MÈRE DE LA RÉGIE
C'est ainsi que M. de Rambuteau écrit et prononce ce qu'on lit en effet sur les vitres des bureaux de tabac : Tabac à fumer de la régie.
Le 25 novembre, la Sainte-Catherine, fête des filles, — comme le dit une vieille chanson :
Aucun jardin n'est resté vert; L'amour et l'hymen, malins drilles.
Exprès, pour punir les filles, Ont mis leur fête l'hiver.
J$g Quand on voit une de ces belles jeunes filles au visage calme, au maintien modeste, aux cheveux lissés sur le front, aux regards doux et incertains, — l'imagination ne la sépare guère de son vêtement, il semble qu'elle ait des pieds de satin, — et que ce nuage bleu que forment autour d'elle les plis de îa gaze qui descendent jusqu'à terre — soit son corps.
Mais qu'il est difficile de ne pas rompre ce charme mystérieux, — cet amour sans désir, — cet amour religieux et poétique !
Il suffit d'une mère qui vienne dire : « Ma fille est un peu malade, — elle a monté à cheval, elle a les caisses rompues. » Ou : « Ne cours pas, on verrait tes jambes. » Ou : « Je lui ai acheté des chemises de batiste — ou des jarretières. » Et combien peu de mères savent se priver de pareilles mentions!
$fez décembre. — Il semble que l'âge d'or va renaître : — les femmes aiment leurs maris, les enfants entourent leurs parents de respect, les domestiques sont empressés et laborieux, les portiers sont polis. — C'est surtout à prendre du 15 de ce mois que ces changements se font apercevoir d'une manière sensible ; — toutes sortes de beaux sentiments sont tirés du
cœur comme les fourrures des cartons ; — les uns comme les autres secoués, brossés et remis à neuf. — En ce mois finira une année qui aura eu, comme celles qui la suivront et celles qui l'ont précédée, cinquante-deux dimanches, et aura été remplie des mêmes passions, des mêmes sottises, des mêmes craintes, des mêmes désirs ; — la forme seule change un peu,
— le fond reste toujours le même, — malgré les opinions contradictoires et de ceux qui se félicitent du progrès — et de ceux qui se plaignent que le monde dégénère.
ej^jç fouies et marchés. — Plusieurs réélections auront lieu à la Chambre des députés. Les journaux avertiront de l'époque des foires et marchés qui seront tenus à cet effet dans divers départements ; — les voix y seront payées à leur valeur. — MM. les maires garantissent aide et protection aux marchands.
— Une danseuse verte sera rengagée au théâtre de l'Opéra. — Un publiciste, ardent ennemi du pouvoir, sera nommé souspréfet dans une ville du Nord. — Une jeune cantatrice enlèvera à une rivale qui a plus de talent qu'elle, — mais qui a du talent depuis longtemps , un rôle écrit pour ladite rivale dans un opéra-comique de M. Auber. — Plusieurs bureaux de tabac seront accordés à plusieurs femmes quelconques, sur la recommandation des honorables MM. ***, — ***, — ***, etc. — Madame Lebœuf, femme du député de ce nom, sera invitée aux bals de la cour. — Un jeune peintre sans talent, — neveu d'un député de l'opposition, recevra du ministère de l'intérieur des travaux extrêmement importants. — Il sera accordé une nouvelle direction de -théâtre. — Le Journal des Débats protégera le gouvernement actuel. — Mademoiselle de ***, qui est si belle,
— épousera M. ***, qui est si laid. — Des places seront données en foule à toute sorte de arens. — Des croix d'honneur seront distribuées.
*^ anecdotes. — Un ancien administrateur poursuivait depuis quelques mois M. Villemain de ses demandes et de ses
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réclamations. — Il ya quelques jours, le ministre reçoit une dernière lettre dans laquelle l'ex-fonctionnaire annonce qu'il est désespéré, — qu'il est réduit à la plus affreuse misère, etc., etc.
M. Villemain envoie sous enveloppe une réponse consistant en un billet de cinq cents francs.
Le lendemain, il lui est remis une lettre ainsi conçue :
« Monsieur, je demandais justice, — mais je ne demandais pas l'aumône ; ne croyez pas acheter mon indépendance par vos bienfaits. — Je vous renvoie votre billet de cinq cenls francs, pour lequel, sans doute, vous vous êtes trompé d'adresse. — Votre serviteur, etc. »
M. Villemain admiré-— et tourne le feuillet pour reprendre le billet de cinq cents francs annoncé. — Il ne le voit pas; il cherche à ses pieds, — peut-être l'a-t— il fait tomber en ouvrant précipitamment la lettre : — il n'est pas à ses pieds. — Il cherche dans ses poches, — peut-être l'y a-t-il mis par distraction : —il n'est pas dans ses poches.
L'ex-fonctionnaire n'avait pas renvoyé le billet. Il s'était contenté de l'envoi de la lettre superbe — qu'il avait montrée à trente personnes.
J^g Un jeune écrivain, le baron T***, nous contait dernièrement des particularités curieuses sur les chemins de fer aux États-Unis. — Je regrette de ne me rappeler que les choses sans me rappeler la façon dont il les disait.
Aux États-Unis on ne s'amuse pas à niveler le terrain, — à aplanir des côtes, à supprimer des montagnes ; — on jette deux rails d'un endroit à un autre, — sur les montées, sur les vallons, dans l'herbe, — puis on lance les wagons sur ces rails et i'on va le plus vite possible ; — les vaches et les bœufs — paissent sur le chemin ; — les wagons sont précédés d'une sorte de proue qui les ramasse, qui les entraîne et les jette plus ou moins broyés à droite et à gauche.
e^te Tout cela donne lieu à une foule d'accidents; souvent
un rail se brise, — le bout brisé — alors se redresse, et dernièrement une de ces lances de fer a percé un wagon et blessé plusieurs voyageurs.
On remarquait, à ce sujet, à quel point les choses changent sous nos yeux chaque jour, — mais tout progrès n'est pas une amélioration; — pendant bien longtemps, il est vrai, les voyageurs ont traversé les chemins; — mais, quelque ami que l'on soit du changement, — on ne saurait approuver cette tendance révolutionnaire que manifestent les chemins à traverser à leur tour les voyageurs.
Lorsqu'il s'agit, à l'Académie, de distribuer les derniers prix de vertu, — un académicien, M. D***, — racontant à ses collègues — la belle conduite d'une pauvre fille qui, sur son travail, avait, pendant plusieurs années, nourri une famille à laquelle elle n'était alliée que par sa générosité, — dit par distraction : « Et cette vertueuse fille — trouvait moyen, sur son faible gain, de donner chaque jour à cette misérable famille deux kilomètres de pain. »
Tout le monde se mit à rire de ce lapsus linguce — et à s'extasier sur cette immense tartine. — Un des confrères de l'académicien prit la parole et dit : « Messieurs, loin de rire comme vous de la distraction qui a fait dire à notre collègue kilomètres pour kilogrammes, — je le féliciterai de cette protestation contre une langue barbare imposée à l'Académie française par la police de Paris. »
ej^£ André entre chez M***, qui peint dans son atelier. « Bonjour. — Bonjour. — Comment vas-tu? — Bien, et toi? — Très-bien. — Tu n'en as pas l'air. — Tu as raison, — 'ça va mal. — Diable! est-ce que tu es malade? — Non. »
André prend une pipe, la bourre de tabac, — l'allume, la laisse éteindre, — la rallume, fredonne un air. — Pendant ce temps, M*** continue à travailler. « Rien ne me réussit, — dit André, — je n'ai pas de travaux, je n'ai pas d'argent, — j'ai
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des dettes, — je voudrais être mort. » M*" alors pose son pinceau sur son chevalet, — le regarde d'un air surpris — et dit.: « Ah! tu voudrais être mort! — eh bien! tu n'es pas dégoûté. »
^^ L'enseigne du marchand de nouveautés du coin de la rue de Seine est toujours décorée de l'ordre de la Légion d'honneur. 0
^$t Comme on parlait de M***, — quelqu'un demanda : « A-t-il des filles? — Non, répondit M. Romieu, — et tant mieux pour elles. »
*$$z Un journal qui a publié les portraits d'un grand nombre de célébrités contemporaines, en mettant au-dessous quelques vers souvent assez heureux, — nous a paru s'être trompé en faisant imprimer ceux-ci au-dessous du portrait de M. Etienne Arago, vaudevilliste, et frère deM. François Arago, l'astronome :
Dans la famille on sait d'avance Gomment le partage se fit :
François prit toute la science, Etienne garda tout l'esprit.
Ce qu'il y a de remarquable en ceci, c'est que le journal en question suit une ligne politique dans laquelle l'admiration sans bornes pour M. François Arago est de rigueur.
Or, si l'on s'en rapportait aux susdits vers, M. Etienne ayant gardé tout l'esprit, — M. François n'en aurait aucun vestige; — il est vrai que, ledit M. François ayant pris toute la science, M. Etienne resterait avec la plus profonde ignorance de toutes -choses ; — je crois que chacun de ces deux messieurs serait en droit de se plaindre ; — mais que dira M. Jacques, un troisième frère, qui fait des livres et des vaudevilles? — que lui restera-t-il? Et n'y a-t-il pas aussi un quatrième frère, M. Emmanuel,,qui est avocat? quel est son lot? — et je ne sais combien d'autres, car la famille des Arago est nombreuse comme celle
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des Atrides, — et elle a fait autant de vaudevilles que celle des Atrides a causé de tragédies.
4^£ J'aurai, quelque jour, à vous parler longuement d'un monsieur qui sera quelqu'un de ces jours député, — et qui n'est pour le moment que membre du conseil municipal de Nîmes — et chevalier dé la Légion d'honneur, comme tout le monde.
Ce monsieur a été bonnetier, — comme M. Ganneron a été fabricant de chandelles; — comme M. Ganneron, il a fait une belle fortune dans son commerce.
On raconte qu'à un voyage de quelques jours que fit à Nîmes une des princesses de la branche aînée — l'ex-bonnetier trouva moyen d'être, par le conseil municipal, nommé chevalier d'honneur de la duchesse. — Il était au comble de la joie, — il prenait tous les prétextes pour parler à voix basse à la princesse. « Mais que dit-il donc ainsi? demanda quelqu'un. — Vous le voyez, répondit-on, il parle bas. »
Jusqu'ici cela me serait parfaitement égal, — mais ce qui me l'est moins, — c'est que ce monsieur, qui arrivera un jour à la Chambre — comme défenseur des intérêts populaires — comme dévoué à la classe malheureuse, — loue sept francs par an à de pauvres diables le droit de ramasser des escargots dans ses bois.
||j|^ A une des dernières élections — l'affaire était chaudement disputée. — Le parti de l'opposition fit boire un électeur outre mesure.
Le parti contraire s'aperçut de la chose, — et, pensant, selon toutes probabilités, que ce serait une voix gagnée pour ses adversaires, — prit sans façon l'électeur aviné, et le mit comme un paquet dans la diligence de Paris qui passait.
Le lendemain — on vote — et tout s'explique : — l'électeur envoyé à Paris devait voler pour le candidat conservateur. — Les omis du candidat de l'opposition n'avaient pas voulu le griser pour qu'il votât avec eux, — mais l'enivrer tout à fait pour qu'il ne votât pas, — n'ayant pu, par aucun moyen, le dé-
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cider à passer sur leur bord. — Les conservateurs avaient donc fait, dans l'intérêt de leurs adversaires, ce que ceux-ci n'avaient pas osé faire pour eux-mêmes.
$fe Le procès de Besson est terminé — il a été condamné à mort.
Nous avons déjà donné notre opinion sur cette scandaleuse affaire. — Besson, domestique de M. de Marcellange, est chassé par lui pour avoir menacé de le tuer ; — la femme et la belle-mère de M. de Marcellange prennent Besson à leur service particulier. — M. de Marcellange est assassiné, la rumeur publique accuse Besson, — on le met en prison ; — là, les dames de Cliamblas lui envoient un lit, — et chaque jour un plat de leur table; — un témoin — plus qu'un témoin peut-être, — Marie Boudon, — a été emmenée en Suisse par les dames de Chamblas et n'a pas reparu.
Des charges tellement fortes s'élèvent, aux débats, contre les dames de Chamblas, que le procureur du roi en est atterré et se trouve presque mal à l'audience.
Cependant je ne sais quelle égide protège ces femmes, — on arrête et on condamne des témoins pour faux témoignage, — on ne surveille même pas les dames de Chamblas ; — cependant Besson est condamné à mort, donc la plus grande indulgence accuse les dames de Chamblas au moins de faux témoignage, — puisqu'elles ont juré qu'il n'avait pas quitté leur maison le jour où il assassinait son maître à six lieues de là.
Les journaux de toutes parts avertissent le ministère public que les dames de Chamblas sont en fuite, — le miniclère public fait la sourde oreille — le procès s'instruit de nouveau : — on ne trouve plus les dames de Chamblas, — le ministère public n'ose pas élever la voix contre elles, — l'avocat de la famille Marcellange, qui demande vengeance de la mort du malheureux assassiné, — n'ose risquer que des allusions; — enfin, vaincu par la rumeur, par l'indignation publiques, — le pro-
cureur du roi — finit par parler ; mais sa pensée est entourée de nuages.
Il parle des dames de Chamblas avec une respectueuse terreur : — « Elles sont en fuite, dit-il, — elles ont une punition terrible, seule punition que le monde puisse leur infliger, — l'exil et les remords. »
Vraiment, monsieur, croyez-vous que Besson, que vous venez de faire condamner à mort ; Arzac, qui est aux galères, ne s'arrangeraient pas parfaitement de cette terrible punition, l'exil et les remords ? — Laissez seulement ouverte un instant la porte de leur prison, et vous verrez avec quel empressement ils se condamneront eux-mêmes aux remords et à Ve.x\l, — cette terrible punition.
En un mot, voici le résultat de votre jugement : — je parle ici au procureur du roi, aux juges et aux jurés.
Arzac est condamné aux travaux forcés — pour avoir porté un faux témoignage en faveur de Besson.
Ce qui est prouvé aux débats, — prouvé pour vous jusqu'à l'évidence, — puisque vous avez condamné Besson à la peine de mort, — puisque pour vous Besson a assassiné M. de Marcellange, — c'est que les dames de Chamblas ont, — comme Arzac, — rendu un faux témoignage en faveur de Besson — et qu'elles ont rendu ce témoignage pour sauver l'assassin de leur gendre et de leur mari.
Je ne vous donne pas ici mon opinion, — je vous donne la vôtre, — la vôtre approuvée par un jugement terrible, — par une condamnation à mort.
Et si vous rapprochez de ce fait les autres circonstances des débats, — ne vous naît-il pas d'autres pensées dans l'esprit? — D'où vient donc que ces pensées que tout le monde a, personne, — ni au tribunal ni dans la presse, n'a osé les formuler tout haut? — Quelle puissance invisible protège donc ces deux femmes ? — quel danger mystérieux court donc l'imprudent
qui parlerait hautement? quel prestige vous frappe donc tous de terreur? — Ce danger, je veux le connaître, — et je vais m'y exposer pour le connaître.
Dans ma conviction, sur mon âme et sur ma conscience, — ou Besson est innocent, — ou madame de Chamblas et madame de Marcellange sont ses complices.
Par votre jugement vous avez déclaré qu'elles avaient rendu, comme Arzac, le pauvre berger qui est aux galères pour ce fait, un faux témoignage en faveur de Besson. Et quand ce faux témoignage a pour but de sauver l'assassin du gendre de l'une, du mari de l'autre, —comment l'appelez-vous?
« Ou Besson est innocent, ou les dames de Chamblas sont ses complices. »
^r£ Un homme fort petit — parlait de sa force prodigieuse devant M. Dorsay, — qui est d'une taille élevée : « Monsieur, disait-il avec ce ton haineux qu'ont les hommes de petite taille quand ils parlent des grands, — il n'y a pas un exercice de force ou d'adresse, — il n'y a rien, en un mot, que fasse un homme aussi grand que vous — que je ne m'engage à faire aussi bien que lui. »
M. Dorsay, — levant le bras, — toucha du bout du doigt le plafond du salon et lui dit : « Faites cela, »
^^ Le dieu Cheneau prépare contre moi des foudres imprimées ; — je suis entré dans le sanctuaire à deux reprises différentes : la première fois, j'avais retrouvé dans une armoire un vieux paletot auquel il manquait des boutons. — Je suis allé chez M. Cheneau, — là je n'ai vu que son co-mercier. Je dois ici faire l'éloge desdits boutons, — je serai forcé de faire mettre un paletot neuf à ces boutons-là.
La seconde fois, j'ai pénétré dans l'arrière-ciel du dieu mercier, cette partie de l'Olympe chauffée par le charbon de terre, — éclairée par le gaz, — donne par son excessive chaleur un avant-goût des peines de l'enfer. — Le dieu serait blond — s'il avait des cheveux.
$fet C'est un métier très-couru aujourd'hui que celui de Mécène ; — beaucoup de gens riches protègent les écrivains et les artistes de talent ou de réputation. Les écrivains leur font présent de leurs livres, — ou leur donnent des loges le jour qu'on représente leurs pièces ; les artistes jouent gratuitement à l^eufs soirées.
Ah! c'est là ce que vous appelez des Mécènes; mais c'est une spéculation sordide. — Je ne vous empêche pas d'apprécier la chose comme vous l'entendez, — mais c'est comme cela.
Mademoiselle R*** est une jeune artiste qui jouit en ce moment d'une grande réputation. — Il est d'assez bon genre de l'avoir dans son salon. — Si elle se faisait payer, cela serait fort cher, — on pourrait encore ne pas la payer, — on m'a dit qu'elle ne le veut pas ; — mais il faudrait lui faire de riches cadeaux. — Il faut donc la recevoir comme amie.
Mademoiselle R *** est dans une position qui l'expose à beaucoup de récits ; — on accepte facilement sur elle, comme sur tous les gens en évidence, les anecdotes les plus saugrenues. — Quelques-unes sont vraies, — la plupart sont fausses ; — beaucoup de gens les croient toutes.
Mais chez madame Réc*** on ne souffre pas la moindre atteinte à la renommée de la jeune actrice ; — si vous l'accusiez même de la moindre légèreté, vous seriez fort mal venu. — M. de Châ***, habitué de la maison, est prêt à prendre la cuirasse et la lance contre le téméraire qui parlerait inprudemment de la vertu sans tache de mademoiselle R*** : elle serait, hors de là, mère d'une nombreuse famille, qu'elle serait chez madame Réc *** vierge immaculée jusqu'à la fin de ses jours.
Parce que mademoiselle R*** lit chez madame Réc*** les vers de M. de Châ***, que si on admettait sur elle la moindre des choses, on ne pourrait plus la recevoir comme amie, — parce que, ne la recevant pas comme amie, il faudrait lui faire des cadeaux ou ne la plus avoir à ses soirées.
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Dans une pièce appelée les Abeilles, que l'on a dernièrement représentée aux Variétés; — chacune des abeilles porte un nom de fleur; — la censure a fait débaptiser l'une d'elles, qui s'appelait Capucine, parce que, M. Guizot demeurant sur le boulevard des Capucines, le public, en y mettant un peu de malice, pourrait trouver dans ce nom une allusion politique.
èjfee Le Télémaque, dont nous avons parlé dans le dernier numéro des Guêpes, — est encore sous l'eau avec ses immenses richesses, y compris les millions de M. Hugo ; M. Taylor, entrepreneur du sauvetage, a pris la fuite, abandonnant, sans les payer, trente-cinq ouvriers qu'il avait fait venir d'Angleterre ; ces malheureux ont travaillé pendant cinq ou six mois, et restent sans pain, sans ressources et dans l'impossibilité de retourner chez eux. — On'assure que le Télémaque n'a pas bougé de place et qu'il est tout aussi enterré dans le sable qu'au commencement de l'opération ; — au dernier moment et pour faire prendre encore quelques actions, on aurait fait marcher quelquesvpersonnes sur un plancher soutenu entre deux eaux, en leur persuadant que c'était le pont du navire.
a$$z H y a dans chaque administration des heures fixes pour l'ouverture et la fermeture des bureaux; messieurs les employés du ministère des finances s'enferment au verrou dix minutes ou un quart d'heure avant l'heure fixée pour la fermeture, dans la crainte que quelqu'un, arrivant à l'extrême limite de l'heure indiquée, ne vienne1 retarder leur départ de quelques instants ; — ■ des intérêts graves sont à chaque instant compromis par X indépendance de ces fonctionnaires subalternes; — chaque jour, des personnes croyant pouvoir se fier au règlement affiché, arrivent cinq ou six minutes avant, l'heure fatale et trouvent les portes fermées.
4$$£ Comme je parlais tout à l'heure des Mécènes, j'en ai oublié un et un véritable, un homme qui rendait des services
réels à des gens de lettres. Il est vrai qu'il est mort, et c'est précisément pour cela que j'ai à vous parler de lui. C'était M. A***. M. A*** protégeait les arts et quelquefois, en particulier, celui de la danse ; — quelques journalistes avaient trouvé moyen de lui faire redouter une appréciation fâcheuse de cette protection. — D'autres menaçaient l'objet de la protection. — Puis, ils empruntaient de l'argent à M. A***; celui-ci consentait à prêter, mais seulement contre des lettres de change, — les lettres de change étaient enfermées au fond d'un secrétaire, et le bienfaiteur ne songeait nullement à s'en faire jamais payer : seulement, à l'échéance, il avait soin de les faire protester — et de faire de temps en temps ce qu'il fallait pour que ses titres ne fussent pas périmés, afin de conserver une garantie contre de trop fortes exigences ou contre quelques excès d'ingratitude. « La reconnaissance, disait-il, est un sentiment délicat -qui a besoin d'être étayé d'un peu de crainte. » M. A*** est mort subitement ; ses héritiers ont trouvé les lettres de change parfaitement en règle, et ont annoncé l'intention formelle de les faire payer, — par suite de quoi plusieurs personnes ont cru devoir passer ce£ hiver à la campagne.
Février 1843.
e^fee février. — Ce mois-là — mon cher père mourut ; Gatayes alla trouver quelques-uns de mes amis et leur dit : « Nous allons faire le numéro des Guêpes. — Alphonse Karr s'en est allé au bord de la mer. »
Ce numéro fut fait par Ad. Adam. — E. d'Anglemont. —
Le vicomte d'Arlincourt. — R« de Beauvoir. — H. Berthoud.
— L. Desnoyers. — J. Ferrand. — Th. Gautier. — GavarnL
— L. Gozlan. — V. Hugo. — J. Janin. — A. de Lamartine.
— Vicomte de Launay. — H. Lucas. — Mallefille. — Méry.
— H. Monnier. — A. Soumet. — E. Sue.
Je leur renouvelle ici mes remercîments; — je ne crois pas devoir, pour cette nouvelle édition, m'emparer de ce qui me fut prêté alors et a sa place dans leurs œuvres. Je conserve seulement la notice écrite par Ad. Adam.
4^: henri karr. — Henri Karr est né vers 1780, à Deux- Ponts (Bavière) ; son père, maître de chapelle du duc de Bavière, était aussi son ami. Gela nous surprendra peut-être un peu, nous autres habitants d'un pays où, dit-on, règne l'égalité ; mais cela paraît fort ordinaire en Allemagne, pays d'aristocratie et de préjugés, où l'on a celui de croire que par la raison que l'on est musicien on n'est pas nécessairement un imbécile et que l'on peut être bon à donner quelques conseils, fût-ce même kim prince. Celui dont nous parlons affectionnait donc particulièrement son maître de chapelle, et comme la Révolution française venait d'éclater, il le chargea d'une mission délicate auprès du gouvernement révolutionnaire et l'y envoya en qualité de légat. En ce bon temps, le respect dû aux personnages diplomatiques n'était pas la vertu dominante des favoris du pouvoir. On avait l'usage alors de vous emprisonner dès que vous étiez suspect, suspect de quoi? on l'ignorait, on l'ignore à peu prés encore : quoi de plus suspect qu'un Bavarois? Le père d'Henri Karr fut donc emprisonné au palais du Luxembourg. Peu habitué à ce genre de réception, il tomba malade et ne tarda pas à succomber à une hydropisie de poitrine, à l'âge de trente-six ans.
Voici donc Henri Karr, à peine âgé de quinze ans, seul soutien de sa mère et de ses frères et sœurs, sans aucune ressource. A l'aide de son piano et de son violon, car, dans sa jeunesse, il jouait aussi très-bien de cet instrument, il combattit la mauvaise
fortune ; mais les affaires politiques prirent une tournure trèsdéfavorable en Bavière, tandis qu'elles commençaient à s'améliorer en France. Henri Karr partit alors pour Paris, où il arriva à l'âge de vingt-deux ans, sans protection, ignorant même la langue du pays, et plus embarrassé dans la nouvelle patrie qu'il voulait se faire qu'il ne l'avait jamais été dans son pays natal. Heureusement il y avait, à cette époque, une providence pour les artistes : c'était la maison des frères Érard ; là, la plus généreuse hospitalité accueillait les étrangers et les nationaux, il n'y avait nulle distinction, nulle étiquette, point de différence d'opinions ; vous étiez artiste, donc vous étiez de la maison. Ce fut à cette porte qu'alla frapper Henri Karr ; elle s'ouvrit à deux battants devant lui, et dès lors il eut une famille. Mais que pouvait-on faire pour le pauvre artiste? Ignorant notre langue, il ne pouvait donner de leçons, et il n'avait point encore essayé de composer. Les frères Erard eurent l'idée d'offrir à Karr de rester à demeure chez eux pour faire entendre leurs instruments aux étrangers qui venaient pour les acheter. Soit que cette nécessité eût développé chez leur protégé une spécialité dont ils étaient loin de se douter, soit que les qualités naturelles de l'artiste le portassent à la perfection de cette branche de l'art, toujours est-il que Karr se trouva sans rival pour faire valoir un instrument. On ne peut se faire une idée du talent qu'il déployait dans ces. occasions. Je vous conterai tout à l'heure comme quoi il donna une preuve éclatante de sa supériorité. Karr resta pendant vingt ans, je crois, dans la maison Érard, autant comme ami que comme employé ; mais ses ressources s'étaient accrues ; dès qu'il put parler français, les leçons ne lui manquèrent plus, et puis il se, mit à composer des morceaux de piano d'un style facile et à la portée des moyennes forces. Leur succès fut immense. On ne peut en expliquer la prodigieuse quantité que par l'inexplicable facilité avec laquelle il les composait. Nous l'avons vu souvent, chez les marchands de musique, achevant d'écrire,
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sans même l'avoir essayée, la fantaisie qu'on venait de lui commander une heure auparavant. Ces morceaux avaient une grande qualité : c'était, outre la facilité d'exécution, un naturel et une conséquence parfaite, ce qui s'explique naturellement, puisque c'était, pour ainsi dire, de l'improvisation écrite. Mais, quel que fût leur succès, Karr faisait trop voir aux éditeurs le peu de peine qu'il se donnait pour produire ces œuvres qui s'enlevaient par centaines, et on ne peut se figurer les prix fabuleux de mesquinerie avec lesquels on le rétribuait ; d'ailleurs l'insouciance de Karr était telle, qu'il ne s'inquiétait jamais de la modicité de ce prix, et qu'il avait l'air de remercier l'éditeur qu'il venait d'enrichir. C'est ainsi que s'est écoulée la douce vie d'Henri Karr. Il y a peu de temps qu'il reçut la décoration de la Légion d'honneur, en même temps que Thalberg, ce favori de la fortune à qui aucun bonheur n'a manqué : talent, naissance, richesse; celui-là a eu tout en partage; et, de plus, son caractère est si aimable, qu'il ne compte que des amis. Mais revenons à Henri Karr. J'ai parlé de sa supériorité pour faire entendre un piano ; je veux vous raconter une circonstance où il eut l'occasion de déployer tout son talent.
C'était en 1827. L'exposition de l'industrie avait lieu au Louvre. Érard avait fait disposer un orgue magnifique (le premier qui ait paru en France avec les mutations de jeu à la pédale) dans une des salles basses où se fait maintenant l'exhibition des travaux de sculpture. Outre l'orgue, les pianos et les harpes occupaient une partie de ce local. Karr touchait les pianos, Léon Gatayes jouait les harpes, et moi je jouais l'orque. Te rappelles-tu, Gatayes, comme nous étions heureux alors? Et pourtant tu n'avais pas de chevaux à monter, tu courais le cachet, quand tu trouvais des leçons, et moi j'étais bien fier quand un éditeur me donnait quinze francs d'une romance et cinquante francs d'un morceau de piano : nous avons eu depuis ce temps-là presque tout ce que nous avions rêvé, et ce-
pendant nous regrettons cette époque d'insouciance et de folle vie où nous voudrions bien revenir. Nous avons bien des choses de plus aujourd'hui, mais alors nous avions seize ans de moins.
Notre concert attirait une foule immense : le Français est fou de musique gratis. Le fait est que nous faisions de fort jolies choses, et je ne sais pas s'il y a eu beaucoup d'exemples d'improvisations à trois, surtout aussi heureusement réussies. Nous avions surtout une fantaisie sur l'air : Il pleut; bergère, où chacun faisait sa variation, puis l'orgue simulait un orage avec une vérité parfaite, et nos trois instruments se réunissaient dans un finale qui n'était jamais le même, et qui avait un succès fou. Tout Paris venait nous entendre : Rossini y vint aussi, ce fut là que je le vis pour la première fois : je voulus me distinguer et je jouai d'une manière déplorable; j'étais si troublé de me sentir ce colosse sur les épaules, que je ne savais plus ce que je faisais, mes doigts barbotaient sur le clavier, mes pieds s'embarrassaient dans les pédales, c'était une cacophonie épouvantable. Jamais je ne fus si malheureux.
Le jour de la visite du jury d'exposition arriva. Les autres facteurs de pianos avaient leurs instruments exposés dans les salles du premier étage, encombrées d'étoffes et de tapis et d'une sonorité bien moins favorable que les salles basses, où étaient les pianos d'Érard. Déjà les pianos d'Erard avaient été examinés, les membres du jury étaient dans les salles du premier étage, lorsqu'un facteur de pianos, et des plus renommés, demanda que ses instruments fussent entendus à côté de ceux d'Érard et dans les mêmes conditions. On accéda à sa demande. Lorsqu'on vint proposer au père Érard de faire porter un de ses pianos au premier étage pour être comparé à ceux d'un rival, il bondit de fureur : cet homme de génie, qui, en fait de pianos, a presque tout inventé, sentait si bien sa supériorité sur ses confrères, qu'il n'en voulait reconnaître aucun ; pour lui les deux mots piano Erard étaient inséparables ; hors de sa maison il ne
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se fabriquait pas de pianos ; il n'y avait que les envieux qui pussent propager un bruit si exorbitant. Il ne voulut jamais laisser emporter son instrument, et nous eûmes toutes les peines du monde à le faire consentir â laisser descendre celui de son rival. « Eh bien! s'écria-t-il, puisque vous le voulez tous, qu'il vienne ; qu'on apporte son plus grand piano à queue, et je le combattrai avec un petit piano à deux cordes. » — Pour le coup nous le crûmes fou, mais il n'y eut pas moyen de le dissuader. Notre effroi pour l'honneur de la maison s'augmenta encore lorsque nous vîmes que le piano à queue du rival d'Érard allait être joué par un des plus célèbres pianistes. Pendant dix minutes, celui-ci tint ses auditeurs sous le charme de son jeu savant et harmonieux. Quand'il eut fini, Érard fit un signe à Karr, qui alla se placer devant le piano à deux cordes. Gatayes et moi nous tremblions pour Érard et pour Karr : mais ni l'un ni l'autre n'avaient peur ; la belle tête d'Érard avait perdu la contraction de colère qui l'agitait un instant auparavant, pour reprendre cette dignité calme qui était son expression habituelle ; la bonne grosse figure de Karr était riante et narquoise ; il y avait déjà du triomphe dans son malin sourire. Je ne sais ce que ce diable d'homme avait dans ses doigts, mais nul pianiste n'avait cette élégante facilité, ce charme brillant que l'on croyait venir de l'instrument et qui n'avait pas l'air d'appartenir à l'exécutant, dont il était pourtant la qualité essentielle. Il ne faisait pas de grandes difficultés, mais il surmontait la plus grande de toutes, celle de plaire, et il réussissait toujours. Le morceau qu'il improvisa n'était pas si savant que celui de son adversaire ; il se serait gardé, sur ce petit instrument, d'aborder le style .grandiose qui en eût démontré l'insuffisance; il fut gracieux, léger, coquet; bref, au bout d'une trentaine de mesures, il avait gagné la partie,
Érard eut encore cette année la médaille d'or ; mais cette fois ce fut bien â Henri Karr qu'il la dut.
Henri Karr vient de mourir d'une attaque d'apoplexie, dans sa soixante-troisième année. Sur la fin de sa vie, tout son bonheur était dans les succès et la réputation de son fils : je ne le rencontrais pas de fois qu'il ne m'en parlât: il avait fait abnégation de sa personne et de sa réputation, il vivait tout entier dans celles d'Alphonse. Consolons-nous donc de la perte de cet artiste estimable en songeant aux jouissances qu'il a su trouver pendant ses dernières années dans les succès de celui en qui il se sentait revivre, et puisse l'hommage d'amitié que nous rendons tous au fils rejaillir encore sur la mémoire du père !
Ad. Adam.
Mars 1843.
Le vendredi 13 janvier. — A monseigneur l'archevêque de Paris, pour les besoins de l'Église. — La grande politique et la petite politique. — Chandelle et lumière. — M. Lehoc. — Le dieu Cheneau. — Les Guêpes refoudroyées. —Messieurs les savants et mesdames leurs. inventions. — M. de Lamartine et les journaux. — Sur quelques décorations. — Chiromancie. — Catholique. — M. Jouy. — M. Jay. — Ciguë. — Confiscation.
A MONSEIGNEUR L' ARCHEVEQUE DE PARIS
Vendredi 13 janvier.
e^*£ « 13. — Jésus monta à Jérusalem.
» 14. — Et trouva au temple des gens qui vendaient des bœufs et des brebis et des pigeons, — et les changeurs qui y étaient assis.
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» 15. — Et ayant fait un fouet de cordelettes, il les jeta tous hors du temple, — et les brebis et les bœufs, — et répandit la monnaie des changeurs, et renversa les tables.
» 16. — Et dit à ceux qui vendaient des pigeons : Otez ces choses d'ici et ne faites pas de la maison de mon Père un lieu de marché. » (Evangile selon saint Jean.)
Monseigneur, le vendredi — treize janvier de cette année, un fils suivait avec quelques amis le corps de son père , le cortège s'arrêta rue Saint-Louis, vis-à-vis l'église de Saint-Denis-du- Saint-Sacrement, et on porta le corps dans l'église.
Des menuisiers travaillaient dans l'église, sciaient des planches et enfonçaient des clous à coup de marteau ; — il ne se trouva personne pour leur imposer silence ; il y avait bien là un homme, mais il offrait de l'eau bénite et tendait la main ; il y avait bien là une femme, mais elle passait dans les rangs des chaises, et tendait la main. Un des amis du mort alla trouver les ouvriers et ne put leur faire suspendre leur travail qu'en leur donnant de l'argent. Le' suisse vint chercher le fils du mort et un de ses amis et les mena à la sacristie. — La sacristie leur parut répondre à ce qu'on appelle les coulisses dans les théâtres. — En effet, il y avait là deux hommes dont l'un s'habillait et revêtait le costume du rôle qu'il avait à jouer. — L'autre, qui avait fini le sien, remettait l'habit bourgeois.
Un vieux prêtre — faisait au fils du mort — quelques questions dont il inscrivait les réponses sur un registre ; — pendant ce temps les deux hommes qui changeaient de vêtement causaient et riaient tout haut. — Je remarquai surtout celui qui allait entrer en scène ; — c'était un grand drôle — déguisé en prêtre ; — il avait des cheveux noirs huilés — prétentieusement aplatis sur les tempes; — il riait et parlait comme personne de bien élevé n'oserait rire et parler dans un endroit où il y a quelqu'un qui fait des questions et quelqu'un qui répond. Je ne parle ni de la solennité du lieu, — ni de la solennité de la céré-
monie; et pendant ce temps— le fils, arraché à son profond recueillement, sentait dans son àme la douleur s'aigrir en colère et en haine. — Son ami l'entraîna — à la triste stalle — où il devait assister à cette représentation. — En effet, la chose commença.
Le personnage aux cheveux huilés ne tarda pas à faire son entrée; il avait revêtu avec la chasuble — un air contrit, humble et béat ; il tenait les yeux modestement baissés à terre ; — il portait à la main une bourse — et allait à chaque personne demander quelques sous — en faisant des révérences; — il ne riait plus, car c'était le moment sérieux de la cérémonie, — le moment de la recette. — Quelque riche que soit devenue l'Église, elle n'a pas pour cela cessé d'être humble, et, pour montrer cette humilité, elle ne laisse jamais passer une occasion de demander l'aumône. Le drôle aux cheveux huilés, — d'une voix cauteleuse et caressante, — bien différente de sa voix de la sacristie, — accompagnait chacune de ses révérences de ces mots : « Pour les besoins de l'église, s'il vous plaît. »
Ces paroles m'ont frappé, monseigneur, et j'ai songé que l'Eglise est dans une mauvaise voie.
Ce n'est pas des quelques gros sous — que cet homme recueille dans sa bourse — que l'Église a besoin, — pensai-je alors, — mois c'est de croyance et de foi dans son propre sein.
Quoi! monseigneur, c'est au moment où un fils et des amis brisés par la douleur vont demander à l'Église et à la religion des consolations pour eux et des prières pour leur père et leur ami, — qu'ils ne trouvent que de mauvais comédfens qui ne prennent pas la peine de savoir leur rôle — et de le jouer décemment!
Il y avait là des poètes, des musiciens, des soldats, — et tout ce monde-là était décent et recueilli, — tous, excepté les prêtres, monseigneur.
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Tout le monde priait pour le mort, — excepté les prêtres, qui l'insultaient.
Tout le monde avait l'air de croire et d'espérer en Dieu, — tout le monde... — excepté les prêtres.
Jamais, dans mes écrits et dans mes paroles, je ne me suis mêlé aux attaques vulgaires contre la religion du pays — et contre l'Église; — loin de là, j'ai souvent élevé la voix contre leurs ennemis ; — mais jamais l'Église et la religion n'ont eu d'ennemis aussi dangereux que de semblables ministres; — jamais l'impiété ne leur a porté d'aussi terribles coups que de pareils prêtres.
Pour les besoins de l'Eglise, monseigneur, — je vous demande justice.
Pour les besoins de V Eglise, monseigneur, je vous demande un désaveu de semblables cboses et de semblables gens.
Pour les besoins de l'Eglise, monseigneur, que les prêtres aient l'air de croire en Dieu.
Pour les besoins de l'Eglise, si ce sont des comédiens, qu'ils apprennent leur rôle; qu'ils respectent leur public — et qu'ils ne laissent personne dans les coulisses.
Pour les besoins de l'Eglise, déguisez mieux les marchands que Jésus-Christ a chassés du temple, qui y sont rentrés et en ont fait une boutique — où ils ne vendent, il est vrai, ni bœufs, ni brebis, ni pigeons, — mais des prières qui ne partent que des lèvres.
J'aimais mieux ceux qui vendaient des bœufs et des brebis et des pigeons : ils n'élaient que marchands; — ceux-ci sont marchands — et voleurs.
Pour les besoins de l'Eglise, — monseigneur, — montrez que vous ne voulez pas que les prêtres agissent ainsi; — montrez que l'Eglise peut être un asile sûr pour la douleur, . — et qu'elle n'y doit pas rencontrer l'insulte et le mépris.
Pour les besoins de l'Eglise, — faites, comme Jésus-Christ
votre Maître, un fouet de cordelettes — et chassez ceux-ci du temple — pour qu'on n'abatte pas un jour le temple lui-même sur vous tous.
Pour le fils du mort, — il est allé pleurer et prier, — loin de là dans la campagne — au bord de la mer, — là — où tout parle de Dieu, — sous la voûte bleue de cette belle et grande église — qui est toute la nature, — là où il n'y a pas de prêtres impies et sacrilèges.
eg^C H se dit depuis quelque temps^ des choses plus qu'étranges — à propos du droit de visite, — sur lequel les Guêpes se sont expliquées assez clairement.
On a un peu parlé de dignité nationale, d'honneur et de fierté légitime. — A quoi un pair d'abord, puis tous les partisans et tous les journaux du ministère ont dit : — « Ce sont des préoccupations étrangères à la grande politique. »
Ce mot m'a expliqué bien des choses qui se 'sont passées sous mes yeux, et que je n'avais pas parfaitement comprises en leur temps.
De brusques revirements d'opinions, — des principes défendus aujourd'hui et attaqués demain, des personnes vénérées et adulées d'abord, puis ensuite traînées dans la boue.
Des haines irréconciliables se terminent par des alliances honteuses au profit d'autres haines communes.
Le mensonge, — la mauvaise foi, — l'injustice, — tout cela, c'est de la grande politique.
Au contraire, — ne se vendre ni aux avantages d'un parti ni aux promesses d'un autre, — petite politique.
Juger d'après sa conscience et parler d'après son jugement, — petite politique.
Dire la vérité à tout le monde, sur tout le monde et sur toute chose, — petite politique.
N'admettre ni la fourberie ni la lâcheté, — petite politique.
Dieu nous délivre de ces grands Machiavels de comptoir et
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de leur grande politique — et de leurs grandes phrases, et de leurs grandes sottises, et de leurs grandes apostasies, — et de leurs grandes lâchetés.