‹ Les guêpes (volume 4)Chapitre 3 sur 12 · MAI 1844. 1G · texte numérisé non relu

MAI 1844. 1G

pour but de rappeler toutes les gloires de la France, et de montrer que nous avons fait autant qu'Athènes, Sparte et Rome, dont, au reste, on vous occupe beaucoup trop. »

,^jî Un journal accuse de plagiat M. Ilortensius Saint- Albin.

— M. Hortensius Saint-Albin accuse le journal de dillaraation.

— Le journal demande à faire judiciairement de son allégation une preuve qu'il a déjà failoien imprimant en regard et l'ouvrage de M. Saint-Albin et celui sur lequel il a été littéralement copié.

Mais, comme le journal sait que la loi ne permet pas à l'accusé de dilîamation de produire la preuverdes faits qu'il a avancés, — il prend un biais que la même loi h\\ indique : il accuse M. Saint- Albin de plagiat.

M. Saint-Albin n'accepte pas ce procès, — et invoque la prescription, c'est-à-dire qu'il reconnaît s'être emparé du livre d'un autre, et l'avoir publié sous son nom, mais — il y a longtemfr.

^^ Une discussion s'est élevée à la Chambre des députés

— le 13 avril 1844. M. Ledru-Rollin rappelle à M. le ministre de la marine que, le CO février précédent, il avait "affirmé n'avoir reçu sur l'affaire de Taïli aucun autre renseignement que ceux communiqués à la Chambre ; — il fait remarquer à M. le ministre que les faits sont venus démentir son assertion, et que lui-même a avoué depuis avoir en effet possédé alors des documents que la Chambre n'avait pas été mise à même d'examiner.

— Et cependant, dit-il, M. le ministre de la marine a dit alors à la tribune : « J'affirme sur l'honneur que nous n'avons pas reçu d'autres rapports de M. Dupelit-Thouars que ceux qui ont été déposés. »

M. le ministre de la marine monte à son tour à la tribune, et se plaint violemment de M. Ledru-Rolhn. — M. Ledru-Rollin aurait escomoté trois mots pour le mettre en contradiction avec lui-même. — M. Ledru-Rollin, tenant le Moniteur à la main,

— ne citant pas de mémoire, mais Usant, — apas^é trois mots.

— Est-ce delà probité ?__

Non certes, — et nous blâmons fort M. Ledru-Rollin. — Voyons maintenant quels sont ces trois mots.

« Je n'ai pas dit, comme le prétend M. Ledru, ajoute le ministre, je n'ai pas dit que nous n'ainons pas reçu d'autres documents, j'ai dit : J'afTu'me sur l'honneur que nous n'avons pas reçu d'autres documents parje navire T Elisabeth ; — nous en avions reçu d'autres, c'est vrai, mais pas par le navire VElisabeth. »

Nous demanderons à son tour à M. le ministre de la marine : Est-ce là de la probité? N'est-ce pas ce procédé si reproché à raison aux casuisles, et qu'indique le pt're Sanchez?

« Vous pouvez dire et même jurer que vous n'avez pas fait telle chose > quoique vous l'ayez faite en effet, pourvu que vous ajoutiez tout bas ou nit*me mentalement « hier, » ou « ce malin, » ou toute autre circonstance, qui, ajoutée à celles que vous affirmiez par serment, rende ce serment vrai, de faux qu'il serait sans cela. »

^}f^ M. Bourgogne, — qui a pour état d'avoir une femme fabricante de corsets, — a publié, en 1811 (mars), une brochure que les Guêpes ont reproduite on grande partie ; — cette brochure était si invraisemblable, que nous laissâmes alors pendant quelque temps l'original déposé dans nos bureaux, pour qu'on ne nous accusât pas de l'avoir inventée.

Cotte brochure eut un succès prodigieux, surtout dans les Guêpes, et nous obligea de faire du numéro de mars 18-it un tirage supplémentaire. — Depuis cet appel au peuple, M. et Mme Bourgogne n'étaient plus descendus dans l'arène politique.

Mais aujourd'hui, madame Bourgogne (née Kunégonde Krenipol, ainsi (|ue nous l'apprit alors M. Bourgogne lui-m<^me, qui vouhit bien nous honorer d'une visite), madame Bourgogne, ayant à se plaindre du gouvernement actuel, a fait insérer dans divers journaux douze lignes pleines à la fois de fermeté et de modération.

, MAI 1844. 17f

Madame Kunégonde Bourgogne avait obtenu d'abord de M. Rarabuteau la promesse qu'elle pourrait exposer ses corsets; — mais une décision du jury central a ensuite exclu ces mêmes corsets.

Le jury a motivé son refus sur plusieurs raisons.

Dans un siècle d'incrédulité, ce serait un tort d'aller porter un nouveau coup à des croyances déjà bien ébranlées.

On se plaint de toutes parts que les femmes sont négligées, qu'elles n'ont plus dans la société le rang et l'influence qu'elles y ont occupé et exercée pendant si longtemps.

Serait-ce dont le moment de révéler aux jeunes gens qui croient encore du moins aux hanches — comment sont faites celles de beaucoup de femmes de leur connaissance?

Ces révélations n'auraient-elles pas pour résultat d'exciter entre les deux sexes une défiance fâcheuse? — Plus les corsets de madame Bourgogne sont parfaits, plus ils doivent rester un secret entre elle et ses clientes.

On assure que la femme d'un membre influent du jury, chente de madame Bourgogne, — a été effrayée de la ressemblance frappante qu'on pourrait trouver entre elle et la ouate exposée par madame Bourgogne, — et que c'est à sa soUicitation que son mari a poussé ses collègues à proscrire l'exhibition des corsets.

Nous sommes fâché de voir madame Bourgogne méconnaître l'intérêt que nous lui portons, au point de n'avoir pas envoyé aux Guêpes la note qu'elle a fait insérer dans plusieurs journaux; les Guêpes se seraient fait un plaisir d'admettre gratuitement ces lignes que les journaux ont fait payer à madame Bourgogne.

D'où vient que M. Bourgogne ne paraît pas cette fois? — C'est aussi un ingrat qui nous a oubhé.

^)i^ Depuis cinq ans, les Guêpes demandent comment il se fait que depuis quatorze ans — certains médecins prétendent

que la gélatine nourrit parfaitement les malades, — certains autres, qu'elle ne les nourrit pas, mais qu'elle les empoisonne un peu ; — comment il se fait que l'Académie n'ait pas encore décidé cette question, et surtout comment, dans le doute, ou continue à en donner aux malades dans certains hôpitaux.

Plusieurs de mes lecteurs ont cru.que j'exagérais, sans doute, cette situation incroyable et i laquelle l'autorité aurait dû , depuis bien des années, mettre un terme, en proscrivant l'emploi de la gélatine dans les hôpitaux, jusqu'à ce que la question fût résolue.

Pour leur montrer que je n'ai rien inventé, je vais transcrire ici textuellement une scène qui a eu lieu dans une des dernières séances de l'Institut, et qui paraîtrait d'un comique exagéré et invraisemblable dans le Malade imaijinaire de Molière.

A propos du rapport négatif de llnstitut des Pays-Bas sur les propriétés nutritives de la gélatine, M. Bergama vient en aide à M. Darcet pour soutenir l'eiricacilé de cette substance comme aliment. Aussitôt M. Gay-Lussac prend la parole pour rappeler â l'Académie que, depuis quatorze ans, une commission a été nommée pour résoudre une question qui intéresse aussi vivement l'humanité, et qu'il est malheureux que cette commission n'ait pas encore fait un rapport circonstancié à ce sujet.

Cette observation, pleine de justesse, donne lieu à un débat animé, qu'il nous semble intéressant de reproduire, comme un des épisodes les plus curieux de la (piestion.

M. THÉN.vRi). Je suis président de la commission, et je dirai à l'Académie que, s'il n'a pas été fait de rapport, si l'on n'est pas arrivé à une conclusion, cela tient uniquement au grand nombre de commissaires. Deux ou trois membres auraient travaillé, sept académiciens n'ont rien fait.

M. DUPiN. Que la commission nonmie une sous-commission de trois membres, et la didiculté sera levée.

M. THÉ>ARD. Deux sous-commissions de deux membres ont

été nommées pour travailler chacune de son coté ; elles n'ont rien fait.

M. GAY-LussAC II est impossiblc que la commission garde plus longtemps le silence sur un tel^ sujet, car, en attendant, plusieurs établissements publics donnent de la gélatine aux malades.

M. TiiÉNARD. Je demande que^ M. Gay-Lussac soit adjoint à la commission pour la rajeunir et la retremper.

M. G.\Y-LussAc. Vous avcz dit que la commission était trop nombreuse.

M. TiiÉNARD. Il y a longtemps que j'ai indiqué l'expérience à faire. Faire maigrir des chiens...

M. poi.NSOT. Pauvres bêtes !

M. THÉNARD. Faire maigrir des chiens, ajouter alors de la gélatine à leurs aliments insufTisanls, et constater si leur poids continue à diminuer. Dans ce cas, la gélatine ne serait pas nutritive. Dans le cas contraire, c'est-à-dire si le poids augmentait, j'en conclurais que celte substance est réellement nutritive, ce que je crois fermement.

M. POixsoT. Je ne le crois pas.

M. THÉNARD . Pourquoi ne le croyez-vous pas ?

M. POiNsoT. Parce que les rats mêmes ne veulent pas en manger.

M. MARCEL DE SERRES, Il faudrait rassembler la commission, et la prier instamment de faire un rapport.

M. THÉNARD. Je rassemblerai la commis.sion, mais auparavant je demande l'adjonction do M. Dutrochet.

M. Dutrochet est adjoint à la commission, qui est donc composée de huit membres, quoique sept soient déjà trop nombreux.

^je Je prfe "SU"', qui m'a fait l'honneur de m'écrire que des raisons majeures rempêchaicnt de s'abonner aux Guêpes, ae vouloir bien me donner son nom et son adresse, — et de me permettre de lui envoyer à l'avenir mes petits volumei.

Juin 184''u

M. Buloz. — La Revue de Paris entre dans une nouvelle voie, bon voyage. — Un essai peu hardi fait par l'administratron ilu chemin do fer. — Impôts sur le luxe. — Le roi de France rcprosenté par des chevaux. — Sur la brochure du prince de Joinville. — Mésaventure du lieutenant Petit. — Dictionnaire français-fran^-ais. (Suite).

^^ JUIN. — Quand M. Thiers était ministre, — M. Guizot appelait le ministre des affaires étrangères — un homme daiv gereux pour le pays, — qui sacrifiait l'intérêt et l'honneur de la France à l'alliance anglaise. — Les amis politiques de M. Guizot, — c'est-à-dire ceux qui voulaient arriver avec lui aux places et aux appointements d'icelles, — dénonçaient à la vindicte publique toutes sortes d'affreux dangers. — Il n'y avait pas si petit fonctionnaire qui ne fût traître à la patrie et ne s'abreuvAt de la sueur du peuple. — 11 était urgent de leur courir sus et d'en délivrer le pays. — Cela dit, on fait une grande chasse aux portefeuilles, aux places, aux emplois, etc.

Aujourd'hui, M. Thiers et ses amis — tAchent d'obtenir à leur tour de la majorité une ordonnance qui permette de courir sus à iM. Guizot et à ses partisans, — pour se partager leurs dépouilles et en faire curée.

<«%: Pour placer dans le jardin fantastique où nos romanciers ont déjà planté :

M. de I5;ilzac, — une azalée grimpante ; — madame Sand, — dos chrysanthèmes bleus; — M. Janin, — un œillet bleu; — M. Rolle, — son camellia à odeur enivrante,

Voici venir M. Alfred Michiels, — qui se présente avec une ronce à fleurs jaunes.

Jhl^ M. l'.idoz, directeur de la ïtnue de Paris — vient de faire insérer dans les journaux une note dont voici la copie exacte :

« La Revue de Paris vient d'entrer dans une voie nouvelle. — La collaboration des écrivains les plus d'a^lingués de l'époque est acquise à la Revue de Paris ; et l'absence de signature y assure, y protège la liberté de discussion. »

Si j'avais l'honneur de faire partie des écrivains de la Revue de Paris, j'aurais, certes, protesté contre cette assertion étrange de M. Buloz.

Eh quoi ! — (dirais-je — si j'avais l'honneur de faire partie de la Revue de Paris), quoi! les écrivains les plus distingués de Vépoque sont ainsi faits qu'ils n'osent dire ce qu'ils pensent qu'à l'abri d'un prudent anonyme! — Tristes écrivains! triste distinction ! triste époque !

Quoi! le talent exclut donc l'honnêteté et le courage! Quoi! il nous faut ou être des esclaves en signant — ou des lâches en ne signant pas !

La vérité et la fermeté, nous ne les trouvons pas dans notre cœur, — mais dans l'obscurité !

Nous serons indépendants — non parce que nous avons du cœur, non parce que nous avons de la noblesse, — non parce que nous avons de la probité et de l'orgueil, — mais parce qu'on ne saura pas que c'est nous !

Nous oserons attaquer le vice et l'imposture, non parce que nous les haïssons, mais parce que nous frappons dans l'ombre et qu'on ne nous reconnaîtra pas !

Mais je n'ai pas l'honneur de faire partie de la rédaction de la Revue de Paris, — et je me contente de me distinguer des écrivains les plus distingués de l'époque.

^(^ Lors de l'horrible catastrophe du chemin de fer et du procès qui l'a suivie, plusieurs ingénieurs furent consultés sur cette question . Deux locomotives, tirant un seul convoi, compromettent-elles la sûreté des voyageurs ?

Ils répondirent airirmativemeiit, et ils signalaient, comme pouvant amener les plus graves accidents, la dilTérence presque

inévitable de force et de vitesse entre les deux locomotives. Cependant on fit quelques objections, et la chose demeura encore indécise.

I/adminisiration du chemin de fer de la rive droite a sans doute voulu s'assurer du fait.

Pendant toute la journée du dimanche où jouaient pour la première fois les c^randes eaux à Versailles, — trois locorao • tives ont été attelées à chaque convoi.

Je ne crois pas qu'on ait demandé aux voyageurs s'ils consentaient à faire cette expérience un pou hardie :

A savoir : plusieurs ingénieurs étant d'avis qu'il est dangereux de mettre deux locomotives sur le même convoi, — essayer si trois locomotives broieraient ou brilleraient les voyageurs ou les jetteraient dans la rivière.

C'était à peu de jours près l'anniversaire du malheur de la rive gauche. Il est vrai qu'en cas d'arridcnl l'administration avait pour elle un précédent : on a vu que ce sont les broyés, les briilés et les morts qui ont tort et qui payent les frais.

^}^ Lorsque les Ciu'pcs ont demandé que ies impôts qui pèsent principalement sur les classes pauvres fussent remplacés par un impôt sur le luxe, — on a répondu qu'une taxe de ce genre serait improductive.

Voici ce qu'en un an ont rapporté au trésor de l'Angleterre quelques objets de luxe soumis à une contribution :

Domestiques mAles, 1,889,583 fr. 75 c. ; gardes-chasse, 7,058 fr.; carrosses à quatre roues, 4-, 172,050 fr.; chevaux de carrosse, 7,274,-153 fr. 10 c; chevaux de course, 97,ÎH2 fr. 50 c; poudre à poudrer, 150,538 fr. 95 c.; armoiries sur les voitures, I,0i0,700 fr.; droit dédiasse, 3,789,970 fr. ; autorisation pour la vente du gibier, il ,250 fr. ; impôt sur les chiens de luxe, .1,088,817 fr. 50 c. — Total du produit, 20,155,902 fr. 50 c.

J^: il est une chose que l'on ne peut nier, c'est que si en

JUIN 1844. \n

1830 M. Laffitte ne l'avait pas voulu, S. M. Louis-Philippe ne serait pas roi des Français.

Les rois, auprès des cours étrangères, se font représenter par des ambassadeurs ; mais aux enterrements ils se font représenter par des chevaux.

Ils envoient leur voiture vide à la suite du cortège funèbre des gens dont ils veulent honorer la mémoire, ou dont ils veulent partager la popularité.

L'habitude fait qu'on ne s'aperçoit pas du ridicule de cet usage. Vous voyez sans sourciller dans un journal : « Deux voitures du roi suivaient le cortège. »

Déplacez un peu la chose, — et supposez que ce soit un particulier qui veuille rendre ce quasi-devoir à un mort de ses amis, — que vous semblerait d'un journal qui vous dirait sérieusement : a On portait derrière le char funèbre les bottes de M. un tel, — et le parapluie de M. ***? »

Ce serait cependant, au fond, absolument la même chose.

i^jÇ SUR LA BROCHURE I)U PRINCE DE JOI.NVILLE. — H y a

une sorte de vanité nationale qui est bien la plus ridicule et la plus dangereuse chose qui soit au monde. — Elle consiste à penser et à dire que les Français sont invincibles, — que la supériorité du nombre ne les empêchera pas d'être vainqueurs — en tous temps et en tous lieux, — et que la France doit commander à l'Europe et au monde entier.

Les gens qui soutiennent cette opinion, — et qui disent si volontiers : NOS succès, nos lauriers, nos vkioij'es, nos con- (luêles, riionneur de nos armea, sont des gens qui n'ont pas d'armes, qui se font remplacer au service militaire, et qui, ainsi (jue nous l'avons dit, font moissonner des lauriers en Europe et de?, palmes en Afrique, comme un riche fermier fait couper ses foins par des serviteurs à gages.

Je voudrais que tout homme qui veut demander ou proposer la guerre fût obligé de se présenter devant la Chambre des dé-

pulés le shako sur la tète et le sabre au côté, — pour faire sa proposition et en môme temps se mettre à la disposition du chef du gouvernement.

Mais ce qu'il y a de plus méprisable encore, — ce sont les gens qui, pour renverser leurs adversaires au pouvoir et pour s'emparer de leurs places, jetteraient au premier prétexte le pays dans les hasards et les calamités de la guerre. — Gens qui mettraient le feu à la maison du voisin pour y allumer leur cigare ou y faire cuire un œuf à la coque.

Ce sont là les véritables ennemis et ceux auxquels on doit faire une guerre acharnée.

Et c'est précisément pour ne pas avoir à faire la guerre que M. Guizot aurait dû poser nettement .son ultimatum aux Anglais, et leur déclarer les limites qu'il n'aurait ni le droit ni le pouvoir de leur laisser franchir. — C'est précisément pour ne pas avoir à faire la guerre qu'il fallait encourager et augmenter la marine et la tenir sur un pied formidable.

Les bourgeois belliqueux par procuration et les hommes d'État ambitieux ont tort de provoquer sans cesse à la guerre ; le gouvernement a tort de ne pas être prêt à la faire. Le prince de Joinvillc, dans une broclnirc simplement écrite et sérieusement pensée, a dit la vérilé à tout le monde.

Il a dit aux ministères qui se sont succédé : « Vous n'avez rien fait pour la marine; — nous n'avons ni vaisseaux, ni bateaux à vapeur. »

Il a dit aux députés trop guerriers : a Nous ne pouvons pas lutter avec les .\nglais d'escadre à escadre ; nous ne sommes pas en mesure de les empêcher de faire une descente sur nos côtes.»

11 a dit aux Anglais : « Si nous étions forcés à la guerre, nous saurions vous attaquer vaisseau à vaisseau, et vous savez que de cette façon nous avons presque toujours eu l'avantage ; — nous vous attaquerions et nous vous ruinerions dans votre commerce, qui est votre vie. »

Personne n'a été tout à fait content de la brochure, et M. Guizot en a été très-mécontent.

<^jç Une chose qu'on ne paraît pas se rappeler beaucoup aujourd'hui, c'est qu'en 1813 une armée de quatre-vingts vaisseaux de ligne français, répartie entre plusieurs ports, était à même de tenter les chances d'une heureuse sortie, puis, une fois réunie, pouvait porter de ces coups qui écrasent l'ennemi et terminent une guerre.

L'empereur Napoléon s'occupait surtout de former des officiers pour la marine, et il voulait qu'ils eussent fait le métier de matelot. Dés 1810, un décret impérial prescrivit la création immédiate d'écoles de marine établies sur deux vaisseaux, le ToiirvUle elle Duquesne, mouillés, l'un en rade de Brest, l'autre en rade de Toulon. Le lieutenant de vaisseau Petit fut choisi pour familiariser les élèves du Tourville avec les détails de la profession et les évolutions navales. Petit était un vieux loup de mer. Au combat d'Ouessant, il avait vu tuer à ses côtés son père, pilote du vaisseau le Glorieux; il avait fait de nombreuses croisières en escadre sur les côtes d'Irlande et de Saint- Domingue. Quand il apprit la distinction dont l'honorait l'empereur, il s'écria : « Il veut que je lui fasse des marins, on lui en fera. »

^j? En effet, Petit, doué d'une activité fiévreuse, ne connaissait pas d'obstacles que ses élèves ne dussent vaincre. Jamais il ne permit que l'un des équipages des bâtiments de guerre qui se trouvaient sur rade l'emportât sur le sien en adresse, en promptitude. Ses manœuvres hardies, quelquefois téméraires, étaient toujours heureuses.

Cependant les revers de 1814 arrivèrent. Le gouvernement de la Piestauration comprit peu d'abord les immenses ressources qui lui étaient léguées; il ne vit en elles qu'un embarras dont il crut sortir en confiant la destruction des vaisseaux à l'action combinée du temps et de l'abandon, — et en éloignant brutale-

ment de l'activité une portion considérable de l'état-major de la flotte. — On réussit bien vile à priver la marine d'un plus grand nombre de bons officiers que n'eussent pu le faire plusieurs grands combats acharnés. Petit fut immole un des premiers.

Pour lui, comme pour ses compagnons dinfortune, l'épreuve fut rude. Les démarches, les représentations furent inutiles. Il lui restait du moins l'espoir d'emporter dans sa retraite un souvenir honorable de sa carrière militaire, le prix d'une vie entièrement passée sous les drapeaux. 11 eût été peu sage de demander la croix dlionneur, qui sentait le libéralisme. Petit sollicita la croix de Saint- Louis, — et, comme pièces à l'appui de celte demande, le ministre reçut le détail des combats, — croisières, navigation d'escadre ou isolée, de 178:2 à 1815, — formant un total de trente-six ans onze mois cinq jours, — bénéfice de campagne compris, c'est-à-dire un fragment d'une glorieuse histoire sous le litre modeste d'élals de services.

La réponse se fit attendre, mais elle finit par arriver.

Le ministre refusait net, alléguant que pour obtenir la croix de Saint-Louis il fallait justifier de vingt-cinq ans de service.

« Son Excellence ne .sait pas le français, dit le vieux marin, — c'est sans doute un étranger qu'on aura ramené de là-bas. Decrôs, du moins, lisait couramment. »

i^Jtj? Il cessa d'espérer, et se retira dans une petite ville de la basse Bretagne, — au bord de la mer. — Quinze années s'écoulèrent ainsi. Un beau jour, un bruit indécis, confus, se répandit jusque dans ce coin de la France. La branche aînée en exil a\ait élé remplacée sur le tri'me par la famille d'Orléans. Petit pensa (jue les loyaux et anciens services allaient être récompensés, et il se mit à demander la croix d'honneur. Cette fois on lui répondit avec tant de bienveillance, qu'il crut n'avoir plus qu'à attendre un peu; — il attendit longtemps cl ne vit rien venir. En vain il put compter de nouvelles légions de légionnaires, son tour n'arrivait jamais.

^^ Il y a quelques mois, conduit à Brest par le désir de revoir nos armements, il admirait une de ces frégates aux proportions mâles et développées qu'on ne construisait pas de son temps, lorsqu'il reconnaît, dans l'officier supérieur qui la commande, un de ses anciens élèves du Tourville, officier qui joint à une carrière militaire distinguée un siège à la Chambre élective et de l'influence à la cour. Cette rencontre lui parut providentielle; il obtint de son ancien élève une apostille à sa pétition, ne douta plus du succès, et vint à Paris.

Mais le cordial accueil qu'il avait trouvé à bord de la frégate s'était refroidi ; — son protecteur, absorbé par les luttes politiques, cessa de s'occuper de lui. — Toutefois, avant de regagner ses pénates, il voulut visiter l'exposition des produits de l'industrie, et surtout juger par lui-même le mérite d'un nouveau ploml^ de sonde qui a valu la croix à son inventeur.

Tout à coup un murmure confus se fait entendre; — le prince de Joinville entrait à l'exposition avec quelques officiers.

Petit, depuis son arrivée à Paris, portait sans cesse sur lui — toutes ses pièces, tous ses papiers, — y compris ses deux demandes, celle de 1815 et la plus récente. Il se presse pour voir le jeune prince, dont on lui a vanté la bonne mine, le courage et les études sérieuses. Son parti est pris, il l'abordera, il lui parlera; — c'est le ciel qui le lui a fait rencontrer ; — le ciel veut qu'il ait enfin la croix.

Il fend la foule sans tenir compte des plaintes ni des remontrances; il écarte l'un, repousse l'autre, — et ne cède qu'à l'autorité hiérarchique d'un aide de camp à grosses épaulettes, qui accourt à sa rencontre et lui demande ce* qu'il veut. « Je veux parler au prince. — Ce n'est ni le lieu ni le moment. — Vous vous trompez, monsieur, le prince est toujours accessible pour les officiers de marine, je m'appelle Petit ; je suis sûr que le prince m'écoutera. — Sans doute, en toute autre circonstance; mais Son Altesse Royale, occupée en ce moment, ne

pourrait donner à voire entrelien l'aUention qu'il mérite ; — avez-YOus quelque chose d'écrit? — Certainement. — Eh bien ! donnez-moi votre placet. »

Petit met la main à sa poche, — et donne un papier à son interlocuteur, qui le porte à l'instant au prince de Joinville. Le prince le lit attentivement. Un léger ctonnement se peint d'abord sur ses traits, il est bientôt remplace par une expression gracieuse et bienveillante. — Il fait dire qu'il r(^pondra.

Petit est au comble de la joie; il court chez un de ses amis, et, les larmes aux yeux, lui raconte ce qui vient de se passer; — il n'oublie rien, il répète ses paroles, ses gestes.

Arrivé au moment où il donna sa pétition à l'aide de camp, il met la main à sa poche et en tire un papier. Puis, il raconte l'air et les gestes du prince, — et, machinalement, il ouvre le papier et jette les yeux dessus... 11 se trouble, il pùlit; — le papier qu'il a dans les mains, c'est sa pétition pour la croix d'honneur; celui qu'il a donné au prince, c'est sa demande de la croix de Saint-Louis, adressée aux Bourbons de la branche aînée.

Nous ne savons pas encore comment s'est dénouée cette nouvelle mésaventure du brave marin.

DICTION.NAIRL Ftt.VNÇUS-FRAXÇAlS.

f^ CAFÉ. — Liqueur dont tous les ellets n'ont pas encore été constatés. — Il sulFil d'en avoir bu un certain nombre de demi-tasses .pour devenir un profond politique, pour décider sans appel de la paix, de la guerre et de tous les intérêts des nations. — La plus grande partie des gens eu France n'ont pas d'autre éducation politique.

Cette aptitude que donne l'absorption du café est susceptible de modilicatioiis singulières.

Ceux qui boivent du café en jouant aux dominos deviennent optimistes, — aiment le gouvernement, quel qu'il soit, et approuvent ses actes, quoi qu'il fasse.

Ceux, au contraire, qui avalent leur demi-tasse en jouant au billard — sont portés aux théories républicaines et inôme anarchiques.

Juillet 1844.

Affaire Donon-Cadot. — Les avocats. — Les jurés. — Les circonstances atténuantes. — M. Hébert. — ^h- Cliaix d'Est-Ange. — Un fratricide. — Une idée ingénieuse de l'administration des chemins de fer. — Autre idée non moins ingénieuse de la même administration. — Moyeu de »'en préserver. — Un moyen nouveau de fumer quand ou n"a pas de cigare. — La dotation du duc de Nemours. — Un synonyme. — Un trait d'impartialité. — M. A. Dumas. — Les œillets rouges. — Paris d'après les journaux. — Une messe à Saint-Eustache. — Le marquis Tristan de Rovigo.

AFFAIRE PONOX-CADOT. — Le 15 janvier dernier, M. Donon-Cadot, banquier de Pontoise, fut assassiné eu plein jour dans sa maison par un serrurier nommé Rousselet.

Son fils, Edouard, âgé de dix-neuf ans et demi, était également dans la maison, séparé de la chambre où on tuait son père par l'épaisseur du plancher; — c'était un jour d'échéance; plusieurs personnes vinrent demander M. Donon pour recevoir ou pour apporter de l'argent ; Edouard leur ouvrit successivement la porte, et les renvoya en leur disant que son père était absent.

Ce n'est que le soir que, inquiet de cette absence si inopportune et si extraordinaire, — un autre fils du malheureux Donon, qui n'habite pas la maison, enfonça la porte et trouva le cadavre de son père.

Deux ou trois jours se passent ; le jeune Edouard va à Paris pour chercher une fille qu'il connaissait, la conduit au spectacle, et passe la nuit avec elle dans un hôtel garni. Sur ces entre-

faites, on arrête Rousselet, qui avoue son crime, el accuse Edouard d'être son complice. La justice, en elTet, rassemble les circonstances, et des charges accablantes viennent corroborer !a déposition du meurtrier, déjà si frappante, en cela qu'elle ne lui est d'aucune utilité, qu'elle ne fait même qu'ajouter au crime quelque chose de plus odieux, qui doit nécessairement rejaillir sur lui.

Edouard, mis au secret, — avoue qu'il avait surpris Rousselet au moment du meurtre, mais qu'elTrayé par les menaces de l'assassin, non-seulement il l'avait laissé s'échapper, mais encore qu'il n'avait rien dit de toute la journée, était resté dans la maison, tranquillement et fredonnant, jusqu'à ce que d'autres découvrissent le crime.

Quelques jours après, il revient sur cette déclaration ; il a menti, dit-il lui-même, celait pour voir ce que dirait Rousselet. Mais il dénonce alors les véritables complices de Rousselet ; — ces complices sont l'autre fils de M. Donon et je ne sais plus quels autres parents. Puis, au jour du jugement, il raconte qu'il a encore menti, que c'était pour se venger de son frère cl de ses parents, par qui il se croyait abandonné.

M. Hébert, procureur général, et M' Chaix d'Est-Ange, — bâtonnier de l'ordre des avocats, plaidant pour Edouard Uonon, ont engagé un long débat à ce sujet.

On a pu voir alors les bizarres ellcls de l'habitude sur les hommes du palais. W Chaix d'Est-Ange accuse, pendant cinq heures et demie, M'" Hébert d'avoir exagéré les faits, d'avoir cherché à animer contre Edouard, d'avoir fait des rapprochements forcés, etc., c'est-à-dire, en un mot, d'avoir fait tous ses edorts pour faire sciemment guillotiner un innocent.

M. Ilibert, si l'on résume ce qui, dans ses discours, regarde M' Chaix d'Esl-Ange, — l'accuse de dissimuler la culpabilité d'Edouard et de vouloir dérober à l'expiation un crime épouvantable.

C'est-à-dire que, selon M^ Chaix d'Est-Ange, M. Hébert est «n monstre que les ours et les tigres sont loin d'égaler en férocité; que, selon M. Hébert, W Chaix d'Est-Ange fait un fort vilain métier. ^

Et ces deux messieurs entremêlent ces appréciations mutuelles de compliments échangés sur leur talent, sur leur éloquence, etc., etc.

M<" cn.ux. — Je termine cette défense, si pénible à entendre.

M. HÉBERT. — Loin de là, — elle ne m'est pas pénible à entendre, bien au contraire.

M« CHAIX. — Vous êtes trop bon, trop indulgent, etc., etc.

Je suis sur de ne rien changer au sens et de rendre à peu prés textuellement les paroles employées par ces messieurs.

Tout le monde reste dans une grande anxiété , — tout parle contre le fils de la victime. =— Mais, malgré les apparences, malgré un concours de circonstances accablantes, on se refuse à croire à un grand crime de la part d'un si jeune homme. — Mais, si Edouard est innocent, — qu'est-ce donc que Rousselet, Rousselet, assassin du père, qui, sans raison, sans intérêt, veut faire monter le fils sur Téchafaud?

Que fait le jury dans cette circonstance? L'avocat de Rousselet cherche à excuser son client. — Il a cédé aux suggestions d'Edouard, dit-il, il n'a été que l'aveugle instrument d'un crime horrible. — L'avocat d'Edouard — dit au contraire — que Rousselet, assassin du père, veut l'être encore du fils en le dévouant au supplice des parricides.

A qui le jury donnera-t-il raison? — à tous les deux.

Il acquitte Edouard, — c'est-à-dire qu'il déclare qu'Edouard n'est que la seconde victime de Rousselet. — Il admet en faveur de Rousselet des circonstances atténuantes, c'est-à-dire qu'il pense que Rousselet n'a été que l'instrument d'Edouard. 11 déclare Rousselet coupable avec circonstances atténuantes. Quelles circonstances ? Ce ne peut être celles d'avoir voulu faire guillo-

tiner Edouard innocent. — Il déclare Edouard innocenl avec circonstances agijvavantes. — On ne peut entendre autrement ce bizarre verdict: — les circonstances atténuantes du crime de Rousselet — sont des circonstances aggravantes pour l'innocence d'Edouard.

<S^- Trois jours après, un homme est amené devant le tribunal. — 11 a tué son frère de plusieurs coups de couteau. — Des témoins ont vu l'assassinat, le meurtrier lui-même avoue son crime, — mais donne pour excuse qu'il avait bu.

On pose au jury cette question : — Le prévenu a-t-il, oui ou non, tué son frère à coups de couteau? Le jury prétend que non,

— et l'assassin est renvoyé à ses affaires, — ou à ses plaisirs,

— et probablement au cabaret.

MxM les jurés, — à l'exemple de Lycurgue, — considèrent comme impossibles — le fratricide et le parricide.

Je ne sais si, en beaucoup de cas, il ne faut pas attribuer ces cil-constances atténuantes, que j'ai parfois beaucoup de peine à expliquer, — à la formule que l'on présente aux jurés, et sur le sens de laquelle ils'se trompent complètement.

Ils n'ont à s'ex])liquer/iue sur l'existence ou la non-existence d'un fait, et non sur la criminalité de ce fait: le prévenu a-t-il conmiis ou n'a-t-il pas connnis le crime ou le délit dont il est accusé?

Mais on leur dit : « Le prévenu est-il coupable d'avoir assassiné ou volé? » — Il serait beaucoup plus clair de demander: « Le prévenu a-t-il volé, — ou a-t-il assassiné? »

^^ Le verdict du jury dans l'afl'aire Donon-Cadot, — le meurtrier de son frère renvoyé innocent, — les dames de Chamblas condamnées aux remords — ne doivent pas être un encouragement pour le crime : — il en est sur lesquels la justice ne plaisante pas, — et je ne conseille à personne de secouer son tapis par la fenélrc, ou de ne pas avoir d'argent pour rembourser un billet qu'on aurait rei;u en payement.

^(^ Voici une idée ingénieuse des administrations des chemins de fer — pour augmenter un peu le tarif déjà trop élevé du prix des places. L'administration transporte gratuitement les bagages des voyageurs jusqu'à concurrence de quinze kilogrammes, — c'est déjà un progrès contestable sur les diligences, qui permettaient aux voyageurs de porter avec eux un poids à peu près double.

Mais, quand vous portez vos bagages, on vous fait payer deux sous pour l'enregistrement, c'est-à-dire pour inscrire lesdits bagages sur un petit morceau de papier. Je ne pense pas que l'on tarde beaucoup à faire payer — deux sous pour l'encre et un sou pour la plume.

Ce tour n'est pas de l'invention de l'administration des chemins de fer, — il est pratiqué de temps immémorial par les escamoteurs qui travaillent sur les boulevards de Paris. Ils offrent de donner gratuitement — l'eau merveilleuse pour les dents à tous ceux qui payeront quatre sous deux ou trois brins de chiendent.

Le tarif — déjà trop élevé, je le répète, des chemins de fer, a été fixé par le gouvernement ; — l'administration des chemins de fer n'a le droit de l'élever sous aucun prétexte. De tout temps, on a compris dans le prix de la place de chaque voyageur le droit de porter avec lui un certain poids de bagage. — Je ne sais pourquoi on a autorisé l'administration des chemins de fer à diminuer de presque la moitié le poids consacré pour l'usage ; — mais, en tous cas, on ne doit pas permettre qu'elle élève en outre le tarif sous prétexte d'enregistrement ou quelque autre que ce soit.

^)i^ Il n'y a pas de petits abus, — ou plutôt ce sont les plus dangereux, — parce qu'ils passent inaperçus et successivement sans qu'on songe à les réprimer, et qu'après un certain temps on voit que ce n'étaient que les étapes pour arriver à un abus plus grave.

D'ailleurs, — ces deux sous, lorsqu'on les prend à des gens qui payent huit sous pour aller à une petite distance, à Asnières, par exemple, dans les wagons, — c'est un quart en sus qu'on leur fait payer, c'est-à-dire que, sur mille voyageurs, l'administration aura perçu en trop cent francs, — c'est-à-dire cinq cents francs au lieu de quatre cents. *

Nous allons dénoncer encore un abus fréquent, — tout en donnant le moyen de l'éluder aux Parisiens, si intlexiblcs envers les rois, si grands dompteurs de tyrans et rcnverseurs de dynasties, mais en même temps si patients, si soumis, si timides à l'endroit des cochers de fiacre et des porteurs d'eau.

Un jeune homme arrive au bureau en donnant le bras à une femme jeune et élégante ; — il demande deux places dans un coupé de devant, on lui donne les billets pour les deux places et on prend son argent. Au moment du départ, il montre ses billets aux employés. « Deux coupés de devant!... il n'y en a plus... montez dans un coupé de derrière. » Ce disant, l'employé ouvre en efl'et la porte d'un coupé dans lequel on va en arriére et pousse dedans les voyageurs en essayant de prendre les billets ; — mais le voyageur y avait été pris déjà, et savait qu'une fois qu'il n'aurait plus dans les mains les billets établissant son droit, il ne pourrait faire entendre ses réclamations; — il repousse l'employé, — et dit : «J'ai payé deux places dans un coupé de devant et je veux mes doux places. — Ah ! vous voulez deux places dans un coupé de devant! eh bien! on va vous les donner, dit triomphalement l'employé; — les voilà... entrez vite, on n'a pas le temps de vous attendre... Allons. »

Et il ouvre à la fois deux diligences, voulant placer la jeune femme et son cavalier séparément — et essayant toujours de jircndrc les billets... « Mon bon ami, dit celui-ci, puisipie vous le prenez sur ce ton, écoutez ce que je vous dis : Je veux les deux places que j'ai payées et qui sont à moi. Je veux les deux places dans un seul et même coupé de devant, et je veux les

n°* 1 et 2. — Je refuserais 1 et 3, ou 2 et 3, ou 3 et 4. »

La discussion s engage, — du moins du côté de l'employé, auquel le voyageur, qui a établi son ullimaluni, cesse entièrement de répondre... — Pendant ce temps, — les voyageurs des wagons restaient enfermés dans la salle d'attente et s'impatientaient ; — un inspecteur survient, reconnaît le droit du voyageur qui avait conservé sagement ses billets, — et cherche partout avec tant de zèle, — que les voyageurs, touchés du mal qu'il se donne, consentent pour lui — à monter dans un coupé de derrière.

-î^ C'est une fermeté qu'il faut louer, — et surtout imiter — à chaque instant ; — on fourre les gens dans des places autres que celles qu'ils ont achetées. — Maintenant, il est vrai, on rend la différence de l'argent, mais on entoure celte restitution insuffisante de cérémonies si longues, si ennuyeuses, qu'on perd un temps et qu'on prend un ennui — dont la peur fait le plus souvent abandonner les quelques sous que l'on a à réclamer.

^^ On a vu une mère avec sa fille séparée d'elle, et la fille enfermée dans un wagon différent de celui de sa mère.

^)f^ Le public parisien est turbulent, franchit les palissades, l'ait volontiers des cannes avec les arbres à fruit qu'il trouve dans la campagne, mais il ne sait pas se faire respecter des gens qu'il paye. — S'il lui arrive d'avoir de l'énergie et de faire du bruit, c'est presque toujours quand il a tort, et presque jamais pour défendre ses droits.

^}^ Le docteur "*, auquel la mort vient d'enlever un de ses olients, a reçu, il y a quelques jours, — une fort belle montre en or. Dans linlérieur de la boîte, on a fait graver ces mots : u Au docteur '** les héritiers reconnaissants. »

<^5Ç II était près de minuit, les grilles de la cour des Tuileries étaient fermées, — la nuit était brumeuse. Un homme qui passait par la place du Carrousel, le long de la grille, — maugréait tout bas; — tout à coup il s'arrêta en regardant d'un

œil d'envie un capitaine de la garde nationale — qui, enfermé de l'autre côté de la grille, enveloppé dans un bon manteau, fumait voluptueusement un magnifique cigare à peine entamé.

Le passant s'approche de la grille : « Capitaine, dil-il, voulez-vous me donner un peu de feu? — Volontiers, monsieur. >»

Et le capitaine, au travers de la grille, passe ccmplaisaminent son cigare allumé, pour communiquer sa flamme au cigare éteint ou intact du pétitionnaire. Mais celui-ci prend le cigare, — le met entre ses lèvres, et, sans dire un mot, continue tranquillement sa route en le fumant.

D'abord le capitaine est stupéfait, puis furieux; mais que faire ? il est enfermé ; — et le passant, qui n'a pas le moins du monde hàlé le pas, ne tarde pas cependant à disparaître par le guichet.

^^ Entre autres qualités éminentes qui distinguent S. M. Louis-Philippe, il faut mettre au premier rang la fermeté de caractère et une certaine persistance de volonté qui finit presque toujours par triompher des obstacles ; c'est ainsi que le roi, qui voulait forlilier Paris, ne s'est pas elTarouché de la défaveur et de la réprobation universelle qui ont accueilli la première présentation de son projet. — La garde nationale avait crié, à une revue : « A bas les forts détachés; » il a ramassé tran(|uillement ledit projet repoussé, renversé, meurtri, — et il l'a mis de côté pour le faire reparaître dans une meilleure occasion. IV'U après, en eiïct, il a choisi un ministre qui s'était refait, par un séjour de quehjues années dans l'opposition et par quel(|ues injures adressées au roi, une popularité facile et passagère, et il lui a conlié les destinées du pays ù condition qu il ferait passer, à la faveur de cette popularité, la loi dos fortifications, — fortilitalions qui ne consistaient plus en forlf détaches, ' si hautement repousses, — niais cette fois en forts tout court espacés au-devant d'une enceinte continue; et la garde nationale voulait les bâtir elle-même.

^^ La demande d'une dolation pour "S], le duc de Nemours

— a élc un peu plus impopulaire encore que la première proposition des forts détachés, elle a été repoussée avec un ensemble et une unanimité qui auraient découragé tout autre que S. M. Louis-Philippe. En ellet, ce n'est pas tout à fait là ce qu'avaient promis à son origine les personnes qui, en Juillet 1830, avaient entrepris le gouvernement au rabais.

^(^ L'affaire des fortifications, — sur laquelle les lecteurs des Guêpes savent notre avis, était du moins facile à plaider : on pouvait faire à ce sujet de ces grandes phrases, creuses, il esl vrai, mais par cela même très-sonores : « Défense et indépendance de la patrie, menace aux étrangers, » etc.

^}^ 3Iais je ne vois réellement aucun moyen de montrer la dotation sous un cùlé qui ne présente pas dans toute sa crudité un certain appétit d'argent, — qui, de toutes les intempérances, est la moins pardonnée, non pas seulement parce qu'elle manque de noblesse, mais parce qu'elle est très-commune et très répandue,— etque la dotation est un gros morceau composé de beaucoup de petits morceaux que les gens, pour la plupart, se sentent trèscapables et Irès-dé.^ireux de manger et d'assimiler eux-mêmes.

^}^ Le ministère n'est pas médiocrement embarrassé. — M. Guizot n'est pas populaire, ce n'est pas en soi-même un grand tort, quand on sait comment s'achète la popularité. Mais ce n'est" pas un moyen de protéger une demande aussi impopulaire que celle de la dotation, et M. le duc de Nemours, sans qu'on sache bien pourquoi, ne jouit pas non plus d'une grande popularité.

^^ 11 est vrai qu'on a déjà trouvé une sorte de synonyme,

— et que le Journal des Débats a expliqué que l'on ne tient pas le moins du monde à obtenir la dotation en tant que dotation, que l'on n'est nullement préoccupé de Yargcnt, mais que si on y paraît tenir aussi résolument, c'est que c'est une marque de confiance que l'on désire recevoir du pays, — à tel point que si l'on

a fixé la chose à une somme un peu ronde, c'est parce que cela montrera d'autant plus de confiance que l'on est fier de mériter, et que l'on sera heureux d'obtenir.

^^ Je suis heureux de pouvoir venir en aide à une assertion fort contestée. — On ne veut pas croire que la liste civile est obérée; j'ai entre les mains les titres, que je crois bien en règle, d'une créance appartenant aux héritiers du sieur Doret, sculpteur. — Cette créance résulte de travaux faits sous la direction de M. Carmontel, secrétaire des commandements du duc d'Orléans, et par ordre du père de S. M. Louis-Philippe, — dans des propriétés qui sont revenues au domaine privé.

^^ Un journal de l'opposition avancée — a commis la naïveté que voici :

« Nous recevons de M. Vilcoq, détenu à Doullens, une lettre qui a pour but de rectifier une assertion émise à la tribune par M. Duchàtel. Nous n'avons pas reproduit le pass(i(jo du discours dont i\ est question dans celte lettre, mais nous n'en publions pas moins la réclamation, parce qu'il faut que la vérité soit connue. »

-^\$? On s'entretenait devant M. A. Dumas, qui a tant de croix, — d'une nouvelle nromolion dans Tordre de la Lésion d'honneur. — On cherchait les litres ou les prétextes du nouveau chevalier; — on en imnginait de bizarres el d'impertinents, en s'appuyanl sur des antécédents connus. « Vous cherchez trop loin, dit M. Dumas, — on a donné la croix à M.*" par une raison bien simple : on lui a donné la croix parce qu'il ne l'avait pas. »

^}^ Il faut se défier des prudes et de leur liaine bavarde contre le vice. Si ce pauvre vice, traipié, soumis, ne sachant où se cacher, se jette élourdiment dans le cœur de ces prudes qui lui ont fait une si rude guerre, il est élonné d'y trouver un asile sur. — En olfet, elles ont dépensé toute leur colère et tout leur fiel contre le vice d 'autrui.

^^ Il est un commerce qui souiïre à Paris tous les ans davantage, c'est celui des œillets rouges.

Beaucoup de gens, en effet, heureux de produire à quatre pas

l'effet de chevaliers de la Légion d'honneur, avaient l'habitude

d'orner d'un œillet rouge une des boutonnières de leur habit.

— Il reste aujourd'hui si peu de gens qui n'aient pas la décoration réelle, que les bouquetières voient presque disparaître cette branche de leur industrie.

^^ PARIS D'APRiis LES JOURNAUX. — 0 Paris! ville heureuse et pleine de prodiges, — iirhem felicem et portentosam;

— ville heureuse, — car le lait et le vin coulent dans les ruisseaux de tes rues, et tu vois, chaque matin, se réaliser ce que les contes de fées ont imaginé de plus opulent, — grâce aux sergents de ville et aux commissaires de police; — ville pleine de prodiges, — car tes heureux habitants ont tous le don des miracles : — les épiciers changent l'amidon en poivre et le grès en sel; les marchands de vin métamorphosent l'eau en vin, et les laitières la changent en lait et en crème. —0 Parisiens '.passez votre lait au tamis, car il contient parfois des grenouilles. 11 n'e^t pas de miracles que ne renouvellent les industrieux habitants de cette grande cité. — Les boulangers font trois pains de deux livres avec quatre livres de pain ; — celui-ci sème, cultive, récolte des choux, et il vous vend du tabac. — Quel bruit dans la maison voisine ! pourquoi cet homme casse-t-il ses vitres. — C'est un rival de l'autre, c'est également un marchand de tabac ; il fait le sien avec du verre pilé, — et comme il a du montant, on n'en veut plus acheter d'autre. — Heureusement un de ses voisins, qui fait le sien avec de l'écorce de chêne et de l'arsenic, est allé dénoncer cet odieux abus au commissaire de police du quartier.

^5; Une chose me donne un profond étonnement ; c'est de voir l'admiration que cause au palais une plaidoirie longue, commune, diffuse, d'un français suspect, et que personne ne vou- .drait lire dans aucun livre ;

C'est de voir que ces pl^doiries, qui durent généralement

cinq heures au palais, sont reproduites par les journaux de manière à fournir une lecture de vingt minutes, et que l'on est surtout frappé des longueurs que l'on y trouve.

^^ M. le premier président Séguier est un homme d'esprit et de sens, qui se laisse quelquefois aller à des sorties un peu véhémentes à l'endroit des avocats.

11 y a quelque temps, les avocats ont rassemblé divers griefs qu'ils avaient contre M. Séguier.

^^t^ 1" A plusieurs reprises, il avait invité quelques-uns de ces messieurs à cire plus brefs, — à parler de l'affaire dont il était question.

<<^(je 2" Un jour qu'une cause était appelée, — on lui dit qu'on ne pouvait passer outre, parce (jue les avocats n'étaient pas là. « Allez toujour;?, dit-il, nous n'en jugerons (jue mieux. »

.^►î^ 3" Une autie fois, — dans une circonstance à peu près semblable, on lui dit que l'avocat de l'une des parties est absent : « Eh bien, dit-il à l'avocat de la partie adverse, nous pouvons aller en avant, vous plaiderez pour les deux. »

-^kj; 4" Plusieurs fois il s'était élevé contre l'indifl'érenci' avec laquelle les avocats défendent les plus mauvaises causes.

^)t^ 'Sous avons nous-uièmes trop souvent dit ces choses et d'autres semblables, pour qu'il nous soit possible de blâmer aujourd'hui M. Séguier. — Ue tout cela MM. les avocats peuvent se fâcher, mais je ne vois vraiment pas coumient ils feraient pour plaider le contraire. — En effet, pensez-vous que si M. Cliaix d'Est-Ange était procureur général, il soit absolument certain qu'il eût refusé de soutenir l'accusation contre Edouard Donon? — Pensez -vous que M. Hébert eût sûrement refusé de le défendre, s'il était avocat?

Il est facile de répondre : « Oui, certes, M. Hébert eût refusé de défendre; — oui, M. Cliaix eût refusé d'alla(|ucr. » Oui, mais tes faits sont là.

Imaginez-moi un crime, quel iju'il soit, aussi horrible que

vous le puissiez rencontrer dans les annales judiciaires, qui n'ait pas trouvé d'avocat pour défendre le criminel.

Je me trompe, il y en a un ; — mais c'est un crime si laid, si honteux, si contagieux!... c'est le crime de n'avoir pas d'argent.

Tous les assassins qui sont condamnés — ont toujours eu un avocat pour soutenir leur innocence.

Presque tous les innocents acquittés ont toujours eu un avocat du roi ou un procureur général pour soutenir qu'ils étaient coupables et pour demander qu'on les guillotinât.

^^ Trouvez-moi un avocat, — plaidant au palais depuis plusieurs années, — qui n'ait pas plaidé déjà ou qui ne soit prêt à plaider le contraire de ce qu'il plaide aujourd'hui.

M. un tel plaide contre moi ; — j'allais chez lui le charger de plaider pour moi, — mais mon adversaire avait un meilleur cheval et est arrivé le premier.

Ou : j'ai été arrête en route par un embarras de voitures. — Pensez-vous qu'il aurait refusé ma cause?

Et celui qui plaide pour moi, supposez-vous qu'il n'aurait pas consenti à plaider pour mon adversaire, si celui-ci s'était adressé à lui?

.^^ Chaque fois qu'un avocat défend la bonne cause, il a en face de lui un autre avocat qui défend la mauvaise.

^tsç. Quand la moitié des avocats défend la veuve et l'orphelin, c'est que l'autre moitié les attaque.

^iS^ Pensez-vous que ce soient toujours les mêmes qui plaident les bonnes causes, toujours les mêmes qui défendent les autres?

Que diriez-vous alors de ceux qui défendent toujours les mauvaises causes? Mais il n'en est pas ainsi, — c'est le hasard qui en décide.

Je crois que le succès de ces plaidoiries de cinq heures, qui paraissent déjà si délayées et si longues lorsqu'elles sont ré-

duites et resserrées jusqu'à former une lecture de vingt minutes, je crois que le succès de ces plaidoiries consiste en ceci : — les juges et les jurés, fatigués, assommés, engourdis par l'ennui,—tombent dans une sorte de torpeur, perdent toute énergie et toute volonté.

^(^ La police, dit-on, fait en ce moment des recherches pour découvrir les auteurs d'une mordante caricature — qui se distribue sous le manteau.

Au coin d'un tas de pavés, — un homme qui cache assez mal son V sage d'une main pour que l'on reconnaisse parfaitement un visage inviolable, tend de l'autre aux passants son chapeau orné d'une cocarde tricolore, et dit d'un ton lamentable : « Pour ma famille! »

^^^ Il est une chose dont se plaignent beaucoup les personnes qui passent la belle saison aux environs de Paris.

A peu prés toute la journée, les rives de la Seine sont couvertes de tritons si exactement nus, — que le bord de la riviéri et la rivière elle-même — deviennent une promenade impossible pour les femmes.

MM. les maires des communes qui environnent la capitale pourraient facilement obvier à cet inconvénient. 11 en est quelques-uns dont lindllVérence va plus loin. Il y a quelque temps, sept hommes se sont noyés, dans la même journée, à Asniôres ; l'un d'eux a été retrouvé tout habillé et frappé de coups île couteau, — eh bien ! on n'a jusqu'ici fait aucune recherche à ce sujet.

i^^ PaFmi les nombreuses alîiches qui couvrent en papier aussi exactement l'extérieur des maisons que l'intérieur di appartements, — on en remarquait une jaune — qui annonraii une représentation extraordinaire au Ihéùlre... c'est-à-dire l'église de Sainl-Eustache, pour les débuts d'un buiïcl d'orguos sur lequel devaient s'exercer les plus célèbres, les plus prodigieux organistes de la France et de l'étranger; — quelques acteurs de l'Opéra devaient se faire entendre.

Si j'applique à une église les formules ordinairement consacrées au théâtre, — ce n'est pas que je cherche à faire des plaisanteries de mauvais goût, c'est au contraire pour venger les églises elles-mêmes du charlatanisme des gens qui en vivent, — et montrer ce qui est de leur fait, pour que les esprits superficiels n'en fassent pas reioraber le ridicule et l'odieux sur la religion.

Le tort n'est pas, je crois, d'appeler une église un théâtre, mais bien d'en faire réellement un théâtre, — où l'on paye à la porte, — où l'on triple le prix des places les jours de représentations extraordinaires, — où l'on attire la foule, — non par la piété, mais par la curiosité, — où l'on appelle les chrétiens, non à prier — mais à entendre la musique, — non à assister à la messe — mais à se donner la joie mondaine d'écouter la belle voix d'Alexis Dupont.

Il est vrai qu'on ne délivre pas de contre-marques, — mais c'est un innocent moyen de faire payer deux fois le prix de leur place à ceux qui ont l'imprudence de sortir pendant les entr'actes.

Doubler et tripler le prix des places serait peu de chose les jours ordinaires, ceux qui ne veulent pas s'asseoir n'ont pas à payer des chaises dont ils ne se servent pas — et dont il serait d'ailleurs plus décent que les églises' de Paris, qui sont fort riches, ne fissent pas une spéculation.

Il est à remarquer que le recueillement religieux qu'on doit apporter à l'église — est toujours interrompu cinq ou six fois par des gens qui viennent demander de l'argent, y compris celui que les prêtres viennent si singulièrement demander pour les trépassés! Mais ce jour-là, — on payait des chaises dont on ne voulait pas, même quand vint le moment où il n'y en avait plus.

^^ L'exploitation de ces industries — qui provoquent la curiosité — seulement ont, entre autres inconvénients, celui d'attirer dans les églises des gens qui, n'y venant par aucun motif de piété, s'y livrent à des occupations plus que mondaines,

— qui nécessitent l'intervention de la police, des sergents de ville, etc.

^jç Un spectateur, sans mauvaise intention, car il parut fort embarrassé du mot qui lui était échappé, fut tellement distrait et trompé par l'aspect qu'avait l'église ce jour-là— que, ne trouvant nulle part la chaise qu'il avait louée, il s'oidjlia au point d'appeler l'ouvreuse.

En manière d'intermède, M. le curé fit une quête destinée au payement de l'orgue.

^j? Il vient de mourir en Afrique un homme que j'aimais beaucoup et qui était surtout très-lié avec Gatayes. Cette liaison nous avait rapprochés. Brave, spirituel et rempli de distinction, le marquis de Rovign avait dans la conversation cette gaieté d'une nature particulière qui vient par accès aux gens tristes et qui leur prête tant de charmes,

Le maréchal Bugeaud a dit, dans son rapport au ministre de la guerre : « Nous avons perdu deux capitaines de spahis, MM. de Rovigo et Lachèvre, officiers très-regrettables, car ils étaient d'une bravoure et d'une intelligence éprouvées. »

Tristan de Rovigo avait d'abord été destiné à la marine. En 1831, à quinze ans, il était élève de l'école navale; à dix-huit ans il fut nommé sous-lieutenant dans les équipages de ligne En ISSi, il entra à l'école de cavalerie, et en .sortit bientôt pour aller servir comme sous-lieutenant, d'abord au 11'" régiment de dragons, puis au -i*" régiment de lanciers. Nommé le 26 février 1840 lieutenant au 8" régiment de hussards, il demanda à servir en Afrique dans la cavalerie indigène qu'on venait de réorganiser. Depuis 1812, il a pris avec les spahis d'Oran une part trés-active aux diverses expéditions dirigées par le général Lamoririèrc.

Le 21 janvier 1811, Tristan de Rovigo fut nommé capitaine, et il commandait un des deux escadrons des spahis d'Oran dans l'affaire du 15 juin dernier, où il a succombé.

« Cet officier, dit le journal VAIcjéne, s'était concilié à un haut degré l'estime et l'affection de ses chefs et de ses camarades. Unissant un noble cœur et un esprit élevé à un courage intrépide, il était du nombre de ces jeunes officiers qui sont le nerf et l'avenir de l'armée d'Afrique.

» Le capitaine de Rovigo a succombé à l'âge de vingt-huit ans, dans une mêlée glorieuse pour nos armes, sur cette terre où son frère aîné a servi avec distinction comme capitaine de chasseurs, et où son père a commandé en chef comme gouverneur général. »

M. le duc de Rovigo — part pour l'Afrique, et y va chercher le corps de son frère, triste et pieux devoir.

Août 18/i4.

Le gouvernement représentatif. -^ Sur la messe en musique à l'église Saint-Eustache; tarif des chaises. — Madame Lafarge, madame Lacoste et Donon-Cadot. — Loi sur la chasse. — Réclame du baron Yvan. — L'ordre des avocats et la cour de cassation. — Les régates; prix du prince de Joinville ; prix de la ville. — M. Thiers et M. Guizot. — La garde municipale le 29 juillet 1844.

^jç Les gens crient si haut, si fort et si longtemps pour des niaiseries, que, lorsqu'il arrive quelque événement important,— on est accoutumé à leur clameur et on ne les écoute pas.

C'est l'histoire de ce berger qui criait au loup pour s'amuser, et que personne ne vint secourir lorsqu'il cria à un vrai loup qui le mangea.

a^!^ Jamais on ne s'est mieux moque de la convention dite gouvernement représentatif que dans cette circonstance.

Des incidents graves surviennent, — la paix est sérieusement menacée.

Au lieu de proroger la Chambre, — on se hâte de prononcer leur dissolution et de renvoyer les pairs et les députés chez eux.

Après quoi on va trouver moyen de conserver la paix. On est décidé à y mettre le prix.

i^j? On criera beaucoup à la dignité compromise , ce qui n'empêchera pas le cabinet d'avoir la majorité après les vacances.

Il n'y a guère aux affaires que des marchands, des banquiers, des agioteurs, — qui ne veulent pas la guerre, «— mais qui aiment à faire blanc de leur épée.

Le ministère qui leur convient le mieux est celui qui les laisse crier à la dignité, à l'honneur, à la gloire, — et ne s'en émeut pas le moins du monde, et conserve la paix à tout prix.

Un ministère moins inébranlable, qu'on soupçonnerait de se laisser à la fin émouvoir par la clameur publique, ne ferait pas aussi bien leur affaire, — on n'oserait pas demander si fort le maintien de Ihonneur national, on aurait trop peur de l'obtenir.

^}^ Pour faire suite à ce que nous avons dit relativement à la messe en musique exécutée à Sainte-Eustache,

Le décret du 18 mars ISOf) (lit^« Les églises seront ouvertes gratuitement au public. Il est expressément défendu de ne rien percevoir dans les églises et à leur entrée, oiitre le prix des chaises, sous quelque prétexte que ce soit.

>•• 11 sera môme réservé, dans toutes les églises, une place où les fidèles qui ne louent pas de chaises ni de bancs puissent commodément assister au service divin ol entendre les instructions '.

» Le tarif des chaises sera arrêté par l'évéque et le préfet, et cette fjxalion sera toujours la même, quelles que soient les cérémonies qui auront lieu dans les églises. »

.$^ Cette manie de faire des héroïnes avec des femmes qui

' Exigence à laquelle se soustraient certaines églises, en mettant audessus de cette place réservée : — Banc des pauvres^ — en insultant ceux qui ne payent pas leurs chaises.

AOUT 1844. 20f

sortent violemment de l'obscuritc modeste de la maison et de la famille est arrivée à un tel excès, — que je suis forcé d'ajouter quelque chose à ce que j'ai dit dans le temps au sujet des amoureux de madame Lafarge.

Qu'est-ce que madame Lacoste, innocente de l'empoisonnenient de son mari, ainsi que l'a déclaré le jury?

Une jeune femme, qui, — aimant un homme de son âge, s'est néanmoins vendue — à un vieillard infirme, — et qui attendait que ce vieillard achevât de mourir dans ses bras.

^^ Un des scandales du procès Donon-Cadot, où dans tant d'atrocités le jury n'a su trouver qu'un demi-crime, a été dans les ùillets de faveur accordés à certaines personnes pour assister à ce spectacle.

Tout cela avail tellement l'air d'une comédie, — qu'il semblerait que ce jury, consultant le goût du public, n'a pas osé donner un dénoùment sérieux.

Une circulaire du garde des sceaux essaye de prévenir désorliiais une pareille inconvenance ; mais de toutes parts les journaux adressent au public des proclamations intéressées.

iTntrez ! entrez ! — crie l'un de ces carrés de papier, — vous serez placés on ne peut mieux pour assister au grand procès de madame Lacoste... Nous vous donnerons les détails vingt-quatre heures avant les autres. — Renouvelez votre abonnement; — les billets et entrées de faveur sont généralement suspendus ; prrrenez vos billets...

Un autre promet des gravures représentant les diverses toilettes d'Euphémie Vergés, veuve Lacoste.

Un autre donnera son portrait.

Un autre, un dessin de la maison où elle s'est cachée.

Comme ce procès ressemble un peu trop à celui de madame Lafarge, — déjà exploité, — les mêmes journaux s'ingénient à trouver des différences -entre les héroïnes.

Euphéraie Vergés a les cheveux à la Ninon !

^^ A propos (le madame Lafarge, — comme nous l'avons signalé, — on essaye de temps en temps de tûter l'opimon jmhliqne — au sujet d'une grâce à lui accorder.

Il y a quelque temps, elle était si malade qu'il n'y avait guère d'espoir de la sauver.

Aujourd'hui elle se porte bien ; — mais on fait un éloge touchant de sa résignation.

Et, attendu qu'elle est résignée à rester en prison, on propose de l'en faire sortir.

Je ne sais guère de prisonnière qui ne se rcsigncrail volontiers à ce prix.

Ne vaudrait-il pas mieux, à la rigueur, rendre la liberté à quelqu'un qui ne se résignerait pas à la prison — et, par conséquent, qui y souffrirait davantage?

Cette résignation ne resscmblcrnit-elle pas à celle des enfants qui disent : « Donnez-moi un gâteau, je n'en demande pas? »

^^ Si l'on découvre que madame Lafarge n'a pas empoisonné son mari, il faut que, publiquement, la justice du pays lui demande grâce à genoux et lui fasse amende honorable, — et qu'elle rentre en triomphe dans son pays.

.^kje Mais, s'il en c>t autrement, — la résignation qu'elle peut avoir est un bonheur pour elle et non pas un mérite qui puisse effacer son crime.

^tje D'après la nouvelle loi sur la chasse, on ne saurait apporter une trop scrupuleuse attention û ne pas commettre ce délit, — ce qui n'est pas facile.

Le gibier semble narguer l'homme et le provoquer, il n'est pas de ruse qu'il n'emploie pour se faire tuer méchamment et faire mettre le chasseur à l'amende.

A Louhans (Sa(^^c-et-Loiro), un moissonneur se met à l'on- NTage avec sa faucille; — un levraut, au lieu de se sauver, se laisse atteindre par la faucille et meurt. — Le moissonneur, sa journée faite, emporte le levraut, — mais un gendarme le rcn-

contre et l'arrête. — Il a été condamné à cinquante francs d'amende et aux frais.

-^^ Les étrangers doivent croire que les Français sont un peuple perpétuellement enrhumé, — et que le père du jeune homme des Saltimbanques est le type le plus réel de ce peuple qui se rend à lui-même l'hommage de dire qu'il est le plus spirituel du monde. En effet, — les journaux — sont remphs, à leur quatrième page, — d'annonces de pâtes, de bonbons, etc., contre les rhumes. Entre ces pûtes, on doit en remarquer une, — qui s'appelle pâte pectorale du baron Y van — et qui, dit l'annonce, est approuvée — par... devinez par qui?...

Par le baron Yvan.

En effet, si le baron Yvan a composé la meilleure pâte pectorale qui existe, c'est qu'il connaît mieux que personne et les rhumes et ce qui les guérit. — A qui donc doit-on s'adresser pour l'appréciation d'une pâte pectorale, si ce n'est à lui?

Ainsi M. le baron Y'van, questionné sur ceci : Quelle est la meilleure pâte pectorale? a répondu que c'était celle qu'il vend trois francs la boîte.

Soumettre sa pâte à une autre autorité serait reconnaître qu'il existe un homme capable de faire une meilleure pâte que la sienne.

^j? Je ne sais pas pourquoi on plaint tant les maris, et pourquoi on se moque autant d'eux quand il leur survient quelque infortune.

J'ai bien plus de pitié et de moquerie pour les amants heureux des femmes de ces pauvres maris.

Un mari un peu jaloux peut, sans coups de poignard, sans poison, sans tour du nord, sans aucun de ces moyens vulgaires du roman et de la tragédie, — sans rien risquer pour sa propre peau, — sans le moindre danger d'aucune sorte, inlliger à l'homme qui s'avise d'être amoureux de sa femme plus de tourments qu'on n'en a jamais mis dans l'enfer chrétien ni dans celui des anciens.

Il n'y a pas d'homme, quelque brave qu'il soit, que le pas d'un mari ne fasse trembler. Il n'y a pas d'humiliation que ce pauvre mari ne puisse lui faire subir, pas d'insulte qu'il ne puisse lui faire endurer, pas de tortures physiques et morales qu'il ne puisse se divertir à lui imposer.

^^ Les juges et les avocats sont fort occupes à plaider entre eux. Nous avons parlé du différend survenu entre l'ordre des avocats et M. le premier président Séguier. Voici que la cour de cassation vient d'approuver le tribunal de la ville d'.Xmbert, qui ne permet pas aux avocats de son ressort de plaider en moustaches. Ce procès dure déjà depuis quelque temps, — les avocats ont défendu leurs moustaches jusqu'à la fin.

Que fera la cour de cassation si les colonels de la garde nationale exigent que ces mêmes avocats montent la garde avec des moustaches.

En effet, — son arrêt s'appuie sur les considérants suivants : « Que le port de la moustache est une tenue négligée; par conséquent une atteinte à la dignité de la justice — et un manque de respect envers les magistrats. »

i^tjs Les chefs de la garde nationale — ne pourront-ils pas prétendre que la moustache fait partie de l'uniforme, — que la couper diminue l'air militaire du soldat citoyen, peut exciter la moquerie et diminuer le respect dû à l'institution ?

Malgré la guerre que nous avons faite aux avocats, et que nous continuerons à leur faire, nous n'avions pas été jusqu'à demander qu'ils fussent — marqués d'un signe, comme Gain.

Ce n'est pas la première minutie de ce genre à laquelle la magistrature ait atlarlié une importance ridicule.

Voici une anecdote peu connue ijui en fait foi :

En 17:^0, >rGin, plaidant en la première chambre des requêtes du palais, et lisant une autorité, M. le président lui dit: a Vous lisez, et vous êtes couvert! » M-^ Gin lui répondit : « Oui, monsieur, je suis couvert, et j'ai le droit de l'être, parce que c'est

une autorité, non une pièce que je lis. » M.leprésldentrépliqua: « Il n'importe pas, pièce ou autorité, il faut se découvrir. » M« Guillet de Blaru, qui se trouva l'ancien des avocats qui étaient sur lebarreau, prit la parole et dit à la cour : «^^Gin est dans la posture où il doit être, et où nous sommes à la grand'chambre, quand en plaidant nous y lisons. » Sur quoi M. le président dit encore : « Continuez comme vous voudrez. » Le lundi, 8 du même mois, M« Gin plaidant encore et se tenant couvert à la lecture d'une autorité, M. le président lui dit ce qu'il lui avait dit le vendredi précédent. W Gin répliqua de la même manière. M. le président fit lever l'audience. A celle du 0 du même mois, R^Aubry, allant plus loin, lut couvert un texte de coutume dans le livre même. Le président lui dit : « Vous lisez, et vous êtes couvert! » L'avocat ayant répondu comme avait fait M^ Gin, M. le président continua l'audience au premier jour; mais tous les avocats se retirèrent et ne voulurent pas aller plaider aux requêtes du palais.

Cependant les plaidoiries ne laissèrent pas de continuer le même jour et les jours suivants, en la grand'ehambre, où, Me Julien de Prunay, Chevalier et Cochin s'étant tenus couverts en lisant les lois, les coutumes et autres autorités, un président à mortier, désavouant, comme toute sa compagnie, le procédé de messieurs des requêtes, dit en riant à l'audience : « Voilà le possessoire jugé. » En vain messieurs des requêtes voulurent-ils se restreindre ensuite à ce que les avocats fussent découverts, du moins en lisant dans les livres à l'audience, les avocats répondirent qu'ils ne pouvaient y souscrire et qu'ils devaient être maintenus dans leur droit; et l'on décida définitivement à la grand'ehambre, le 17, qu'en tous temps, excepté en lisant les pièces, les avocats demeureraient couverts.

"^^ Ajoutons que la barbe a été plus d'une fois attaquée sérieusement.

Guillaume Duprat, fils du chancelier, évêque de Clermont, qui

lit bâtir lo collège des jésuites à Paris, avait la plus belle barbe qu'on efit jamais vue. — Il fut forcé de s'enfuir de son église cathédrale, où il voulait dire la messe le jour de Pâques, parce que le doyen et les chantres voulaient lui couper la barbe, qu'ils prétendaient être une insulte à la majesté divine.

L'évêque Duprat, pensant que si la vue d'une barbe avait si fort oITensé Dieu, il n'en eût pas donné à l'homme, s'obstina à garder la sienne; mais il eut tant de chagrin des avanies qu'il reçut à ce sujet, qu'il en tomba malade et mourut.

Un curé, possesseur également d'une fort belle barbe, fut interdit par son évêque ; mais il en appela à Louis XIV, qui condamna le caprice de l'évéque — et renvoya le curé dans sa cure.

^^^ Plusieurs soldats s'étant noyés en se baignant, on a défendu à la i^arnison de Paris de se baigner dans la rivière. Ne vaudrait-il pas mieux faire apprendre aux soldais à nager, et donnera la natation le rang d'exertice obligatoire?

Rappelons, à ce propos, — que les trois quarts des mariniers de Paris ne savent pas nager; — que, lorsqu'ils tombent à l'eau, ils se noient, et que, lorsqu'il s'agit de secourir un noyé, c'est avec un croc de fer qu'ils le tirent de l'eau en l'arcrochant par un n-il — ou partout où le hasard fait tomber leur croc.

Cependant, quand on donne à un marinier l'autorisation de conduire un bateau sur la rivière, on lui fait subir une sorte d'examen. Pourquoi n'cxige-t-on pas de lui qu'il sache nager, cl bien nager?

^>f; La fêle annuelle connue sous le nom de régales a en lieu en rade du Havre le 20 juillet. La plage était couverte de nombreux si»crtaleurs. Les régales .sont des courses de bateaux, les uns à la voile, les autres à la rame.

Plusieurs embarcations montées par des Anglais se sont pré- Benlécs. Ces hommes ne font pas autre chose que de jouter de

vitesse, — se transportant successivement dans tous les endroits où il y a des joutes de ce genre. Ils sont semblables aux chevaux de course, — qui ne sont bons qu'à cela, — et ne valent rien ni pour la selle ni pour le cabriolet.

Néanmoins, s'ils ont remporté des prix, les marins du Havre et des environs, quoique moins enlralncs^ en ont eu leur bonne part, — et entre autres le prix principal.

II est à remarquer que le patron anglais Coombes, auquel le pilote français Mazerat avait prêté une embarcation, sans laquelle il n'aurait pu prendre part à la lutte, — est parti sans le remercier, et a abandonné sur la grève l'embarcation, dont les avirons ont été perdus.

Ce qui doit étonner surtout dans cette fête, c'est la mesquinerie des prix proposés. Sept mille francs, dont deux mille donnés par le prince de Joinville et quatre par la ville.

Mille francs seulement donnés par le ministère de la marine !

Eli quoi î c'est par quatre-vingt mille francs qu'on donne pour les courses de chevaux, — qui, sous prétexte à' améliorer la l'ace des chevaux en France, — n'ont jamais fait produire que des chevaux de course, — qui ne sont pas bons à autre chose — qu'à faire des paris ; des chevaux qu'il faut préparer quarante jours pour qu'ils courent pendant quatre minutes, et qui mourraient à la sixième. Et pour des courses de bateaux, — pour un encouragement aux marins, on ne trouve que mille francs !

Il devrait y avoir, dans tous les ports de mer, des courses de bateaux — avec des prix importants offerts par le gouvernement. — On devrait faire concourir depuis les canots des pêcheurs jusqu'aux bateaux à vapeur.

Outre les régates, qui, dans chaque port de mer, devraient réunir les marins de toute la circonscription, il faudrait, dans chaque commune des bords de la mer, dans chaque bourgade de pêcheurs, qu'il y eût une fête — et des courses de bateaux.

^^ Malgré la sensation profonde produile par l'écrit du prince de Joinville, le goiivernenient semble n'en tenir aucun compte. — On devait s'attendre à voir commander, à l'instant même où on venait si clairement d'en démontrer la nécessité, un certain nombre de bateaux ù vapeur, pour lesquels on profiterait des perfectionnements apportés par la science. — Eh bien ! dans toute la France, je puis afllrmer qu'il n'a pas été commandé un seul bateau à vapeur à hélices !

.^^ Les femmes s'imaginent que nous avons dans le co^ir, dans la tète, ou n'importe où, — un type auquel il faut absolument ressembler pour élre belles à nos veux.

Nous faisons exactement la mémo chose à l'égard des femmes.

Il n'est sorte de déguisement, de mensonge, qu'on n'emploie de part et d'autre pour se faire à cette ressemblance.

Chacun se revêt, pour le combat de l'amour, d'un personnage de son invention comme d'une cuirasse.

Mais souvent on arrive à se déplaire de part et d'autre souces traits d'emprunt, tandis qu'on se serait charmé réciproquement avec sa figure naturelle.

.. -^^JÇ Je serais curieux de voir aujourd'hui — M. Thiers, ses amis et les journaux de ses amis — reprochant à M. Guizot de compromettre, par ses concessions, l'honneur du pays.

Si l'on se rappelait, en France, que M. Thiers, étant ministre, a fait rentrer à Toulon dix-sept vaisseaux de guerre français, pendant que neuf vaisseaux anglais bombardaient Beyrouth.

Que M. Thiers redevienne ministre, — M. Guizot lui fera les mêmes reproches, — et on ne se rappellera pas davantage ce que fait M. Guizot aujourd'hui.

J^^ Nous l'avons déjà fait observer, il se lue un peu trop de monde dans les fêtes publiques.

Cependant, malgré la prompliluile d'une partie des journaux A accuser l'imprévoyance du préfot de police, il faut parler aussi

de l'impriiflence des gens qui conduisent des enfants dans une foule semblable.

Tous les journaux ont raconté les horribles accidents arrivés pendant la soirée du 29 juillet ; — presque tous ont longuement déclamé contre l'imprévoyance, l'impéritie, etc., de l'administration.

Quelques-uns à peine ont consacré deux lignes à faire mention de la belle conduite de la garde municipale au milieu de ce désastre.

Les Champs-Elysées étaient déjà pleins de monde, et une foule compacte remplissait toute la rue Royale jusqu'à la Madeleine, toute la place Louis XV, toute la rue de Rivoli, les Tuileries, le quai des Tuileries.

Une autre foule de privilégiés avait envahi, avec des billets, la berge du quai des Tuileries.

Sans compter la foule qui encombrait le quai en aval du pont Louis XV jusqu'à celui des Invahdes, et même plus loin.

Le feu d'artifice tiré, toutes ces colonnes pressées se dirigèrent à la fois vers les Champs-Elysées, déjà remplis pour voir la féerique illumination.

^^ Sur la place Louis XV, on commence déjà à étouffer quelques personnes; mais, à l'entrée des Champs-Elysées, entre les chevaux de Marly, où le passage est trés-resserré, puis à l'entrée de l'avenue Gabrielle, commencèrent les scènes terribles de cette soirée.

Des enfants, des femmes, des hommes, asphyxiés, écrasés, s'affaissèrent et tombèrent sous les pieds de la foule.

« C'était horrible, m'écrit Gatayes, de sentir des corps sous ses pieds et de ne pouvoir essayer de les ramasser ! »

Des cris déchirants partaient de tous côtés. On ne pouvait marciicr dans un sens ni dans un autre, — et la foule augmentait toujours !

-^^ C'est alors que la garde municipale a montre un zèle.

nne intelligence et un dévouenienl dignes des plus grands éloges.

Quelques gardes municipaux à cheval, — envoyés dans la foule, — prenaient sur leurs chevaux des femmes et des enfants qu'ils enlevaient à la foule,

I\I. le lieulenant-colonel de la garde municipale accourut sur les lieux de la scène, rassembla à grand'peine quelques gardes municipaux à pied, et lui-m(''me mit pied à terre pour ne pas augmenter le désordre.

Ce qu'il voulait, ce qu'il fallait faire, — quoique ce fût impossible, — c'était de relever les corps gisants à terre et dr sauver ceux qui n'avaient pas encore été tout à fait écrasés sou les pieds.

Il fit croiser, — non pas les baïonnettes, — mais la crosse des fusils, — et les gardes, entrant dans la foule comme un coin, ramassèrent un nombre considérable de victimes qui, sans cet acte d'intelligente vigueur, eussent infailliblement péri.

A mesure qu'on relevait un corps, on le portait au poste qui est à l'entrée des Champs-Elysées.

Là, les gardes brisèrent les vitres du corps de garde pour donner de l'air aux blessés, et, sous la direction de quelques jeunes médecins, entre lesquels j'ai appris par un journal qn se trouvait mon excellent ami Alphonse Lebatard, — ils .1 mirent à frictionner ceux qu'on leur apportait.

Mais ce (juc plusieurs témoins remarquèrent encore plus qnleur activité et leur zèle, c'est l'extrême décence avec laqucl! ils soignaient les femmes que leurs camarades remettaient enti > leurs main-; — ce qu'on n'aurait osé attendre de soldats, pas un mot ne fut dit, pas un regard ne fut porté qui eût pu blesser un père, un frère, un mari.

On ne sait pas combien de gens les gardes municipaux ont sauvés dans celte déplorable soirée.

Lorsque la foule, moins furieuse, commençait à permettre de circuler à peu près librement, Gatayes a vu un garde à cheval

SEPTEMBRE 1844. 2fi

portant sur les fontes de ses pistolets deux petits enfants qu'il avait arrachés à la mort — et qui pleuraient. — Il les caressait, les embrassait, les faisait jouer avec la dragonne de son sabre, pour essayer de les apaiser; — et, leur parlant avec une naïveté touchante, — imitant pour eux le langage des nourrices, il leur disait en adoucissant la voix : « Maman va venir, elle est allée chercher du nanan. »

J'ai entendu bien des gens dire, le lendemain, qu'ils n'oubheraient jamais le colonel de la garde municipal à cheval, avec sa figure énergique, ornée d'un si beau coup de sabre, sa fermeté, sa douceur, sa force, son intelligence.

D'autres disaient : « Sans la garde municipale, je ne serais pas vivant aujourd'hui. »

Le pouvoir doit des récompenses à la garde municipale.

I^a population de Paris doit une manifestation de reconnaissance.

Pour moi, je remplis ici, avec une vive satisfaction, un devoir que la presse parisienne a, ce me semble, un peu négligé.

Septembre 18i4.

Ce qu'on ga^e à passer sur le pont de Rouen. — L'argent de papier. — Affaire de Maroc. — Attitude des divers carrés de papier. — M. Bugeaud et M. Grandménil. — Le prince de Joinvilie et M. du Buat. — La fée Grognon. — Gracieuse et Percinet. — M. Armand Bertin. — M. Félix Solar. — M. de Mackau, ministre pour tout faire. — M. de Bonald. — Les femmes, l'arsenic et les maris. — Deux perruques. — Le mort vivant. — La fille garçon. — Les morts payent les frais. — Pritchard, le comptotr et la chaire.

^^ J'ai découvert ces jours derniers un moyen d'avoir cent raille livres de rentes et même davantage, — moyen simple et à

la portée ùe tout le monde. Je crois devoir le faire connaître d'abord aux abonnés des Guêpes; ce sera, je pense, plus que suffisant pour leur ôter toute hésitation pour le renouvellement de leur abonnement qui va bientôt expirer, comme disent les journaux.

Comme, en revenant de Paris, je passais sur le nouveau pont de Rouen, on me réclama le péage, qui est fixé à un centime. — Je donnai au receveur un sou, contre lequel il me rendit trois centimes etun petit rond de papier dont voici la copie exacte :

Je demandai ce que c'était que ce petit rond de papier, et l'on me répondit que c'était un centime — qui me servirait à passer sur le pont en retournant à Paris.

« Et si je ne repasse pas par ici? « dcmandai-je. — Le rece- \eur haussa les épaules, — tourna les yeux d'un autre côté, et me fit comprendre que je l'ennuyais. C'est pourquoi je mis mon rond de papier dans ma bourse et je continuai ma route.

Mais toutes sortes de pensées m'assaillirent en chemin.

Décidément, dis-je, les ponts ne se gênent plus.

Voici un pont qui a mérité, — je ne dirai pas la mort, — mais les travaux forcés à perpétuité, — aux termes dos articles 132 et 133 du Code pénal.

En bonne justice, le pont de Rouen devrait être transféré X Brest ou à Toulon.

L'article 133 dit : « Celui qui aura conlrefuil ou altéré des monnaies de Hllon ou de cuivre ayant cours légal en France sera puni des travaux forcés à perpétuité. »

Puis, tout à coup, il me revint en mémoire l'article 130 du

même Code pénal, — lequel article 136 me déclare passible d'un emprisonnement d'un mois à deux ans ; — car, dit l'article 13G : « Ceux qui auront connaissance d'une fabrique de monnaie d'or, d'argent, de hilluii ou de cuivi'e, ayant cours légal en France, et qui n'auront pas, dans les vingt-quatre heures, révélé, etc., seront, pour le seul fait de non-révélation, et lors même qu'ils seraient exempts de toute complicité, punis d'un emprisonnement d'un mois à deux ans. »

Et il y a trois jours déjà que j'ai passé sur le pont de Rouen, et il y en aura six quand ce numéro des Guêpes sera déposé au parquet de M. le procureur du roi.

Voilà un pont qui pourrait me mener partout ailleurs qu'où je comptais aller en le traversant.

Et je continuai toujours ma route, en songeant à l'émission de centimes faite par le pont de Rouen.

Mais, — dis-je, — le pont de Rouen émet ses centimes au grand jour, — d'où vient que la justice tolère cet abus? — Et, si le pont de Rouen a l'aulorisalion de faire de la monnaie, pourquoi n'en ferais-je pas aussi? — pourquoi n'en feriez-vous pas?

— Pourquoi ne ferait-on que des centimes? — Et, d'ailleurs, je ne sais pas d'état, fût-ce celui de ténor ou de danseuse, qui puisse rapporter autant que celui de découper, douze heures par jour, de petits ronds de papier valant chacun un centime

— Mais, s'écriera le pont que le Code pénal m'ordonne de dénoncer, — ce n'est pas réellement un centime, c'est une sorte de contre-marque que je livre aux passants.

— ÎVon, pont, répondrai-je; vous pourriez, si vous vouliez, livrer une contre-marque, — si vous étiez autorisé à percevoir deux centimes par personne, et si vous vouliez, par bienveillance, diviser ce péage en deux payements, parce qu'alors ce serait votre chose dont vous disposeriez.

Mais, si deux mille personnes vous ont traversé aujourd'hui,

— il n'est pas exagéré de penser qu'en cette saison il y avait

mille étrangers, voyageurs, etc., qui s'en retourneront par un autre chemin.

Et cinq cents qui perdront ou useront votre rond de papier.

Cela fait quinze cents centimes, — ou quinze francs, que vous avez perçus aujourd'hui de plus que ce que la loi vous autorise à percevoir.

Cela fait quinze cents personnes qui auront payé leur passage douhle.

De quel droit, ô pont! me donnez-vous pour un centime légal un centime à moi appartenant, — ayant cours partout, — un rond de papier qui n'a aucune valeur?

Que diriez-vous, pont, si je vous donnais, moi, un rond de papier que je découperais , — sur lequel j'écrirais : « Bon pour un sou, » — et si je vous demandais la monnaie de mon rond do papier?

— Monsieur, me diriez-vous, que puis-je faire de votre rond de papier? — Gardez-le précieusement, — vous répondrais-je, — et, quand je passerai, si je vous donne deux sous, vous me rendrez quatre centimes et mon rond de papier, ce qui, avec le péage, fera la monnaie de mon rond. — Mais quand repasserezvous? — Je n'en sais rien. — Mais repa^serez-vous jamais? — Je n'en sais rien.

El vous refuseriez mon rond de papier. — Cependant, si vos ronds de papier sont de l'argent, — mes ronds de papier sont de l'argent aussi, — ou bien les vôtres n'en sont pas.

Ainsi, —je soutiens que tout abonné des Guêpes peut découper le spécimen qui illustre le coauncncemcnt de ce chapitre, — et le donner pour son passage sur le pont de Rouen.

Le ponl de Rouen prétend qu'un semblable rond est un centime ; — s'il en donne, il doit en recevoir.

Je ne sais pour lui aucun moyen d'échapper à cette cons^quence.

— Vous contrefaites ma monnaie, monsieur, s'écriera le ponl de Rouen.

— Quelle monnaie, répondrez-vous, celle qui est déjà une contrefaçon?

La loi ne punit que la contrefaçon d'une monnaie ayant cours légal en France ; ei solre monnaie n'a qu'un cours illégal, et n'a même ce cours que sur le pont de Rouen. — Vous ne pourrez atteindre ceux qui s'amuseront à faire des centimes pareils aux vôtres — comme faux monnayeurs.

.^j; Cependant, si quelqu'un vous apportait pour mille francs de ces centimes de papier parfaitement semblables à ceux que vous émettez tous les jours,— je ne vois pas comment vous feriez pour ne pas en accepter l'échange contre la même somme en argent.

Comment vous défendrez-vous?

Quel est le crime ou le délit du contrefacteur?

Ce sera donc une contrefaçon littéraire, — vous prétendrez que la rédaction de ce rond de papier vous appartient et que vous êtes l'auteur de ces mots ;

B. P. 01 centime.

Mais avez-vous alors fait le dépôt de votre œuvre au dépôt de la librairie ?

D'où vient que cet ouvrage ne porte pas de nom d'imprimeur, conformément à la loi?

è^^ Certes, j'ai plus d'une fois éclairé nos contemporains sur les vertus, le patriotisme, le désintéressement et le génie des divers carrés de papier s'intitulant organes de l'opinion publique ; — mais je n'ai jamais poussé la démonstration aussi loin qu'ils viennent de le faire eux-mêmes.

Je considère comme terminée la guerre que j'ai faite à ces carrés de papier — et si le peuple « le plus spirituel de la terre r> n'en est pas le plus idiot, le plus crétin, — je suis convaincu qu'il ne restera pas un seul abonné à ces honnêtes journaux, — qui ne s'imprimeront plus que pour faire entre eux l'échange de leurs feuilles — et ne serviront désormais qu'à couvrir les pots de confiture et allumer les pipes.

Nous allons, pour constater leur suicide, — relire ensemble les belles choses qu'ils ont imprimées par ces derniers temps.

^j; Nous diviserons, comme de coutume, les journaux en deux classes : — 1» ceux qui approuvent le gouvernement actuel, — quel qu'il soit et quoi qu'il fasse, — c'est-à-dire qui reçoivent leur part du budget et des places.

^^ 2" Ceux qui blâment le gouvernement aduel — quel qu'il soit et quoi qu'il fasse, — c'est-à-dire ceux qui veulent prendre de force leur part des places et du budget.

1^^ Commençons par ceux-ci :

Le prince de Joinville est envoyé en Afrique, — les journaux annoncent que 'c'est une vaine démonstration qui n'aura aucun résultat. Selon ces tacticiens consommés, il n'y a qu'une chose à faire pour punir l'empereur de Maroc, c'est de bombarder Tanger. — Mais ils savent qu'on ne s' en avisera p'is, — ^Anglctene nous l'a défendu. Cependant, c'était un coup important à frapper, — c était la seule chose à /aire dam l'intérêt de la France, etc., et ainsi de suite pendant cent longues colonnes.

^)t^ Voici qu'un matin — le canon des Invalides annonce, selon l'u.sage, que la princesse de Joinville est accouchée.

Celles, si elle n'avait pas le malheur d'être princesse, on s'intéresserait à la situation de cette jeune étrangère, qui, au milieu de l'enfantement, — a à craindre encore pour son mari, qui sans doute en ce moment est exposé au canon et à la mitraille.

^^ Mais les journaux s'indignent d'être réveillés pour cela, et, prenant leur jdus belle ironie, ils s'écrient :

« A midi, le canon des Invalides est venu éveiller les Parisiens.

» On a cru à l'arrivée d'une (jrande et (jloricuse nouvelle. On pensait (jue le gouvernement de la paix partout et toujours avait compris l'urgence de se relever par quelque coup de vigueur.

p On parlait d'une victoire remportée sur les Marocains, de la prise de Tanger, de Larache ou de Mogador.

» On a su, plus tard, qu'il s'agissait d'annoncer à la France que la princesse de Joinville venait d'accoucher d'une princesse ! B

^^ C'est-à-dire donc, — journaux, — que, selon vous, ce serait iine grande et glorieuse nouvelle qu'une victoire remportée sur les Marocains. C'est-à-dire, — selon vous, — que le gouvernement se relèverait s'il avait pris Tanger ou Mogador, et si on avait remporté une victoire sur les Marocains.

Est-ce tout ce que vous voulez ? — Alors vous seriez contents et fiers. — Le gouvernement aurait fait ce qui, selon vous, serait le plus grand et le plus glorieux.

Très-bien.

i^jç Eh bien! voici que précisément ce jour-là, et à vingtquatre heures de distance, on apprend la nouvelle de deux victoires sur les Marocains : la bataille de risiy et le bombardement de Tanger.

Vous vous figurez peut-être que les journaux auront, au moins, l'esprit de faire semblant d'avoir de la bonne foi.

Vous ne les connaissez pas.

La bombardement de Tanger, une si belle chose, — si utile, — si glorieuse, — quand le gouvernement ne la faisait pas, ■*est bien changée depuis.

i^jç Ecoutez les mêmes journaux :

« La canonnade de Tanger est une démonstration sans portée et sans résultats.

» On a risqué la démonstration de Tanger pour donner un semblant de satisfaction à l'opinion publique.

» Constatons la froideur et la méfiance avec laquelle l'opinion publique accueille ce vain simulacre de force et de résolution.

» Nous avions dit que l'Angleterre ne permettrait pas à nos marins de compléter leur victoire, etc. »

^!^ Mais vous aviez dit surtout, mes pau\Tes carrés de papier, que l'Angleterre ne permettrait pas de bombardei' Tanger.

Et si l'Angleterre avait défendu de bombarder Tanger, il n'est donc pas -vrai que la flotte française soit sous les ordres de l'Angleterre.

r^j: Les journaux ne s'en sont pas tenus là : — un bruit a couru que le prince de Joinville avait commencé le feu contre Tanger sans attendre le retour du consul anglais. — Ils ont alors crié à la barbarie, — et Tanger est devenue une ville inofiensive, etc.

Mais une seconde nouvelle est venue apprendre qu'au contraire le consul anglais était sur un vaisseau français pendant l'action :

« Nous le disions bien, s'écrient alors les journaux, le consul anglais n'a pas permis qu'on commençât le feu avant son arrivée. »

^Jt^ Mais depuis qu'on a bombardé Tanger, Tanger n'est plus qu'une ville inoffensive, mal défendue, sans importance. — Le bombardement — est un vain simulacre; — mais ce qui serait beau, — ce qui serait glorieux, ce serait de bombarder Mogador.

Ah ! voilà ce quil faudrait faire, mais voilà ce qu'on ne fera pas : — l'Angleterre le défend.

^/tj; Cependant, comme la veine est mauvaise pour les journaux, voici qu'on apprend a Paris que le prince de Joinville a bombardé et pris Mogador.

C'est vraiment jouer de malheur!

.î^ Après la prise de Tanger, — le prince de Joinville n'avait pas songé à envoyer aux journaux un petit artiile pour leur rendre compte de ce qu'il avait fait ; — il s'était même permis d'écrire au minisire qu'il n'avait pas le loisir, en ce moment, de donner de grands détails.

Colère des journaux, qui s'écrient :

« M le prince de Joinville dit qu'il n'a pas eu le temps, par le dernier courrier, de rendre un compte détaillé de ce qu'il a fait devant Tanger, et qu'il profite d'un moment de loisir pour s'acquitter de ce devoir.

» On ne savait pas, jusqu'à présent, que le commandant d'une expédition maritime dût, oprôs une opération importante, attendre un moment de loisir pour rendre compte à ses chefs de la manière dont il avait exécuté leurs ordres. On demande comment le prince de Joinville, pendant les quatre jours qui se sont écoulés, depuis le Gjusqu'au^O, n'a pas trouvé un moment de loisir pour ajouter quelques mots à la dépêche de quatre lignes arrivée à Paris le 15. »

<^^ En effet, M. le prince de Joinville voudra bien dire aux journaux à quoi il a passé son temps pendant ces quatre jours, — sinon il aura affaire à eux.

Mais le prince, qui se bat si bravement contre les Marocains, ne s'expose pas de même à la colère des journaux, il s'empresse d'écrire et de donner le détail de rem])loi de son temps.

Il espère peut-être que cette fois les journaux seront contents de lui.

^^ Vous demandez ce qu'il a fait? — mais précisément ce que vous trouviez si grand, si glorieux, — ce que l'Angleterre avait si sévèrement défendu... il a bombardé et pris Mogador, — il a, selon vous, vaincu à la fois les Africains et les Anglais,

Ah ! bien oui, — mais Mogador n'est plus rien qu'une bicoque : ce n'est pas cela du tout qu'il fallait faire. — Les journaux envoient un plan de campagne à la fois au prince de Joinville et au maréchal Bugeaud. Voici le plan de campagne copié textuellement.

^^ « Nous disons, nous, que M. Bugeaud n'a constaté que l'impéritie et la profonde incapacité du gouvernement français. Si les hommes aux mains desquels la France est tombée avaient eu

la moindre étincelle de cette intelligence qui préside aux grandes choses, à la première agression du Maroc on aurait pris des mesures proportionnées aux nécessités. On eût porté rapidement des forces sur Tlemcen ; on eût donné à la flotte des troupes de débarquement, et en peu de semaines on eût étouffé la guerre sous un effort vigoureux. «

^j:^ Aussi, pourquoi ne pas envoyer là-bas, à la place du maréchal Bugeaud et du prince de Joinville, les grands généraux qui signent les journaux? eux, au moins, ils ont \ intelligence qui préside aux grandes choses; M. tel ou tel rédacteur vous aurait étouffé la guene en peu de semaines.

J^n^ Mais qui envoyez-vous là-bas? — Sur mer, un jeune prince brave, instruit, — et aimé des marins.

Sur terre, un vieux soldat qui a donné mille preuves de bravoure et de prudence.

Ces choix paraissent bons au premier aspect ; — mais cependant la guerre se prolonge, tandis que vous aviez un moyen sûr de l'étouffer en peu de semaines.

Il fallait donner le commandement de la flotte à M. du Buat, qui signe la Quotidienne, et celui de l'armée de terre à M. Grandménil, qui signe la Réforme. — Et vous auriez vu!

*ft^ Nous vous avons ci-dessus donné le plan de campagne de M. Grandménil. Je pense que vous serez heureux de lire quelques considérations neuves de M. du Buat, sur la bataille de risly.

^^ Selon M. du Buat, — la bataille de l'Isly est un combat sans importance. « En effet, dit-il, nous avions onze mille hommes à opposer à trente mille, » et a en pareil cas le nombre est plut(^t un inconvénient qu'un moyen, — carie nombre ajoute au désordre après la défaite — et met obstacle à rcnscmblc des attaques au moment du combat, i»

Tout ceci est textuel, remarquez-le bien.

Jb^ Je voudrais savoir si M. du Buat, rentrant seul chez

lui, le soir, et se voyant attaqué par trois hommes embusqués au coin d'une rue, se dirait : « Ah! bon! ils sont trois... Réellement ce n'est pas brave de ma part de me battre seul contre trois. Ces pauvres gens, — cela va bien les gêner dans l'attaque ! » ^^ Corneille avait dit une sottise :

« Que vouliez-vous qu'il fit contre trois ? »

Et on l'a bien vu; en effet, les Curiaces, embarrassés parleur nombre, ont été tués par le dernier Horace. — Que vouliez-vous, en effet, qu'ils fissent trois contre un?

Les journaux ont tout à fait joué le rôle que jouent certaines vieilles fées acariâtres dans ces beaux contes que j'aime tant.

Qui ne se rappelle Grognon apportant à Gracieuse un tonneau de plumes mêlées de tous les oiseaux qui volent dans l'air, et l'obligeant, entre deux soleils , — à avoir séparé toutes ces plumes, à avoir mis à part toutes celles des chardonnerets, — toutes celles des fauvettes, toutes celles des linots, etc., sous peine d'être déchirée en morceaux si elle se trompe d'une seule plume?

Puis, lorsque Gracieuse a accompli ce travail, grâce à l'intervention du beau page vert Percinet, — Grognon lui apporte alors un énorme écheveau de fil horriblement mêlé et si fin, que le souffle le brise; il faut qu'elle l'ait démêlé et dévidé entre les deux soleils ou qu'elle périsse.

0 fées grognons des journaux! vous êtes presque aussi amusantes que celles des contes, mais vous intéressez beaucoup moins.

D'autant que les Gracieuses que vous persécutez sont loin d'être des princesses plus belles que le jour et accomplies en tous points.

Ce qui me servira de transition pour arriver aux journaux ministériels et au ministère.

t^^ Il faut dire la vérité, j'ai réellement bien du malheur,

quand je m'expose à la colère de MM. du Buat et Grandménil, je devrais au moins me mettre sous la protection de MM. Armand Berlin et Félix Solar.

Si j'allaque l'opposition, il serait prudent de me rallier au ministère ; mais les choses se passent de telle sorte, qu'en conscience il m'a été impossible de le faire une seule fois depuis cinq ans que mes mouches fauves se sont avisées de faire entendre leurs bourdonnements.

De sorte que je suis assez mal avec tout le monde. — Les journaux, il est vrai, empruntent aux Guêpes quelques passages; mais ils ont le plus souvent le soin de ne pas les citer.

^i^ Les journaux ministériels ont fait sonner bien haut la façon honorable dont se sont accommodés les différends survenus, à propos de Taïli, entre la France et l'Angleterre. — Ils savent cependant bien que la paix a été achetée par le gouvernement de la France, au prix d'une lâcheté, et les rédacteurs entre eux en conviennent paifailement en causant dans les bureaux où ils écrivent le contraire.

^)^ Eh quoi! on blâme le lieutenant d'Aubigny, parce qu'il a mis trop de rigueur — dans l'arrestation de M. Pritchard, — homme peu honorable, — suivant les Anglais eux-mêmes, et convaincu d'avoir fomenté des troubles dont le but aurait été de faire massacrer, par les indigènes, les Français résidant aux lies Marquises !

El ces rigueurs consistent à l'avoir empêché de communiquer avec ses conjplices, jusqu'à ce qu'on put le transférer sur un bâtiment anglais!

W. d'Aubigny n'a fait que son devoir, — et si M. Pritchard avait tenté de s'évader, si M. d'Aubigny, n'ayant pas d'autre moyen de l'euqjécher de renouveler ses manœuvres, lui avait brûlé la cenclle, il n'aurait encore fait que son devoir.

Après ce lâche désaveu de M. d'Aubigny, si j'avais l'honn^nr U être oÛicier de la marine royale, j'enverrars demain ma démis-

sion â M. de Mackaii, — ce ministre de la marine pour tout faire, dont nous vous parlerons tout à l'heure.

^^ « M. Pritchard sera indemnisé, en argent, des pertes que son arrestation lui a causées dans son commerce. »

Il me semble voir un voleur, pris en flagrant délit, dire au juge d'instruction : « Monsieur, voici un mois que vous me retenez en prison, — j'avais l'habitude de faire mes quatre foulards, l'un dans l'autre; à trois francs le foulard, vendu aux receleurs, c'est trois cent soixante francs dont vous devez m'indemniser. »

Z)^ Certes, c'aurait été pour les deux pays un immense malheur qu'une guerre entre la France et l'Angleterre, — et nous devrions la plus graniie reconnaissance au ministre qui aurait su l'éviter; mais ce n'est pas éviter la guerre que d'acheter la paix au prix de concessions déshonorantes.

Et parmi les gens politiques qui élèvent la voix le plus haut aujourd'hui contre ce résultat, il n'en est peut-être pas un qui n'en soit enchanté, parce que c'est un coup sans doute mortel pour le ministre qu'on aspire à remplacer, ou à voir remplacer par ses amis ; leur chagrin est un mensonge et un rôle qu'ils jouent. — C'est le chagrin d'héritiers qui pleureraient bien plus et bien mieux si leur parent revenait à la vie.

Pourvu que leurs rivaux soient écrasés, peu importe que ce soit sous les ruines de l'honneur national.

^}^ Ils vous crient que c'est une infamie ; ce n'est pas qu'ils le croient, ce n'est pas qu'ils n'en fissent autant en pareille circonstance, c'est parce qu'ils espèrent que leur blâme, hautement exprimé, contribuera à renverser ceux dont ils convoitent la place.

<^^ Ilélas ! en sommes-nous à ce point, que le pays n'a plus que des intérêts, — et qu'il n'y a rien au-dessus?

^^ Mais vous vous trompez si vous croyez avoir empêché la guerre. — Le seul moyen de conserver la paix était qu'elle

fût également honorable powr les deux pays. — Il n'y a pas de paix entre un vainqueur et un vaincu.

La guerre existe entre la France et l'Angleterre.

La paix! — est-ce la paix, — que ce mouvement et ce bruit dans les arsenaux? ces préparatifs de guerre et cette défiance?

De part et d'autre, on compte ses forces et on se mesure des yeux. Le commerce des deux pays se fait la guerre par une concurrence acharnée, par des impôts, par des prohibitions.

Il semble que les navires des deux nations se cherchent, s'abordent et se coulent d'eux-mêmes sur les larges chemins des mers, — se frappant de la proue comme des béliers du front, — en dépit de leurs canons rendus muets par les intérêts d'argent.

Vous appelez cela la paix, et j'appelle cela la guerre; — ce que vous apoelez une question honorablement résolue, c'est un germe de 1' ...c que vous avez jeté entre les deux peuples.

C'est aujourd'hui qu'il faut craindre la guerre.

^^ S'il était autre chose que des intérêts aujourd'hui aux yeux des hommes qui sont aux affaires, — les représentants du pays devraient, à Tunanimilé, désavouer le ministère. Mais ensuite... qu'y gagnera le pays? — les mêmes ambitions, les mêmes avidités sous de nouveaux noms.

^^ .'\Iais, <lil-on, le roi ne veut pas la guerre. El qui estce qui veut la guerre? — Qui veut le carnage, l'incendie, — suites de la guerre que M. Guizot a justement appelée : jeux iniques de la force et du hasard? — Qui veut la guerre, qui supplée à la justice par la poudre, au droit par le plomb et par le fer.^

1^^ Mais aussi, dans la vie privée, — qui veut le duel, le duel qui rend un scélérat adroit ou vigoureux maître de la vie de l'honnête homme qu'il a déshonoré? Qui, cependant, n'a conduit son ami .sur le terrain et n'a fixé les conditions et le triste cérémonial du combat?

i^j* Une mère qui sait que son fils a été offensé met l'honneur de ce fils au-dessus même de sa vie, elle renferme ses angoisses dans son cœur, elle feint de dormir le matin au moment d'un départ qu'elle a prévu, pour ne pas amollir son courage ; et si par hasard elle a cru voir un peu d'hésitation, elle ressent une autre crainte plus poignante que celle de la mort de son fils, elle a peur qu'il ne se batte pas ou qu'il ne se batte pas bien. Elle aime mieux le voir mort que de le voir lâche et déshonoré.

Nous ne demandons pas à nos ministres de nous aimer plus que ne font nos mères.

«^^ Si ce ministère succombe, quel que soit le chef de parti qui sera appelé à en composer un autre, — que ce soit M. le comte Mole ou M. Thiers, ou tout autre, — il est un homme que je lui recommande instamment, c'est M. de Mackau. Voilà un homme dont aucun ministère ne peut se passer désormais, — c'est un honnête ministre pour tout faire que je proclame indispensable à tout cabinet.

<^^ M. de Mackau est, si vous voulez, ministre de la marine ; mais, si vous avez quelque chose de difficile à faire dans les attributions du ministère de l'intérieur, — quelque chose d'impossible à exécuter dans le département de la guerre, quelque chose d'absurde ou pis encore à contre-signer aux relations extérieures, quelque chose que les autres ministres n'osent ni signer ni faire, — ne vous inquiétez de rien. M. de Mackau est là, M. Duchàtel aura la goutte, — M. Soult sera enrhumé, M. Guizot aura la migraine, M. de Mackau — prendra pendant dix minutes le portefeuille de la guerre, de l'intérieur ou tout autre, — il fera, signera et contre -signera la chose impossible ou absurde et pis encore, — puis on lui reprendra le portefeuille.

^/t^ M Grandménil a dit dans le journal la Réforme, qu'il signe (le 8 septembre 1844), que le prince de Joinville n'entend

rien au commandement ni à la marine. On ne peut penser sans frémir aux consérpicnces funestes que peut avoir, pour l'escadre française, l'impcrilie du prince de Joinville, qu'on n'avait pas remarquée jusqu'ici. — Nous insistons beaucoup sur l'envoi, demandé par nous, de M. Grandménil pour remplacer le prince de Joinville dans le commandement de la flotte. — Une souscription est ouverte au bureau des Guêpes, pour offrir à M. Grandménil quelques boîtes de bonbons de Malte, que ce marin expérimenté emporterait avec lui,

^^ Cette semaine, deux femmes, ayant empoisonné leurs maris avec l'arsenic, ont été condamnées par le jury, avec circonstances allénunnlcs. L'empoisonnement des maris par l'arsenic est fort répandu aujourd'hui : — le jury paraît le considérer comme une mauvaise habitude. — Qui est-ce qui aujounl'hui ne donne pas un peu d'arsenic à son mari?

^^ M. *" a, ou pUilf)t avait les cheveux noirs. — Il entre chez un coiffeur pour acheter une perruque. Deux sont en étalage ; il marchande la première , qui est de la couleur des cheveux qu'il a pcrdns. — Il la trouve trop chère; — mais le marchand n'en veut rien rabattre. « Et combien celle-ci? demande-t-il en désignant la seconde, qui est rousse. — Celleci est meilleur marché. » M. "* l'examine, l'achète, la paye, — et depuis ce temps porte des cheveux roux.

^}^ Voici un abus singulier qui a existé de tout temps dans l'administration.

Un colon d'Alger veut revenir en France, il demande son passe-port, qu'il avait déposé en arrivant ; — mais quelle est sa surprise de voir écrit dessus : « Mort à l'hOpital. »

Il pense que c'est une bévue du copiste ; il s'informe, on consulte les registres de l'étal civil, on l'y a par erreur porté connue mort. De sorte qu'il ne peut revenir en France : on ne donne pas de passe-pnrt h un mort. Il faut qu'il obtienne un jugement qui le déclare vivant et lui donne le droit de vivre légalement

Ce jugement doit être obtenu à ses frais.

^^ Pareille chose à peu près est arrivée sous nos yeux dans une petite bourgade de la Seine-Inférieure.

Une fille qui n'est pas du pays allait épouser un jeune homme de la commune ; on attendait avec impatience les papiers que la fille avait fuit demander au greffier du tribunal de son pays ; — enfin, après un mois d'attente, arrive une lettre dont le timbre et les dimensions annoncent l'heureux contenu.

On brise le cachet avec autant d'empressement que d'émotion.

— La jeune fille, qui ne sait pas lire, porte au maire la lettre qu'elle reçoit. — Le maire, à la lecture, paraît frappé d'étonnement. — Ce n'est qu'après une seconde lecture qu'il dit aux deux promis : « Mes enfants, il se présente un obstacle. — Encore! monsieur le maire, cela va faire perdre bien du temps.

— Mon garçon, celui-ci est plus grave et ne se bornera pas à une perle de temps. Le Code civil ne le dit pas en propres termes, mais cependant, à chaque article concernant le mariage il est question d'une fille et d'un garçon, ou d'un homme et d'une femme. — Eh bien! monsieur le maire. — Eh bien! M. le greffier de... écrit que Pauline ne s'appelle pas Pauline, mais bien Paul; que ce n'est pas une fille, mais un garçon, en un mot, que ta fiancée ne peut épouser que ta sœur, — si tu veux absolument qu'elle entre dans la famille. »

Le jeune homme insiste, — et soutient que sa fiancée est une fille avec tant d'ardeur, que la fiancée rougit beaucoup.

Le maire paraît convaincu ; on récrit à *", et, après deux ou trois lettres échangées entre le maire et le greffier, il est établi qu'une distraction de l'officier de l'état civil a inscrit comme garçon la fille qui lui a été présentée; qu'il y a erreur ; que cetle erreur ne peut être réparée que par un jugement; et que ce jugement doit être obtenu aux frais de la réclamante.

Il y a écrit cependant dans toutes les lois, — et surtout dans les lois éternelles de l'équilé et du sens commun, — que celui-

là doit réparer un dommage qu'il a causé, par lui ou ses agents. Ce ne doit pas être la victime d'une sottise faite par un agent du gouvernement qui doit payer les frais de cette sottise.

C'est pourtant ainsi que la chose se passe.

S^tst L'administration des chemins de fer de Paris à Saint- Germain et de Paris à Versailles a eu une heureuse idée.

Elle a consacré aux femmes qui voyagent seules des caisses réservées où on n'admet que des femmes. Il n'y a pas besoin d'insister sur ce que cette mesure a d'utile et de convenable. — Mais il n'y a pas de ces caisses réservées sur la route de Paris à Rouen.

Ne peut-il pas arriver cependant qu'une ou plusieurs femmes se trouvent renfermées pendant six heures avec un ou plusieurs hommes ivres ou grossiers, — sans pouvoir se faire entendre, sans avoir à espérer aucun secours contre l'insulte?

-^^ Entre les histoires vraies ou fausses qui circulent sur le missionnaire Pritchard, — il en est une qui, au moins, a le mérite d'être ingénieuse et qui a quelque vraisemblance quand on songe à la nature passablement intrigante du personnage et à son double caractère de prêtre et de négociant, révélé par la diplomatie.

Il s'agit d'une nouvelle forme d'annonce, d'une application de l'Evangile au commerce des pantalons.

Jusqu'ici on avait fait impruuer ses annonces, — M. Pritchard les a prêches du haut de la chaire.

Un navire anglais venait d'arriver à Taïti avec un chargement d'étolTes; le capitaine vit tout d'abord qu'il en trouverait dillicilcmenl le débit dans un pays où les femmes ne portent pour costume que des pendants d'oreilles et les hommes qu'un arc et des flèches.

M. Pritchard avait un intérêt dans ce navire, il ne perdit pas courage; — il monta en chaire, il fulmina contre l'insuflisanre du costume des Taiticns; il lit un touchant éloge de la chasteté, etc.

Puis, quand il crut avoir fait une impression suffisante sur ses ouailles, il s'écria : « Mes frères, la Providence a conduit dans voire rade un navire sur lequel vous trouverez un assortiment complet, dans le dernier goût et à bon marché, — de bas, souliers, pantalons, vestes, fournitures pour les hommes ; de jupes, corsets, camisoles pour les femmes. Ceux qui n'en achèteront pas seront damnés. — Qu'on se le dise. »

Octobre 1844.

La mer consignée par M. Gréterin. — Un nouveau rossignol. — Comment on devient la justice et le gouvernement. — Madame Sand et un boulanger. — M. Fion. — Les drapeaux marocains. — Le roi ne veut plus être confondu avec les marchands d'allumettes chimiques. — Les chemins de fer. — Les prisonniers.

^^ Le tribunal correctionnel de Lyon vient de rendre un jugement qui mérite de figurer à côté de certaints verdicts du jury que nous avons signalés à plusieurs reprises :

Treize personnes étaient accusées d'avoir formé entre elles une association illégale.

Le tribunal a acquitté douze des prévenus et a condamné le seul Barrot comme coupable d'association avec les douze autres, lesquels n'en on fait aucune, selon le verdict même du tribunal. — Il faut réellement avoir à un degré bien singulier la manie de l'association, car, selon le tribunal, Barrot s'est associé tout seul, ce que la grammaire, les dictionnaires et le sens commun prétendent impossible.

^^ Il y a un an à peu près, j'ai eu occasion d'écrire à M. Gréterin. Je lui envoyais le récit d'une agression contre la-

quelle j'avais eu à me défendre de la part d'un de ses administrés. Les faits étaient avoués par l'employé, et son aveu était légalement constaté par le maire de la commune sur le territoire de laquelle ils s'étaient passés.

M. le directeur des douanes me répondit que « les faits ne s'étaient pas passés tout à fait comme je les lui racontais. » Cetfe réponse avait le double tort de n'être pas suffisamment polie et de n'avoir pas le sens commun. En eirct, le brigadier de la douane et moi affirmions tous deux une chose que nous deux seuls pouvions savoir. — Où M. Grélerin avait-il pris des informations qui lui permettaient une dénégation? — Je me creusai la tétc pour deviner ce qui pouvait donner lieu à ce procédé singulier, — je cherchai en quoi j'avais pu froisser M. le directeur des douanes, — etje ne me rappelai rien, si ce n'est qu'un jour, — â la campagne, chez un ami commun, il y a plusieurs années, je lui avais gagné une ou deux parties au billard, — ce qui n'a d'humiliant que ceci, que je suis loin d'y bien jouer. — Ce ne pouvait être un grief sulTisant pour justifier la façon de répondre de M. Oréterin, laquelle fut relevée en son temps comme elle le devait être.

Voici aujourd'hui qu'il se passe do la part de la douane une chose étrange et dont je voudrais avertir l'administration. Comme je n'ai pas l'intention de correspondre avec M. Gréterin, je prie les journaux de vouloir bien reproduire le présent article, en leur rappelant (]\\U tir me srrn rien dû pour cela, attendu que je n'ai pas riinnumir de faire partie de la Société des gens de lettres.

J'ai rencontré dernièrement sur la plage, au bord de la mer, une belle jeune fille qui venait de se baigner; elle s'était rhabillée ; mais, les pieds nus encore, elle puisait un peu d'eau de mer dans un vase qui en pouvait contenir deux ou trois verres.

Un douanier descendit de la falaise et lui dit : « Mademoi-

selle, vous ne pouvez pas prendre d'eau à la mer. — Pourquoi? demanda-t-elle. — Parce que c'est défendu, répondit le douanier. — Craignez-vous, dit-elle, que je ne dessèche la mer? — Je ne crains que mon capitaine, répondit le douanier, qui nous a donné la consigne de ne laisser prendre d'eau à la mer par personne. — Mais c'est pour ma sœur, qui est malade, et à laquelle on a ordonné d'eu boire un demi-verre par jour. — J'en suis désolé ; mais j'ai ma consigne. — Si vous voulez, je n'en prendrai que juste le demi-verre qui est ordonné. — C'est impossible... que votre sœur vienne boire sur la plage. — C'est bien plus impossible, elle est malade et au lit. — Alors elle se passera d'eau... »

Cela me parut si singulier, que je demandai au douanier si c'était sérieusement qu'il parlait. — Il m'affirma qu'il était défendu sévèrement aux employés de la douane de laisser prendre par personne même un verre d'eau à la mer.

Je m'informai dans la journée des causes ou des prétextes de cette étrange prohibition. On me montra une ordonnance de la douane. Cette ordonnance porte que certains boulangers de la ville prennent de l'eau de mer pour faire le pain, que c'est un moyen de n'y pas mettre de sel ; que ce sel rapportant à l'Etat de gros impôts, il est urgent d'empêcher les boulangers de prendre de l'eau de mer.

Cette ordonnance, exagérée par des subalternes qui veulent montrer du zèle, — arrive à défendre de puiser à la mer un verre d'eau pour un malade !

^(^ On est bien plus indulgent pour un boulanger qui vole aux pauvres une partie du pain que ceux-ci ont tant de peine à acheter — que pour un boulanger qui fait d'excellent pain avec de l'eau de mer, — et évite de payer au fisc une poignée de sel qu'il épargne.

^^ Qu'est-ce donc que la douane ; — et les ordonnances qui émanent d'elle sont-elles au-dessus des lois?

M. Gréterin a reçu de la loi le pouvoir d'empi^cher de faire, de vendre et d'acheter du sel — autre part que dans les boutiques de l'Etat.

Mais sa volonté suffit-elle pour qu'on ne puisse puiser d'eau à la mer?

Nos pêcheurs sont convaincus que le poisson cuit dans l'eau de mer est meilleur qu'accommodé de toute autre façon, — et je suis bien de leur avis.

On ne leur permet plus d'emporter chez eux une cruche d'eau de mer. L'ordonnance de la douane est illégale ; — l'exagération de cette ordonnance est ridicule et odieuse.

^^^ Quoi ! les hommes trouveront moyen de rapetisser même la mer, que Dieu a faite si grande, si féconde et si généreuse ! Quoi! on enviera au pauvre ce peu de sel que la nature lui donne pour rien, et qui ajoute quelque saveur aux tristes légumes qui forment ses repas ! Jamais tyrannie plus bêle et plus féroce n'a été inventée.

.^^ Dans le cas où M. Gréterin songerait à répondre que les faits ne se passent pas tout à fait comme je le raconte ici, — je l'avertis que je liens preuves et témoins tout prêts, — et je l'engage à imaginer quelque formule poHe, — dont aucune ordonnance de la douane ne peut le dispenser.

Jè^ Aux perfectionnements apportés à la nature par les romanciers contemporains, aux œillets bleus de M. Janin, — aux chrysanthèmes bleus de madame Sand, — au camcllia à odeur enivrante de M. Ilolle, — à l'azalée grimpante de M. de Balzac, nous avons à ajouter une nouvelle espèce de pécher qui fleurit dans le mois de mai, une mésange qui chante en même temps que le rossignol, — ainsi qu'un rossignol qui chante au soleil.

Ces trois découvertes sont dues à un jeune écrivain, M. Elie Berlhet, qui a voulu marcher sur la Irace de ses maîtres. Voici la phrase dans laquelle M. Élie Berlhet a constaté la chose :

« Dans la matinée du jour dont nous parlons, le temps était magniOque. Bien qu'on fût encore au commencement de mai, l'année avait été précoce, et un feuillage léger couvrait déjà les tilleuls de l'avenue, tandis que les pommiers et les pêchers du jardin étaient chargés de fleurs blanches et roses, « mainte et frêle espérance. »

» Un soleil doux et tiède éclairait la campagne, qui exhalait les senteurs parfumées du printemps; et, sous ses rayons joyeux, de petits oiseaux chanteurs, les mésanges, les fauvettes, les rossignols, élevaient de tous côtés leurs gazouillements mélodieux. »

<^^ Chaque jour les journaux de toutes couleurs enregistrent les exercices variés auxquels se livrent les marchands de Paris.

Toutes sortes de compositions vénéneuses, ou pour le moins malsaines, sont offertes, sous des noms honorables et appétissants, par ces estimables négociants à leurs concitoyens.

Quand ils n'osent pas empoisonner leurs clients , ils les trompent sur le poids et la quantité de la marchandise qu'ils leur vendent au moyen de fausses balances — ou de tout autre procédé d'escamotage.

On ne se préoccupe pas assez d'un des côtés de ce développement de l'industrie. C'est que, grâce à cet absurde système représentatif, entièrement fondé sur l'argent que chacun paye en contributions, c'est parmi ces marchands que se recrute le pouvoir sous le nom ^'électeurs et de députés, et la justice sous le nom àe jurés.

C'est-à-dire que l'on achète le droit de gouverner le pays, ou celui de rendre la justice — en payant chaque année un tribut de quelques centaines de francs. Ne croyez pas que ce soit un paradoxe. Supposez, parmi les jurés, le plus pénétrant, le plus juste, le plus honnête des hommes, admettez-le animé d'un ardent amour de la justice-, faites ensuite que l'année pro-

chaîne il paye cinq centimes de moins à M. le receveur de son arrondissement,

Il sera rayé de la liste du jury.

,^jj Supposez, parmi les. députés, le citoyen le plus dévoué à la patrie, le plus instruit dans les lois du pays, dans la politique contemporaine et les intérêts relatifs des peuples. Supposez-le encore administrateur éclairé et intégre, accordez-lui l'autorité d'une parole puissante et celle d'un nom illustre. Que demain il verse cinq francs de moins au Trésor, et il ne peut plus prendre aucune part au gouvernement du pays.

^f^ Ceux qui demandent l'abaissement du cens électoral demandent une sottise, ainsi que nous avons eu déjà, à plusieurs reprises, l'occasion de le leur expliquer.

Cela n'amènerait qu'une immense et facile corruption et ne ferait qu'élargir une mauvaise base.

Le seul mérite reconnu par la loi — est l'argent. La seule condition légalement indispensable pour rendre la justice et pour gouverner le pays est d'avoir une certaine somme d'argent.

Je me trompe, il faut n'être pas encore allé aux galères.

C'est ce que je souhaite aux aspirants juges et aux aspirants députés qui se livrent, en attendant, à la vente en gros et en détail de toutes sortes de denrées ; — seule instruction politi(iue qu'on ait besoin d'acquérir aujourd'hui pour gouverner la France.

.^^ Un ouvrier boulanger a adressé à madame Sand une lettre dans laquelle il dénonce un grand nombre d'abus révoltants. Madame Sand a fait imprimer cette lettre dans un J3urnal, et elle a bien fait. On ne saurait par trop de moyens porter à la connaissance du public el de l'autorité des véritables misères dont la prolongation rendrait bien légitime la révolte contre la société.

11 est malheureux que madame Sand ait fait suivre cette lettre de quelques phrases emphatiques dont voici un faible écliantilloD : « Quel ouvrier ! celui ([ui prépare le plus néces.saire de

nos aliments, l'aliment réputé le plus pur et le plus sain... ce travail qui devrait être honoré comme une fonction noble et quasi-religieuse. C'est le pain que la religion a choisi pour le symbole eucharistique... Le boulanger qui, aux fêles de la patrie, devrait marcher derrière le prêtre dans les solennités civiques. »

Jamais une cause si juste n'a été si mal plaidée avec un si beau talent.

^^ On ne doit pas plus aux ouvriers boulangers qu'aux autres ouvriers; il n'y a aucune raison de faire marcher le boulanger, dans les fêtes civiques, derrière les prêtres, etc. — Oii mettrait-on alors le laboureur qui a semé, cultivé et récolté le blé?

Aux ouvriers boulangers, comme aux autres ouvriers, la société doit un travail proportionné à leurs forces, qui leur permette de vivre à labri du besoin, un travail suffisamment rétribué, avec toutes les garanties possibles de salubrité.

L'autorité aurait diî répondre à celte lettre par une enquête, et faire suivre l'enquête de toutes les améliorations nécessaires. Je m'inquiète peu que le peuple ait des droits politiques dont il n'userait qu'au bénéfice des intrigants qui l'exploitent; je me soucie moins encore dans quel ordre il marcherait dans les solennités civiques. — Mais chacun doit vivre de son travail, et on ne saurait trop admirer la touchante résignation Je lant d'ouvriers sans ouvrage, qui ne peuvent nourrir ni leurs femmes ni leurs enfants, et qui acceptent un état social dont ils n'ont que les charges sans participer aux bénéfices.

^fÇ Le conseil d'arrondissement de liouen demande que les domestiques soient munis de livrets. — H y a plusieurs années que les Guêpes ont cru apporter d'excellentes raisons à l'appui de cette demande.

4^ Il vient de mourir à Versailles un simple jardinier, qui, sans autres ressources que le fruit de son travail, s'était permis un luxe qu'aucun grand se gneiir n'a osé te donner à Paris.

J'allai pour la première fois chez M. Fion, rue des Trois- CouroiiiK'S, à Paris, par un beau jour du mois de février. — M. Fion était au jardin. — Je descendis au jardin et je fus saisi d'admiration. — M. Fion était assis sous un camcllia un peu plus gros qu'un prunier, et tout couvert de ses éclatantes lleurs panachées. D'autres camellias aussi magnifiques étaient entourés d'héliotropes et de jasmins en (leurs. — Les murailles étaient tapissées de camellias en lleurs, et d'orangers, et de citronniers chargés de fleurs et de fruits qui couvraient les murs à dix pieds de hauteur. — De splendides passiflores jetaient leurs lianes et leurs fleurs d'un arbre à l'autre. — On se promenait entre les massifs d'azalées, de brujères, de rhododendrons, de pivoines en fleurs, avec des pelouses d'hépatiques, de cyclamen, de violettes, de primevères de la Chine et de réséda, — que Linnée prétend n'être autre chose que l'ambroisie.

Lit ne croyez pas que je vous parle là d'une serre connue on en voit partout, — avec d'ignobles pots à fleurs rangés, pressés sur de plus ignobles gradins, — avec des plantes étiolées ou rabougries, — malades, mourantes, exténuées.

Tout cela était en pleine terre, tous ces arbres étaient grands et vigoureux, toutes ces fleurs étaient heureuses. et luxuriantes.

C'était le printemps de ([uelque riche jardin chinois, — à Paris, au commencement de février ; c'était une tiède température doucement embaumée. — L'hiver régnait jjartout, l'hiver étemlait sur tout le deuil et la tristesse, — excepté chez M. Fion, — où l'on avait à la fois le printemps de tous les pays — avec toutes les splendeurs de la nature de tous les climats.

y\. Fion avait recouvert un jardin tout entier de vitrages. — Réfugié dans son jardin, il ne .savait l'arrivée de 1 hiver à Paris que par son journal, — et quand on lui parlait de l'hiver et du froid, — il prétendait que c'était un bruit que la police faisait courir.

M. Fion était un homme fort instruit dans son art, un homme

d'esprit et un homme de goût ; — il ne croyait pas que l'égalité consistait à être tous la même choses — tous gouvernement, par exemple. Il comparait l'État à un baudet sous lequel tout le monde montait en croupe, sous prétexte de le mieux conduire et de le soulager — M. Fion se contentait d'être un habile jardinier, et il apportait à son art plus d'esprit et d'instruction que n'en ont, à beaucoup près, bien des gens qui aspirent à gouverner la France.

^)^ Les journaux de l'opposition qui avaient été si complètement absurdes et de si mauvaise foi au sujet de la bataille de risly et du bombardement de Tanger et de Mogador — ont trouvé le secret d'aller plus loin encore au sujet des drapeaux envoyés par l'armée d'Afrique.

« Eh quoi ! s'écrie l'un , voilà donc ces drapeaux dont on fait tant de bruit ! — ils sont tout déchirés !

•) Eh quoi ! dit l'autre, mais ils sont tout petits ! ce sont de belles loques ! »

Depuis quand la valeur inlrinsèijue d'un drapeau entre-t-elle pour quelque chose dans l'honneur de l'enlever ? Est-ce donc une guerre de pirates et de forbans que vous voulez faire faire à l'armée française? — Qu'en comptez-vous faire de ces drapeaux?... les voulez-vous vendre?

Supposez un drapeau de drap d'or — grand comme une voile de navire ; — cachez le tissu tout entier sous les perles, les diamants, les éraeraudes, les topazes, les rubis, les saphirs et les améthystes.

Croyez-vous qu'd vaudra la vie de tant de braves gens qui se ruent sur l'ennemi pour le conquérir? — Et, s'il en était ainsi, l'armée ne serait plus composée de braves soldats, mais d'Intrépides négociants.

0 républicains ! — ô carrés de papier démocrates ! — où aviez-vous la tête quand vous avez écrit et imprimé de semblables billevesées ?

Les Romains, dont vous parlez si souvent, — les Romains, au temps de la républiijue, exposaient leur vie pour des couronnes de chêne et de chiendent.

Tous les drapeaux qui racontent, sous le dôme des Invalides, la gloire militaire de la France, — n'arriveraient pas à valoir pour six francs de chiffon.

<^^ Je l'ai dit déjà, — je ne fais aucun cas de cette varitHi^ de l'amour de la pairie qui n'est (pi'un prétexte pour haïr haulemcnt tous les hommes qui sont en dehors de telle ou telle rivière, de tel ou tel pont, — de telle ligne rouge ou jaune tracée sur une carte.

Je sais un homme chez qui cet amour d'un pays ne se manifeste jamais que par des paroles haineuses contre tous les autres. — Voici la conversation que j'ai eue hier avec lui. — 11 avait commencé de traiter les .\nglais de fourbes , — les Allemands de fous, les Russes de lâches esclaves, etc., etc. Chaque peuple avait eu son lot — et avait été sacrifié aux Français ; — je voulus savoir à quoi m'en tenir sur ce fanatisme. — Je laissai tomber la conversation, et je la ramenai sur un autre sujet, a iN étesvous pas Champenois? lui demandai-je. — Non, répondit-il. — Pourijuoi cet air dédaigneux?— Ne savez-vous pas le proverbe : Quatre-vingt-dix-neuf moutons et un Champenois? Aon, je ne suis pas Champenois. — Vous êtes donc l*icard? — Vous ai-je donné des preuves que je fusse hargneux et entêté? — De quel pays étes-vous alors ? — Devinez. — C'est très-dillicile : vous n'avez aucun accent... Èles-vous Gascon? — C'est-à-dire hâbleur et fanfaron , n'est-ce pas? — Normand?— Voulez-vous dire chicaneur et un peu voleur 'L.. merci : je ne suis pas Normand. — J'y renonce. — A la bonne heure. — Èles-vous du faubourg Saint-Germain ? — Je n'ai pas l'honneur d'être né dans ce quartier îles ailes de pigeon et des culottes courtes, de l'aristocratie dédaigneuse. —Èteb-vous né à la Chaussée-d Antin, dans le quartier de la Bourse? — Le pays des agioteurs et des loupscerviers; non pas, s'il vous plail. •

Je lui fis sans peine renier et insulter tous les quartiers de Paris jusqu'à ce qu'il m'apprît qu'il était né dans la rue d'Argenteuil, et qu'il y demeurait encore. J'espérais qu'il me ferait l'éloge de ce quartier, qu'il habitait depuis si longtemps; — mais, au contraire, il me parla de l'atfreux voisinage qu'il y avait, — de la rue Traversière-Saint-Honoré et du passage Saint-Guillaume ; il s'irrita contre l'horrible population de ce quartier, contre les maisons de débauche et surtout contre certains hommes qui les fréquentent — et qu'iZ voudrait voir aux galères.

Je l'amenai à me parler de la maison qu'il habite : — le portier était un coquin, — le locataire du premier, un aristocrate qu'il voudrait voir à la lanterne, — celui du second, un vieil avare... Ce sera bien fait quand on lui tordra le cou pour lui prendre son argent.

Les gens du quatrième, de mauvais rapins sans sou ni maille, — qui font du bruit jour et nuit, — qui chantent et font des farces sans esprit, — qui ne payent jamais leur loyer, et qu'heureusement le propriétaire va mettre à la porte.

Je m'aperçus que toutes les vertus, la bravoure et l'esprit des Français demeuraient au troisième étage de la maison de mon interlocuteur, c'est-à-dire chez lui.

Je ne pouvais pas cependant composer les Français, ce peuple si brave et si spirituel , d'un seul individu ; — j'avisai que mon homme a un ami intime avec lequel il demeure ; — c'est une amitié qui passe pour très-touchante.

Je lui parlai de son ami. « 11 a de l'esprit, lui dis-je. — Oui, certes, il ne manque pas de quelque esprit. — J'ai vu, de lui, de bien jolis vers. — Lesquels? — Une pièce sur l'absence, où j'ai remarqué une pensée... Je ne sais plus les vers... mais cela disait: « L'absence est la mort, moins le repos... n — Entre nous, cette pensée, il me l'avait volée. — C'est une idée que j'avais eue un jour, en causant... il n'a eu qu'à y coudre une

rime. — On m'a conté une histoire sur vous deux : — vous auriez, un soir, rencontré une femme insultée par des bandits; — votre ami les chargea avec fureur et les mif en fuite, pendant que vous rassuriez la pauvre femme, demi-morte de frayeur... — C'était le plus pressé... Les bandits s'étaient enfuis à notre approche, — et mon ami s'amusa à les poursuivre, je ne sais pourquoi ; — c'est un brave garron qui a certainement toutes sortes de qualités, et que j'aime de tout mon cœur, mais ce n'est pas un foudre de guerre; — il a un mauvais estomac, une santé usée, — et cela ne rend pas belliqueux. <>

Décidément, il ne restait que mon interlocuteur auquel, de son avis, on pût appliquer les cpilhètes de : « Peuple le plus brave et le plus spirituel de la terre. »

i^jjî Je prends trois journaux : — l'un représente le parti conservateur, — l'autre, le parti légitimiste, — le troisième, la république. Je n'ai aucune raison d'ajouter foi aux paroles de l'un, si je ne crois pas en même temps à celles des autres.

Si j'en crois un, — c'est comme journal; car je ne connais on bien ni en mal le monsieur (jui le signe. — Si la qualité de journal est un titre à la conliance, les deux autres ont le raéme titre que celui-ci.

Réunissez ces gens dont parlent ces trois organes de l'opinion publique, vous verrez que c'est tout le monde, — chacun d'eux représentant une fraction du pays divisé en trois.

Réunissez maintenant les opinions qu'ils expriment les uns sur les autres, — et vous verrez la France devenue un pays de traîtres, de lichcs, d'idiots, de» voleurs.

Commenl, avec tout cela, faire le peuple le plus spirituel et le plus brave de la terre !

Hélas ! c'est que ces phrases creuses et sonores , — ces phrases toutes faites, — n'ont pas le sens commun. — La patrie d'un cœur élevé et d'un esprit sensé, — c'est la terre; — ses compatriotes, ce sont les hommes. Ses amis, ce sont tous les

bons, tous les généreux, tous les malheureux de tous les pays.

Ses ennemis, ce sont les lâches, les traîtres, les avares, les égoïstes de tous les pays.

J^^ Certes, le roi Louis-Philippe a eu raison, lorsqu'on Angleterre il s'est glorifié d'avoir conservé la paix pendant quatorze ans; — lorsqu'il a dit qu'il espérait rendre à jamais la guerre générale impossible, il a exprimé une grande el noble ambition.

— La paix est la plus belle des conquêtes. — Mais il ne faut pas se tromper sur la manière d'avoir la paix. — La paix n'est pas un commerce, il ne faut pas qu'un peuple la vende et qu'un autre l'achète. Il ne faut ni imposer ni accepter d'humiliation. — Il faut que les peuples se respectent les uns les autres. Il est une morale pour les peuples comme pour les individus : « Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît. » Une paix mal faite, une paix vendue et achetée, — c'est une guerre qui prend du champ pour revenir à la charge avec '[ilus d'élan et plus de fureur.

1^^ Ce que n'ont pu faire la religion, — ni la philosophie, peut-être un jour l'argent réussira à le faire. Les actions prises par les Anglais dans nos entreprises industrielles sont une plus sûre garan'.ie et une cause plus réelle de la paix — que tout ce qu'on pourrait dire de juste, de sensé et de généreux. Les Anglais ne se consoleraient pas d'une victoire qu'ils remporteraient sur nous et qui ferait baisser les actions de nos chemins de fer, sur lesquelles ils agiotent comme nous.

^^ J'ai entendu chanter l'autre jour, par une jeune fille, une chanson qui commence ainsi :

Aimable pervenche

Ta fleur qui se penche, etc.

C'est une des sottises que la rime fait dire aux faiseurs de vers.

— Il n'y a pas de Heur moins penchée que celle de la pervenche , — que dans certains pays on appelle violette des morts.

C'est la rime aussi qui fait dire si souvent sous les tilleuls^ les gUiïeuls, qui n'y fleuriraient jamais.

^^ ^ous avons parlé plusieurs fois avec une suflisante in- (iignaliou d'une chose qui va euÛQ avoir un terme.

Le roi , disons-nous, Oiit le compère et l'associé de tous les rharlaluns, de luus les marchands de bonbons obscènes et de liustillcs qui ne se peuvent nommer.

Il n'est pas d'industrie ténébreuse qui n'écrive sur son enseigne ; « Brevelée par le roi. » Pour le public, — brevetée veut dire approuvée, — et le public achète, et le pubhc est volé.

Il faut savoir, ajoutions-nous, que breveté par le 7'oi veut dire tout simplement que le lise a revu cinq cents ou quinze cents lianes, et rien autre choie, etc., etc. ; ainsi disions nous.

Kos reproches ont été pris en considération par la nouvelle loi sur les bievels,qui ordonne qu'à l'avenir les marchands de n'impoite quoi qui voudront mentionner leur brevet devront ajouter : u Sans garantie du gouvernement. » — A la bonne heure ! — c'est dautant plus louable que c'est un sacriûce. — Tous les marchands de faux orviétan, voyant que le brevet ne peut plus leur servir à duper le public, auront le plus grand soin de ne pas en prendre à l'avenir.

^ytf: Voici qu'on exécute en Angleterre ce que nous demandons en France avec tant d'mstance, à savoir : l"que l'on n'oblige pas les pauvres gens à prendre les places les plus chères à force de supplices, de tortures et de dangers; 2" (jue les distances parcouiues pai' les chemins du 1er ne soient diiuinuées en réalité que pour les gens riches, c'est-ù-dire que le haut prix des places ne devienne pas une distance d'une autre sorte plus infranchissable mille lois que celle que la vapeur a supprimée. — En elVet, — pour le plus grand nombre de gens qui n'allaient pas de Paris à iîoucn, — il y avait beaucoup moins trente lieues que quinze francs de di;>lance cnlic ces deux villes

Yuici ce qu'un hl duus lti6 journaux au^^'iai^ :

Soyez les bienvenus ; — venez partager ces derniers rayons du soleil d'automne ; — venez respirer l'air libre, le seul air qui fasse vivre. — L'air de la pi-ison est fait de soupirs.

Tandis que les journaux parlaient des fûtes données en Angleterre au roi de France, — il est une fête à laquelle j'aurais voulu assister : — j'aurais voulu voir les prisons s'ouvrir; — j'aurais voulu voir sortir les prisonniers — et presser leurs mains dans les miennes.

Lorsque la prison de Doullens a laissé sortir quarante-deux prisonniers, de pauvres femmes ont eu l'heureuse idée de donner des bouquets aux captifs.

Douce et sainte pensée ! — de leur faire savoir, au sortir de la prison, qu'il y a encore au dehors des Heurs et de l'amour pour eux!

Novembre 1844.

A M. Demango, épicier. — Une triste histoire. — Circonstances atténuantes à expliquer. — La paix. — Une chanson. — M. Guizot. — Les banquiers et les voyageurs. — Les partis dans les partis. — M. Berryer.

— Défense de l'Être suprême. — De la critique littéraire derrière la toile. — M. Léon Gozlan. — M. de Rémusat. — Nouveaux bonbons.

— M. le premier président et les avocats. — M. Bugeaud et les Guêpes.

— Pronostics d'icelles.

^^ A M. DE>rA>:r,E, i-ncirR. — « Le tiibunal raye de la liste du jury M. Démange, épicier, qui fait observer que, n'étant né qu'en 1818, il n'a pas atteint l'âge auquel la loi l'oblige de remplir les fondions de juré, » {Gazette des tnbunuiix, G novembre 1844.)

a Monsieur, vous avez repoussé autant qu'il était en vous

le périlleux honneur de rendre la justice et de disposer de la vie et de la liberté des hommes dans les moments de loisir que \ous laisse le commerce de l'épicerie.

» Un jury, dans lequel plusieurs de vos confrères n'ont pas eu les mômes scrupules que vous, vient d'émettre un verdict qui rend bien difficile la tâche que je me suis imposée — d'expliquer ceux des jugements qui peuvent étonner et scandaliser le vulgaire ; — désireux que je suis de ne pas laisser s'amoindrir chez les autres le respect profond et l'enthousiasme que tout le "monde me connaît pour celte grande institution du jury.

» Voici le fait, monsieur.

» Une jeune fille, une ouvrière, avait un amant ouvrier comme elle, qui lui avait promis de l'épouser aussitôt l'arrivéo de certains papiers; — les papiers n'arrivaient pas, l'amant était pressant, la jeune fille fut crédule et faible. Elle ne pensa pas que l'homme qu'elle aimait était un lûche et un parjure ; elle n'attendit pas que la loi vînt lui faire un devoir de le rendre heureux.

» Bientôt elle s'aperçut qu'elle était grosse; — son amant partit pour aller chercher ces terribles papiers, — puis il ne revint pas et ne donna plus de ses nouvelles. Le moment fatal arrivS, et la pauvre fille mit au monde un enfant qui ne devait pas avoir de père.

» Cependant, à la vue de son enfant, son désespoir se calma. — Elle accepta ses nouveaux devoirs avec reconnaissance ; elle promit à Dieu de l'aimer à elle seule autant que faisaient un père et une mère pour les autres enfants; — elle se promit à elle-même de consacrer toute sa vie ù cette pauvre petite créaturc. Mais le ciel n'entendit ni cette prière résignée ni cette i-ainle promesse. — La santé de la mère, usée par le chagrin et par le travail, vint trahir ses efforts : elle s'aperçut, au bout de quelques jours, qu'elle n'avait plus de lait, et que son enfaot allait mourir de laim sur sou sein desséché.

» Elle compta, elle supputa — si, en économisant sur ses privations, elle pourrait mettre l'enfant en nourrice... — Irapossible... On lui demandait beaucoup plus qu'il ne lui était possible de gagner. — Elle pria, elle pleura, — mais en vain, — 'l'enfant repoussait la mamelle vide et mourait, — elle se décida à le mettre aux Enfants-Trouvés, jusqu'à ce qu'il pût se passer d'une nourrice; — alors, elle le reprendrait, elle travaillerait pour lui.

» Elle s'adressa à un homme qu'elle connaissait, et qu'on appelait Jouglens; elle lui conta son histoire, et lui dit en pleurant la résolution qu'elle était obligée de prendre. « Écout'^z, » mon bon Jouglens, lui dit-elle, vous me rendrez le service de » porter mon pauvre cher petit enfant à l'hospice, je ne pourrai » jamais m'y résoudre moi-même, et cependant il va mourir si ») on ne lui donne pas bien vite une nourrice. » — Jouglens demande de l'argent, — elle vend quelques hardes pour le satisfaire. — Il est convenu qu'à la tombée de la nuit il viendra prendre l'enfant.

» Rosalie passe le reste du jour à embrasser son trésor, qui va lui être ravi, à pleurer sur lui, — à couvrir ses langes de signes distinctifs, pour être sûre de le retrouver ausdtùt qu'on pourra le sevrer ; — elle attache sur le maillot une lettre pour le directeur de l'hospice. — Dans cette lettre, elle peint avec une énergique naïveté ses douleurs et ses espérances ; — elle recommande son enfant, son enfant qu'elle aurait gardé si elle avait pu le nourrir avec son sang. — Puis le soir arrive, et Jouglens paraît ; — elle couvre encore l'enfant de baisers et de larmes; — elle lui parle, elle lui dit Adieu, — elle lui dit A revoir, — elle le caresse encore et pleure encore ; — puis elle lenveloppe dans le seul chàle que l'avidité de Jouglens lui ait laissé, — et elle le livre à lui. Jouglens parti, il lui vient une pensée : elle pourrait voir encore son pauvre petit pendant plus d'un quart d'heure. — Elle quitte sa demeure, elle rejoint

Jouglens et lui dit : « Il fait nuit... je vais vous accompagner » jusqu'à moitié chemin. — Je vais le porter; — je le rccliauf- » ferai au moins contre ce sein maudit qui n'a pas su le nourrir. » Elle le porte, — elle pleure, elle l'embrasse encore. De temps en temps Jouglens lui dit : « C'est assez, retournez-vous-en. — Encore un peu, mon bon Jouglens... jusqu'à cet arbre là-bas. » Enfin Jouglens se fâche. Elle cède, elle recommence ses adieux. « Surtout, Jouglens, faites toutes les recommandations. — Adieu, adieu. »

» Jouglens prend l'enfant et part. — Elle tombe assise au pied d'un ardre et pleure. — Ce n'est que bien tard qu'elle retourne à sa chambre déserte. — Elle prie, elle demande grâce à Dieu, — elle pense que dans quelques mois elle aura son enfant — rose et bien purlant. — Elle s'endort épuisée par les émotions.

» Pendant ce temps, que fait Jouglens, son bon Jouglens? Jouglens est de mauvaise humuur. — Il a hâte de revenir; — un ami l'attend à un cabaret, — et l'heure se passe. — Rosalie, qui a voulu l'accompagner et porter l'enfant, l'a retardé. — Il ne sera jamais revenu pour son rendez-vous. — C'est bien désagréable. — iMa foi...

» 11 jette rcnfanl sur l'herbe, lui écrase la tète d'un coup de sabot, — fait un trou dans la terre, le met dedans, le recou- VI e et piétine sur la place ; — puis va au cabaret, où son ami l'attend.

» Le lendemain, à la pointe du jour, lîosalie est auprès de lui, — elle lui fait cent questions auxquelles il répond avec culuie et sang-froid. Mais, le jour d'après, un berger entend ses chiens qui se querellent, il approche — et voit qu'ils se disputent et s'arrachent les lambeaux d'un enfant qu'ils ont déterré; — on cause, on s'informe, la vérité se découvre : c'est l'enfant de Uosalie. — Jouglens e^t arrêté — et traduit devant la cour d'assises.

») Là. messieurs les jurés, vos confrères, le déclarent coupable, il est vrai, mais avec circonstances atténuantes; — il a eu tort, ils n'en disconviennent pas, — mais ce n'est à leurs yeux qu'un crime véniel

» Pour moi, monsieur Démange, moins heureux cette fois (ou moins habile que ces messieurs du jury), je ne vois pas dr circonstances atténuantes, même à leur verdict ; et je vous léllclte de n'en être pas complice.

« Agréez, monsieur, mes civilités, et permettez-moi do vou> dédier ce volume, qui commence la sixième année des Guêpes.

n Votre serviteur, A. K. »

^^ LA PAIX. — Heureux pays! heureux roi! heurou>.' Fiance! Voici la paix assurée. Honneur au ministre qui procure à son pays tous les avantages — et qui prend sur lui la honte de certaines concessions. — Décius ne s'était que jeté d.ms ua ii'ouffre!... Et le peuple n'est pas à ce sujet fort reconnaissant. K'ai-je pas entendu chanter l'autre jour um chanson sur •^1. Guizof?

^^ Je ne sais si je me la rappellerai tiès-bien... Cependant je veux la consigner ici — pour montrer l'ingratitude de ce pays. — En effet, il n'est pas de sacriiices que M. Guizni ne lui ait faits : — quand l'Empire était menacé et près de sa ruine, M. Guizot est allé rejoindre Louis XVIil à Gand pour lui donner des conseils dans l'intérêt du peuple français, — et ce citoyen dévoué s'exposait au double reproche de lâcheté et de trahison. — Il a tout bravé ! — Cette fois encore, il n'a pas écouté ceux (jui disaient : « La guerre est un grand malheur et une grande solti.se, — mais le pays a son honneur, — et le pays préfère la guerre à une lâcheté. »

Le mêirie grand citoyen a dit : « Je prends la lâcheté sur moi, et le pays aura la paix. » Et voilà les chansons qu'on fait sur lui! — C'est sur l'air du Fou de Tolède, de Victor Hugo (Gaslibelza, l'iiomn'.e à la caiabine, etc.).

2oO LES GUÊPES.

Monsieur Guizot, l'homme à la pâle face.

Chantait ainsi :

« Quelqu'un de vous veut-il prendre ma place.

Tribuns d'ici ?

Prenez, prenez, mais redoutez la guerre

Et Marlboroug.

Le vent qui vient dts côtes d'Angleterre

Me rendra fou. (Bis.)

)> Pritchard soutient de sa burlesque foudre

Nos ennemis ; Aux Africains l'Anglais vend de la poudre

Et des fusils.

C'est là leur paix... que serait donc la guerre '?

Vite, à genou...

Le vent qui vient des côtes d'Angleterre

Me rendra fou. (Bis.)

» Avant la guerre, et sans (ju'on se remue,

Payons la paix Un jieu |)lus cher que la France vaincue

N'eût fait après.

Poui- qu'ils n'aient rien à i)rendre par la guern^,

Donnons-leur tout...

Le vent qui vient des côtes d'Angleterre

Aie rendra fou. (Bis.)

n J 'entends des sots et dci brouillons piétcndr:»

Que nous avions Vibite ancienne et plus pressée i!i reiid.e

A ces Bretons...

De Waterloo cette rancune amèro

'Sic suit partout...

Le vent qui vient des côtos d'Angleterre

'le rendra fou. (Bis.j

n Vicuuia, Philii>pe, mes chers maître?,

/''J aigrie mon soin, Vo;:s vous tendez la main, — vos pcu]:I:s tiaiïres,

Moiitrtia le jKjing.

Rois alliés de deux peuples en guerre,

Je suis à bout...

Le vent qui vient, des côtes d'Angleterre

M'a rendu fou. (Bis).

» Le roi disait au duc de Dalmatie :

« Mon cher cousin, » Pour un chapeau, pour un vieux parapluie,

» Pour un bouquin, )> Pour rien du tout, je donne ministère,

» Chambres... et... tout... »

Le vent qui vient des côtes d'Angleterre

ne laisse pas que de m'embarrasser quelquefois extrêmement, malgré l'excellente et honorable réception qui m'y a été faite et *par la reine et par le peuple.

^CK Déplorons un peu l'ingratitude ilu peuple français, — et réjouissons-nous hautement d'avoir la paix.

0 paix, fille du ciel! — mère du commerce et de l'industrie ! — paix, — mère des doux loisirs! paix qui...

Mais n'étes-vous pas d'avis, monsieur Démange, que je me laisse beaucoup, en cette circonstance, emporter à réciter des phrases toutes faites ?

à^. Voyons un peu ce que c'est qu'un peuple en paix; — voyons ce que c'est que la paix dont nous jouissons ; — voyons si par hasard elle ne serait pas un peu incomplète, et dénonçons hautement ce qu'il faudrait faire pour la compléter, car il ne faut pas que la paix avec l'étranger ne soit qu'un moyen de se battre plus tranquillement chez soi, de se livrer sans être dérangé à la guerre civile et à la guerre sociale. Voyons, promenons-nous dans la capitale de ce pays en paix. — Qu'ont commis ces malheureux, à peine vêtus, qu'on entasse par la pluie et le froid dans des voilures découvertes? — Les assassins, les parricides, les voleurs (juc l'on conduit au bagne, sont

dans des voitures couvertes et fermées, — ■ à l'abri des injures de l'air et de l'inclémence du temps. — Parmi ceux-ci il y a des femmes et des enfants...

Ce sont de ijrands scélérats, monsieur Démange : ils s'obstinent à ne donner que di.K francs chacun aux banquiers auxquels le gouvernement les a vendus en leur vendant les voies i|e communication.

Les pauvres banquiers sont forcés de les torturer, dans l'espoir de les amener à donner cinq francs de plus. — On tâche de les exhorter par le froid, par l'humidité, par la pleurésie. — Ces moyens ne réussissent pas encore ; mais, avec un peu de patience... de la part desdits banquiers, on espère arriver. — L'hiver, dit-on, sera dur; les médecins ont déjà constaté plusieurs maladies aiguës ; quand il y en aura quelques-uns de morts, les autres se décideront peul-i^lrc.

Dites-moi, monsieur Démange, — ne serait-il pas bon de faire la paix en ire les ouvriers, les pauvres gens qui voyagent et les banquiers auxquels on a vendu ces pauvres gens et les chemins?

^^ Les journaux qui sont les organes dos partis me donnent aussi quelques inquiétudes; ceux-ci prétendent que le gouvernement actuel est de tous le plus despotique et le plus cruel — A les entendre, jamais tyrans n'ont écrasé un peuple comme on écrase aujourd'hui le peuple franrais.

Ecoutez ceux-là : « Le parti de l'opposition prêche l'anarchie, la révolte — et un peu la guillotine. »

Il y aurait, ce nie semble, quolijuo petite chose à faire pour compléter la paix entre les journaux et ceux qui les lisent. — Pour ceux qui les font, je suis rassuré sur la plupart d'entre eux : tout cela leur est parfaitement égal; les journalistes sont des avocats qui écrivent.

^^^^ Ce n'est pas tout : le pays est divisé en partis. — I.;. moitié du pays traite l'autre de tyrans, de trallres, de volcur>,

— laquelle autre moitié répond par des épithètes analogues. Mais, outre la guerre que se font les partis, chaque parti renferme d'autres partis qui ne se haïssent pas moins cordialement.

^^ Le yalional, la Réforme et la Revue indépendante, et leurs adhérents, qui sont d'accord contre le gouvernement, — sont fort éloignés de l'être entre eux.

.^jS Les Débats, la Presse, la Revue de Paris, le Globe, et leurs amis, — qui défendent le pouvoir, ont fort à se défendre les uns des autres.

^^ La {hiolidienne, la Gazette et la France, — trois journaux qui servent la branche aînée des Bourbons, — se tiraillent et s'arrachent la propriété qu'ils n'ont pas, que ne peut pas et ne doit pas avoir un parti qui est rentré en France à la suite des baïonnettes étrangères, en marchant sur les cadavres de nos soldats.

^'4:; M. Berryer, cet avocat qui parle avec tant de verve et d'entraînement, est fort mécontent de son parti. Il a abandonné, pour représenter ce parti à la Chambre, son métier d'avocat, qui lui aurait facilement rapporté cent mille francs par an. Le parti d'abord , en considération de ce sacrifice , indemnisait M. Berryer, qui n'a pas d'autre fortune que son talent ; mais cela est fait de si mauvaise grâce — qu'il y renoncera quelque jour.

Les amis de M. Berryer pensent qu'il finira par se faire prêtre et dominicain, — quitter la tribune pour la chaire — et plaider pour l'Etre suprême. Ce qui leur donne cette idée, c'est que M. Berryer est allé dernièrement plusieurs fois entendre M. Lacordaire, qu'il est revenu fort ému, fort animé.

« 11 a dit de bien belles et de bien bonnes choses, disait •M. Berryer; mais que de belles et bonnes choses il n'a pas songé à dire ! Voilà ce que j'aurais dit à sa place... »

Et l'avocat légitimiste se levait, et au milieu de son salon refaisait avec sa verve et son feu accoutumé les sermons du père Lacordaire.

*^^ DE LA CRITIQL'E LITTKUAIRE. — Il PC s'a^il paS pOUF la

critique de voir si un ouvrage est bon ou mauvais, — elle ne s'en préoccupe en aucune façon.

Dans les journaux républicains, tous ceux qui appartiennent au parti sont, sans exception, des gens « de grand cœur et de grand style. > Tous ceux qui sont en dehors du parti n'ont aucun talent.

Ce qui fait que quelques personnages de bon sens s'étonnent qu'un parti qui a dans ses rangs tout ce qu'il y a dhommcéminents en tous genres, et qui n'a à combattre que des idiots, des lâches et des crétins, — ait tant de peine à triompher de ses adversaires.

.^^ Dans les journaux ministériels, c'est une marche toute différente. — Les critiijues qui se sont creusé leur antre au bas de ces carrés de papier reconnaissent parfois du talent aux ennemis du pouvoir, mais presque jamais à ceux qui combattent avec le pouvoir et sous les mêmes drapeaux que Icsdits critiques. Cette manière diiïérenle de procéder s'explique facilement.

Les journaux républicains acceptent volontiers des soldats avec lesquels ils n'ont à partager que le combat et les promesses d'un avenir incertain. — Les journaux mini>lériels ne sont pas curieux de voir des recrues venir prendre leur part du butin, et s'asseoir à la table où l'on se trouve déjà serrés.

J^ift l'our les journaux qui n'appartiennent pas A ces opinions extrêmes, rien n'est si facile que d'y obtenir des éloges pour les gens médiocres, — parce qu'on sait que ces éloges sont sans danger; il n'y a pas de risque qu'ils donnent jamais à ceux qui en sont l'objet ni du talent, ni même de la répuUilion.

Les hommes de talent y rencontrent, au contraire, toute .sorte d'obslarlcs ot de malvoillanre. On ne s'avise pas de les louer, parce que les lecteurs prendraient au sérieux ces éloges qui ne feraient que formuler leur pensée. Appeler l'atlcnlion sur des hommes de talent, c'est faire leur renommée; — l'appeler sur

des hommes médiocres, c'est faire reconnailre cl constater leur médiocrité.

i^tjç Outre que ces façons d'agir de la critique ne sont pas précisément fort justes, elles sont, on outre, très-maladroites. C'est ain.-i que les journaux ont déjà acquis, dans la partie éclairée du pays, une déconsidération qui s'étend chaque jour.

Des gens de bon sens feraient précisément le contraire, ils seraient d'une grande et inexorable sévérité pour la médiocrité qu'il n'y a pas grand mal à décourager, et qui, d'ailleurs, ne se décourage jamais ; ils soutiendraient et même (latteraient un peu les hommes de talent qui se découragent et sont toujours prêts à douter d'eux-mêmes.

^t^ Un exemple. — La Revue de Paris et la Revue des Deux Mondes ont été longtemps, à Paris, les seuls journaux littéraires. Aujourd'hui que chaque journal est devenu une revue quotidienne, et que les journaux ont accaparé au moins tout ce qu'il y a d'écrivains de quelque talent, les revues ont beaucoup de mal d'abord à noircir leurs feuillets et ensuite à les vendre. — Les revues s'en prennent aux journaux et accablent il'injurcs le roman divisé par feuilletons. — Je ne défends ni ne blâme ce roman, je ne sais pas le faire et j'en fais fort peu; — mais, si cela plaît aux gens qui achètent les journaux, je ne vois aucun mal de leur en donner. Les revues donnaient aussi des romans en quatre ou cinq morceaux, à huit ou quinze jours d'intervalle . les journaux n'ont fait qu'imiter les revues. — Il est évident que c'est tout simplement entre les revues et les journaux une querelle de boutique. Les revues ont beaucoup de mauvaise humeur. Elles attaquent et réduisent en poussière tous les écrivains qu'elles avaient autrefois loués et élevés. Ceux qui avaient tant de talent dans les revues n'en ont plus aucun au bas des journaux.

Toute la littérature reçoit les coups de férule des revues, parce que toute la littérature s'en va aux journaux, qui payent plus cher, — et d'ailleurs ofiVent une tribune de laquelle ils

parlent à seize mille ou vingt mille abonnés, au lieu de parler à ncnf, onze ou douze cents abonnés des revues, qui sont réduites à annoncer qu'elles sont rédigées par les meilleures plumes et par â'illuslres aiioDijmes, qui ne signent pas leurs articles pour conserver leur indépendance, — de quoi nous avons dit noire avis, — il y a déjà quelque temps.

-^^ Or, dans une des dernières discussions qui se sont élevées entre la Revue de Paris et le journal la Presse, — il lut dit, de part et d'autre, entre autres aménités, par la Presse, ipj'clle avait accaparé tous les hommes de talent, et qu'il ne restait rien aux revues; — par la Revue de Paris, qu'elle ne faisait aucun cas des rédacteurs de la Presse et qu'elle était fiére des siens.

Or, le malin même, — M. Dujarrier, directeur de la Presse, — et .^1. Bonnaire, directeur de la Ilcvue de Paris, — se ren- ••ontrèrcnt chez M. Gozian, auquel ils venaient tous deux demander un article ou un roman, je ne sais lequel.

De telle sorte que, selon la Revue, M. Gozian, qui a tant d'esprit dans la Revue, n'est plus qu'un médiocre écrivain dans la Presse.

El, selon la Presse, le même ^I. Gozian, qui a dans la Presse un talent si brillant, est tout ce ([u'il y a île plus éteint dans la Revue de Paris.

Le vrai de tout ceci est que M. Gozian a heaucoup d'esprit partout; — que ces sottises que disent les critiques ne lui tbnl pas plus de tort qu'aux autres écrivains de talent à propos desquels on se livre à des exercices semblables, — mais ([u'clles font, en revanche, beaucoup de tort aux critiques dans l'esprit «les gens de bon sens.

Ce nVst pas encore là un étal de paix bien allermi.

.*lj; J'ai été rétor(|ué, admonesté, injurié, — (juand j'ai dit qu'il viendrait un jour où on brûlerait le dernier morceau de charbon de terre. De prétendus savants cl de véritable

NOVEMBRE 1^44. 2o7

ignorants m'ont fort maltraité ; j'ai inséré en ce temps-là dans les Guêpes quelques-unes de leurs sorties contre moi.

Voici que M. de Rémusat est de mon avis. M. de Rérausat est le ministre qui disait, lors de son entrée aux affaires : « Nous allons jouer également le même air de flûte, seulement nous lâcherons de le jouer un peu mieux. » — Ce qu'il y avait de plus piquant, c'est que M. de Rémusat, avec ses amis, n'était arrivé au ministère qu'à force de blâmer l'air que jouait le ministère précédent et de le proclamer anti-national, ainsi que l'on appelle en politique tous les airs que l'on ne joue pas soi-même. Voici ce que dit M. Charles de Rémusat :

« On se demande combien il reste de houille à brûler à l'Angleterre , combien à la Belgique,~ combien à la France. Tout compte fait, on leur garantit un compte raisonnable de siècles de chauffage. Ce calcul serait rassurant s'il n'était soumis à une éventualité qui déjoue tous les calculs. C'est le progrés de la consommation. Impossible de le prévoir à'avance; et, à voir de quel train marche la destruction utile du combustible, on se prend à craindre que nos neveux ne grelottent un jour prés de leurs machines gelées. »

C'est précisément l'idée que les Guêpes avaient émise avec plus de développement, [Guêpes, — septembre 18-i3.)

Je prie M. de Rémusat de prendre sa part de tout ce que l'on a dit et écrit contre moi en ce temps-là.

^^ On lit à la quatrième page des journaux :

lioMjoNs ELTHO.MQUES. « Cos boubons donnent à la voix force, fraîcheur et pureté. — (Les ténors vont maintenant bien abaisser leurs prétentions, puisque tous ceux qui le voudront se procureront ces trois qualités, qu'on ne trouve guère réunies dans des chanteurs qu'on paye cent mille francs par an.)

» Ils sont indispensables aux orateurs et aux personnes qui font grand usage de la parole. »

4^}^ Eh bien ! il ne nous manquait plus que ce bonbon-là;

258 LES GUKPES.

— il me semble qu'on parlait déjà au moins assez en France;

— on ne se rattrapait un peu que sur les enrouements, les rhumes et les extinctions de voix; c'était au moyen de ces infirmités qu'on réussissait à se former un auditoire. — C'e?t tout à fait fini. Maudits bonbons, — tous les journaux les annoncent,

— et voici que, moi-même, je les annonce sans avoir même l'excuse du prix de l'annonce, — puisque ces lignes ne coûteront rien à l'inventeur.

4^^^ M. le premier président et MM. les avocats se sont réconciliés au moyen d'une phrase dans laquelle M. Séguier a dit (ju'il estimait beuwoup les avocats.

La phrase de M. Séguier n'est pas, à notre gré, sulfisamment sensée. M. Séguier cstime-t-il les avocats sans talent, les avocats rapaces, les avocats sans conscience, les avocats sans probité?

11 y a parmi les avocats des hommes de talent, quoique je maintienne impossible que le jugement le plus ilroil résiste quinze ans à la profession d'avocat, sans être au moins en partie faussé.

11 est aussi peu sérieux de dire qu'on estime les avocats, qu'il le serait de dire : J'estime les faïenciers ou les libraires,

— ou les membres de toute autre profession en bloc.

Ceux d'entre les avocats qui méritent, en effet, l'estime par leur intégrité, par leur talent et par leurs lumières, doivent être bien peu Halles de celle estime à partager également aver tous leurs confrères.

i^f^ Il faut ici que je cite un rnurt passage des (iuè]ics d'il y a quatre ans, parce qu'aujourd'hui beaucoup <lc personnes partagent mon opinion, qui n'eut aucun succès alors et que les événements sont venus justifier. Voici ce (|ue je disais dans h' numéro de 1810 :

« Il y a un nom bien impopulaire que je vais prononcer, — un nom qui fera froncer le sourcil peut-être h mes lecteurs les

plus bienveillant? • c'est celui du f/r/jeVa/ Rugeaud. Eh bien ! s'il y a un homme qui soit capable de faire prendre aux alîaires d'Afrique une face nouvelle, c'est le général Bugeaud. )>

Dûcombie ISW.

Ce qu'on peut faire d'une vieille perruque. — Un millionnaire. — Le bon Dieu de Rouen et le bon Dieu de Paris. — Les étrangleurs. — La musique ancienne et la musique moderne. — L'incendie do la rue Cadet. — Les pompiers et le peuple de Paris. — Une lettre que M. Guizot a failli signer. — Le tabac et l'amende. — Le crime de ne pas avoir cinq francs. — L'arsenic remplace le divorce.

1^^ DÉCEMBRE. — M.*" est fort avare, c'est lui qui, ayant eu les cheveux noirs, a acheté cependant une perruque rousse, parce que le coiffeur la lui donnait à meilleur marché. Cette perruque est usée, fripée, râpée, ébourillee dans certaines parties, et, dans d'autres, presque aussi chauve que M"* lui-même. B"*, qui est son parent, finit par devenir honteux de la perruque de M*", — et, après plusieur.-? observations inutilement faites, il prit le moyen énergique de lui offrir une perruque neuve. M"* accepte ; on va chez le coiffeur. M"* cette fois prend tout ce qu'il y a de mieux, des cheveux invraisemblables. La perruque est en place et payée. B"' veut s'en aller; mais M**' reste indécis, embarrassé; il retourne dans ses mains sa vieille perruque; enfin il dit au coiffeur : « Dites-moi, est-ce qu'il n'y aurait pas moyen de faire quelque chose avec ma vieille perruque? — Si, vraiment, monsieur, répond le coiffeur. Faites-y mettre une visière, et ça vous fera une casquette. »

^}^ Un homme aujourd'hui millionnaire racontait dernièrement qu'à une certaine époque de la vie il était si pauvre et l'avenir semblait lui promettre si peu de changements dans sa

silualion, que, ayant un habit dont les manches étaient trop courtes, il n'osait même pas, à cause de l'invraisemblance d'un tel événement, désirer d'avoir un habit dont les manches seraient plus longues, mais qu"il se croyait moins déraisonnable en désirant d'avoir les bras plus courts.

^^ Il y a une spéculation de librairie assez adroite, c'est celle des livres de messe. Si vous achetez un livre de messe à Uouen, et que vous veniez ensuite à Paris, ou à Chàlons, ou dans tout autre diocèse, votre livre ne peut plus vous servir à rien. Ce n'est plus ainsi qu'on piie Dieu ici; ces prières étaient lionnes pour le Dieu ile Houcn, pour un Dieu de province, le Dieu de Paris ne daignerait pas les écouler. 11 faut dire que le Dieu de Rouen professe le même dédain à l'égard des prières 'ailes pour le Dieu de Paris ; que ces prières ne le regardent pas, et que vous pourriez les lui adresser pendant cent ans, il n'en écoulerait pas un mot.

<j^^ On paraît généralement à Paris sentir le besoin d'être moins étranglé. Un récent procès vient de manifester une bande qui depuis huit ans volait impunément dans Paris et jetait les morts dans le canal. D'une pari, la police s'es^t elle-même félicitée dans les journaux nlViciels de son extrême vigilance ; je le veux bien; mais aussi elle a trouvé son action sullisanlc, et sur ce point je ne suis pas de son avis. D'autre part, les journaux de l'opposilion se sont écriés à tout hasard, et sans prendre la moindre information à ce sujet : « Paris rajorge de sergents de ville ! A quoi cmploie-t-on les milliers d'agents de la brigade de siireté? » etc., etc. Quelques-uns ont fixé tout net cl sans hésiter le nombre des sergents de ville à six cents.

J^ La vérité est que ces six cents sergents de ville ne sont que trois cents, ol que les milliers d'agents de la brigade de sûreté se réduisent à quarante-deux hommes.

-îl^ 11 est évident que les ressources de la police sont insufTisantes, et qu'il est besoin d'un service spécial établi sur une

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grande échelle. Il faut que la police avoue, prouve et établisse ses nécessités, il faut qu'on lui donne les ressources qui lui manquent, et qu'on prenne immédiatement les mesures nécessaires pour que cet état de choses honteux disparaisse et ne puisse plus se renouveler.

Une poignée de brigands ne peut plus s'emparer ainsi de Paris, braver les lois et la police, et répandre la terreur dans une ville d'un million d'hommes.

^^ Mais il faut que les mesures que l'on prendra soient efficaces, et ne consistent pas en petits expédients qui n'arrivent qu'à gêner les honnêtes gens.

J'ai déjà parlé des ordonnances de police qui défendent de porter des armes, sous peine de quinze francs d'amende. Il est évident que le voleur-étrangleur qui s'expose à l'échafaud se soucie médiocrement d'avoir, en outre, à payer une amende de quinze francs, et que cette défense n'atteint que les bourgeois scrupuleusement honnêtes qui se trouvent ainsi livrés sans défense aux entreprises des malfaiteurs.

.^^ Il y a quatre ou cinq ans déjà, dans des circonstances semblables, — j'ai annoncé dans les Guêpes à M. le préfet de police que je ne lui reconnais.^ais le droit de faire de pareilles piohibitions, et d'empêcher les citoyens de veiller énergiquemcnt à leur sûreté personnelle, qu'à prendre du jour où il aurait établi et prouvé qu'on ne peut plus être assassiné dans les rues de Paris. Je l'avertissais en outre que, tant que j'aurais un louis dans ma poche, je continuerais à porter un poignard la nuit, parce que, même en payant l'amende, cette précaution me présentait un bénéfice net de cinq francs.

.^jt II n'est aucun habitant de Paris qui ne consente à un léger impôt pour mettre la police à même de prendre des mesures; d'ailleurs, les députés n'hésiteront pas, j'en suis certain, à voter les fonds qui seront jugés nécessaires; Paris appartient à la France, la moitié des habitants de Paris sont nés dans les

départements, et les deux tiers des malfaiteurs de la province viennent s'y cacher et y travailler.

Je le répète, Içs félicitations que M. le préfet de police s'adresse à lui-même ne sont pas heureuses. Je pense qu'il a fait tout ce qu'il pouvait faire avec ses ressources présentes, mais je pense aussi que son devoir est d'avouer l'insuffisance de ces ressources, et de demander hautement les moyens d'arriver immédiatement à un résultat complet.

^î? C'est une chose singulière de remarquer que les grands prodiges de la musique doivent être reportés à l'époque où les musiciens souillaient dans les tuyaux d'avoine ou des liges de roseau, ou tiraient trois cordes tendues sur une écaille de tortue.

Ille ego qui quondam gracili modulatus avcna.

Orphcus viduos sonora solabatur tcsludine amorcs.

Alors on apaisait la fureur des bêles les plus farouches; alors on persuadait aux pierres de s'assembler elles-mêmes en murailles et de se cramponner solidement les unes aux autres ; alors le son d'une llùle iVavoinc endormail Argus. Aujourd'hui qu'on a inventé et perfectionné tant d'instruments; aujourd'hui qu'on méprise, non-seulement les musiciens des siècles passés, mais encore et surtout les musiciens d'hier; aujourd'hui qu'il ne s'agit plus de bàlir des villes, d'apaiser des lions ou d'atteler des dauphins ; aujourd'hui on ne peut plus décider les hommes à venir seulement écouter h musique. En cITet, à l'Opéra, pour que les gens consentent à être là pendant qu'on souille dans certains instruments et qu'on frappe sur d'autres, il est nécessaire de leur montrer des danseuses décolletées par en haut et par en bas jusqu'à la ceinture; des danseuses qui n'ont de vêtements que bien juste de quoi rendre la nudité plus indécente -, des danseuses plus que nues, car elles montrent aux yeux plus encore

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que ce que la nature leur a donné. 11 faut inventer toutes sortes de moyens et de mensonges pour persuader aux gens que tout le monde y va, sans quoi personne n'irait.

^^ Oh! le bon peuple î le grand peuple !

Je le voyais hier, à l'incendie qui a dévoré plusieurs maisons rue Cadet. — Je le voyais courir à demi vêtu, au milieu de la nuit, portant et jetant de l'eau glacée, se précipitant à travers les décombres, sous les murailles chancelantes, qui ont fini par en écraser plusieurs. Et au milieu de tous ces dangers, que de verve dans le courage et que de gaieté !

Et ces pompiers si braves, si dévoués, — lorsqu'on les voyait courir par les rues, — avec leurs vestes, leurs sangles rouges et leurs casques élincelants, — lorsqu'on les voyait courir à ce feu, où plusieurs devaient perdre la vie ! — Des gens du peuple, des enfants déguenillés, auxquels ce serait bien égal de voir brûler Paris, où rien ne leur appartient, s'ils n'avaient le cœur grand et généreux, — s'attelaient aux pompes et couraient ainsi au danger, n'ayant peur que de ne pas arriver assez tôt, n'ayant peur que d'arriver les derniers; et, arrivés, ils obéissaient aux pompiers et se disciplinaient eux-mêmes. J'en ai pleuré d'admiration. Ah! si vous voyiez le peuple dans ces moments d'héroïsme, vous auriez honte, vous qui êtes au pouvoir, de ne pas vous préoccuper de ses misères ; — et vous qui voulez y parvenir, vous qui vous dites les amis du peuple, vous auriez honte d'exploiter ce grand courage au prolit de prétendues doctrines de liberté qui n'ont encore eu d'autres résultats que de faire mettre' les gens en prison.

^/5Ç Cessez tant de stériles débats ; n'essayez.pas de rendre le peuple insensé avec vos promesses de droits politiques ; commencez par assurer le travail et le salaire; instruisez ensuite le peuple; vous voulez lui donner des droits politiques, pour les exploiter au profit de votre ambition, et vous lui présentez ces droits comme un chemin qui doit le conduire au bien-être; ces-

sez ces mensonges, et soyons tous d'accord ponr coniJuire W peuple aux droits politiques par le bien-être, par l'indépendance, par l'instruction.

Aimons-le tous, car c'est un bon peuple, c'est un grand peuple.

^^ L'homme à la perruque rousse écrivait à un de ses amis, de retour d'un long voyage : « Enfin vous voilà de retour... venez mo voir, — ce sera un beau jour... nous casserons le cou à un hareng saur. »

^^ 11 y a quelques jours, comme on présentait une vingt.iine de lettres à .'\I. Guizot pour qu'il les signât, ses regards tombèrent par ha:>ard sur une qui se terminait ainsi : « Je suis, ou j'ai l'honneur d'être, selon l'importance de la personne, avoiou sans considération, votre serviteur, ou votre trés-humblc sen'iteur. »

On alla aux renseignements, et on apprit que l'auteur de co chef-d'œuvre était un commis récemment installé, qui avait cru devoir copier littéralement un modèle de correspondance qu'on lui avait donné.

J^^ La régie des contributions indirectes a fait opérer une descente chez plusieurs jardiniers de Paris et des environs. Quelques pieds de tabac ont été trouvés dans ces jardins, on a dressé un procés-vcrbal, par suite de qui)i les jardiniers ont été condamnés à l'amende.

Oue vais-je devenir, grand Dieu ! quand je pense que pour un pied de tabac de Virginie qucjai nii> aulcefois dans mon jardin, il en sort au printemps une cinquantaine de plantes de cùlé et d'autres? Sur ces cinquante pied<, j'en ai gardé cinq ou six ;'i cause que c'est une fort belle plante avec de larges feuilles et des fleurs d'un joli rose. — Est-ce que je ne pourrai plus en avoir? Et les pétunia aux cloches blanches ou violettes, ce sont des tabacs aussi. Comment faire? Il faut pourtant que j'aie dc.« jieluma.

>|f! On a beau faire de longues phrases contre l'argent, —

phrases qu'après tout l'on n'écrit que pour les vendre et en tirer de cet argent dont on médit si fort, il paraît que l'argent passe décidément avant tout.

^^ Eh quoi! j'ai dans mon jardin, comme tout le monde, au moins soixante piaules qui, dans leur état naturel ou convenablement préparées, sont un poison violent. — Personne ne s'en préoccupe. — Je suis le maître de faire à ce sujet ce qui me convient. Si j'empoisonne quehpi'un, on verra bien; et, d'ailleurs, on n'a rien à me dire, — le crime ou le délit commenceront seulement avec la tentative d'empoisonnement ; jusque-là on n'a rien à faire ni à voir dans mon jardin.

^^^ Mais du tabac, c'est bien différent! Du tabac, cela se vend : — du tabac, cela rapporte de l'argent.

Vous me diriez peut-être que le délit ne commencerait que lorsque vous auriez préparé les feuilles de tabac pour en vendre ; que vous avez du tabac comme vous avez mille autres plantes ; que vous faire payer l'amende parce que vous avez quelques pieds de tabac dans votre jardin, — c'est comme si on vous faisait payer l'amende sous prétexte que vous fraudez les droits lie l'octroi sur le vin que vous pourriez faire avec le raisin de vos treilles ; — c'est comme si on vous appliquait les peines ([ui atteignent les fabricants de remèdes secrets parce que votre jardin renferme des plantes avec lesquelles on en fait.

^jjç Tout cela serait juste et pourrait être pris en considél'atinn s'il ne s'agissait que d'empoisonner vos concitoyens; — mais, je vous l'ai dit, comme il s'agit d'argent, on ne saurait prendre trop de précautions, dùt-on un peu vexer les gens. C'est ainsi qu'o» défend de puiser à la mer un verre d'eau avec lequel on pourrait faire peut-être une pincée de sel.

Pour moi, je prétends que j'ai le droit de cultiver dans mon jardin et le tabac de Virginie et le tabac glauque, qui sont de fort belles plantes; —je prétends que personne n'a à s'en préoccuper jusqu'au moment où je ferai avec leurs feuilles et vcn-

drai du tabac. Je ne cache pas au fisc qu'il y en aura plusieurs pieds en fleurs cet été dans mon jardin de Sainte- Adresse, et que je ne compte pas les détruire.

^j? Quand on commença à mettre dans l'intérieur des cabriolets publics une petite carte indiquant le tarif de ces voitures, on avait parfaitement raison ; cela évitait toute discussion et toute Iromperie de la part des cochers. Mais on fit placer cette carte à droite, — c'est-à-dire du côté où se place le cocher, — c'est-à-dire derrière son épaule quand il était grand, derrière son chapeau quand il était petit. C'était absolument comme si on n'avait pas alTiché de tarif. Je fis une observation à ce sujet, et, cette fois, elle fut écoutée. On ordonna aux conducteurs de cabriolets de mettre désormais leur tarif à tcauche, c'est-à-dire de façon que le bourgeois pût facilement le con.iulter.

^(^ Je fus en ce temps-là extrêmement fier d'avoir contribué à détruire cet abus, — et je ne man(|uais depuis aucune occasion de m'en vanter et d'en tirer gloire. — Mais, hier, je me suis aperçu que je suis un aussi pauvre législateur que bien d'autres. J'avais pris un cocher gaucher, et qui naturellement se place à gauche dans le cabriolet, et conséquonnnent cache le tarif.

Il y a à Paris un certain nombre de cochers gauchers. Il serait tout simple que ceux-là appliquassent la carte qui indique le tarif du côté droit de leur voiture.

J^ff^ M. Hébert, procureur général, a dit dans un discours, qui, du reste, contient de bonnes choses :

« La guerre n'est juste rff'>so?»mî.<5, puissions-nous dire possible, que pour défendre un droit légitime et sérieux, venger la dignité du i)ays, ou porter chez un peuple barbare les bienfaits de la civilisation. »

Je suis obligé de dire que je trouve <■ désonnais n assez curieux.— Eh quoi! — est-ce ([u auparavant les guerres sans droits légitimes (;ia\enl justes? Je croyais la justice et le bon sens plus vieux que cela.

Avec plus de raison, il viendra un temps où on dira que cette guerre faite sous prétexte de porter les bienfaits de la civilisation chez un peuple barbare n'est pas juste, ne le sera pas désormais, et ne l'a jamais été. Barbare est joli, — il me semble que le peuple auquel on fait la guerre, en y joignant la médiocre plaisanterie de dire que c'est pour porter chez lui les bienfaits de la civilisation, n'aurait pas tout à fait tort de répondre : « Barbares vous-mêmes. «

^}^ On continue à supprimer dans plusieurs villes les tours destinés à recevoir les enfants trouvés. — On continue également à enterrer les eniants vivants, à les jeter dans les rivières et à les brûler dans les fours. Dans le cas où ce ne serait pas là le but qu'on veut atteindre, je pense qu'on ferait bien de rétablir les tours.

^i^ Un journal de province a annoncé qu'il prenait pour devise : Guerre aux puissants. Un journal de Paris a cité cette devise avec éloges.

Il y a plusieurs manières d'être puissant. On est puissant par l'argent, par la gloire, par le génie, par l'esprit, par le talent, par la beauté et par les vertus.

^^ Est-ce que réellement les journaux qui prennent ou qui approuvent celte devise sont bien sûrs de n'être puissants à aucun de ces titres ?

Ce doit être queUpic chose de bien charmant alors que la l'éunion des gens qui marchent sous un pareil drapeau, et qui trouvent fort mauvais qu'on ne leur laisse pas gouverner le pays.

-^tjf A propos de chemins de fer, — disons que l'autorité permet encore à l'administration, par le froid, par la pluie, par la neige, de voiturer dans des voitures découvertes, les ouvriers qui \ont à Rouen ou qui en reviennent, en punition du crime de n'avoir pas cinq francs de plus a donner à la compagnie.

Ladite compagnie aurait avantage à couvrir ses voitures, parce qu'elles se conserveraient ainsi beaucoup plus longtemps

C'est une chose honteuse dont la phis grande partie doit retomber sur l'autorité qui la tolère; ce que je ne cesserai de désigner à l'indignation des honnêtes gens.

^^ Les femmes et les maris qui s'ennuient l'un de l'autre ont décidément remplacé le divorce par l'arsenic. On en voit de nouveaux exemples tous les jours. Le jury continue à trouver ({ixe ce n'est là qu'une faute vénielle et admet invariablement des circonstances atténuantes.

Ce qui prouve qu'il vaut bien mieux assassiner sa femme que de l'ennuyer. Si vous l'assassinez, vous en êtes quitte pour les travaux forcés; si vous l'ennuyez, elle vous assassine. — Il n'y a pas à hésiter.

^i^ Je ne blàmc pas que l'on soit de son pays; mais, avant tout, il faut être de l'humanité. L'esprit national des Anglais dégénère souvent en grossièreté féroce.

On écrit de Papcïti qu'un jeune élève de marine étant moi t des suites de blessures glorieusement reçues, les équipages; français lui ont rendu de grands et justes honneurs. M. IhuU, capitaine d'un navire anglais sur rade, a refusé de mettre son pavillon en berne, selon l'usage.

Il y a une fraternité noble ut élevée entre les braves de tous les pays. — Il est fâcheux pour M. Ilnnt qu'il ne se croie pas membre de cette fraternité.

^% Le procès à propos du péage indûment perçu depuis 1827 sur les ponts des Arts, d'Auslcrlilz et de la Cité n'est pas une chose nouvelle. M. Gérard de Nerval, à l'époque où il m'aidait dans une tentative infructueuse pour ressusciter le l'iiiaro qui nous mourut sous la plume, souleva le premier cette question, il y a six ou sept ans. Comme le journal que nous faisions faisait semblant d'clre plaisant, on prit alors la chose pour une facétie.

^^^ Ce n'est pas une plaisanterie, les rats se sont emparés de la IJihliothèquc royale cl en mangent tous les livres. On parle

de remplacer les conservateurs par des chats. — Mais que vont devenir les auteurs contemporains qui font des Iintcs nouveaux en copiant les anciens?

^>^ Il est une chose évidente, c'est que le pays entier se rue sur deux ou trois routes étroites qui conduisent à la fortune et aux affaires — où tout le monde se coudoie.

Deux ou trois carrières sont encombrées, — plusieurs autres abandonnées entièrement. L'agriculture, qui après tout est la îîource de la richesse sohde d'une nation, l'agriculture est laissée aux mains des plus ignorants et des plus routiniers. C'est la cause d'un malaise social qui ne peut que s'accroître, et auquel les esprits sains pensent qu'il est urgent de remédier.

i^j^ On se demande comment le roi Louis-Philippe, qui est un homme éminemment pacifique, a fait des soldats de tous ses enfants. A part le prince de Joinville dans la marine et le duc d'Aumale dans l'armée de terre, il semble qu'il aurait été facile de donner à chacun des autres fils un royaume intellectuel dans le royaume politique. Supposez un des fils du roi à la tête d'un grand établissement agricole, ce serait un bien immense pour le pays.

^tç? M. le procureur général Hébert a attaqué récem.ment un ridicule assez sérieux que se donne une partie de la jeune magistrature.

Quelques juges et avocats ont été remarqués dans les bals uiasqués et dans d'autres saturnales, dansant des galops effrénés sous des costumes peu conformes à leur profession. D'autres, et les plus sages, montent à cheval au bois de Boulogne.

Ce ridicule se remarque dans toutes les professions graves. — On n'est plus magistrat, notaire ou médecin ; — on joue les rôles de médecin, de notaire et de magistrat, — on se grime pour paraître sur la scène, — on revêt avec le costume des airs et des paroles austères.

La pièce jouée, on rentre dans les coulisses et on accroche au

porte-manleau la robe et les airsrefrognés, le rabat et les grandes phrases ; — on efface les rides faites au pinceau, et on se venge et se repose des sévérités qu'on a dites par les extravagances que l'on fait. ,

<^}^ Quelques haines sourdes qui se sont depuis peu manifestées contre moi m'ont amené à faire un examen" de conscience, et à chercher en quoi j'ai pu mériter l'animaiiversion de la plus grande partie de la presse. — Notez en passant que cela est pour moi plutôt un logogriphe qu'un souci, que je cherche à deviner pour savoir et non pour m'alHigcr.

Commençons par les journaux d^i gouvernement. Qu'ai-je fait? J'ai toujours parlé convenablement du roi t comme je devais le faire du seul homme qui ne peut pas me demander raison d'une offense. >>

J'ai défendu le pouvoir chaque fois qu'il a été attaqué injustement. Quand je me suis trompé sur quelqu'un ou sur quelque chose, je me suis rétracté avec empressement et sans arrièrepensée. — J'ai renoncé à la popularité que m'eût donnée une guerre systématique faite au pouvoir. — J'ai fait justice de la mauvaise foi de ses adversaires quand ils ont eu de la mauvaise foi. — Et cependant, la plupart des journaux du gouvernement m'attaquent par le silence. 11 en est un (jui refuse à mes libraires d'annonrcr mes ouvrages, même en payant. D'autres, s'ils coupent dans quelques journaux distraits une liste où se trouve mon nom, ou un fait qui puisse me faire quelque honneur, trouvent moyeu do supprimer le nom ou d'altérer le fait.

J8^ Qu'ai-jc fait aux journaux démocrates?

J'ai blâmé et attaqué leurs amis ([uand ils faisaient des émeutes dans la rue, mais je les ai défendus et consolés quand ils étaient en prison, j'ai demandé l'amnistie. Je me suis élevé autant qu'eux contre les prisons cellulaires, — et beaucoup plus qu'eux contre les fortifications, qu'ils veulent démolir après les avoir votées dans la fameuse coalition de la république et des Tuileries.

J'ai défendu le pain des pauvres, — et j'ai hautement réclamé tous les droits de l'humanité; j'ai pris le parti des véritahles opprimés contre les véritables oppresseurs. — Qu'est-ce qui a pu les choquer dans ma vie et dans mon caractère? Je vis fraternellement avec de pauvres pêcheurs, les aidant de mes bras dans la tempête, de mon appui dans les injustices qu'on leur fait subir, — de mon argent, que je gagne comme eux en travaillant, dans le besoin.

Où est le malheureux ayant besoin de pain, l'opprimé ayant besoin d'appui, le jeune homme de talent ayant besoin d'encouragement, auxquels j'aie jamais fait défaut dans la mesure malheureusement trop étroite de ma faible puissance?

'< J'ai signé tout ce que j'ai écrit, j'ai écrit tout ce que j'ai signé. » Cherchez une ligne que j'aie écrite sous la dictée d'un intérêt que je ne puisse avouer hautement. Cherchez une ligne que j'aie effacée par une crainte autre que celle d'être injuste.

— Et ceci n'est pas une plaidoirie d'avocat. Si quelqu'un a une assertion contraire à émettre, je la ferai imprimer dans le prochain numéro des Guêpes. — Et cependant les journaux démocrates m'ont attaqué plus d'une fois. L'un d'eux, dernièrement, a fait contre moi une longue diatribe parce que j'avais donné et fait donner un peu d'argent à une pauvre bourgade sans pain.

— Plusieurs, dans diverses circonstances, ont fait semblant de trouver très-ridicule que je sois fier d'avoir reçu une médaille d'argent qui rappelle qu'adolescent encore j'ai retiré de la rivière un cuirassier qui se noyait.

Vingt fois ils ont préféré abandonner la cause d\in opprimé que de le défendre avec moi, même quand l'opprimé était de ceux dont ils s'intitulent fastueusement les amis.

D'où vient que je suis ainsi traité eji ennemi dans les deux camps opposés ?

Est-ce parce que je n'ai jamais voulu suivre d'autre drapeau que celui du bon sens? Est-ce parce que j'ai dit la vérité à tons et

sur tout? Hélas! les hommes ne nous trouvent sages et lionnôtes que lorsque l'on partage ou l'on sert leurs folies ou leurs intéivls. L'homme qui dit au charlatanisme, sous quchiuc forme qu'il se montre : « Je te reconnais et tu ne me troniponis pas, » celui-là doit s'attendre à devenir un ennemi public. — Heureusement que cela m'est égal.

Janvier 1845.

Les Guêpes en fourrière. — Comment elles sont remplacées. — Élrennes du jury. — Une manière de se défaire de ses enfants, et trois manièn de se défoire de son mari. — Les chemins de fer. — . Un exemiile. — Le crime de n'avoir pas cinq francs. — Sur la poésie des diablotins. — Discours au roi. — M. Séguier. — M. le nonce apostolique. — S. M. Louis-Philippe et les Guêpes ne sont pas d'accord. — M. Barthc. - M. Halévy. — M. Villemain. — Le jury acquitté. — Excomunication di M. E. Suc. —Un mauvais ménage. Les bals de l'Opéra. —Le numoirc do M. Pillet. — Un trafic. — Tulou grammairien. -- M. Danton.

.1.v^YIEll 1815. — Lorsque ce présent mois de janvier a commencé, je me suis trouvé fort embarrassé à propos de Cucpes. —Eh quoi! me disais-je, tandis que tout le momii échange des compliments, des baisers et des bonbons, — aurai je le barbare courage de hkbor mon essaim bourdonnant, et (l'exposer les gens aux piqûres de mes Gnciies'! — Sont-ce là les bonbons que je distribuerai? Tout le monde est doux, humble et bienveillant, srrai-je seul Apre, sévère et vrai? — Toutes les colères sont muselées, toutes les haines tenues en laisse. — Dp quel courage ferai-je du chagrin à ces gens si bons, si inolTensif et si complimenteurs? — 0"el malheur que les guêpes soient si peu habiles à faire du miel !

A force de parler ainsi, à force <Ic regarder les autres, — j'en vins à décider que je laisserais pour ce mois-ci les Guêpes au

chenil, — et que j'enverrais des bonbons comme tout le monde. — Je venais de prendre cette résolution, lorsque je rencontrai dans la rue Tony Johannot, auquel je demandai s'il saurait me dessiner des papillotes et des diablotins pour remplacer mes Guêpes ce mois-ci ; à quoi Tony me répondit qu'il n'en savait rien, attendu qu'il n'avait jamais essayé. — Néanmoins, comme il a autant de bonté et d'esprit que de talent, il entra dans une maison et me crayonna trois papillotes. Ce sont celles que j'ai le plaisir d'offrir ce mois-ci à mes lecteurs dans ce volume qui a l'air lui-même d'une papillote.

^:^?^ Et qui ne serait touché, en effet, et ne se sentirait entraîné par l'exemple, en voyant la mansuétude gagner jusqu'au cœur de Thémis, en entendant la loi rendre des arrêts quelque peu adoucis et sucrés, et n'oser faire un chagrin sérieux même aux plus grands criminels?

Ainsi, dans le département de Vauclusc, la veuve Rey et Cortasse, son amant, avaient pris l'habitude d'enterrer vivants les enfants fruits de leurs amours, — trois enfants, en trois ans, avaient subi le môme sort. — Le jury a reconnu les faits constants, mais a admis des circonstances atténuantes.

Une autre femme fait tuer son mari par son amant. — Le jury de Lot-et-Garonne ne s'est pas montré moins indulgent que celui de Vaucluse, et a trouvé également la chose excusable.

Un autre membre de ce sexe faible et timide —profite du moment où son mari, maçon, travaille au fond d'un puits, pour l'assommer elle-même en l'accablant de pierres.

Un autre, habitant Nogent-sur-Marne, empoisonne trois enfants que son mari avait eus d'un premier mariage. — Comme les enfants trouvaient la soupe empoisonnée assez mauvaise, et refusaient d'en manger, leur belle-mère les battait jusqu'à ce qu'ils eussent vidé leur assiette, ainsi que l'a raconté celui des trois qui, par hasard, a échappé à la mort. — Le jury a trouvé là des circonstances atténuantes!

}f^^ Il est réellement fâcheux et tout à fait de mauvais goût que messieurs les assassins, étrangleurs et empoisonneurs, ne veuillent pas suivre l'exemple que le jury s'obstine à leur donner en abolissant la peine de mort, laquelle, en effet, n'existe plus que pour les bourgeois innocents, auxquels on se fait beaucoup moins de scrupule de l'appliquer depuis que cela ne revient pas plus cher qu'un simple vol.

La peine de mort vient cependant d'être infligée par MM. les banquiers de grands chemins, propriétaires du chemin de fer d'Orléans, à un ouvrier qui, après avoir couru pour arriver avant le départ, s'est placé, tout en sueur, dans un de ces wagons découverts dont on inllige la torture à ceux qui ne veulent pas donner cinq francs de plus. Le malheureux, saisi par le froid, a été déposé en route, et est mort au bout d'un jour ou deux. — La compagnie n'ayant pas voulu admettre de circonstances atténuantes pour un crime aussi grand que celui de n'avoir pas cinq francs, — et la patience des banquiers étant à bout, ils ont dû faire un exemple.

1^^^ A propos de chemin de fer, celui de Versailles (rive gauche) vient de justifier le titre funèbre de convoi, que l'on donne aux trains de wagons. — Ceci prouve .surabondamment la sottise que l'on a faite en volant deux chemins de fer pour Versailles, et aussi amène une réllexion fort simple sur les concessions de chemins de fer faites aux compagnies industrielles.

Des chemins qui se construisent en ce moment, les uns seront très-productifs, les autres le seront moins, les autres ne le seront pas. — Les compagnies propriétaires des seconds et des derniers ne pourront pas supporter les mêmes frais que celles (|ui exploitent les premiers. — Elles chercheront à faire des économies. — Los rails vl les machines seront moins bien cnlretenus et moins fréquemment renouvelés. — Les mécaniciens, les chauffeurs, les conducteurs, payés moins cher, seront moins

bien choisis. — On économisera tout, excepté la vie des voyageurs.

Si, au contraire, l'État avait seul construit et exploité les chemins de fer, les bénéfices de certaines lignes compensant les bénéfices moindres et les pertes de certaines autres, on aurait donné partout les mêmes soins. Mais, dans tout ce qui se fait aujourd'hui, il n'est nullement question de l'intérêt du pays; il s'agit de payer des dévouements mercenaires et des désintéressements avides, et il faut diviser tout en morceaux pour en faire des proies ou des amorces. — Ce que j'aurais peut-être dû ne pas dire aujourd'hui, que le présent volume a pour but d'envoyer aux gens des compliments et des bonbons.

Aussi bien je ne suis nullement embarrassé pour raconter des choses grandes et nobles. — Ainsi je tiens indirectement le fait suivant du colonel loussonf.

A cette affaire du 15 juin où fut tué le capitaine Tristan de Rovigo, un maréchal des logis, nommé Weire, vit tomber un de ses camarades blessé d'un coup de feu; il le chargea sur son cheval, et allait regagner le gros de la cavalerie, lorsqu'il aperçut le corps de son capitaine dont les Marocains voulaient s'emparer; il s'élança sur eux, se mit devant le corps et se batlit seul contre tous avec tant d'acharnement et de bonheur, qu'il réussit à emporter le blessé et le mort ; il y a dans ce trait de bravoure quelque chose de particulièrement noble et qui touche le cœur, et fait en même temps honneur et au soldat qui l'a accompli et à l'officier qui l'a inspiré.

1^::^ J'ai signalé plusieurs fois avec regret, au commencement des années précédentes, la funeste tendance des papillotes et des diablotins — qui ont renoncé à ces pensées naïves et sucrées, — à ces rimes à la vanille, à ces distiques praHnés si connus sous le nom de devises.

Nous nous sommes alarmé sur le sort des auteurs de ces poésies qui perdaient leur plus grand débouché, et nous nous som-

mes inquiété de l'endroit où les porterait désormais leur Pégase.

— Nous pensons que les mirlitons qui se vendent l'été aux foires et aux fêtes de village ne peuvent tarder à suivre les nouveaux errements des papillotes, avec lesquelles ils ont eu de tout temps une commune poésie, — avec cette seule différence que les vers se pliaient en quatre dans les papillotes et se collaient en spirale autour des mirlitons.

Les bonbons sont devenus graves et même tristes ; ils renferment maintenant les vers les plus lamentables.

L'éléf/ie en deuil qui sait, 1rs crieveux épars, pleurer sur uu eercueil, semble y avoir fixé son domicile.

La sensibilité plus que l'estomac doit imposer aujourd'hui des bornes à la gourmandise. — Je sais une jeune fille qui s'est jetée dans un couvent pour avoir mangé une demi-livre de bonbons en chocolat de chez Marquis. — Ce qui n'aurait certainement pas eu lieu au temps où les devises étaient empruntées aux œuvres de M. Aimé Martin. Mais nos alarmes pour la musc des diablotins n'étaient pas fondées ; celte muse qui habitait les papillotes et les mirlitons autrefois, comme les dyrades habitaient les arbres des forêts, cette muse a trouvé un asile honorable.

On ne la rencontre plus pliée en quatre ni imprimée en spirale,

— elle s'étend à l'aise dans les colonnes du Moniteur, — en un mot, c'est elle qui a inspiré les divers discours que S. M. Louis- Philippe a entendus cette année. — Cette muse, prématurément regrettée, n'a rien perdu de sa naïveté, de sa candeur et de ses charmajites négligences.

C'est de quoi nous allons donner quelques exemples :

EXTRAIT TEXTUFi, (lit (Hscours (le M. le baron Ségl'IEH, premier président de la cour royale de Paris.

« Les feuilles de laurier, loin de se ternir, ressortent davantage entre celles de l'olivier. »

Cette pensée n'est-elle pas encore toute sucrée de son long séjour dans les papillotes? ne trahit-elle pas encore la forme du

journaux soi-disant religieux, effrayés de se voir à peu près sans abonnés. — Il ne manque plus que de menacer d'une nouvelle excommunication ceux qui ne s'abonneront pas à ces journaux. — Restera à fulminer une troisième excommunication pour oblic^er à les lire ceux qui se seront abonnés.

Toujours est-il que, assistant, l'autre soir, au Théâtre-Français, à la représentation de Guerrero, j'y rencontrai Eugène Sue, que je n'avais pas vu depuis longtemps, et que je le trouvai si bien portant, avec un air si prospère, que je n'hésitai pas à lui donner la main, — malgré l'excommunication lancée contre lui.

^^^ Un ménage fort connu à Paris est en train de se séparer. — Les deux époux arrangent leur séparation à l'amiable par l'intermédiaire d'un ami commun. — Dernièrement, l'ami est envoyé par le mari à la femme ; il passera par certaines conditions qu'on lui demande, mais en échange d'une autre condition qu'il impose à son tour : il a donné autrefois à sa fcmnit? une bague d'une assez grande valeur, mais à laquelle il tient surtout parce qu'elle lui avait été donnée à lui-même par un souverain étranger. — Il veut que cette bague lui soit rendue.

« Eh quoi! s'écrie la femme, vous vous êtes chargé d'un<î pareille commission, vous, que je croyais mon ami 1 Et vous avez pu croire que je me séparerais d'un objet qui me rappelle les temps de bonheur! — car il m'aimait, alors! Non, non, je ne rendrai pas cette bague; — c'est tout ce que je garderai de lui;

— il n'aura pas la barbarie de m'envier ce dernier souvenir. » L'ami insiste, il comprend ce sentiment qui honore madame'",

mais il faut le faire taire en présence d'intérêts aussi sérieux.

— M. *** réclame la bague avec obstination ; la refuser, -ce serait rompre des négociations si péniblement entamées pour éviter le scandale d'une séparation judiciaire.

Madame recommence ses doléances — Elle rappelle encore des jours de bonheur et d'amour; — mais enfm l'ami persist(!

si bien, qu'elle est forcée d'avouer qu'elle a vendu la bague il y a plus de six mois.

1^^ Une des conséquences fâcheuses de la direction de l'Opéra, devenue une entreprise, — c'est la décadence des bals masqués. Non pas que ceux qu'on y donne ne doivent rapporter beaucoup d'argent, — car cela paraît une conquête et une profanation qui amuse les gens que d'aller exécuter leurs ridicules obscénités dans le premier théâtre du monde, mais c'est que ce plaisir, qui était autrefois réellement fort attrayant à l'époque où les femmes de la société pouvaient encore y aller, est complètement dèlruit aujourd'hui.

La tourbe de Phrynés du plus bas étage qui se rue dans l'établissement aussitôt que les portes sont ouvertes s'explicpie par la baisse énorme du prix d'entrée. — Partout aux environs du théâtre on ofl're aux passants des billets de femme pour ilix sous, sans compter que ceux qui prennent un billet d'iioiiiuie ont droit, 'par-dessus le marché, à un ou deux billets de femme.

Il s'ensuit que les femmes comme il faut qui s'y aventurent sont étonnées du ton qu'y prennent même des honmie bien élevés qui craindraient d'être pris pour des dupes en montrant trop de respect aux demoiselles venues là pour aimer dans les prix les plus doux, et qui composent la très-grande majorité de l'assemblée.

I\l. Léon Pilletn'a pas parlé de rette circonstance, ni de beaucoup d'autres, dans l'exposé des infortunes de l'Opéra qu'il a distribué aux membres de la commission des théâtres royaux. — M. Pillet n'a pas mentionné la plus grande et la plus réelle de ces infortunes, celle tout simplement qui engendre toutes les autres, et sans laquelle les autres signalées par .M. Pillet n'existeraient pas : c'est, je le répète, d'avoir livré l'Opéra à la spéculation.

i\L Pillet raconte dans son mémoire un lait dont je puis, par exemple, garantir l'exactitude. En louant une loge à l'année à

l'Opéra, on a pour six mille cent francs une loge qui, si on la louait chaque jour au bureau, ne coûterait pas moins de onze mille deux cent trente-deux francs.

La nouvelle aristocratie qui s'est emparée des loges de l'Opéra profite de cette différence pour faire un assez honteux trafic. Les jours où l'on ne va pas à l'Opéra, au lieu de donner la loge à un ami ou à une connaissance, on fait venir un marchand de billets très-connu et qui s'appelle Gabriel. Gabriel achète pour vingt ou vingt-cinq francs une loge qui, prise au bureau, coûterait soixante-douze francs; puis il va la vendre quarante ou cinquante francs dans les hôtels garnis où descendent les étrangers. Ces loges, payées ainsi au-dessous de leur valeur, sont, en outre, les meilleures du théâtre, car les locataires ont eu le choix entre toutes.

Mais je parie encore là des plus fastueux, des plus prodigues d'entre ces nouveaux riches. Il en est quelques-uns qui, semblables à l'avare qui ne mangeait jamais que les mauvaises pommes, ne se permettent d'aller dans leur loge qu'aux mauvais jours, aux jours où on donne un opéra ennuyeux ou un ballet dansé par des doublures.

Les bons jours, les jours de pièces nouvelles, de représentations extraordinaires, les jours où il se joue quelque opéra à grand succès, ils vendent leur loge à Gabriel, qui alors la leur paye au prix du bureau, le locataire a encore trente-quatre francs de bénéfice sur sa loge.

Ces économies amènent les résultats que voici : un provincial, un étranger — regarde les loges avec intérêt; — il voit dans l'une une femme plus qu'évaporée, parlant haut, riant aux éclais, lançant des œillades à droite et à gauche. — Il demande à un voisin à qui appartient cette loge; — il lui appron I qiie c'e.-t la loge de madame de ***. 11 reporte chez lui que madame de *" est une petite femme au moins trés-singiilière.

Pour les habitués, — pour les Parisiens, qui connaissent les

284 LES GLÈl'ES.

gens par leur figure, celle erreur n'est pas possible; mais on tombe lacilemenl dans une autre. — Ces deux messieur^N, connus pour des cbevaliers d'indu^Uie, cl qui se pavanent sur le devant de la loge du riche banquier"*, sont donc ses amis, puisqu'il leur a pi èlé sa loge ; ces dames bizarres qui reniplissctit la loge de madame *" d'airs et de mines si étranges, (lui reçoivent les hommes qui viennent les voir d'une façon si extraordinaire, — sont pour le moins des connaissances de madame "*.

Uendons hommage à l'humilité de celle nouvelle aristocratie — qui craint de blesser le peuple par trop de grands airs. C'est une grande humilité, en eiïot, pour une femme élégante que de revenir s'asseoir à nue place occupée la veille par des gens (ju'elle ne connaît pas, — de remettre ses pieds sur le lapis sur lequel on a essuyé des boites crottées, sur lequel on a craché ; — d'appuyer ses mains sur le velours où se .sont posées hier des mains peut-être sales.

^^ On ne siiurait croire combien les grammairiens ont inventé de fautes de français, — combien ils ont imaginé de difficullés qui n'existent pas pour eux qui ne lisent pas leurs grammaires — elqui peuvent se résoudre au moyeu de la simple logique et du bon sens, sans s'embarrasser du fatras de régies créées par ces ennuyeux messieurs. — Ils sont sendilables à ce chirurgien qui avait imiiginé un moyen de se faire une clientèle : il s'cmbnsquail le soir au coin de sa rue et poignardait légèrement quelque p.iï^sant; — puis il se sauvait allendre dans sa maison, ornée d'une énorme enseigne, qu'on lui apportai nalurellcnienl son blessé à pan.ser.

Comme on parlait dernièrement de l'incendie des orgues uc l'église S.iint-En.stache, — Tuluu, donl tout le monile connaît la nCile, faisait remarquer avec raison que, pour obéir aux prescriptions lies grammairiens et des dictionnaires qui font orfpic iéminin au pluriel et masculin au singulier, ou devait dire : « C'était uh des plus belles orgues qu'on eût en France. »

fe^ Le ciel est gris ccminc une lourde coupole ûl' plomb ; — les arbres livrent aux vents aigres leurs noirs squelettes ; à leurs pieds naissent et végètent les champignons vcnôneux ; les fleurs sont mortes ; l'eau glacée est immobile entre ses rivages sans herbe. Ceux qui tiennent absolument à appeler les fontaines des miroirs où les bergères contemplent leurs naïfs attraits et arrangent leur simple parure, ceux qui ne voient dans la nature que ce qu'ils ont lu préalablement dans les livres, sont obligés de dire que leurs poétiques miroirs sont tournés du côté du vif argent. Quelques sapins, dans leur feuillage triste et sombre, donnent asile à quelques oiseaux muets et hérissés par le froid, qui so disputent affamés les fruits laissés sur les arbres sans feuillage, les baies pourpres de l'aubépine, les baies écarlates des sorbiers, les baies orange du buisson ardent, ou celles noires du Iroëne, ou bleuâtres du laurier-thym.

Il n'y a dans l'air ni chants d'oiseaux, ni bourdonnements d'insectes, ni parfums de fleurs. Le soleil ne reste chaque jour que quelques heures à l'horizon ; il se lève et se couche dans de pâles et tristes lueurs.

Et cependant il me vient à l'esprit un souvenir de fleurs.

Vous connaissez la julienne blanche avec ses, longs rameaux parfumés. — C'était une des fleurs préférées de la malheureuse reine Marie-Antoinette. Elle fut renfermée dans la plus mauvaise chambre de la Conciergerie : c'était une chambre humide et infecte. Là, dans la même pièce, un gendarme, dont elle n'était séparée que par un paravent, ne la Quittait ni jour ni nuit. La reine n'avait pour vêlement qu'une vieille robe noire et des bas qu'elle ôlait, restant les jambes nues, pour les raccommoder elle-même. Je ne sais si j'aurais aimé Marie-Antoinette, mais comment ne pas adorer tant de mi.sère et de malheur? Une femme, son nom o'est pas as.sez connu, une bonne, une excellente femme, trouva un bonheur et un luxe à donner à celle qu'il était défendu de nommer autrement que veuve Capet. Ma-

dame Richard, concierge de la prison, lui apportait chaque jour des bouquets des fleurs qu'elle aimait : des œillets, des juliennes, des tubéreuses. Elle changeait ainsi en parfums les miasmes putrides de la prison. La pauvre reine avait autre chose à regarder que les murs humides de son cachot. Madame Uichard fut dénoncée, arrêtée et mise en prison ; mais on n'osa pas cependant la poursuivre davantage pour sa sainte idée, on la relûcha.

I^g< iM. Danton, professeur agrégé de philosophie, — et chef du secrétariat au ministère de l'instruction publique , a été un peu étranglé par M. Villemain dans un des premiers accès de sa malheureuse maladie.

Cet incident a éclairé M. Danton sur les dangers d'une position qu'il avait crue jusque-là pacifique. — Il a demandé à la quitter, et a été, — pour ses étrennes, nommé inspecteur de l'Académie de Paris.

f^^ iM. Villemain s'est plaint quelquefois à ses amis d'une singulière particularité de son organisation. Il ne peut se défendre contre sa prodigieuse mémoire. — Chez nous tous, d'ordinaire, les choses que nous lisons et que nous apprenons sont digérées par le cerveau, le nourrissent et s'assimilent entièrement. — Le cerveau de M. Villemain digère mal — cl, si j'ose m'cxprimcr ainsi à la façon des médecins, — rend les aliments comme il les avait pris. Toute idée vient à M. Nillcmain — et souvent malgré lui— à l'état de citation. Un mot ne peut se séparer de ceux qui l'entouraient quand il l'a lu. C'est souvent pour lui une obsession et un supplice, — il voudrait peindre et il ne peut broyer ses couleurs, il fait de la mosaïque.

Du reste, cette mémoire est prodigieuse ; — il se trouvait un jour chez Victor Hugo, — au moment où celui-ci, comme cela lui arrive souvent, examinait les devoirs de ses (ils ; — il était question d'un passage de Tacite, — non de^ces passages (|uc l'on apprend donliiiairc, — mais, au contraire, d'un passage obscur et ignoré. — iM. Villemain le reconnut par un mot, cl en

récita deux cents lignes de suite sans hésiter une seule fois ; — il a retenu jusqu'à de longs passages des Pères de l'Église les moins connus.

^^i Quoique les Guêpes fassent peu d! annonces, — elles croient devoir porter â la connaissance de leurs lecteurs — un nouvel ouvrage de M. iMaldan, l'auteur de Y Art de rendre les femmes heureuses — et de Y Art d'élever des lapins et de s'en faire trois mille francs de rente. — Nous avons parlé de ces deux ouvrages en constatant, à la honte de ce siècle cupide, que si VAri d'élever des lapins a eu huit éditions, Y Art de rendre les femmes heureuses n'en a eu qu'une seule, qui n'est pas encore épuisée.

Le nouvel ouvrage de M. J.-L. Maldan est intitulé le Guide des femmes de quinze à soixante ans — source générale du vrai bonheur.

On y remarque les passages suivants :

« Entreprendre de guider le sexe, et le conduire à un but exempt de reproches, peut, à tout être éclairé, paraître difficile ; pour avoir cette hardiesse, il faut, comme moi, avoir toujours été à môme de le juger dans ses mœurs et ses capacités , car nous sommes nous-mêmes cause de leur penchant au mal, parle défaut que le Français a principalement de le flatter dès qu'il l'approche.

» (Je ne vous parlerai pas de celles dont l'éducation se complète dans les pensions, j'en laisse la responsabilité à la haute société qu'elles fréquentent et à leurs institutrices ; le temps bien souvent leur prouve que la fortune et les pensions ne font pas le bonheur.)

» De dix-huit à dix-neuf ans, continuez à grandir votre garderobe, pensez à votre mobilier; fréquenter vos supérieures, vous faire estimer par tout ce qui vous entoure, étudier le caractère des hommes qui vous fréquentent et qui se présentent pour le motif d'établissement.

» De vingt-six à vingt-sept ans, doit Otre le vrai bonheur par les c^ards et prévenances que l'on s'empresse d'apporter muluelloment. p — Ktc, clc.

L'ouvrage se trouve chez l'cdileur, rue des Marais-Saint- Germain, n" 13.

fe:^ C'est une singulière chose que les vers au théâtre. — Un pauvre auteur se falii^ue à aligner ses phrases en douze syllabes finissant par la même consonnance. — Quand son ouvrage est uni, le travail — le but des efforts des acteurs— est de dissimuler le travail de l'auteur, de couper les vers de façon qu'on n'entende plus les rimes ni la mesure. — En un mot, je ne puis, en conscience, me priver de ce mauvais jeu de mots,— qui me vient de lui-même : — le poète ne fait des vers que pour que les aclems les cassent.

|t^< Je suis allé entendre la symphonie de M. Félicien David. Je dois tonjtturs rappeler, quand j'ai à parler de inusi(juc, que je ne suis pas musicien , et que beaucoup de qualités d'une leuvrc jieuvent facilement m'échapper.— Je ne juge la musique, comme la beauté, que par l'impression qu'elle produit sur moi ; — mais je ne consentirai jamais à troiive.r superbe ce qui m'ennuie, — magnifique ce qui m'endort.

La symphonie de .M. Félicien Djvid renferme deu.v imurLaux qui mont fait beaucoup plus que plaisir . — l'un , le Lever du Soleil, est d'une vérilablc majesté, — l'autre, le Chant de la .Ymj/, je crois — « Mon bien-aimé d'amour s'enivre ! » est une des plus poéli(jUcs mélodies que j'aie entendues de ma vie ; — cela emporte dans des cieux inconnus l'esprit et l'Ame, — cela vous chante toutes vos amours, — c'e>t la voix do tout ce que vous aimez, — femmes, (leurs, parfums ; — puis cela vous laisse rêveur, — triple et heureux, le cœur serré et les yeux humides. — Quel malheur que je n'aie pas osé m'en aller alors pour garder celle ravissante impression !

On m'a dit que cet air est un air arabe. — Si cela esl, je rc-

raercie M. David de l'être allé chercher. — Il n'est pas de coursier— ni de pierrerie qui soit une aussi belle conquête qu'une belle mélodie, — et celle-là est tout ce qu'il y a de plus ravissant au monde.

Pour ce qui est des hymnes chantés en l'honneur de M. Félicien David, — comme celte fausse musique s'est intimement mêlée à la sienne, — il faut bien en dire quclquc-s mots.— Quelques-uns des plus terribles louan^^curs trouvaient dans rcxagoration furieuse de leurs éloges une double volupté : — d'abord celle de prendre la gloire des autres musiciens — pour la prêter à M. David, auquel ensuite ils avaient soin, par l'épaisseur de leur encens, de faire des ennemis qui lui feraient rendre gorge

— et ne tarderaient pas à exercer une réaction contre lui.

M. Félicien David est dans une très-bonne voie, — m:îis il n'est pas au but; — personne, m'ont dit ses amis, n'en est aussi convaincu que lui. — Mes éloges sont bien pâles auprès de ceux dont il est accablé, — mais ils sont sincères et de bonne foi ; — ils ne sont faits contre personne. — Aucun talent— Dieu merci:

— ne me fait de chagrin ; je les aime tous, au contraire, et je suis pour eux plein de reconnaissance.

Comme ce numéro est un bonbon — et quelque chose d'extrêmement sucré, — je ne parlerai pas des lettres qu'on a fait écrire à M. David dans les journaux — ni des proècs dans lesquels on la jeté.

J'essayerai cependant do le consoler d'un danger que court sa musique, et qui paraît l'effrayer beaucoup, dans l'intérêt, dit-il, de sa dignité.

M. David croit que sa dignité serait complètement conipmmise, et peut-être perdue à jamais, si l'on faisait des contredanses sur des mélodies tirées de sa symphonie le Désert. Ilèlas! monsieur, il sera temps de vous plaindre si, à un autre ouvrage, on ne pense pas à mettre vos airs en contredanses. — Toutes les mélodies de Weber et de Rossini. — d'Hérold et

d'Auber, ont été arrangées en contredanses, et je puis vous assurer qu'ils n'en sont pas moins restés pour cela de Irés-grands musiciens. — Horreur! la chose est allée plus loin ; on les joue tous les jours sur les orgues de Barbarie — et ils en sont enchantés; je n'en excepterai que \Yeber et Ilérold — et cela parce qu'ils sont morts,

La symphonie de M. Félicien David est très-heureusement arrangée. — Ces quatre vers qui viennent de temps en temps annoncer et expliquer la musique valent bien mieux que ces lourdes paroles que l'on accroche d'ordinaire à chaque note — comme on met un lil à la patte d'un oiseau pour l'empêcher de s'envoler.

Outre la simplicité et l'élévation, les musiciens ont remarqué dans l'œuvre nouvelle une grande connaissance des instruments et une grande adresse dans la manière de les employer.

Un M. liéfort — est venu là faire une exhibition d'une voix haute, singulière et peu décente pour un homme. — L'inq)ression causée par cette voix, qui semble échappée de la chapelle Sixline, — a été jusqu'à l'horreur quand M. Béfort a chanté les paroles où il joue le rôle d'une femme et où il parle de son bienaimé.

Il me semble qu'une belle voix de femme, un contralto, — aurait produit une tout autre impression, — et je serais bien heureux pour ma part d'entendre ainsi chanter l'air « Mon bienaimé d'amour s'enivre. >»

Le chant original chanté en arabe — est dans les conditions de mélodie des mélopées de nos marchands de cages, — de nos marchandes de limande à frire — ou de raie tout en vie.

i^^ 11 est un pays, une ravissante contrée qu'on chercherait en vain sur les (lots de la mer ou à travers les montagnes. En celte contrée, les (leurs n'e.xhalcnt pas seulement de suaves parfums, mais aussi d'enivrantes pensées d'amour. — Chaque arbre, chaque plante y conte, dans un langage plus noble que la

poésie et plus doux que la musique, des choses dont aucune langue humaine ne saurait même donner une idée. Le sable des chemins est d'or et de pierreries. L'air est rempli de chants auprès desquels ceux des rossignols et des fauvettes que j'entends aujourd'hui me semblent des coassements de grenouilles dans leurs marais fangeux. L'homme y est bon, grand, noble et généreux. Toutes les choses y sont au rebours de celles que nous voyons chaque jour. Tous les trésors de la terre, toutes les dignités réunies seraient un objet de risée si on venait les oftYir en échange d'une fleur fanée ou d'un vieux gant oublié sous une tonnelle de chèvrefeuille. — Mais qu'est-ce que je vous parle de chèvrefeuille ! Pourquoi suis-je forcé de donner les noms de fleurs que vous connaissez aux fleurs de ces charmantes régions? — Dans ce pays, on ne croit ni à la perfidie, ni à l'inconstance, ni à la vieillesse, ni à !a mort après la vieillesse, ni à l'oubli, qui est la mort du cœur. L'homme n'y a besoin ni de sommeil, ni de nourriture ; d'ailleurs un vieux banc de bois est là mille fois plus doux que l'édredon ailleurs, le sommeil y est plus calme et plus rempli de rêves charmants. L'àpre prunelle des haies, le fruit fade des ronces y ont une saveur si délicieuse, qu'il serait ridicule de les comparer aux ananas des autres régions. La vie y est plus douce que les rêves n'osent l'être dans les autres pays.

Hélas ! en réalité, c'est un mauvais petit jardin et une mauvaise petite chambre dans un affreux quartier, quand on a dixhuit ans, quand on est amoureux, et quand celle que l'on aime y vient un instant au coucher du soleil.

l'éviicr 1645.

Pourquoi co volume est dédié i) M. Pied-Noir, — et co que c'est qu M. Pied-Noir. — M. Dupiez. — Le chantage. — Dénombrement de la troupe de jM. Pied-Noir. — Un journal très-bien écrit. — La vertu c.Tor- ■pée. — Pourquoi on construit des maisons pour les aliénés. — M. Truis- Étoilcs député. — Sur les comédies de M. Empis. — Du chautage à la Comédie-Française. — Les barons de gra.'ide route.

^)i!^ FÉVRIER. — A M. ADOLPHE PIF.D-.NOIR. — PoUVqUOi CC

préscitl volume est dédie à M. Adolphe Pied-Noir, et ce que c'est que M. Adolphe Pied- Noir. — Les divcr.'-es troupes lii; brigamls, d'clrangleiirs et d'escarpes qui viçnnenl réccnimcnl de rendre tonipte à la juslicc des méfails commis par eux depuis une dizaine d'années, oui loules un chef invisible cl surtout insaisissable dont il a été question dans chaque aiïaire.

Ce chef s'appelle Pied-Noir. Ceux des voleurs et assassins <i'ui ont voulu se mettre en dehors de la foule et du vulgaire l'ont désigné familièrement par le nom d'Adolphe. — L'opinion publique s'est singulièrement émue à propos de M. Adolphe Pied- Noir; on s'est demandé (pii ce pouvait èlre, et les soupçons se .sont arrêtés jusque sur des personnages haut placés.

Il paraît que M. Pied-Noir, homme d'action dans les circonstances impérieuses, se borne d'ordinaire à commander et a diriger, et ne se manifeste qu'à ses principaux olVuiers, ainsi ^^u'il appert de ce que la plupart de ceux qui ont travaillé sous ses ordres ne le connaissent pas et ne l'ont jamais vu. M. Pied- Noir n'est pas pour les royautés populaires; il a remarqué que, du moment où les rois se sont laissé voir, on est arrivé, par do< gradations continues, à les insulter dans les journaux et un peu aussi à les guillotiner.

La spécialité dont s'est surtout occupé M. Pied-Noir est ccli. du chantnijc. Le chantage est un vol pratiqué ! non plus ù l'aide

du poignard ou du pistolet, mais d'une terreur morale que l'on met sur la gorge de la victime qui se laisse ainsi dépouiller sans résistance. Le chantage a, sur l'ancien vol à main armée, l'avantage incontestable : i" de ne pas faire encourir les mêmes peines à celui qui l'exerce ; 2° de ne pas user les gens exploités, et de les cultiver au contraire pour en tirer une récolte régulière.

Le chanUuje n'a pas été sullisamment décrit; on s'est borne à une variété, et il y en a à l'infini. Ainsi l'armée que commande M. Pied-Noir et que l'on croit n'être composée peut-être que d"une centaine de misérables dont la moitié est aux bagnes et dans les prisons, cette armée couvre une partie de la France, et l'exploite avec une audace et un succès sans exemple. Je veux faire le dénombrement de cette armée, et rendre à M. Pied- IVoir l'importance qui lui est due et qu'on lui enlève en ne le considérant que comme le chefd'une poignée de brigands honteux.

Je prie donc M. Adolphe Pied-Noir d'accueillir favorablement cette dédicace, et de me rectilier si je me trompe dans le dénombrement des forces dont il dispose.

^!^ Lorsque M. Duprez débuta à l'Opéra, il n'osa pas ne pas prendre des abonnements à divers journaux qui vivent aux dépens de la vanité des acteurs. — Un de ces journaux, plus exigeant que les autres, avait l'habitude de traiter de gré à gré avec les artistes. — 11 se conformait d'ordinaire à un tarif fixé.

Pour un abonnement, l'acteur obtenait le silence sur sa vie privée et ses infirmités ; on ne l'attaquait que comme acteur. Pour deux abonnements, ou ne parlait pas de lui du tout; — pour trois abonnements, on lui donnait des encouragements; — pour quatre abonnements, on constatait ses progrés une fois par semaine et on l'encourageait à persévérer dans celte voie ; — pour dix abonnements, on était loué à brùle-pourpoint. — Chaque fois que l'occasion s'en présentait, pour ceux qui ne se contentaient pas de cela, on avait encore des friandises secrètes à leur olïrir : — l" on lour u.'ieisaiL cliaquo iaalin u;i éloge neul"

et n'ayant pas servi; — 2" on écrasait leurs émules et leurs camarades.

11 en était de même pour les femmes : — tant pour parler de leur talent, — tant pour parler de leur beauté, — tant pour nier le talent ou la beauté d'une camarade.

M. Duprez se présenta donc chez le journaliste, — et, après lui avoir demandé trois abonnements à son esliniable journal, il déposa sur son bureau un billet de mille francs. L'aristarque prit le billet, le regarda, le retourna, et dit avec un sourire :

« Allons donc, monsieur Duprez, vous pouvez faire mieux que cela. — Vous avez raison, monsieur, » répondit M. Duprez. Et en même temps il reprit le billet, le mit dans sa poche et s'en alla.

Dés le lendemain la guerre était déclarée, — Pendant plusieurs mois, Duprez fut petit, laid, commun, hideux, chanteur détestable ; plus tard, il devint grand, noble, beau, héroïque, notre grand chanteur, etc., etc. — Pour obtenir tant de gloire, il n'avait eu qu'à perdre une quahté : le courage (ju'il avait manifesté lors de sa première visite au carré de papier.

Il en était de même quand une actrice venait payer le tribut que levait l'autocrate. «Trois abonnements! s'écriait-il ; trois abonnements, — vous! — Mais, mon cher monsieur, il me semble que quand j'aurai lu votre estimable journal trois fois de suite chaque matin... — Ah! vous êtes facétieuse, ma chère enfant!... Parlons sérieusement. Voulez-vous que je me fiche?

— Mais, mon cher monsieur, je n'ai au théâtre «(ue douze cents francs d'appointements. — Le théâtre, le théâtre, — nous savons ce que cela veut dire... Vous voulez me tromper... Est-ce que je ne sais pas que ce Russe vous donne mille francs par mois? — Cela ne vous regarde pas. — Comme vous voudrez... Au revoir!... » Et dès le lendemain, laclrice avait tous les jours deux lignes dans le journal : — elle était laide, — mal habillée,

— ignoble, — dégoûtante. — Chaque jour Vcaivain reculait

les bornes connues de l'injure et de la grossièreté, jusqu'au moment où la malheureuse, écrasée, salie, venait demander grâce et souscrivait aux conditions du tyran. — Par suite de quoi, dés le jour suivant, elle était belle, ravissante, chaste, adorable, etc., Vhomme de lettres n'ayant pas plus de pudenr pour l'éloge que pour l'invective, et rendant l'un aussi hideux que l'autre. — Ce journal a excité moins de mépris que d'envie, et il se plaint aujourd'hui de la concurrence. — Dites-moi, monsieur Pied-Noir,

— les gredins qui font ce métier ne sont-ils pas à vous et ne vous offrent-ils pas un bouquet — sur les aâ"aires qu'ils font?

Il faut dire que les gens qui noircissent ces feuilles n'ont pas l'estime des autres journalistes, — des journalistes honnêtes. Voici ce que font beaucoup d entre les journalistes honnêtes.

Ils exigent des loges gratis; — si on ne leur donne pas ces loges, ils déclarent les pièces mauvaises et les acteurs détestables. Ils veulent faire représenter une pièce ; si on accepte leur pièce, tout est magnifique dans ce théâtre, tout le monde reçoit sa part d'éloges, jusqu'au souffleur et aux ouvreuses de loges.

— Si on refuse le drame, — les comédies deviennent des parades ignobles, les tragédies des mélodrames ampoulés, les acteurs des acrobates.

Il prend à un journaliste fantaisie d'une pauvre fille qui joue, chante ou danse sur un théâtre quelconque ; il commence par la louer outre mesure, puis il offre son honnmage ; — si ledit hommage est refusé, l'inflexible Lucrèce est accablée de sarcasmes et devient la plus détestable, la plus maniérée, la plus fatigante des actrices de Paris Si l'hommage est accepté, — toutes ces injures reviennent de droit aux rivales et aux camarades de l'objet aimé ; on harcèle le directeur qui ne donne pas et les auteurs qui ne font pas des rôles — pour la grande actrice, et on leur dit des injures. Toute pièce où elle n'a pas le premier rôle, et où elle n'est pas énormément applaudie, est réputée digne des tréteaux ; — le directeur est alors accusé d'incapacité.

Ces procédés, il faut le dire, sont qualifiés d'enfantillages et de niaiseries par les journalistes sérieux, par les journalistes qui se font un mérite d'être plus ennuyeux et d'avoir moins d'esprit que les autres. Voici ce que sont pour la plupart les journalittes sérieux, les journalistes politiques.

Un journal, qui est Irès-bicii écrit, — reçoit, sur les fonds du inalériel de la marine, douze mille francs par mois. — A ce prix, il plaide tous les jours pour le iwiivoir actuel. — 11 insulte les adversaires de ce pouvoir, il leur nie le talent et la probité, il les traite de fous, de brouillons el d'intrigants. Le jour où ces adversaires si vilipendés arrivent à leur tour aux alTaires, ce journal, qui n'a jamais changé d'opinion, continue à soutenir, comme d'ordinaire, le pouvoir actuel qu'ils sont devenus; il adresse alors les injures qu'il leur prodiguait à ses patrons de la veille, (jui ont cesié d'être jiouvolr actuel, et sont devenus à leur tour les intrigants, les brouillons cl les fous. — Le maître <le ce journal est fort bien considéré, fort bien reçu partout. — ■et il n'est pas un écrivain qui ne tienne à honneur de lui louer sa plume.

La différence que met l'opinion entre ce personnage et celui qui exploite les acteurs ne prouve qu'une chose, — c'est que, aux jeux du monde, le déihcnneur ne consiste pas dans l'infamie, mais dans le bas prix auquel on la commet. De quoi voici un autre exemple pris dans un autre ordre de choses.

^/tjC Une malheureuse fille, trompée, séduite, abandonnée, se vend pour avoir du pain : cela s'appelle prostitution. — Elle est l'objet de l'horreur et du mépris universels.

Une lille déjà riche se vend à un mari plus riche encore. — N'cbl-ce pas se vendre que de se donner pour un avantage quelconque à un homme (|u'on n'aime pas? — Elle se vend pour avoir des chevaux et une voilure, des diamants et des chàlcs /ails du poil de certaines chèvres. — Cela s'appelle mariage de convenance ; le monde l'entoure de respect et d'égards.

FÉVRIER I 84o. 297

^i^ D'autres journaux, monsieur Pied-Noir, ont des alternatives d'indépendance et d'obséquiosité. Ceu^ dont les amis arrivent aux aflaires deviennent optimistes de pessimistes qu'ils étaient. La France était humiliée et trahie quand leurs adversaires étaient au pouvoir ; — elle reprend à i"instant même son rang entre les nations. Le commerce allait mal, — le voilà florissant. Le pouvoir dont on ne faisait pas partie ne pouvait faire un pas sans qu'on criât à la corruption ; — on jette aux orties une foule de vertus incommodes par leur exagération , qu'on avait arborées, non pour les exercer, mais pour en faire un embarras aux adversaires. — Les adversaires les ramassent et s'en ornent avec orgueil ; ils s'en servent comme armes offensives à leur tour. Alors les rôles sont changés : le parti qui veut arriver aux aiïaires harcèle sans relâche celui qui cherche à s'y maintenir. Sous prétexte de l'intérêt du pays, on compromettrait la France et son salut même, s'il en était besoin, pour renverser des rivaux qu'on ne hait que parce qu'on les envie, des ahus qu'on n'attaque que pour les conquérir. Que le ministore alors propose la mesure la plus utile, la plus indispensable, la plus longtemps demandée par Lopposition, on la repoussera, on lui reprochera de faire ce que la veille on lui imputait à crime de ne pas faire. — N'est-ce pas là le chanla(je, monsieur Pied- Noir?

Et ce que vous aurez de la peine à croire, monsieur Adolphe Pied-Noir, c'est ce qui se passe parmi d'honorables représentants du pays; — mais il faut les prendre au moment où ils aspirent à devenir honorables. A la vertu, qu'on a eu plus raison d'appeler escarpée (pauvre vertu!) que d'appeler île, — ou n'arrive, dit-on, que par un sentier étroit, malaisé, plein de pierres, de ronces et d'épines ; de même on n'arrive souvent à l'honorabilité que par des chemins assez laids, — les électeurs font chanter le candidat : — à l'un il faut la croix d'honneur; — à l'autre, moins platonique en ses désirs, il faut une place ou un bureau de

tabac; — à celui-ci, une bourse pour son ûls; — à tous un marché, un cajial, — un embranchement de chemin de 1er; — il en est qui se bornent à une montre d'or, quelquefois même d'argent; — ceux qui sont à la Chambre depuis quelque temps s'indignent assez volontiers quand il se présente un nouveau membre qui a eu recours à ces moyens dont ils se sont servis eux-mêmes. — La pudeur des gens va même quel({uelbis jusqu'à se révolter et à repousser le nouvel honorable. — Cela ressemble beaucoup à ce que disait je ne sais quel philosophe, que, dans toute grande ville pohcée, on construit une maison sur laquelle on écrit en grosses lettres : Maison d'aliénés, où l'on renferine quehjues pauvres diables pris au hasard ; — ce qui fait croire aux étrangers que tous ceux qui ne sont pas dans cette maison ne sont pas fous.

Mais voici M. Trois-Etoiles admis dénnilivement à la Chambre; il a acheté les voix des électeurs en détail, il les revendra en gros, en livrant la sienne à bon escient. 11 lui faut de l'avancement dans sa carrière, des bureaux de timbre pour son cousin, des concessions de chemins de fer pour son gendre, — un privilège pour la salle de la rue Vivienne, etc., etc., etc.; — il sera hostile au ministre jusqu'à ce qu'on lui ait accordé toutes ses demandes. — Si elles sont un peu fortes, le ministère essayera de tenir bon ; mais, à la veille d'une question importante, où la majorité paraît incertaine, la veille d'une peur, on s'assurera son concours au prix i\n\\ y met. — N'est-ce pas encore là le chantage, monsieur Pied-iN'oir ?

Un écrivain employé à la liste civile — profite de sa position pour faire accorder certains avantages à la Comédie-Française, locataire, comme on sait, du roi des Français et assez souvent en retard pour payer ses termes. — De temps en temps on lui fait remettre ses loyers ; mais toujours à ce moment-là on voit reparaître sur l'alUche quelque comédie de M. Empis. Vous chantez donc aussi, — o comédiens français I

Un convoi modeste et simple s'arrête à une église, — les distractions, les inconvenances de toutes sortes viennent insulter à la douleur des amis qui accompagnent le corps d'un ami qui s'en va. — Le fils du mort se plaint, — un sacristain furieux lui répond, dans une sorte de Père Duchêne catholique, — que le convoi commandé n'est que de 'telle ou telle classe, — que la décence et le respect ont un tarif particulier, et que pour le prix on n'en peut faire davantage. (Voir les Guêpes de mars et d'avril, — il y a deux ans.) — N'est-ce pas là encore du chantage, — ô monsieur Pied-Noir ?

^^ La loi sur les chemins de fer est une monstruosité, elle livre à des banquiers les voies de communication, — et leur donne par-dessus le marché les voyageurs — comme ou vend en Russie une terre avec ses paysans. — Cette loi a établi pour les chemins de fer un tarif trop élevé , car, nous l'avons dit, ce qui empêche les gens de voyager, c'est l'argent plus que la distance : la plupart des hommes possèdent plus de temps que d'argent. — On est à cinquante-quatre lieues du Havre, mais ce ne serait rien si l'on n'en était pas aussi à vingt-cinq francs. Quoique ce tarif soit trop élevé, ces barons de grande route s'y trouvent à l'étroit; — ils veulent décourager ceux qui prennent les places inférieures ; ils les exposent à toutes sortes de dangers, les condamnent à toutes sortes de supplices pour leur faire donner cent sous de plus. Ils les font voyager dans des voitures découvertes, par la pluie, par le froid, — si augmenté encore par la rapidité de la marche. Beaucoup d'accidents graves, de maladies et même de morts, — ont été l'effet de cette honnête spéculation. Ea voici un nouvel exemple :

Le samedi 18 janvier, — un médecin envoie à Mantes, par le chemin de fer, un jeune clerc d'avoué; — il est saisi par le froid et par l'humidité dans les vagons découverts, il revient avec une fièvre ardente, et se met au ht, où son état inspire des inquiétudes pendant plusieurs jours. — Le médecin, qui est mon

parent et mon ami, n'attend qu'une dénégation de l'administration pour se nommer et donner toutes les preuves de ce que j'avance ici. Répétons que l'administration trouverait une notable économie à couvrir ses voilures, qui se conserveraient ainsi plus longtemps, ce qui prouve que c'est uniquement un supplice infligé à ceux qui ne veulent pas ou ne peuvent pas prendre des places plus chères. — Comment appelez-vous ce genre de trafic, monsieur Pied-Noir ?

Nous avons déjà signalé les tromperies, les fourberies de to' genres auxquelles se livrent à Paris les honnêtes marchands qn à mesure que ces fourberies leur ont rapporté assez d'argen: deviennent successivement hjttslice, sous le nom de jurés, et i gouvernement sous le nom d'électeurs, et peut-être de députr> Les tromperies sur le poids et sur les qualités ne sufiîsent phi: on mêle des substances vénéneuses aux produits que l'on déhiti- . peu importe que l'on empoisonne ses concitoyens, si l'on gagin un sou de plus par livre sur ce qu'on leur vend. — Ce qui leur sauve quelquefois la vie, c'est qu'on les vole sur le poids de poison qu'on leur livre.

i^l»)^ Une industrie plus innocente, en ce qu elle n'est (ju'in vol, vient d'être dévoilée : — jusqu'ici on n'avait mêlé la chicon qu'au café en poudre, — c'était un véritable chagrin pour MM. h épiciers; — heureusement qu'un d'eux, plus ingénieux (|uc li autres, vient de combler cette lacune : au moyen d'un moule, n confectionne, avec de la chicorée en poudre mouillée, du café en grains parfaitement imité, qu'il mêle au véritable café. — \< gens n'auraient pas inventé colle-là, monsieur Pied-Noir.

-!^ Il faut le dire hautement, ce temps-ci a quelque cho> de déplorable : — c'est r.iccruisscment des besoins individucN . — tout le monde veut avoir et surtout montrer du luxe. Le |ilii nécessaire autrefois, c'était le pain, — aujourd'hui c'est un volaille tnifîée, — on cric après les corrupteurs; — mais alb au marché acheter du poisson, vous n'en achetez pas si pcrsonn

n'en apporte. — Les corrupteurs sont engendrés par les gens qui veulent être corrompus. Du reste, c'est le fonds et l'essence du gouvernement dit représenlalif, — pour lequel on sait la modération de mon enthousiasme. On en est arrivé à reculer singulièrement les bornes du juste et de l'honnête, et à les placer dans un horizon souvent brumeux. Ainsi, à part même ces choies prévues par les codes et désignées à l'avance sous des noms peu flatteurs; à part ces actions faites par des gens qu'on appelle des honnêtes gens, et auxquels vos gens à vous, monsieur Pieil- Noir, qu'on appelle avec raison des voleurs et des brigands, n'oseraient pas toujours s'associer, il est facile de voir quelle confusion règne sur les limites du juste et de l'injuste, du vrai et du faux, de l'honnête et du déshonnête, du devoir et du droit.

Je vais néanmoins arrêter ici la forme un peu dogmatique et systématique de mon discours, — et faire une coupure à mon cadre. Il s'agit, presque avant tout, de ne pa? ennuyer mes lecteurs, et d'ailleurs, si je multipliais trop les exemples de vols dans toutes les classes de la société, je n'aurais plus de place pour d'autres choses que je veux dire dans ce volume. — Enfin, je ne veux pas trop qu'on s'aperçoive tout à fait du. côté sérieux qu'ont les piqûres de ^nes insectes bourdonnants. — Nous allons donc continuer à causer au hasard; j'appellerai votre attention, monsieur Pied-Noir, chemin faisant, si l'occasion s'en présente, sur les faits qui peuvent vous intéresser ou venir à i'appui de ce que j'avance, à savoir, que ces l andes de seize, de vingt et de quarante voleurs que l'on prend de temps à autre, et dont vous êtes toujours le chef, ne sont que de faibles détachements, des fractions inappréciables d'une grande bande de trente et quelques millions d'hommes qui travaillent en France dans le même genre.

-^^ l'.\cadémie française. — Je suis allé à l'Académie pour mes lecteurs, — et jamais vertu n'a été aussi immédiate-

ment récompensée. — Je ne m'y siiib pas ennuyé un instant ; — j'ai remporté intacte la résignation dont je m'étais muni et dont je n'ai pas eu à me servir.

La salle des séances est beaucoup trop petite et plus que médiocrement ornée. — Le bureau, entre autres choses, — je ne sais s'il n'a pas un nom plus noble, — le bureau, en bois peint, présente aux yeux une imitation libre d'acajou véritablement pénible. — Un des princes qui assistaient à la séance devrait bien offrir à i'Âcadémie un autre bureau : celui-ci est misérable et m'a touché de compassion.

11 y a à i'aris des misères de ce genre qui me choquent particulièrement. Les chambres au Palais de Justice, par exemple, manquent de majesté — et même de convenance. J'y voudrais voir une richesse sévère et calme. Le mesquin est aussi loin de la simplicité que le clinquant et l'oripcau; la simplicité est toujours noble.

11 était facile de ne pas coller sur les murs de la plupart des chambres au Palais de Justice — ces alTreux carrés de papier bleu, — faits évidemment pour être originairement des devants de cheminée.

Il en est de même du musée de peinture du Louvre. — Tous les ans, û l'époque de l'exposition, orrtcnd une toile verte sur les anciens tableaux, puis on met les tableaux nouveaux pardessus la toile ; mais ce que je trouve hideux, c'est cet appentis, ce hangar, — cette espèce de long garde-manger — accroché aux flancs du Louvre, qu'il déshonore en formant une nouvelle galerie.

Revenons à l'Institut. — Je n'aime pas les assemblées où il n'y a pas de femmes ; — je ne comprends plus très-bien pourquoi on parle, pourquoi on écrit, pourquoi, en un mot, on cherche de la gloire, — quand je n'ai pas des renmics devant les yeux ; — lorsque dans la fleur de ma vie j'ai rêvé des couronnes, ce n'est jamais sur ma tête à moi que je songeais à les mettre. Aux

séances de l'Institut les femmes sont en grand nombre , et mes regards y étaient agréablement enchaînés.

M. Saint-Marc Girardin prit la parole et prononça ce qu'on est convenu d'appeler Yéloge de M. de Campenon; dans cet éloge le récipiendaire s'attacha surtout à démontrer la parfaite médiocrité de son prédécesseur : — il vanta les qualités de son cœur et son excellent caractère. C'est une euphonie inventée par les femmes qui disent d'une autre femme , pour signiGer qu'elle n'est ni jolie ni bien faite : « C'est une bonne personne; » — M. Saint-Marc Girardin a la voix la plus stridente et la plus fatigante qu'il soit possible d'entendre; — cette voix, son geste, ses paroles, — tout cela produisait un désagréable mélange — d'avocat, de pion et de député. Je lui dois cependant personnellement de la reconnaissance pour avoir fait applaudir à l'Académie une phrase de moi qu'il a bien voulu patronner en la prenant sur son compte, — et en disant de M. de Campenon ce que j'avais dit de moi-même dans les Guêpes.

« J'étais très-pauvre alors, je ne suis pas beaucoup'plus riche aujourd'hui, et je n'en suis ni honteux... ni même fier. »

C'est du reste là un bien petit vol, — monsieur Pied-Noir, et je n'en parle que pour remercier deux ou trois journaux qui ont bien voulu reconnaître et réclamer ma phrase, — et aussi pour dire que j'ai été fort aise de voir cette phrase se produire devant cette belle assemblée en habit tout brodé de feuillage, en castor neuf et en gants blancs ; elle avait ainsi très-bon air, et je lui ai trouvé des beautés que je ne lui avais pas soupçonnées quand elle était tombée de ma plume.

Lorsque M. Hugo a pris la parole pour répondre au récipiendaire, tout le monde a éprouvé un sentiment de bien-être en entendant remplacer la voix aigre d'un homme immortel par une voix grave, sonore et sympathique. Le discours de M. Hugo a été jugé par tous plein de pensées élevées et d'images magnifiques.— Les comphraents adressés au récipiendaiix ont été mêlés

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dune ironie déilaigneuse qui n'a édiappé ù personne cl qui a rencontré beaucoup de complices. M. Hugo a ramassé les débris de M. de Campenou, immolé déjà par M. Sainl-Marc Girardin, et il a encore trouvé place pour quelques coups à porter sur celle gloire déjà si déchiquetée par l'orateur précédent. .M. (iirardin avait loué Campcnon d'avoirélé vertueux, M. Hugo l'a loué d'avoir été heureux.

Une partie seulement du discours de M. Hugo n'a pas exercé sur l'auditoire la même séduction que le reste,— malgré la grâce pt l'élévation du style ; — c'est lorsqu'il a déploré le sort que la société a fait aux femmes, el qu'il a réclamé pour elles des droits et une part plus large dans la vie. — De tous temps, en France, les feuuucs ont eu le pouvoir et les choses ; les hommes, les titres et les noms; les feuuncs ont tout fait; les honiiiies n'ont été que leurs éditeurs responsables. — Toute gloire, comme tout bonheur, vient des femme.>, et je trouve leur part très-belle. Nest-il pas plus beau d'iu.^pirer des vers que d'en faire ? C'est donc bien ennuyeux le ciel, qu'on a tant de peine à empêcher les dieux de venir barboLcr dans la fange des rues'?

On a remarqué que M. Hugo, qui va être pair de France, cl M. Girardin, qui, grâce à une coalition dont il faisait pnrin\ se croyait à la veille d'être ministre de l'instruction publique, ont tous deux proclamé le calme et la sérénité de cette assemblée, <»/ ne pt'nèlrcnl pas les préocaipnûons pnlU'viucs.

Il paraît du reste que, de l'usage do faire l'éloge des académiciens morts, il ne reste plus que le nom, la chose est tombée en désuéluile. Ola x'apprlle toujours un chgc, mais cent un dénigrement peu dissimulé.

Je n'assistais pas à la séance où M. Mérimée a fait l'élofçc il Nodier, ce rharmanl écrivain que je regrette de n'avoir pa connu, mais dont j'ai lu les discours. — M. Mérimée a été très sec dans ses louanges. — M. Etienne a annoncé que, comme ami intime du défunt, il savait sur lui des détails qui avaient dû échap-

pfià M. !\Icrimée, et, à ce litre, il a dénigré Nodier plus intimeiiieiit. J'ai cependant retenu Iruis jolies pensées : — deux sont de M. Mérimée ; — la troisième, citée par M. Etienne, est de Nodier lui-même : elle joint à la grâce une grande noblesse de cœur.

iVI. Mérimée veut peindre Nodier, qui, se croyant plus facilement proscrit, parce que c'était pour lui un prétexte excellent il'errer par les montagnes, dit : « Il croyait fuir les gendarmes et poursuivait les papillons. »

« Il ne pouvait voir la pauvreté, ilit encore M. Mérimée, sans s'y associer au point de devenir pauvre lui-même. »

Celle de Nodier est adressée à M. Etienne, fugitif alors et malheureux : " Mon cher ami, lui écrivait-il, il vient de me naître un nouvel enfant, je pourrais lui donner un patronage lii.he et puissant, mais j'aime mieux un ami malheureux ; je vous prie d'être son parrain. »

Ni M. Etienne, ni M. Mérimée, n'ont fait mention de deux ouvrages importants de Nodier, le Roi de Dohcme et les sept châteaux, Reinarqucs sur le Dictionnaire de rAcadénne. — Cette rancune a été jugée mesquine et de mauvais goût.

J^}>^ A propos de circonstances atténuantes, en voici deux exemples nouveaux. Dans le département de Lot-et-Garonne, la femme Mares empoisonne son mari avec de l'arsenic. — Le jury admet des circonstances atténuantes, — parce qu'il est mainteitant établi que l'arsenic remplace le divorce pour les femmes qui ont des maris ennuyeux.

Chevreuil propose à sa maîtresse de se tuer ensemble : elle y consent. — Il l'étouffé avec un masque de poix. — Pour lui, il n'ose pas et change d'idée. — Le? jurés l'avaient condamné à mort ; — mais le roi a pensé que celte peine, destinée à expier le crime, était insuflisante pour la lâcheté; — il a commué la peine de Chevreuil en celle des travaux forcés.

^j^ Je voudrais bien ne pas faire comme font les journaux au si'jct des questions politiques de quelque importance. Par

exemple, ils ont parlé pendant un mois de l'alTaiiv Pritchani. — Puis l'affaire revient maintenant à la Chambre, — et ils répètent tout ce qu'ils en ont dit.

Les Guêpes se sont expliquées nettement sur ce sujet — lorsqu'il en a été question pour la première fois ; — il n'est rien survenu qui doive me faire changer d'opinion. — La France ne doit pas d'indemnité au consul Pritchani. Un de nos concitoyens est accusé d'un crime ou d'un délit; on 1 emprisonne ; — son emprisonnement porte à ses affaires et à son crédit un coup mortel. — Trois mois, six mois de prévention se passent, — le prévenu est enfin jugé et acquitté. — Le président ne lui dit pas seulement qu'il en est fâché, et («rdonne simplement qu'il soit mis en liberté, s'il Ji'cst détenu pour autre cause. — C'est ainsi que les choses se passent, — je n'entends pas dire par là qu'elles aient raison de se passer ainsi ; — mais enfin, il paraît qu'on n'a rien pu inventer de mieux jusqu'ici en faveur du peuple français, comme disent les crieurs des rues en vendant le discours du roi. — Il y a cinq ans et plus que j'ai, pour la première fois, demandé une réparation pour les prévenus reconnus innocents. Si .M. Prilchard se trouvait dans ce cas, si, après information, il avait été constaté qu'il n'avait jamais ameuté les naturels contre les Français, je trouverai^ parfaitement équitable qu'il fiH indemnisé du temps qu'on lui aurait fait perdre, et de l'avanie de lemprisonncment. — Je ne dirais pas : * Il ne faut pas faire pour M. Pritchard ce qu'on ne fait pas pour les Français ; » je diraÏN : « il faut faire pour M. Pritchard ce qui est juste, et ensuite faire pour les Français ce qu'on aura fait pour M. Pritchani. » — Mais loin de là : non-seulement il a été reconnu que M. Pritchard a été un instniment de haine contre nous, mais encore Inns les documenU* qu'on a recueillis depuis n'ont fait que constater de nouvelles inlrii,'ues et de nouvelles machinations. — Donc on ne doit pas d'indemnité à M. Pritrhard, pane qu'on n'a rien à réparer envers lui ; — celte indemnité, n'ayant rien â réparer, est des-

tinée à acheter quelque chose, ce quelque chose est la paix ; quand on achète la paix, il faut l'acheter souvent, la payer plus cher chaque fois, — et tinir par la guerre ; — mais alors on fait la guerre avec désavantage, — avec les bras et non avec le cœur ,

— parce qu'on n'a plus à défendre son honneur, qui est perdu. — Sur ce projet le ministre a escamoté un vote avec une grande audace.

.»ft^ Je parlais tout à l'heure de réclamations que j'ai faites sans résultat. Cela me remet en mémoire que j'ai été plus heureux dans une autre circonstance, en ceci seulement que mon observation a obtenu un résultat ; mais je doute fort que le résultat soit bon. Voici la chose : je m'étais élevé souvent contre la complicité apparente du roi avec les marchands d'orviétan et de bonbons honteux, — le public n'étant pas éclairé à ce sujet, et i|^norant que breveté du roi veut dire simplement qu'on .a versé à certaine caisse une certaine somme pour que l'on puisse, en cas de contrefaçon, faire constater la priorité d'une invention quelconque.

Breveté par le roi voulait dire, pour le public, — approuvé par le roi ; — pour approuver il faut connaître, et, dans cette opinion, le roi était forcé d'user de choses bien singulières et de goûter d'étranges préparations. — Il était de la dignité royale de faire cesser ce quiproquo, et les lecteurs des Guêpes savent que nous en avions donné le conseil ; — c'était môme un devoir de probité. — C'est bien assez que la douane partage le bénéfice des mélanges que font les marchands de vins — sans que l'on fasse la part du roi dans les gains des trafiquants les plus bizarres.

On a lini par prendre ces obser^'ations en considération, et on a imaginé de faire ajouter sur toutes les enseignes à ces mots :

— breveté du roi, ceux-ci : sans garantie du gouvernement. On est allé trop loin : il n'est pas vrai que le gouvernement

ne doive pas une garantie aux gens qui ont payé un brevet; —

308 LES G U ftp ES.

on leur (Joit la garantie et la proleclioii contre la contrefaçon ol contre tout empôclienient qui pourrait être apporté à l'exploitation lie leur brevet. De plus, <pie signifie cette phrase? n'est-ello pas au moins ridicule? — Le roi breveté — et le gouveniement ne garantit pas. Qu'est-ce que le gouvernement? — le ministère sans doute? Alors ce ne serait pas rcspeclueu.x. Est-ce le roi hii-niOme? il serait plus court et plus clair de dire siniplcinent : sans garantie. Il aurait été mieux, je crois, en toute façon, de dire : breveté du roi contre la contrefaçon, ce qui serait la vérité.

-^^ Je vous ai raconté, dans le temps, à quels excès peut se porter un homme qui a de l'huile à vendre. Voici maintenant un marchand de savon qui n'est pas plus modéré. Jamais l'in/ime n'aurait osé prendre son chapon de si loin. Ne perdez pas de vue, je vous prie, en lisant ce prospectus, qu'il s'agit simplement de.saion.

svvoN CHINOIS. (Prospectus.) — Pendant des milliers d'années, tout ce qui concerne l'empire chinois, son histoire, ses lois, ses coutumes, ont été pour le monde civilisé dp l'Europe et de r.\sie, couverts d'un voile impénétrable. En vain diverses entreprises ont eu lieu de temps en temps dans tous les siècles pour pénétrer dans ces provinces, soit à travers les vastes régions et les déserts de la Tarlarie, soit directement par mer.

(Ri tout cela pour aller chercher le véritable savon chinois ; — car, jusqu'à la découverte, on n'a jamais été réellement propre et on ne s'est pas véritablement lavé les mains.)

Mais toutes ces entreprises ont été trompées par la jalousie vigilante des despotes qui ont successivement gouverné (odieux despotisme, en effet, de vouloir qu'excepté les Chinois tout le reste du monde eiH les mains sales), agissant toujours selon la loi immuable (promulguée il y a plusieurs siècles par leur législateur Confucius) qui défend aux étrangers de résider ou môme de visiter temporairement ce pays (dans la crainte qu'on n'emportât le fameux savoni; quelque chose a pu cependant être re-

cueilli par ces premiers efforts, en commençant par le célèbre voyageur vénitien Marco-Poio, suivi de certains missionnaires, ei finalement par Tambassade anglaise de sir Georges Slaiinton. Mais ces légères connaissances ainsi obtenues servirent seulement à démontrer l'immensité des trésors (et des savons) cachés et non révélés, tandis que d'autres nations se soumettaient volontairement à être traitées avec dédain par les gouverneurs arrogants de cet empire, qui se déclarent pères du soleil et de la lune, et dieux vice-gérants sur la terre (et seuls possesseurs du savon chinois).

Le commerce de thé, permis à Canton aux étrangers barbares (ainsi qu'ils les appellent), ne nous donnait pas occasion li'acquérir les connaissances désirées, puisque marchands et autres engagés dans ce commerce étaient un peu mieux que des prisonniers, confinés dans un même bâtiment à l'une des extrémités de la ville, entourée par une haute muraille.

Nous avons pensé qu'il était convenable de faire précéder Y objet jjrinclpal dont il s'agit de ce court extrait de ce qui est connu sur la Chine ^owr préparer le lecteur à donner une juste valeur aux diflicultés rencontrées pour obtenir le précieux secret que nous avons maintenajit à relater.

C'était une remarque de sir Georges Slaunton et des gentilshommes attachés à son ambassade pendant la seule visite qui leur fut permise à Péking, siège et capitale de l'empire, que les Chinois du plus haut rang, avec qui ils communiquaient, avaient la peau d'j/ne (Cx/Mrc particulièrement douce. Un jour une question fut adressée à un haut mandarin pour en connaître, s'il était possible, la cause, et si cette particularité était naturelle ou le résultat de queltjue traitement spécial. Tout d'abord il avoua que naturellement leur peau était môme plus rude que celle des Européens accoutumés au travail manuel le plus rude, mais que cette douceur particulière qu'ils avaient tant admirée était la conséquence de l'usage qu'ils faisaient chaque matin pour leurs V. 18

ablutions et dans leurs bains d'un savon dont il it^norait lui-m»?me la composition. (Savon étonnant, en eflet, qu'un savon qui change la texture de la peau!)

Il ajoutait que la falirication n'en était permise que dans un petit nombre des principales villes de l'empire, étant expressément réservé à l'usage du céleste empereur lui-mérae, des dames de sa cour et des plus hauts magistrats; — que ce secret était seulement connu de quelques individus, ayant été transmis de père en fils, de génération en génération. Par suite de la dernière guerre entre l'Angleterre et la Chine, et de la prise de Ningpo, où était le siège de l'une des manufactures impériales de savons, les Anglais en prirent possession, et un de nos amis obtint enfin, à force d'un beau présent pécuniaire, le secret si longtemps gardé, et dont nous sommes les seuls possesseurs; et, pour être bref, nous l'avons nommé : savon cunois. Sous le patrotuujr du céleste emperrur.

(Voilà bien les hommes! L'empereur s'appelle céleste empereur depuis qu'on a son savon ; — quand il ne voulait pas le donner, c'était (voir plus haut) un despote et un (jonvrrncment arrogant. Les marchands de savon ne valent pas mieux que les hommes!)

^^^ La nouvelle mesure prise par M. le ministre de l'intérieur relativement aux employés de ses bureaux n'a pas eu leur assentiment. Il y avait une sorte de prescription acquise û l'abus qui s'était établi graduellement de ne venir que fort tard aux bureaux et de s'en aller de bonne heure. On a murmuré, mais il a fallu se soumettre. On arrive aujourd'hui ponctuellement â neuf heures, et on signe la feuille de présence ; mais comme on n'a pas eu le temps de déjeuner, presque en arrivant on se met â faire une cuisine que son odeur trahit au loin. — On fait cuire des côtelettes et rôtir des boudins, — après quoi on élabore son petit café. — C'est ainsi que tout le monde est satisfait, le ministre et les employés. — L'heure enlevée au loisir n'est pas

cependant conquise pour le travail. Le ministère de l'intérieur ressemble à certaines heures à l'établissement essayé par M. de Botherel.

^^ Nous avons parlé déjà de M. Jasmin, le coiiïeur-poëte auquel S. M. Louis-Philippe a donné une montre avec des breloques en graines d'Amérique. M. Jasmin est retourné à sa boutique d'Agen, où il rase ses pratiques et les étrangers qu'attire la curiosité de voir un homme aussi justement célèbre. Mon frère Eugène m'écrit que comme il passait dernièrement par Agen avec un de ses amis, ils allèrent se faire raser chez M. Jasmin, lequel se mit à la besogne tout en leur récitant ses vers en patois dont ils ne comprirent pas un mot. Ce que comprit bientôt l'ami de mon frère, qui s'était exposé le premier au fer du poète, c'est qu'il reçut une magnifique balafre à la joue. Mon frère, qui a été soldat, et n'avait pas peur d'un coup de sabre, n'osa pas affronter le rasoir de M. Jasmin et remporta sa barbe à Bordeaux.

Le blessé fut encore obligé de payer les frais de la guerre.

— 11 refusa, il est vrai, d'acheter les œuvres que lui offrit M. Jasmin ; mais il fallut payer trente sous un pain de savon qui en valait bien huit.

-î^jç M. Dupin, comme on sait, ayant appelé M. Clausel Calpiirnius, — M. Clausel revint à Paris, et lui expUqua que ces façons de parler sont bonnes entre avocats qui jouent un itkle;

— que, dites à un soldat, elles avaient un inconvénient qu'il était bon que M. Dupin connût une fois pour toutes Cependant l'alTaire s'arrangea.

M. Dupin dit qu'il avait appelé, il est vrai, M. Clausel Calpurnius; mais qu'il ne s'agissait là ni de Calpurnius ni de M. Clausel. Depuis ce temps tous les efforts de M. Dupin ont été tournés vers l'aljohtion du duel; tout cela est fort bien, nous en avons dit notre opinion en temps et lieu ; — mais si vous voulez supprimer le duel, — il faut aussi supprimer l'offense qui

le rend nécessaire, — il faut que celte oITense soit punie de façon à le rendre presque impossible, — et aussi à satisfaire la vengeance de l'insulté. Je ne m'aperçois pas qu'on y songe beaucoup. Exemple :

M. K.itai-r a plaidé contre M. Mascarelli, et il a perdu .ses procès; — il le rencontre un jour sur le boulmard, et il l'insidlc grossièrement. M. Mascarelli feint de ne pas renlcndre, et, pou: se mettre à l'abri, à la fois, des injures de son adversaire et di sa propre colère, il quitte le boulevard cl entre dans le passagi' des Panoramas. M. Kalaër l'y poursuit, et, à bout d'invectives, il lui crache au visage.

M. Mascarelli respecte les lois, — et défère M. KataiM' aii\ tribunaux. — Les tribunaux ècoutclit le récit des faits, et condamnent M. Kalaër à dix francs d'amende au profil du trésor! Il paraît que ces scéiu's de violence aflligent beaucoup le trésor, car, en ce cas-là, on lui oITrc toujours une liche de consolalion; le trésor satisfait, on peut penser à M. Mascarelli, et on cstinn; que, pour deux cents francs, il peut permettre qu'on lui craduau visage ; — que c'est un bon prix, — un prix honnête, qu'il faut être raisonnable, — et qu'il faut vendre bon marché i.i l'on veut vendre beaucoup ; — (piesi, après cela, M. Mascarelli u'esl pas content, c'est qu'il n'est pas raisonnable; — ainsi il a été jugé par messieurs les juges de la sixième chambre.

Eli bien! il y a bien des gens qui, en cas pareil, — auront soin de faire leurs affaires eux-mêmes. — Je vous le dis, t'u vérité, ce n'est pas ainsi que vous enipéchercz le duel.

-•W^ L'nc lellre de .Madrid ilu 17 janvier annonce <pic le baron de Mecr vient d'être nonuné grand de Caslille, sous la dénomination de vicomte de la Loyauté. Nous avons déjà reman|ué ce qu'il y a d'économique dans des titres métaphysiques. .Nous remarquons aujourd'hui la singulière hiérarchie qui existe entrr les diverses vertus ou qui sert d apanage à la nouvelle grandess»* espagnole. Nous avons vu Ksparlcro duc de la Victoire . — La

victoire est duchesse, — la loyauté n'est que vicomtesse. — 11 serait curieux de savoir quels titres ont la chasteté, le désint-'ressement, la sohriété, le courage, le dévouement, etc.

i^j; S'il est un gouvernement singulier, c'est le gouvern.. ment électif, — comme celui, par exemple, sous lequel nous vivons. Les grades inférieurs nomment auï grades supérieurs; les électeurs qui sont censés moins éclairés, apprécient les éligibles, qui sont censés l'être d'avantage et choisissent parmi eux. — On n'a pas encore osé appliquer ce système à l'armée, où ce ne sont pas encore les soldats qui nomment leurs officiers. — (J'ai toujours peur, quand je dénonce ainsi quehjue idée bien saugrenue, de ne faire que l'indiquer aux novateurs.)

-^^^ Toujours est-il que les femmes ont accepté depui:; longtemps une tM'dunie de ce genre en fait de parure. — et qu'elles se sont soumises au joug des bossues avec une abnégation ilont je ne les croyais pas capables.

Les femmes contrefaites, difformes, informes ou seulement énormes ou maigres, ont imaginé de s'enfermer et de se ficeler dans des choses connues sous le nom de corsets. — Les unes ne remplissent pas cette boîte, qui a à peu près la forme normale d'une femme, elles comblent les vides par du coton. Les autres ont de quoi la remplir, mais la totalité de leurs charmes n'est pas convenablement répartie, et lesdits charmes sont exposés à un peu de confusion, on les divise alors de la manière la plus avantageuse possible dans les divers compartiments qui composent le corset. La masse générale ainsi divisée a l'air d'une femme, mais comme l'eau a la forme de la carafe qui la r onlient : quand on Aie le corset, c'est comme si on brisait la carafe, — l'eau reprend son niveau. — Certes, c'était beaucoup déjà que d'avoir ainsi complété ou corrigé la nature; — mais ce n'était pas suffisant. — Si les femmes trop grosses ou trop maigres, bossues ou mal fajlcs, avaient seules adopté les corsets, elles auraient perdu môme l'admiration des gens nombreux qui ne

is«

s'aperçoivent pas de ces choses-là. — Elles ontpersundé à toutes les autres femmes qu'il fallait cacher leur taille et leurs charmes naturels dans les mt'mes boîtes, — de telle sorte que, pour paraître une femme bien faite, il ne s'agit plus que de remplir lesdiles boîtes n'importe comment.

^^ Quelques femmes, ayant la jambe mal faite ou trop gr<*le, — ont trouvé chez les hommes un exemple tout pr(?t. Depuis longtemps déjà les bancals et les cagneux ont caché les jambes des autres aussi bien que les leurs sous les larges étuis du pantalon remplaçant la culotte courte. — Elles ont établi <pic la décence obligeait toutes les femmes à dissimuler leurs jambes au moyen de fourreaux pareils. — Elles n'ont pas encore réussi, et on voit encore quelques jolies jambes par les rues, mais chaque jour voit diminuer le nombre des récalcitrantes.

Tout ceci n'est que la préface de ce que j'ai à dire à propos des jupes démesurément longues que les femmes ont adoptées depuis quelque temps. — Les jupes longues ont, il est vrai, une sorte de grâce majestueuse qui ne messied pas à certaines femmes ; mais cela cache les pieds. — Il est évident que les premières robes longues ont été portées par des femmes qui avaient de grands et gros pieds. — D'abord elles ont adopté timidement ce costume, — puis elles ont commencé à dire que cela était comme il faut, que cela était bien porté. — Les autres femmes l'ont cru, et ont caché leurs jolis pieds sous ces longues jupes destinées à cacher les gros pieds de leurs rivales.

Jfi!^ Je n'aurais cependant rien à dire contre les longues robes, parce (pie, malgré les efforts des unes, et grâce aux efforts des autres, elles laissent voir le pied de temps en temps. — C'est trés-agréable de voir plus rarement un vilain pied ; c'est plus agréable d'en voir un joH qui a l'air de se cacher, — le pied passe à l'état de beauté secrète ; — c'est presque une faveur que de le connaître. — Mais, avant tout, la pntpreté qui est un devoir chez les hommes, est une vertu chez les femmes,

— et une vraie vertu ; non pas de ces vertus que tout le monde nie chez les autres, que tout le monde prétend avoir et que personne n'a; — non, c'est une vertu indispensable. — Eh bien ! — les robes longues ne peuvent être portées que par les femmes qui ne sortent que dans une voiture à elles ; mais celles qui sortent à pied, celles qui sortent en omnibus et même en fiacre, — affligent les regards du spectacle le plus révoltant.

Le luxe et la richesse vont bien aux femmes, — c'est même pour les leur donner qu'ils ont véritablement du prix, — et j'aime bien ce mot d'un amant à sa maîtresse, qui regardait une étoile : — a Oh ! ne la désirez pas, je vous en prie, je ne pourrais pas vous la donner. » Quelle douce et ravissante occupation que de réunir autour d'une femme aimée — les diamants et l'or qui se cachent au centre de la terre, — et les perles qui dorment au fond des mers, — et de faire venir de tous les points de la terre les ouvrages les plus merveilleux! — Pauvres poètes que nous sommes, qui ne pouvons donner que des (leurs et des vers !

^;^ Toujours est-il qu'il est quelque chose au-dessous de la pauvreté, c'est la tentation non réussie de paraître riche. — Quelle que soit sa position, une femme d'esprit ne trahira jamais de pareils efforts; — elle ne poursuivra pas le luxe, elle le dédaignera. — Elle sera simple, — elle n'imitera pas les femmes qui vont en voiture, elle trouvera d'aller à pied une manière si élégante, que les femmes en voiture en seront jalouses. La sotte porte des diamants faux, la femme d'esprit qui n'est pas riche ne porte pas de bijoux, et celles qui ont les plus beaux diamants s'aperçoivent qu'ils ne servent qu'à l'encadrer et à la faire ressortir ; — elles s'en irritent et disent que c'est prétentieux.

Une autre invention qu'ont eue certaines femmes que la nature a ébauchées avec précipitation, c'est de se gonfler les hanches avec une telle exagération, que ce n'est pas même l'imita-

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tioii de quelque cho?e de vrai ; — les femmes bien faites ont eu la sottise de suivre cette mode, — qui cache à la fois les formes qu'elles ont et celles que n'ont pas leurs rivales plus habiles; — toutes portent des formes liuisses.

J^. C'est encore un genre do vol, monsieur Pied-Xoir, — il faut l'avouer, — et ensuite on se plaindra de l'inconstance des hommes! La femme que l'on obtient ressemble si pou quel- <luefois, — grAce à ces mensonges odieux, — à la femme (jiie l'on a désirée, que ce serait une réelle infidélité à celle-ci qun de continuer à aimer la première.

Pendant que nous sommes sur ce chapitre scabreux, nous devons, pour tout dire et pour être juste, constater une réaction qui s'opère quelquefois contre les bossues, les grêles et les obèses.

Jl^ Qu'une jolie femme surmonte d'un chapeau jaune les boucles ruisselantes de ses cheveux noirs, — les autres femmes attribuent sa beauté et son succès à ceci qu'elle a un chapcoii jaune, — et toutes vont mettre des chapeaux jaunos, fussentelles blondes comme madame la duchesse d'Aumale. Le jaune devient à la mode ! — Ou'une femme bien faite imagine de porter des manches justes qui dessinent les contours de ses bra'<. il n'est pas une sauterelle qui se prive de porter des manches justes et d'aflliger les regards — par les \)\us tristes maigreurs. Je suis, monsieur IMed-Noir, votre serviteur, .\. K.

l" IN DU CI .N o L 1 1. M L \ U 1. L M i:

AOUT. — Deuil et fêtes un peu trop mêlés. — Los récompenses de la vertu et les récompenses du vice. — Une grande révélation sur M. Eugèîio Sue.— Espartero considéré comme abonné.— Les morts payent l'amendi'.

— M. le préfet de police et les afTiches. — L'œillet bleu. — Un savai"'.

— On sait enfin à quoi s'en tenir sur les dents des musaraignes. - Les journaux et les épiciers.— Un aubergiste de Trouville et .M. Ancclot.

— Un journal légitimiste, gastronomique et religieux i

SEPTEMBRE. — La reine d'Angleterre en France.— L'air le plus pur selon M. Ancclot. — La justice. —MM. Michclet et Quinet. — Le chemin de fer de Rouen. — Une arrestation. — Faillites. — Le marquis de laTuite. - Uneamende de soixante centimes. — Deux électeurs. — Circonstances atténuantes. — Discours latin. — I>iverses classes de journaux. — Panem et circenses. — Travailler pour gagner sa vie n'est pas un état. — M. Vivier chez MM. Zimraermann et Adolphe Adam. — Titri' métaphysique et dons. — Polémique — Lundi i seiitembre, • . 1">

OCTOBRE. — Les fortifications. — Hommage que les Guépa se rendent à elles-mêmes.— Tu l'as voulu, George Dandin.— Révolution parlementaire dans le conseil municipal de Lille.— Une galerie de tableaux.— Le comité viticole. — M. de Lamartine. — La gélatine. — La douane. — Compte rendu ô\

NOVEMBRE. — Unetempôte dans un verre d'eau. — La nouvelle montagne en travail. — Abus de la prérogative royale.— Toasts et discours. — Plus rien. — Quelques annonces, dont l'une tout à fait immodeste. — Un plaidoyer. — Comme quoi la contrefaçon sera à l'avenir prohibée dans les endroits où on ne la fait pas.— Les artisans poètes. — M. Piquet. — Une lettre de Belgique. — Observations. — Un préfet marchand do paniers. — Réponse à une réponse de M. Gréterin, directeur des douanes 4S

DÉCEMBRE. — Le livre du marquis de Custine.— Accord du roi de France, de l'empereur de Russie, de M. de Custine et des Guêpes. — La Seino mise en bouteilles. — Une envie de femme grosse. — Circonstances atténuantes. — Le gouvernement représentatif est enfin une vérité. — Hautes destinées d'un serpent. — Conseils audit serpent. — Justice rendue à M. Guizot. — M. G. de Saint-Gervais. — M. Ancelot. — Madame Doche. — Madame Roland. — La duchesse d'Orléans et les fleurs. — La régie des contributions indirectes et la Charte constitutionnelle. — Un duel manqué Gl

JANVIER. — La famille Arago. — Los journaux. — .\mélioration3 et élévations des conditions. — Du serment politique. — Nouvelles études de mœurs. — L'Université et le clergé. — Trois variétés do latia de cuisine. — Les tortiûcations de Paris. — Sur la guerre d'Afrique. . . 86

FÉVRIER. — Un ostensoir à vendre. — Les claqueurs. — Saint Adhémar. — La Réforme et les Guêpe». — Lee, révélations de M. Madier de Montjau.

— La direction des Beaux-Arts. — L'École buissonnièrc. — Le lise. — M. de .Salvandy. — Trois fauteuils de l'Académie. — Le serment. — Flétrissures réciproques. — Du Paris à Rouen par le chemin de fer, impressions de voyage. — Le ruisseau 100

JdARS. — Les incarnations de M. Graeb. — Fabrication d'un ancêtre. — Comme quoi les Guêpes l'avaient bien dit h la reine Pomaré. — Une omelette atténuante..- La statue de Rossini.— Les boucheries illustrées.

— Le chevalier de la Légion d'honneur malgré lui. — Un voyage do S. M. Louis-I'hilippc au uonl Saint-Michel liS

AVRIL. — Le printemps. — Les marchands do vin. — Une réclamation. — Buste de M. Guizot. — Une confession. — Musée du Louvre : MM. Gudin, Crépin, Thnnt.is, Couture, Alfred Dodreux, etc. — Lettre do Swift en n*). — Une hi.-^toirc h propos d'un vantleville. — De quelques abus. — Administrations des chemins de fer de Rouen et de Saint-Germain. — Les marchands d'hommes. — M. Chercau 138

MAI. — Le jardin du Luxembourg. — Un mariage spiritueL — M. de Strada. — M. Soult. — Une commande du gouvernement. — Un créancier de l'État au ministère des finances. — Un homme de lettres décoré. — Les pions et les bedeaux. —M. Ledru-Rollin et M. le ministre de la marine. — M. Bourgogne. — Une séance de l'Institut. — A M. *** . 156

JUIN. — M. Buloz. — La Bévue de Paris entre dans une nouvelle voie, bon voyage. — Un essai peu hardi fait par l'administration du chemin de fer. — Impôts sur le luxe. — Le roi de France représenté par des chevaux. — Sur la brochure du prince de Joinville. — Mésaventure du lieutenant Petit. — Dictionnaire français-français. (Suite). . , . 174

JUILLET. — Affaire DononCadot.— Les avocats. — Les jurés. — Les circonstances atténuantes.— M. Hébert.— M» Chaix d'Est-Ange.— Un fratricide. — Une idée ingénieuse'de l'administration des chemins de fer. — Autre idée non moins ingénieuse delà même administration. —Moyen de s'en préserver.— Un moyen nouveau de fumer quand on n'a pas de cigare. — La dotation du duc de Nemours. — Un synonyme. — Un trait d'impartialité. — M. A. Dumas. — Les oeillets rouges. — Paris d'après les journaux. — Une messe à Saint-Euslache. — Le marquis Tristan de Kovigo 183

AOUT. — Le gouvernement représentatif. — Sur la messe en musique à l'église Saint-Eustache; tarif des chaises.— Madame Lafarge, madame Lacoste et Donon-Cadot. — Loi sur la chasse. — Réclame du baron lYvan.

— L'ordre des avocats et la cour de cassation. — Les régates ; prix du prince de Joinville; prix de la ville. — M. Thiers et M. Guizot. —La garde municipale le -29 juillet I8ii 199

SEPTE.MBRE. — Ce qu'on gagne à passer sur le pont de'Roucn. — L'argent de papier. —Affaire de Maroc. — Attitude des divers carrés de papier. — M. Bugeaud et M. Grandménil. — Le prince de Joinville et M. du Buat. — La fée Grognon. — Gracieuse et Percinet. — M. Armand Berlin. — M. Félix Solar. — M. de Mackau, ministre pour tout faire. — M. de Bonald. — Les femmes, l'arsenic et les maris. — Deux perruques. — Le mort vivant. — La fille garçon. — Les morts payent les frais. — Pritchard, le comptoir et la chaire 211

OCTOBRE. — La mer consignée par M. Gréterin.!— Un nouveau rossignol. — Comment on devient la justice et le gouvernement.— Madame Sand et un boulanger. — M. Fion. — Les drapeaux marocains. — Le roi ne veut plus être confondu avec les marchands d'allumettes chimiques.

— Les chemins de fer. — Les prisonniers 220

NOVEMBRE.— A M. Démange, épicier. — Une triste histoire. — Circonstances atténuantes à expliquer. — La paix. — Une chanson. — M. Gui-

zot. — Les banquiers et les voyageurs. — Les partis dans les part"s.

— M. Berryer. — Défense de Tiare suprOme. — De la criti(iue littéraire derrière la toile. — M. Léon Coxlan. — M. de Rémusat. — Nouveaux bonbons. — M. le premier président et les avocats. — M. Bugeaud et les Guêpes. — Pronostics d'icellcs 245

î ECEMBRE. — Ce qu'on peut faire d'une vieille perruque.— Un millionnaire.— Le bon Dieu de Rouen et le bon Dieu de Paris.— Les élrangleurs.

— La musique ancienne el la musique moderne. — L'incendie de In rue Cadet.— Les pompiers et le peuple de Paris.— Une lettre que M. Guizot a failli srgner. — Le tabac et Taniende. — Le crime do ne i)as avoir cinq francs. — L'arsenic remplace le divorce 2.*i9

J.WVIER. — Les Guêpe» en fourrière. — Comment elles sont remplacées.

— Étrennes du jury. — Une manière de se défaire de ses enfants, et trois manières de se défaire de son mari. — Les chemins do fer. — Un ixcmple. — Le crime de n'avoir pas cinq francs. — .Sur la poésie des diablotins.— Discours au roi. — M. Séguier. — M. le nonce apostolique.

.S. M. Louis-Philippe et les Guêpes ne sont pas d'accord. —M. Barihc.

— M. Halévy. — M. Villeniain. — Le jury acquitté. — Excommunication de M. E. Sue. — Vn mauvais ménage. — Les bals de l'Opéra. — Le Mémoire de M. Pillet. — Vt\ trafic — Tulou grammairien. — M. Danton, -'i

FÉVRIER. — Pouniuoi ce volume est dédié à M. Pied-Noir, — el ce que c'est que M. Pied-Noir. —M. Dujircz. — Le chantage. — Dénombrement de la troupe de M. Pied-Noir. — Un journal très-bien écrit. — La vertu esccrpc'e. — Pourquoi on construit dis maisons jjour les aliénés. — M. Trois-fttoi!cs député. — Sur les comédies de M. Empis. — Du chantage à la Comédie-Française. — Les barons de grande route. . . ïî«

FI> liE L* TADLK DU l INOIIÏMK VOLtUf. \

J'cria, — Imprimerie A. Wihih.mieiu, 8, rue Monlmorency.

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