IV. [i
un bon lit à monsieur, vous le bassinerez, — car il doit être fatigué. — A propos, Marianne, donnez-moi cette bouteille de vin — que l'on nous a envoyée.
Le jeune prêtre se repent amèrement d'avoir cédé aux instances du curé — et de s'être ainsi exposé à cet excellent accueil ; — comment lui dire qu'il ne vient pas lui faire une de ces visites que se font les prêtres entre eux, mais qu'il se présente— de par monseigneur Blancart de Bailleul, pour le remplacer.
D'ailleurs — le vieux curé cause avec tant d'abandon, — tant de bonté! — Le jeune homme remet au lendemain à déclarer l'objet de sa visite. Ils font ensemble la prière du soir, le curé conduit son hôte à sa chambre, — l'hôte ne tarde pas à s'endormir.
Le lendemain matin, il découvre en se levant qu'il a occupé le seul lit de la maison — et que le curé a passé la nuit sur un vieux canapé; — il se sent touché, — il veut partir sans rien dire, — et de quelque autre maison envoyer au bonhomme la dure nouvelle qu'il n'ose lui dire de vive voix.
Mais le déjeuner est prêt, — le bon curé a cueilli lui-même le dernier plat de ses petits pois; — il aborde son hôte avec tant de bienveillance, il lui serre la main avec tant de bonhomie, que l'autre n'ose refuser; — il s'assied ; — le bonhomme parle des trente ans qu'il a passés dans sa cure, — de l'amitié qu'il a pour ses paroissiens et de celle qu'il pense leur avoir inspirée : — il est heureux, mille fois plus heureux qu'il ne peut le dire ; — il aime sa maison, il aime son jardin — qui est si heureusement exposé, où les petits pois viennent si bien et sont si précoces! — le puits a une eau excellente et n'est pas profond : — c'est si commode pour arroser!
Comment précipiter le bon curé de tout ce bonheur-là? — comment lui arracher tous ses trésors d'un seul mot? Le jeune prêtre remet au tantôt à faire sa révélation ; — mais à dîner le
vieux lui dit : « Vous ne m'avez pas encore dit ce que vous venez faire ici. — Je ne vous le demande pas; mais, voyez-vous, — je parie que vous n'êtes pas riche ; — eh bien ! vous pouvez rester ici tant que vous voudrez ; — regardez cette maison comme la vôtre ; — l'ordinaire n'est pas somptueux, mais il y a assez pour nous deux et pour Marianne. »
Comment prendre brutalement à un homme qui offre tout de si bon cœur?
Toujours est-il que huit jours se passent ainsi, — au bout desquels — le jeune prêtre se trouve mille fois plus embarrassé que le premier. — Enfin il prend le parti qu'il avait imaginé le premier jour; — il quitte sans rien dire le presbytère, et envoie au curé une lettre dans laquelle — il lui raconte — et la cause de son arrivée — et son embarras et son chagrin.
Le vieux curé relit la lettre à plusieurs reprises ; — n'en peut croire ses lunettes, se la fait relire par Marianne, — des pleurs s'échappent de ses yeux. — Il fait chercher le jeune homme et lui dit :
— Qu'ai-je fait à monseigneur? — on ne déloge plus à mon âge que pour prendre son dernier logement; — je suis vieux, —il ne pouvait donc pas attendre un peu? — Où veut-il que j'aille?
— Je n'en sais rien, répondit le jeune homme; — mais les ordres sont formels, et les voici. •
— Mon Dieu! s'écria le curé, — comment y a-t-il tant de dureté dans le cœur des chefs de votre Église ! — Que veut-on que je devienne, — vieux et pauvre comme je suis? — Mais obéir, ce serait un suicide, et je n'obéirai pas. — Monsieur, ditil au jeune prêtre, — allez dire à monseigneur de Bailleul que je n'abandonnerai pas mon église ; — que, si l'on veut m'en arracher, il faudra qu'on emploie la violence.
Voici un schisme à Santeny.
Le jeune curé in partibus — va loger chez le charpentier de l'endroit.
L'ancien curé reste au presbytère — et refuse les clefs du tabernacle et le calice, — dont il continue à faire usage. — Le jeune dit aussi la messe, — mais avec des ornements loués ou empruntés.
Que va faire monseigneur Blancart de Bailleul? — Va-t-il révoquer ses ordres, — ou les faire exécuter en employant la force ?
Peut-être monseigneur, distrait par d'autres préoccupations, ne sait-il pas qu'il y a en France beaucoup de villages qui n'ont pas de curé, — ce qui ne rend nullement nécessaire d'en mettre deux à Santeny.
^£ On rapporta dernièrement à deux hommes bien placés dans l'administration que M. Passy avait dit, en parlant d'eux : « L'un est un fou, l'autre est un voleur. »
— Cela ne se passera pas ainsi ! s'écria M. ***.
— Et comment voulez-vous donc que ça se passe? — lui demanda son compagnon d'infortune.
— J'obtiendrai raison de M. Passy; — je me battrai avec lui.
— Il refusera de se battre avec son subordonné.
— Oui, eh bien! je vais donner ma démission.
— Vous êtes fou !
— Comment dites-vous?
— Allons, allez-vous me chercher querelle aussi à moi?
— Non, je veux savoir ce que vous m'avez dit.
— Je vous ai dit : « Vous êtes fou. »
— Alors , je suis content , et je ne demanderai rien à M. Passy.
— Comment? que voulez-vous dire?
— M. Passy a dit de nous deux — « l'un est un fou, l'autre est un voleur. » — Vous dites que c'est moi le fou, — donc c'est vous qui êtes... Vautre; c'est à vous à vous fâcher.
$$g M. ***, — commissaire-priseur, — a, l'autre jour, mis sur la table, comme on dit à l'hôtel de la place de la Bourse, un
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violon de Stradivarius, — avec toutes les attestations nécessaires à l'authenticité de son origine. — M. *** l'a ainsi nommé : « Un violon de Stra, dit Varhts. »
$fe Comme on présentait à M. Guizot pour une place de consul qui se trouvait vacante un homme qui réunissait les deux conditions principales de l'ancienneté et de la capacité , — M. Guizot répondit : « C'est vrai, mais que voulez-vous, il faut avant tout obéir aux exigences parlementaires; dites à voire candidat de se faire appuyer par des députés de V opposition,
a^g On trouve à la quatrième page des journaux une annonce ainsi conçue :