‹ Les Guêpes (volume 2)Chapitre 20 sur 31 · TROISIÈME EXPÉDIENT · texte numérisé non relu

TROISIÈME EXPÉDIENT

Le succès obtenu per M. de Rémusat devait fort encourager le cabinet vertueux. On fit une descente chez tous les couteliers et on saisit les couteaux qu*il plut aux agcns chargés de rexécniion de considérer comme ayant un rapport plus ou moins éloigné avec des poignards y et on mit soixante-quatre couteliers en accusation.

C'est donc une chose bien terrible qu'un couteau-poignard l—Mais oui,— absolument comme un couteau de table.^— C'est là un des exemples des inconséquences qu'entraînent perpétuellement lé trouble et la confusion inséparables du gouvernement constitutionnel.

M. Delessert, encore aujourd'hui préfet de police^ était dérangé par le bruit que faisaient des piqueurs qui sonnaient de la trompe de chasse dans un cabaret voisin de la préfecture de police ;->il défendit la trompe

de chafM dans Paris, --mais il permit par oBûflaioD» la trompeite , le cornet à pUton, la clarînettei le aerpeat^ ete.| etc.» etc-^Le couteau-poignard n'a pas jusqu'ici obtenu la préférence ûeB assassins ; — les instnimens de cordonnerie I de menuiserie ^ de iiellerie ont tour--À-toar servi aux malfaiteurs. — Louvel s'est servi d'un poinçon;— -Laoenairé affectionnait le tirepoint;~d'autres préfèrent le marteau.— Une femme a été dernièrement étranglée avec une jarretière; pourquoi ne . défeodraifc-on pas^Ies jarretières ?—• Une autre femme a fait manger son enfant par des porcs» et les porcs^sont tolérés l—Si le ministère savait cela , il prohiberait le fromage . d'Italie.

Un philosophe mourut pour avoir avalé de travers un grain de raisin.— 0 cabinet prévoyant! vous avejE six mois devant vous pour aire arracher les vignes.

¥0id d^aotro p«i oe «lui arrire I Pluris à pfo^fo» d'arnies.-r'Il est défendu de porter dcsanoes subs peine de 15 fireacs d' amende.

' Le laioo^eoia timide obéit i la loi ;-*lc vo*leoTi qui a'espQse en Taitaquant à la .peine de niort^ se soucie peu d'encourir en sus leg 15 franoa d'amende.

Si les voleurs et les assassins avaient le cœur un peu bien silué, ils feraient une rente à la police en reconnaissance des services que leur rend rcxécuiion de cette ordonnance.

Pour moi, — ^je demeure dans un quartier déserty et je rentre tard;— je prendrai la liberté d'être arm^yH^^Qu'^u mofnent où il sera parfaitement élabli que, grâeo à la surveillance de la. police, on aura été un an sans arrêter, dépouiller, assommer ou noyer quelqu'un.—Mais tant que j'aurai un louis dans ma poche, je m'exposerai au 15 fr. d'amende de la nollce pour ne pas le laisser prendre; ^c'est un bénéfice net de 5 fr.

If. d6 Baliac et 8oinDla^q«aÇre coule* Mçriftés-Hi'éUbUasaicni pas encore si|f* fisamment la vcrta du cabineu—ll. Cave fui désigiiS comme victime* et le dmUilîdionnfl comme sacrificateur. -On assure même qoe« pour exciter son xèle on lui promît la placo de directeur des beaox-arls, çoo^mo on donnait autrefois la chair de la victime aux anciens pontifes.

En vain M. Gavé avajtpCTerten holocauste à M. Tbiers et à sa grandeur immiocnle Hme de Ginwdin et V École des journalistes.

Le Constitutionnel porta de graves ikccusations;— onfit circuler contre lui des mets attribués à M. Thiers;— Et once moment on raconte ce que je vais vous dire.

Lorsque M. Duponchel monta la Xacarilla, — il employa des décors des magasins sans en avoir demandé Tautorisatlon.-^Pour ce fait il fut mit à une amende de cinq mille

franfes.— Or H y avait dans cette amendé quelque chos(^ de {dus grarc que l'importance éis la domine ; c*est que troi^ atncndes seinbtabic* pourraient enlfafnér la révocation du privilège. M. Gavô aurait alors offert à M« Dfipoiidiel de te tirer d*embarras.-^n aurait divisé ramènde en deux parties, fune de 2000 fr.y attribuée à la caisse des pensions;' l'autre de 3,000, formant non pas une amende, mais une indemnité; cette somme de 3,000 fr. a probablement été employée dans l'intérêt des beaux-arts.

L'existence de M. Gavé menacée a fait comprendre à ses amis et à ses protégés qu'il fallait se bftter.

M. Bolos, directeur de la Revue de Parlt et de la Revue des Deux-Mond^s, tout ea passant sous le drapeau de 2d. Thicrs,— s*e«t cependant dépéché d'applanir les difficultés que trouvait son projet d'étf e à la fois directeur et commissaire-royal au Théâtre-Français — Il a donné le titre de régisseuiwgè-

Béral ir M. Litirent liiH jOMpi'ittf^tet éffÊh fori Img-umf Sf m eMtftaUitt dti tture eldea

foMUeas «Mdesteft de poftier wm. ménie Ihéftlr^

Alors 8*es( engagée la gfiiHlé tMIaillè pôttr la conquête des fonds secrets.

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GltilKDB BATAILLE Xms FOXDS SfiCEETS.

Les troupes de M. Thiers se eomposaienlty outre son armée coanae, de plttsiaors' troupes aaxiiiaîres, telles qpe M. Barrol «I les vertueuses phalanges. — On comptait aussi sur la droite qui avait donné un coup de main utile pour renverser le ministère Soult, etsurW. Berryef, dont nous avons déjà signalé les sympathies pour M. Thiers <

Mais le parti légitimiste se rassembla chez M. de Noaillesy-^et là on établit que ûM. Barrot oubliait la rue Transnonaini— M. Berryer devait se soutenir de la trahison de Deutz et de la captinté de Maye ;^qae sans se ftdre philippîste, il était de la dignité et de Thon- • neor du parti de rest^ conservateur et qa*en conséquence on refuserait tout appui & U. Thiers, non-sealement pour le vote des fonds secrets, mais encore pour tout ce qa*il pourrait demander à la chambre.

4 M. Thiers avait contre lui la droite et les 221; mais combien sont les 221 ?

Quand on se rangea en bataille, les 221 se trouvèrent n'être que 195.

M. Thiers qui avait soffisammcnt flatté la gauche et le parti révolutionnaire dans ses discours et qui ne pouvait plus compter sur ■adroite et le parti légitimiste, écrivit soixante-deux billets à soixante-deux deux cent vingt et un, — ou députés conservateurs,. — pour leur dire confidentiellement ; les agaceries à la gauche sont une nécessité gouvernementale : — vous savez que je suîsconservateur, — ma femme va au bal chez vous; — puis eu postscrîptum, il disait :

A M. Bugeaud, — TOusaarcKlc commaRdément de Tarmée d'Afrique.

A M. Boissy d'Anglas, — j'étais l'ami da maréchal Maison.

A M. Lebœuf, — je vous débarcasserai de M. Scgur, — et votre femme sera invitée aux Tuileries.

A M. Félix Girod del'Ain, — vous serez maréchal-dc-camp.

A M. Mimant, —-ime cour royale vous demande pour président.

A M. Dupin, — la chambre des pairs sera licureusc de vous- voir remplacer M. Pasquicr.

Et une foiile de promesses analogues à SIM. Dcmcufve, — Estanceiin, — Chasseloup,

— Bresson, — Armand, — Liadières, -r Bessièrc, •— Daguenet, — Defermont, — FouW,

— Garaubc , — Lafreissange , — Pèdre-

— BoBBemaiD, — ête. » «le. > t*c-

Puis chaque soir sur Thôtel des Capucines, oa voyait, fondre des sténographes afiamés qui Tenaient en attendant mieux, chercher delà part des journaux amis, des subventions provisoires d*idées, de phrases, d'injures, contre les adversaires.

Et les trois jours commencèrent.

M. DesmousseauxdeGivréi-^avtitteUe- ■wDt peur de oe pas parlerttaDS la quesUon dtt vBte de conf^mnee, qu'il alia^ miBU^f lu

flcrétffiti de to tkwnbte,-^ rtfillHrtdu feuy passai mûidant uAftaltiiil^ «l^ an j<Nir, se fit inacrife le premier.

Les mêmes gens qui aujourd'hui eut deanndé^iinTot^deeoiifiaHeedt un miiHoO) ^ eal si bien» à une autre époque, établi que les Xoiids Meerets D*étaieni qu*ua iastrumcnt de eorruplieoî -^ que Je me suis laistô convaincre par eux. Il me seoible donc démontré que la différence qui existe entre le vice et la vert»^ «8t que si le vice corrompt pour douze o^t mille flpanosy la vertu ne corrompt que peur un miltionj-— ce qui prouve que la vertu ackète. mieux et paie moins cher.

Le^premier jour da oomhat» H. de Lamartine ftl tttt fort beau discours pleia d'Idées

jUstes et élevées. Il avait été convena entre AI. Thiers et M. Barrot qacee dernier s^abstiendrait de parler, — parce qa*il n^ pouvait parler que pour expliquer son alliance avec M. Thiers, et que la chose était difficile à faire lioanMement ; — mais M. de Lamartine le pressa, le harcela avec tant d'insist^g^, d*obstinatîon et de vivacité ^ qu'il fallat monter à la tribune, où ledit M. Barrot pataugea coosidérablement.

Le .Constitutionnel c. â. d., M. Etienne, l'auteur de Jocônde, — cl M. Véron, le spirituel directeur de TOpéra, s*ea indigna ; r- il ne trouva pas convenable que M. de Lamartine, qui n'est qu'un poète,— se permit de se mêler de choses sérieuses; —^ on le ' renvoya à sa lyre, à sa nacelle, à Elvlre,

nélas I mes chers messieurs, — si vous ne

oulfz pas que les poètes montent à la tri-

t^ne, — je vous avouerai que j'ai quelque*

Ms aussi un peii de chagrin de les voir dcs->

cendre jusque-là, - - de les voir jouer de

grandes idées et de belles parolesi cantre le patois diffus et creux des arocats que tous, adniircZy — H quitter les immortelles choses de Dieu» de la naturOi et de rbumanilé, — pour s'occuper des intérêts étroits et mes-quîns des coteries et des mauvais petits ambitieux qui se partagent et s*arrachent les lambeaux de ce qui ne sera bientôt plus un pays.

Calmez cette sainte horreur contre les gens qui ont de nobles pensées, et qui parlent un beau langage ; — ne craignez pas qu'ils gâtent 1q métier 9 — ils seront toujours en gran'ls minorité parmi vous. — Dans cent ans d*ici , — tous vos grands hommes seront morts et oubliés avec les intérêts étroits auxquels ils se mêlent; — le temps qui fait justice de toutes les ambitions, ne gardera dans Ta venir comme il n*a gardé dans le passé, que les poètes ; — et si on' se rappelle quelquefois M. Thiers, ce sera parce qu*il a écrit rhistoire delà révolution française.

Le second jouri M. Berryer prit la parole au nom de son parti ; — sa parole puissante et animée, sa voix vibrante et ucrvease, servant cette fois d'organe à une logique rigourc^M»f — firent sur la Chambre Teffet d*ttn touierre lointain 4ui gronde.

Le troisième jour, les amis de M. Mole se réjouirent fort, et préparèrent leur cabinet pour remplacer immédiatement celui qu'ils se croyaient sûrs de renverser te soir néme; — c'est ce qui les perdit.

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Refuser (out-Mait ks foudg seereU était une chose très grave» —ctr le minislère une fois renversé par ce refus, il faUait le remplacer et vivre de la portion congrue qa*on lui aurait faite.

Oa fit alors proposer, par M. d^AngeviUe» un des deux cent vingt-un, — un amendement tendant à diminuer de cent mille francs Talloration demandée.

Taux auquel le ministère présomptif consentait à gouverner, à sauver la' France, et à faire son bonheur.

Pourquoi ne pas entreprendre le gouvernement tout de suite et franchement comme les fournitures de bois, V ^^ rabais et sur soumissions cachetées.

L'amendement Ait rejeté à une majorilé de 103 voix.

Le million ensuite fut voté à une majorité de 86 voix.

* Ce qui prouve qja'W y a i la Chatiibre dixhuil membres qnîp sans distinctiom de parti, ne veoleiil pas que le mîn/stôre, qiictqd'il soit, ail moins d'un million pour récompenser le déroûmtfnt qu*ils sont bien décidés i avoir.

Et le ministère prcsompliffut déclaré présomptueux.

Voici donc M. Tliiers roi de France, — et le roi Louis-Philippe passé h Télat de fétiche, de grand Lama , — ayant dans Tétst précisément l'influence qu'aurait un de ses bustes de « plâtre qui décorent les mairies et les théâtres.

Car on sait que M. Thiers est i*anlcur de la maxime: -- le roi régne Q^tie gouvf^ne pas.

Or, cemme Je roî ii*c8t ni électeur, ni juré, ni garde nttional, -* il se tronye quli est aajeurd*hui le moins important, le plus humble, le moins considéré de tous les Français; — qu'il n*y a pas un épicier, i^i un bonnetier, >-m un écrivain à échoppe qui n*ait plus de dreits politiques et plus d'influence que lui. (i)

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