‹ Les guêpes (volume 3)Chapitre 39 sur 49 · PLUMES ROYALES DE BOOKMAN · texte numérisé non relu

PLUMES ROYALES DE BOOKMAN

Ces plumes sont inoxydables.

C'est-à-dire que les plumes royales de Bookman sont inoxydables dans une encre qui préserve de l'oxydation ,- comme X encre royale de Johnson.

Et que, de son côté, l'encre royale de Johnson préserve de l'oxydation — les plumes qui sont inoxydables, — comme les plumes royales de Bookman.

J$g On trouve encore à la quatrième page des mêmes journaux une autre annonce qui n'est pas indigne de l'attention :

LOTION DE GOWLAUW.

« Le célèbre inventeur de cette lotion, le docteur Gowlauw, médecin du prince de Galles en 1755, — rencontra dans l'exercice de ses fonctions élevées des circonstances particulières qui exigèrent qu'il dévouât longtemps ses talents à l'étude des maladies de la peau. »

Je l'ai dit, — l'annonce ne respecte rien ; — la voilà qui jette sur la mémoire du prince qui fut depuis roi d'Angleterre — une dégoûtante insinuation. — Mais ce qu'on ne saurait trop admirer, — c'est le sérieux et l'industrie de celui qui imagine que le médecin du prince de Galles a dû, plus que tout autre, avoir à s'occuper des maladies de la peau.

4J^£ Voici un aperçu de M. Vivien — qui n'a pas semblé heureux. — Il était question de l'élection de M. Pauwels, — élection qui a été ajournée — parce qu'il, y a eu deux bulletins signés qui ont été comptés à M. Pauwels contrairement à l'intention de la loi, qui veut que les votes soient secrets.

D'autre part, M. Pauwels est accusé d'avoir amené deux électeurs en voiture.

Là-dessus — M. Vivien s'écrie — contre M. Pauwels :

« Messieurs, le fait des deux bulletins signés est grave, mais ce n'est pas tout ; et, à propos de ce fait, un rapprochement me frappe : il y a eu deux bulletins signés, et M. Pauwels avoue avoir été chercher deux électeurs. »

Il ne s'est trouvé personne — pas même M. Pauwels, pour dire à M. Vivien : « Mais, monsieur, tout le monde sait que la loi défend de voter avec des bulletins signés ; donc M. Pauwels serait allé chercher exprès, en voiture, les deux électeurs qui devaient entacher son élection d'illégalité et en faire prononcer au moins l'ajournement. »

<$& Les quatre-vingt-six départements de la France — envoient à Paris quatre cent cinquante-neuf députés — qui ouvrent la session — en faisant un serment qui n'est pas formulé en français.

« Je jure fidélité... etc.. et de me conduire en bon et loyal député. »

Il faudrait dire : « Je jure d'être fidèle, » — ou répéter « je jure » — au second membre de la phrase.

<^*£ Tous les partis se sont accusés mutuellement d'avoir

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corrompu des électeurs pour faire nommer leurs candidats , — cela me paraît un terrible argument contre le suffrage universel et l'abaissement du cens électoral. — En effet, s'il est si facile de corrompre des gens qui sont riches, puisqu'un électeur doit payer deux cents francs de contributions directes, — qu'adviendra-t-il quand vous admettrez au scrutin des hommes pauvres et besogneux, — sinon ce que je vous ai annoncé déjà plusieurs fois, — c'est-à-dire des électeurs à trois francs, — à deux francs cinquante centimes, si on prend une certaine quantité, avec le treizième en sus ?

J^g Un député a été accusé d'avoir fait boire deux électeurs ; la chose était attestée par une protestation signée de plusieurs électeurs ; — c'est une jolie chose que le gouvernement représentatif, si les représentants du pays pensent euxmêmes qu'on peut obtenir les suffrages de ses concitoyens au moyen de quelques verres de vin. — Toujours est-il que le député accusé a apporté à la Chambre un certificat de ses deux électeurs, qui affirment sur l'honneur qu'ils étaient un peu gais, mais nullement ivres au point de n'avoir pas su ce qu'ils faisaient.

^£ M. Pauwels a été convaincu d'avoir emmené deux électeurs dans sa voiture ;

Conséquemment de les avoir corrompus.

Ali ça! messieurs les députés, sérieusement, c'est donc en France une chose déjà bien avancée et bien faisandée que la masse électorale, — puisqu'elle n'attend qu'un aussi futile prétexte pour se corrompre ?

Parlez-moi de l'Angleterre, — où une élection coule pour le moins un demi-million ; — à la bonne heure, — mais en France, c'est honteux : — un litre de vin ou une promenade en voiture.

-Sfe QIU osera maintenant saluer un électeur , — ou sa femme , ou sa nièce , si l'électeur est chose si fragile

qu'on ne .puisse le rencontrer sans risquer de le corrompre!

Les divers partis qui composent la Chambre se sont reproché, avec preuves à l'appui, — une foule de manœuvres peu honorables. — Le ministère n'a pu nier que maladroitement certaines munificences qu'un hasard malheureux a placées quelques jours avant les élections. — Le parti de la République et le tiers-parti — se sont, de leur côté, fort mal défendus de leur alliance avec les légitimistes. — M. Barrot, entre autres, a remarquablement pataugé à ce sujet.

*$$: Mais, — au nom du ciel, — que prouve tout ceci ? — que les hommes sont avides et rapaces. — Ne le savions-nous pas déjà? — Commencez donc par être une fois tous d'accord pour décréter — le désintéressement, le patriotisme, l'abnégation ; jusque-là ce sera la plus laide et la plus sotte chose du monde que votre gouvernement représentatif.

^^ Le Siècle a eu dernièrement à soutenir un procès — parce qu'un de ses rédacteurs s'était permis quelques critiques à l'égard des produits d'une madame H..., — marchande de modes, — je crois, — ou de quelque chose d'analogue.

Plusieurs procès de ce genre avaient déjà été jugés en faveur des marchands contre les journalistes.

Cette fois, cependant, le tribunal a pensé sagement — qu'il ne fallait pas punir les rares effets des remords qui peuvent s'emparer des journalistes à l'occasion de leur complicité quotidienne avec les marchands de n'importe quoi. Le jugement qui a acquitté le Siècle — est d'autant plus remarquable, que cent exemples dans un an viennent démontrer que les tribunaux, qui ne reconnaissent pas en fait la propriété littéraire, — n'appliquent les lois que contre les écrivains — et point pour eux.

En effet, une marchande de modes a cru pouvoir intenter un procès à un journal, parce que ledit journal avait trouvé qu'elle faisait pencher ses plumes un peu trop à gauche, — ou que ses

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capotes n'avaient pas tout à fait aussi bon air que celles de mademoiselle une telle.

Et en cela elle était encouragée par des précédents nombreux de procès ainsi intentés et gagnés.

Mais qu'un écrivain pâlisse sur un ouvrage, qu'il y consacre de longues veilles, qu'il y mette les études et les souffrances de toute sa vie ;

Le moindre grimaud, — le petit jeune homme auquel on confie des articles d'essai pour son admission à un journal, dit impunément que le livre est mauvais, que l'auteur n'a pas le sens commun, etc., etc.

<^£ Un tribunal rirait beaucoup, — et croirait qu'on lui apporte une cause grasse, — si un auteur s'avisait de lui déférer une plainte relativement à un fait de ce genre.

Et cependant — c'est assez quelquefois pour influencer un grand nombre de lecteurs, — pour empêcher l'auteur de trouver un libraire, c'est assez pour le ruiner.

Mais la justice ne reconnaît que la propriété des choses matérielles. — M. Hugo et M. de Lamartine, s'ils veulent être pris par elle au sérieux, devront se faire marchands d'allumettes chimiques ou fabricants de cirage podophile.

En énumérant le mois passé tout ce que j'avais obtenu de protection de la part des rois, d'États, de vaisseaux, pour la somme de soixante-quinze centimes, je disais que je donnerais volontiers soixante-quinze autres centimes pour trouver comme écrivain la protection dont je jouis comme pêcheur. — Voilà un exemple de ce que j'avançais :

Il y a environ deux mois, j'appris, par deux feuilletons de Janin et de Théophile Gautier, que trois ou quatre messieurs avaient bien voulu prendre dans un petit roman de moi, qui s'appelle Hortense, — le sujet d'une pièce jouée sur le théâtre du Vaudeville.

Quelques jours après je vis, dans un autre journal, l'analyse

d'une autre pièce jouée sur le théâtre du Palais-Royal, — et intitulée -.Dans une armoire. Cette pièce est entièrement prise dans un petit conte qui a été imprimé sous le titre de : Histoire de tant de charmes ou de la Vertu même.

Je ne fais pas partie de la Société des gens de lettres, — d'aucune autre société. — Je n'aime pas qu'un musicien ou poëte puisse aller prendre au collet un homme qui fredonne dans la rue une romance de lui, — en lui disant : « C'est trois francs. »

Je me contentai donc d'écrire à M. Dormeuil, — directeur du théâtre du Palais-Royal, — et le soir accessoirement père noble et jouant les rôles à canne, les utilités, etc.

Je disais à ce M. Dormeuil — que je ne venais pas inquiéter ses auteurs — dans leurs droits et recettes, mais que, sachant peu leur nom, — ei pas du tout leur adresse, je le priais de me rendre, d'accord avec eux, une justice qui ne leur coûterait rien.

Le même sujet, avec les mêmes détails, paraissant à la fois sur le théâtre du Palais-Royal — et dans un livre de moi, — je ne voulais pas que le public, — qui ne s'amuserait pas à consulter les dates, — m'accusât d'avoir pris l'ouvrage de MM. Laurencin et... je ne sais qui...

Il me semblait donc qu'il serait honnête à ces messieurs de mettre sur l'affiche que leur pièce était tirée d'un ouvrage de moi.

M. Dormeuil ne crut pas devoir me répondre.

Sur ces entrefaites j'arrivai à Paris, et j'allai, avec un de mes amis, demander une réponse à M. Dormeuil; j'eus beaucoup de peine à rencontrer cet acteur, — qui s'excusa de ne pas m'avoir répondu, et m'affirma qu'il avait cru en être dispensé parce qu'il avait fait droit à ma réclamation immédiatement en mettant sur l'affiche la note que j'avais demandée.

« Du reste, me dit-il, la pièce n'a pas eu grand succès, elle est mal écrite, — comme tout ce que fait M. Laurencin. »

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Je me retirai — et ne pensai plus à la chose.

Mais voilà que j'apprends que M. Dormeuil — n'a point mis sur ses affiches ce qu'il m'a dit y avoir mis.

Pour moi je suis assez embarrassé; — que puis-je faire à M. Dormeuil pour le punir de jouer le jour des Scapins, les La/leur, les rôles les plus honteux du répertoire comique ? Rien , sinon de le siffler en plein jour et en pleine rue, — quand je le rencontrerai, comme si j'avais encore dix-huit ans.

Ce n'est pas par une semblable conduite que messieurs les comédiens plaideront avec succès contre le préjugé qui les sépare de la société, et dont ils se plaignent si amèrement.

Je me défie beaucoup des grands hommes, des héros de désintéressement et de dévouement à la patrie, dont les organes de certains partis veulent aujourd'hui nous imposer l'admiration et le joug, — quand je relis dans les journaux et les brochures; publiés il y a treize ou quatorze ans, — précisément les mêmes éloges pour des gens à l'égard desquels ils ne trouvent pas aujourd'hui assez d'injures.

$fez Voici quelques lignes prises rau hasard dans un gros livre publié sous les auspices de ce qn'on appelait alors le Comité directeur, — sous le titre de Biographie des Députés.

Session de 1828.

Imprimerie de Anthelme Boucher, — rue des Bons-Enfants, 34.

« L'opposition d'aujourd'hui (1828) peut être regardée comme le type d'une véritable représentation nationale; elle renferme l'élite de la France. »

N. B. C'est cette opposition qui est aujourd'hui aux affaires. — Le langage des journaux et des brochures a un peu changé à leur égard.

^£ M. de Chantelauze est un homme de courage et de patriotisme qui ne cédera jamais aux suggestions de l'autorité.»

$feç. Un des hommes sur lesquels, depuis dix ans, il a tombé

l'averse la plus drue d'injures et de quolibets, est M. Etienne. — Le journal le plus bafoué est sans contredit le Constitutionnel. — Lisez :

« Etienne (Meuse, candidat libéral). C'est un député dont le nom seul vaut la biographie la plus étendue. Homme de lettres distingué, rédacteur du Constitutionnel et de la Minerve, ses titres à la députation sont bien connus de tous les amis des libertés publiques. Comme littérateur, M. Etienne, ancien membre de l'Institut, éliminé par M. de Yaublanc, a fait ses preuves de telle manière, qui/ serait puéril de les rappeler : comme publiciste, il a assuré à la Minerve le succès de vogue qu'elle a obtenu, par les délicieuses lettres sur Paris dont il a enrichi cet important ouvrage. Il a également assuré le succès du Constitutionnel, répandu aujourd'hui dans les quatre parties du monde. Comme député, il a soutenu les intérêts de ses concitoyens avec autant à' énergie que de talent. On se rappelle surtout sa belle et touchante improvisation en faveur de son honorable collègue et ami Manuel, expulsé, par l'arbitraire et la tyrannie, d'un poste où il avait été porté par la volonté libre du peuple français. M. Etienne n'a pas fait partie de la Chambre septennale. Il viendra jeter une nouvelle lumière sur la nouvelle Assemblée, chère à tant de titres aux véritables libéraux. »

2$$t Et M. Jacques Lefebvre, — qu'on appelle aujourd'hui ioup-cervier, — Fesse-Mathieu, — gorgé des sueurs du peuple, etc., voici son article :

« M. Jacques Lefebvre (ferme libéral) :

» Ce banquier est connu depuis longtemps pour un des membres les plus éclairés du commerce français.

» Les opinions politiques de M. J. Lefebvre ne sont pas douteuses : indépendant par sa position comme par son caractère, îl sera l'un des plus fermes défenseurs de la monarchie constitutionnelle.

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» Mandataire exact et scrupuleux dans les transactions privées, M. J. Lefebvre s'acquittera avec la même fidélité de la grande mission qui lui est confiée. Il sera un de ces hommes nouveaux, libres de tous fâcheux antécédents et destinés à faire revivre parmi nous,, la probité politique, vertu si nécessaire pour mettre fin aux agitations de notre patrie. »

Et M. Sébastiani, — comment le traitent aujourd'hui ceux qui disaient alors de lui :

« Nous devons nous borner à remercier les électeurs de l'Aisne. La France leur doit la nomination d'un des plus illustres et des plus généreux défenseurs de ses droits, etc. »

D'où dérive naturellement ce petit raisonnement : — ou messieurs les publicistes se sont étrangement trompés à cette époque, — et nous ne sommes pas obligés de nous en rapporter aujourd'hui à leur clairvoyance ;

Ou ils étaient simplement les compères de leurs grands hommes d'alors, — et leur grande colère vient de ce que les compères, au jour de la curée, n'ont pas voulu partager la recette.

Ce qui fait qu'ils recommencent le même jeu, — avec les mêmes paroles, — absolument comme aux parades des escamoteurs ; — dans l"un et l'autre cas, qu'ils soient dupes ou complices, — on a aujourd'hui le droit d'avoir quelque défiance et de s'en servir.

e^£ Qu'est devenu l'ancien serviteur dont le type se retrouve si fréquemment dans les romans et dans les comédies ? — ce domestique vertueux, sensible et désintéressé, qui pleure des chagrins de ses maîtres, qui pleure de leur joie, — qui pleure en embrassant l'enfant de la maison, — qui pleure en conduisant le grand-père au cimetière, — qui pleure en suivant la petite-fille à l'autel?

Où est-il, ce domestique, — presque toujours un vieillard à cheveux blancs, qui, lorsque la fortune de ses maîtres vient à

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