J££ SUR MESSIEURS LES SAVANTS ET SUR MESDAMES LEURS
inventions. — Nous avons à plusieurs reprises signalé certains progrès de la science qu'il nous a paru utile de dénoncer à la prudence publique.
La gélatine moins nourrissante que l'eau claire, mais plus malsaine, — que l'on continue à donner aux malades dans les hôpitaux.
Une nouvelle pomme de terre — grosse comme un pois.
Un cerfeuil nouveau, mais vénéneux, etc.
Voici quelque chose d'aussi nouveau, — mais de plus inquiétant.
Les moutons et les bœufs sont sujets à la pleurésie ; on a imaginé depuis quelque temps de leur faire avaler, quand ils en sont atteints, — une once d'arsenic.
C'est-à-dire de quoi empoisonner cinquante personnes.
Les moutons et les bœufs guérissent, — mais ceux qui les mangent ensuite courent. le plus grand risque d'être empoisonnés et de mourir.
On ne peut plus se fier aux côtelettes de mouton, ni aux biftecks.
De bonnes gens qui ont passé toute leur vie à se priver de champignons — dans la crainte d'un accident — se trouveront empoisonnés par la soupe et le bouilli, — cette nourriture considérée jusqu'ici comme au moins assez innocente.
Ce n'était pas assez que M. Gannal et ses disciples — eussent trouvé te moyen d'empailler le rosbif, — d'embaumer les rognons de mouton — et de nous faire manger des côtelettes qui sont nos aînées — et des œufs frais — dont les poulets auraient quarante ans ;
Il faut qu'on empoisonne la viande.
Cette découverte des savants serait réputée une infamie si quelqu'un l'exerçait même à la guerre contre ses ennemis.
e^£ Le parti conservateur qui est arrivé aux affaires — a horreur de toute supériorité d'un de ses membres : — il veut que les choses restent ce qu'elles sont; — tout homme d'action et de puissance le gêne, l'embarrasse et lui inspire de l'ombrage.
L'opposition, au contraire, — qui veut arriver, — accepte volontiers des recrues, — sauf à faire plus tard, — en cas de succès, — précisément ce que font aujourd'hui les conservateurs.
Toujours est-il que lorsque M. de Lamartine vint apporter aux conservateurs l'appui d'un nom célèbre, d'un beau talent, d'un beau caractère, — il fut accueilli d'abord assez froidement, — puis ensuite, l'objet de la jalousie et de la malveillance de son parti, qui ne le trouvait pas assez médiocre, et dans lequel il voyait plus d'adversaires réels que dans l'opposition qu'il combattait avec eux.
Il a abandonné solennellement ce parti et s'est rangé dans l'opposition.
L'opposition l'a laissé se placer à sa tête, — â côté de ses chefs les plus prônés.
Ce qu'il y a d'assez singulier en ceci, c'est de rapprocher ce que disent aujourd'hui les journaux de l'opposition sur M. de Lamartine de ce qu'ils en disaient alors.
« Il se perdait dans les nuages...., il ferait mieux de chanter El vire. — On l'avertissait de reprendre sa harpe ou
son téorbe, » etc., etc.
Aujourd'hui, — c'est un concert d'éloges mérités : « M. de Lamartine est un homme — sérieux, — éloquent. »
Le vendredi, — 3 mars 1843, M. Chambolle a dit dans le journal le Siècle :
« M. de Lamartine a parlé, — il ne faut pas prétendre à
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analyser ce majestueux tableau de la situation de la France visà-vis de l'Europe; il ne faut point tenter de reproduire les élans, les images de cette parole souveraine.
» M. de Lamartine serait notre adversaire que nous payerions à son talent le même tribut d'éloges; ce talent laissera après lui une trace lumineuse, éclatante, et honorera à jamais notre pays.
» Les nobles intérêts qu'il sait si bien comprendre, » etc.
Nous aimons à voir cette impartialité dans un député et dans un journaliste; — c'est comprendre et exercer convenablement et la dignité de la presse, et celle de la représentation nationale.
<< Nous payerions le même tribut d'éloges h M. de Lamartine
— quand il serait notre adversaire. »
A la bonne heure, ce n'est plus là cet aveuglement, cette
mauvaise foi de l'esprit de parti — qui accordent tout le talent, toutes les lumières, toutes les vertus, aux gens dont on se sert,
— et qui accablent d'injures les gens qu'on rencontre dans un parti opposé au sien. — Voilà comment des hommes à conviction font une guerre loyale et honnête, — voilà des sentiments qui font plaisir à entendre professer. — M. de Lamartine serait l'adversaire de M. Chambolle, que M. Ghambolle lui payerait le même tribut d'éloges.
Félicitons M. Chambolle —
padocke. Ahçà! maître, à quoi pensez-vous? que faitesvous ?
le maître D^rs guêpes. — Ce que je fais, Pacfôcke, je fais comme ferait M. Chambolle, je rends justice à un homme dont je ne partage pas les idées. — M. Chambolle payerait à M. de Lamartine le même tribut d'éloges, quand même M. de Lamartine serait son adversaire.
Je paye à M. Chambolle un tribut d'éloges...
padocke. Pardon, maître, mais vous n'avez pas de mémoire. Ouvrez le numéro des Guêpes qui a paru le 1er septembre 1840.
le maître des guêpes. Pourquoi faire, Padocke?
padocke. Ouvrez-le, — vous verrez.
le maître des guêpes. — Le voici ouvert, Padocke.
padocke. Cherchez à la page 365.
le maître des guêpes. Page 365, — nous y voici !
padocke. Très-bien!... lisez...
le maître des guêpes. « 25 août. — Il est arrivé un grand malheur à ce pauvre M. Chambolle, — député et rédacteur en chef du journal le Siècle.
« Ledit M. Chambolle, dans le numéro du Siècle d'aujourd'hui 25 août 1840, — numéro tiré à soixante-douze mille exemplaires, — ainsi que le journal l'affirme lui-même, — M. Chambolle a imprimé que... « M. de Lamartine est un » niais. » — Ce pauvre M. Chambolle, — je prends la plus grande part à l'accident qui lui arrive, — et je le prie d'agréer favorablement mes compliments de condoléance. »
padocke. Eh bien! maîlre?
le maître des guêpes. Eh bien ! Padocke !
padocke. Eh bien! maître, M. de Lamartine était alors X adversaire de M. Chambolle, et il me semble que M. Chambolle ne lui payait pas tout à fait le même tribut d'éloges.
Jj^z Le dieu Cheneau vient de fulminer contre moi une seconde lettre. — La foudre du dieu, cette fois, n'est pas tirée à un seul exemplaire, comme le dernier tonnerre. — Ce céleste carreau — a pris la forme d'une brochure de trente-deux pages,
— format in-8°, — imprimée chez Paul Dupont, rue de Grenelle-Saint-Honoré, 53.
Jamais mortel n'a été aussi complètement réduit en poudre
— que celui qui fut l'auteur des Guêpes; — laissons fulminer le dieu :
« Je ne donnerai pas de nouveaux développements — pour
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me faire comprendre de M. A. Karr; je vois bien que la faculté de comprendre manque aux Guêpes. — Les Guêpes sont légères,
— tellement légères, qu'elles ne peuvent, à ce qu'il paraît, changer leur nature ; — pourquoi se cassent-elles le nez elles-mêmes! Ces insectes ne font que produire la douleur et le désordre. — Pauvres Guêpes, vous vous servez encore de plumes d'oie pour écrire. — Les Guêpes n'ont vraiment reçu que le baptême d'eau, — je ne saurais trop le répéter.
» Oui, monsieur A. Karr, — je suis mercier ; — si j'étais Dieu, comme vous le dites, je ne serais pas le Dieu des Guêpes;
— j'emploierais mieux mon loisir !
» Je me sens la force de soutenir les hostilités des Guêpes, car je défie même les corbeaux.
» Votre réponse du mois dernier ne se conservera pas, je vous en préviens!...
» J'espère que vous serez pardonné, vu votre manque de conception.
» Je vous plains de ne pas comprendre. — M. Jouin, sur lequel vous demandez des renseignements, n'est pas à Paris ;
— laissez les absents tranquilles.
» Depuis longtemps le monde est la dupe de prétendus savants qui, comme vous, se posent sur le premier piédestal venu pour juger la faculté de chacun, — comme s'ils en avaient les capacités; — ils déblatèrent, — ils battent la campagne; — ■ ils sifflent comme des serpents.
» 11 est temps que l'on brise ces fausses muses qui produisent la démence — dans le jugement, — dans l'entendement humain ; — que les Guêpes restent Guêpes.
» Si M. A. Karr se fût annoncé quand il est venu, chez moi, je me serais procuré le plaisir de le recevoir. — Cheneau. »
« avis. — Toute critique qui ne me sera pas adressée sera considérée comme critique honteuse. — Cheineau. »
Une autre brochure, — cette fois en vers, m'appells : « atroce frelon. »
Un troisième monsieur — a découvert dans les livres hébreux — que Beelzebuth — veut dire roi des mouches, — et il en tire la conséquence que je suis Beelzebuth.
^^ Un M. Prosper Lehoc, — épicier, propriétaire et fds unique de feu M. Lehoc, — décédé notaire royal, — a publié récemment deux ouvrages ; — l'un est un Traité de l 'Epicerie avec un Traité spécial de la chandelle en forme d'appendice.
L'autre ouvrage est un Traité du véritable gouvernement représentatif, basé sur la force, la prudence et la justice.
« Mon travail, dit M. Prosper Lehoc, a eu pour but de faire des peuples de la terre un seul et même peuple de frères. — Je pense y être parvenu. »
Des deux livres de M. Lehoc, l'un est consacré à la chandelle, — l'autre aux lumières.
Il répand à la fois la clarté — dans les appartements et dans les âmes ; — il épure le suif et les lois.
M. Lehoc nous permettra cependant de nous étonner un peu de voir le gouvernement actuel, — le gouvernement représentatif dont nous jouissons, — nié et sapé dans sa base par un épicier. — Que peuvent donc encore demander les épiciers, — aujourd'hui que leur règne est arrivé, — aujourd'hui qu'ils se sont emparés du royaume de la terre en échange du royaume des cieux, qui semblait leur avoir été spécialement réservé?
Pour la préparation de la graisse, M. Lehoc ne se sert pas de l'huile de vitriol, — comme on fait à Rouen.
un lecteur. Ah çà ! que voulez-vous dire, — Grimalkin?
grimalkin. Je parle du Traité delà chandelle de M. Lehoc.
le lecteur. Ah! je croyais que nous en étions au Traité du gouvernement représentatif.
grimalkin. Aimez-vous mieux parler du gouvernement représentatif? — parlons du gouvernement représentatif.
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Nous disions donc que M. Lehoc ne veut plus du gouvernement représentatif tel qu'il est aujourd'hui ; — il n'en veut pas plus que de l'huile de vitriol pour préparer la graisse de ses chandelles.
M. Lehoc est pour l'extension illimitée du vote électoral — « Un rayon de la divinité constitue le sentiment et la conscience de chaque citoyen (épicier ou autre) ; c'est ce qui fait que les hommes doivent nécessairement tous concourir à la représentation nationale. »
On ouvre la porte,— le vent emporte la brochure de M. Lehoc,
— Où en étais-je?... — Ah ! m'y voici.
« La théorie que j'ai écrite est pour l'instruction des jeunes gens qui se destinent à cette carrière. — Ma méthode est simple et empêche la chandelle de couler... »
Ah! me voici encore à la chandelle ! — il me semblait cependant que j'en étais à une phrase pareille dans la partie politique des œuvres de M. Lehoc.
Ah! la voici :
« C'est spécialement pour servir de guide aux électeurs que j'ai composé cet ouvrage.
» Tel est. en peu de mots, ce que l'on s'empresse d'offrir à tous les États. »
De la chandelle ?
Nen, le gouvernement représentatif, le véritable gouvernement représentatif, — le gouvernement représentatif de M. Lehoc.
« Le gouvernement représentatif (le vrai, celui de M. Lehoc), met infiniment d'ordre et d'économie dans sa trésorerie (pourquoi pas dans son comptoir !) ; — il règle la dépense sur la modicité des revenus, » etc.
Cette fois, je crois que -c'est M. Lehoc qui a confondu la chandelle et le gouvernement représentatif. Ces préceptes, mêlés par erreur à la partie politique, appartiennent sans aucun doute
— à l'épicerie en demi-gros et en détail.
iv. 14
4^£ Certes, jamais à aucune époque les hommes n'ont eu autant de chefs pour les conduire, autant de philosophes pour les réformer, — autant de rois disponibles pour les gouverner, autant de dieux et de prophètes — pour recevoir leur encens ou leur moquerie.
Ce qui manque aujourd'hui, — ce sont des hommes qui veuillent bien être gouvernés, — c'est une place à prendre, une spécialité à occuper.
e^£ On voit de temps à autre dans les journaux que différents citoyens ont reçu d'un ministre des médailles— pour avoir, au péril de leur vie, sauvé celle d'autres citoyens. — Ces citoyens sont toujours des hommes du peuple — et des ouvriers.
Le cœur et le bon sens disent que, de toutes les décorations, ces médailles sont sans contredit les plus honorables.
En effet, — les mieux méritées d'entre les autres croix ont été données pour des traits de courage et de dévouement, — qu'il est juste de récompenser par des honneurs; — mais ce n'est pas trop que de demander qu' on traite aussi bien l'homme qui a exposé sa vie pour en sauver un autre — que celui qui a mis la sienne au hasard — pour en tuer trois ou quatre.
J'ai parlé plus d'une fois de la sottise et de l'infamie qui ont récompensé tant de fois des services honteux — du même signe que d'autres ont payé de vingt blessures et de mille dangers.
Je ne parle aujourd'hui que des médailles d'honneur; — comme il faut nécessairement les mériter pour les obtenir, comme on ne peut les obtenir que d'une seule manière, — comme il est écrit dessus la cause pour laquelle on les donne, — comme elles ne sont guère gagnées, ainsi que je le disais tout à l'heure, que par des gens du peuple et des ouvriers, — comme on n'en peut récompenser aucune infamie, le pouvoir les donne avec une négligence et un dédain honteux.
Le ruban qui les attache n'est pas même un ruban qui leur soit spécialement affecté, — c'est un ruban tricolore — que
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tout le monde a le droit de porter, — aussi bien que les femmes portent des rubans roses et lilas.
Chez les Romains, qui donnaient des couronnes pour récompenses honorifiques, — la couronne civique, qui était une couronne de chêne, — était particulièrement estimée. — Cicéron eut soin de la demander après avoir découvert la conspiration de Catilina, — et Auguste fut si fier de l'obtenir, qu'il fit graver une médaille sur laquelle il était représenté couronné de chêne avec ces mots :
Ob cives servatos. (Pour avoir sauvé des citoyens.)
Il n'y avait que deux couronnes qui fussent mises au-dessus de celle-là : — c'était la couronne obsidionale, qu'on obtenait pour avoir délivré une armée romaine assiégée, — et la couronne triomphale, — qui était, pour un général en chef, le prix d'une victoire complète en bataille rangée.
Toutes les autres étaient au-dessous ; — la couronne de chêne avait même certains privilèges et certains honneurs qu'on ne rendait à aucune des autres.
En général, on ne fait pas grand cas de la croix d'honneur tant qu'on ne voit pas pour soi des chances de l'obtenir ; — mais vous voyez tout doucement les journalistes qui en ont le plus médit s'abstenir ou en parler avec plus de respect a mesure qu'ils s'approchent d'une position qui leur permet d'y aspirer.
Il est singulier, de notre temps, de savoir qu'au même instant, à la même minute, un soldat s'expose au feu ennemi, — se précipite à travers les dangers et affronte la mort en Afrique;
Tandis qu'à Paris un monsieur — vend sa voix ou sa plume à un ministre, — ou l'accable de basses adulations, — et que tous deux sont également récompensés par une même et identique croix d'honneur. Pour ce qui est des médailles dont nous parlons, elles sont toujours l'objet du dédain, parce que, je le ré-
pète, on ne peut compter ni sur un hasard, ni sur une lâcheté, pour les obtenir.
Je connais un homme qui a été l'objet, depuis quinze ans, de cent brocards et de mille lazzi, et dans le monde et dans les journaux, — parce qu'il porte quelquefois une médaille de ce genre, même de la part de gens qui seraient plus qu'embarrassés s'il leur fallait écrire sur leur croix, — comme c'est écrit sur les médailles, — la cause qui la leur a fait obtenir.
Je n'ai jamais pu découvrir le côté plaisant de la chose.
Je pense qu'il serait du bon sens, de la justice, de la philosophie, — et je dirais de la philanthropie, si les spéculateurs n'avaient rendu ce mot ridicule, — de ne pas montrer de dédain officiel pour cette décoration; — serait-ce trop demander que d'abord on cessât de l'attacher au ruban tricolore, — qui appartient à la politique, — et ensuite qu'on lui affectât un ruban particulier?
Je suis assez curieux de savoir ce que répondra à cette demande le ministre dans les attributions duquel se trouve la chose, et auquel je vais faire adresser cette réclamation.
^*£ DICTIONNAIRE FRANÇAIS-FRANÇArS. — BOURSE. — On a
institué dans les collèges royaux — des bourses et des demibourses — au moyen desquelles les enfants de vieux soldats ou de vieux fonctionnaires qui ont servi l'État avec distinction et sont restés pauvres — peuvent être élevés gratuitement.
Ce bienfait était également destiné à permettre de faire leurs études à des enfants de parents pauvres, mais dont l'intelligence promettait des citoyens utiles.
Je prie M. Yillemain, ministre de l'instruction publique, de me démentir si je me trompe en affirmant — que la moitié des bourses est donnée uniquement, sur la demande des députés, — à des enfants qui ne sont dans aucun des cas ci-dessus mentionnés, — à des enfants même dont souvent les parents sont riches, — et dont quelques-uns ont cinquante mille livres de
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rente. — Une bourse est donnée, non pas à un enfant pour qu'il fasse ses études, mais à un électeur ou à un député, pour qu'il donne sa voix.
^^ CA3ALE. — Un auteur appelle cabale tout public qui siffle ; — eût-il rempli la salle de gens salariés ou d'amis furibonds ; eùt-on insulté et un peu rossé les vrais spectateurs, l'auteur appelle alors les souteneurs de sa muse — un public éclairé. — (Voir ce mot.)
$fet cabaret. — Nos ancêtres allaient dîner au cabaret. — Les cabarets étaient des asiles fort décents présidés par d'excellents cuisiniers et où ils causaient librement. — On dîne aujourd'hui dans des temples de mauvais goût, remplis de dorures et de glaces, — où tout est si cher que les pauvres gens qui les fréquentent affectent des goûts bizarres ou des maladies plus que fâcheuses — pour y restreindre convenablement leur écot : l'un adore le bœuf bouilli, — un autre n'aime plus que les choux; — la plupart, par raison de santé, ne boivent que de l'eau. — On allait au cabaret pour dîner; on va au Café Anglais ou au Café de Paris pour être vu y dîner.
^^ cadmus. — Le Phénicien Cadmus a inventé la guerre civile et l'alphabet. — Son alphabet se composait seulement de seize lettres ; il serait curieux de calculer combien de sottises on écrit tous les jours rien qu'avec les huit lettres que les modernes y ont ajoutées.
<J$£ cadran . — Il n'y a rien de si faux que les heures du cadran et ses divisions; le temps ne peut avoir jamais qu'une durée relative. — Un jour peut se traîner plus lentement qu'un mois, — un mois échapper plus rapide qu'un jour. — Le temps doit se jauger et non se mesurer, c'est-à-dire non s'apprécier par ses dimensions extérieures, mais par ce qu'il contient. — Il y a telle année qui, si on l'épluchait comme une noix, — si l'on en retranchait les cartilages et les pellicules amères, tiendrait à l'aise dans certains jours. — Il y a une heure dans notre
vie pendant laquelle nous avons plus vécu que dans le reste de nos jours.
Le cadran encore met de la préméditation dans toute la vie.
— C'est un tyran qui vous prescrit la faim, la soif, le sommeil.
— C'est aussi un reproche perpétuel. — Jamais je n'ai regardé un cadran sans m'apercevoir que j'étais en retard pour quelque chose.
e^*£ calomnie. — Quand vous avez passé toute votre vie dans une perpétuelle surveillance sur vous-même, pour ne pas donner prise à la médisance, vous n'avez atteint qu'un seul but, c'est de forcer les gens à vous calomnier.
«j^ç condamnation. — Pour avoir donné un soufflet à Paul, Pierre est condamné â payer une amende.
— Qui reçoit cette amende? Paul, sans doute?
— Non, c'est S. M. Louis-Philippe Ier, roi des Français.
— Comment ! est-ce toujours ainsi ?
— Oui... à moins cependant que ce ne soit Paul qui paye l'amende.
— Paul... qui a reçu le soufflet?
— Cela arrive quelquefois.
^^ chevalier. — Un chevalier était autrefois un homme d'armes couvert d'acier, — à la démarche noble et puissante,
— au poignet de fer, à la poitrine large, — prêt à affronter les périls les plus extravagants pour sa dame et pour son roi.
Aujourd'hui on ne peut entrer dans un salon — sans voir une vingtaine d'hommes vêtus de noir, — maigres, chauves, chétifs, — et qui sont des chevaliers. — M. Sainte-Beuve est chevalier.
e^£ café. — Endroit où, sous prétexte de prendre du café à la crème, on va tous les matins apprendre les sottises, les niaiseries et les calomnies qu'on répétera toute la journée. -
*$$: catholique. — Certains carrés de papier, — le Constitutionel, par exemple, — si célèbre par sa crédulité — en
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excepte la religion du pays, — il protège de son égide — tout ce qui s'élève contre elle : — l'abbé Chatel, sacré par un épicier, — l'abbé Auzou, ancien comédien, ont droit à ses éloges ; — il est protestant, il est mabométan, il est guèbre, — il est tout, excepté catholique ; — il demande la liberté des cultes pour les autres religions, — mais il ne veut pas l'accorder à la religion de la majorité des Français ; — si l'on fait une procession à l'époque de la Fête-Dieu, — il dénonce Dieu à la police — et signale ses tendances contre-révolutionnaires.
Mais — à l'époque où le duc d'Orléans épousa une princesse luthérienne, — tous les journaux de cette couleur jetèrent feu et flammes, — ils invoquèrent la religion du pays, — et peu s'en falllut que MM. Jay et Jouy ne prissent les croix des croisés.
èSfe ciguë. — Autrefois, quand un homme s'élevait audessus de la foule — et excitait l'envie et la haine de ses concitoyens, il arrivait quelquefois qu'on l'exilait ou qu'on lui faisait boire la ciguë ; — ce sort, dont il n'y a que des exemples peu nombreux, — est aujourd'hui non-seulement fréquent, mais inévitable.
Aussitôt qu'un homme se manifeste au public par quelque talent, — tout le monde se rue sur lui en fureur, — on le tire par les pieds et par les vêtements pour le remettre au niveau de la foule, — si toutefois on ne peut le renverser sous les pieds et l'écraser ; — puis chaque jour, au moyen des journaux, — on lui fait boire quelques gorgées d'injures et de calomnies ; — le public qui, sans s'en rendre bien compte, — n'est pas fâché de voir le grand homme amené aux proportions humaines, — croit alors tout ce qu'on lui raconte, sans «xamen et sans restriction.
$fe£ confiscation. — Il n'y a plus de confiscation ; — seulement on peut condamner n'importe qui à des amendes et â des frais dépassant dix fois la valeur de ce qu'il possède, — et que la justice fait vendre. C'est absolument — comme l'aboli-
tion de la conscription, si heureusement remplacée par le recrutement; — c'est absolument comme ce mot qu'on a prêté à un roi : Plus de hallebardes. — En effet, le roi est escorté par des hommes armés de sabres et de carabines, — ce qui, du reste, est à peine suffisant.
Avril 1843.
A. M. Arago (François). — Le dieu Cheneau. — M. de Balza . — Quirinus. Un mot — Une ordonnance du ministre de la guerre. — A M. le rédacteur en chef du journal l' Univers religieux.
,^£ a m. arago (François). — Je me proposais, monsieur, de vous taquiner un peu sur cette comète — que vous n'avez pas vue, — et qui me donnait beau jeu — pour dire une fois de plus à quoi s'exposent les astronomes qui s'occupent trop des choses de la terre. La Fontaine a gourmande l'astrologue qui ne regarde pas assez à ses pieds ; — je vous ai souvent reproché de regarder trop aux vôtres, — et d'être plus sensible à la'fumée et au bruit de ce monde où nous sommes qu'il ne paraît convenir à un homme auquel la science permet de vivre au ciel.
Mais vous avez soutenu à la Chambre des députés, sur une chose terrestre, — une thèse que je dirais parfaitement juste et raisonnable, — avec des mots plus ambitieux que ceux que j'emploie, — si les Gtiêpes n'avaient à diverses reprises soutenu la même thèse depuis quatre ans, — à savoir le ridicule profond qu'il y a à faire passer dix ans aux jeunes gens à apprendre
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les deux seules langues qui ne se parlent pas ; j'ai de plus prouvé que ces langues seraient inutiles au plus grand nombre si on les savait, — mais qu'on ne les sait pas après les avoir apprises pendant dix ans ; — à savoir — la sottise qu'il y a à donner à tout un pays une éducation littéraire et républicaine. 4^*£ Éducation dont la première moitié conduit à l'hôpital,
— et la seconde au mont Saint-Michel , — quelquefois aux galères, — quelquefois à l'échafaud.
J$ç Éducation qui, si elle réussissait, ferait de la France un pays de poètes, — et qui, ne réussissant pas, en fait un pays d'avocats — et d'ambitieux mécontents, — un pays de gens dont personne ne se trouve bien à sa place, — de gens qui tous ont des désirs et des besoins impossibles à satisfaire.
$$$: Vous avez eu raison et mille fois raison, — monsieur,
— et vous avez eu raison avec esprit. — H y a bien des gens auprès desquels cela a dû faire tort à vous et à votre opinion.
L'homme en général n'aime et ne respecte que ce qui fait un peu de mal. -= — Il y a longtemps déjà que j'ai retourné le vieux et faux proverbe : « Qui aime bien châtie bien » en celui-ci : « Aime bien qui est bien châtié. »
Il n'y a de grandes passions que les passions malheureuses.
— L'homme n'aime pas d'ordinaire la femme dont il est aimé.
— Ses vœux, ses désirs, ses soumissions, sont presque toujours pour celle qui le maltraite, l'humilie, — le sacrifie et l'insulte.
— Les anciens adoraient les furies, — la guerre, — la peste, — la fièvre, — la mort, et autres divinités peu aimables. — Les modernes rendent un culte semblable à l'ennui, — qui est pis que toutes les autres ensemble.
Ce dieu infernal — a sur la terre des temples qui sont toujours pleins, — et des ministres qui sont entre tous vénérés» écoutés, engraissés et enrichis. — Presque toutes les places, les dignités, les honneurs, reviennent de droit aux gens qui ennuient leurs contemporains, aux gens qui débitent de longs
discours, qui écrivent de gros livres — également ennuyeux,
— qu'on aime mieux admirer que de les écouter ou de les lire. — Ceux-là seuls paraissent avoir raison, — et sont écoutés ;— on a respecté en eux— le dieu —le dieu terrible — dont ils prononcent les oracles et dont ils célèbrent les sacrés mystères.
Mais si on s'avise de mêler quelque enjouement à la raison ;
— si l'on combat le faux, l'absurde et le mauvais avec les armes légères et terribles de l'ironie et du sarcasme, — les gens sourient, — vous trouvent très-drôle, — vous lisent ou vous écoutent volontiers, — mais prennent tout ce que vous dites ou tout ce que vous écrivez pour des calembours et des coq-à-1'ane.
Ils vous mettent au nombre des bouffons et des jocrisses, — de Brunet, ou. d'Arnal, ou d'Alcide Touzet.
Ces braves gens — ne se représentent le bon sens et la raison u
— qu'avec l'air refrogné — et de mauvaise humeur ; si vous souriez, tout est perdu.
ejfeç Vous avez eu raison, — monsieur, — et vous avez eu l'imprudence d'avoir raison avec esprit, — et d'employer l'ironie
— contre une chose plus ridicule qu'aucune qui ait jamais succombé sous les coups du bon sens. Quelle est donc, en effet, cette langue, ce latin, — qui jouit de tant de privilèges? — il n'est pas de sottises et de saletés qui ne soient admises, religieusement apprises et admirées, — si elles sont écrites en latin : — en latin on livre aux jeunes gens la fameuse églogue de Virgile : — Formosum pastor Corydon.
2$g En latin, — on apprend que les abeilles naissent de la corruption d'un animal mort.
è^£ En latin, — on apprend par cœur toutes les faussetés sur la physique, sur la chimie.
L'églogue Formosum est une chose infâme, — ainsi que celle du bel Yolas ; le livre à'Aristée et des abeilles — est une sottise insigne.
avril 4 8 43. 25î
Mais c'est écrit c'n latin, — c'est écrit en beaux vers!
Étonnez-vous donc ensuite si vous faites une nation de bavards et d'avocats ; — plus tard — on apprend si on peut, — et combien en ont le temps — puisque le latin prend toute la première jeunesse — et vous conduit aux portes de la vie civile et sérieuse? — on apprend — quelques-uns, du moins, un sur trois cents, — que lesabeilles ne viennentpas de bœuf pourri.
Absolument comme les gens qui font apprendre deux langues aux enfants : — l'une, composée de mots ainsi faits : Maman, — nanan, — dada, — papa, — dodo, — lolo, etc. ; — l'autre, qui dit les mots : Mère, — friandise, — cheval, — père, — lit, — lait, etc.
Certes, — et je puis parler ici sans qu'on m'accuse de ressembler au renard qui avait perdu sa queue dans un piège, ■—
j'ai été ce qu'on appelle un élève distingué dans l'Université,
j'ai ensuite professé le latin et le grec, — j'ai rendu, sous ce prétexte, — à de pauvres enfants que je retrouve hommes aujourd'hui éparpillés dans les diverses conditions de la vie, -— je leur ai rendu une partie de l'ennui que m'avaient donné mes professeurs; — je serais fâché de ne pas savoir ces langues, — qui, de temps en temps, me permettent de lire de belles pensées écrites en beau style.
Mais si c'est une des choses les plus agréables qu'on puisse savoir, — c'est une des moins utiles — dans les besoins et les nécessités de la vie.
Sur soixante élèves qui composent d'ordinaire une classe de collège, c'est un grand malheur s'il doit y avoir un poète. — Eh bien ! toute Féducation pendant dix ans n'est faite que pour ce poète.
Les autres — qui seront — notaires, — ou ferblantiers, — médecins — ou droguistes, — suivent les mêmes cours, — et passent, entre autres choses, trois ans à apprendre à faire des vers latins, et quels vers, bon Die» !
J'aimerais autant les voir jouer à la balle pendant dix ans,
— au moins cela ne leur donnerait pas d'idées fausses — et serait tout aussi utile aux diverses professions qu'ils doivent embrasser.
Quoi! — on passe dix ans à apprendre, — que dis-je? à ne pas apprendre le latin.
En effet, — demandez à vous-même, demandez à ceux que vous connaissez : « Êtes- vous capable de lire Martial en latin?
— êtes-vous capable d'écrire une lettre en latin? » Trouvez-moi dix hommes de quarante ans — qui fassent sans faute un thème
— qu'on donnerait à des élèves de cinquième, — et qui obtiendraient la première place dans une composition avec des enfants de dix à douze ans !
On passe dix ans — à ne pas apprendre le latin.
Et on ne connaît pas — les lois de son pays; — on entre dans la vie sans savoir ni ses droits, ni ses devoirs en rien.
Mais on sait, — non, je Yeux dire, on a appris le latin.
Et c'est avec ce bagage — qu'on vous lâche les jeunes gens à même la vie.
Ne perdez pas courage, — monsieur, — ceci est plus grand que de renverser un ministre ; — ceci doit renverser une sottise funeste.
• Pour moi, — monsieur, — je ne vous dirai rien de la fameuse comète, — vous ne l'avez pas vue, — mais vous avez découvert une grosse bêtise sur la terre.
La comète continue sa route absolument comme si vous l'aviez vue. — J'aî peur que la grosse bêtise ne poursuive la sienne absolument comme si vous ne l'aviez pas vue.
Néanmoins, monsieur, vos paroles ne seront pas perdues,
— de même que je n'ai pas regretté celles que j'ai laissé échapper sur ce sujet — depuis quelques années.
Il est bon de dire de temps en temps aux pédants qu'ils sont des pédants, — aux sots qu'ils sont des sots, quand ce ne serait
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que pour que la sottise n'invoque pas un jour le bénéfice de la prescription contre la logique et le bon sens.
^^ « Monsieur Alphonce Karr, je me vois forcé de faire ressortir la différence de vos habitudes . Je remarque à l'instant que votre critique de jenvier dernier contre moi dégénère en compliments, je vous avoue que j'attache peu de prix aux éloges que vous faites de mes boutons ; j'aime mieux votre critique : jusqu'à ce que vous fassiez usage de votre conception (1) î
» Puis-je être estimé des écrivains de notre époque? moi je ne les flattes pas : mais je leur dit de cruelles vérités ! je ne leur ressemble ni en style (2) ni en principe ; ils «arrêtent à la forme, et moi au fond (3). Je n'écrit pas pour flatter, pour plaire, ni pour faire un trafic (4) : ma plume ne s'exerce pas à traces (5) des choses légères ou futiles : excepté quand je m'y trouve forcé , par exemple , pour me faire comprendre des Guêpes, je ne pui (6) m'en dispenser.
» Monsieur Alphonce Karr, vous êtes venu chez moi, vous m'avez parlé sans vous faire connaître : rougissez-vous de prononcer votre nom? Pourquoi gardez-vous l'incognito? C'est s'introduire dans les maisons comme le font les Guêpes, etc. Quel mérite, monsieur A. Karr, vous êtes-vous reconnus en avouant vos démarches honteuses (7)?
» Vos émules je le sai ne se promènent pas toujour couvertes de chapeaux à trois cornes (8) ; d'après vous, si le dieu Chêneau ou Chaînon avait des cheveux, il serait blond (9).
» Les Guêpes avaient sans doute formé le projet, de me saisir ou de mattaquer par ma partie supérieur, car vous annoncez monsieur A. Karr que je nai pas de cheveux. C'est encore une nouvelle méJode pour adesser des compliments. On voit par les paroles ci-dessus que M. A. Karr se résigne à son sort, et son introduction incognito chez moi /a conduit à prévoir et à déclarer qu'il n'avait pas prise sur ma partie supérieur, en disant que je n'ai pas de cheveux.
iv. 15
» Je ne désespère pas de vous monsieur Car dans cette pensée il y a du sel.
» Mais puisque vous vous introduisez en secret, je suis étonné que vous wayez pas parlé au public (10) de...
» Si je parle ainsi c'est que je crois utile de me mettre â la porte des Guêpes.
» Au revoir monsieur Alphonse Karr.
» Cheneau, 15, rueCroix-des-Petits-Champs. »
k mars 1843.
i$g (1) Vous avez tort, dieu Cheneau; — vous n'avez fait, que je sache, ni le soleil, ni la lune, — ni le ciel, ni la terre : — vous faites des boutons, je ne puis parler que de vos boutons.
4^£ (2) En effet, dieu Cheneau, j'avais remarqué déjà que vous n'écriviez ni comme Hugo, ni comme Lamartine. — Hugo ne met pas d's à je flatte, et Lamartine ne met pas de t à je dis.
4^t (3) Que ne vous arrêtez-vous â votre fonds de bouton nier ?
^^ (4) Il est vrai que votre libraire M.*** met vos livres dans un grenier, — et a répondu à quelqu'un, qui est allé les demander de ma part, — qu'il n'avait pas le temps de monter là-haut et de chercher ça. — En effet, ça n'a pas trop l'air d'un trafic ; — pour le second point, — vos livres plaisent plus aux lecteurs des Guêpes que vous ne l'imaginez.
e|^c (5) Madame de Girardin écrit l'infinitif tracer avec un r.
<H*£ (6) J'ai ici une lettre de M. Eugène Sue, un autre écrivain de noire époque ; — il écrit : — je ne peux. — Décidément vous avez raison, vous n'écrivez pas comme eux.
<g^£ (7) Démarche honteuse! J'allais acheter des boutons — et un peu dans son temple adorer l'Éternel, — mais accessoirement, etpouvais-je croire votre puissance aussi bornée, dieu Cheneau, que de supposer que j'avais besoin de vous dire mon nom? D'ailleurs — je venais d'être foudroyé par la poste; — et
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je n'étais pas trop rassuré en votre présence. Je vous ai parlé,
— mais pour vous dire timidement : « Deux douzaines de boutons, combien? » Et, dieu Cheneau, — à l'exemple des rois mages,
— je vous ai offert l'or; — pardonnez-moi de n'avoir pas joint l'encens et la myrrhe. — Yous m'avez rendu ma monnaie,
— tout est dans l'ordre. Je ne me suis reconnu là aucun mérite,
— seulement quelques personnes me paraissent avoir la bonté de m'en reconnaître un peu plus depuis que j'ai remplacé les vieux boutons de mon paletot par les deux douzaines que j'ai achetées chez vous.
4$£ (8) Je cr°is> Dieu me pardonne (pas le dieu Cheneau,
— l'autre), je crois que le dieu Cheneau m'appelle mouchard. *$$: (9) Ah h voilà où le dieu est blessé. — Achille était
invulnérable partout, excepté au talon. — Mais il avait un talon :
— le dieu Cheneau est vulnérable aux cheveux qu'il n'a pas. Samson avait sa force dans ses cheveux ; — c'est au contraire
dans les cheveux — qu'il n'a [pas — que le dieu Cheneau a toute sa faiblesse.
2$£ (10) Ici je suis obligé d'effacer deux lignes pleines de gros mots; — le dieu se laisse aller à une colère d'un genre tout particulier, et dont je ne trouve d'analogie dans aucuns souvenirs.
Prométhée fut attaché à un rocher, et condamné à être le souper immortel d'un vautour. — Les paysans qui se moquèrent deLatone furent changés en grenouilles. — Apollon écorcha Marsyas. — Jupiter se servait de la foudre, Hercule d'une massue, Diane de ses flèches; Saturne avait une faux, Neptune un trident.
La foudre, l'arme vengeresse du dieu Cheneau, 7— n'a aucun rapport avec toutes celles-là. Je suis plus qu'embarrassé pour la désigner, — de même que la vengeance qu'il tire de moi. Je ne puis vous le dire, et il faut pourtant que je vous le fasse comprendre. Je voudrais trouver quelque analogie.
Phaëton fut précipité dans le Pô.
La vengeance rêvée par le dieu Cheneau contre moi est toute contraire : sa foudre est de celles qu'on est exposé à recevoir sur la tête le soir quand on rentre tard et qu'on passe trop près des maisons; — mais comme le dieu Cheneau fait de temps en temps imprimer en brochures les lettres qu'il m'écrit, — on pourra voir quelque jour — ce qu'il m'est impossible d'écrire et de faire imprimer, — à savoir les menaces du dieu :
Tantsene animis cœlestibus irse ?
avril 1843. — Il faut que je fasse amende honorable à M. de Balzac *.
J'avais fait prier Janin de m'envoyer — un écrit récent de M. de Balzac. — Janin, — par oubli — ou pour ménager ma sensibilité, — m'avait envoyé la chose moins quatre feuillets : — ces quatre feuillets qu'on m'envoie parlent de moi; — les paragraphes y sont séparés par huit portraits, — c'est-â-dire quelque chose comme ma tête avec un corps de guêpe. — Cette plaisanterie a été imaginée il y a un an par un dessinateur appelé M. Benjamin.
Ce qui est entre les portraits est copié sur une plaisanterie faite sur les Guêpes par le Charivari, il y a deux ans.
Décidément, — mon pauvre monsieur de Balzac, votre muse est réellement fille de mémoire, — vous n'inventez que ce que vous vous rappelez.
1 En relisant les Guêpes pour cette nouvelle édition, — j'avais effacé ce chapitre, qui n'est qu'une réponse h une attaque faite un peu légèrement en ce temps-là contre moi dans un journal. Les lecteurs des Guêpes savent mon admiration pour Balzac. — Le journal n'existait plus ; il ne m'était resté aucune aigreur contre le grand écrivain. — Mais un hasard m'apprend que l'article du journal auquel je réponds ici a été recueilli et figurera dans les œuvres complètes de Balzac. — Je dois donc, à mon grand regret, conserver la réponse comme on conserve l'attaque. A. K.
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La plaisanterie du Charivari était bonne ; j'avais raconté un voyage bien innocent que j'avais fait avec Gatayes, et où il n'était question que de la mer, — de l'herbe, — du soleil, — et des premières fleurs des cerisiers. — La parodie de ce voyage fut rapprochée de mon épigraphe, — que je crois avoir plus d'une fois justifiée depuis quatre ans.
« Ces petits livres contiendront l'expression franche et inexorable de ma pensée sur les hommes et sur les choses, en dehors de toute idée d'ambition, de toute influence de parti.
» Il n'y a pas un seul journal qui oserait faire imprimer mes petits livres. »
La plaisanterie, — dis-je, — était bonne comme plaisanterie,
— et j'en ai ri en son temps.
Mais, répétée par M. de Balzac, et répétée sérieusement, elle exige une réponse.
Voici ce que dit M. de Balzac :
« Aussitôt dix ou douze soldats ont levé la bannière de l'in-32, en imitant l'inventeur, — dont l'invention consistait à tâcher d'avoir de l'esprit tous les mois. — Ce fut une épidémie, » etc.
Voilà ce que dit M. de Balzac.
e^ Or, ce n'est pas douze, mais vingt-huit in-32 qui ont surgi après les Guêpes. — Le second était fait par M. de Balzac,
— lequel n'a pu en faire que trois.
Il manquait à M. de Balzac plusieurs choses pour réussir.
$fâ. Les Guêpes ont été une publication honorable ; — elles n'ont jamais rien attaqué — • ni rien loué pour aucun intérêt.
Elles ont dit à tous ce qu'elles ont cru la vérité sur tout et sur tous.
Bien ne les a fait reculer quand elles ont cru soutenir ce qui était juste et vrai.
Elles n'ont jamais hésité à rectifier les quelques erreurs dans lesquelles elles sont tombées.
Le National et le Journal du Peuple, journaux démocratiques,
■ — ont avoué qu'elles avaient été plus loin qu'eux dans l'appréciation sévère de certains faits politiques- Tous les partis les ont citées ou attaquées tour à tour, — parce qu'elles n'appartenaient qu'à un seul parti, — â celui du grand, du juste et du vrai, — et qu'elles rendaient justice à tout le monde.
^^ Elles n'ont â se reprocher que d'avoir été un peu trop indulgentes pour certaines extravagances de M. de Balzac, — dont elles aiment le talent ; ce qui fut cause qu'à une époque où le directeur de la Revue de Paris plaidant contre M. de Balzac
— pour un prétendu abus que celui-ci faisait d'un ouvrage vendu à la Revue, — pria la plupart des écrivains contemporains de signer un blâme formel contre M. de Balzac, — l'auteur des Guêpes fut, je crois, le seul qui refusa sa signature.
Or, — quand M. de Balzac fit sous le nom de Petite Revue parisienne — une imitation des Guêpes, — c'était tout simplement, comme il ne s'en cachait pas, dans l'intention bénigne d'écraser ma publication sous la sienne.
Mais, comme je l'ai dit, — il manquait à M. de Balzac plusieurs choses pour réussir. La fin prématurée de la Petite Revue parisienne — peut en faire soupçonner quelques-unes. Voici quelle fut cette fin.
M. Roger de Beauvoir, attaqué gratuitement et violemment dans le deuxième numéro de la Petite Revue, envoya deux amis â M. de Balzac. Deux amis de M. de Balzac convinrent avec ceux de M. de Beauvoir — que M. de Balzac mettrait une rectification dans son prochain numéro, qui était le troisième.
— Ce numéro parut sans la rectification imposée et promise. — Les amis de M. de Beauvoir revinrent à la charge ; — ceux de M. de Balzac refusèrent de l'assister après son manque de parole.
Deux autres témoins s'engagèrent à une nouvelle rectification : la Petite Revue cessa de paraître.
M. de Balzac a donc tort de parler avec tant de dé-
avril 1843. 259
dain d'une publication — que, quelle qu'elle soit, il a essayé d'imiter.
è|$£ Malgré les sages avertissements que les Guêpes avaient donnés à la reine Pomaré, — en lui décrivant exactement les bienfaits du gouvernement constitutionnel, — celte souveraine sauvage — a décidément donné elle et son royaume à la France ; — les grands journaux l'annoncent un an après les Guêpes.
^$z Quirinus by Félix ont of dam. — Of Hercule. Ce doit être un cheval, mais je ne suis pas sportman. Eh bien ! Quirinus est un cheval d'assez noble origine, mais mal élevé, c'est-à-dire qu'il est arrivé à cinq ans sans avoir été dressé, exercé, ni éprouvé, et de plus qu'il a été soumis toute sa vie à un système aussi débilitant qu'économique ; foin, un peu ; eau et air, à discrétion; avoine, il a pu en entendre parler. Cet animal, de formes fantastiques, d'un caractère atroce de sauvagerie, en un mot de l'extérieur le plus repoussant, fut exhibé il y a quelques mois à une vente publique, pour la plus grande délectation de la gent maquigonne et de la jeunesse dorée. Un jeune étranger faillit être expulsé du Jockey-Club, pour en avoir voulu donner mille francs. Heureux d'en êlre quitte pour mille brocards.
a$g Eh bien ! ce Quirinus, qui, malgré tout cela, est de pur sang, vient d'être acheté comme étalon par l'administration des haras. Combien? — Nous l'ignorons. — Si c'est plus de mille francs, pourquoi ne pas l'avoir poussé à la vente eoram populo ? Si moins, doit-on donner aux éleveurs de pareils étalons, et notez qu'un très-beau et très-bon cheval, mieux né et mieux élevé, Pourceaugnac, a été refusé en vexlu d'un règlement qui ordonne que tout cheval de pur sang doit, avant de se reproduire, faire ses preuves parce que noblesse oblige. Pourquoi donc refuser Pourceaugnac, bon en apparence, et prendre Quirinus, mauvais en apparence ; tous deux sans preuves? Ah! voilà.
Quirinus sort du haras de Viroflay, acquisition récente de M. Talabot, gendre du ministre du commerce.
$fë. On se rappelle quelle indignation on excita, dans le temps, contre la malheureuse reine Marie-Antoinette — en faisant courir le bruit — que, entendant dire que le peuple était malheureux et qu'il n'avait pas de pain, — elle avait répondu : « Eh bien ! qu'il mange de la brioche. » Le hasard m'a fait un de ces jours derniers rencontrer un livre daté de 1 760 — où on raconte le même mot d'une duchesse de Toscane, — ce qui me paraît prouver à peu près que le mot n'a pas été dit par Marie- Antoinette, mais retrouvé et mis en circulation contre elle.
a^çt II est impossible d'avoir une idée plus malheureuse et plus inopportune que celle qu'a eue récemment le maréchal Soult en faisant couper les moustaches de l'armée, — on sait la peine qu'eut Napoléon, — qui était Napoléon, — à faire couper les tresses de ses soldats : — la moustache est une coquetterie qui sied bien au soldat. — Je suis fort partisan d'une discipline sévère, mais je trouve ridicule et odieux de faire aussi inutilement sentir le joug aux militaires par des ennuis et. des tracasseries qui n'ont aucun but utile, même en apparence. Quelques personnes croient que M. Soult a été poussé à cette exécution par une raison, et cette raison la voici : on avait remarqué souvent que chaque ministère de M. Soult était signalé par des révolutions dans les armes et dans les costumes de l'armée.— Chaque changement donne lieu à des fournitures, chaque fourniture à des marchés, — chaque marché à des tripotages ; on en médisait. — M. le maréchal aura voulu faire passer quelque changement de ce genre à la faveur d'un changement sur lequel il n'y a rien à gagner pour personne.
Jj$(g Une lettre signée : un membre du clergé de Saint- Denis-du-Saint-Sacrement — a été accueillie par plusieurs journaux. Cette lettre, qui a la prétention d'être une réponse à celle que j'ai adressée dans le dernier numéro des Guêpes — à
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l'archevêque de Paris, est pleine d'invectives grossières contre moi. — Les jupes, quel que soit le sexe qui les porte, — sont censées désigner la faiblesse, — laquelle abuse souvent même de l'abri. — Voici donc la seule réponse que j'y puisse faire, et que j'invite à publier les journaux qui ont inséré cette lettre.
« Monsieur, vous avez admis dans votre journal — une lettre signée : un membre du clergé de Saint-Denis-du-Saint-Sacrement. — Je compte sur la sagacité de vos lecteurs — pour leur faire comprendre combien les invectives que m'adresse l'auteur de cette lettre — répondent peu victorieusement à la juste plainte que j'ai élevée; cependant il est trois points sur lesquels j'ai quelques mots à dire; — je vous prie, — et au besoin je vous somme de publier dans un prochain numéro — la réponse que je vous envoie, — et qui est nécessitée par le reproche de calomnie qui m'est adressé.
» 1° Votre correspondant ne nie pas que des ouvriers aient bruyamment travaillé pendant une cérémonie funèbre ;
»> 2° Il ne1 nie pas non plus que, — à la sacristie, pendant que le fils du mort donnait des explications nécessaires, — un sacristain et un autre homme habillé en prêtre — se soient livrés à des excès de gaieté plus qu'indécents.
» 3° La grotesque provinciale du membre du clergé de l'église de Saint-Denis-du-Saint-Sacrement me menace du procureur du roi, — et moi, monsieur, je maintiens la vérité de ce que j'ai avancé. — Je défie votre correspondant, et avec lui les certains paroissiens dont il parle, — de m'attaquer en justice sur la lettre que j'ai adressée à l'archevêque de Paris. — De nombreux témoins sont prêts à proclamer la vérité.
» Je ne ferai aucune remarque sur les phrases dans lesquelles ce pauvre homme se plaint avec tant de cynisme et de colère qu'on ait donné peu d'argent à l'église, et avoue si naïvement — que, de recueillement et de décence, on n'en pouvait pas faire davantage pour le prix.
» Le fils du mort n'avait pas vu dans cette circonstance douloureuse une occasion de faste ; — il n'avait fait demander qu'une simple présentation à l'église. Un de ses amis avait pris ce soin et avait payé pour lui ce que l'église avait demandé. — Il ne savait pas, — comme le membre du clergé de Saint-Denis-du- Saint-Sacrement nous l'apprend aujourd'hui, qu'il fallait payera part pour que le mort ne fût pas insulté — et que cela était l'objet d'un tarif particulier.
» Agréez, monsieur, etc. »
Mai 1843.
Exécution de Besson. — Un rouleau d'or sauvé. — Invitation à déjeuner noblement refusée. — La Trappe. — Saint Philippe et saint Jacques. — Une idée erotique du préfet de police. — Discours de l'archevêque de Paris et réponse du roi. — Le peuple et les badauds. — M. Pasquier et M. Séguier. — D'un voleur qui voit la mauvaise société. — Une profession nouvelle. — Un député aimable. — M. Arago a rompu avec les comètes. — L'enquête de la Chambre sur les élections de Langres, d'Embrun et de Carpentras. — Le député de Langres et le député de Saint-Pons.
Je crois avoir démontré d'une manière inattaquable • — que, dans le procès qui a suivi l'assassinat de M. de Marcellange, — si Besson était l'auteur du meurtre, les dames de Chamblas en étaient les complices. — Besson a été condamné, comme on sait. — Les dames de Chamblas continuent, selon la remarquable expression du ministère public, — à être condamnées à des remords peiyétnels, — Besson a été guillotiné également à perpétuité.
, mai 4 843. 263
M. de G*** voyageait, il y a quelques jours, avec sa femme et un domestique. — Ils sont arrêtés par des voleurs et aussi dépouillés qu'on le peut être. — On ne leur laisse que leurs chevaux, leur voiture et leur domestique, — probablement faute d'un moyen sûr de s'en défaire avantageusement. « Qu'allons-nous faire maintenant? dit M. de G***, il y a loin d'ici à une ville d'où je puisse écrire à Paris pour me faire envoyer de l'argent. — Monsieur, dit madame de G***, — j'ai sauvé un petit rouleau d'or. — Vraiment, ma chère amie? vous avez fort bien agi; — mais comment avez-vous fait pour le dérober à la curiosité plus qu'impertinente de ces messieurs? Je vous avouerai que, même comme mari, j'ai été fort contrarié de la minutie de leurs investigations sur votre personne. — Oh! j'avais bien caché mon or, — dit madame de G*'* en devenant fort rouge. — Il paraît que vous l'aviez bien caché; mais, enfin, ce devait être quelque part, et ils m'ont paru chercher partout. — Oh! partout!... » Et madame de G*** devint encore beaucoup plus rouge. « Mais, oui, ma chère amie, partout; — c'est du moins ce qu'il m'a semblé. »
M. de G*** insiste encore beaucoup, malgré l'embarras de sa femme ; — enfin, après une réponse qui probablement l'éclairé, il lui dit : « Diable! pourquoi ne m' avez-vous pas dit cela, je vous aurais priée de cacher aussi ma tabatière, que je regrette infiniment. »
ejfe Nouvelle lettre du dieu Cheneau, — qui me déclare « qu'il est forcé, dans ses épîtres, de descendre à la hauteur de ma conception ; » — que « je ferais bien d'employer toutes mes facultés, attendu que je n'en ai déjà pas trop. »
Le dieu Gheneau ajoute que « mes inspirations sont froides et stupides; » — si je trouve « quelques partisans, c'est parce que — un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire. »
Après quoi M. Cheneau — me dit « qu'il n'y a pas de fiel dans son cœur, et qu'il ne m'en veut pas le moins du monde. »
En effet, M. Cheneau termine sa lettre de la façon la plus paternelle.
« Je vous autorise à venir avec un de vos amis me demander à déjeuner; je m'arrangerai pour que vous soyez plus satisfait de ma table que de mes réponses. »
Voilà ce que j'appelle se conduire en dieu.
Aux petits des oiseaux (aux Guêpes) , il donne la pâture.
Mille remereîments, dieu Cheneau; mais j'ai peu de confiance dans les festins donnés par le ciel ; — ceux qui sont restés dans la mémoire des hommes ne sont pas, vous l'avouerez, encourageants, sans parler des divers festins dont je ne parle pas par respect, tels que la manne du désert, — nourriture purgative.
Cinq pains et deux poissons pour cinq mille hommes;
La célèbre tartine d'Ézéchiel, — les noces de Cana où on fait du vin avec de l'eau ;
Les pains apportés par un corbeau à un autre prophète.
Je rappellerai Saturne — mangeant des pierres ; — Proserpine condamnée à l'enfer pour un grain de grenade ; — Tantale qui ne mange pas du tout — et Prométhée qui est mangé I — Permettez-moi, dieu Cheneau, de ne pas accepter votre nectar et votre ambroisie, et de me contenter de vos réponses.
^£ On lit dans plusieurs journaux l'anecdote que voici :
« Un Anglais de distinction visitait le couvent de la Trappe. L'abbé lui présenta successivement tous les religieux condamnés à un silence perpétuel. Arrivé près de l'un d'eux, il dit : « Vous voyez ici, milord, un malheureux soldat qui, ayant eu » grand'peur du canon à la journée de Waterloo, déserta le » champ de bataille, et vint ensuite, désespérant de son hon- » neur, se jeter dans notre ordre. » Aces mots, le frère changea de couleur, le combat terrible qu'il éprouvait dans son âme se peignait sur ses traits altérés; mais, fixant tout à coup le cru-
mai 1843. 265
cifix, il joignit les mains, tomba humblement à genoux devant l'abbé, et se retira pâle et silencieux de la salle.
» L'Anglais, ému de cette scène, demanda à l'abbé pourquoi il avait si durement accusé ce malheureux. « Milord, répondit » l'abbé, je l'ai fait pour vous prouver l'empire que la religion » peut exercer sur l'homme. Ce frère a été un des plus braves » officiers de l'armée ; il a fait des prodiges de valeur dans » cette bataille ; vous avez vu le combat qu'a excité en lui ma » fausse accusation ; mais, en même temps, vous avez été té- » moin de sa résignation et de son humilité. »
Il n'y a à tout cela qu'un petit inconvénient, — c'est qu'il n'est pas vrai que les trappistes soient condamnés à un silence perpétuel. — Je suis allé à la Trappe, — et j'ai été reçu par un frère qui cause fort bien ; je lui ai demandé si, en qualité de frère hospitalier chargé de recevoir les voyageurs, il avait une permission spéciale pour rompre le silence auquel les trappistes sont soumis. — 11 sourit et médit : « Je sais qu'on fait sur nous d'étranges histoires dans le monde ; — notre silence consiste à ne pas avoir entre nous de conversations futiles, — à ne pas parler en traversant l'église, — ou le cimetière, — ou d'autres lieux consacrés, — ou pendant certaines prières. — Ne dit-on pas aussi, ajouta-t-il en souriant de nouveau, que nous creusons nous-mêmes notre tombe, et qu'en nous rencontrant nous nous disons l'un à l'autre : « Frère, il faut mourir! » — Vous pouvez voir par vous-même qu'il n'en est rien. »
^*£ S. M. le roi Louis-Philippe ayant découvert qu'il y avait encore une trentaine de Français qui ne portaient pas la croix d'honneur, — a réparé cette omission involontaire et a daigné l'envoyer à quinze proviseurs de collèges de province et à quinze substituts et procureurs — à l'occasion de sa fête.
$fez La Saint-Jacques tombe le même jour que la Saint- Philippe; — les almanachs, obligés de mettre la Saint-Philippe
en lettres majuscules, — ont supprimé saint Jacques, — mis à la porte ainsi du calendrier. — La Saint-Jacques est la fête de M. Laffitte.
Le préfet de police — a imaginé un singulier moyen de célébrer la fête du roi; — il a accordé amnistie pleine et entière â cent cinquante filles publiques détenues à Saint-Lazare — pour avoir aimé hors des heures permises par la police. — Ces cent cinquante demoiselles, rendues aux félicités publiques, — ont pris unevpart active à la fête, — et quelques-unes ont orné le soir le carré Marigny, aux Champs-Elysées, de danses un peu risquées.
<J^£ Monseigneur Affre — a tenu au roi un discours un peu entortillé, — dont le vrai sens est qu'il conseille à Sa Majesté de rétablir les collèges de jésuites ; — â quoi Sa Majesté a répondu par un discours non moins entortillé qu'elle priait monseigneur Affre de se tenir tranquille et de se mêler de ses affaires.
«J^ Certains journaux traitent un peu le peuple en comparses d'opéra-comique. — On lit dans le National : — « Il y avait aux Champs-Elysées un débordement de badauds. »
Je prendrai la liberté de demander au National — si ces badauds — ne sont pas les mêmes figurants qu'il intitule le grand peuple et le pays dans d'autres circonstances.
4^t£ Dans les discours que MM. Pasquier et Séguier ont adressés au roi à l'occasion de sa fête, — quelques personnes ont paru regretter que ces messieurs n'aient pas trouvé moyen de mettre dans ces discours un peu de la variété qu'ils ont mise dans leurs serments et dans leur dévouement depuis trente ans.
4^i£ Un homme accusé de vol est interrogé par le président sur l'emploi de son temps ; il répond qu'il a passé quelques heures dans un estaminet du boulevard du Temple. « Voilà un joli endroit et une belle société ! » dit le président !
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Nous demanderons à M. le président s'il a jamais invité ce pauvre diable à venir passer la soirée chez lui — et s'il pense qu'il ait le choix d'une société plus relevée.
3^^ Un voleur, interrogé sur ses moyens d'existence, répond qu'il joue la poule au billard et qu'il est heureux; — c'est un état tout nouveau : — heureux au billard.
J^^ Un électeur a avoué qu'il s'était décidé à nommer M. Pauwels, parce qu'on lui avait dit que c'était le plus aimable. — Il y a tant de choses représentées à la Chambre — qu'on ne saurait trop se féliciter de voir un député élu comme aimable.
2$g M. Arago a annoncé qu'an de ses élèves venait de découvrir une nouvelle comète. — M. Arago, fâché contre les comètes, ne daigne plus s'en occuper lui-même. — Cela rappelle un peu M. Willaume, qui mariait les gens et annonçait en post-scriptum dans les journaux que son secrétaire plaçait les domestiques.
è^fe L°rs de la présentation 'des tableaux devant le jury de l'exposition, un des membres de cet aréopage juste et éclairé, M. Bidault, s'absenta pendant quelques instants. — Pendant son absence, cinq de ses paysages furent étourdiment refusés. — A son retour, il trouva la besogne fort avancée. « Ah!- ah! dit-il, vous avez fini les paysages ! eh bien, j'espère que vous êtes contents de moi cette année. » Les juges comprirent qu'ils venaient de faire une sottise en repoussant {far mégarde les œuvres d'un de leurs conaplices. — Sur un signe d'intelligence, le gardien alla prendre dans le tas refusé les cinq tableaux Bidault et les glissa avec ceux acceptés.
«1^ A la bonne heure, — nous y voilà ; — je suis un peu comme la plupart de nos amis et de nos parents, — qui trouvent une douce consolation pour les malheurs qui nous frappent — dans la joie de les avoir prédits et de nous favoir bien dit*
L'enquête sur les élections contestées, — livrée à l'impression par la Chambre des députés, — nous donne déjà un avantgoût de ce que deviendra la vie privée en France, — où tout le monde veut arriver à Ja vie politique. — Une partie de la Chambre s'est épouvantée de ce quelle avait fait elle-même ; — la commission a émis le vœu qu'on ne fit plus d'enquêtes de ce genre ; — la moitié de la Chambre a gémi sur une publicité qu'elle avait autorisée elle-même; — les coulisses de la ville de Carpentras et autres lieux ont été ouvertes au public, — qui a pu y voir plusieurs autres petites pièces, — non destinées à la représentation.
Beaucoup de députés se sont récriés contre une publicité à laquelle chacun d'eux servira de pâture.
Ah! vous voulez du gouvernement représentatif, messieurs! ah ! vous voulez qu'on vous envoie à la Chambre pour discuter tous les intérêts du pays! — Vous voulez qu'on mette entre vos mains la fortune publique et l'honneur du pays, — et vous ne voulez pas qu'on examine si les moyens qui vous ont fait envoyer à la Chambre ne sont pas précisément ceux qui vous devraient faire exclure de toute participation au gouvernement du pays.
Vous voulez faire dire dans les journaux qui vous poussent que vous avez toutes les vertus — et vous ne songez pas que c'est autoriser d'autres journaux à faire observer qu'il vous en manque quelques-unes et à dire lesquelles! — Vous n'êtes pas encore au bout, messieurs. — Vous en verrez bien d'autres.
Attendez un peu, — et l'on voudra savoir à quelle époque chacun de vous mange des pois verts, — et à quelle femme du monde ou d'ailleurs il adresse des hommages, — et s'il est aimé pour lui-même ; — et, dans le cas où il achèterait son bonheur, — quel est le prix qu'il y met. — On voudra savoir où vous allez le soir — ou d'où vous sortez le matin ; — on le dira, — on l'imprimera, et l'on aura raison.
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Quoi! — -messieurs, — de temps en temps — un homme inconnu, — ayant fait une fortune dont on ne connaît pas plus le chiffre que les éléments, — viendra prendre sa part du gouvernement du pays, — et la seule chose dont vous voulez qu'on s'enquière, c'est combien il y a de portes, combien il y a de fenêtres à sa maison !
Vous voulez qu'on dise : « Monsieur un tel possède trois portes cochères, — deux bâtardes, — vingt-cinq fenêtres ; — qu'il gouverne la France : dignus est intrare. — Vive M. un tel ! soumettons-nous à ses lois ! » Vous voulez que l'on se contente d'être gouverné par le plus grand nombre des portes — et par la majorité des fenêtres.
Toute autre investigation qui ne porte pas sur vos portes et fenêtres vous semble indiscrète — et de mauvais goût.
Pardon, messieurs, il n'en peut être ainsi. — Vous voulez à la fois les bénéfices et les splendeurs de la vie politique et les douceurs secrètes de la vie privée.
Non, messieurs, les vertus politiques ne consistent pas seulement dans l'entêtement aveugle à suivre telle ou telle bannière, — il y a encore deux ou trois petites choses accessoires dont il est prudent de s'informer, et on s'en informera.
Je sais bien, messieurs, que c'est désagréable — pour des bourgeois, — encore hier marchands de n'importe quoi, de voir ainsi produire au grand jour — des détails, des habitudes, des mœurs qu'on n'a pas préparés pour le public à une époque où on ne savait pas qu'on deviendrait gouvernement. — Mais soyez de bonne foi, — vous direz qu'il n'en peut être autrement.
Voyons, — monsieur Ganneron, — quand vous vendiez des lumières des huit à vos concitoyens, — auriez-vous fait un long crédit à un épicier qui vous eût paru faire des dépenses audessus de sa fortune, ou qui vous eût semblé inepte, — ou peu exact, — et auriez-vous refusé de savoir ce qu'il en était ?
Non, certes, monsieur Ganneron.
Et vous, — monsieur Cunin-Gridaine, — auriez-vous confié une partie de draps un peu forte — à un commis voyageur qu'on vous aurait assuré seulement jouer un peu trop aux dominos ?
Et ne pensez-vous pas que les denrées que vous confie la France à tous sont un peu plus précieuses que celles vous débi tiez au compte de vos commettants ?
Ce n'est pas ma faute, — messieurs, — si vous avez pensé que l'art de gouverner les hommes et les pays — fût le seul qu'il n'y eût pas besoin d'apprendre, — et pour lequel il n'y eût pas de nécessité de préparer sa vie. — Restez dans la vie privée, — vous qui aimez la vie privée, — personne ne vous force d'entrer dans la vie politique.
Pour ce qui est des enquêtes de la Chambre, du reste, — cela ne servira à rien, — si ce n'est à produire de temps à autres quelques scandales.
Les hommes sont les mêmes partout et toujours, — tous à vendre, — seulement pour différents prix, — payables en diverses monnaies. — Mais, si vous ne voulez plus d'enquête, — ô représentants du pays ! ou si vous voulez que vos enquêtes servent à quelque chose, rendez un décret — par lequel — l'avidité et l'avarice sont abolies, ainsi que la vanité et l'ambition.
— Ordonnez que tous les Français soient également vertueux, probes, désintéressés. — Ordonnez que personne ne vende son suffrage — ni pour de l'argent, ni pour des honneurs ( des honneurs au prix de l'honneur), ni pour aucun intérêt. — Et ensuite vous n'aurez plus à craindre qu'on achète des suffrages*
— quand il n'y en aura plus à vendre. La difficulté est seulement de réussir sur le premier point. — En attendant, — voici quelques-unes des plus innocentes révélations amenées par l'enquête.
M. de Cajoc, sous-préfet, — a écrit une lettre dont voici un extrait : « Je ne veux pas qu'on mette tous les préfets à la
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porte, il y en a de bons , mais je demande seulement qu'on m'en trouve une petite. » — Probablement une préfecture.
^£ Madame de Cajoc — a écrit : « Les ministres ne veulent que des assassins et des gueux pour agents. »
^^ élection de carpentras. — « Le sieur Rosty a constamment soutenu que, le jour du scrutin de ballottage, M. le sous-préfet de Carpentras, l'ayant pris à part, lui avait témoigné des doutes sur son vote, et avait voulu exiger de lui, sous peine de destitution, qu'il mît une marque particulière sur son bulletin. »
Ce n'est pas tout à fait conforme au vœu de la loi, qui exige le secret des votes.
« Le sieur Roubaud, électeur, nous a dit que, le 12 juillet au matin, le sieur Rosty fils, notaire, lui avait offert la somme de deux cents francs s'il voulait consentir à donner sa voix à M. Floret. »
Voici un notaire qui fait là un joli trafic ! — et c'est une charmante chose à faire par-devant notaire qu'un marché de ce genre.
^^ « Les partisans de M. Floret imputent, au contraire, à ceux de M. de Gôrente d'avoir acheté pour cinquante francs le vote de Roubaud. »
M. Floret a offert deux cents francs à Roubaud — et M. de Gérente seulement cinquante francs. — Il y a bien du risque que M. de Gérente soit innocent de la corruption. — Roubaud a dû préférer être corrompu par M. Floret, — attendu qu'on ne se fait pas corrompre pour l'honneur.
ffîg « Le sieur Bonnet aurait répondu qu'il s'était engagé à voter pour M. Floret, parce que celui-ci lui avait promis la veille une place de douze cents francs pour son neveu, dont il désirait se débarrasser. »
Quelque coquin de neveu probablement — comme on en voit tant. — - M. Bonnet, j'en suis sûr, n'aurait rien accepté pour lui-
même, — mais pour son neveu, qui ne sera plus à sa charge et qui l'embarrasse, — c'est bien différent î
^fet « Si l'élection de Carpentras est validée, ce n'est pas parce que cette élection a été exempte de manœuvres, mais uniquement parce que les griefs les plus graves ne sont pas imputables au candidat élu. Et la meilleure manière d'atteindre ce but, ne serait-elle pas de proposer à la Chambre, en même temps qu'elle admet le député, d'infliger un blâme à ces manœuvres ? »
Pardon, messieurs de la commission, — c'est-à-dire que ce n'est pas le meilleur, mais le moins mauvais qui est élu ; — ce n'est pas celui qui n'a pas fait le moins — qui est déclaré honorable ; — disonc donc l'honorable M. Floret.
ej£$* élection d'embrun. — « L'élection d'Embrun présente deux caractères bien marqués : tentatives de corruption pécuniaire de la part de M. Ardoin ; essai d'intimidation et violation du secret des votes de la part des amis de M. Allier. »
C'est gentil ; — voyons un peu lequel sera déclaré honorable de ces deux messieurs.
è^£ « Il s'est élevé, de l'ensemble des témoignages recueillis, la preuve morale des tentatives de corruption auxquelles avaient eu malheureusement recours les amis de M. Allier, et peut-être ce concurrent lui-même. Nous produirons, à cet égard, des déclarations et des aveux déplorables. »
Ce sera peut-être M. Ardoin.
Ëfà. « Le secret des votes a-t-il été violé par les désignations qui accompagnaient, sur la plupart des bulletins, les noms des deux candidats ? Car ce procédé a été employé par les deux partis, c'est le procès-verbal de l'élection qui le déclare : « Le bureau (y est-il dit), après en avoir délibéré, a, en effet, remarqué que, de part et d'autre, les désignations inscrites sur les bulletins des électeurs porteraient atteinte au secret des votes et pourraient être contraires au vœu de la loi. »
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La chose redevient douteuse.
^^ « Vous avez sous les yeux les dépositions des témoins ; ils ne sont pas d'accord sur le nombre des bulletins avec des désignations. M. Bertrand de Rémollon a dit que tous les bulletins pour M. Allier, ou presque tous, soixante-dix-sept sur soixante-dix-huit , portaient des désignations. M. Janneau- Lagrave a dit qu'il y en avait un quart ou un tiers du côté de M, Allier. M. Achille Fourrât : les trois quarts des bulletins à peu près, dont cinquante environ du côté de M. Allier, et peutêtre quarante-cinq pour M, Ardoin. M. Cézanne un tiers, et pour les deux candidats. M. Didier : des deux côtés à peu près en nombre égal. »
M. Ardoin a des chances pour être honorable; mais il n'en a guère de plus que M. Allier. — Voyons encore :
$fe « Le sieur Bonaffoux père a eu à déplorer des propos inconvenants et des coups de son fils ; le fils était dans un état d'ivresse complet, et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que les témoins qui ont reproduit les griefs de Bonaffoux ont déclaré, les uns, qu'il leur avait dit que son fils l'avait menacé pour arracher son vote en faveur de M. Ardoin ; les autres, en faveur de M. Allier, d'où résulte une grande incertitude sur les faits en eux-mêmes, et par conséquent sur la valeur des témoignages et sur l'intention des plaintes. »
Bonaffoux a battu son père ; — mais pour qui et pourquoi a-t-il battu son père ? — en général, quand on bat son père, c'est pour quelqu'un ou pour quelque chose.
è^£ « Cet arrêt déclare simulés les actes en vertu desquels ces sept électeurs auraient acquis, en mars et avril 1841, de M. Ardoin, candidat, l'usufruit, pendant neuf annés, de pièces de terre situées à Saint-Ouen et à Clichy, et reconnaît fausses et contradictoires les explications données par eux. »
Oh! diable, ceci est laid; — c'est, je crois, maintenant, — M. Allier qui est le plus honorable de ces deux messieurs.
*$$t « On disait que M. Ardoin était venu de Paris avec deux cent mille francs pour gagner les électeurs ; et l'un d'eux, en effet, était venu chez Jouve lui demander trois mille francs sur cette somme. J'en veux ma part, aurait-il dit naïvement.
e^e « Chevalier, adjoint. Celui-ci avait reçu en prêt, de M. Ardoin, une somme de huit cents francs pour trois ans, sans intérêts. [Il vota, le premier jour, pour M. de Bellegarde, que les amis de M. Allier portaient à la présidence du collège. Il paraîtrait qu'on avait donné à cet électeur un mot d'ordre qui ne se serait pas retrouvé dans les bulletins énoncés. Aux reproches de M. Jouve, le sieur Chevalier aurait répondu : « Je « ne voterai pour M, Ardoin que si, au lieu d'un prêt de huit » cents francs, on le convertit en don, en déchirant mon obli- » gation. »
» Chevalier aurait raconté ce fait en présence de cinq â six témoins. Et l'obligation a été déchirée. Chevalier aurait même ajouté : « Je dois mille francs à M. Julien, et j'aurais voulu » acquitter cette dette. » Il a voté le deuxième jour pour M. Ardoin. »
Les parts ne sont pas égales, — nous avons vu tout â l'heure un électeur qui demande trois mille francs. M. Chevalier fait la chose pour huit cents francs. — C'est un gâte-métier. ■
e|j£ « Si M. Ardoin ne faisait rien par lui-même, il laissait faire des agents dévoués. Le nommé Martin, repris de justice ; le nommé Trinquier, sous le coup des réserves du ministère public pour altération de signature, allaient l'un et l'autre offrant de l'argent à qui voudrait en recevoir. »
C'est peut-être la première fois que ces deux messieurs offraient de l'argent au monde, — leurs antécédents judiciaires semblent, en effet, annoncer des exercices tout opposés.
elfe « Ces personnes ont ajouté : « Si nous ne votions pas » pour M. Ardoin, dés le lendemain même de l'élection nous » serions poursuivis à outrance. »
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Il est bon de se faire corrompre, mais il faut être honnête. — Vous avez promis de vous déshonorer ; un honnête homme n'a que sa parole, — si vous y manquez et que ça tourne mal, — tant pis pour vous.
*$$; M. Ardoin lui-même s'en est expliqué devant nous en ces termes : « Les électeurs qui votaient pour moi étaient hé- » berges chez Gauthier et chez Bellotte. Il y avait table ouverte » pour dîner et pour déjeuner, à mes frais. C'était connu, je ne » m'en suis pas caché. On peut bien traiter ses amis. Le préfet » m'a fait une affaire en 1839, parce que j'avais amené mon » cuisinier. Je crois que je le ferai encore, rît. Ardoin a ajouté qu'il avait habité l'Angleterre, et que là on faisait bien autre chose. »
attendez un peu, — nous ne faisons que commencer, — et nous commençons bien ; — l'Angleterre n'est pas arrivée du premier coup où elle en est.
^£ « Il n'a pu s'élever d'hésitation dès lors parmi les membres de la commission d'enquête que sur la manière de caractériser ces actes, et l'intention qui les avait inspirés. Les uns ont voulu les qualifier de manœuvres coupables, les autres de tentatives de corruption. La majorité de la commission a adopté une expression générale, qui comprend cette double pensée, et les a déclarés faits de corruption électorale. »
Cette pauvre commission a dû, en effet, se trouver bien embarrassée ; — il paraît que ce que ces messieurs ont fait ne constitue pas des manœuvres coupables, — ni des tentatives de corruption. — Quel bonheur que la commission ait enfin trouvé — le mot, — le vrai mot, — le seul mot qui rende exactement la chose ! — Cependant cette phrase rappelle un peu la fameuse distinction d'Odry entre les chiquenaudes, les pichenettes et les croquignoles.
^^ « La minorité a dit qu'elle désapprouvait hautement, comme la majorité, les faits à la charge du concurrent de M. AI-
lier (ah! c'est M. Ardoin qui ne sera pas honorable), mais qu'il lui était impossible de ne pas»voir des actes d'intimidation dans l'ensemble des faits qui avaient caractérisé l'élection, notamment les actes relatifs à Ardoin de Briançon, à Bonnaffoux et à Chevalier. Ces actes ont été en quelque sorte avoués par M. de Bellegarde et par Joubert (M. Ardoin redevient honorable). La minorité a ajouté qu'il résultait de l'enquête qu'un grand nombre de bulletins, portant des désignations particulières, avaient été écrits en faveur de M. Allier ; et que si on n'avait pas découvert la preuve matérielle d'un concert, d'un registre et d'un contrôle, tout portait à croire que ce concert et ce contrôle avaient existé, particulièrement de la part des trois membres composant le comité électoral de M. Allier, placés tous trois auprès du bureau du président du collège, au moment du dépouillement du scrutin, de manière à pouvoir lire tous les bulletins qui portaient des désignations et à constater leur origine. (M. Ardoin continue à redevenir honorable.) Cette circonstance, réunie à d'autres indices, fortifiait la minorité dans la conviction où elle était qu'une atteinte sérieuse avait été portée au secret des votes, à la liberté de l'élection; et que, pour mettre un terme à l'abus possible des bulletins avec des désignations, par une sanction sérieuse, elle était d'avis d'annuler l'élection de M. Allier. (Honorable M. Ardoin !)
» La majorité, au contraire, est d'avis que l'élection a été libre et pure, et vous propose l'admission de M. Allier. »
Oh ! mon Dieu ! — voilà M. Ardoin qui n'est plus honorable du tout ; — c'est maintenant M. Allier, — qui, du reste, a bien manqué de ne l'être pas.
On a trouvé généralement cette conclusion de la commission : Vélection a été libre et pure, — un peu facétieuse.
.^^ élection de LANGRES. — Parlez-moi de Langres, à la bonne heure, — voilà un endroit où les choses se passent beaucoup mieux.
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« Une multitude d'agents parcoururent la ville et les campagnes, obsédant les électeurs de promesses, de menaces, offrant des voitures pour se rendre à l'élection, et leur indiquant les auberges et les cafés où ils devaient être défrayés, et, de plus, dénigrant les compétiteurs de M. Pauwels, en les qualifiant d'aristocrates et de gentilshommes voulant la ruine du pays.
» La veille de l'élection on avait accaparé toutes les voitures et les chevaux de louage du chef-lieu pour amener, dès le matin, tousjes électeurs de la campagne dont on redoutait l'indépendance du vote ; et ensuite, placés dans les maisons et auberges où ils étaient gardés à vue, on les extrayait de leur retraite dans un état voisin de l'ivresse, et on les accompagnait ainsi au bureau de l'élection. »
M. Ardoin et M. Allier hébergeaient les électeurs d'Embrun; — mais M. Pauwels fait mieux : il grise les électeurs de Langres.
^^ « M. Chauchart, membre du conseil général, a déclaré devant la commission qu'il avait vu dans le sein du collège 'un sieur Carbillet, chef d'instruction, amenant un électeur qu'il soutenait, attendu qu'il ne pouvait presque plus marcher. M. JBeguinot de Montrol en a vu un tout à fait ivre, dont le billet a été écrit par un autre électeur. M. Renard, substitut du procureur du roi à Vassy, nous a dit : « Les électeurs dont M. Abreuveux » écrivait les billets n'étaient pas ivres, mais ils étaient appe- » santis par le vin. »
Distinguons : — regardez un peu comme on est méchant dans les petits enrJroite ; — on disait avoir vu ivres de pauvres électeurs qui n'étaient qu'appesantis par le vin ; — ce serait honteux d'avoir été exercer ivre un droit aussi sérieux.
$fa£ observations générales. — « Treizième question. M. de Gérante a-t-il demandé et obtenu une demi-bourse" dans un collège royal pour l'enfant de Raspail, petit-fils d'un électeur, et une autre pour l'enfant de Guillaume Siffrein, électeur? — R. Oui, à l'unanimité.