‹ Les guêpes (volume 4)Chapitre 4 sur 12 · RUE VIVIENNE, 2 BIS · texte numérisé non relu

RUE VIVIENNE, 2 BIS

Reproduction ot trailucllon réscrvérs.

LES

GUEPES

Mai-s I84J.

M. Thiers fait chanter le roi. — Les maris considérés comme animaux nuisibles. — Les (iéputés fument. — Séances politiques et séances non politiques. — L'Académie française : — Nodier, — Casimir Delavigne,

— M. Hugo, — M. Sainte-Beuve, — M. de Salvaudy, — M. Royei-Collard, — Madame Ancelot. — Engueulement a la Cliambre des pairs. — Les avocats à iNew-York. — M. le duc de Xemours et M. le marquis du Hallays. — Le siège d'une loge. — Les divans sauvés. — Désogrémeuls éprouvés par M. Cu\illier-Fleury. — Les crêpes de Cliine et M. Gréterin.

— M. le marquis de Larochejaquelein décoré de Juillet. — M. Onslow «t son locataire, son confrère, son protégé et son co-Auvergiiat. — S. M. la reine, les danseuses viennoises et le curé de Notre-Dai.ie de- Lorette. — Une danseuse viennoise... mâle. — Révélations sur l'intérieur de certains ministères. — Spectacle à l'hôtel Castellane.

^^ Dans le dernier volume, — dédié à M. Pied-Aoir, — j'ai oublié de mentionner un exemple de chantage assez curieux. Quand AI. Thiers est ministre, les journaux où il est influent parlent du roi en faisant précéder son nom des deux lettres S. M. Quand M. Thiers n'est plus ministre, les mêmes journaux suppriment les consonnes au roi, et ne les lui rendent que lors-

s LES GUÊPES.

que M. Thiers rentre aux affaires ; — nous avions dit comment les députés faisaient chauler les mmistres, — on sait maintenant coiiuuciil les iuinislres l'ont chauler le roi. — Nous voici arrivé à la limite que nous assigne riiçoureusement le respect.

^^ 11 serait temps que la Chambre des députés classAt les maris comme i^iljier, — et, les couvrant d'une é^ale sollicitude, — défendit au moins, en certains temps prohibés, la chasse ijue leui'font en ce moment leurs femmes. — Les journaux enregistrent cliaque jour de nouveaux exemples de femmes qui considèrent leui s tpuux comme animaux nuisibles, dont la destruction est permise en tous temps, sucrent leur café et salent leur potage avec de l'arsenic, — ou les détruisent au moyen de boulettes comme un fait puur les chiens errants et pour les rats qui n'errent pas assez. Nous signalons comme variété une femme qui se^l faite veuve au moyen d'un coup de fusil, à Laon, —et une autre (jui, prohlant de ce (pie son mari goûtait un profond iiommeil dCi à l'ivresse, alluma dans la chambie où il reposait cinq ou bix fourneaux pleins de charbon, ferma soigneusement les portes et alla se promener.

f^tj; Le prince Tulliakin, qui vient de mourir, occupait, depuis longtemps un appartement sur le boulevard Montmartre, n" 10, je crois. — Cette maison fut autrefois habitée par Uossiiii. — Tout te que je me rappelle de cei appartement, où j'ai cependant, je crois, dîné et passé la soirée il y a plusieurs années, c est qu'il y avait sur les murs jdusieurs ravissantes lélcs de Grcuze.

Le prince, peu de jours avant sa mort, avait renouvelé pour six ans le bail de bon a^ipartement, et il se plaignait partout de la nditulti inaiiie du piopriétaire de la maison, qui n'avait pas voulu lui donner un bail plus long. — C'était, disait-il, un vrai chagrin, et il ne savait où il irait dans six ans. — Nos chagrins jieM)iit pus plus vrais que nos plaisirs.

^^^ Uuclqu'uu qu'où devrait bien appeler Fo-lau-si, c'est

MARS 18 45. s

M. Gréterin. Le gouvernement envoie une expédition en Chine pour conclure un traité de commerce; et, pendant ce temps, M. Gréterin conçoit l'idée ingénieuse qu'il a mise à exécution ces jours derniers : en vertu d'une ancienne loi ou ordonnance tombée en désuétude, il a l'ait saisir dans les magasins de nouveautés tout ce qui s'est trouvé de crêpes de Chine, sous prétexte de protéger les fabriques de Lyon. Or, on ne fait à Lyon que des imitations imparfaites de crêpes de Chine. — Si vous supprimez le véritable crêpe de t^hine, vous détruisez l'impôt mis sur la vanité des femmes qui veulent faire semblant d'en avoir de véritables, et vous rendez impossible la vente des crêpes de Lyon. Supprimez les diamants, et je gage que les fabricants de diamants faux n'en vendent pas un en dix ans. — C'est un des côtés absurdes du système dit de protection, sur lequel j'ai déjà dit mon avis.

^^ On s'est beaucoup occupé d'une grande victoire remportée par M. le duc de ^'emour6, — qui a pris, après un mois de tranchée ouverte, — la loge de M. le marquis du Hallays, à l'Opéra. — AL du Hallays a fait une fort belle défense; il est sorti avec les honneurs de la guerre, — avec fauteuils et divans. — M. Cuvillier-Fleury, que son ardeur avait entraîné dans la place avant la capitulation et qui s'était emparé des fauteuils, a eu beaucoup à iouffrir de la part des assiégés; — il a été, pour sa part, obligé de lever le siège. Voici, en deux mots, l'histoire dans laquelle les personnes qui entourent M. le duc de Nemours l'ont fort compromis.

M. le nian|uis du Ilaliays — est, depuis huit ans, locataire dune loge davant-scéue; il est d'usage, à l'Opéra, de ne louer les loges que pour un an, mais on ne les considère comme vacantes que bur le refus du locataire de les conserver. — M. le duc de Nemours eut envie de la loge de M. du Hallays, — et ses fanniiers la louèrent sans cérémonie et sans avertir le prince qu'elle n'était pas libre, et qu'il y avait au moins une démarche

de politesse à faire vis-à-vis de la personne qui l'occupait. — Je crois savoir que, si M. le duc de Nemours avait fait prier M. du Hallays de lui donner sa loge, — celui-ci eût clé contrarié de la perdre, mais il eût cédé au désir du prince, sinon avec empressement, du moins avec bonne grâce.

Sous TEmpire, la reine llortcnse eut une fantaisie pareille. — Madame G"* avait à l'Opéra une loge voisine de celle de la princesse de Noufchàtel. La reine alla voir madame G"* et lui dit : « J'aurais bien envie de votre loge, je la réunirais par une porte de communication à celle de la princesse, — maisje n'ose vous la demander, o Madame G"* — offrit sa loge avec empressement, — en ayant la bonne grâce de dire (iu'elle en aurait facilement une autre. « Eh bien ! dit la reine, nous verrons quand vous en aurez une convenable. • Madame G*** insista pour que la reine prit tout de suite la loge. « Non, vraiment, — répondilelle, — je ne la prendrai que lorsque je vous aurai vue bien installée dans une autre. — L'empereur ne me pardonnerait pas s'il savait que je vous ai demandé votre loge. «

<«^^ Dans une alïaire récente, un voleur qui jouit d'une certaine célébrité. Bourgeois, dit Misère, racontait au tribunal que, crochetant une porte, il n'avait pu venir à bout de l'ouvrir. « C'était, dit-il, une serrure.... C'est dkgoitant des serrures comme va ! » M. Ficliet, serrurier mécanicien à Paris, connu parles affiches dont il a couvert les murs pendant si longtemps, avait fait oiTrir à Bourgeois cinq cents francs, si, dans l'appel, il répétait cette phrase, en disant que les serrures si dégoûtantes sortaient des ateliers de M. Fichet. — Le pourvoi fut rejeté.

i^lJ^ Une chose doit préoccuper quand on examine la quantité d'empoisonnements qui sont déféiés à la justice. — Comment se fait-il, demandent certaines personnes, que les femmes qui veulent se défaire dt* leurs maris enq)loient invariableintiil larsenic, — ce poi.son maladroit dont tous les symptùmos sont connus, et qui laisse des traces si faciles ù reconnaître ? — Hélas !

il faut répondre à ceci : C'est que les seuls empoisonnements découverts sont sans doute ceux qui ont été faits maladroitement et au moyen de l'arsenic, et que bon nombre d'autres restent ignorés. — L'arsenic est un poison peu comme il faut. — Il est aujourd'hui ce qu'était l'aconit chez les Romains. On ne se serait pas permis d'empoisonner avec l'aconil un personnage d'un certain rang. — Quand on vouUit faire un dieu de l'empereur Claude, on l'empoisonna avec des champignons. — Plus près de nous, on sait les gants parfumés qu'il sufTisait de mettre, les fruits qu'il suffisait de sentir, pour mourir à l'instant. — De notre temps, on connaît les poisons ingénieux et variés de M. Victor Hugo.

^^ Le rédacteur d'un journal de Rouen qui me tombe par hasard sous la main, — parlant d'une des petites comédies jouées à la Chambre des pairs par M. de Montalembert, appelle plaisamment son discours . Oralio pro cpiscopis. — Malheureusement il a dit episcopibus, qui est un barbarisme ;— qu'il prenne garde : les jésuites ont fouetté bien des gens pour moins que cela. J'en voulais venir à dire que voici un homme lettré, un homme qui est probablement bachelier ès-lettres, — un homme qui a, comme tout le monde, passé huit ou neuf ans à apprendre le latin, — et aujourd'hui il est un peu moins fort qu'il ne l'était à l'âge de neuf ans, quand il faisait sa septième ; car alors il n'aurait pas dit épiscopibus. Cela confirme ce que je crie sur les toits depuis si longtemps : que , sur cent écoliers qui apprennent le latin et n'apprennent pas autre chose, au bout de huit ans de classe, il y en a à peu près douze qui le savent passablement ; — huit ans plus tard, six au moins de ces douze l'ont oublié; — et , sur les six qui le savent encore, — il n'y en a guère que deux ou trois auxquels il sert à quelque chose.

-^^ Par exemple, on exige aujourd'hui le titre de bachelier pour une foule de professions qui n'en ont aucun besoin. — Et une des preuves à en donner, c'est qu'une fois l'impôt payé, une fois le diplôme obtenu, on se met à oublier toutes ces choses

6 LES orêPES. .

diffuses et confuses qui composent les qnestions dn bnccalauréat. Je gage que si ce matin — on nllait trouver inopin«^ment M. de Salvandy, ministre de l'instruption publique, et qu'on voulftt lui faire passer l'examen pour le baccalauréat, il serait fort embarrassé.

J^}^ A propos de M le comte de Salvandy, — j'ai deux clioses à dire : la première , c'est qu'à la séance de réception de M. Sainte-Beuve à l'Académie, il s'était placé le plus loin possible de M. Villemain , qui reparaissait en public comme secrétaire perpétuel et qui a été accueilli avec applaudissements; la seconde, c'est que j'ai écrit à M. de Salvandy pour lui demander, en faveur d'une vieille pauvre maîtresse d'école du village que j'habilo, un secours sur les fonds de son ministère, et qu'il m'a accordé cent francs pour elle avec beaucoup de bonne grâce et de promptitude.

1)^^ Je n'avais pas rencontré M. Sainte-Beuve deptiis le jour où, il y a quatre ans , — il était venu me voir de la part de M. Cousin; — je l'ai revu ;^ l'Institut : — il avait échangé une certaine redingote fauve rontre l'babit brodé de feuillage; il était tout pimpant et tout coquet ; — il avait ramené ses rares cheveux sur le devant de la tête , en vertu de cette formule d'arithmétique -.j'en cinpnmie un qui vaut di.r. — M. Sainte-Beuve est un esprit subtil et délicat; — quelques variations survenues dans ses opinions litU'raires ont laissé les gens indécis. — A-t-il été d'abord aveuglé par ses amitiés? — a-t-il été plus tard entraîné par quelques intér<îts? M. Sainte-Beuve devait ôtrc de l'Académie, et il a éU5 bien accueilli.

Le discours de M. Hugo, chargé de répondre au récipiendaire, a eu cette fois quelque chose de plus que de 1 élévation. M. Hugo a trouvé moyen de rq^rnidrc l'éjoge de Nodier, — si mal fait dans la séance précédente par M. Mérimée et par M. K lien ne.

-H^jç C'est une chose que je tmuve à peti prés un mallieur

pour 31 Hugo fpie d'avoir é[^ doux fois d^'signé par le hasard pour faire l'éloge d'un homme qu'il n'aimait pas , je crois , bien tendrement; — c'est encore un peu menfir que dire même des choses vraies quand on ne les pense pas. — Cependant, M. Hugo a adroitement choisi les côtés par lesquels il lui était le plus facile de louer Casimir Delavigne. Le discours de W. Hugo est resté dans une région aussi élevée qu'il est possihle, sans entrer dans la région des nuages ; — il a profité de l'ouvrage de M. Sainte-Beuve sur Port-Royal pour dire d'excellentes choses et en mémo temps des flatteries délicates à M. Royer-Collard, qui , assis à côté de M. de Salvandy, dans un coin , laissait voir un grand contentement sur sa physionomie fine et expressive.

-^^ Quoique le jour dur et aigre que donne le toit de verre de la salle des séances soit peu favorable à la beauté des femmes, elles y assistent en grand nombre , — surtout lorsque doit parler M. Hugo, qui est fort à la mode. — Je ne crois pas que ces dames s'amusent beaucoup des discours, — mais c'est un spectacle où on voit et où on est me. — Sous ce dernier rapport, il faut répéter que des femmes, que je sais charmantes partout ailleurs, n'y paraissent nullement jolies; — J'en excepte une. — A toute femme qui me demandera laquelle , — je dirai : « Madame, c'est vous. »

Quelques belles dames n'arrivent jamais que trop tard ; — c'est une faveur que d'avoir des billets pour certaines séances , mais c'est une faveur qu'on partage avec beaucoup de monde. — En arrivant avec tout le monde, on a une des places qui sont vacantes, mais en arrivant tard, il n'y a .plus de place, et on vous en fait une. — Quelques femmes se mettent alors péleméie avec les afadémiriens , qui ne s'en plaignent pas. — C'est ce qui est arrivé à la dernière séance â madame Ancelot. — Mais de la part d'une femme qui écrit , je ne trouve pas de bon goût de se placer ainsi : c'est prendre le fauteuil; cela ne peut

avoir une rprtaine grSro qiio fait par une femme nullement suspecte de prétentions littéraires.

Si^}^ Il paraît qu'à certaines époques de l'année les décorés de Juillet d'une certaine catégorie se présentent au ministère de rinlérieur, — probablement ceux qui sont pensionnés. — Une de ces époques était arrivée il y a quelques jours , et l'on attendait les décorés. — Un garçon de bureau, personnage important et ullrazélé, voit entrer un monsieur qui avait alTuire au ministère ; — peut-être cotte personne avait une fleur à sa boutonnière ou laissait sortir un bout de foulard de quelque paletot du matin ; toujours est-il que l'employé — se contenta de lui demander son nom, et, sur la réponse, il ouvrit la porte, et .annonça à haute voix : « M. le marquis de Larocliejnquelein, décoré de Juillet. »

i^V Pendant que nous sommes aux ministères , parlons un peu des bureaux. — La Chambre des députés avait demandé que l'on mît quelque uniformité entre les traitements des différents grades des divers ministères; — a-t-on obtempéré i\ ce désir de la Chambre? — Au ministère des finances et dans d'autres, vous avez des directeurs à quinze et vingt mille francs d'appointements, des chefs de bureau à huit et dix mille francs. — Au ministère de l'intérieur, il n'y a que des chefs de division i dix et douze mille francs, et les chefs de bureau ne peuvent arriver au delà de sept mille francs. — Au ministère du commerce (ancienne division du ministère de l'intérieur), il n'y a que des directeurs. Les rédacteurs ont au minimum deux mille sept cents francs et nu maximum trois milltî cinq cents, — lamlis qu'au ministère de l'intérieur les rédacteurs n'ont au minimum que deux mille franco et au maximum que deux mille huit cents francs; — de sorte qu'un réilarteur du commerce n'a au minimum que cent francs de moins qu'un rédacteur de l'intérieur au maximum. — 11 y a d'autres ministères oii les rédacteurs ont jusqu'à quatre mille francs. — Cet état de choses ne semble pas au premier coup

d'œ/'l très-conforme au vœu exprimé par la Chambre, — c'est bîen pis au second.

11 y a au ministère de l'intérieur : un chef du cabinet, sept chefs de division, vingt-six chefs de bureau, trente-six sous-chefs, cini|uante rédacteurs, ce qui fait soixante-dix personnes chargées d'en surveiller cinquante et de revoir leur travail, — car on ne peut compter celui fait par les expéditionnaires et les commis d'ordre, qui ne sont que pour copier et classer. — Dans la direction départementale et communale, il y avait, en 1831, un chef de division, — cinq chefs de bureau, huit sous-chefs. — Aujourd'hui on y compte : — trois chefs de division, — quatorze chefs de bureau, — et seize ou dix-huit sous-chefs. — Et cependant le travail n'a pas augmenté d'une manière sensible.

Il y a des bureaux qui ont : — un chef à quatre mille cinq cents francs; — un sous-chef à trois mille francs, — et un employé à mille ou mille cinq cents francs. — C'est donc l'état-major qui absorbe tous les appointements, et qui empêche que les employés puissent être raisoimablement rétribués.

.^^ L'honorable M. Lherbette a prétendu que donner des pensions aux employés après un certain temps de services, c'est donner une prime à la fainéantise, et engager les employés à ne pas faire d'économies pour leurs vieux jours. — On voudrait vous y voir, monsieur Lherbette, — faites donc des économies, — faites donc des économies avec des appointements (jui varient pendant dix ou douze ans entre six cents francs, huit cents francs, mille francs et mille cinq cents francs! — Au ministère de l'intérieur, on devait réduire le nombre des employés de deux cent trente-trois à deux cent quatorze par voie d'extinction. Depuis la nouvelle organisation, non-seulement on n'a pas réduit, mais on a remplacé 1<!S manquants, et augmenté le nombre des employés, qui est aujourd'hui de deux cent trente-six. De sorte que tous les employés n'ont pas pu être mis au minimum des appointements de leur grade, ainsi que le prescrivait l'ordonnance d'organisation.

10 LESGUÈPES.

Ainsi, avec cinquante mille francs qiie la Chami>re a aHoué«, les chefs de bureau et une partie des rédacteurs attendent toujours cet acte de justice;— il est vrai que les sept chefs de section devenus chefs de division ont vu immédiatement leurs appointements portés de sept mille francs à dix mille francs. Ces pauvres gens ne pouvaient pas attendre plus lonijtemps avec leurs sept mille francs. — Il vaut mieux faire attendre ceux qui ont mille cinq cents francs d'appointements.

.^^ Pendant tmit Télé, — un assez graml nomlire de députés, dans le jardin d'un employé du palais dont ils se sont emparés,

— passent à fumer le? séances dites non poliliij'irs. Mnis, quand la bise fut venue, ces messieurs se trouvèrent fort embarrassés, et ils ont tout simplement demandé qu'on mit â leur disposition un salon spécial, pour y aller fumer pendant ces séances non poliliiiucs.

^^ Maintenant et depuis peu, beaucoup de députés fiiment ;

— il n'en était pas ainsi il v a quebpies années. — Quand il vii'nt à la régie une veine de bon tabac, on met en réserve les meilleures caisses pour MM. les députés; du reste, je ne pense pas qu'on les leur donne, ils n'ont qup le privib'jxcdu choix.

Disons maintenant ce qu'on entend par séances politiques et par séances non poHlopies. — Une séance dans laquelle il n'est question que d<'s intérêts matériels (li-ez réels) du pays, — de l'airriculture, de l'industrie, du bien-être de la classe ouvrière, d'améliorations morales, de mesures philantbropiqui»s, etc., tout cela compose des séances non politifptrs, de< séancr'^ pendant Ies<pielle8 on va fumer dehors. — On n'applle st'nnees politiques <\\\e celles où il doit s'a^tcr des questions de eabinef, c'est-à-dire d^'s questions qtii amènent des combats entre ceux qui ont les places et manient l'arj^'ont et ceux qui voudraient manier rar;:^cnt et avoir les places; — voilà les questions dont on s' occupe. — Le reste est du remplissage. — On abandonne les rôles aux doublures et on va fumer dans les jardins.

^jj II faut dire à Sa Majesté la reine — que bien des jeunes Glles élevées au théAtre ne font pas leur première communion, parce que certain? prêtres exigent qu'elles commencent par quitter le théâtre, qui est leur seul moyen d'existence, — et que d'ailleurs leurs parents, aux/iuels elles doivent obéir, ne leur permettraient pas d'abandonner. — M. le curé de Notre-Danie-de- Lorette a manifesté récemment une pareille exigence, laquelle n'a eu qu'un résultat, c'estque la jeiuie fdle est restée au théâtre, n'a pas communié et ne commimiera pas.

^j? Il y a eu à la Chambre dite aristocratique des échanges d'interpellations peu parlementaires et surtout peu convenables.

— 11 est fâcheux que certaines discussions dégénèrent en ce qu'on appelle, en temps de carnaval, des cnrjueulements. — On abuse un peu trop de l'interjection à la Chambre des pairs ; — je ne sais si c'est un moyen de se rendre populaire que recherche cette illustre assemblée.

Il y a à la Chambre haute cent cinquante et un membres qui exercent des fonctions rétribuées par le gouvernement ; — si vous ajoutez à cela ceux d'entre messieurs les pairs qui se mêlent un peu trop des chemins de fer et d'agiotage sur lesdits chemins, — vous trouverez en vous-même peu de confiance dans l'indépend;mce de la Chambre.

^^ On a chanté un opéra-comique siu" le théâtre de l'hotcl Castellane. — Cette représentation a été le prétexte d'une fort belle fête. — Comme j'arrivais, et me trouvais par hasard sur le théâtre, j'entendis qu'il manquait deux choses : — un lorgnon et unsouflleur. « Monsieur, avez-vous un lorgnon? — Non, et j'en suis désolé. — Si vous êtes si désolé de oe pouvoir nous rendre ce senice, vous pouvez vous consoler en nous en rendant uo autre :

— voici le manuscrit, soufflez la pièce. » — Je m'installai dans la loge du souffleur et je Os de mon mieux. — L'opéra joué, chanté et applaudi, — il restait deux ballets, •— l'un pai' des danseuses françaises, l'autre par les petites danseuses viennoises. —

La plus cliarmantc foule avait envahi les places, — jo repris la mienne dans le trou du souflleur, — jamais les jambes de ces demoiselles n'ont étii vues de si près.

-ife;if: Jai fidt une découverte que je n'ai vue consi^^nôe dans aucun jouinal. — Parmi les trente-six petites lillcs, — connues sous le nom des quarante danseuses viennoises, il y en a une qui est un i,Mrçon, - c'est le fils de madame ^Veiss, la direcliice de la troupe. — 11 me semblait voir Achille élevé à Scyros, au milieu d'une troupe de jeunes nymphes. — Quelques-unes de cejeunes filles seront fort jolies, — malheureusement, toutes ont de grosses jambes.

Avril 1845.

.\vis aux journaux rcprojuctcurs. — Un essaim d'huissiers. — M. Thicr-

— M. Etienne. — AfndCr, les jésuites et les journaux. — Les chemin de fer en France cl en Italie. — Une infamie. — Le roi do France et !• nain Toni Pouro. — L'armement des forliflrations. — Musc'o du Louvrf.

— M. Vickembcrg. — M. Vibcrt. — M. Vidal. — M. Brascassat. — M. Decamps. — M. Delacroix. — M. Horace Verncl. — Madame Empi!*.

— .M. Scheiïer. — .M. Calame. — M. Chevandier. — M. Meissonnicr. — M. nurniid-Brager.— M. Baron.— M. .Saint-Jean.— M. Rousseau.— Le jeu.

— La loterie. — Le duel. — Les courtisanes.

4*^ AVIS AUX JounNvrx mrs repkodictluus. — A tous qui les présentes verront : — Echos, abeilles et magasins, — revues, érins et estafettes, — bibliothèfiiies, feuilletonistes, silhouettes; lanternes magiques, supplcmcnfs et jwrtefeuilles, — cl tous autres journaux quelconques, reproducteurs, collection^ ncurs, compilateurs et voleurs, salut.

AvniL 1 845. 17

Quand on f(trma la Société dite des gens de lettres, ayant pour but do faiic payer aux auteurs les reproductions liiites de leurs ouvrages, je m'expliriuai, je crois, franchement à ce sujet. Je déclarai que les écrivains étaient parniitement dans leur droit d'e.viger (ju'on leur payât ce qu'on leur prenait pour le vendre ; — mais je déclarai en même temps que je ne ferais pas partie de ladite Société, parce qu'il ne me plaisait pas d'avoir à faire cette chasse à l'argent. Cette déclaration donna à mes ouvrages un charme tout particuher : tout le monde se prit à reproduire tout ce qui sortait de ma plume et que l'on avait pour rien, tandis qu'il fallait payer pour prendre ce que faisaient mes confrères. Une erreur de M. Pommier, agent de la Société des gens de lettres, leur fit un jour une belle peur. M. Pommier prit ma reconnaissance du bon droit de la Société pour une afTiliation, et il se fit ' payer, sur ce que les journaux compilateurs et voleurs prenaient dans mes livres, un droit égal à celui qu'il percevait pour les ou- \Tages des membres de la Société. Je m'empressai de déclarer dans les Guêpes que c'était le résultat d'une erreur ; que je priais les journaux qui avaient donné de l'argent pour moi à M. Pommier de le lui redemander, attendu que je refusais complètement de le recevoir. Je priais en même temps lesdites feuilles compilatrices et voleuses de mettre quelque discrétion dans leui^s emprunts ; — j'' consentais à ce qu'on me prit quelque monnaie, mais non ma bourse entière. J'allai voir quelques-uns des gens qui vendent ces feuilles, et je leur lins le même langage ; mais personne n'y daigna faire la moindre attention, — et, en peu de temps, la chose en vint au point que voici, et hù elle est depuis à peu près six ans. Un seul imprimeur, — M. B..., vend, tout imprimé, chaque mois, un tiers du volume de^ Guêpes, à peu pr^s à trente journaux de départements. (On m'a donné un nombre plus grand, mais j'aime mieux diie moins que plus.) Une quinzaine de journaux et recueils sous divers titres prennent également ce qui leur convient, ce qui amène le résultat que voici : 1" en suppo-

sant que chacun de ces journaux n'ait que deux cents abonnies, ce qui ne lui permettrait pas de vivre, — en supposant que chaque numéro des journaux ne soit lu que par cinq personnes, — ce qui est beaucoup au-dessous de la vérité, — cela fait depuis six ans, tous les mois, quarante-cinq mille personnes qui lisent les Guêpes sans avoir à acheter un seul de mes pelitslivres. — '2" Les abonnés et les lecteurs de ces journaux se disent : t Puisque mon journal puise à discrétion dans les volumes de M. Karr, je ne peux pas croire que mon journal soit a'^sez bi^tc pour ne pas prendre ce qu'il y a de meilleur, et ne laisser que ce qui est sans intérêt et ne vaut pas la peine d'être lu. » Mad;uue B.. . elle-même a dit devant moi qu'elle n'avait jamais lu le« Cfiépa; que dans Y Estafette, — un des journaux en question imprimés par son maii. — 3" Tel journal lé;^timiste, ou républicain, ou ministériel, choisit, épluche dans mon volume ce qui peut aller à sa couleur, et ne dit pas un mot du reste. — Tel autre prend le blAme que je formule sur certains actes d'un homme, — et ne dit pas un mot du bien que je dis d'autres actes du mi*me homme, et réciproquement. De telle siirte (jue moi, qui n'ai jamais suivi d'autre drapeau que celui du bon sens et de la probité, —je me trouve pour tels lecteurs lé;,ntimiste, pour tcN autrc'^ républicain, pniu'tels autres ministériel. — i" Tel recueil coupe une histure que je raconte oii bon lui semble, ou supprime les réflexions pour lesquelles j'ai raconté l'hi^itoire.

>V: Je me suis]daint, à plusieurs reprises, â plusieurs de ces feuillrs; — je les ai priées cent fois do ne me prendre que des frap^ments d'une lonpjueur raisonnable et de ne pas tronquer ce qu'elles me prennent. iMo-^ réclamations n'ont ser\'i à rien. Il y a même M. G;il»ricl, — chargé ilo couper de dr-tite et do fjauche les feuilleton^ pour XEstafMtte, — qui soutient que c'e^t dans mon ijit4^rél et pour rae rendre soRice que. depuis six ans bicntAt, il imprime malj^ré moi un tiers ou au moins un quart de mon volume charjue mois. Il m'a semblé que l'on se mofjuail de moi.

^^ C'est pourquoi, à prendre d'aujourd'hui 10a\Til 1845, je Hiis défense à tous (?c/jos, aheillea et magasins; — revues, écnns et estafettes; — hthliothèques, feuilletonistes et silhouettes, lanternes magiques, suppléments et portefeuilles, — et à tous autres journaux quelconques, reproducteurs, collectionneurs, compilateurs et voleurs, de ne plus, à l'avenir, prendre dans mes ouvrages une seule ligne sans mon autorisation spéciale et par écrit, — les avertissant que, faute par eux de se conformer à ladite prohibition, je lâcherai sur eux un essaim plus désagréable que mes Guêpes, — à savoir une troupe d'huissiers, — nigrum agmen .

Défense également est faite à mes Guêpes de fréquenter désormais lesdites feuilles et journaux. Ceci n'est pas une plaisanterie, et je tiendrai sévèrement la promesse que je leur fais.

^}^ Si ]\1M. B... et Gabriel avaient par hasard quelque chose de bon à répondre à ce qu'ils m'ont forcé de dire d'eux, je suis prêt à mettre leur réponse dans le prochain volume. J'espère que mes fidèles abonnés et lecteurs, amis connus et inconnus, approuveront le parti que je prends.

^^ Comme M. Etienne était près de mourir et qu'il avait à: peu près perdu connaissance, M. Thiers alla pour le voir, et, comme on refusait de le laisser entrer : « Je n'insisterai pas, ditril ; mais, je vous en prie, si la connaissance lui revient, dites-lui que suis venu pour le voir ; dites-lui que c'est moi, Thiers, — le pauvre jeune homme auquel il a mis, dans le temps, le pain à la main. » — M. Thiers ne me donne pas souvent occasion de dire du bien de lui, — je m'empresse de raconter ce mot, qui, selon moi, lui fait bcauroup d'honneur.

^^, M. Sax a bien voulu m'inviter à aller entendre les instruments qu'il propose pour remplacer ceux qui composent un peu confusément la musique militaire. — J'attendrai une audition en plein air pour fornier mon opinion. — Quoique jnuéc dans une chambre, la musique a fait beaucoup d'effet, — et, ù la fin d'une

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l'anfare, M.*", qui est un homme fort pacifique, s'est écrié : « Je veux nos frontières du Rhin ! »

^^ Un procès, à la suite duquel le caissier des jésuites de la rue des Postes vient d'être con(himnè, — a constaté que, mal- ^'ré les persécutions dont se plaint l'É^'llse aujourd'hui, ceux des prêtres qui mendient ne le font que par humilité. — Les bons pères étaient assez à l'aise pour qu'on leur volât trois cent mille francs sans qu'ils s'en aperçussent.

La liste des valeurs dérobées a montré que ces pauvres gens font de nombreux trafics et se permettent même un peu d'at,Motai^e sur les actions industrielles. — 11 faut dire aussi (jue certains journaux ont poussé la partialité jusqu'au ridicule en prenant contre les jésuites le parti du domestique qui les avait volés. L'avocat qui a plaidé pour AfnafT a fait un petit roman ipii n'aurait pas déparé le Juif Errant de mon ami Eugène Sue.

J^}!fi P(Uir ce qui est de l'armement des fortifications, dont on s'occupe en ce moment, — nous en avons dit notre avislors(]u'il a été (|uestion de construire et les forts et l'enceinte. — Il n'est rien arrivé depuis qui doive nous faire ch.uiger de sentiment. — Les fortifications de Paris, exécutées quand on ajounm celles du Havre, sont une médiocre plaisanterie. — C'e^t l'o'uvrc de la coalition des Tuileries, du National et de M. Thiers. Un vtdum»* entier des Guêpes a été consacré en ce temps-là à l'examen d cette question. — Nous maintenons tout ce que nous avons dil alors.

^^ Pensez-vous qu'un homme d'un grand talent qui arriverait à Paris et qui voudrait voir le roi — (diliut cette faveur aussi facilement ipie le nain anuricain Tom-Pouce, aucpu-l Sa Majesté a fait don d'une épingle en or «jui pourrait lui senir d'épée, à ce que dil M. Cuvillier-Fleurv, — qui a rendu compte de cette entrevue dans le Juurtial des Débats?

Les vieilles femmes et quelques-unes plus jeunes qui veulent faire partie du spectacle — embrassent toujours celte affreuse pe-

tite b^'te et lui donnent des bonbons pour l'attirer. — On rencontre presque tous les jours aux Champs-Elysées sa voiture, attelée quelquefois d'un cheval blanc et d'un cheval bai, — mais le plus souvent de deux chevaux blancs, (|ue le petit comte de Paris a appelés plaisamment des chevaux caniches. — Son véritable nom est Charles Stratton.

^j? A propos de l'armement des forts — le Const'ilut'ionnel , journal de M. Tliiers, — voudrait bien contrarier le ministère, — mais il ne l'ose à cause que c'est M. Thiers qui les a fait bâtir. Il prend des aù's distraits et s'occupe de toute autre chose.

^^ Crimalkin a fait une singulière découveite. — 11 ne s'agit tout simplement que d'une grande infamie que prépare dans l'ombre — un poète béat et confit, — un saint homme de poète. Ledit poète est fort laid. — 11 a rêvé une fohi dans sa vie qu'il était l'amant d'une belle et charmante femme. — Pour ceux qui connaissent les deux personnages, la chose serait vraie qu'elle n'en resterait pas moins invraisemblable et impossible. — Cet affreux bonhomme ne s'est pas contenté des joies qu'il a usurpées, à la faveur de quelque accès de fohe ou de désespoir cauàè par un autre. — Il ne trouve pas que ce soit assez d'avoir eu une belle femme, il veut un peu la déshonorer. — Sans cela ce ne serait pas un triomphe suffisant. 11 a réuni dans un volume — de cent et. une pages — toutes sortes de vers au moins médiocres, qu'il a taits sur ses amours invraisemblables. — Il a eu soin d'en faire un dossier avec preuves à l'appui, — pour laisser sur la vie de cette femme la trace luisante et visqueuse que laisse sur une rose le passage d'une limace. Non-seulement il a eu soin de relater dans ses vers — toutes les circonstances de famille et d'habitudes qui ne permettent pas d'avoir le moindre doute sur la personne qu'il a voulu désigner ; — mais encore il l'a nommée à diverses reprises. Celte infamie, tirée à cent exemplaires, doit être cachetée et déposée chez un notaire, — pour être distribuée entre certaines personr.es désignées, — après la mort de l'auteur.

J'espére qu'à cette époque — les gens qui liront cette œuvre de lâchelé — trouveront ce monsieur encore plus laid qu'il n'était de son vivant. — Ce livre île haine — est appelé par l'auteur Livre d'Amour. Il est inutile de me demander des explications sur ce que je dis ici,— j'en refuserais môme à mes amis les plus intimes; — je n'en donnerai qu'à l'aulcur du livre s'il me les demande. — Pour que ce personnage— sache bien qu'il y a un honnête homme qui le regarde — et qui sait ce qu'il fait, — je vais transcrire ici une des pièces du recueil qui ne désigne personne, mais qui lui montrera, à lui, que j'ai son secret tout entier entre les mains.

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