‹ Les Guêpes. 1e-6e sérieChapitre 43 sur 53 · MÈRE DE LA RÉGIE · texte numérisé non relu

MÈRE DE LA RÉGIE

C'est ainsi que M. de Rambuteau écrit et prononce ce qu'on lit en effet sur les vitres des bureaux de tabac : Tabac à fumer de la régie.

Le 25 novembre, la Sainte-Catherine, fête des filles» -^"^ iomme le dit une vieille chanson :

Aucun jardin n*est resté vert; L'amour et l'bymen, malins drilles Exprès, pour punir les filles.

Ont mis leur fôte Thiver.

j^ Quand on voit une de ces belles jeunes filles au visage eàlme, au maintien modeste, aux cheveux lissés sur le front, aux regards doux et incertains, — l'imagination ne la sépare guère de son vêtement, il semble qu'elle ait des pieds de satin, — et que ce nuage bleu que forment autour d'elle les plis de la gaze qui descendent jusqu'à terre — soit son corps.

Mais qu'il est difiicile de ne pas rompre ce charme mystérieux, — cet amour sans désir, — cet amour religieux et poétique!

Il sufBt d'une mère qui vienne dire : « Ma fille est un peu malade, — elle a monté à cheval, elle a les cuisses rompues. » Ou : « Ne cours pas, on verrait tes jambes. § Ou : t Je lui ai , acheté des chemises de batiste — ou des jarretières. » Et combien peu de mères savent se priver de pareilles mentions! ^ ^^ DÉCEMBRE. — Il Semble que l'âge d'or va renaître : -« les femmes aiment leurs maris, les enfants entourent leurs pa : rents de respect, les domestiques sont empressés et laborieux^ les portiers sont polis. — C'est surtout à prendre du 15 de et mois que ces changements se font apercevoir d'une manière sensible ; — toutes sortes do beaux sentiments sont tirés du

cœur comme les fourrures des cartons ; -^ les uns comme les 'autres secoués, brossés et remis à neuf. — En ce mois finira une année qui aura eu, comme celles qui la suivront et celles qui Tont préré<lée, cinquanle-deux flliiianr.lies, et aura été remplie des mêmes passions, des mêmes solli>es, des mêmes craintes, des mômes désirs; — la forme seule chansce un peu,

— le fond reste toujours le même» — malgré les opinions contradictoires et de ceux qui se félicitent du progrès — et de ceux qui se plaignent que le monde dégénère.

^^ FOIRES ET MARCHÉS. —Plusieurs réélections auront lieu à la Chambre des députés. Les journaux avertiront de l'époque des foires et marchés qui seront tenus à cet effet dans divers départements ; — les voix y. seront payées à leur valeur. — MM. les maires garantissent aide et protection aux marchands.

— Une danseuse verte sera rengagée au théâtre de l'Opéra. — Un publiciste, ardent ennemi du pouvoir, sera nommé souspréfet dans une ville du Nord. — Une jeune cantatrice enlèvera i une rivale qui a plus de talent qu'elle, — mais qui a du talent depuis longtemps , un rôle écrit pour ladite rivale dans un opéra-comique de M. Auber. — Plusieurs bureaux de labac seront accordés a plusieurs femmes qiuelçon(|xies, sur la recommandation des honorables MM. ***, — **% — *", etc. — Ma- ^me Leboeuf,; femme di^ député de ce nom» sera invitée aux ^als de la cour. — Un jeune peintre sans talent, — neveu d'un député de Topi^osition, recevra du ministère de Tintérieur des travaux extrêmement importants. — Il siera siccordé une nouvelle direction de théâtre. — Le Journal des Débals protéi^era le gouverAcmcnt actuel, — Mademoiselle de ***, qui est si belle,

— épouijera M. ***, qui est si laid. — Des places seront données en foule à toute sorte de gens. — Des croix d'honneur seront distribuées. ^

^^ ANECDOTES. — Un ancien administrateur poursuivait depuis quelques mois M. YUlemain de ses demandes et de ses

réclamations. — Il y a quelques jours, le ministre reçoit une

dernière lettré dans laquelle rex-lbnctionnaire annonce qu'il est

désespéré, — qu'il est réduit à la plus affreuse misère, etc., etc.

^ M. Vilîemain envoie sous enveloppe une réponse consistant en

\ un billet de cinq cents francs.

Le lendemain, il lui est remis une lettre ainsi conçue :

« Monsieur, je demandais justice, — mais je ne demandais pas l'aumône ; ne croyez pas acheter mon indépendance par vos bienfaits. — Je vous renvoie votre billet de cinq cenls francs, pour lequel, sans doute, vous vous êtes trompé d'adressé. — Votre serviteur, etc. »

M Vilîemain admire— et tourne le feuillet pour reprendre le billet de cinq cents francs annoncé. — Il ne le voit pas; il cherche à ses pieds, — peut-être l'a-t-il fait tomber en ouvrant précipitamment la lettre : — il n'est pas à ses pieds. — Il cherche dans ses poches, — peut-être Ty a-t-il mis par distraction : — il n'est pas dans ses poches.

L'ex-fonctionnaire n'avait pas renvoyé le billet. Il s'était contenté de l'envoi de la lettre superbe — qu'il avait montrée à trente personnes.

<^^ Un jeune écrivain, le baron T***, nous contait dernièrement des particularités curieuses sur les chemins de fer aux États-Unis. — Je regrette de ne me rappeler que les chose^ sans me rappeler la façon dont il les disait. ^

Aux États-Unis on ne s'amuse pas à niveler le terrain, — Il aplanir des côtes, à supprimer des montagnes; — on jette deux rails d'un endroit à un autre, — sur les montées, sur les vallons, dans l'herbe, — puis on lance les wagons sur ces rails et l'on va le plus vite possible ; — les vaches et les bœufs — paissent sur le chemin ; — les wag-ons sont précédés d'une sotte de proue qui les ramasse, qui les entraîne et les jette plus ou moins broyés à droite et à gauche.

1^ Tout cela donne lieu à une foule d'accidents; souvent

3<6 LcIS GUKPES.

un rail 6e brise, — le bout brisé — alors se redresse, et dernièrement une de ces lances de fer a percé un wagon et blessé plusieurs voyageurs.

On remarquait, â ce sujet, â quel point les choses changent M)us nos yeux chaque jour, — mais tout progrés n^st pas une amélioration; — pendant bien longtemps, il est vrai, les voyageurs ont traversé les chemins; — mais, quelque ami que Ton soit du changement, — on ne saurait approuver cette tendance révolutionnaire que manifestent les chemins à traverser à leur tour les voyageurs.

Lorsqu'il s'agit, à TAcadémie, de distribuer les derniers prix de vertu, — un académicien, M. D*", — racontant à ses collègues — la belle conduite d'une pauvre fille qui, sur son travail, avait, pendant plusieurs années, nourri une famille à la« quelle elle n*était alliée que par sa générosité, — dit par distraction î • Et cette vertueuse fille — trouvait moyen, sur son faible gain, de donner chaque jour à cette misérable famille deux /i:i/omé/f^5 de pain. »

Tout le monde se mit â rire de ce lapsus lingtiœ — et à s'extasier sur cette immense tartine. — Un des confrères de Tacadémicien prit la parole et dit : « Messieurs, loin de rire comme vous de la distraction qui a fait dire â notre collègue kilomètres pour kilogrammes, — je le féliciterai de cette protestation contre une langue barbare imposée à TAcadémie française par la police de Paris. »

ij^ André entre chez M***, qui peint dans son atelier. « Bonjour. — Bonjour. — Comment vas-tu? — Bien, et toi? — Très-bien. — Tu n'en as pas Pair. — Tu as raison, — ça va mal. — Diable! est-ce que lu es malade? — Non. »

André prend une pipe, la bourre de tabac, — Tallume, la laisse «'teiiKire, — la rallume, fredonne un air. — Pendant ce temps, M*" continue à travailler. « Rien ne me réussit, — dit André, — je n*ai pas de travaux, je n'ai pas d'argent, — j'ai

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des dettes, — je voudrais être mort. » M'** alors pose son pinceau sur son chevalet, — le regarde d'un air surpris — et dit : c Ah! tu voudrais être mort!— eh bien! tu n'es pas dégoûté. »

ij^ L'enseigne du marchand de nouveautés du coin de la rue de Seine est toujours décorée de J*ordre de la Légion d'honneur.

il^ Comme on parlait de H***, — quelqu'un demanda : • A-t-il des filles? — Non, répondit. M. Romieu, — et tant mieux pour elles. »

ij^ Un journal qui a publié les portraits d'un grand nombre de célébrités contemporaines, en mettant au-dessous quelques vers souvent assez heureux, — nous a paru s'être trompé en faisant imprimer ceux-ci au-dessous du portrait de M. Etienne Arago, vaudevilliste, et frère de M. François Arago, l'astronome :

Dans la famUle on sait d'avance Comment le partage se fit :

François prit toute la science, Etienne garda tout l*esprit.

Ce qu'il y a de remarquable en ceci, c'est que le journal en question suit une ligne politique dans laquelle l'admiration sans bornes pour M. François Arago est de rigueur.

Or, si l'on s'en rapportait aux susdits vers, M. Etienne ayant gardé tout Vesprit^ — M. François n'en aurait aucun vestige; — il est vrai que, ledit M. François ayant pris toute la science, M. Etienne resterait avec la plus profonde ignorance de toutes choses ; — je crois que chacun de ces deux messieurs serait en droit de se plaindre ; — mais que dira M. Jacques, un troisième frère, qui fait des livres et des vaudevilles? — que lui restera-t-il? Et n'y a-t-il pas aussi un quatrième frère, M. Emmanuel, qui est avocat? quel est son lot? — et je ne sais combien d'autres, car la famille des Arago est nppibreuse comme celle

Sr<8> LES GÛâtïfs;

des Atrides; — et elle a* fait atttant tfé vàUâëVilIek q&e'cètîé'deà' Mrides'rrattsé' de tl^âgédies;

ij^ J^aurâ'i, quelrjue jdtllr, â vôiA "iJîirl^ lôriguetrient d'un monsieurqui seratjtielqa^tin de'dfcs joiil^s dfepùté, — et qui n'est pofiïr le nfïOmefitqaéiileiTlbi^'dlt' cbhsléll^rà'unicipal de Nîmes — * et chevalier de la Légion d'honneur, comme tout le monde.

Ge mdflsietff ^ a-étéf bmmeli'éh — cbilithe M\ Galtihèbon a été fàbriteantde diandelles''; -^ cotnme Mf.' Gâiineràn',' il â fait' une' belle fortune dans son commerce.

OnTaci^trtë'qtfàun voyagé de quelqiaes joui^S quèfiV à Nîm^es une dès' prrnteêrs^fe de là bratlche atriée-^rèx-bohnetier trouva moyen' d'éltei pài* lé conseil municipal, nommé chevalier d'hoh-" neut* de la duchéàSè. — Il était au cohible de la joie, — il prenait tottSifesprélèités'pèdt' parlera voii basse â'ia prîhcé§ye. « Mais que dit-il donc ainsi? demanda quelqu'un. — Vous le voyez, répondit-on^, il ptrie&Bs: »

Jusqu'ici cela me seil'âit patfaitemefit égal, — mais ce qui me Test moins, — c'est que ce monsieur, qui arrivera un jour à la Chambre — comme défenseur des intérêts populaires — comme aévoué à la classe malheureuse, ^ loue sept francs par an à de pauvi'es dlàblës le* droit de râàiaëseï^ des escargots dans ses bols.

^f^^ A' uttë des'd'éfniêres éleîélîons — l'affaire était chau-' dément disputée. -^ 'Le t^àlrti dé rbp][)bsiti(m fît boire uii élec^ teur otitné mesure.

Lé 'parti cortfiraire s*àpéi^tùt de là tHbsè*,''— et',' pensant^ selôii '' toutes pfobaKlîtés; que' ce'' séWil' uhè" v6ïi 'gagnée pour ses. adversajires, — prifsàns fàiJdtfTélècïelir ■avih^,''et le mit comme/ unpafqwet dànsia'dilig'enée dé Paris qui |)às§àiiJ

Leiëfïdèrtittiir- on'vcrte '^* et''touï Vèxpli^ue i ^^l'^lécteùr*^ envoyé à'Psit^s' devait 'vdtèr' pouf le éindiclat coiisenatelir. — Les^ami^ dd candidat' dè'M'bppo^îtloà u'ivàlênï pâs^^dd^^^^ griser^ pour qtiir votftt aVed edil*,- niaS'rénlvr&Vut'i^ p(mi^tffl'lie>VoWtasi'^ ûlksmiià, pê Idcun'nioyèû, le^aé-'

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tiàét* 1 passer sur leur bord. — Les conserv^iteurs avaient donc fait, àans l'intérêt de leurs adversaires, ce que ceux-ci n'avaiettl pas osé faire pour eux- mêraeJî. ^

. i^ Le procès de BesSon est terminé — il à 'été condamné à mort.

Nous avons déjà donné notre opinion sut* a:ette scandaïéusé affiiire. — Besson, domestique de M. de Marcelitingè , est chassé par lui ppur avoir naenacé de te tuet ; — ta femme et la betfe-mêre de M. de Marceltange prennent Besson à leur service particulier. — ^^M. de Marcellange est assassiné, la rumeur publicpe accuse Besson, — on le met en prison ; — là, les da'més de Cftamblas lui envotent un lit, — et chaque jour irn pWt de leur table; — un témoin — plus qu'un témoin îïêtft-ôtre, -r- Marie Boudoâ, — a été emmenée en Suisse par les dames de Chamblas et n'a pas repara. ,. ,

Ites charges tellement fortes s'élèvent, aux débats, contre les dames de Chamblas, que le ^)rocureur du roi en est atterré et «e trouve "presque mal à Taudiertce.

Cepend'ant je né sais quelle égide protège, ces femmes, — on ^rête et on condamne des témoins pour faux témoignage, -r- oh ïit sijurveille même pas lès dames de Chamblas ; — cependant Besson est condamné à mort, donc la plus grande indulgence accise leis damés de Chamblas au moin^ de faux témoignage, — puisqu'elles ont juré qu'il n'avait pas quitté leulr maison le Jour où il assassinait son maître à six lieues de fà.

Les journaux de toutes paris avertissent le ïninistère public que les dames de Charabias sont en fuite, — r le minislêre public fait là sourde oreille — le procès s'instruit de nouveau : — on lie trouve plus les dames de Chamblas, < — le ministère public n'ose l>as élever la voix contre elles, '• — l'avocat de la famille Marcellange, qui demande vengeance de la mort du malheureux assassiné, — n'ose risqner que des aUnsions ; -^ enfin, Vaincu par la ^rumeor, par Undt^^ûatiOB publiques, -«le fro^

curear du roi — finit par parler ; mais sa pensée est entoutéd de nuages.

Il parle des dames de Chamblas avec une respectueuse terreur • — « Elles sont en fuite, dit-il, — elles ont une punition terrible, seule punition que le monde puisse leur infliger, — Texil et les remords. »

Vraiment, monsieur, croyez-vous que Besson, que vous venez de faire condamner à mort ; Arzac, qui est aux galères, ne s'arrangeraient pas parfaitement de cette terrible punition y l^exil et les remords? — Laissez seulement ouverte un instant la porte de leur prison, et vous verrez avec quel empressement ils se eondanmeront eux-mêmes aux remords et à VexU^ ^ cette terrible punition.

En un mot, voici le résultat de votre jugement : — je parle ici au procureur du roi, aux j'ges et aux jurés.

Arzac est condamné aux travaux forcés — pour avoir porté un faux témoignage en faveur de Besson.

Ce qui est prouvé aux débats, — prouvé pour vous jusqu'à l'évidence, — puisque vous avez condamné Besson à la peine de mort, — puisque pour vous Besson a assassiné M. de Marcellange, — c^est que les dames de Chamblas ont, — comme Arzac, — rendu un faux témoignage en faveur de Besson — et qu'elles ont rendu ce témoignage pour sauver l'assassin de leur gendre et de leur mari.

Je ne vous donne pas ici mon opinion, — je vous donne la vôtre, — la vôtre approuvée par un jugement terrible, — par une condamnation à mort.

Et si vous rapprochez de ce fait les autres circonstances des débats, — ne vous natt-il pas d'autres pensées dans lesprit? — D'oi!i vient donc que ces pensées que tout le monde a, personne, — ni au tribunal ni dans la presse, n'a osé les formuler tout haut? — Quelle puissance invisible protège donc ces deux femmes? — quel danger mystérieux court donc l'imprudent

qui parlerait haotement? quel prestige vous frappe donc tous de terreur? — Ce danger, je veux le connaître, — et je vais m'y exposer pour le connaître.

Dans ma conviction^ sur mon âme et sur ma conscience, — ou Besson est innocent, — ou madame de Chamhlas et madame de Marcellange nont ses complices.

Par votre jugement vous avez déclaré qu'elles avaient rendu, comme Arzac, le pauvre berger qui est aux galères pour ce fait, un faux témoignage en faveur de Besson. Et quand ce faux témoignage a pour but de sauver Tassassin du gendre de Tune, du mari de Tautre, —comment l'appelez- vous?

• Ou Besson est innocent, ou les dames de Chamhlas scfnt ses complices. »

^1^ Un homme fort petit — parlait de sa force prodigieuse devant M. Dorsay, — qui est d*une taille élevée : « Monsieur, disait-il avec ce ton haineux ,qu ont les hommes de petite taille quand ils parlent des grands, — il n'y a pas un exercice de force ou d'adresse, — il n'y a rien, en un mot, que fasse un homme aussi grand que vous — que je ne m'engage à faire aussi bien que lui.»

M. Dorsay, — levant le bras, — toucha du bout du doigt le plafond du salon et lui dit : « Faites cela. »

^^ Le dieu Cheneau prépare contre moi des foudres imprimées;— je suis entré dans le sanctuaire à deux reprises différentes : la première fois, j'avais retrouvé dans une armoire un vieux paletot auquel il manquait des boutons. — Je suis allé chez M. Cheneau, — là je n'ai vu que son co-mercier. Je dois ici faire l'éloge desdits boutons, — je serai forcé de faire mettre un paletot neuf à ces boutons-là.

La seconde fois, j'ai pénétré dans l'arriêre-ciel du dieu mercier, cette partie de l'Olympe chauffée par le rharbon de terre, — éclairée par le gaz, — donne par son excessive chaleur un avant-goût des peines de l'enfer. — Le dieu serailblonif — s'il avait des cheveux.

Hljécéne ; — beaucoup de ^ens ricbes protéfiCfiU les écriy^ins et tes artistes de talent ou de réputation, f^es écrivaips leur font présent de leurs livres, — ou leur donnent d^s Jogps le jour gu'on représente leurs pièces ; les artistes jouent gratuitement à leurs soirées.

^b \ c'est là ce que vous appelez (jes I)Iéc$n§s ; ms(is c*est une spéculation sordide. — ie ne vous empêche p^s^ d'apprécier la chose comme vous Tentendez, — - niais c'est comme cela.

Maderpoiselle ^*** es^ une jeune af (jste qui jouit ^n ce moment d'une grande réputation. — U eçt d'4ssez bOQ genre de l'avoir (|s|ns son salon. — Si elle se faisait pajçr, cela serait fort cher, — on pourrait encore ne pas la payer, — on m'a dit qu'elle qe le veut pas ; — mais il faudrait lui foire de r^^hes cadeaux. — Il faut donc la recevoir comme amie.

IflademoiseUe R *** est dans une position qui l'expose i beau-

oup de récits ; — on accepte facilement sur elle, comme sur

^qus les gens en évidence, les anecdotes les plus saugrenues.

— Quelqqes-unes sont yraies, — la plupart sont fausses ; —

,^ea|içoup de gens les croient toutes. * *

Mais chez madame {léc*** on ne souffire pas la moindre atteinte à 1^ renqfnmée de la jeune actrice ; — si vous l'accusiez Qi^e de la moindre légèreté, vous seriez fort mal venu. — M. 4^ Pb4 **\ babitué de la maison, est prêt à prendre la cuirasse et la lance contre le téméraire qui parlerait inprudemment de la vertu sans tache de mademoiselle R*^* : elle serait, bqrs de li, mère d'une nombreuse famille, qu'elle serait chez madame Réc **" vierge immaculée jusqu'à la fin de ses jours.

Parce que mademoiselle R*** lit chez madame Réc*** les vers 4e M. de Châ***, que si on admettait sur elle la moindre des choses, on ne pourrait plus la recevoir comme amie, — parce que, n^la recevant pas comme amie, il faudrait lui faire des cadeaux ou ne la plus avoir à ses soirées.

fijèrenfiex^t y^epcéfentée ,9p .yari^tés ; — chacune des abeilles jPiÇJTjiie un noçi ije fleur ; — la ççnSjUr.e .a fait débs^tiser l'une 4*ellçs, qui s'appelait Capucine^ parce que, .M. Guizot ,(;leraeujrant sur le .bouley.ard clés Çaptidne^s, \e public, en y ixiettant !en peu dep^alioe, pourrait Irouvçr d?ins ce pom une allusion pplitique.

4^^ Le TéUmdfluef dont nous avoirs parlé dans le dernier joinraéro ^es,Giiêp(^s, -r-eçt ejjiçore sous Teau avec ces immenses richessejs, y coipprjs les ipilHpps de JW- Hugo ; M. Taylor, entrejp^reneur d^ s^uvjBtage, a .pr^s l^a fuite, abandonnant, sans les ,p?yer, triçntç-ciiigpu^Tiers qu'il avait fait yenir d'Angleterre ; ces ^laIheure^x ont tr|availlé .pendant cinq ou six mpi.s, et rpstent sans pain, sans jce^çpfirces.et dans rimpo^sibilité de rçr jtoprner chez eux. — Qn pssjicp qi^e le J'élémaque n'a pas l?ougé 4^ plqjce et qu'il est to^t n^ssi ^^teçré dans Ije sable qp'au cpift- ,mencçmei)t de l'opératiQu.; •:- a^ diernier.inoment et pour f^irie ,pjrendre epcore quelqj^ acjtipi\s, .pn fj/jr^jt fait piATchiçr.qp^lqiijes personnes §ur un plancljgr soptepu jentre deuxe^px, en leur persuadant que c'étajt le jjppt dp ^ayjre.

1!^ Il y a dans chaque administration des heures fixes pour l'ouverture et la fermeture des bureaux; messieurs les employés du ministère des finances s'enferment au verrou dix minutes ou un quart d'heure avant l'heure fixée pour la fermeture, dans la cramte que quelqu'un, arrivant à l'extrême limite de l'heure indiquée, ne vienne retarder leur départ de quelques instants ; — - désintérêts graves sont à chaque instant compromis par Y indépendance de ces fonctionnaires subalternes; — chaque ^ojipr, dqs jp^rspnnes (croyant po.uyqir sp fier au règlement affiché, arriv^.pt .cinq çju six flijppjps jiy^^nt l'heure fa^^^^ ^t trouyentles jiçintes %fl(iéps.

ij^ Comme je parlais touj; à rji^ure des W[écèr\es, j'en ai oub)i^ flffi ,^t un yéritabl^^ pt^omme q\ii rendait ()gs services

réels à des gens de lettres. 11 est vrai qu'il est mort, et c'est précisément pour cela que j'ai à vous parler de lui. C'était M. A'**. M. A*" protégeait les arts et quelquefois, en particulier, celui de la danse ; — quelques journalistes avaient trouvé ' moyen de lui faire redouter une appréciation fâcheuse de cette protection. — D'autres menaçaient Tobjet de la protection. — Puis, ils empruntaient de l'argent à M. A"*; celui-ci consentait à prêter, mais seulement contre des lettres de change, — les lettres de change étaient enfermées au fond d'un secrétaire, et le bienfaiteur ne songeait nullement à s'en faire jamais payer : seulement, à l'échéance, il avait soin de les faire protester — et de ftire de temps en temps ce qu'il fallait pour que ses titres ne fussent pas périmés, afin de conserver une garantie contre de trop iortes exigences ou contre quelques excès d'ingratitude, c La reconnaissance, disait-il, est uu sentiment délicat qui a besoin d'être élayé d'un peu de crainte. • M. A"* est mort subitement ; ses héi itiers ont trouvé les lettres de change parfaitement en règle, et ont annoncé l'intention formelle de les faire payer, — par suite de quoi plusieurs personnes ont cru devoir passer cet hiver à la campagne.

Févnep 1843.

^^ FÉVRIER. — Ce mois-là — mon cher père mourut ; Gatayes alla trouver quelques-uns de mes amis et leur dit : « Nous allons faire le numéro des Guêpes. — Alphonse Karr s'en est allé au bord de la mer. »

Ce numéro fut fait par Ad. Adam. — E. d'Anglemont. —

Le Yicomte d'Arlincourt. — R. de Beauvoir. — H. Berlhoud.

— L. Desnoyers. — J. Ferrand. — Th. Gaulier. — Gavarni.

— L. Gozian. — V. Hugo. — J. Janin. — A. de Lamartine.

— Vicomte de Launay. — H. Lucas. — Mdllefille. — Méry.

— H. Monnier. — A. Soumet. — E. Sue.

Je leur renouvelle ici mes remercîments; — je ne crois pas devoir, pour cette nouvelle édition, m'emparer de ce qui me fut prêté alors et a sa place dans leurs œuvres. Je conserve seulement la notice écrite par Ad. Adam.

^^ HENRI KARR. — Henri Karr est né vers 1780, à Deux- Ponts (Bavière) ; son père, maître de chapelle du duc de Bavière, était aussi son ami. Cela nous surprendra peut-être un peu, nous autres habitants d'un pays où, dit-on, règne l'égalité ; mais cela paraît fort ordinaire en Allemagne, pays d'aristocratie et de préjugés, où Ton a celui de croire que par la raison que Ton est musicien on n*est pas nécessairement un imbécile et que Ton peut être bon à donner quelques conseils, fût-ce même à un prince. Celui dont nous parlons affectionnait donc particulièrement son maître de chapelle, et comme la Révolution française venait d'éclater, il le chargea d'une mission délicate auprès du gouvernement révolutionnaire et l'y envoya en qualité de légat. En ce bon temps, le respect dû aux personnages dipiomntiques n'était pas la vertu dominante des favoris du pouvoir. On avait l'usage alors de vous emprisonner des que vous étiez suspect, suspect de quoi? on l'ignorait, on l'ignore à peu près encore : quoi de plus suspect qu'un Bavarois? Le père d'Henri Karr fut donc emprisonné au palais du Luxembourg Peu habitué à c j genre de réception, il tomba malade et ne tarda pas à succombée à une hydiopisie de poitrine, à l'âge de trente-six ans.

Voici donc Henri Karr, à peine âgé de quinze ans, seul soutien de sa mère et de ses frères et sœurs, sans aucune ressource. A l'aide de son piano et de son violon, car, dans sa jeunesse, il jouait aussi très-bien de cet instrument, il combattit ta mauvaise

fi)rtuDQ ; mais les affaires politiques prirent une tournure kisf^ défavorable en Bavière, tandis qu ell^s coroir.ençaient à slafaiélîorer en France. Henri Karr partit alors pour Paris, où 3 arriva à Tâge de vingt-deux ans» sans protection, ignorant môme la langue du pays, et plus embarrassé dans la nouvelle patrie qu'il !foul2iit se faire qu'il ne Tavait jamais été dans son pays na\al. Ueurefisement il y avait, à cette époque, une providepce pour )es artistes ; c était la maison des frères Érard ; là, là plus généreuse hospitalité accueillait les étrangers et les nationaux, il n'y avait nulle distinctioo, nulle étiquette, point de diS^rçnce 4*opinions; vous étiez artiste, donc vous étiez ^ la maison. Ce ixi i cette porte qu'alla frapper Henri Karr ; elle s'ouvrit à deux ))attants devant lui, et dés lors il eut une famille. Hais qu() pouvait-oD faire pour le pauvre artiste ? Ignorant notre langue, il ne pouvait donner de leçons, et il n'avait point encore essayé 4e composer. Les frères Érard euren^ l'idée d'offrir à Karr de rester à demeure chez eux poujr faire entendre leurs instruments aux étrangers qui venaient pour les acheter. Soit que cette nécessité eût développé chez leur protégé une spécialité dont ils étaient loin de se douter, soit que les qualités naturelles de l'artiste le portassent à la perfection de cette branche de Tart, toujours est-il que Karr se trouva sans rival pour faire valoir m instrument. On ne peut se faire une idée du talent qu'il déployait dans ces occasions. Je vous conterai tout à l'heure comme quoi il donna une preuve éclatante de sa supériorité. Karr resta pendant vingt ans, je crois, dans la maison Érard, autant comme ami que comme employé; mais ses ressources s'étaient accrues; dés qu'il put parler français, les leçons ne lui manquèrent plus, et puis il se mit à composer des morceaux de piano d'un style facile et à la portée des moyennes forces. Leur succès fut immense. On ne peut en expliquer la prodigieuse quantité que par l'inexplicable facilité avec laquelle il les composait. Nous Favous TU souvent, chez les marchands de musi<)ue, achevapt d'<

FÂVRIEfi IBAS. Wl

sans même i<avoip essayée, 1^ f^taifie qu<ion venait i» Iw/pooirr Biander une heure «iparaj»aiit. défi incur0eaax avaient une grande qualité : c'était, outre h faeilUé deiiculioqi un nat^irel etjUDO ^nséqueo4^ parfaite, ce qui s>'explique natuTieUemeot, puisque c'était, pour ainsi dire, de riropruvisation écril.e. Ijlm, f^ que fût leur succès, K^rr feisait trop ^oir aux éditeur^ I^ p^u do peine qu il se doanati pour produire ces amyres qui ^''eule^di^i^ par centaines, et oip ne peut' se figurer les pris fabuleux de me^ quinerie avec lesquels on^e rétrifaqsut; d'aiUeurs rinsoucidjajÇ» de Karr était telle, quil ne s*inquiélait jamais d« la psftdioité d# ce prix, et qu*il avait Taie de remercier l'édUeinr qu'il venait d'euridliir. C'est ainsi que s'est écoulée la âmc^ vje d'9enii Karr. |1 y a peu ^e teinp§ qu'il reçut la (jécoraliop de la yglQf) d'honneur, en même temps que Thalberg, ce Usovi de la ÏQV:r Uxne à qui aucun bonheur n'a ipajfiqu/i. ; talent, oaissattce» richesse; celui-là a eu tput en partage; et, de plu$, son caraihtère est si aimable, q^'il ne compte que des aonis. Um reyenoo^ à Henri Karr. J'ai parlé de sa supériorité piOJUir fair>e ^ntendr^ un piano ; je veux vous raconter une cicconstauce <^ il eut l'occasion de déployer tout son talent.

C'était en iS^îf. L'exposition de l'industcie ajirait li^u 9^ Louvre. Érard avait £aijt disposer un orgue magnifique (le prer mier qui' ait paru en Fraqce avep^ les miUtatii)u& de jeu à k pér dale) dans une des salles basses o(i se Ml mamteaaqt reaJûbir tien des travapx de sculptui;e. Outre l'orgu/f , les pianos et les harpes occupaient une partie de ce locaL Karr touji;bmlé les pianos, Léon Gatayes jouait les harpes^, et moi je jouais Kot^ que. Te rappelles-tu, Gatayes, comme nous étions beuceux alors? Et pourtant tu n'avais pas de chçsaux à monter, tu colorais le cachet, quand tu troj^yais des leçons^ et moi j'étais bien fier quand un éditeur me donnait quinze francs d'une ropaanqe et cinquante francs d'un mor.ceaa de piano : dous avons eu depuis ce temps^apresquetout ce que nous avions révé^et ce-

pendant nous regrettons cette époque d'insouciance et de folle yie où nous voudrions bien revenir. Nous avons bien des choses de plus aujourd'hui, mais alors nous avions seize ans de moins.

Notre concert attirait une foule immense : le Français est foa de musique gratis. Le fait est que nous faisions de fort jolies choses, et je ne sais pas s*il y a eu beaucoup d'exemples d'improvisations à trois, surtout aussi heureusement réussies. Nous avions surtout une fantaisie sur l'air : Il pleut^ bergère^ où chacun faisait sa variation, puis l'orgue simulait un orage avec une vérité parfaite, et nos trois instruments se réunissaient dans un finale qui n'était jamais le même, et qui avait un succès fou. Tout Paris venait nous entendre : Rossini y vint aussi, ce fut là que je le vis pour la première fois : je voulus me distinguer et ^ je jouai d'une manière déplorable; j'étais si troublé de me sentir ce colosse sur les épaules, que je ne savais plus ce que je faisais» mes doigts barbotaient sur le clavier, mes pieds s'embarrassaient dans les pédales, c'était une cacophonie épouvantable. Jamais je ne fus si malheureux.

Le jour de la visite du jury d'exposition arriva. Les autres facteurs de pianos avaient leurs instruments exposés dans les salles du premier étage, encombrées d'étoffes et de tapis et d'une sonorité bien moins favorable que les salles basses, où étaient les pianos d'Érard. Déjà les pianos d'Érard avaient été erjminés, les membres du jury étaient dans les salles du pre-» mier étage, lorsqu'un facteur de pianos, et des plus renommés» demanda que ses instruments fussent entendus à côté de ceux ('Érard et dans les mêmes conditions. On accéda à sa demande. Lorsqu'on vint proposer au père Érard de faire porter un de ses pianos au premier étage 4>our être comparé à ceux d'un rival, il bondit de fureur : cet homme de génie, qui, en fait de pianos, a presque tout inventé, sentait si bien sa supériorité sur ses confrères, qu'il n'en voulait reconnaître aucun ; pour lui les deux mots piano Érmrd étaient inséparables \ hors de sa maison il ne

86 fabriquait pas de pianos ; il n*y avait que les envieux qui pussent propager un bruit si exorbitant II ne voulut jamuis laisser emporter son instrument, et nous eûmes toutes les peines du monde à le faire consentir à laisser descendre celui de son rival. « Eh bien! s'écria*t-i1, puisque vous le voulez tous, qu'il vienne ; qu'on apporte son plus grand piano à queue, et je le combattrai avec un petit piano à deux cordes. • — Pour le coup nous le crûmes fou, mais il n'y eut pas moyen de le dissua der. Notre effroi pour l'honneur de la maison s'augmenta encore lorsque nous vîmes que le piano à queue du rival d'Érard allait être joué par un des plus célèbres pianistes. Pendant dix minutes, celui ci tint ses auditeurs sous le charme de son jeu savant et harmonieux. Quand il eut fini, Érard fit un signe à Karr, qui alla se placer devant le piano à deux cordes. Gatayes et moi nous tremblions pour Érard et pour Karr : mais ni Tun ni l'autre n'avaient peur; la belle tête d'Érard avait perdu la contraction de colère qui l'agitait un instant auparavant, pour reprendre cette dignité calme qui était son expression habituelle ; la bonne grosse figure de Karr était riante et narquoise ; il y avait déjà du triomphe dans son malin sourire. Je ne sais ce que ce diable d'homme avait dans ses doigts, mais nul pianiste n'avait cette élégante facilité, ce charme brillant que l'on croyait venir de l'instrument et qui n'avait pas l'air d*appartenir à l'exécutant, dont il était pourtant la qualité essentielle. Il ne faisait pas de grandes difficultés, mais il surmontait la plus grande de toutes, celle de plaire, et il réussissait toujours. Le morceau qu'il improvisa n'était pas si savant que celui de son adversaire; il se serait gardé, sur ce petit instrument, d'aborder le style grandiose qui en eût démonrré Tinsuffisance ; il fut gracieux, léger, coquet; bref, au bout d*une trentaine de mesures, il avait gagné la partie

Érard eut encore cette année la médaille d'or; mais cette fois ce fut bieû à Henri Karr qu'il la dut.

230 L^s au|:pps.

Henri JtaiT vie,n.t de W9ur;r 4' «pe attaqijiB d'apopjçx^g. j^ans sa soixante-troisième année. Sur la fin de sa vie, tout son bonheur était dans les supcès et la réputation de son fils : je ne l^ jrencoptrais pas de fois qu'il up m'en parlât: i) avait fait abnégation de sa personne e,t de $a r^utation, il vivait tout entier dans celles d'Alphonse. Consolons-nou5 donc dç la perle de cet ar- Jtiste estimable eq songçant aux jouissances qij'il a su |rouVer pendant ses dernières années dans les succès de celui en qui il se sentait revivre, ^.t puisse rbojoimage d*amitié que nouç rendons tous .^u fils rejailij^ encore sur la Qiémoire du père \

Ad. AoAM.

4f.ar3 1843.

Le vendredi 15 janvier. — A monseigneur Tarchevêque de Paris, pour les besoins de l'Eglisel — La grande politique et la petite politique, t Chandelle et lumière. — M. jLeboc. — Le dieu Cheneau. — LesGu^Mt refoudroyées. — Messieurs les savants et mesdames leurs inventions. -^ M. de Lamartine et les journaux. '— Sur quelques décorations. -^ Chiromancie. — Catholique. — M* Jquy. 77 }^, Jay. -7 Qf^ug. ^ C^ fiscation.

Vendredi 13 janvier.

,Me « 13. — Jésus monta à Jérusalem.

» 14. — Et trouva au temple des gens qui vendaipnt des bœufs et des brebiç et deç pieeons, — et les changeurs aui y étaient assis. > •

MARS 48i8. S8I

» 15. — : Et ajant feit un fouet de cordelettes, il l^s jeta tous hors du temple, — et les brebis et les bœufs, — et répandit la monnaie des changeurs, et renversa les tables.

» 16. — Et dit à ceux qui vendaipnt des pigeons : Olez ces choses d'ici et ne faites pas de la maison de mon Père un Ueu do marché, p (Evangile selon saint Jean.)

Uonseigneur, le vendredi — treize janvier de cette année, un fils suivait avec quelques amis le corps de son père , le cortège sfarréta ^ue Saint-Louis, vis-â-vis l'église de Saint-Denis-du- Saint-Sacrement, et on porta le corps dans TégUse.

Des menuisiers travaillaient dansTéglise, sciaient des planches pt enfonçaient des clous à coup dp marteau ; — il ne se trouva personne pour leur imposer silence ; 11 y avait bien là un homme, mais il offrait de Teau bénite et tendait la main ; il y avait bien là une femme , mais elle passait dans les rangs des chaises, et tendait la main. Un des amis du mort alla trouver les ouvriers et ne put leur faire suspendre leur travail qu'en leur donnant de l'argent. Le suisse vint chercher le fils du mort et un de ses aqis ^t les n^na à la sacristie. — ^a sacristie leur parut répondre à ce qu'on appelle les coulisses dans les théâtres. — En effet, il y avait là ^eux hommes dont l'un s'habillait et revêtait Iç costuipe dii rôle qu'il av4t à jou|er. — L'autre, qui avait fini U sieq, remettait l'habit bourgeois.

Un vieux prêtre — faisait au fils du mort — quelques questions dont il inscrivait les réponses sur un registre ; — - pen^^nt ce temps les deux hdmmes qui changeaient de vêtement cau-r saientet riaient tout haut. -7- Je remarquai surtout celui qui «IJait «entrer en scène ; — c'était ^in grand drôle — (féguisé fig prêtre; «7- il avait des cbeveux noirs huilés t- prétenjiQUse9ien| aplatis sur les tempes; — il riait et parlait comme per^onuç 4$ bien élevé n'oserait rire et panier d^ns un endroit pA il } a quelqu'un qui fait des questions et quelqu^n qui répoud. 4e m parle ni de la solennité du lieu, — ni de la sctlêftiû)^ 4fi la q^âr

moflie ; et pendant ce temps^ le fils, arraché i son profond rexaeillement^ sentait dans son âme la douleur s*aigrir en colère et en haine. — Son ami Tentraîna — à la triste stalle — où il devait assister à cette représentation. — En effet, la chose commença.

Le personnage aux cheveux huilés ne tarda pas à faire son entrée; il avait revêtu avec la chasuble — un air contrit, humble et béat ; il tenait les yeux modestement baissés à terre ; — il portait à la main une bourse — et allait à chaque personne demander quelques sous — en faisant des révérences ; — il ne riait plus , car c était le moment sérieux de la cérémonie, — le moment de la recette. — Quelque riche que soit devenue l'Église, elle n*a pas pour cela cessé d'être humble, et, pour montrer cette humilité, elle ne laisse jamais passer une occasion de demander Taumône. Le drôle aux cheveux huilés, — d'une voix cauteleuse et caressante, — bien différente de sa voix de la sacristie, — accompagnait chacune de ses révérences de ces mots : « Pour les besoins de Téglise, s'il vous platt. »

Ces paroles m*ont frappé, monseigneur, et j'ai songé que l'Église est dans une mauvaise voie.

Ce n'est pas des quelques gros sous — que cet homme re-^ cueille dans sa bourse — que l'Église a besoin^ — pensai-je alors, — mois c'est de croyance et de foi dans son propre sein.

Quoi! monseigneur, c'est au moment où un fils et des amis brisés par la douleur vont demander à l'Église et à la religion des consolations pour eux et des prières pour leur père et leur ^ ami, — qu'ils ne trouvent que de mauvais comédiens qui nej prennent pas la peine de savoir leur rôle — et de le jouer dé-| cemment! ^

Il y avait là des poètes, des musiciens, des soldats, — et tout ce monde-là était décent et recueilli» — tous, excepté les préires, mooseigneur.

Tout le monde priait pour le mort, — excepté les prélres, qui rinsultaient.

Tout le monde avait l'air de croire et d'espérer en Dieu, — tout le monile... — excepté les prêtres.

Jamais, dans mes écrits et dans mes paroles, je ne me suis mêlé aux attaques Tulgaires contre la religion du pays — et contre 1 Église; — loin de là, j*ai souvent élevé la voix contre Isurs ennemis ; — mais jamais l'Église et la religion n'ont eu d'ennemis aussi dangereux que de semblables ministres; — jamais l'impiété ne leur a porté d'aussi terribles coups que de pareils prêtres.

Pour les besoins de VEglise^ monseigneur, — je vous demande justice.

Pour les besoins de VEgltse^ monseigneur, je vous demande un désaveu de semblables choses et de semblables gens.

Pour les besoins de VEglise, monseigneur, que les prêtres aient Tair de croire en Dieu.

Pour les besoins de l* Eglise, si ce sont des comédiens, qu'ils apprennent leur rôle; qu'ils respectent leur public -^ et qu'ils ne laissent personne dans les coulisses.

Pour les besoins de VEglisCy déguisez mieux les marchands que Jésus-Christ a chassés du temple, qui y sont rentrés et en ont fait une boutique — où ils ne vendent, il est vrai, ni bœufs, ai brebis, ni pigeons, — mais des prières qui ne partent que des lèvres.

J'aimais mieux ceux qui vendaient des bœufs et des brebis et des pigeons : ils n'étaient que marchands; — ceux-ci sont marchands — et voleurs.

Pour les besoins de V Eglise, — monseigneur, — montrez que vous ne voulez pas que les prêtres agissent ainsi; — montrez que l'Église peut être un asile sûr pour la douleur, — et qu'elle n'y doit pas rencontrer l'insulte et le mépris.

Pour les besoins de rÉglise, — faites, comme Jésus-Chrisi

^ L^^ ÇUÊEES.

temple — pour qu'on n'abatte pas un jour le tçgipjie lui^ip^ .sur yous tous.

Pour le fils du mort, ~ il est allé pleurer et prier, — lojip j^ là dans la can^ppgr\e — îi\\ hprd de la mer, ■:- ,\à — #.tout j)arle de Diep, — §pus 1^ voftte, bleue de cette ,beHe et gv^j^ ,igli§e — qui est .tQuf.e \a.flMiirp, -r- là.Qii il n'y ,a pas .de ftçé- ,Jrejs m$\^ ^i çaçriléges.

^ 41 ^e dit.^ftPMis quelque tçtiçs ,^es clj^sçs j)ja3 p'^ franges — à propos (Ju droit de visite, — .siç'.liejmsl.ljep Gy4Bf se asont expliquées assez clairement.

On a un peu ps^rl.é de digf^ité patlon^le, .d'Jiqpp^r4)t 4e^iverté légitime. — A quoi un pair d'abord, puis tous 1q3 par^isiaojs et .tous les iqqrnaux du ^linist^re ont dit : — «Ce jçqnt des |>ré« occupatiQps étrangères à la grande politique. »

Ce mot m'a expliqué biep des choses qpi sp ^pj^t p^sséçs çons mes yeux, et que je n'avais pas parfai^meat ^çj^ippris^s ^n 1^ tejnps.

De ^rasqujBs revircpept? 4'9pinion3, — .çlc^s jprinjçigjBg défendus aujourd'hui et attaqués demain, dp$.pej:soAnes.vé|[i^i^f|S ,et adulées d'abord, puis ensuite tjrsjnées d^n^ la l^pup.

Des haijaes irréconciliable^ se terminent pj^r ^e$ aUiançQS ^oAteusjBs au p/'ofit d'autreis {laine^ commuQ,e^.

Le m^çnsQDçe, — la piauyaisB foi^ — l'injfistiqp, -- {o^t j;e)^, e*est de la grande politique.

Au fioptraire, — ne §e ,v^e^c^r^ pi au?: gya^t^g/çs ^'up parti ni au^ prqmesses d'un autre, — petite politique.

Juger d'après sa conscience et parler A'^x,^ jEîpp jugejipysxtt, — pelitp politique.

Dire la vérité â tout le ,m(mde, sur p^i ^e ^f^ç ^t ^sur toute chose, — pptite pplitique.

N'admettre ni la fourJ^erLe ni la lâcheté, — .pçti^.pp)ji^q|]^.

Dieu pous délivre dp ,qes grapds Macbiavels de comptoir el

JIARS Â 843. S35

Je Jeur grande politique — et de leurs grandes phrases, et de leurs grandes sottises, et de Igurs grandes apostasies, -— et c|e 4eurs grandes .lâchetés.

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