‹ Les Guêpes. 1e-6e sérieChapitre 6 sur 53 · REFRAIN · texte numérisé non relu

REFRAIN

fiirUIa, ilaflaf larifla.

Onzième observation, — que.

Ceci est le second que que nous avons déjà reproché à notre auteur; — il est souvent bien difficile d'éviter leg'we, — nous venons nous-mêmes d'en placer un immédiatement après un autre (que que), que Toreille ne peut... bien! en voici un troisième à présent.

Douzième observation. •— les. (Au numéro prochain.)

^^ posT-scRiPTUM. — En général, on gourmande beaucoup un auteur qui parle de lui-môme ; — il semble, au premier abord, difficile d'accorder ce blâme avec la curiosité qu'ont les gens de savoir les plus petits et les plus intimes détails de la vie et les habitudes des hommes qui s'élèvent... tant soit peu au- «lessus de la foule par le hasard ou par le talent. Ces deux choses cependant proviennent de la même cause. On aime à trouver dans les hommes auxquels survient la célébrité des coins par lesquels ils rentrent dans les proportions communes, — des côtés par lesquels on reprend sur eux l'avantage qu'ils ont pris d^utres côtés. La curiosité qu'on a pour eux n'est donc nullement bienveillante, — et elle ne peut être satisiaite par les indications qu'ils donneraient eux-mêmes; — il vaut mieux que les renseignements soient moins certains, pourvu qu'ils soient plus fâcheux. Il n'est fable si grotesque sur un homme en vue qui ne soit accueillie par le public, et avec une confiance sans bornes.

Aussi, dans mes premières observations sur l'œuvre du Courrier Français^ ai-je un regret très- vif de ne pouvoir parler que de l'ouvrage, faute de connaître l'auteur : il vous eût été agréable de savoir, par exemple, s'il a le nez trop long ou trop court, s'il a une épaule un peu haute, ou une jambe un peu courte; vous aimeriez que son père fût portier et qu'il eût des dettes.

Je sais bien que, si je vous le disais, vous le croiriez sans scrupule et que vous n'admettriez aucune preuve du contraire, quelque convaincante qu'elle pût paraître ; ces renseignements

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qui ravalent les gens sont suffisamment prouvés par le désir qu'ont ceux à qui on les donne qu'ils soient véritables.

J*aurais voulu, au moins, vous dire quel tic l'auteur a eu en écrivant ; car les uns tambourinent sur la table, les autres roulent du tabac dans leurs doigts ; — celui-ci siffle entre ses dents; — celui-là se gratte le front. M. Victor Hugo>marche en faisant ses vers; — M. A. de Musset fume; — M. Antony Deschamps s'enfonce les poings dans les yeux; — M. Janin parle d'autre chose avec les gens qui sont autour de lui ; — M. de Balzac boit des soupières de café ; — M. Gautier joue avec ses chats ; — M. de Vigny passe ses doigts dans ses cheveux ; — M. Paul de Kock renifle du tabac; — pour votre serviteur, il tourmente ses moustaches et les tire jusqu'à se faire mal.

Malheureusement, — je n'ai aucun moyen de vous donner des renseignements de ce genre sur notre auteur, — et je comprends tout ce que mon travail a d'incomplet. — ; En effet, comme je VQMs le disais tout à l'heure , on aime à tempérer l'admiration qu'on croit ne pouvoir refuser à ira homme par quelque chose d'horrible ou de ridicule qu'on sait de lui, ^ce qui rétablit l'équilibre; et, tout en nous le montrant supérieur par un côté, nous rend cette supériorité d'un autre côté. Il n'est pas un seul homme, si élevé qu'il soit au-dessus des autres, que nous ne nous croyions supérieur à lui en quelque point.

N'ai-je pas moi-même, tout à l'heure, dans ma première observation sur le fragment que je commente, abusé de mes habitudes sur les côtes de Normandie pour chicaner mo» auteur 5ur une petite erreur au sujet des causes qui agitent ou qui calment la mer, et n'avais-je pas, il faut l'avouer, pour but, beaucoup moins de vous éclairer que de prendre moi-même un avantage sur cet écrivain, et de me venger des éloges que je suis, forcé de lui donner, en le rabaissant sur un point où j'ai une supériorité du moins apparente?

DÈGEMBQE 1841. 463

Dé<:embre 1841.

Les tonbeam de l'empereur. -- H. Marocbetti. -> M. Yisconti. — M. Durefc. — M. Lamatre. — M. Pradier. — Un oouveau métier. — L'arbre de la rue LaflStte. — Les annonces. — Les réclames. — Un rbtime de ccrvean. — Un menu du Constitutionnel. — D'un acte de Meofaisanee qui aurait pu être fait. — Les départements vertueux et les départements corrompus. — M. Ledru-Rollin. — Un nouveau noble. — M. Ingres et M. le duc d'Orléans. — Les prévenus. — L'opinion pu-

" bliqne. — Suite des commentaires sur l'œuvre du Courrier français. — IL Esquiros. — > Le secret de la puresset

^1^ Quand un journaliste parle de la presse en général, •— c'est tout ce qu'il y a de vertueux, d'honnête, de désintéressé, de respectable.

C'est la seule majesté qu'il soit possible de reconnaître. — Les lois doivent plier devant elle ; «- c'est un crime de se défendre contre ses attaques ; — elle a raison sur tout et contre tout. — La presse est infaillible.

Nous pourrions un peu démêler ce faisceau serré et en examiner chaque brin et chaque fascine l'un après Tautre, — mais laissons ce soin à la presse elle-même.

La presse se divise en deux grands partis : 1® ceux qui sont pour le gouvernement, c'est-à-dire qui veulent obtenir à'amitié les places et l'argent ;

2<> Ceux qui sont contre le gouvernement, c'est-à-dire qui veulent prendre de force l'argent et les places. Chacun de ces deux partis traite l'autre fort mal.

Prenons un journal ministériel ; Les journaux de l'opposillon

sont des anarchistes, — des révolutionnaires, — des fauteurs de troubles et de désordres.

Un journal de Topposition, parlant des journaux ministériels, -» les appelle des journaux corrompus et vendus au pouvoir, *-> des oppresseurs du peuple ; — puis, si d'autre part vous recueillez les jugements portés sur les hommes parvenus de la presse par ceux qui ne sont pas parvenus, si nous admettons en principe que la presse est infaillible, nous sommes fort embarrassés quand elle se trouve ainsi divisée. Chacun des deux partis est de la presse qui est infaillible, il faudrait donc croire et admettre ce qu'ils disent tous les deux Tun de Fautre.

<^^ Je ne compte pas vous entretenir du tombeau de Napoléon ; — quatre-vingt-trois projets de tombeau ! Il n'y avait, selon moi, qu'un tombeau, — pour l'empereur, — celui que la destinée lui avait donné dans une tle presque déserte, sous nn arbre.

Puis ensuite, — comme la pensée semble comme les vents avoir plusieurs couches à diverses hauteurs ; au point de vue de la gloire humaine, de l'orgueil national, — c'est-à-dire audessous du point de vue poétique, — il fallait Tenterrer à Saint- Denis, là où il avait fait faire deux portes en bronze pour son tombeau; etenfln, au point de vue de l'admiration contemporaine de ses soldats, il fallait le mettre sous la colonne de la place Vendôme.

Je lie parlerai donc pas des quatre-vingt-trois projets qui tous ont la prétention d'être exécutés aux Invalides ; d'ailleurs, qu'est-ce que ces concours où la plupart des artistes les plus distingués d'un pays ne se mêlent pas? — Lemaire est à Pétersbourg. — Pradier en Italie. — Duret bien plus loin, car Q est au fond de son atelier, où il boude. — M. Visconti a conçu un projet qui ne manque pas de grandeur.

M. Marochetti en a présenté un qui parait réunir plusieurs suffrages, — mais qui présente en môme temps une petite difS-

culte qui pourrait bien faire reculer le jury d'examen : — il faudrait commencer par enlever la voûte et le dôme des Invalides.

^^ Au commencement de la saison, on a eu à enregistrer cinq ou six morts funestes de savants, — d'artistes, etc., — sans compter les propriétaires et les pauvres diables, victimes de leur propre maladresse à la chasse, ou de celles de leurs compagnons ; — ceci coïncidant avec la diminution progressive du gibier, — donne pour résultat qu'il se tue beaucoup moins de perdreaux que de chasseurs.

On lit ceci dans un journal — (lY. B. C'est un sarcasme) :

c Nos escadres de la Méditerranée, qui offusquaient l'Angleterre, ont été dispersées et désunies. Mais le Moniteur s'empressait hier de nous offrir une glorieuse compensation à cette humiliation maritime : il résulte d'un rapport du prince de Joinville, daté de Terre-Neuve, que Ifïous n'avons pas cessé d'occuper un rang des plus brillants sous le rapport de la pêche de la morue et des harengs. »

De même qu'en fait de modes d'habits on voit succéder les gilets trop longs aux gilets trop courts ; — de môme, en faifc de mode de langege, au chauvinisme qui, sous la Restauration, montrait toujours un soldat français triomphant des armées coalisées de l'Europe, — a succédé, aujourd'hui, un autre ridicule qui consiste, de la part des journaux, à montrer toujours la France humiliée et foulée aux pieds. Un journal un peu répandu doit au moins deux fois la semaine raconter qu'un Français a reçu des coups de pieds à Pétersbourg, qu'un aulre a été empalé à Constantinople, et un troisième mangé quelque autre part; tant ces honnêtes journaux se complaisent dans une humiliation que le plus souvent ils inventent. Mais ici, on peut voir d'une manière manifeste ce que c'est que la politique de ces pauvres carrés de papier.

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Ils seraient fort étonnés si on leur disait : « Mais cette pêche du hareng et de la morue est une des branches de commerce les plus importantes ; mais c'est la vie de populations entières ; mais il y avait plus de vingt ans qu'on n'avait pas feit une bonne pêche : il y avait plus de vingt ans qu'un nombre prodigieux de familles vivaient dans la misère et dans les privations.

Oui, certes, c'est une belle compensation à une diminution d'appareil militaire, et de fanfaronnades inutiles.

Mais on dit que je fais des paradoxes quand je crie, comme je le fais depuis trois ans, que le premier besoin du peuple, c'est de manger.

If^ Ah! si vous voyiez, comme moi, ces pauvres pêcheurs de la Normandie et de la Bretagne ; — leurs durs travaux, — leurs journées et leurs nuits de fatigues avec la mort sous les pieds; — si vous voyiez, comme moi, toutes ces blondes familles-de dix enfants, à peine vêtus, à peiae nourris, quand leur père revient sans rapporter de quoi souper, remerciant Dieu de ce qu'il n'a pas permis qu'il fût englouti dans les vagues de l'Océan ; vous ne trouveriez pas que ce soit une nouvelle si peu importante, si ridicule même, celle qui vient vous dire que cette année la pêche du hareng a été favorable, et que tous ces gens-là mangeront.

^1^ Je me rappelle un temps où Henry Monnier n'avait pas de plus grand plaisir que de chercher les métiers bizarres et inconnus auxquels se livrent certaines gens. Il a fait ainsi de singulières découvertes. En voici un qu'il n'a pas trouvé^ et que ni lui ni moi n'aurions inventé.

Les habitants de la campagne ne sont guère exposés, en fait de maladies, qu'à des pleurésies et des fluxions de poitrine, — on leur ordonne des sangsues. — Le village d'Augerville* Bayeul est situé à cinq lieues de Havre, — d'où il tire ses sangsues. Au Havre chaque sangsue coûte sept sous. C'est fort cher.

Une brave femme du pays a imaginé de louer des sangsues,

— elle en a acheté une vingtaine et elle s'est faite bergère de ce noir troupeau, — elle les soigne et les entretient; qusuad un malade a besoin de sangsues, elle en loue la quantité demandée à l'heure ou à la saignée; — Topération faite, on lui rapporte ses sangsues. — Si quelqu'une de ses sangsues meurt ou fait une maladie entraînant incapacité de travail, elle se fait payer la valeur de la morte, — ou convenablement indemniser de la perte qui résulte de Tindisposition de son animal.

4^^ Le monsieur qui annonçait dans les journaux — des graines de l'orgueil de la Chine à vendre, — rue LafTitte, 40,

— a profité de Favis que je lui ai donné daas le volume du mois dernier.

Je faisais remarquer que les annonces publiées pendant la mois d'octobre — portaient que cet arbre -— se semait d'oo tobre à novembre, — et que les annonces insérées dans lesjournaux — omettaient cette particularité.

Qu'a fait le monsieur, — le planteur de la Louisiane? ^ II a conttnué à publier des annonces à la quatrième page des journaux; -<- seulement dans ces dernières annonces publiées tout le long du mois de novembre, — Torgueil de la Chine — (en chinois arbor sancta) ne se sème plus du tout i'odobre à novembre, — il se sème maintenant de la mi-octobre jusqu'é la mi^mars.

Pas avant, — pas après.

Mais que feront ces braves gens qui, sur la foi de la première annonce, — ont acheté et semé de la graine de l'orgueil ée la Chine?

Ces gens«lâ, dites-vous?

Oui.

Eh bien, — ils enachèteront d'autre, qu'ils sèmeront maintenant de la mi-octobre à la mi-mai;^.

Parbleu! Tarai Mars est venu là fort à propos et s'est montré un véritable ami pour prolonger le délai pendant lequel le planteur de la Louisiane — espère duper le public, -— avec Fassistance des carrés de papier de toutes les couleurs et de toutes les opinions, — un franc la ligne.

Sérieusement, — carrés de papier, — croyez-vous jouer là un rôle bien honorable, — que d'être ainsi complices de toutes les friponneries contemporaines, — de tous les charlatanismes, — de vous établir compère de tous les marchands d'orviétans?

^l^ Vous répondez : € On sait bien que la quatrième page des journaux est livrée aux annonces — et que nous ne sommes pas responsables de ce qu!elles disent. •

On? qui est-ce que ce on ? — vous, — moi..., et ce n'est pas ici le lieu de dire que je m'y suis laissé prendre plus d'une fois.

« Et, d'ailleurs, ajoutez-vous en général, la signature des gérants précède les annonces, ce qui explique, clair comme le jour, que nous ne garantissons pas au public la vérité des annonces que nous insérons. » Très bien; — mais alors, gens si vertueux pendant trois pages, pourquoi cette facilité de mœurs à la quatrième page? pourquoi ne pas mettre en gros caractères en haul de votre quatrième page :

< Ceci est un mur public — où on affiche ce qu'on veut, — moyennant la somme de... -- Nous ne garantissons pas ce qu'il plaît aux marchands d'y mettre ; — ce sont eux qui parlent — et qui crient ainsi leur marchandise — à une distance où leur voix ne parviendrait pas. t

Vous ne l'avez jamais fait, carrés de papier, vous ne le ferez pas ; bien plus, quand vous avez pensé qu'on commençait à soupçonner que ce pouvait bien être cela, vous avez imaginé la réclame; la réclame est une annonce mieux déguisée, là le journal ne se contente pas de ne pas dire qu'il ne garantit pas le vérité de ce qu'il publie.*

Li, il assume toute la responsabilité de la chose ; là, il prend la parole, il se fait crieur public, il annonce lui même les marchandises 'plus ou moins honteuses, et il donne son opinion à lui, il dit j'e ; par exemple, c*est dix sous de plus.

II dit : « Nous ne saurions trop recommander la pommade de M. UD tel.

« Nous avons vu des effets surprenants de la poudre de madame de Trois-Étoiles.

Le tout signé du nom de chaque rédacteur ou gérant responsable.

<j|^ Pendant que nous parlons des annonces, — : disons que le Journal des Débats^ ce rigoriste — qui prêche la morale, publie à sa quatrième page des annonces dont je ne puis pas imprimer ici le contenu, — et une gravure — représentant une femme qui se livre à des danses pooliibées par la police» et qui, tout en dansant, appuie son pouce sur son nez et fait tourner sa main sur ce pivot pour narguer un garde municipal qui la regarde.

^^ Il est un mal horrible, — un mal qui, en quelques instants, fait de l'homme le plus spirituel une buse et un idiot; — je veux parler du rhume de cerveau. Un rhume de cerveau fait horriblement souffrir, et rend en même temps parfaitement ridicule. — Un jeune homme est obligé d'attendre la nuit, dans un jardin, un entretien longtemps désiré et demandé. — Tout ce qui l'entoure invite à la plus douce et à la plus poétique rêverie ; — la lune monte à travers les arbres, — les clématites exhalent de suaves odeurs. — II entend des pas légers et le frôlement d'une robe, — c'est elle! — son cœur bat si fort, qu'il semble qu'il va rompre sa poitrine pour s'échapper. — Enfin, il pourra donc lui dire tout ce qu'elle lui a inspiré depuis qu'il la connaît ; — il va lui révéler tout ce trésor d'amour qu'il a amassé dans son âme, — et les premiers mots qu'il prononce sont ceux-ci : < Ah ! badabe, cobe je vous aibe! »

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