— Oui, une copie du portrait du roi pour la ville de ***.

— Comment! une cq>ie du portrait du roi?

— Oui; votre fils n'est*il pas peintre?

— Mais non, monsieur, il est poélier-fumiste.

— Ah bien, vous m'avez fait faire là une jolie chose! — Pourquoi diable ne me dites- vous pas que vxxtre fils est poélierfomiste ?

— Vous ne m'avez rien demandé, j'ai cru que vous le saviez.

— C'est juste, j'ai tort aussi ; mais alors que pouvais-je demander an ministre?

— Les tra\Miux de sonMtel.

— C'est encore juste; mais il dessinait un peu?

— Il a fait des yeux et des nez.

— C'est égal,. puisque le tableau est accordé, il faut le faire; — qu'il se fasse aider par un peintre avec lequel il partagera l'argent.

Jj^ Depuis quelques années, on couvre Paris de fontaines de Um& genres. — Il n'y a qu'une chose à laquelle on ne songe pas, — c'est d'y ajouter on vase ou une écuelle au moyen desquels on puisse y boire. Je ne sais s'il y a encore, comme autrefois, à la petite fontaine du Luxembourg, — une coupe en fer .enchaînée. — C'était un exemple à suivre; — c'est un avis que Je donne à M. le préfet de la Seine.

^iJkfÇ Je l'ai déjà dit, — en France, — la démocratie n'est .pas un but, elle n'est qu'un moyen. — On ne veut pas arriver à la démocratie,, mais .par la démocratie. — Tout le monde pro-

clame sur les toits son propre désintéressement; — mais que ferait l'avidité des autres à un homme réellement et entièrement désintéressé', — C'est comme les marchands de tisane qui crient leur marchandise, mais n'en boivent jamais, — et vont avec son produit boire du vin au cabaret.

Voyez aujourd'hui, parmi les gens parvenus et ceux qui veulent parvenir, — toutes les velléités d'aristocratie qui percent malgré eux. — L'ancienne noblesse portait des noms de terres qui leur appartenaient ; — eux, ils prennent les noms de villes auxquelles ils appartiennent. Croyez-vous que les petitsfils de MM. David, — Dubois et Ollivier d'Angers, — Martin de Strasbourg et Martin du Nord, — Dupont de VEure et Michel de Bourges, etc., etc., se gêneront beaucoup pour se faire des titres des sobriquets de leurs pères? — Et, quand je dis les petits-fils, — je pourrais dire les fils, — je pourrais dire ces grands hommes eux-mêmes.

J'ai connu un honnête homme — qui s'appelait quelque chose comme Dubois ; ceci n'est pas son vrai nom, il n'est pas mauvais garçon du reste, — et je ne veux pas le troubler. — Il a mis sept ans à séparer la première syllabe de son nom des deux autres, et j'ai suivi sur toutes ses cartes du jour de l'an toutes les tentatives de ces deux malheureuses lettres du pour s'écarter des autres.— Les premiers essais ont été timides; — il écrivait Dubois en séparant du de bois d'une manière imperceptible, — puis il augmenta un peu l'intervalle ; puis un jour il mit un B majuscule à Bois; — puis il recommença â écarter ^ses syllabes, — et, enfin, aujourd'hui il s'appelle tranquillement M. du Bois.

^1^ A la fir4 de chaque session, on voit s'établir de nouveaux bureaux de tabac accordés à la sollicitation de MM. les députés.

Il faut savoir qu'il n'y a à la Chambre, sur quatre cent cinquante membres, que vingt députés qui ne demandent rien aux

ministres ; — ceci n*est pas un chiffre écrit au hasard, c'est le résultat d'une statistique faite par deux représentants, dont l'un avoue qu'il ne fait pas partie de ce nombre de vingt.

Cette fois, les bureaux de tabac sortent de terre dans toutes les rues.

1^^ La distribution des prix de TUniversîté à la Sorbonne a eu lieu comme de coutume ; — c'est un M. Collet, professeur, je crois, à Versailles. — qui a prononcé ce ridicule thème latin — que l'on est convenu d'appeler « le discours. » — Il y a mis la phrase obligée contre la littérature moderne ; — ce discours est semblable à tous ceux du même genre, c'est un latin contourné et prétentieux. — Les femmes, qui ne se croient pas obligées de comprendre, se dispensent d'écouter ; — mais les hommes font des mouvements de tête aux endroits que, par le débit de l'orateur, ils supposent être les beaux endroits.

M. Villemain a parlé à son tour : — c'est à peu prés le même discours qu'avait prononcé M. Cousin l'année dernière ; — aussi je prie mes lecteurs de jeter un coup d'œil sur le volume de septembre 1840. — Et je dirai à M. Villemain. — comme je disais alors à M. Cousin : « Non, monsieur, il n'est pas vrai que les lettres conduisent à tout; — fouillez votre mémoire, monsieur, fouillez votre conscience, — et voyez si c'est seulement aux lettres que vous devez d'être aujourd'hui ministre ; ~ rappelez-vous depuis 1815, monsieur, où vous fîtes assaut avec M. Cousin d'adulation envers l'empereur de Russie, — jusqu'à ce jour où nous sommes; — et que faites-vous, monsieur, et à quoi pensez-vous donc, — de venir jeter dans toutes ces jeunes têtes des ferments d'ambition? — Mais ne voyez- vous pas, monsieur, que c'est là la maladie de l'époque, — et que votre discours, pour être raisonnable et moral, devrait dire précisément tout le contraire de ce qu'il dit? — L'éducation exclusivement littéraire que vous donnez à la jeunesse est déjà assez ridicule et mauvaise comme cela, — et vous la poussez encore aux con-

séquences de cette éducation, — au lieu d*enseigner aux jeunes gens la modération, au lieu de leur faire aimer la situation où le sort les a placés, — au lieu de leur apprendre â honorer la profession de leur père. »

^^ Au collège de Bourbon, M. Rossi, qui présidait la distribution des prix, — a traité la même question. — Eh! non, monsieur Rossi, — mille fois non, -— ce n*est pas par les lettres que vous êtes arrivé à ôtre pair de France, — ce n*est pas vrai, vous le savez bien.

Vous êtes plus prés de la vérité quand ?ous dites : « Ne croyez pas que le génie des lettres soit frivole^ — il régnait dans la Florence au milieu de ces marchands dont les spéculaUons hardieSf etc., etc. »

Oui, •— monsieur, — le génie des lettres n'est pas frivole, — ici, vous avez raison, et vous le savez bien, — quand on est mar^ chand, quand on vend beaucoup de choses, et quand on fait des spéculations hardies,

^^ Messieurs Villemain et Rossi, — vous trompez tous ces Jeunes gens qui vous écoutent ; — il fallait leur raconter en détail — rhistoire de votre élévation; — il fallait leur avouer que les lettres ne suffisent pas, — qu'il &ut encore la manière de js'en servir,

j^ Il n*y a que deux écrivains que je n*ai pas r^ofontrés^. — disait dernièrement un étranger, c'est M. Paul de Karr et M. Alphonse Kock.

^^ On parle de modifications dans l'uniforme de l'infanterie -y — les fournisseurs ne sont pas les seuls i remarquer que c'est toujours sous le ministère de M. Soult — que le besoin de ces modifications, de ces changements onéreux, se £aitg>§néralement sentir.

^^ C'est le moment des banquets : — le parti légitimiste est celui qui boit le moins; — le parti de l'opposition libérale et cépublicaine a des festins plus nombreux; — le parti ministé-

riel, des fesllns plus somptueux. — Los uns et les autres sont égalemeul ridicules.

Chaque fois qu'il se trouve que dans. un repas on mange du lapin, — il se rencontre toujours quelqu'un pour faire la vieille plaisanterie usée, qui consiste à manifester des doutes sur Tantbenticité de l'animal, — à laisser soupçonner que c'est peut-être un chat, — à demander à voir la tête, etc., etc. Cette facétie est tellement obligée, — qu'elle semble faire partie de la sauce du lapin. — J'ai vu les gens les plus respectables se dévouer et la faire en rougissant, — parce qu'il faut qu'elle soit faite et que personne ne la iaisait.

11 en est de môme d'un toast sans objet aujourd'hui eomme sans résultat possible : — il ne se fait pas un banquet sans que quelqu'un se lève et boive à la délivrance de la Pologne.

i^ EN FAVEUR DE M'' LEDRU-ROLLIN. — Le rol Louis-Phi-

lippe a commencé un discours par ces mots : « fai tovjoun aimé les avocats, » — Grand bien lui fasse! — M® Ledru-Rol- Uq, — avocat aux conseils du roi et à la cour de cassation, •— voulait être député; — il s'est présenté, il y à deux ou trois ans, dans un collège, — où il a fait une profession de foi — dans le sens de rjopposition dynastique, «-^ c'est-à-dire assez pâle et assez modérée. — Il n'a pas été élu.

Cette fois, — il s'agissait de remplacer Gamier-Pagés : — il a formulé un discours furibond, — dont son prédécesseur., homme d'esprit et de goût, — n'aurait pas consenti, — au prix de sa vie, — à. prononcer une seule phrase.

C'était un ramassis àes lieux communs qui traînent dans tous les journaux; — la chose a eu grand succès.

On fait en ce moment un procès à M^ Ledru, — on fait une sottise. — Le gouvernement de Juillet serait sauvé s'il pouvait amener tous ses adversaires à des professions de foi aussi claires et aussi précises.

Le discours de M^ Ledru n'est justiciable que du ridicule. —

Ce n'est pas d'aujourd'hui que je m'aperçois que le gouvernement constitutionnel est un mensonge. -* S'il n'en était pas ainsi, un candidat aurait le droit de dire â des électeurs :

t Messieurs, mon intention est de hacher le roi Louis-Philippe comme chair à pâté. »

Si les électeurs ne sont pas d'avis que le roi soit mis en pâté, -* ils ne donnent pas leur voix au candidat, — et tout est fini.

Si, au contraire, ils désirent que le roi Louis-Philippe soit mis en pâté, — vous aurez beau obliger l'avocat à déguiser sa pensée, — il trouvera bien moyen de se faire comprendre; — et non-seulement il aura le vote de ceux qui désirent voir le roi en pâté, — mais aussi de beaucoup de ceux qui ne le veulent pas, et qui auraient voté contre cette motion si le candidat avait pu s'expliquer clairement et sans ambages.

Je ne sais, mais il me semble que, dans la guerre que se font la presse et le gouvernement, ils agissent — comme les seigneurs japonais quand ils ont une affaire d'honneur : -• chacun des adversaires se donne à soi-même un coup de couteau,

— pour humilier son ennemi par le sang-froid avec lequel il mourra. — J'ai lu cela dans des livres de voyageurs. (•

ij^ M^ Ledru se plaint des privilèges, — il fait bon marché t de son privilège d'électeur, qui ne lui coûte rien ; mais il ne dit / mot de sa charge d'avocat aux conseils du roi et à la cour de cassation, qui lui a coûté trois cent trente mille francs, — A la bonne heure! c'était là une belle offrande à déposer sur l'autel de la patrie. — Mais il y a privilège et privilège, — et c'est, en effet, une hideuse chose que les privilèges dont jouissent les autres.

M« Ledru prend en grand'pitié les parias de la société moderne. Où sont-ils, maître Ledru? — montrez-les du doigt, que je les voie et que je m'attendrisse sur eux avec vous. — * Tout le monde aujourd'hui arrive à tout, — comme vous ne l'ignorez ; — tenez, maître Ledru, vous en savez un exemple :

— Il existe au Palais un avocat que l'on dit petit-fils de Cornus^

SEPTEMBRE i841. 93

le célèbre prestidigitateur ; — ce n'est pas là une origine aristocratique, — je ne lui en fais pas un tort, — je serais plutôt disposé à lui faire un mérite de s*étre créé lui-même ; — mais cet avocat, — qui est aujourd'hui avocat aux conseils du roi et à la cour de cassation et député, — doit bien rire en vous entendant parler des parias de la société moderne.

Ah! à propos, maître Ledru, — moi qui prétends que vous aviez le droit de faire votre discours, — je songe qu'il y a quelque chose qui a dû vous gêner un moment, — c'est que comme avocat aux conseils du roi et à la cour de cassation, — vous avez prêté serment de fidélité au roi Louis-Philippe, avant votre discours, et qu'il vous faut maintenant, après le discours, répéter ce même serment de fidélité au roi Louise-Philippe en

qualité de député.

^^ La comtesse O'Donnell est morte à Paris, le 8 août ; — c'était une femme tellement spirituelle, qu'on lui eût pardonné d'être un peu méchante; — si excellente, si courageuse, si distinguée, — qu'elle n'eût pas eu besoin de son*fesprit pour être recherchée et aimée.

Elle exerçait une noble influence sur beaucoup des esprits les plus distingués de ce temps-ci ; — j'ai vu les plus intrépides au milieu des succès les mieux établis — demander avec inquiétude : « Qu'en pense madame O'Donnell? »

Sévère avec ses amis, dans l'intérêt de leur talent et de leur réputation, •— elle les défendait en leur absence avec une noble énergie ; — elle était encore jeune et belle, — elle était aimée ; — eh bien ! au milieu de tant de raisons de plaindre une mort si inattendue, — je n'ai pu encore trouver de pitié pour elle, tant j'en ressens pour ceux qui l'ont perdue

Octobre 18ÛI.

^ "m. Augustin, du c&fô Lyonnais. — Biiin de la royauté, — M. Partarrieu-Lafosse. — La cliarte constitutionnelle. — L'article is et I^ticle 13. — Moyen nouveau de dégoûter les princes de la flatterie. — Bilan de la bourgeoisie. ~ M. Ganneron. — M***. — L'orgie et la masc&rad». — Madame J. de Rots... — La chatte métamorphosée en femme.

— BiLAjf de la pairie. — Bilan de la députation. — Une tombola. — Ce que demandent soixante-dix-sept députés. — Ce qu'obtiennent quarante-deux députés. — M. Ganneron.— Bilan def^ministèret.^M. MoIë.

— M. Buloz. — M. Duvergier de Hauranne. — M. Thiers. — M. Guizot.

— Angelo, tyran de Padoue. — Un œuf à la coque. — M. Passy. — M. Dufaure. — M. Martin (du Nord). — Bilan de l'administration, — Les synonymes. — Bilan de la justice. — Bilan de la lilte'ratwre. — Les Louis XVII. ~ La parade. — Louis XIV et les propriétaires de journaux.

— M. Dumas et M. de Balzac. — Bilan de la police. ~ Facéties des enfants de Péris. — Trois minutes de pouvoir. — Bilan de l'Église. — Les bons curés. — M. Ollivier. — M. Chàtel. — M. Aueou. —Bilan dû l'armée. — Bii.an du peuple. — Frédéric le Grand. — Le pays. — Bilan de la presse. — Dieu ou champignon. — La sainte ampoule et les écrouellcs. — Bilan de l'auteur.

On s'est saisi da maire, et ii était sur le point d*être lapidé, lorsque Augustin^ du café Lyonnais, 8*est mis entre lui et le peuple, et a obtenu qu'on le lâchât. On a.'-exigé de Un qu'il qm'Utit sa décoration pour ne jamais la reprendre.

{Tous (es Journaux.)

Votre fille

Voyait pour elle Achitte, et contre eUe Varmée.

RAcnvE;

^fe OCTOBRE. — A, M. Atigttstin, du café Lyonnais, à Clertnont — Vous avez une belle position, monsieur Augustin, — je ne vous connais pas autrement, — et je ne sais si vous en userez, si vous en abuserez. — Permettez-moi, cependant.

OGTOBRir 4 844. 95

de me toorner ¥ers votre gloire naissante, comme vers le soleil levant* — et de vous dédier ee volume, — qui est le der* flîer de ht seconde année des Guêpes^ et qui contient le 6iiafi de la France.

£1 ROTADTÉ.

Ab Jo?6 princîpium.

j^ n n'y a plus de roputé.

Je voQS défie, monsieur Augustin, de trouver au café Lyonnais un seul Français qd vous dise : c Je n*entendi rien â la politique ; » — tandis que vons en trouverez beau* coup qui vous avoueront qu'ils ne sont pas forts aux doniinos; et qu'ils acc<^nt des points au billard.

(Cela vient peut-être de ce qu'au billard et aux dominos — on joue et on perd son propre argent, — - tandis qu'à la pd^ tique on joue celui des autres.)

Cet homme rare que je vous demande, -— cet homme' qui, dis-je, n'entend rien â la politique, — vous ne le trouverez non plus dans aucune école, ni dans ancun collège, — ni dans aucun atelier. — Les Français sont naturellement si forts sur la politique, qu'ils n'ont pas besoin des études élémentaires — pour former leurs idées et leurs convictions.

Peut-être, me direz-vous ici, montueur Augustin, que cela pentjet^ quelques-uns d'entre eux dans des erreurs d'une certaine importance.

Je ne le nie pas tout à fait, — * monsieur Augustin ; -^ ainsi ils ont lu dans les journaux — que, d'après la charte, le boi joue le rôle que joue son buste en plâtre bronzé derrière le dos des maires, — qu'il règne et ne gouverne pas.

C'est-à-dire qu'il règne — comme une corniche règne autour d'un plafond.

Les Français n'ont pas pensé à regarder dans la charte si cela était parfaitement exact ; ils auraient trouvé :

^rt, 13. — Le roi est le chef suprême de TÉtat, — eom-^ 9nande les forces de terre et de mer, — déclare la guerre, — . fait les traités de paix, d'alliance et de commerce, — nomme à tous les emplois d'administration publique, etc.

Vous conviendrez avec moi, monsieur Augustin, — que la charte, pour laquelle tant de gens se sont fait tuer et en ont tué tant d'autres depuis quelques années, — vaut bien la peine d'être lue une petite fois dans la vie d'un homme politique, — comme l'est tout le monde ; — cette ignorance ferait croire à la postérité que, comme les Égyptiens, nous avons une langue sacrée, intelligible pour les seuls initiés, et que nous avons l'habitude d'écrire les lois en hiéroglyphes.— Disons à la postérité — que la charte est écrite en langue vulgaire, — avec les vingt-quatre lettres de l'alphabet ordinaire, — et que dans les codes elle remplit, en petit texte, quatre pages d'un format à peu prés semblable à celui des Guêpes.

Donc, il est parfaitement établi que, d'après la charte, le roi doit faire le mort, — que toute manifestation de sa volonté, — que toute participation aux affaires, est une violation de la charte, et un manque de foi à ses serments.

Et, si la charte parait dire le contraire, c'est qu'elle est payée par la police. ^

Charte, art. 12. — La personne du roi est inviolable et sacrée, ses ministres sont responsables. Au roi seul appartient la puissance executive. <

On dit : « La France est perdue par le gouvernement personnel, »

C'est-à-dire, la participation du roi aux affaires. — La charte, il est vrai, défend d'attaquer la personne du roi par l'art. \%; *— mais, comme par Vart. 13 elle défend au roi de s'immiscer en rien dans les affaires, c'est lui quille premier viole la /charte ; et, si on la viole contre lui, ce n'est qu'après qu'il l'a violée le premier contre nous.

Mais, me direz-vous, monsieur Augustin, Tart. 13 dit positivement le contraire.

Cela ne fait rien ; — on a inventé en sus que les ministres devaient couvrir la royauté, — et on leur a reproché de la découvrir; sans songer que, par l'art. 42, — ils ne peuvent pas la découvrir, qu'ils la couvrent toujours de leur responsabilité.

Puis on à établi en principe que le roi est comme un chevreuil dans une broussaille ; — tant mieux pour lui si on ne le voit pas ; — mais, si les ministres (la broussaille) en laissent voir la tête ou la patte, — on a le droit de tirer dessus — (et vous avez vu qu'on ne s'en tient pas en ce genre au sens métaphorique).

ij^ Je n'ai pas besoin de vous rappeler, monsieur Augustin, combien de fois on a essayé d'assassiner le roi Louis-Philippe :^ — voici qu'un monsieur membre, dit-on, d'une des sociétés qu'il serait temps de ne plus appeler secrètes, après que depuis dix ans on n'a pas parlé d'autre chose, a tiré sur le jeune duc d'Aumale ; — un de ces jours on tirera sur les princesses.

«J^ La reine, assure-t-on, n'est jamais si heureuse que lorsque ses fils sont en Afrique, au milieu des maladies du pays, — exposés au fer et au feu des Arabes, — parce qu'alors ils sont à l'abri des dangers plus grands des rues de Paris.

Lq Courrier Français, — un carré de papier dont le plus fort rédacteur en chef, — feu Châtelain, disait : « Voilà vingt ans que je fais tous les matins le même article avec le même succès • le Courrier Français — dit que l'on a été imprudent de décerner une sorte d'ovation à un jeune prince : — car, à son avis, c'est là ce qui a éveillé la pensée de ce crime abominable.

En effet, — voici un bon moyen de faire détester aux princes les adulateurs ; chaque fois qu'un prince recevra une flatterie, qu'on tire dessus comme sur une béte fauve, et je réponds que les princes redouteront les flatteries.

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