LA DOTATION
Il s'agissait d'obtenir poar M. le dac de Nemours une dotation de cinq cent mille francs, et le ministère s'était chargé da succeSt**
Au moment où j'écris ces ligoes, un de mes amis entre chez moi et me dit : Je suis fort inquiet de savoir ce que tous direz de ladoiation. — Parbleu, j'en dirai ce que je pense;
— Etes-you8 pour -* étes-yoas contre la dotation?
— Je suis pour la dignité^ pour le bon sens y pour la logique.
Il n'y avait rien de si constitutionnel et en môme temps de si humble que de demander cette dotation.
Il n*y avait rien de si constitutionnel et en môme temps de si mesquin et de si peu conséquent que de la refuser*
Tout le monde a agi dans son droit — perwanne n*a agi avec dignité etavM noblesse.
Si j'étais roi de France --* f ainoraia vendre les diamans de ma femme et àtà filles — et donner hypothèque sur mon chAteau de Neoilly -- qu^ de m'iMiiiulier ainsi jusqu'à depMiiâer de ra^^apt au avaeali de la chambre et de {aire de wei flli 4q§ kwunoa
Si j'étais memb re de la chambre des dépotés — et du parti populaire — je sei^is monté à la tribune et j'aurais dit : Jamais la royauté n'a plus humblement reconnu la souveraineté du peuple que dans la démarche qu'elle fait aujourd'hui* Le peuple appelé à exercer sa générosité princière ne doit, pas laisser échapper cette occasion de se montrer roi — par le plus bel attribut de la couronne — par la libéralité.
Cette demande que fait aujourd'hui la royauté est la dernière de ses abdications à elle qui en a tantfait, et nous devons l'accepter avec empressement — mais de part et d'autre^ on a agi autrement.
La couronne a mérité Thumiliation du refus par l'humilité de la demande.
Le peuple, fidèle k sa logique ordinaire,
d'exiger à la fois la plus grande magnlflcence , et la plus stricte écoDomie ~ a profité de la première occasion de se montrer roi , — pour redevenir un bourgeois chipotier et liardeur.
Le peuple qui avait tant demandé la royauté — au moment de mettre la couronne sur la tète y — a avisé que puisque la. royauté consentait de si bonne grâce à échanger cette couronne — contre sa casquette de loutre à lui — il fallait que cette casquette fut plus chaude aux oreilles, et cette couronne plus ornée d*épines qu'il ne Tavait supposé.
Il a repris sa casquette et laissé tomber la
couronne qu*il tenait déjà à la main — et
que la royauté a reprise malgré elle — un peu
' plus bossuée et féléc encore qu'elle ne Tétait.
BBtfABQUABLB BABltETÉ DU MINISTÈRE.
Nous avions en ce temps-là des ministres fort habiles > et voici la part qa*ils prirent à Taction. A propos de la dotation^ les bureaux de la chambre avaient nommé une commission eitrémement favorable au projet du gouvernement : — six membres sur neuf appuyaient le projet ; — ^les ministres s'endormirent sur les deux oreilles et attendirent révénement.
Le jour de la discussion publique approchait:—le parti radical, malgré tout le tintamarre qu'il avait fait et tout le mouvement qu'il s'était donné, — n'avait réussi à rassembler que les cent soixante-ct-dix voix républicaines f démocratiques , légitimistes, etc.» que l'on compte à la chambre. On rallia alors à grand'peine le parti toujours si nombreux des mécontens, — tous les gens qui tiennent au notariat , menacé par M. Teste, — tous les
gens qui ont des rentes cinq pour cent , me»
nacées par H. Passy,— tons les gens intéressés dans le sucre indigène, ruiné par le ministère du 13 mai,^--tous les gens intéressés dtfif la canne à sucre, qui doit donner à la betleraye une indemnité dé quarante mil* lions. Cette autre dotation à la betterave amènera aussi des embarras que le 13 mai ne doit pas être facbé de léguer à ses héritiers ^ -«^ et encore quelques partisans du ministère précédent, un peu amis de tous les ministères, et qui se seraient volontiers ralliés au 13 mai , si celui-ci n'arait pas eu la maladresse de ne pas les avouer.
Ce ramas hétérogène ne faisait pas encore une majorité : — il manquait trente voix ; où trouver trente voix?
Les joueurs de gobelet et de portefeuilles, les saltimbanques politiques , voyant la situation , ont pensé que c^était le moment de jouer contre le ministère du 13 mai , toujours assuré de son succès et ne vojcant rien de ce qui se passait;— absolument le jeu qui
avait été joué par le même ministère Soult contre [le ministère Jlfo/6% renversé par lui.
M. Thiers alors, — Taspirant perpétuel, envoya ses aîdes-de-camp , — MM. Roger , Berger et de la Redorte, — vers la gauche , pour lui faire savoir que si elle voulait être sobre d'éloquence , où plutôt se taire tout- àfait dans la discussion générale, -—en échange de son précieux silence — on lui apporterait le nombre de voix dynastiques nécessaires pour compléter son triomphe. MM. Tasckereau et Chambolle acceptèrent pour la gauche et se rendirent garans de la parfaite exécution de la manœuvre. — Pendant ce temps , 16 ministère continuait à se frotter les mains sans gàntâ de M* fassy [HippolyU- Philibert).
L'affaire arrangée avecla gauchc,M. Thiers chargea ses officiers d*ordoanancc d'une nouvelle mission. — Ils allèrent trouver les 221 , et leur dirent : Prétcz-nous trente voix, et avec ces trente voix nous renverserons le ministère qui a renversé lo ministère Mole , et qui vous demande présomptucusement et insolemment vos votes sans vous avouer. Les conditions faites y Taffaire bien arrangée ^ les ministres sont arrivés à la séance avec une confiance toujours croissante.
Personne n*a pris la parole dans la discussion générale sur Tensemble. du projet , — et on a été au scrutin.pour savoir si on passerait à la discussion des articles; — plus heureux que jamais, les ministres ont cru que c'était dans leur intérêt que la discussion se trou**
vait ainsi étouffée, — et un membre innocent du cabinet a écrit au' roi pendant lo scrutin pour lui dire que, de l'avis de M. de Rômusaty chargé de la manœuvre ministérielle, on pouvait promettre à S. M. un vote favorable, avec une majorité de 40 voix.
Comme beaucoup des membres de cette nouvelle coalition auraient été fort émbarrasés de justifier leur alliance avec le parti démo* cratique, — vingt membres des plus com« promis se sont dévoués pour demander le scnitin secret, aux termes de la loi.
Pendant que les secrétaires faisaient le dépouillement du scrutin secret, les députés se pressaient, se poussaient vers leurs bureaux pour en connaître le résultat avant la proclamation qui allait en être faite. — Ce résultat — déclarait à une majorité de deux
cent YingtHsix voîX| contre deux caits, qne Ton ne passerait pas à la discussion des articles, et que par conséquent le projet du ministère serait considéré comme non avenu.
On vit alors M- Tliiers jeter un regard de triomphe sur une loge où étaient Mme Thiers , Mme Dosne et Tambassadeur d*Espagne.
M. Tascfaereau se tourna vers l'antre des journalistes.
M. Buchâtel avait envoyé un billet de prd« mière loge à Mlle Rachel pour qu'elle pût étudier la dietion parlementaire; — - elle n*a assisté qu'à des scrutins.
Aimi finit Ciet iinhrofUQ» ^ T^riUM«
journée des dnpesi — car la victoire que le parti radical croit avoir remportéoi -— ne sera profitable qu*anz appointe qu'on lai a donnés.
Aussi le même parti radical qui avait songé, dans son premier enivrement, à faire illuminer, par les marchands du petit commerce parisien, eii Thonneur d*un vote qui leur en« lève la consommation de quelques millions que le mariage du prince eût jetés dans la circulation, a ensuite décommandé les lampions, eta décidé qu'on se contenterait d' une souscription pour offrir une médaille fc U . de Cormenia.
SDR LA VÉDÀXUX DB H. DE GORHENIN;
Cet honneur que Ton va rendre am ipirituel pamphlétaire, ne peut manquer d'être médiocrement agréable à MM. Arago^ Du^ pont (fe PEuref LaffUte, etc., momentmér
ment éclipsés et relégués parmi les nébu^ lemesy pour se voir remplacés sur les antds de la république par M. le vicomte de Cormenin.
Cette souscription oifrey au parti, l'occasion de compter son monde et de faire un nouveau recensement de ses forces.
C'est dureste, pour U. de Cormenin^ une excellente spéculation que de se faire ainsi l'avocat d'office ile l'économie et du désintéressement.— On comprend son silence à la tribune, — rerba volant. — les paroles le voleraient — de tout ce que ses écrits lui rapportent.
A peine un homme aujourd'hui a-t-il paru à la surface, qu'on s'empresse do faire son buste, sa statuette; sa biographie, — toutes
choses autrefois à Tusagc exclusif des morts; — on rimmortalise d'avance et en effigie, -*• ou plutôt de ce moment on le considère comme mort et enterré; ses fossoyeurs prennent sa place, jusqu'à ce qu'ils soient à leur tour enterrés sous les couronnes.
La France aujourd'hui produit trop de grands hommes pour sa consommation, — elle craint d'ôtre consommée par eux; — car on iSait qu'en français — immortel est un des synonymes de mort.
Ce serait là une heureuse transition pour arriver à l'Académie, dont j'ai quelques petites choses à dire, — si je n'avais encore à parler du ministère qui s'en va et du miniS"* tère qui vient.