‹ Les Guêpes (volume 2)Chapitre 2 sur 31 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

BaNQUO. MACBETH. — LES SORC1ÈSES.

BA5QC0.

Que Tois-je? Quelles sont ces étranges créatures si flétries dans leurs traits? Etesvous des êtres vîvans, et pourrez-vous répondre aux questions de l'homine. Je vous vois toutes trois placer votre doigt décharné sur vos lèvres livides et ridées.

TBOISIÈME SORCliRE.

Salut, Macbeth , un jour tu uras rot.

Après le douze mai , une personne de la Société ennuyée de cette conspiration , imagina d'écrire à plusieurs des conjurés :

« Tout e$i ifcotjfoeri , nous partonê tous^

Plusieurs préiextèrenl des voyages de santé et disparurent pour la saison...

Cette même personne écrivit à la plus influente des sorcières qui a un nez remarquablement prononcé :

« Tout est perdu, prends ton nez de sept UeueSy et va-t-en.»

Une autre femme^plus jeune et assez belle «— une sorte de bohémienne — s'en va chantant et conspinrnt par le monde.

Elle avait rêvé, elle, mieux que Temphre, elle avait fait de Monsieur Louis un second Louis XIV, — près duquel elle voulait jouer d'abord le r^e de Lavallière,

Mais les conspirations se font si mal ot si lentement ! Le temps se passa et il lai fallat »e resigner au jôle deMme deMontespan.— Aajourd'hui que laflEdre est fort ajournée , il &ut penser â deyenir Mme de Uaintenon si l'on reut avoir lephysiqm du rôle-

^ tout temps , on a aimé à conspirer en France , --. mais cela d'ordinaire n'avait ni ^^ger ni inconvénient. — Demandez i ^' Amilbau , aujourd'hui député et président d'une cour royale.

^ cfMynratîon de M. AmSthau poor Tiure f iiHe à la ooiyiiratlon Se l^ie»qam,

M. . ÂBiflhtu eomiriiait-sous k restasia* tion, —Tout le monde conspirait «k»rs« ---

M. Amilhau s* en allaittousies goirs oonspircr après son dtner, cela aidait sa digestion. — - Il arrivait en fiacre, donnait un mot d* ordre, faisait sa partie de wisth — et s'en allait régulièrement à minuit moins un quart pour ne pas mécontenter son portier. — Cela dura dix ans, sans que M. Amilhau manquât une seule fois , sans qu'il se commît une indiscrétion.

Un jour, au bout de dix ans, un des conjurés demanda la parole, on la lui accorda en murmurant : cela dérangeait les parties.

•—Messieurs , dit-il, il est temps d'agir.

— Comment agiri dit M. Amilhau en se lovant, agir? Qu'entendez-vous par ces paroles? pour qui me prenez-vous? Apprenez, Monsieur, que je suis un honnête homtne y incapable de rien faire contre le» lois de mon pay9.

Cela àit^ M. Arailhau pritaa canne et son chapeau, s*en alla et no reviot plus.

Am sorcières, enDemles naturelles d'un gouvernement sous lequel on est yieille et â la bohémienne en question, se joignirent des hommes qui charpmtèrmt la conspiration d'après les règles de la tragédie classique et les usages de la littérature de 1* empins ; ils consultèrent les bons modèles — et arrangèrent l'aflaire avec les trois unités.

Dans ce genre de conspirations, — il y a toujours un monsieur qui se charge d* écrire et de conserver dans son secrétaire unelisto exacte des conjurés avec les adresses. — « Cest un moyen peut-être un peu vieux — mais toujours employé par les maîtres— et

indispensable pour la péripétie du troisièine acte.

A propos de M. Louis, on 'se rappelle le mot de Mv Pozzo dt Borgo qui» parlaoi du duo de Bordeaux, disait un jour :

Pauvre mfofU I encore b'U n'axaU^q^e ms ennemi».

Le monsieur chargé de faire la liste des conjurés était le marquis de Crouy-Ghauel. jMIalheureusement pour moi, le marquis de Crouy-Chancl avait un cousin.

Ce matin-là, il faisait un temps superbe ; mes pigeons faisaient chatoyer au soleil levant leséméraudes^Ies aniéthyateset les sa*

phyrs deleiirâ^ol8.---Jem'hiMlai et J6 sortis dans l'intention de (aire une desderoières promenades de Tannée. — Comme j'allais passer le seuil de ma porte, deuxmeaaieurs s'opposèrent àmasortie.qui me dirent :

— On ne passe pas.

Ces deux messieurs forent ajQHisés par trois autres y et moi je me repliai sur mon appartement.

En un moment, j*avais reconnu la police à sa ressemblance parfaite avec les gens dont elle est sensée nous préserver, -— et j^avais fait un sévère examen de conscience ave« une rapidité extraordinaire. — Lerésultatde cet examen de conscience fut que je n'avais, pour le moment, d'autre crime à me reprocher qu'une légère irr^larîtâ. dans mon seryicede garde national,— et je me rassurai PAT ma connaissance de la Wu

Une fois déjà,— -en effet, après avoir successivement envoyé contre moi — le gardemunicipal Dubois, puis le garde municipal Bipon plus féroce que Dubois , — ^puis le garde municipal Begoin plus terrible que Ripon , — on avait lancé le garde municipal Werther» le plus redouté de tous.

Un matin, un monsieur frappe à ma porte, —j'ouvre moi-même.

— M. Karr?

—C'est ici, monsieur.

— Monsieur, je viens pour un petit jugement

— Ah! vous êtes le garde municipal Wer« ther?

— - Oui, monsieur, j'ai cet honneur.

^ — Très bien , M .Werther,— mais, ajou-

iai-jeen regardant derrière lui^ ouest votre commissaire?

— Mon commissaire?

— Oui, TOUS vous êtes bien fait assister d*un commissaire?

— Non, monsieur^ — j*ai pensé.

— Vous avez alors un juge de paix?

— Hon Dieu! non, — j'ai pensé que je vous ferais plaisir en vous épargnant ce petit scandale.

— M. Werther, ^ous êtes très aimable et très poli ; mais nous no sommes pas asse liés ensemble pour que vous m'arrêtiez ainsi sans cérémonie.

Et le garde municipal Werther s'élaiten aUé.

Tenant. doQC la piffteefttr'ouverte* je dis à ces messieurs :

— Avez- vous un coromissaîrcî

— Oui.

—Où est-il?

— >Dai»laiii«isoir. ^'

— Ge-n'est donc pas pour moi ?

— Non.

— Alors, laissez-moi sortir.

— Tfon.

— Pourquoi cela?

— Parce que. ;

U me.fftlhitrmecoiilaBterde oaMo^éfifllise peu iatisfaisaiite.— Ga n'est que. dans keu» rea après que. je souque la maîsaii étaii oorr Bée et qne t(Hii^]esJocalaire»-éiAi«it;pii«iiH nier». — A. midi sauJernonl en. eumeiui le comte deCrQHy, — et noaa fouies iMdttei la liberté.

La.lîst6 du marquis de Grouf était frite avec un mn extrême— et d<wi: je croîs de* voir lemodèle aux oon^iraleum qui aiment r<Hedre et la eigulaaté.~G'éteifeim««isti« réglé avec deadrasions irenere range,—* ces. diyîsions, auDombre de mm , doivndenl pour chaque ceiguii :

SoQnom)-*-Sa demeure,—- Son âge,— ^ Le lien de sa naissance,-^ Les armes dont il pouvait: disposer.

Et dfM^Qol^parlUenliéiea nsntonani we m^éfHêim. de seii<%ot)mgeet.4e.afifudi-

VOÙfDOJlt,

Auésiy douze heures après, ii Jt le monde était arrêté; — mais huit joui's après, le marquis de Crouy-Chanel était échappé, gracê au gendarme Ameslan qui, ayant pris au sérieux ce que rabâchent les journaux sur les baïonnettes intelligentes, — sur l'indépendance du soldat français, etc. , causa avec son prisonnier, le laissa partir en le reconduisant du Palais-de-Justice à la prison, et pour lui,— fier de s'être montré buffleterie intelligente, rentra paisiblement le soir à son [quartier. — C'est à peu près ce jour-là que Ton condamnait un jeune homme , nommé Barthélémy , qui avait tiré à cinq ou six pas de distance un coup de pistolet sur un sergent de ville qui allait à l'Ambigu. — Ce Barthélémy faisait partie de ces .sociétés qui s'appellent secrètes et qui ont si peur de l'être. — Des amis lui avaient fait quelques reproches, l'avaient accusé de manquer de dévoùment. — Venez vous promener sur le boulevart, — leur avait dit Barthélémy. -—

Arrivé la, il avait chargé un pistolet et Mfêil tiré sur le sergent de ville.

Noos pensons que le gendarme Ameslao a suffisamment réhabilité la gendarmerie. — que la race desborugendarmes^ si célébrée sous la restauration est retrouvée, — et que les sociétés dites secrètes ne prescriront plus à leurs adeptes de les iauncrier â la liberté sur l'autel de la patrie. — Du reste, M. de Crouy est retourné de lui-même ^i prison.

Il n'est peut-être pas inopportun de dire, à propos de conspirations, quelques mots sur Téducation qu'on reçoit en France.

Cette éducation est enliërement et exclu* stvement littéraire et républicaine. Tout élève qui aprofit^^se^éfadessocidacol-

Uffi^ «^lîMiii poète, du moifi» versificafeiir et animé d*une bafae piofionide ecttHre la , tyrannie. C'est le moment où il doit devenir oonmniS'âBns un boreau de ministère,

— ou dharon banquier, — ou ferUantier,

— ou limonadier, «— ou fabricant de «Cheminées kfl^nofoges. — - Yoici pour Téducation littéraire. '<— Pour ee qui est des principes,

— les yertuB qu'on lui a feit admirer au eoUége 'Sont tontes prévues par divers artteles de notre Code pénal. —Les vingt premières pages de Tite-Live, contenant l'histoire des premières années de Remus et de Romulus, — seraient, dans la bouche d*un procureur du roi/un^réquisitoire entraînant sept ou huit fois la peine de mort et six cent cinquante ans de travaux forcés, — au mênù mum et en admettant des circonstances atténuantes (voir TiteJiive et le Gode pénal].

Résumons la conspiration bonapartiste :

^OMM dirons à Bf. Louis : — Ce n^cstp» parée 'qu'on s^appelle cdniiiieX.ouisXIV,-— et qu'on est neveu âe Hapoléoa, — - que Ton aie droit de cherdiér à troubler un

pays où le même M. Louis a déjà trouvé uue grâce que ne lui eût pas faite son oncle.

C'est à peu près ce que disait M. Hugo d*un Monsieur D. qui bit des poèmes de cent trente mille vers. — Parce qu'on est boiteux comme Syron, — et qu'on porte la nom d'un dramaturge de grand talent, -^ on n*a pas pour cela le droit de s'intitu* ier poète.

Kous dirons encoi^ à H. Louis — qu'un jour Tiendra peut-être où la tïunce se las* sera d'être considérée comme une^orte de mautais lieu, — comme un estaminet de treizième ordre, où des |;ens fie tous les pays viemierit faire des thosesiqùlb u^>8e« raient pas risquer chez eux.

Ety encore, que ce qui n'est que ridicule pour M. Louis est très malheureux pour 'es niais qui risquent pour lui leur fortune, eur liberté, leur présent et leur avenir.

Quedans je ne sais quelle république de i Grèce, — on ne pouvait venir présenter ne nouvelle loi que la corde au cou, prêta Ire pendus! la loi était jugée mauvaise ,—«t ne je serais fortd'ayisqu*on appliquât cette lesure aux inventeurs do gouvernemens.

Pour nous, Fhistoir^e Napoléon est une

irillante parenthèse tout à fait fermée. —

)i cependant nous devons devenir les sujets

Tune parodie de Napoléon, — je préfère a

tf . Louis, M. Edmond du Cirque , — ou

iVI. Gobert de la Porte-Saint-Martin. —

Mlle Déjazet n'a-t-elle pas joué aussi un

Napoléon. — Mais que deviendrait alors la

bohémienne dont nous avons parlé? — Ya

^onc pour H Edmond du Cirque : Vive

M. Edmond l

liA S>EBIOGIUTIE.

t Les savans que Ton entretient à VInstitat pour noQS dire le temps qu'il a fait la Teille, — et qui se mêlent an peu trop des choses terrestres où ils mettent leur petite part de confusion^ — nous apprennent de temps en temps au matin que :

Nous Tavons en dormant, madame, échappé belle.

De$ cours Inî seront bientôt familières. y>

Parenthèse.

Pauvre princesse,'-^ Tavocat Dupin avait bien raison, — vous n'avez pas trouvé cette cour de France autrefois asile des plaisirs, duluxe,desfêteSydelabeauté, des amours,— cette cour de France si noble» si chevaleresque, si heureuse, si enviée , que rêvaient les princesses des autres pays comme un paradis sur la terre, — pour laquelle elles croyaient n'avoir jamais assez de beauté , d'esprit et de grâce. Autrefois il y avait quel* que chose de plus qu'être reine, — c'était être reine de France. Les belles de tous les pays, de toutes les cours venaient subir à la cour de France une épreuve qui décidait si elles étaient vraiment belles; les seigneurs les plus beaux les plus riches, les plus élégans, venaient apprendre à Versailles s'ils étaient réellement beaux, riches et élégaos»

—de la fiourde Fraoce partaient des arrêta sans appeh, c'était-Ià que régnait la mode.

Aujourd'hui y comme dit H. Dupin, «• la cour est bien éloignée de cette morgue.

Aujourd'hui on y Toit des gardes nationaux avec des lK>utons d'étain, — les députés y Tont en bottes, en cravate écossaise et en gants verts; — Tavocat Dupin , — sans gants, avec ses bas plissés comme un jabot^ y parle haut et y est écouté.

Ah ! ce n'est pas là de la démocratie, — messieurs du gouvernement sauvage.

« Dans la société actuelle , quelques uns ont, i l'exclusion des autres , le monopole de l'éducation y le monopole des capitaux, d ajoute le gouvernement sauvage. — Le

— saune écuiie, tantôt dans le locaida Colysée d'hiver.

Des femmes du monde chantent Popéra dans Téglise-Musard de Notre-Dame-de- Lorette.

Un pédicure a professé publiquement le Johannisme.

Il y a des Templiers qui se rassemblent deux fois par semaine.

Les élèves de Fourrier ont leur culte public.

Gomme les Saint-Simoniens ont eu le leur.

Et vous, messieurs les sauvages, — vous vous êtes rassemblés pour discuter et mettre aux voix la reconnaissance de TÊtre-

Suprême, — qui n*a passé qu*à une Toix de maîoniô

Ce pauTre Être-Suprême Ta échappé belle. — Heureusement t]ue M. Th(»^,qui a une si belle barbe , lui a prêté main forte. — On se devait bien cela entre barbes.

Personne ne vous a gêné pour cela, messieurs. — Il est difficile cependant de iipa»" UT déplus loin les religions pririlé^ées que de prononcer la déchéance de Dieu ; et personne ne vous en aurait empôcbé.-H^u'avezvous donc de p/usat?(iftoé que Tonne tous permet pas encore de (aire ? — Quel Dieu voulez-Yous donc adorer ? — Est-ce un crocodile, ou un bœuf, ou unscarabé, ou un lézard ? — Est-ce Vitznou, ou Irminsul, ou Jupiter? Est-ce le feu? Est-ce Fun de vous?

Mon Dieu, messieurs, adorez^vous les

uns les autres, — personne ne vous en empêchera.

Du reste, supprimer la rdigion — o*est supprimer les frais du culte, c'est supprimer le sacrilège.

Gomme supprima la propriété^c^est supprimer le vol, — c^esl supprimer la justice^ — les tribu&auK, les juges, — \û poUise, -— la gendareierie» — Pourquoi fie pas avoip formulé votre Charte eu ti^îs mots :

Iln'yaphisrien.

C'était d'autaut plus fttcile qu'il' ne reste déjà pas grand'chose.

Lejpnnial la DimaeraÊA émmt^mUn le 15 fémer et n'a pattjiaiiK — C'«8liimii*mage, — on m'avait ooftfié nue pvtieda premier numéro et cda promettait (f être

curieux.

FOLIXIQUB.

— Les oocbers de fiaere ne marohtatptt à moins d* un look Fheuro.

— Tout lé monde se dëcenlé dès dëèoratioos. — On en voit de roses , de jannepaflle, de lilas, de bleo-lapis, de caisse de nymphe.

— Quelques messieurs ont labouré la grande allée du jardin des Tuileries, et j ont semé des pommes de terre.

-- Quelques juges se sont rendus au pa-

Siî'f Tais miUe éciM de trop , j6 les rats à celui qui déterminerait les rait qui font que dans toutes les émeutes y a majorité de tailleura. Je ne comprenl pas biçp ript^rèt qa*OJ0t les t4il]9ur8 ii^ m le pays devienne sans-culotte.

elle fit des crû de paon, — et se plaigi qu'on écrasât le pauvre monde. — - Le print descendit, — lui mit un louis dans la maii — et lui dit : Ma bonne femme, — si pai hasard vous étiez malade, — voici mon^ nom et mon adresse; je vous enverrais mon médecin.Cela dit, — il remonta dans son cabriolet.— Ohé 1 — lui cria la marchande de salade qui n'avait même pas eu peur , — ton médecin , mon fils , si c'est lui qui t*a remis le cou, j'en veux pas.

On fait cette année des bonbons très ridicules ; — ce sont tous les gens célèbres en sucre plein de liqueur. '-— J'ai envoyé hier à quelqu'un MmeSand au punch, — M. Hugo au marasquin, -«-M. de Lamartine au rhum , -^Mlle Raofael au kirschenwi^ser, — M. de Chateaulnriand à Tanisette, — • M. Thiers au genièvre, etc., etc.

— ^^ — Comme ^ovi^Qfus, on donne bes

cïiîaïis z des l>apîa eu Ykms qi

les jambes et les bras au moyeu

On faisait complimeot à la

cbesse *** de la naissance f^odu

parente d^un bériUer d'une si illos

que la sienne ; — n *en dites t'u

mari, répondit ^elle, c^est une sari

je lui prépare.

M*** a t^lement rhorrenr de C

cadeaux, que chaque année il attend

nier moment pour donner ses étrem

pérant toujours que quelques morts i

pourront en diminuer le nombre ; cel

tend même jusqti'à ses peiits-'enùins

aime beaucoup ; -^maùf c'est si Htmgi

enfant I

Sqmis <pie,la pièce de mad^Jna de G|rardia a montré les journalistes ne pulsantleur verve que dans le vin ,— M, Janin — n'a pas manqué un seul matin , après son déjeûner qui se compose 4*iine tasse de chocolat et d'un verre d'eau, de dire à son domestique : — François^ enlevez les restes de cette orgie»

M**"^ a imaginé un singulier moyen d'économiser le fiacre qui doit le reconduire chez lui après un bal ou une soirée. — Il avise un de ses amis auquel il dit tout haut en plein salon. A*''* je te reconduirai, — Tassistance le regarde et se dit, tiensM"^**^ a des chevaux Au moment, du départ notre homme descendant avec son ami, met le nez à la porte cocbère et prend le premier fiacre qui se rencontre ; quand le cocher demande où il faut conduire ces messieurs, — M*'** ré«

Une (bmotieQe céWbre par le loxe somptaosité de son ameublement a quefois à subir les împortunîtés de qu femmes du monde dont la curiosité 1 phe de toutes les conTenances* H y a qaetemps, Mme *^*, après avoir exj tout dans les moindres détails, — s*écr

' —Mais c*esVnn conte defto!«— Moi dttroe,Teçvit M\V&^., c*estan compl mille et nne nn\ta«

^o^et que nous avoua dénote terrer tous les j)alFS et iapalfieaeu o

moncament d'exécution qui n'a échappé à personne. Les pairs sont furieux du nouvel arrangement deleurChambrequiles renferme dans des plâtres à peine secs où ils s*enrhu« ment. Il n'est pas sans exemple que quelqu'un des honorables pairs se soit endormi pendant la séance, et l'on sait toute la gravité du danger que l'on court à dormir dans des plâtres frais.

Je me rappelle, à ce propos, deux exemples de sommeil législatif.

A un conseil de ministres, un homme vertîteuXf qui était aux affaires dans le commencement du gouvernement de juillet, s'était endormi profondément pendant un discours du roi. — Lorsque le roi eut développé son idée, il se retourna vers l'homme vertueux et, sans s'apercevoir de son sommeil» lui demanda : — M. *** est-il de cet avis? — Oui , citoyen, répondit l'homme d'État réveillé en sursaut. — Un avocat ,

qui était mimstre peu de temps après la révolution de Juillet, — s'endormit à un conseil du roi qui s'était prolongé assez tard ; — le duc d'Orléans , ayerti par sa respiration bruyante, le poussa doucement du coude. — Le dormeur impatenté, sans ouvrir les yeux , répondit : « Laissemoi donc, Sophie , laisse-moi dormir, — je suis fatigué.»

A un dtner ré nt , chez M. D'Ajout , M. A. Dumas parut avec une broche de croix variées. — M* Chaix-d'Estanges remarquant qu'il avait en outre au cou un cordon attaché comme les croix de comman deur, lui dit : — Mon cher Dumas, ce cordon est d'une vilaine couleur, ou dirait que c'est votre gilet de laine qui passe.

— Mais non , mon cher Chaîx , reprit

— Tt) —

M. Dumas, il e»i du vert deis nfoinsde ta fable.

On lit dans un journal: a On a trouvé dans la rivière le corps d*un soldat coupé eh morceaux et cousu dans un SdiC.,., ce qui exclut toute idée de suicide.»

'Une dès choses, 'sanrs contredit , sur lesquelles il se soit dit le plus de sottises ce tnoisH^i est riffiiire d'Afrique.

Il est arrivé en Afrique— «précisément ce qui devait arriver, et si quelque chose peut

— Tt —

étonner M^igens de fièn êèÊi^ t*éÉt que cela ne'ddftrpÉâàrrhré beaucoup plus tôteCd^uoo manière itiArdmeitt plus désttistreuse.

C'est, du reste, ce qui arriverait en ce moment partout où la France aurait une guerre à soutenir.

Les avocats , qui ne doutent de rien et ne se doutent de rien , sont chargés de faire la guerre, c'est-à-dire de décider combien on enverra d'hommes surunpofait, combien on donnera d'argent.

ii^ Janvier , qui n'est pés tnème garde national , en sa qualité de député, et que sa taille (une colonne trois quarts du Journal des Débats) exempterait de tout service mi- Ittaire , — a une fois parlé pendant une heure i la châtubre sur Texpéditton de Cens-» tadtine.

M^Dapin a exigé que M. Clauflêl vtat d* Alger à Paris pour lui donner personnellement des explications ; — là il a blâmé les opérations du maréchal , lui a cité des yers latins et Ta appelé Calpuroius.

On doit se rappeler que M. Clausel prit fort mal la chose et exigea de Tavocat Dupin les plus humbles excuses.

L'avocat Dupin profita de la première circonstance pour faire un grand réquisitoire contre le duel. — Tous les avocats du inonde soutinrent M. Dupin. — Il est en effet agréable, pour ces messieurs, de ne pas être obligés de demander raison des flOuflBets quHls peuvent recevoir.

r Disons, en passant, que si les Français ont eu la réputation pendant si long-temps d'être le peuple le plus poli de la terre , —

c'est parce qu'ils portaidot l'épée — et la tiraient facilement du fourreau.

Les hommes du métier demandent pour Alger, soixante mille hommes et soixante millions. — Les avocats parlent, discutent, chicanent et arrivent à donner le tiers des hiHnmes et de l'argent demandés, — et chaque année, pour que l'on ne puisse pas diminuer encore cette trop faible allocation, — on est obligé de faire une expédition inutile^ ou de donner & Toccupation une extension dangereuse -^ qui rendrait insuffisans même le nombre d'hommes et la somme d'argent demandés.

Puis on s'étonne quand les soldats meu^ rcnt de fatigue et de maladie, san secours.

Oti s'étonne quand lés solilats français sont battus.

Aujourd'hui — le roi Ta dit avec raison dans son discours : — L'armée française ne sortira plus d'Afrique, . — l honneur national est engagé. Mais avant l'événement qui a amené le résultat, il n'y avait que deux choses affaire pour l'Afrique,

Ou l'abandonner^ ou la conserver.

Los députés qui étaient pour l'abandon, n'oat jamais osé le dire franchement et honnêtement i la Chambre. — Us ont, par de honteuses chicanes, rendu la conservation dont ils ne voulaient pas, d^astreuse et impossible.

Ceux qui voulaient la conservation, — n'ont pas su ou n'ont pas pu exiger les moyens nécessaires.

Le "résultat de toutes les discussions a toujours été, — qu^on a garai et qu'on 'n*a pdiS conservé.

On Teut de réconomie et de la gloire. — La gloire est un luxe» messieui^, — c'est un luxe que la Franée^peutse donner, — nuis c^est un kne. — La France est riehe|, grande, forte, braye. — Elle peut bien se passer arec fantaisie de soixante mille bomm69et de soixante mtiiidns.

On n'a pas de la gloire au rabais, messieurs, — vous ne ferez pas pour la ighrire ce qu'on a fsH de ce temp&-ci pour toutes les autres choses, For au rabais s'appelle efarysoeale , — T argenterie au rabais est du métal d^Àlger. La gloire est chère , messieurs, demandez aux époques glorieuses de notre histoire, — elle était fort chère sous Louis XIV, — tort chère sous Fempire, et si la révolution a semblé PaToir

pour rien, — - c^est qu'elle la prenait à eré-^ dit, et Tempire a payé pour la révolution et pour lui.

Si vous ne voulez pas y mettre le prix, messieurs, il faut vous en passer, — il faut réduire la France à la vie bourgeoise, et au pot-au-feu, — cela n'est pas cher —-et cela n'est pas beau non plus, — cela vous con^ viendrait à ravir, — mais la France ne voudra peut-être pas toujours que vous lui fassiez sa part, messieurs.

Puis quand un général est là bas avec des forces insuffisantes, les ministres, qui craignent d*ètreinqniétés sur la question i Alger ^ — lui envoient une foule d'exigences et de tracasseries de la part des députés.

Il faut faire ceci pourM.Arago,— nepas faire cela pour M. Mauguîn.

Il faut aller par là, revenir par ici.

Tenez, voici qu'on vient enfin d'envoyer à la chambre — M. Gustave de Beaumont, — allié à la famille de Lafayette et philantrope de l'école américaine. — Revoir le nu< méro des Guéptè de décembre.

M. de Beaumont est pMlantrope, — il voudra moraliser les Arabes ; — et comme M. de Beaumout est du parti démocratique, comme d'autre part le pouvoir fait tout ce que veulent ses ennemis, on s'occupera de moraliser les Arabes ; — on ne voudra plus qu'ils renferment leurs femmes — et, sous prétexte du bienfait de l'éducation, on prendra les petits Arabes et on leur fera faire des thèmes*

Nous ferons deox remarques sur Téleciion de M. Gustave de Beaunnoot. — La première est que le système cellulaire a causé cette année à Philadelphie, où il est en vogue, dix-sept morts et quatorze cas d'aliénation mentale de plus que le régime ordinaire sur une moyenne donnée. — La seconde, est que le parti démocratique devient friand et libertin» — il lui faut des hommes titrés, — il lui faut aujourd'hui des vicomtes et des marquis.

Le général Valée s'accommode médiocrement des tracasseries ministérielles. — Voici une lettre officiel de lui au général Schneider dont on a beaucoup parlé ces joursHri.

Mon cher général,

Si voulez que je continue à gouverner

r Algérie, ne m'envoyez plof d'ordre du

ministère , attendu que je les f..... au feu

sau» lei lire.

Toi^t à TOUS.

Et ceci n'était pas une menace vaine, — le maréchal, dernièrement, avait défendu qu'on laissât entrer personne chez lui. — Le colonel Â"^** força la consigne.

— Colonel, ne vous a-t-on pas dit que je n'y étais pas.

— Général, on me l'a dit, mais il s'agit de signer des dépêches pour la France, et le bâtiment attend.

^— Cela m'est égal , je n'y suis pas,

— Mais général c'est trèsurgent, et il n*y a qu'a signer.

— * Donnez»

Le maréchal prend les dépêches et les — jette au feu, le colonel se précipite sur les pincettes , veut les retirer, — mais le maréchal le retient par les basques de son habit et réloîgne de la cheminée jusqu'à ce que

la flamme ait tout consumé.

Il serait bon je crois aussi de faire en politique et en affaires sérieuse le moins de vaudeville possible.

En Franco on parait étonné et abattu quand Tarmée française éprouve le plus lé« ger désavantage, — - et on traite d'assassins et de traîtres l'ennemi qui nous tue quel-* ques hommes. —

J'ai trouvé d'aussi mauvais goût dans lo

discours du roi le reproche de perfidie qu*il fait aux Arabes.

On ne doit pas penser à imposer aux Africains, — si célèbre par leur mauvaise foi, — fidespunica^ — les conventions chevaleresques qui sont de droit commun en Europe. — Tous les moyens doivent leur sem* b!er bons contre les Français qui sont venus porter la guerre chez eux et s emparerd'uno partie de leur pays ; il ne faut pas faire comme M. Jourdain quand sa servante lui donne des coups de fleuret contre les règles.

Quand nos soldats meurent, ils meurent sans regrets, il savent que leur vie est leur enjeu et qu'en perdant cet enjeu ils gagnent

encore la partie de gloire et d'immortalité qu'ils ont jouée.

L'AGADCMIC-

Les académiciens ont aioarné à trois mois rékcUon sur laquelle As tf ont pu tomber tf accord. — Chacun des coiicurrens est kivité d1ci là à faire un cheld'œuvre.

Les voix obtenues par M. Bonjour peuvent se diviser en deux classes : — Les unes signifiant «pas Berryer» , les autres vou-

lantdîre« pas Hugo ». M. Bonjour n'est qu*uiie négation.

M. Thiers a fort soutenu M. Berryer. •— M. Thiers est trop égoïste, ses amis le savent bien, pour conspirer potff quelqu'un ; mais en appuyant M. Berryer, il se fait une planche pour aller un peu aux légitimistes. — II est de même pour un autre parti ; — ne pouvant louer ouvertement les opinions politiques de MM. Berryer et Michel (de Bourges), — il proclame ces deux avocats, qui n'écrivent pas, les deux plus grands écrivains du siècle.

L'élection de M. Berryer n'ayant pas été enlevée, est désormais manquée. — On s'at-

tendait à voir M. Berryer écrire qu'il renonçait, — mais M. Berryer n'écrit pas. Il

improvisera sa renonciation au domicile de ses amis. — ^On a prêté divers mots à MM. de Chateaubriand» Scribe , etc. — En voici un que je cite parce qu*il vient à Fappui de ce que je disais tout à Fiieure: «Que le gouvernement fait tout ce que veulent ses ennemis. » — QucIqu^un a dit : Mais que veut donc obtenir M. Casimir Delavigne qu'il se met contre le roi à FÂcadémie?

M. Bupin a dit à M. Berryer : — Ma voix ne vaut pas la vôtre, mais elle vous appartient.

Il a dit à M. Hugo : A quoi peut servir une voix si ce n'est à vous proclamer un génie.

Il a voté pour M. Bonjour.

Comme on demandait à M. Royer Collard son appui pour la nomination de M. Berryer, et quon lui disait : Le duc de Bordeaux vous écrira lui-même à ce sujet, il a répondu : Si Mgr le duc de Bordeaux me faisait l'honneur de m*écrirc, je dénoncerais salettre au procureur du roi.

Au grand bal de l'ambassadeur d'Angleterre, tous les regards étaient ^attirés par une jeune et belle étrangère, nouvellement mariée à un des plus vieux noms de France. Un de ses compatriotes, fier de son succès , s'empara du bras d'un admirateur pour lui dire : — Ah ! monsieur, vous ne savez pas tout ce que vaut cette femme. — C'est une sainte, monsieur , c'est une sainte ! Figurez-vous qu'elle avait un beau jeune homme qui l'adorait. — ^ Mais comment

épouser ce pauvre garçon qui n'avait que sa jeunesse et son mérite ? £lle a entendu la voix du devoir. — Elle s*est sacrifiée. — Eile a épousé ThooMne que vous voyez, qui est riche et prince, mais bien plus âgé qu'elle. C'est une sainte, monsieur, c'est une sainte. Figurez-vous qu'elle déteste le monde et n'aime que la retraite. Eh I bien , le devoir lui prescrit aujourd'hui d'aimer le monde; elle l'aimera, monsieur, elle l'aime déjà, j'en suis sûr. — Voyez comme elle se donne l'air heureux. C'est une sainte, monsieur, c'est une sainte ; c'est la plus modeste des femmes ; elle a la parure en horreur. — Une simple robe de mousseline est ce qu'elle préfère. — Mms .maintenant, la voilà princesse. — Elle doit être parée. — Voyez aussi quel luxe éclate dans toute sa personne. — Elle porter», soyez sûr, les plus bdles robes, tes ptus riches dentelles. — Voyez déjà qoels magnifiques diamans. — C'est une sainte , monsieur, c'est une sainte.

A propos de la littérature da château, fi(ms avons parié de MM. Délateur et CuvîBier-Fleury; — nous avons maintenant à dévoiler les chagrins de MM. Bois-AGlon et Trognon.

Les rôles sont aujourd'hui fort changées : les îeones élèves sont devenus tes maîtres et se font ob^; — ils obligent à leur tour, leurs percepteurs à apprendre les choses inusitées. M. Bois-Milon est le plus heureux , c'est un homme insignifiant et on ne s'oc* cupe pas de lui ; — cependant le duc d'Orléans s'est fait récemment suivre par lui en Afrique . — M. Bois-Milon a d'abord eu quelques chagrins d'équitation; pulsion assure qu'il n'y avait rien de plus curieux que son équipeûient : il se chargeait de tant d'armes qu'il lui aurait été impossible de se servir d'aucune.— La dissenterie, maladie peu épique, fit de lui un bagsge incommode que le prince laissa à Alger.

M. Trognon est le précepteur du duc de Joinville. — C'est un brave homme qui adore son élève. Le duc de Joinville est un jeune homme brave, impétueux, impatient, ce qui Ta fait quelquefois passer par de rudes épreuves. — Avant de s'embarquer, il rassemblait ses petits frères les ducs d'Aumale et de Montpensier, les emmenait dans les combles des Tuileries et là leur apprenait à chanter la Marseillaise et le chant du départ en faisant tonner de petits canons de cuivre* On raconte que T ambassadeur de Russie entendit un jour par hasard ce concert et en fut assez scandalisé.

D'autres fois, il forçait ce pauvre M. Trognon de faire des armes avec lui , où il Tobligaient à s'habiller en turc.

Plus récemment, se trouvant sur son bà^ timent à l'Ile de Whigt, i^ eut la fantaisie de donner un bal à bord : — M. Trognon s'y opposa. Le duc de Joinville attendit le moment où il se trouvait de quart, et usant de son autorité de commandant, — il fit dépo-

scr à terre M. Trognon qui ne revint au vaisseau qu'après le bal.

On a beaucoup cric sous la Restauration contre les Jésuites ; — hélas ! ou me parait avoir fait coninie Tétudiant qui, harcelé par un lutin , Gnit par le couper en deux d*un coup de sabre. — Chaque moitié devint un démon entier. — Sous la robe noire de Basile déchirée en deux , se cachent aujourd'hui les avocats et les professeurs.

M. Lerminier est un jeune professeur^qui a long-temps professé les principes démocratiques.— Soit que le pouvoir ait senti ie besoin d'avoir M. Lerminier à lui, — soit que M. Lerminier , amorcé par les succès des professeurs Guizot, Yillemain, Cousin, Kossi, etc., ait senti le besoin d*etre ou par le pouvoir, — toujours est-il que le pouvoir a agi en cela avec sa maladresse aecoutu-*

mée. — M. Lerminier est aujourd'hui perdu. — Voici deux fois qu'il essaie inutilement de recommencer son cours , et deux fois que des cris , des hourras, des avalanches de pommes obligent de le suspendre.

M. Lerminier se console peut-être en pensant que M. Rossi n'a pas non plus manqué de pommes dans ses commencemens.

Mais M. Lerminier ne pense pas qu'il y a une chose que la jeunesse, noble, grande et exaltée qu'elle est , ne pardonne jamais : — c'est l'apostasie.

On emprunte à la Gazette d'Augtboùrg, — journal remarquable qu'on ne connaît pas assez en France, un article contenant le détail de la réception peu polie que Sa Gran-

deur M. Teste avait faite à un prince déchu. Mais le Courrier Français et les autres — ODt supprimé la phrase qui termine cet article. La voici : « Il y a bien des réflexions à faire sur tout ce qu*il y a d'arrogance et de mauvais goût dans la conduite de cet avocat parrenu. »

Pourqud cette suppression ? C'est que, daos un coin de chaque journal, il y a too* jours un petit avocat arrogant et de mauvais goût qui espère parvenir.

On a dit de M. *** qui partait le jour de Noël pour ne revenir que le 15 janvier, — c'est-à-dire après les étrennes , qu'il faisait un voyage i la Romfort.

OSE GUÊPE ASPHYM,

Eli I mon dieu, d*où venez-vous, ma pauvre guêpe; vos petites ailes sont tremblottantes et fatiguées, — votre petit corps est tout haletant : étes-vous entrée chez quelque confiseur et vous a-t-on battue? avez-vous mangé trop de sucre ? avez-vous couru tout Paris sans trouver ceux que j'avais désignés à votre aiguillon? Couchez-vous dans ce beau lit de pourpre que vous oflfre ce camélia, — ma pauvre petite guêpe, — et reposez-vous.

Ce n'est rien de tout cela; — en passant sur le boulevard des Italiens, elle a été asphyxiée par la vapeur du détestable tabac quYfui^^nt I^s élégans, les dandys et les lions. — Ma foi , chère petite guêpe, vous

m'y faites penser et nous allons traiter cette question à fond.

On annonce qu'à Fouverture de la session « te gouvernement ra proposer le renouvellement du bail de la ferme des tabacs pour un temps illimité. —

Hélas? qui va défendre à la chambre les intérêts des fumeurs. — La génération qui y est no fume pas, elle prise ; — nous serons bien heureux si elle n'est qu'indiCTérente et si elle ne nous condamne pas, par un de CCS votes saugrenus dont elle est quelquefois capable, — à vingt ans de tabac forcé, — du tabac que nous vend la régie. Depuis quinze ans que Pusage du tabac à fumer s* est si prodigieusement répandu en France, on ne sest pas occupé de se préparer des récoltes plus abondantes surtout dans les qualités supérieures; — de sorte que la régie ne peut subvenir attx besoins Jcs consommateurs. — Outre

— oc faire chercher leur exemplaire nouveau, à Tendroitoù ils auront eu celui-ci.

Voici mon volume terminé; — toutes mes guôpes sont-elles rentrées ? — Où sont Padocke — et — Grimkain ? Les voici. — Fermons la porte.

Alphonse KARR.

ALPHOMSl" KAaS.

LES

e^vrler*

PARIS

SB VEND AU BUREAU DU FIGAtVO.

16, rae du Croissant.

Imprimerie Unge Lévy et C*, 16. rae du Croissant.

as cwiip^^

si)m.i:aibe.

Travaux de la chambre df*8 députés. — Lc< disciMirt de . la couronne. — L'adresse. — M. de ilhassetoop. — M, -de Réinusai. — Vieux babils , vieux galons. ~ .M. Mauguia. — M. flcberi. — M. dèBeUeyine. — M SaaZiîL — M. Fulf^hiroa boude. — M. *** . dessine. — Jeux innocents. — M« Thiers. — M. Uarrot. — M. Berryer. — La politique personnelle, — M. So'jIi. — M. Passy. — Horreur de M. Passy pour It-s ganis — M. d'Atgoul. — M. Peleide la JLozère. — M. de Moiiboiirg. — M. Boissyd'Angtas. — Je ne sais pas pourquoi on contrarie le peuple. — M. de *** et le duc de Bordeaux. — La réforme électorale. — Situation embarrassante de M. Laffiie. — M. Araeo. ^ M. Dupont de rEure. — La coucaratch^^ — Les femmes vengées. — Relemellera-t- on les bottes de Tadjudani de la garde

nationale d'Argealan. -- La société des gens de lettres. — M. Maugain. -^ Projet de réforme* électorale tout à fait nouveau. ~ M. Calmon. — M.' Cbaramaule. — M. Charpentier. — M. Golomés. ^ M. Couturier. -' M. Laubat. ^ M. DemeurYe. >— M. Havln. — M> Legrand. -^ M. Mallye. — M. Marchai. — M. Mathieu. — M. Moulin. — M. fleurtaut. — Prudence dudit.- -^ Quatre Fran- ^ çaîs. ~ Le conseil mnnicipal , relativèmeot aux cot- ' lerets. — Deux ffouvernements reprîs.de juAice. — M. Ulanqui. ^ M. Dupont. •^ Un vieux mauvais sujet. — Un préfet de Cocagne. — M. Teste. — Les rues. " Les poids et mesures. -^ Protestation. — L'auteur se dénonce lui-même à la rigueur des lois. — Les guêpes révoltées. ~ L'auteur v<^ut raconter une fable. — M. WàlewBki. — > M. Janin. — M. A. Karr. M. N. R***. — Un bon conseil..— Un bal bizarre. — Madame de D***, ^ Lés honorables. — M. Coraly le député. — M. Coraly le danseur. — Histoire de madame*** et d'une illustre épée. — M. Pétioiau. — M. Arago. — M. Ampère. — Les mathématiques au trot. — M. Ardouin. — M. Roy. — Concerts ches le duc d'Orléans. — M. Halévy. — M Victor Hugo. -^ M. Scbnetz. — M. Auber. — M. Ch. Nodier et madame de Sévi|;oé. — Madame la duchesse d'Or- ' léans. — Madame Adélaïde. — Lé faubourg Saint- Germain et les quêteuses. — Madame Paturle et madame Thiers. — Mademoièelle Garcia et ses floritures, Grétry et Martin. — Indigence de sa majesté Louis-Philippe. — 89 Janvier. — Ce que les amis du peuple lui ont dcyiné.— Les pauvres et les boulangers. — Bon voyage.

CHOSES iUTES SâlIEUSES.

. Les Chambres ont commencé ce qu'on appelle leurs travaux.

Après le discours du trôner les hommes graves et les journaux ont , comme de coutume, passé quinze jours à éplupher les phrases et à écosser les mots qui le composent, pour y trouver une foule de sens mystérieux. — Puis on

S est occupé à faire le logoghpbe de la chambre en réponse à la charade de la couronne.

On a va reparaître alors toute la friperie phraséologique des années précédentes, — ie vaisseau de l'état ^ V horizon politique^ — le timon de rétat, — les athlètes infatigables ^ — les hydres aux têtes sans cesse renaissantes^ les égides, etc., etc., que Ton a ensuite remise aux clous où on Pavait prise et où on la. reprendra Tannée prochaine.

/ L*adresse et la discussion qui Ta précédée ont été une œuvre de banalité et de médiocrité. Les assaillans, comme» les défenseurs, Toppositien , comme le gouvernement, toiit le monde a contribué de son -mieux à en faire quelque chose de parfaitement vide.

Personne n'a eu le courage de son opinion. M. de Rémusat a reculé devant le sens primitivement sournois et aggressif de Fadresse dont la rédaction luinvait été conGée > — et a

* £r\i devoir Tcxpliquer. -^ Al. de Chasseloup a reculé devant son amendement.

TRAVAUX DE LA. CUAMBaB 0B8 DBPUTKS. DItCtS' 8IONS PARLBMBNTAIRBS.

aoestlôn d^Orlent.

M. Mauguin était à la tribune et prononçait an long discours , lorsqu'il en vint à cette phrase : a et c^est une chose de quelque importance que le siège d'Hérat. »

La chambre entendit le siège des rats^ et il y eut un éclat de rire universel.

M. FOICHIKON.

Le siège des rats à excité les souris de la I chambre.

. , M. UEBBRT.

— Qu'en pensé le shah ?

M. DE BBLiBTMB.

— Lé shah les surveille ; il a l'œil perçant.

« M.Maoguin continuait à parler; M. Fulchiron quitta sa place et se dirigea vers le fauteuil du président, — en lui £aisant un signe d'intclligencepour lui faire comprendre qu'il avait à lui dire des calembourgs dont on sait que M. Sauzet est grand amateur.

M. Sauzet répondit par un geste d'autorité qui voulait dire : attendez un peu, quand M . Mauguin aura uni.

Gomme l'avait prévu l'avocat Sauzet, le dis-

cours de Tavocat Maoïniin finit par finir, — et le président iïl alors à M . Falchiron on nonveaa signe qui voulait dire : ahl-il y a des calèmbourgs , ehi bien, venez maintenant.

Mais M. Falchiron était blessé; — il tourna la tète d'un air boudeur et ne voulut Voir aucun des signes que. M. Sauzet s'évertua à lui adresser pendant tout le reste de la séance.

9U1TB DBS TRAVM7X DE LA CHAMBBB DES DÉ- PUTES. SUITE DES DISCUSSIONS PABLEIfEN- TAIBES.

QaesUon d'itlger»

On a trouvé à la place occupée par un dé* puté un morceau de papier froissé et chiffonné. Un collègue Ta conservé et a bien voulu nous permettre de le faire autogràphier et graver.

^ Nous pensons être agréable aux électeurs en leur en offrant une copie exacte.

Ce dessin , à le * biéii considérer, o'est pas aassi étranger à la question d'Alger qa*il parait Tètre au premier abord. La Ggare à longues moustaches qui occupe le centre du papier doit être le portrait d'Abd-el-Kadcr, — et je me trompe fort « on ne retrouve pas Témir à cheval un peu plus bas. — Les quatre soldats français qui chargent à la baïonnette sont peut-être Texpression d'une idée stratégique de M. le député.

L*animal à longue queue — me paraK ap< partenjr à la question d*Orieiit et au siège d'Hérat pris dans le sens adopté par la chambre. • .

Je ne me rends pas aussi men compte deè profils humains 1 1 du combat de boucs.

Le paysage me parait plus facile à interpréter. Lé député , ennuyé déjà des travaux parlementaires, semble s'écrier avec le poète latin: 6 rus quandd te aspiciamJ II regrette sa maison des champs et la douce paix qui

rhabite, et c'est ihcontestablement lui-même . qu*il a toala figurer par le pèlerin porteur d*on bâton qui retourne chez lui.

Les petites croix représentent des oiseaux ; nous n'osons pas espérer que Thonorable re- . présentant ait eu nos guèpeS en vue.

SUITE DBS TBAVA6X DE LA CHAMBBE DBS DE- PCTÊS. SUITE DES DISCUSSIONS PARLEMBN- TAIBES.

QucMflon de la CooTcrsIou.

MM. les députés se font passer de petits papiers sur lesquels on lit :

Quel est le senlimcot qui maigrit le plus les hommes?

Quels sont les ifois déparlemeos qui ne mettent pas de beurre dans leur cuisine?

Ces questions circulent, — et chacun essaie de les résoudre. — L'OEdipe le plus fort écrit sa réponse et les papiers recommencent à circuler.

Deux de ce$.papiers que nous avons eus dan^ les mains contiennent, outre ces questions, les réponses que voici :

Sur la première question : — l'admiration (la demi-ration}.

Sur la seconde : — Aisne, Aube, Ëure^haine . au beurre).

N. B, Il n'y a pas dans ce précis des travaux parlementaires la moindre plaisanlerie. Tout

est vrai.

Un événement p^irlemenlaire a été le discours ds M. Thiçrs sur la question d'Orient ; ce discours très attendu, très annoncé, très médité , n*a pas produit l*effelqu*on en espérait. ' -

Ce n'était qu'une triple pétition qui n'a été apostillée par personne ; d*abord pétition au roi pour demander un ministère; en effet, on n*y remarquait aucunes phrases contre apolitique personnelle; loin de là elle était traitée avec une remarquable mansuétude, le système de la paix7 était fort exalté, —il y avait loin de ce discours à celui où M. Thiers a dit : * Louis-Philippe était dans son droit, et fêtais dans le mien. »

Pétition à la Chambre pour demander une ' majorité et un appui ; tout le monde avait sa caresse et sa part de paroles mielkuses', il y avait tour à tour une phrase pour M. Berryer, une phrase potir M. Barrot, une phrase pour les 221.

— IQ —

Enûii, troisièipe pétition à TEuropc et parliculièremeotii l'Angleterre pour obtenir Tautorité d*an grand diplomate, des visites à la place Saint-Georges et la réputation d*un homme avec lequel on peut traiter. -

Mais M. Tbicrs a pu s'assurer que lorsqu'on veut ainsi contenter tout le monde, on ne con- • lente. «.. que sa famille et ses sténographes.

En effet, voici ce qu'il est advenu des trois

pétitions..

Nous croyons savoir qux'nn gVand ami de M. Thiers s'est fait voir au château et au ministère des affaires étrangères où il a cherché à persuader à M. Soult de retourner au ministère de' la' guerre et de donner sa place à M. Thiers.

Mais au château comme chez le roarécha^^ on a répondu avec une froide bienveillance que le discours était bien modéré, bien inat-

— ÎO —

tendu, bien tiède, mais que, pour entrer au ministère, il était trop tard.

A la Chambre, on a trouvé le discours très sage, très convenable et chacun a. été fort content de son lot, mais très mécontent du lot de soi! voisin.

En 'Angleterre, /7a« t^n journal ni wigh ni torie ne l'a commenté, ne Tacite, n'en a parlé,' ne Ta lu, — il a été considéré comme non avenu. Ça été un fiasco complet.

Au point, de vue de la diplomatie, le discours n'apprenait rien sur la question, et tout ce qui a rapport au pacha d*£gypte présentait de telles lacunes que tout le monde a été d'accord sur ce point, que ce n'est pas ainsi, en n'en montrant qu'un côté, qu'on peut avoir la prétention de traiter sérieusement les affaires.

Un célèbre oralear n'a pas parlé sur Tadresse. — Son sileqce a étonné bien ^es gens. En voici Texplic^tion ; cet orateur, avocat, romroe toat le monde, — renonce. généreusemer l pour représenter son parti à la Chambre des dépatés à Texercice de sa profession qai lui rapporterait au moins cent mille francs par an. Il n'a pas de fortune, et le parti loi alloue une indemnité annuelle'.

En ce moment, soit que le parti trouve que son orateur ne parle pas assez pouf ce qu*on lui donne, soit qu'il ait épuisé sa bourse et son cœur pour une royale infortune qui gémit dans l'hospitalité, — il est en retard d*un trimestre et Torateur sera muet ou enrhumé jusqu'à solde de tout compte.

M. Passy — s'occupe de la conversion des

renies, ^— nous allons -nous occuper un peu dfe >f . Passy.

Gomme orateur, M.^assy est tout *à fâ.' insupportable à cause d'un défaut dans la prononciation qui le rend aussi fatigant qulnintelligible.— Je me rappelle une phrase prononcée (si on peut appeler cela prononcer) par lui pendant qu'il était dans l'opposition et qu'il faisait contre le ministère d'alors la guerre que Ton fait aujourd'hui contre lui, a?ec les mêmes armes et les mêmes tirgumcns. a^ Les chou- ' franches de la Franche viennent chancbechc * de che qne le mînichtère n'a pas de chychlème. »

Comme homme d*état et comme administrateur, M. Passy à*été perpétuellement, et d'uae façon bizarre,sous la double et contraire influence des deux prénoms qu'il a reçus.

M. Passy s'appelle Hyppolite-Philibert^ et

toute sa vie il s'est efforcé d'éviter les applica-

*» ^lonsqu'on aurait pu lui faire du nomd*un mau-

vais sujet célèbre au théâtre» et de se réfugier dans les vertas du « sauvage Hyppolite, » son autre patron. Celte préoccupation devait le jeter dans de singuliers excès et elle n*y a pas manqué.—M. Pâssy s'est efforcé de se montrer -composé, ennuyeux, peu soigné dans sa mise, sous prétexte d'austérité. Jamais il n'a pu s'élever jusqu'aux gants verts que nous avons reprochés avec quelque amertume à plusieurs de ses collègues; «r il garde les mains nues, — Hyppolite ne portait pas de gants et Philibert les devait.

# J^ conversion .plissera à la Chambre des députés à une ; majorité de deux cent vingt voix contre quatre-vingt-dix,— mais peut^lrc avec quelques restrictions^.

' ' ' \ Le projet viendra ensuite à la Chambre des

pairs; et il y sera rejeté à quatre-vingt-dix

voix contre douze. — Parmi ces douze on peut

désigner d'avance M. d'Argout, M. Pelet de

la Lozère, M. de Mosbourg, M. Boissy d'An-

glas et les nouveaux pairs qui sont nommes

pour cela.

Il ne restera alors aa roi que le plaisir de ne pas sanctionner une mesure sur laquelle nous igno/bns son opinion.

A propos du roi et de la Chambre une chose m*a frappé cette année plus encore qu'elle ne lavait fait jusqu'ici.

Je ne sais pas pourquoi on s'obstine quelquefois àt^ontrarier le peuple et à ne pas faire 'ce qu'il demande, — ce n'est certes pas moi qui m'amuserai jamais àr contrarier le peuple, — ce bon |((euple, il demande avec tant d'instance, tant de cri9, tant de fureur, il e$t sipr^t à mourir pour ce qu'il demande et ensuite il se contente de si peu !

Après l'empire on était las de la causer ip^ tion, qui avait plus que décimé les familles...

et on avait peut*èlre raison. -» La restauration annonça que la conscription > Todieuse conscription était à jamais abolie. — En effet on la remplaça par le recrutement qui est absolument la môme cbose, et le peuple a été content.

Après juillet 1890, on a dit au peuple: vous abhorrez la gendarmerie^ tous n'aurez plus de gendarmerie. — A bas la gendarmerie! — Remplaçons-la par une magniûque garde municipale — et le peuple a été content.

Vous ne voulez plus de gardes-du^corps, ni de garde royale. — C'était peut-être un but à Tambition légitime de Tarmée — mais aqjourd*bui quand un soldat est ambitieux , il se proclame roi de France. — Il n*y aura plus .de gardes-du-corps , ni de garde royale. Mais comme il faut que le corps du roi soit gardé , attendu la funeste habitude que prennent leâ garçons selliers de lui tiret* des coups de pistolet à trois pas , on lui a donnée au roi, pour gardes-du-corps des mouchards et des argousins. Quand le roi va à la chambre des dépu-

lés, quand la reine va à TOpéra , les endroits par où doivent passer LL. MU. présentent un rassemblement des physionomies les plus pa-

^ ' tibulaires et les plus inquiétantes; — des haies d'habits bleus râpés et gras , -- des escouades

. de redingotes à collet de fourrures au mois d*août y — des bottes éculèes , des gourdins énormes, des chapeaux crevés, des pipes écourtées vomissant des parfums nauséabonds -r- annoncent à Paris et entourent la Majesté Royale. ,

Une guèpc- voyageuse me rapporte une pc- .tit<î histoire de Goril?. — ^ M, de *** était allé faire sa cour au duc de Bordeaux. — En prenant congé du jeune prince, il parut un peu embarrassé , balbutia , hésita , et cependant fintt par lui dire : Mgr. votre A. R. excusera la liberté que je vais prendre, — mais je ne

(lois rien ?oiis cachet de ce qui est dans vos in • lértls : l'Europe entière a les yeux sur yous » monseigneur ; — vous n'ignoi-ei pas la puissance de la mode en France — Eh! bien... vos habits ne sont pas à la mode; — permettez-m jî, monseigneur, de vous en faire faire d'autres à Paris et de vous les envoyer.

M. de ***, répondit le prince en souriant, le vous suisinfiniment obligé de votre soin. — Vpas me rappelez en ce moment le plus fidèle serviteur d'un des anciens rois de France.

Quand M. de ''''* eut pris congé , une des personnes qui étaient auprès du priace, lui demanda à quel roi* et à quel serviteur il avait voulu faire allusion.

Comment, répliqua le tjuc de Bordeaux , vous ne savez pas mieux Thistoire de France? — J*ai voulu parler du grand roi Dagobert et de son conseiller, dont M. de *** m'a parfaitement rappelé le discours :

- 2ft —

Le grand Saint-Eloi Lui dit, ô mon roi , Votre majesté Est mal culottée.

' LA R^FOSME ÉLECTORALE.

Par un beau dimanche de janvier plusieurs centaines de gardes nationaux^ précédés de quelques officiers, sont allés fisiire des discours à MM. Laffitte, Arago, Dupont (dérEure).'— Quel était le quatrième , je ne me le rappelle pas^ — Toujours est-il que ce n*^tait pas M. Odilon Barrotqui, par cette exception, se trouve déclaré juste-milieu par ses amis. » Ce pauvre M. Barrot avait sa réponse toute prête au discours qu*on n'est pas allé lui faire ! — Les autres plus heureux ont parlé à loisir.

ÉPIOBIIIB.

Il y a en France — une épidémie — horrible mille fois plus que la peste — le choléra — la lèpre réunis. — Totft le monde en est 4t> teint, et qui pis est , personne n*en meurt et les avocats en viYent. Je ?enx' parler de la manie de parler. La piqûre de la tarentule fait danser. — Un romancier a dénoncé un insecte qu'il appelle coucaratcha et qui fait babiller. Les coucaratchasse sont abattues sur la France comme les nuées de sauterelles sur TEgypte.

Car chacun y babille et tout du lofig de Faune.

Où sont maintenant ces vieilles plaisanteries si usées et toujours si applaudies au théâtre,— sur le caquetage des femmes ; — les hommes les ont bien dépassées, — et ils ne se contenteraient pas comme elleà de causer; — causer ! oh ! bien oui, causer ! cela ne vaut pas la peine, » on ne dit presque qu'une phrase à la fois, — et on parle chacun à son tour, rr Causer! on a

- ÎO -

des interlocutearsau lieu cTauditeurs, — oa ne cause plus, on veut faire de bons gros longs discours y — on veiit monter sur quelque chose, une tribune, uife chaise, un banc, une table, cela ne fait rien, r- et comme tout le monde veut parier, comme il ne reste personne pour former un auditoire, tout le monde parle à la fois et sans s'arrêter.

Il n est pas de prétexte que l'on ne prepne pour parler ; on va ju^u'à adopter les vertus les plus aufttères si elles prêtent au discours.

On se fait savant pour parler, -- philantrope pour parler, — philosophe pour parler, — prêtre pour parler.

On gjarle sous prétexte de charité, — sous prétexte d'horticulture, — sous prétexte de . géographie, — sous prétexte de tout.

On a fondé à Paris, rueTaranne,au premier, une Société des Naufrages pour parler.

On a fondé partoate la France des comités d'agricultare jour parler.

Dans ces raomens où de grands citoyens et d'autres plus petits, mais exjceilens» pensent que le bien du pays exige qu'ils se rassembieut en an banquet patriotique pour mangea da,Yeau, sous prétexte de toast — on fait des discours.

A Argentan, — en Normandie, — 'un conseii municipal ou autre s*est assemblé dernièrement pour savoir si on ferait ressemeler les bottes de Fadjudant de la garde nationale, et on a parlé et discuté fendant quatre heures.

Tonte la France parle, — la France est folle, e le assourdit l'Europe du bruit de ses paroles^ — au moindrje événement, avènement ou attentat, — on envoie des adresses au roi, » et le roi répond par des discours. — Le duc d'Orléans voyage, -^ on lui fait des discours, et le duc d'Orléans répond par d'autres discours.

Et on a formé une Société, des gens de lettres; — on s*assemble chez un .M. Pommier, et on fait des discours.

Et après ?

Après on fait d'autres discours.

Mais les affairée ?

Les affaires ne sont qu'un prétexte, — le but sérieux est de parler, — et on parle ; ~ d*abord chacun à son tour, puis tous à la fois.

Cela doit ôlrcjoli.

J'en étais donc à MM. Laffitte, Arago, etc., auxquels trois centis hommes de la garde nationale sont allés faire des complimcns sur

leur zèle pour la réforme électorale ; ces messieurs ont fait ensuite leurs discours, — et cruels discours !

Une chose assez piquante, selon moi, c'est que cette loi électorale si mauvaise, si odieuse, qu'il est si urgent de reformer, —-fut en son temps préparée, approuvée et présentée à la chambre des députés par le môme M. Laffilte alors ministre et président du conseil.

Cette loi fut jugée par les membres de la gauche très libérale, — et M. Mauguin luimême dit alors qu'avec une pareille loi, la France avait de la liberté pour cinquante ans.

De telle sorte que M. Laffitte voyant qa*on venait en armes et en tumulte pour parler de la réforme , de cette loi électorale dont il est le père, dût être d'abord assez perplexe et ne pas savoir si on venait le complimenter ou lui faire une avanie.

Je passais par la rue Laffitteen ce moment,

et le codier qai i$e conduisait répondit à ma question sur la cause de ce bruit et de cette prise d'armes : (c C'est la garde nationale qui va chez M. Lafifitte pour le réformer. »

Le lendemain , il se répandit un bruit que ces messieurs avaient été pris pour dupe ; que Ton était en carnaval ; que la prétendue garde nationale n'était qu'une mascarade, et que c'était à des masques qu'ils avaient débité leurs discours.

' Hais ensuite les officiers qui avaient conduit l'émeute nationale furent mis en jugemetit et sospendui de leur grdde pendant deux mois, — Suspendus ! c'est là ce qu'on appelle une peine ! Mon Dieu ! que je voudrais donc être officier, quel discours j'irais faire à M. Laffitte!

Lespvtùans de la réforme électorale me paraissent Être les jouets d'une étrange erreur. -^ J'ai traité ce sujet dans le premier volume de» GtA^ff.— J'ajouterai à ce que* j'ai dit alors,

— ce que je crois également d*anc vérité incontestable.

On ne fait sortir d*un pays que ce qu*il y a dedans; il y a des choses qu*on n'ordonne pas par une loi. On ne décrète pas le patriotisme, la .vertu, le désintéressement, fît-on même in* tervenir la guillotine.

« Je prétends que si on formait une nouvelle

chambre, soit avec la réforme électorale tant criée, tant demandée, soit avec le suffrage universel, — on la retrouverait composée des mêmes élémens, à doses égales.

Tenez, voici un autre projet de réforme électorale dont je prends Tinitialive. — Barrez le Pont-Neuf à midi des deux côlés,— et formel^ une chambre de tous ceux qui s'y trouveront arrêtés , —> vous y trouverez , comme à la chambre, un nombre relatif égal d'ambitieux^ — ^"de niais, — de gens sensés,— d'avocats, etc. —Vous y trouverez des gens qui parlent aussi mal fraoçaii» que MM. Calmoo; CharamauleA

— âC — Charpcnlier, Colomès, Couturier, Laubal, etc., elr.

Vous y trouverez des gens aussi mal vôlus que MM. Deracufve, Havin, Leyraud, Mallye, Couturier déjà nomme, Marchai, Mathieu (de FArdèche) , restaurateur, et juge au tribunal de son endroit, Moulin ('^e TAllier), Garnon,etc.,etc.

Ah! diable! — j*allais oublier M. Heurlaull, un monsieur qui , riche de 200,000 livres de rentes, — a adopté le dcguenillement pour exciter Tadmiralion de son austérité chez les hommes de son parti et éviter les souscriptions et les emprunts.

Et quand TOUS aurez ainsi formé une chambre, — demandez un vote sur n'importe quoi, — et comptez les suffrages; — je gage ma plus belle pipe turque , celle dont le tuyau de ce-: risier arménien a une fois et demie la hauteur de Léon Gatayes, que vous avez dans chaque parti un nombre précisément égal à celui que ypus avez dans la chambre.

Quelqu'un me faisait hier une observation sur la guerre que je livre à certains députés à propos de Textrènae négligence de leur costume. — On me blâmait en me disant : Les députes étant élus par ja nation ne doivent pas chercher à se distinguer d'elle par le costume. — Et quel est le (cosluroe de la nation? demandai-je; mettons-nous à la fenêtre pour voir passer la nation. — La nation... cela veut dire les Français, probablement.

Premier Français : — Un joueur d'orgues ; veste de ratine brune , chiifeau décousu, pas de gants.

Deuxième Français : — Un porleirr d'eau; vcsîe bleue, ur^c casquet»c.

Troisième Français : — Un croque-mort ; — habit noir , — pantalon gris, — cravalle blanche.

Quatrième Français : — Une cuisinière revenant du marché; — un ûchu à carreaux sur

la tète, -— un châle de mérinos couleur grenat, — un panier.

Les quatre-vingt-cinq mille indigens inscrits dans les mairies de Paris sont bien heureux de la douceur qui a régné jusquici dans la température, — car la bienfaisance raunici-' pale n^aurait apporté que peu de soulagemens à leur misère. Cette bienfaisance municipale ne pense jamais pendant l'automne qu'il fera peut-être froid l'hiver; — l'hiver arrive, les pauvres tremblent, frissonnent, souffrent; — au bout de q^jinze jours de gelée consécutifs, le conseil municipal songe qu'il faut s'assembler pour conférer sur les secours à donner aux malheureux. — On discute, on parle, on n'esit pas d'accord; on remet la séance au lendemain; — le lendemain, — ou la semaine d'après, on vote une vingtaine de mille francs, ^ comme

on a fait l'année dernière , — et cela ne produit pas tout-à-fait un petit fagot de bois pour chaque pauvre. — Les distributions ne peuvent se faire que quelques jours après qu'elles ont été votées, décidées et ratiûées, — et les pauvres reçoivent enfin leur cotteret au dégel.

Dans ce seul mois de janvier» deux gouvernemens repris de justice ont passé devant les juges.

De ces deux gouvernemens , Tun avait tenté de s'établir à Marseille; c'était un duumvirat républicain. Cette république avait -deux chefs, Carpenlras, peintre en bâlimens, et Ferrary, cordonnier; — deux sujets soumis, Carpentras et Ferrary; — deux imprimeurs, Ferrary et Carpentras;— deuxafiScheurs, Carpentras et Ferrary.

GeS'deox messieurs s'étaieDt réunis un soir dans un café,-* s*étaient constitués en assem-blée nationale, — avaient décrété deux ou trois mesures et les avaient affichées pendant la nuit.

L'une ordonnait aux boulangers de faire crédit à tous les citoyens et notamment aux che& du gouvernement », les sieurs Garpentras, peintre en bâtimens, et Ferrary, cordon^ nier.

Une autre intimait à messieurs les riches la défense de sortir de la ville sous peine de mort.

On les arrêta et on les mit en jugement, — on saisit à leur domicile plusieurs ordonnances toutes préparées. En Voici deux qui méritent d*étre remarquées.

ORDOimAMCE.

Nous, etc.

Ordonnons ce qui suit : — On fera sous le

délai d*un mois badigeonner à neuf toutes les maisons de la irille; — on renouvellera les papiers qui manqueraient de fraîcheur. — Ces travaux seront con6és à M.> Carpentras, peintre en bâiimcnSj et payés expressément au comptant.

Signé FEBBARY.

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