POLICE DE NAVIGATION
Nom du navire, ». 7.
l'Arselin. Tonnage,
Nom du patron, » 95/100.
Alphonse Kaiir.
Congé valable pour un an.
Louis-Philippe, roi des Français, à tous ceux qui les présentes verront, salut.
«Vu les articles 2-4-5-11 et 22 de la loi du 27 vendémiaire an XI, — et l'article 5 de l'ordonnance du 23 juillet 1838 ;
» Nous déclarons qu'il est donné congé au sieur Alphonse Karr de sortir du port avec le bateau nommé YArselin, — à charge par ledit sieur de se conformer aux lois et règlements de l'État ; — ledit navire a été reconnu du tonnage de — » tonneaux — quatre-vingt-quinze centièmes, — non ponté, — deux mâts, — et il est actuellement attaché au port de Fécamp.
» Prions et requérons tous souverains, Etats, amis et alliés de la France et leurs subordonnés, mandons à tous fonctionnaires publics, aux commandants des bâtiments de l'État, et à tous autres qu'il appartiendra, — de le laisser sûrement et librement passer avec son bâtiment, — sans lui faire ni souffrir qu'il lui soit fait aucun trouble ni empêchement quelconque, — mais, au contraire, de lui donner toute faveur, secours et assistance partout où besoin sera.
» Reçu soixante-quinze centimes.»
juillet 1 842. 49
Certes, voilà qui n'est pas cher! protégé par tant d'Etats, de souverains, d'officiers publics, de fonctionnaires — et vaisseaux de l'État pour soixante-quinze centimes.
Je donnerais volontiers soixante-quinze autres centimes pour être protégé comme écrivain aussi bien que je le suis comme pêcheur ; — malheureusement il n'en est pas ainsi, — j'en raconterai une autre fois — une preuve convaincante.
*$fg am rauchen. — L'amour est comme ces arbres à l'ombre desquels meurt toute végétation. — L'homme qui aime une femme, non-seulement n'aime rien autre chose, mais finit par ne rien haïr non plus ; c'est en vain qu'il cherche dans les replis de son cœur toutes les préférences, toutes les sympathies, toutes les répugnances, tout cela est mort, mort d'indifférence.
^^ Il faut qu'un jeune homme — jette ses gourmes, — qu'il fasse un poëme épique en seconde.
Qu'il porte des souliers lacés, dissimulés par des sous-pieds très-tirés, des éperons si longs qu'on devrait, pour la sûreté des passants, y attacher de petites lanternes et crier : « Gare ! » — qu'il s'écrive à lui-même des lettres de comtesse et se les envoie par la poste ; — qu'il ait pour ami un acteur de mélodrame et le tutoie très-haut dans la rue ; — qu'il mette- un œillet rouge à sa boutonnière pour simuler à vingt pas le ruban de la croix d'honneur ; qu'il parle de créanciers et de dettes qu'il n'a pas ; qu'il plaisante beaucoup sur les femmes et sur l'amour, tandis que le moindre geste de la femme de chambre de sa mère le fait pâlir ou devenir cramoisi, et que le son de sa voix le fait frissonner; — qu'il appelle, en parlant d'eux, tous les hommes remarquables de l'époque simplement par leur nom sans y joindre le monsieur ; — qu'il se dise désillusionné quand il n'a encore rien vu de la vie; — qu'il parle avec dédain de l'amour, de l'amitié, de la vertu, à cette riche époque de l'existence où le cœur, gonflé de bienveillance et d'exaltation, laisse déborder
toutes les tendresses et tous les beaux sentiments ; — qu'il prétende fumer avec le glus grand plaisir des cigares violents qui lui font vomir, dans une allée écartée du jardin, jusqu'aux clous de ses souliers ; — qu'il parle avec un enthousiasme grotesque des choses à la mode qu'il ne sent pas, et cache avec soin les beaux et vertueux enthousiasmes de son âge ; — qu'il vole dans les maisons des cartes de visite de personnages qu'il n'a jamais vus — et les accroche à sa propre glace, pour donner à son portier et à sa femme de ménage — une haute opinion de ses relations ; — qu'il parle tout haut avec un ami qu'il rencontre au théâtre ou à la promenade, — et ne lui dise rien qui l'intéresse, — toute la conversation n'ayant d'autre but que d'être entendu des promeneurs et des spectateurs sur lesquels on veut faire de l'effet; — qu'il porte un lorgnon avec des yeux excellents ; — qu'en parlant de ses parents, il les appelle ganaches, quand, le matin même, trouvant dans la chambre de sa mère un de ses vêtements tombé sur un tapis, il l'a baisé en le ramassant précieusement ;
Toutes choses dont les gens les plus sensés, les meilleurs, les plus spirituels, trouveront quelques-unes dans leurs souvenirs.
Je ne parle pas de ceux qui recommencent ces sottises toute leur vie ; — ce ne sont plus des gourmes : c'est la teigne.
$$£ Il n'y a rien d'égal à la petitesse de l'homme, si ce n'est sa vanité. — Il a jugé à propos de se créer un Dieu ; — de lui imposer ses passions, — de le mêler à ses querelles, — de lui donner sa sotte figure, — de l'affubler de vêtements roses et bleus ; — il existe des discussions écrites où deux auteurs soutiennent deux opinions touchant la chevelure de Dieu. — L'un, dont j'ai oublié le nom, prétend qu'elle est rousse ; — l'autre, l'historien Josèphe, soutient qu'elle est couleur noisette.
Il y a des hommes qui ont protégé Dieu — contre d'autres hommes, — et qui les ont brûlés pour les forcer de croire.
Mais ce qui me semble le plus singulier, c'est quand un homme croit avoir offensé Dieu.
L'homme qui ne peut anéantir ni une goutte d'eau ni un grain de poussière, — lui, toujours enfermé dans les mêmes passions, dans les mêmes joies, dans les mêmes douleurs.
0 homme! mon pauvre ami, avec quelles armes penses-tu offenser Dieu, — et quelle est donc sa partie vulnérable? a-t-il, comme Achille, quelque bout de talon qu'Hait négligé de rendre éternel?
0 homme ! Dieu est tout ce qui est; Dieu est la mer, le ciel, et les étoiles ; — Dieu est la terre et l'herbe qui la couvre ; — Dieu est à la fois les forêts et le feu qui dévore les forêts ; — Dieu est l'amour qui rend les tigres caressants, et qui force les papillons à se poursuivre dans les luzernes, — et l'amour des fleurs qui se fécondent en mêlant leurs parfums ; — Dieu est les hommes qui pourrissent dans la terre et les violettes qui tirent leurs couleurs et leurs parfums de la putréfaction des hommes; — Dieu est l'air bleu, les nuages, le soleil, — les hautes montagnes — et les insectes qui vivent huit cents dans une goutte d'eau.
Et tu crois offenser Dieu ! lu crois offenser Dieu ! mais regarde celui qui, selon toi, a le plus offensé Dieu, — le soleil cesse-t-il de caresser son front? — les parfums des fleurs deviennent-ils fétides pour lui? — l'eau des fleuves recule-t-elle devant ses lèvres sèches? — les fruits deviennent-ils de la cendre dans sa bouche? — l'herbe jaunit-elle sous ses pieds? Non, pas que je sache.
Dieu t'a jeté dans la vie et t'a renfermé dans des limites infranchissables ; — ta chaîne te permet de cueillir quelques fleurs à droite et à gauche et de te piquer les doigts à leurs épines , mais il ne t'en faut pas moins parcourir la même route que ceux qui t'ont précédé et ceux qui te suivront; —il te faut mettre tes pieds dans l'empreinte de leurs pieds.
Toi-même tu es en Dieu, — mais tu es moins que n'est un grain de sable dans la mer.
Et cependant te figures-tu ce que serait la révolte d'un grain de sable — dans les profondeurs de l'Océan?
^^ Les femmes n'aiment réellement que les hommes qui sont plus forts qu'elles.
Car, si leur plaisir le plus vif est déplaire et de commander, — leur bonheur est d'aimer et d'obéir.
En général, les rêveries des femmes ne sortent guère des espaces réels; — il faut que toute idée puisse se traduire à leurs yeux par une forme visible. — Pour les conduire au ciel, Dieu doit faire la moitié du chemin ; — leur religion est l'amour pour un Dieu fait homme.
Il ne faut croire l'indulgence des gens que lorsqu'elle s'exerce dans les choses qui leur sont personnelles. — Tel homme se prend de pitié pour un empoisonneur, — pour un assassin, — vous le croyez indulgent ; — attendez pour le juger qu'on lui marche sur le pied dans une foule, — ou qu'on casse par maladresse — une de ses tasses du Japon.
^^ La lune montait au ciel derrière les peupliers, — un rossignol fit entendre ces trois sons graves et pleins sur la même note, — prélude ordinaire de son hymne à la nuit et à l'amour.
le rossignol. La lune monte au ciel en silence, — le travail, — l'ambition, — l'avidité, sont endormis, — ne les réveillons pas ; — ils ont pris tout le jour, mais la nuit est à nous.
Beaux acacias dont les panaches verts s'étendent sur nos têtes, secouez vos grappes de fleurs blanches, arrosez la terre de vos douces odeurs.
Brunes violettes, roses éclatantes, le parfum que vous ne dépensiez le jour qu'avec avarice, — exhalez-le de vos corolles, comme les âmes exhalent leur parfum, qui est l'amour.
Les lucioles se cherchent dans l'herbe, ils semblent voir des amours d'étoiles tombées du ciel.
la chouette. Il n'y a dans l'année que quelques nuits comme celle-ci. Il n'y a que quelques étés dans la jeunesse. 11 n'y a qu'un amour dans le cœur.
Tout est envieux de l'amour, et le ciel lui-même, car il n'a pas de félicités égales à donner à ses élus.
Le malheur veille et cherche ; — cachez votre bonheur, soyez heureux tout bas.
Tout bonheur se compose de deux sensations tristes : Ifr souvenir de la privation dans le passé, et la crainte de perdre dans l'avenir.
le rossignol. Beaux acacias, dont les panaches verts s'étendent sur nos têtes, secouez vos grappes de fleurs blanches, arrosez la terre de vos douces odeurs.
Chèvrefeuilles, jasmins, cachez sous vos enlacements les amants qui vous ont demandé asile. Faites-leur des nids de fleurs et de parfums.
la. chouette. Le malheur veille et cherche, cachez votre bonheur, soyez heureux tout bas.
Et toi, l'amoureux, tes yeux auront perdu leur éclat.
Soyez heureux bien vite, car toi, la belle fille, bientôt le duvet de pêche de tes joues sera remplacé par des rides.
le rossignol. Qu'est-ce que le passé, qu'est-ce que l'avenir? les rudes épreuves de la vie ne payent pas trop cher une heure d'amour.
Mille ans de supplice pour un baiser,
la chouette. Cette existence qui déborde de vos âmes, vous en deviendrez avares, — et vous la cacherez dans votre cœur comme si vous enfouissiez de l'or.
Vos mains sèches se toucheront, sans faire tressaillir votre cœur, — vous ne vous rappellerez cette nuit d'aujourd'hui, si vous vous la rappelez jamais, que comme une folie, une impru-
dence, et vous frémirez de Vidée que vous auriez pu vous enrhumer, — puis vous mourrez.
le rossignol. Oui,nous mourrons, mais la mort n'est qu'une transformation.
Nous ressortirons de la terre fécondée par nos corps — tubéreuses, roses, jasmins — et nous exhalerons nos parfums toujours dans de belles nuits comme celle-ci.
Et toi , chouette , n'es-tu pas aussi amoureuse, et n'échanges-tu pas de tristes caresses dans les ruines et les tombeaux?
Beaux acacias, dont les panaches verts s'étendent sur nos têtes, secouez vos grappes de fleurs blanches, — arrosez la terre de vos douces odeurs.
Août 1842.
Mort du duc d'Orléans. — La Régence. — Le duc de Nemours et la duchesse d'Orléans. — M. Guizot. — Un curé de trop. — Humbles remontrances à monseigneur Blancart de Bailleul. — Un violon de Stra, dit Varius. — Fragilité des douleurs humaines. — Sur les domestiques. — Correspondance. — M. Dormeuil. — Une foule d'autres choses. — M. Simonet. — Une Société en commandite. — Quelques annonces. — M. Trognon. M. Barbet. — M. Martin. — M. Poulie. — M. Pierrot. — M. Lebceuf. — M. Michel (de Bourges). —M. Dupont (de l'Eure). — M. Boulay (de la Me.urthe). — M. Martin (du Nord), etc. — Am Rauchen. — Wergiss-meinnicht.
Le 13 juillet 1842, le duc d'Orléans allant à Neuilly — a été jeté hors de sa voiture par des chevaux emportés. — Il est tombé sur les pavés de la route — qui lui ont brisé la tête en
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plusieurs parties. Il est mort à quatre heures du soir, — sans avoir repris connaissance, dans une pauvre boutique d'épicier. — Le roi et la reine, qui étaient accourus, ont suivi le corps de leur fils porté par les soldats, sur un brancard.
Toute la France a compris cette immense douleur et l'a respectée. — Tout le monde a été frappé à la fois de compassion et de respect — en voyant que, de toutes les grandeurs qui séparent des autres la famille royale, il n'y en a qu'une seule qu'on lui ait laissée ; — qu'elle ne dépasse aujourd'hui le commun des hommes que par la grandeur de ses misères et de son affliction.
Beaucoup de gens ne se souciaient guère des attaques au trône, à la couronne, à la pourpre, — et à cent autres métaphores, qui ont senti ce coup qui s'adressait au cœur — et qui en ont tressailli. — Un roi avait paru quelque chose d'autre qu'eux-mêmes, qui n'a ni les mêmes joies, ni les mêmes douleurs; mais alors, en pensant au roi, à la reine, à la duchesse d'Orléans, on a dit : « Pauvre père i pauvre mère! pauvre femme! » et on a compris, et on a pleuré avec eux.
On parlait surtout de la reine, qui avait à creuser dans son cœur une nouvelle tombe à côté de celle de sa fille Marie; — de la reine — qui, dans la partie politique qui se joue depuis tant d'années, a vu mettre en jeu si souvent déjà la vie de tous ceux qu'elle aime, — et qui croyait les avoir regagnés et rachetés, tant elle avait craint, pleuré et prié pour eux. — On a compté les épines qui forment les fleurons de sa couronne royale.
Puis, quand le duc d'Orléans a été mort — tout b monde a vu ce que presque personne n'avait songé à remarquer auparavant : c'est que c'était un des hommes les plus distingués de ce temps-ci ; on a vu qu'il tenait, par des liens qu'on n'a sentis que lorsqu'ils se sont rompus, à tout ce qui a de la vie, de la force et de la jeunesse en France.
On a vu que son absence laissait un vide, et, en regardant autour de soi parmi les grands hommes que les journaux inventent et annoncent pêle-mêle avec les pommades pour teindre les cheveux, et l'eau pour détruire les punaises, — on a vu que parmi ces héros de réclame — il n'y avait personne pour remplacer le prince mort.
Puis ensuite on a songé aux conséquences politiques de ce triste événement.
On a vu que le roi Louis-Philippe a soixante-dix ans et que son successeur n'a pas encore quatre ans.
Et on a compté tout ce qu'entre ces deux règnes il peut tenir de troubles, de désordres et de malheurs.
Après ce moment de stupeur — les avidités, les rapacités ardentes des partis se sont ranimées. — Le duc d'Orléans n'était pas encore enterré — que chaque parti a voulu tirer avantage de sa mort.
J$$z L'opposition s'en est servie d'argument contre M. Guizot : — M. Guizot s'en est servi d'argument contre l'opposition. «
M. Guizot a fait venir le roi à la Chambre des députés; — il ne lui a pas laissé le temps d'être père quelques jours au milieu de sa famille ; et l'a forcé de reprendre son rôle de roi ; il était trop tôt; — cet homme, — éprouvé par des fortunes si diverses, auquel ses ennemis les plus acharnés n'ont pu refuser le courage et la fermeté, — n'a pu jouer, au bénéfice de M. Guizot, son rôle jusqu'au bout; il a pleuré devant les envoyés de la nation.
Les uns ont dit : « Le duc d'Orléans est mort, donc il faut renvoyer M. Guizot. »
Les autres : « Le duc d'Orléans est mort, donc il faut garder M. Guizot. »
Le raisonnement des uns était aussi insolemment absurde que celui des autres.
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Puis vint la question de la régence. — Les journaux de l'opposition demandèrent une loi spéciale, personnelle et provisoire, — c'est-à-dire un petit nid à débats, à troubles et à émeutes.
<*&££ Les journaux du ministère commencèrent à demander, de leur côté, la régence pour M. le duc de Nemours.
C'était justement tomber dans l'écueil où voulaient les amener leurs ennemis.
Ils se ravisèrent et demandèrent la régence pour le plus proche psrent ascendant mâle du roi mineur, — c'est encore le duc Nemours; — mais c'est en même temps un principe et une loi fondamentale. — Il est déjà assez honteux pour quatre cent cinquante législateurs de n'avoir pas prévu le cas d'une minorité et d'une régence, sans que lesdits quatre cent cinquante législateurs hésitent à en faire une quand la nécessité Je commande.
Les journaux de l'opposition avaient crié très-fort quand le duc d'Orléans avait épousé une luthérienne, — ce qui ne les avait pas empêchés dans le temps de soutenir l'élection de M. Fould par cette raison remarquable qu'il fallait bien avoir un juif à la Chambre, — ce qui amènerait un jour à dire : « Il faut bien qu'il y ait un ferblantier au Palais-Bourbon, » s'il n'y en avait déjà plusieurs.
Lesdits journaux demandèrent alors la régence pour la duchesse d"Orléans.
$fe Cette tendresse subite ne voulait pas dire autre chose que l'espoir de voir des troubles plus faciles sous l'administration d'une femme.
^£ C'est un procès qui peut honnêtement se plaider, — car les raisons pour chacun des deux prétendants peuvent se balancer.
On peut dire pour le duc de Nemours — qu'il s'est bien battu en Afrique, — que c'est un caractère ferme et froid, -—
que la régence est une royauté provisoire, qu'une des lois fondamentales du royaume exclut les femmes du trône, — que d'ailleurs, à l'époque où nous vivons, il peut arriver qu'il y ait besoin, chez le régent, des qualités que la plus noble des femmes n'est pas forcée d'avoir.
On peut dire pour la duchesse d'Orléans — que, à tort ou à raison, — le duc de Nemours n'est pas populaire, — que cette impopularité vient en partie de cette malheureuse dotation qu'on a eu la sottise de demander pour lui, — ce qui est cause qu'il s'est répandu dans le public plusieurs centaines de phrases toutes faites contre lui.
J$ig Et on ne sait pas avec quelle facilité le gros du public adopte d'abord les phrases, puis ensuite les sentiments qu'elles expriment.
J$ig On pourrait dire — qu'il ne serait peut-être pas d'une mauvaise politique — que le régent fût dans une position à ne pouvoir être roi dans aucun cas ; de telle façon que le roi mineur fût pour lui un pupille et non une barrière.
^^ On pourrait encore faire une longue énumération des brillantes et solides qualités que reconnaissent à la duchesse d'Orléans — ceux qui l'ont approchée.
Pour moi , j'ai sur la régence l'opinion que j'ai sur la royauté : nommez n'importe qui, — pourvu que ce soit d'une manière stable; — faites une loi sérieuse, — une loi fondamentale que vous n'ayez pas besoin de rapiécer, de ressemeler à chaque événement imprévu, — et réellement je trouve qu'il ne devrait pas y avoir autant d'événements imprévus pour près de cinq cents que vous êtes qui devez les prévoir.
*j$$z « M. le général Rulhières, — commandant la dixième division militaire, était dans son appartement lorsque, le pied lui ayant glissé sur le parquet, — il est tombé et s'est grièvement blessé au genou. »
Je saisis cette occasion pour remarquer une fois tout haut
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qu'il n'existe dans aucun pays sauvage, — dans aucun pays de la Nouvelle-Zélande, — un usage aussi barbare, aussi saugrenu, — aussi grotesque, aussi bête, — que celui qui consiste à rendre laborieusement — les appartements et les escaliers glissants. — En les cirant et en les frottant, les gens auxquels il m'est arrivé de dire cela — m'ont répondu : « C'est plus propre. »
Ces gens qui exposent eux et leurs connaissances à se rompre la colonne vertébrale sous prétexte de propreté — regarderaient à deux fois à se laver les mains l'hiver, s'ils ne pouvaient avoir d'eau chaude.
On rit beaucoup en France des sauvages qui se peignent les oreilles en rouge, — pourquoi? Parce qu'en France — on se peint les sourcils en noir, — et que ce n'est que sur les joues qu'on met du rouge. — On rit des Hottentots tatoués, — quoique la moitié de nos soldats et les deux tiers de nos serruriers portent sur les bras, peints en bleu ineffaçable, — des cœurs percés — et des Napoléons.
^t£ Mais on rirait bien plus si un voyageur venait d'un pays récemment découvert — et nous disait :
« Les naturels — ont un usage dont il est difficile de s'expliquer la raison.
» Au moyen de certaines préparations, ils rendent le plancher de leurs habitations tellement glissant, qu'il est impossible d'y faire un pas sans tomber, à moins d'une grande habitude et d'une extrême attention.
» Leurs escaliers, qui, par leur forme et leur disposition, présentent déjà assez de chances pour des chutes giaves, — sont également enduits de la même façon, — pour rendre les accidents inévitables, de fréquents qu'ils seraient seulement sans cette précaution.
» Nous avons tâché de découvrir le but secret de cette préparation, — mais ils gardent à ce sujet un secret impéné-
trable; — quelqu'un de nous avait pensé d'abord que cette habitude singulière avait le même but que celui qu'ont adopté les Chinois de ferrer et de déformer les pieds de leurs femmes au point de leur en rendre l'usage impossible ; — mais nous n'avons pu admettre cette explication, — parce que les hommes, chez nos naturels, ne sont pas moins exposés que les femmes aux accidents qui résultent fréquemment de cette coutume.
)> La seule explication un peu plausible que nous avons pu trouver est qu'ils attachent probablement quelque idée superstitieuse aux chutes imprévues, — de même qu'en France les bonnes femmes prennent pour un heureux présage le hasard qui leur fait mettre un de leurs bas à l'envers. — Peut-être les naturels dont nous parlons, considérant comme d'un favorable augure les chutes violentes, ont-ils cru ne devoir négliger aucun moyen de les rendre fréquentes et dangereuses. »
<^ç La douleur que cause la mort d'une personne aimée -est tellement profonde, — que la Providence a mis l'oubli le plus près possible, par pitié pour l'homme, qui ne pourrait supporter longtemps ce désespoir à un égal degré.
ej^£ On fêtait l'autre jour un des saints du mois de juillet chez un de nos peintres les plus connus ; — un de nos amis se trouvait parmi les convives bruyants — qui sablaient, comme on disait jadis, le vin de Champagne dans la chambre à coucher du peintre, transformée pour la circonstance en salle à manger.
Mon ami était à la droite de la maîtresse de la maison, — seconde femme du peintre en question, — remarié depuis quelques mois seulement. Il avait en face de lui le maître de la maison, derrière lequel s'élevait un beau dressoir gothique en Lois sculpté, — chargé de porcelaines de Chine — et surmonté de quelque chose comme une urne funéraire de très-mauvais goût.
Les verres et les paroles s'entre-choquaient, la gaieté était à son comble, — le maître de la maison surtout paraissait en
proie à une hilarité indicible ; — le contentement de soi et le bonheur de vivre se lisaient sur ses traits : — il souriait à ses amis — et paraissait fier de sa femme, dont la beauté, la grâce et l'enjouement — faisaient du reste le plus bel ornement de cette étourdie et étourdissante assemblée.
Tout à coup, — mon ami lève les yeux par hasard, probablement en suivant le vol d'une mouche — et, apercevant cette urne de mauvais goût, dont je vous ai parlé, — s'écrie : « Ah mon Dieu! — qu'est-ce que c'est donc que cet abominable machin que vous avez là-haut? »
Heureusement le bruit des verres et des conversations couvrit la question, qui ne fut entendue que de la maîtresse de la maison; elle se pencha à l'oreille de mon ami, et lui dit: « Taisez-vous donc! c'est le cœur de la première femme. »
*«^£ Monseigneur Blancart de Bailleul, évêque de Versailles, se trouve en ce moment dans un grand embarras : — voici l'histoire :
Il y a dans une commune de Seine-et-Oise — appelée Santeny, — un vieux curé — qui dessert la commune, je crois, depuis une trentaine d'années. C'est un bon vieux prêtre, qui a pris au sérieux le vœu de pauvreté, — qui ne possède rien au monde — et qui met tous ses plaisirs mondains — à faire pousser dans le jardin du presbytère des petits pois qu'à force de soins — il réussit presque toujours à voir en cosses avant tous ceux du pays, — et il met alors sa joie à en faire de petits présents.
Il y a quelque temps, un jeune prêtre allemand se présente au presbytère — et demande à parler à M. le curé, — >î. le curé était à table — se lève, le force à prendre place, et l'oblige à dîner avec lui — en affirmant qu'il ne l'écoutera pas sans cela.
— Vous êtes ici pour quelques jours?
— Mais... oui, répond le jeune prêtre avec embarras.
— Marianne, dit le curé à sa vieille servante, — il faut faire