FRANCE
POLICE DE NâYIGATION.
Nom du navire^ n. 7. ^
l'ârselin. Tùmage^
Nom du patron, » 95/100, i
Alphonse Karr.
Congé valable pour un an.
Louis-Philippe, roi des FfiANÇiis, à tous ceux qui les présentes verront, salut.
fVu les articles 2-4-5-11 et 22 de la loi du 27 vendémiaire an XI, — et rarlicle 5 de l'ordonnance du 23 juillet 1838 ;
» Nous déclarons qu'il est donné congé au sieur Alphonse Karr de sortir du port avec le bateau nommé VArselin, — à charge par ledit sieur de se conformer aux lois et règlements de rÉtat; — ledit navire a été reconnu du tonnage de — » tonneaux — quatre-vingt-quinze centièmes, — non ponté, — deux mâts, — et il est actuellement attaché au port de Fécamp.
» Prions et requérons tous souverains, États, amis et alliés de la France et leurs subordonnés, mandons à tous fonctionnaires publics, aux commandants des bâtiments de TÉtat, et à tous autres qu'il appartiendra, — de le laisser sûrement et librement passer avec son bâtiment, — sans lui faire ni souffrir qu'il lui soit fait aucun trouble ni empêchement quelconque, — mais, au contraire, de lui donner toute faveur, secours et assistance partout où besoin sera.
» Reçu soixante-quinze centimes. •
Certes, voilà qui n'est pas cher ! protégé par tant d'États, de souverains, d* officiers publics, de fonctionnaires — et vaisseaux de rÉtat pour soixante-quinze centimes.
Je donnerais volontiers soixante-quinze autres centimes pour être protégé comme écrivain aussi bien que je le suis comme t)écheur ; — malheureusement il n*en est pas ainsi, — j'en ra- /ofïterai une autre fois — une preuve convaincante.
^1^ AM RAucHEN. — L'amour est comme ces arbres à l'ombre desquels meurt toute végétation. — L'homme qui aime une femme, non-seulement n'aime rien autre chose, mais finit par ne rien haïr non plus ; c'est en vain qu'il cherche dans les replis de son cœur toutes les préférences, toutes les sympathies, toutes les répugnances, tout cela est mort, mort d'indifférence.
J^i^ Il faut qu'un jeune homme — jette ses gourmes, — qu'il fasse un poëme épique en seconde.
Qu'il porte des souliers lacés, dissimulés par des sous-pieds très-tirés, des éperons si longs qu'on devrait, pour la sûreté des passants, y attacher de petites lanternes et crier : f Gare ! » — qu'il s'écrive à lui-même des lettres de comtesse et se les envoie par la poste ; — qu'il ait pour ami un acteur de mélodrame et le tutoie très-haut dans la rue; — qu'il mette un œillet rouge à sa boutonnière pour simuler à vingt pas le ruban de la croix d'honneur ; qu'il parle de créanciers et de dettes qu'il n'a pas; qu'il plaisante beaucoup sur les femmes et sur l'amour, tandis que le moindre geste de la femme de chambre de sa mère le fait pâlir ou devenir cramoisi, et que le son de sa voix le fait frissonner; — qu'il appelle, en parlant d'eux, tous les hommes remarquables de l'époque simplement par leur nom sans y joindre le monsieur ; — qu'il se dise désillusionné quand il n'a encore rien vu de la vie; — qu'il parle avec dédain de l'amour, de l'amitié, de la vertu, à cette riche époque de l'existence où le cœur, gonflé de bienveillance e^ d'exaltation, laisse déborder
toutes tes toidres$e9 et tous les benux sentiments ; -rr ^'il prétende fumf r avec le glus grand plaisir des cigares \ioIents qiu lui font vomir, dans une ailée écartée du jardin, jusqu'aux clous de ses souliers ; -^ qu'il parle avec un enthousiasme grotesque des choses à la mode qu'il ne sent pas, et cache avec soin les heaux et vertueux enthousiasmes de son âge ; — qu'il vole dans les maisons des cartes de visite de personnages qu'il n'a jamais vus *-^ et les accroche à sa propre glace, pour donner à son portier et à sa femme de ménage — une haute opinion de ses relations ; ^ qu'il parle tout haut avec un ami qu'il rencontre au théâtre ou à la promenade, — et ne lui dise rien qui l'intéresse, -^ toute la conversation n'ayant d'autre but que d'être entendu des promeneurs et des spectateurs sur lesquels on veut faille de V effet; — qu'il porte un lorgnon avec des yeux excellents ; -» qu'en parlant de ses parents, il les appelle ga^naches, quand, le matin même, trouvant dans la chambre de sa mère un de ses vêtements tombé sur un tapis, il l'a baisé en le ramassant précieusement ;
Toutes dioses dont les gens les plus sensés, les meilleurs, les plus spirituels^ trouveront quelques-unes dans leurs souvenirs.
Je ne parle pas de ceux qui recommencent ces sottises toute leur vie ; -^ ce ne sont plus des gourmes : c'est la teigne.
Jjf^ n n*y a rien d'égal à la petitesse de l'homme, si ce n'est sa vanité. — Il a jugé à propos de se créer un Dieu ; — de lui imposer ses passions, -^ de le mêler a ses querelles, — de lui donner sa sotte figure, — de l'affubler de vêtements roses et bleus; — il existe des discussions écrites où deux auteurs soutiennent deux opinions touchant la chevelure de Dieu. — L'un, dont j'ai oublié le nom, prétend qu'elle est rousse ; -^ l'autre» l'historien Joséphe, soutient qu'elle est couleur noisette.
U y a des hommes qui ont protégé Dieu <— contre d'autres bommes, ^ et qui }e8 ont brûlée pour les fQrcer de croire.
JDitLEt 1842. S4
Ma'» ee qu) me senible lé phis singiiliefr, €*esl tpmi un homme croit avoir offensé Dieu.
L'bomn]8 qm ne peut anéantir ni une geutte d^eati ni un grain de poussière, -— lui, toujours enfermé dans les mêmes (passions, dans les mêmes joies, dans les mêmes douleurs.
0 homme! mon pauvre ami, avec quelles armes penses^u affisnser Dieu, — et quelle est donc sa partie vulnérable? a-t-il, comme Achille, quelque bout de talon quHlait négligé de rendre éternel?
0 homme ! Dieu est teut ce qui est: IKeu est la mer, le ciel, et les étoiles; — Dieu est la terre et Therbe qui la couvre; — Dieu est â la fois les forêts et le feu qui dévore les forêts; — Dieu est Tamour qui rend les tigres caressants, et qui force les papillons à se poursuivre dans les luzernes, — et Tamour des fleurs qui se fécondent en mêlant leurs parfums ; — Dieu est les hommes qui pourrissent dans la terre et les violettes qui tarent leurs couleurs et leurs parfums de la putréfaction des hommes; — Dieu est Tair bleu, les nuages, le soleil, — les hautes montagnes -— et les insectes qui vivent huit cents dans une goutte d'eau.
Et tu crois offenser Dieu ! tu crois offenser Dieu ! mais regarde celui qui, selon toi, a le plus offensé Dieu, — le soleil cesse-t-il de caresser son front? — les parfums des fleurs deviennent-ils fétides pour lui? — l'eau des fleuves recule-t-elle ^vant ses lèvres sèches? — les fruits deviennent-ils de la cendre dans sa bouche? — l'herbe jaunit-elle sous ses pieds? Non, pas que je sache.
j Dieu t'a jeté dans la vie et t'a renfermé dans des limites infranchissables ; — ta chaîne te permet de cueillir quelques fleurs i droite et à gauche et de te piquer les doigts à leurs épmes ; mais il ne t'en faut pas moins parcourir la même route que ceux foi t'ont précédé et ceux qui te suivront ; *>— il te fkut mettre tçs pieds dms l'empreigte de leurs pieds.
Toi-même ta es en Dieu, — mais ta es moins que n*est un grain de sable dans la mer.
Et cependant te figures-tu ce que serait la révolte d'un grain de sable — dans les profondeurs de TOcéan?
^^ Les femmes n'aiment réellement que les hommes qui sont plus forts qu'elles.
Car, si leur plaisir le plus vif est de plaire et de commander^ — - leur bonheur est à*aimer et A* obéir.
En général, les rêveries des femmes ne sortent guère des espaces réels; — il faut que toute idée puisse se traduire à leurs yeux par une forme visible. — Pour les conduire au ciel. Dieu doit faire la moitié du chemin ; — leur religion est l'amour pour un Dieu fait homme.
Il ne faut croire l'indulgence des gens que lorsqu'elle s'exerce dans les choses qui leur sont personnelles. — Tel homme se
prend de pitié pour un empoisonneur, — pour un assassin,
vous le croyez indulgent; — attendez pour le juger qu'on lui marche sur le pied dans une foule, — ou qu'on casse par maladresse — une de ses tasses du Japon.
I^C^ La lune montait au ciel derrière les peupliers, — un rossignol fit entendre ces trois sons graves et pleins sur la même note, — prélude ordinaire de son hymne à la nuit et à l'amour.
LE ROSSIGNOL. La luno monte au ciel en silence, — le tra-> vail, — l'ambition, — l'avidité, sont endormis, — ne les réveillons pas; — ils ont pris tout le jour, mais la nuit est à nous.
Beaux acacias dont les panaches verts s'étendent sur nos têtes, secouez vos grappes de fleurs blanches, arrosez la terre de vos douces odeurs.
Brunes violettes, roses éclatantes, le parfum que vous ne dépensiez le jour qu'avec avarice, — exhalez-le de vos corolles, comme les âmes er^haler^ leur parfum, qui est l'amour.
Les lucioles se cherchent dans Therbe, ils semblent voir des amours d*étoiles tombées du ciel.
LA CHOUETTE. Il n y a dans Tannée que quelques nuits comme celle-ci. Il n*y a que quelques étés dans la jeunesse. Il n'y a qu'un amour dans le cœur.
Tout est envieux de l'amour, et le ciel lui-même, car il n'a pas de félicités égales à donner à ses élus.
Le malheur veille et cherche; — cachez votre bonheur, soyez heureux tout bas.
Tout bonheur se compose de deux sensations tristes : le souvenir de la privation dans le passé, et la crainte de perdre dans l'avenir.
LE ROSSIGNOL. Bcaux acacias, dont les panaches verts s'étendent sur nos têtes, secouez vos grappes de fleurs blanches, ar« rosez la terre de vos douces odeurs.
Chèvrefeuilles, jasmins, cachez sous vos enlacements les amants qui vous ont demandé asile. Faites-leur des nids de fleurs et de parfums.
LA CHOUETTE. Le malhour veille et cherche, cachez votre bonheur, soyez heureux tout bas.
Et toi, l'amoureux, tes yeux auront perdu leur éclat.
Soyez heureux bien vite, car toi, la belle fille, bientôt le duvet de pêche de tes joues sera remplacé par des rides.
LE ROSSIGNOL. Qu'cst-cc quo le passé, qu'est-ce que l'avenir? les rudes épreuves de la vie ne payent pas trop cher une heure d'amour.
Mille ans de supplice pour un baiser,
LA CHOUETTE. Cette existence qui déborde de vos âmes, vous en deviendrez avares, — et vous la cacherez dans votre cœur comme si vous enfouissiez de l'or.
Vos mains sèches se toucheront, sans faire tressaillir votre cœur, — vous ne vous rappellerez cette nuit d'aujourd'hui, si TOUS vous la rappelez jamais, que comme une folie, une impru*
84 l'Es GUÊPES.
dence, et vous frémirez de Tidée que vous auriez pu vous enrhumer, — puis vous mourrez.
LE ROSSIGNOL. Ouj, uous mourroos, mais la mort u'est qu'une â'ajisformation.
Nous rassortirons de la terre fécondée par nos corps -^ tu- . fcéreuses, roses, jasmins — et nous exhalerons nos parfums ; toujours dans de belles nuits comnae celle-ci. --
Et toi, chouette, n*eS'tu pas aussi amoureuse, et n'échanges-lu pas de tristes caresses dans les ruines et les tom*
keaux?
Beaux acacias, dont les panaches verts s'étendent sur nos têtes, secouez vos grappes de fleurs blanches, — arrosez la terre de vos douces odeurs.
Mort du duc d*0rléan8. —La Régence. — Le duc de Nemours et la duchesse d^OrléasB. — M. Guizot. ^ Un curé de trop. ~ Humbles remontrances à monseigneur Blancwt de RaUIeul. tt Ua violoç de Stra, dit Yarius, -r Fragilité dès douleuîs humaines. — Sur les domestiques. ~ Correspondance. — M. Dormeull. — Une foule d'autres choses. — M. Simonet. i — Une Société en commandite. — Quelques annonces. ^ M. Trognon * M. Barbet. — M. Martin. — M. Poulie. — M. Pierrot. — M. Lebœuf. — ^ M. Michel (de Bourges). — M. Dupont (de l'Eure). — M. Boulay (de la ' Meurthe). — M. Martin (du Nord), etc. — Am Rauchen, — Wergist-mein- ' fiicht.
Le 13 juillet iU% le duc d'Orléans allant i N<ttiHy ~ a été jeté hors de sa voHiMre par des chevaux emportés. — U art 40»^ surles|Mrés de la fouta 'f'- ^ lui «fit brisé k léla en
plusîetirs parfles. B est mort â quatre hcnres du soîr, — sans avoir repris connaissance, dans une pauvre boufcique d'épicier. — • Le roi et la reine, cpii étaient accourus, ont suivi le corps de feur fils porté par les soldats, sur un brancard.
Toute la France a compris cette immense douleur et l'a respectée. — Tout le monde a été frappé à la fois de compassion et de respect — en voyant que, de toutes les grandeurs qui se* parent des autres la famille rpjaJe, il n'y en a qu'une seuk qif on lui ait laissée ; — qu'elle ne dépasse aujourd'hui le commun des hommes que par la grandeur de ses misères et de son afilîction.
Beaucoup dQ gens ne se souciaient guère des attaques au trtlne, à la couronne, à la pourpre, — et à cent autres métapnores, qui ont senti ce coup qui s'adressait au cœur — et qui en ont tressailli. — Un roi avait paru quelque chose d'autre aa'eu:i(-mémes, qui n'a ni les. mêmes joies, ni les mêmes douleurs; {nais alors, en pensant au roi^ â la reine, â la duchesse d'Orléans, on a dit : « Pauvre père î pauvre mère î pauvre Çemme! » et on a compris, et on a pleuré avec eux.
On parlait s^urtout de la reine, qui avait à creuser dans son cœur une nouvelle tombe à côté de celle de sa fille Marie; -^ de la reine — qui, dans la partie politique qui se joue depuis tant d'années, a vu mettre en jeu si souvent déjà la vie de tous (eux qu eile aime, — et qui croyait les avoir regagnés et rachetés,, tant elle avait cramt, pleuré et prié pour eux. — On â compté les épines qui forment les fleurons de sa couronne royale.
Puis, quand le duc d'Orléans a été mort — r tout le monde a vu ce que presque personne n'avait songé â remarquer auparavant : c'est que c'était un des hommes les plu^ disiippés de ce temps-ci ; on a vu qu'il tenait, par des liens qu'on n'a sçnlis que lorsqu'ils se sont rompus, à tout ce qui a de la vie^ de la force et de la jeunesse en France.
On a VU que son absence laissait un vide, et, en regardant autour de soi parmi les grands hommes que les journaux inventent et annoncent péle-méle avec les pommades pour teindre les cheveux, et l'eau pour détruire les punaises, — on a vu que parmi ces héros de réclame — il n*y avait personne pour remplacer le prince mort.
Puis ensuite on a songé aux conséquences politiques de ce triste événement.
On a vu que le roi Louis-Philippe a soixante-dix ans et que son successeur n*a pas encore quatre ans.
Et on a compté tout ce qu'entre ces deux règnes il peut tenir de troubles, de désordres et de malheurs.
Après ce moment de stupeur — les avidités, les rapacités ardentes des partis se sont ranimées. — Le duc d'Orléans n'é* tait pas encore enterré — que chaque parti a voulu tirer avantage de sa mort.
j^ L'opposition s'en est servie d'argument contre H. Guizot : — M. Guizot s'en est servi d'argument contre l'opposi* tion.
M. Guizot a fait venir le roi à la Chambre des députés; -*-il ne lui a pas laissé le temps d'être père quelques jours au milieu de sa famille ; et l'a forcé de reprendre son rôle de roi ; il était trop tôt; — cet homme, — éprouvé par des fortunes si diverses, auquel ses ennemis les plus acharnés n'ont pu refuser le courage et la fermeté, — n'a pu jouer, au bénéfice de M. Guizot» son rôle jusqu'au bout; il a pleuré devant les envoyés de la nation.
Les uns ont dit : c Le duc d'Orléans est mort, donc il faat > renvoyer M. Guizot. »
Les autres : • Le duc d'Orléans est mort, donc il faut garder M. Guizot. »
Le raisonnement des uns était aussi insolemment absurde que celui des autres.
Puis vint la question* de la régence. — Les journaux de l'opposition demandèrent une loi spéciale, personnelle et provisoire, — c'est-à-dire un petit nid à débats, à troubles et à émeutes.
Jl^ Les journaux du ministère commencèrent à demander, de leur côté, la régence pour M. le duc de Nemours.
C'était justement tomber dans l'écueil où voulaient les amener leurs ennemis.
Ils se ravisèrent et demandèrent la régence pour le plus proche p&rent ascendant mâle du roi mineur, — c'est encore le duc Nemours; — mais c*est en même temps un principe et une loi fondamentale. — Il est déjà assez honteux pour quatre cent cinquante législateurs de n'avoir pas prévu le cas d'une minorité et d*une régence, sans que lesdits quatre cent cinquante législateurs hésitent à en faire une quand la nécessité le commande.
Les journaux de l'opposition avaient crié très-fort quand le duc d'Orléans avait épousé une luthérienne, — ce qui ne les avait pas empêchés dans le temps de soutenir l'élection de H. Fould par cette raison remarquable qu'il fallait bien avoir un juif à la Chambre, — ce qui amènerait un jour à dire : « Il faut bien qu'il y ait un ferblantier au Palais-Bourbon, t s'il n'y en avait déjà plusieurs.
Lesdits journaux demandèrent alors la régence pour la duchesse d'Orléans.
j|^ Cette tendresse subite ne voulait pas dire autre chose que Tespoir de voir des troubles plus faciles sous l'administration d'une femme.
ijl^ C'est un procès qui peut honnêtement se plaider, — car les raisons pour chacun des deux prétendants peuvent se balancer.
On peut dire pour le duc de Nemours — qu'il s'est bien battu en Afrique, — que c'est un caractère ferme et froid, —