‹ Les guêpes (volume 4)Chapitre 9 sur 12 · I. ES G LE P ES · texte numérisé non relu

I. ES G LE P ES

projets, l'argent qui fait la capacité. Cette prétemliio rcfurmc n'aurait pour résultat (juc de rendre la corruption plus facile et un peu moins coûteuse pour ces pauvres hommes d'argent comme MM. Brouillard et Guilhcni.

Les troubles do Buzançais ont montré que des hommes auxquels, pour être notables, conseillers municipaux, etc., vous ne demande?, que d'avoir de l'argent, ne sont pas forcés d'avoir autre chose, — et que si l'on achète à peu prés tout avec l'argent, on ne peut cependant se procurer ainsi du sang-froid et du courage.

Ces hommes, auxquels vous ne demandez, pour les mettre à la tête d'une ville ou d'une commune, que des conditions d'argent, — sont trcs-sufTisants tant qu'il ne s'agit (pie de porter à l'église un gros ventre orné i!o hroloipies, de iTcevuir un gros morceau de pain bénit; mais là, — bien et tmp souvent, s'arrêtent leur capacité, leur résrdulion et leur déviiuemcnl.

^^ i)i: jEr DANS LE MONDE. — Ou joue daus le monde, et on joue très-gros jeu. — Passe encore pour ceux qui nui de l'argent et qui se ruinent : ils sont dans leur droit, et cola s'est fait de tout temps ; mais on voit jouer un jeu ciïréné ^o> hommes sans ressources connues, qui empochent (piand ils gagnent cl ne payent pas quand ils perdent.

Autrefois on appelait les dettes de jeu des dettes d'honneur, et elles devaient être acquittées dans les vingt-cjuatre heures. Celte rigueur et cette dénomination paraissent bi/.arres au premier abord. Eh bien! cela est Irés-juslifiable. Vue dette de jeu est une dette dont un homme de bonne compagnie ne réclame pas le payement, que du reste il ne pourrait exiger, attendu que la loi ne reconnaît pas les dettes de jeu ; elle n'est donc garantie que par la pnibilé du débiteur. — Le délai de vingt -quatre heures est également admissible, en cela que le jeu n'est pas niir a(l"airc,'ct que l'on est censé ne jouer que de l'argent qu'on a. — Ceci a paru gênant à nos talons rouges de ce temps-ci ; on a

supprimé la tlénomination, et le délai de vingt-quatre heures a été déclaré préjugé.

-^j; Une fois les préjugés relatifs au jeu détruits, voici par quoi on les a remplacés . — certains joueurs arrivent avec dix louis dans leur poche; ils font des banco de cent, deux cents, trois cents louis. S'ils gagnent, ils ramassent l'argent; s'ils perdent, ils le doivent, puis l'oublient. Huit jours après, ils rencontrent leur créancier dans un salon ; — celui-ci n'a pas oubhé, mais il n'ose pas rappeler la dette ; — le débiteur joue encore contre son créancier, le gagne et empoche l'argent.

Autrefois un homme qui avait perdu ce qu'il avait d'argent sur lui donnait à une clef, à un cachet, à une tabatière, une valeur arbitraire de dix ou de cinquante louis ;— c'est ce qu'on appelait fétiche. — On disait à un joueur plus heureux-: « Voici ma clef pour cinquante louis, je vous en dois dix. » Le joueur plus heureux rendait quarante louis, et mettait dans sa poche la clef, qu'on lui faisait réclamer le lendemain matin en lui envoyant ses cinquante louis. Cela était encore gênant — pour nos seigneurs ; — il ne serait pas commode de laisser ainsi un mobilier dans des mains étrangères. Aujourd'hui on fait des bons sur des carrés de papier. Dans beaucoup de maisons , on tient tout préparés et à portée des joueurs un certain nombre de petits carrés de papier blanc, une plume et de l'encre.

Il y a des gens ([ui viennent sans argent et qui commencent par créer du papier et l'émetlre. Il y en a quelques-uns dont le papier ne représente aucune valeur : — on sait qu'ils n'ont pas l'habitude de payer leurs bons. — Cependant, par un re.ste de savoir-vivre, on les accepte ; mais ces bons sont considérés comme une mauvaise chance de plus dans le jeu. — D'autres, plus honnêtes, quand ils ont de ces mauvais bons, — bizarre assemblage de mots ! — ghssent leur argent dans leur poche ; puis, feignant de n'avoir plus rien que ces bons , ils perdent cinq louis contre un autre joueur, et le payent avec ce bon de cinquante louis, qui

est réputé ne pas valoir un sou. — L'autre est forcé de rendre quarante-cinq louis. — Quelques-uns, plus hardis, s'ils soi)L à côté d'un joueur qui a beaucoup d'argent devant lui, prennent le moment où il fait la banque pour lui dire : « Permettez. » — En même temps, ils lui prennent vingt, trente ou (juaranle louis,— et mettent en place un mauvais hon de pareille valeur.— D'autres encore, en grand nombre, font un moins dé^lionnéle mais plus petit métier : ils font l'or.

Au commencement d'une partie, tel arrive avec cent louis d'or, tel autre avec cinquante, tel autre avec vingt-cinq, etc. Au bout de deux heures, il n'y en a plus un seul sur la table ni en circulation. Ceux entre les mains desquels ils tombent les remplacent par des pièces de cinq francs, et les donnent à dévorer à leurs poches. C'est un gain de trois ou quatre sous par louis ! — Et ne croyez pas que cela se passe dans des tripots, dans des cercles du troisième ordre ou dans des clubs suspects ; cela se passe tous les soirs dans le plus grand monde. — Et notez que je ne vous parle ni des cartes ajoutées au jeu, ni des filouteries les plus vulgaires qui s'y commellcnt de temps à autre. Je ne sais s'il se trouve à Paris un salon où on ne puisse désigner les gens qui ont l'habitude de ne payer ni leurs dettes de jeu ni leurs paris de course.

,^ijç. Mademoiselle R..., actrice célèbre, jouait au lansquenet ; — elle perdait une trentaine de louis, lorsqu'il arriva une banque tout à fait désastreuse pour elle ; il vint un moment où le banquier avait devant lui cin(iuanle-huil mille francs, dont la plus grande pailic appartenait à mademoiselle l\... « Tenez-vous encore, monsieur ? — Oui, mademoiselle. — Cela fait deux bons mois de cijngé. —Je serai Irôs-heureux , mademoiselle, de vous en gagner ijuatre. — Eh bien ! je liens les cinquante- huit mille francs. »

On joue le coup. Si mademoiselle R... avait perdu, cela aurait complété cent seize mille francs ; mais elle gagna. — Comme

quelqu'un lui vantait la générosité de son adversaire, qui avait évidemment joué et tenu jusqu'à ce qu'elle regagnât : « Bah ! dit-elle, il ne m'a pas seulement rendu les trente louis que je perdais avant sa banque. »

i^je Lord Normanby, l'ambassadeur anglais , donnait une grande soirée; — on ne s'occupait à Paris que d'une chose : M. Guizotsera-t-il, ne sera-t-il pas invité? Quelques jours avant la fête, une invitation avrive, l'entente cordiale triomphe, l'Angleterre et la France sont alliées malgré les mariages espagnols.

Deux jours après, survient une missive de l'ambassadeur, qui fait savoir que c'est par erreur qu'une invitation a été envoyée à M. Guizot. — L'Angleterre et la France sont brouillées. On prétend que l'invitation était fausse, et que c'était un coup de bourse, pour faire monter, puis baisser les fonds. Toujours est-il que beaucoup d'invités ne sont pas allés chez lord Normamby et ont affecté de se présenter chez M. Guizot. — Quelques hommes' politiques ont envoyé leurs femmes ;'i l'ambassade anglaise, et sont allés au ministère de la rue des Capucines pour concilier les bienséances de la société et les devoirs de leur position.

Une femme, dont l'esprit est justement redouté, — est annoncée chez lord Normanby; — l'ambassadeur va au-devant d'elle, lui offre le bras pour la mener auprès de lady Normanby, — et lui dit : « Vous êtes bien aimable de venir aujourd'hui. — Que voulez-vous ! mon cher comte, dit-elle , je ne voulais pas vous laisser partir sans vous voir. »

^i^ Il est prudent de surveiller MM. les membres de \ Académie de Paris — maintenant qu'ils entrent à l'Académie française. — Hier, en feuilletant les livres d'un collégien, je tombai par hasard sur quelque chose qui s'appelle : GRAMMAIRE FRANÇAISE, de MM. ^oel, inspecteur général de l'Université, chevalier de la Légion d'honndir, etc., et Ghapsal, professeur de grammaire générale.— Ouvrage mis au rang des livres classiques, adopté pour les écoles primaires supérieureset les écoles militaires.

Le livre s'ouvrit à la page 207, — et je fus surpris de la langue que ces messieurs enseignent ;'i la jeunesse — et qu'ils se disposent à porter à l'Académie.

« PiEMiRQLES : C a le son du G dans secrétaire, et celui de CH dans vermicelle. »

^On dit scgrétaire comme on dit colidor — MM. Noël et Chapsal confondent évidemment vermicelle avec mère Michel.)

• E a le son de /'A dans hennir » (Ici on confond hennir avec braire, — où il y a en elVct un a, ) « el dans indemnité. » (Qui est-ce qui prononce indamnité? les gens qui disent armoire.)

V F est nul dans bœuf salé. » (Faut-il dire bœusalé?)

« G se prononce comme C dans gangrène. i> (Les gens enrhumes du cerveau disent aussi : « Ah 1 badahe, comme je bous aibe ! » mais cela est momentané et ne peut passer en règle de grammaire.)

4 UM. Noël et Chapsal ajoutent : « L Jie se prononce pas dans giil. » Probablement ces messieurs ont eu en vue ce rébus : — La nuit tous chats sont gris. (La nuit touche à son gril.)

« Les dciLc LL de SM) sont mouillées. » Certains industriels, il est vrai, crient pai" les rues : * Carleur souyi ! » — voulant dire raccommodeur de souliers; — mais cela est du langage ulirafamilier. Ces industriels seuls prononceraient également Suyi — s'ils parlaient du ministre de Henri IV. — Pounjuoi ne dites-vous pas que L se prononce N dans lentilles ? Il y a des gens qui disent des nenlillcs.

» N es/ nul dans Béarn. < (On ne dit pas plus Déar qu'on ne dit polisso, altentio, bricvcmel, etc.)

« T sonne dans lacet. * {Lacette ! — à la Cannebière, messieurs.)

« En cau.<>ant, on dd avan hier. » (Comme on dit des z haricots, entre quatre ùcilb, tu es t' une bête, etc. — Il s'agit de savoir qui est-ce qui cause et avec qui on cause, etc.)

• I ne se prononce pas dans poignard, poignée, empoigner, i»

(C'est-à-dire qu'il faut dire — pognée etpognard, etc., etc.) — 11 y a aussi M. Schœnezœfer, qui écrivait au bas de son nom : « Prononcez Guillaume; » mais il faut dire que Schœnezœfer est bien plus difficile à prononcer que po'ujnard. — Ne perdez pas de vue, je vous prie , que ces messieurs sont officiers de l'Université; — que leur grammaire est adoptée, approuvée, etc., par ladite Université ; — qu"ils se sont mis deux pour rédiger de pareils préceptes ; — et enfin que je trouve ceci dans l'espace de trois pages, où je ne prends que les plus grosses choses.

"î^^ Attendu le jeûne forcé de l'Irlande, — et pour attendrir 4e ciel sur ce malheureux pays, la reine du Royaume-Uni a ordonné un jeûne volontaire à ses sujets anglais ; mais elle n'a pas pensé à faire donner aux Irlandais ce que les Anglais ne mangeaient pas pendant le jeûne.

.^^ Certes, je ne suis pas un grand inventeur, — et d'ailleurs mes quelques petites imaginations, enfouies dans des romans que lisent par-ci par-là quelques amis inconnus que j'ai épars dans le monde, vivront — si cela s'appelle vivre — et mourront comme vivent et meurent les violettes et les fraises cachées sous l'herbe dans les clairières des bois. — Cependant quel est le père qui n'a pas un peu d'ambition pour ses enfants et qui ne désire leur voir faire figure dans le monde? — J'avoue que j'ai quelquefois un peu de peine à me résigner à voir se sécher ces pauvres violettes et ces pauvres petites fraises sur leur humble •tige, parfum et saveur perdus.

Ch bien ! un homme qui, — par la constance de ses opinions, -par la richesse de son imagination et l'inimitable magnificence 'de son style, — s'est placé récemment à la tète de la littérature contemporaine, — est-il nécessaire de nommer M. Eugène Sue? — a bien voulu être parrain de quelques-uns de ces pauvres enfants sans nom, — cueillir quelques-unes de ces fleurs de fraise et de violette, et leur permettre de mourir à la boutonnière de son habit.

Il*

Je venais de publier Cloulde, — (juelqu'un a-t-il lu Chtilde? — M. Sue eut la bonté de ra'écrire une lettre charmante qui me fit croire, — tant il le disait bien, — que j'avais trouvé un type nouveau, — que cette coquetterie brutale, — s' attaquant directement aux sens, — élait une heureuse observation, etc.

Là ne se borna pas la sollicitude de M. Sue : ClotUde avait eu le bonheur de lui plaire; il l'adopta, il la tint sur les fonts de baptême, où il lui donna le nom do Gécily ; — puis, en façon de langes de brocart, — il l'enveloppa de toutes les richesses de son style.

J'avais, depuis quinze ans, fait avec persistance, il est vrai, — une guerre acharnée à la ridicule éducation universitaire par laquelle nous passons tous ; j'avais même publié dans \e Siècle, — un journal (pii a trente-deux mille abonnés, et quoique chose comme trois cent mille lecteurs, — un roman qui avait pour litre : Une Femme méprisée et un Homme fort en thème. C'était la mise en scène de mes arguments contre cette instruction, — qui a pour unique but de faire apprendre à tout un pays les deux seules langues qui ne se parlent pas. — Eh bien ! personne n'y faisait attention, c'était une voix dans le désert: — Vax clamanlis in dcscrlo. — Heureusement que M. Suc eut pitié de mon pauvre fort en thème; — il fit pour lui, avec une égale générosité, ce qu'il avait fait pour ClotUde; il fut son parrain ; — il donna à Raoul iJesloges le nom de Léonidas licqmn, — et alors tout le monde s'écria : « Voilà enfin qu'on attaque l'instruction universitaire ! » et mon pauvre Raoul Desloges, devenu grand seigneur, fut le bienvenu partout.

Un prétend égalcmcnl qu'un pauvre dénoùmcnt, que je croyais perdu dans l'oubli; — hélas! les choses peuvent- elles prétendre même à l'oubli, que personne n'a jamais lues? — on m'est venu dire que ce dénoiimeut d'une sorle de roman appelé Uortemc, que les abonnes des Guêpe* ont lu malgré eux huit ans après qu'il avait été imprimé dans le Siècle (trente-deux mille aboimés) ; —

on m'est venu dire qu'il avait un peu servi au dénoûment de? amours de mademoiselle de Cardoville, — mais que l'enfant était tellement changé, qu'on ne le reconnaissait plus ; — c'était un de ces enfants qui se présentent mal, et dont la sage-femme repélrit et reforme la lête indûment construite, de telle sorte qu'elle y contribue plus que le père.

^j; Je ne sais vraiment comment exprimer à M. Sue ma profonde reconnaissance; — je suis seulement fâché que toute ma lignée n'ait pas un si riche parrain. — Quelle joie et quel orgueil, en effet, il est permis de concevoir, en voyant qu'on a pu fournir quelques pierres mal taillées à l'immortel édifice qu'élève le célèbre écrivain, — en voyant qu'on fait un petit peu partie de l'attelage puissant qui, — M. Sue fouettant, — va imraédialement tirer l'humanité de l'ornière fangeuse où elle est embourbée depuis si longtemps ! — Les écrivains auxquels Molière a daigné faire quelques emprunts — ne sont connus que pour avoir eu l'honneur de lui préparer des matériaux.

^jî A peu prés une fois par semaine, on fait de la musique aux Tuderies. Le roi aime beaucoup la musique qu'il a entendue dans sa jeunesse. Il chante de mémoire des morceaux entiers. Il travaille à une table, écrit, donne des signatures, cause avec quelques personnes qu'il fait appeler. Puis, lorsque l'orchestre joue quelque chose qui lui plaît particulièrement, il accompagne l'air en chantant.

Il y a surtout la marche des Deux Avares, qu'il chante trèssouvent. Les jeunes princes la chantent aussi pour lui faire plaisir. Pendant ce temps, la reine et ses brus de tous pays, autour d'une grande table, tricotent, cousent, ou font des fleurs en papier.

^^ On raconte que Sa Majesté Louis-Philippe a dit à M. Horace Vernet : « Le temps de la modestie est passé. Nous allons maintenant faire une galerie pour moi. »

^^ En ce moment où on parle beaucoup de reboisement, et où on donne des secours aux communes pour des travaux d'il-

lililé publique, pourquoi n'cxigc-t-on pas d'elles qu'elles plantent des arbres tout le long des clieiiiins? — On les planterait d'abord très-serrés. — Puis, au bout de quelques années, on en arracherait quelques-uns, puis quelques autres après un autre espace de temps. — Puis, enlin , on laisserait les plus beaux prendre sans gène tout leur développement.

^}jf^ M. VERNET ET M. couTiKF.. — M. Couiure travaille depuis deux ans à un très-remarquab!e et très-beau tableau, qu'on verra avec grand plaisir à l'exposition de cette année. On s'entretenait beaucoup de ce tableau dans les ateliers. M. Horace Yernet arriva un matin à la porte de ."^l. Couture, lui fit monter sa carte en lui demandant s'd pouvait le recevoir avec M. le duc*", qu'il avait pris la liberté d'amener. M. T.outure répondit, comme il devait, qu'il était très-liouoré de la visite de M. Vernet. Celui-ci lit, avec la meilleure grûce du monde, un trèslégitime et très-i::rand éloge, luisant remarquer les beautés du tableau au duc "' ; puis, — comme on était à la lin du jour, — il dit avec une charmante bonhomie : « Monsieur Couture, venez donc dîner avec moi ; nous irons aux Frères-Provençaux ; c'est un cabaret où allait souvent mon père, on nous y donnera d'un certain vin qu'il estimait beaucoup, dont il ne reste guère, mais dont on a toujours quelques fioles en réserve pour le fils de mon père. »

Ou ré|iand le bruit que les menl1)res du jury d'admission ont icfusé le tableau de M. Couture, sous prétexte que certaines figures sont un peu décolletées. Ce serait le traiter avec une ilallerie plus délicate encore que ne l'a tait M. Horace; ce serait avouf^r de l'envie, quand M. Vcrnet n'a montré que de l'admiration. Mais j'espère, pour ces messieurs, que c'est un de ces bruits sans fondement qui alimentent les conversations et les journaux désiiuvrés.

>|jî Je voulais parler derechef des paroles de M. de Caslcliane à propos de M. Dumas; mais madame de Girardin, dans un

feuilleton de la Presse , a tellement et si bien dit tout ce qu'il fallait dire, que, ne pouvant copier son article elle lui voler, attendu qu'on le reconnaîtrait, je n'ajouterai pas un mot. — Et je nie déclare satisfait, comme M. Dumas.

^^ J'ai rencontré l'autre jour, sur le boulevard, deux cents jeunes gens, dont plusieurs avaient cinquante ans, et beaucoup en avaient quarante; ces jeunes gens sont allés au National, h propos de l'anniversaire de l'insurrection de Varsovie. Ce suprême effort d'un peuple écrasé est un noble souvenir, et il n'y a rien de mieux que de le fêter; mais ce qui est moins correct, c'est que ces jeunes gens, qui se sont dits représentants des écoles et de la jeunesse française, ont parlé d'une réforme électorale, et se sont plaints du mensonge du gouvernement représentatif, où la propriété et l'argent sont seuls représentés.

^j? Sur ce point, je suis parfaitement de leur avis ; mais ne tombent-ils pas dans le même abus en se créant, de leur propre autorité, les représentants de la jeunesse?

^^ SUR LES JOURNALISTES. — Lcs jounialistes sont des sortes d'écliansons jurés auxquels on donne à déguster tous les ouvrages, — à essayer tous les mets que l'on compte présenter au peuple-roi. Beaucoup de ces breuvages sont amers, fades, nauséabonds ; — beaucoup de ces mets sont malsains et vénéneux. — Le journaliste doit dire : « Pouah! ceci est mauvais, n'y touchez pas. «

Mais plusieurs — dit-on — se laissent corrompre, déguisent la grimace que leur arrache la colique, et, d'un air riant, disent au public : « Ah ! voilà qui est vraiment délicieux ! Mangez sur ma parole. » Toujours est-il qu'autrefois, — pour essayer la solidité'd'un théâtre neuf, — on donnait une représentation gratis, on y entas-saitdeuxou trois mille pauvres gens, que l'on risquait ainsi sans scrupule. On n'ose plus se permettre une pareille insolence ; — on n'expose plus aujourd'hui dans ces épreuves que les journalistes, et cette foule de gens qui sont des journa-

listes qui parlent ; de môme un convoi de journalistes est la dernière épreuve que l'on impose aux chemins de ter mal tanics qui ont fait parler d'eux. Ils essuient aussi les plâtres humides et les peintures non séchées. — Le lendemain d'une de ces épreuves, les bourgeois peuvent s'aventurer sans danger; maison reconnaît dans la rue les journalistes — à leurs habits noirs — tachés de plâtre frais, et jaspés de toutes sortes de couleurs.

^^^ DE QUELQUES NOTABLES. — M. Jacqucs Maurice — citoyen notable de Ragnolet, ailjoint au maire, — est interrogé relativement à un incendie. 11 répond : « J'ai eu connaissance de l'incendie que quand on m'est venu requir. »

LE inÉsiDENT. Avcz-vous cru voir quelques traces de préméditation ?

M. JACQUES MiURicE. Jc u'peux pas dire ça, — mais ça ma paru drôle tout de même.

LE PRi;sir)ENT. L'habitant de cette maison est-il un honnéle homme?

M. JACQUES MAUiucE. Ail ! ça, j'sais pas ; si fallait connaître tout le monde dans un pays comme Bagnolet...

N. B. On est notable en payant soixante-quinze francs de contributions directes — et honorable en en payant cinq cents. — On ne demande pas d'autres conditions.

,9^ Il faut (Hre juste pour tout le monde : — les habitants de Saint-Quentin ont montré de ces bons sentiments que féconde l'intelligence ; ils se sont réunis et ont formé une somme de trnicent mille francs pour acheter des grains et donner aux pauvre^ le pain à bon marché.

lîcauconp de riches, et surtout île nouveaux riclies, en France, — ne s'aperçoivent pas — que des gémissements des pauvres, des pleurs des orphelins, — des plaintes des mères dont le l.iit se tarit, — il se .soulève une vapeur qui finit par former un nuage, — comme ilil le grand philosophe Joubcrt, — et (pie ce nuage recèle la foudre et la tempête.

^^ AUX FEMMES DU MO.^DE. — Une cliose me frappe désagréablement dans la société. Selon moi, les femmes du monde savent beaucoup trop bien ce qui se professe dans Vautre monde, c'est-à-dire dans le monde des actrices et des courtisanes, et s'en informent avec beaucoup trop de curiosité.

Telle femme comme il faut vous dira le nombre des châles de mademoiselle D..., et vous demandera qui lui a donné cette magnifique aigrette de diamants qu'elle portait l'autre jour aux Italiens. — Une autre vous signalera au bois de Boulogne la voiture de mademoiselle 0... — Une troisième vous désignera par qui est entretenue mademoiselle N..., et vous dira avec une sorte d'importance : « Ma couturière habille madame B... ; elle m'a montré quatre robes qu'elle lui fait en ce moment. » Suit la description des quatre robes. — Ceci est la faute des hommes, qui, par économie, ont imaginé de donner aujourd'hui à ces excellentes filles, en égards et en respects, ce qu'ils leur donnent de moins en argent que les seigneurs d'autrefois. — Les femmes du monde, de leur côté, — pour retenir les hommes dans leurs salons, — ont sottement fait des concessions, et ont permis toutes sortes d'infractions aux usages et à la politesse ; si bien que, les unes montant, les autres descendant, elles sont moins séparées qu'autrefois.

Disons cependant aux femmes du monde — que cette connaissance de la Vénus mercenaire — et l'attention presque envieuse qu'elles lui accordent — est et sera toujours du plus mauvais goût. — Quant aux hommes qui — devant les femmes — ont de pareils sujets de conversation, je suis fâché d'avoir à leur dire qu'ils sont mal élevés,

i^j; L.V SOCIÉTÉ DES GENS DE LETTRES. — Il est heureux que la société des gens de lettres ne soit rien : — sans cela elle serait à peu près tout ; et ce serait un pouvoir aussi formidable peutêtre qu'aucun pouvoir qui ait jamais existé.

Si la société des gens de lettres existait, — au lieu de laisser

les écrivains parqués dans les journaux comme dans des cages, où les entrepreneurs de ces journaux montrent pour de l'argent eux et les tours qu'ils savent faire, les écrivains tiendraient les journaux et leurs maîtres dans une dure dépendance.

La société des gens de lettres ne permettrait plus qu'un entrepreneur de journal vendît ou louât à cheptel — au pouvoir ou au contre-pouvoir quand son intérêt s'y trouve engagé — la torro, les paysans et les bestiau-\, — c'est-à-ilire le journal, les abonnés et les rédacteurs.

Quand un journal voudrait se dérober ;'i la domination des <5crivains, il s'exposerait à être mis en interdit — et à ne pouvoir plus donner à ses abonnés que le timbre pour les trois premières pages, et les annonces pour la quatrième.

La société des gens de lettres fermerait ces antres infects où l'on vend l'éloge et leblilme — aussi impurs l'un que l'autre, — où l'on demande aux passants la bourse ou l'honneur. La société des gens de lettres ne permettrait pas t\ac dans les divers rêves de réforme électorale et d'adjonclion des capacités on no la complilt jamais pour rien. La société des gens de lettres déclarerait un homme malhonnête on ridicule — et toutes les presses à la fois exécuteraient ses sentences. — Mais il faudrait d'abord qu'elle ne fût j)as une réunion ayant pour but unique, dans l'esprit de ceux qui la composent, de donner un peu plus de force à l'égoïsme isolé de chacun. 11 faudrait ([u'clle limitât le nombre de ses membres — et qu'on n'y entrât ensuite que par survivance et élection. — Elle n'aura pas de force tant qu'elle s'étendra au hasard connue une tache, sans i|n"on puisse en préciser les contours. Il famlrail qu'elle disposât d'un budget convenable, au moyen d'une retenue sur chaque somme gagnée par chaniri de ses membres, et non sur les chances aléatoires et illusoires de la reproduction. Il faudrait qu'elle fût d'abord le contraire de ce qu'elle est, et puis bien d'autres choses encore qu'il serait long et ennuyeux de dire ici.

Heureusement, répétons-le, — qu'elle n'est rien, car elle serait tout.

Mars 1847.

^^ Il existe une société d'artistes très-bien organisée, elle donne des secours aux membres malades ou mallieureux; elle faii une rente à la femme et aux enfants d'un artiste mort.

Pourquoi le produit de la vente du livret ne serait-il pas donné à celte société? Pourquoi, puisque le public aime tant les jours réservés, ne fixerait-on pas un jour par semaine où on payerait un prix quelconque? I! serait juste que l'on donnât également ;'i la société des artistes ce revenu, qui leur appartient incontestablement, puisque c'est la réunion de leurs travaux qui attire lepublic.

-î^ç; On a tiré chez madame la vicomtesse Victor Hugo une loterie d'autographes, au bénéfice de la crèche du huitième arrondissement, dont madame Hugo est patronnesse. — Madame hi duchesse d'Orléans, à laquelle madame Victor Hugo avait demandé un autographe — a, envoyé, par madame la duchesse "*, un lot composé de deux volumes richement reliés, sur l'un desquels, avec une grâce et un tact parfaits et cet esprit qui vient ïiu cœur, elle avait transcrit, de sa main, une dizaine des plus beaux vers de M. Victor Hugo. — Ce lot, gagné par M. "*, a été offert à madame Hugo.

i^je Au voyage d'essai du chemin de fer du Havre, dans un des wagons, eut lieu le petit dialogue que voici : « L'inscription du chemin de fer est heureusement trouvée : Sic Lutetia portus,

198 LES GlÈPES.

— cest ainsi que Paris est un port. '— Portas est d'un latin liien vulgaire. — Pas plus vulgaire que port en français. — Virgile dit s'mus. — Il dit aussi poftus. Il dit sinus pour anse ou baie, et portus pour port. — C'est égal, je ne trouve pas;)or/;/.9 d'un beau latin. — Monsieur préférerait /)o»7df;n<?nw, peut-(Hre? — Monsieur se moque de moi? — Oui, monsieur. »

.^^ Madame la comtesse de C*", (pii vient de mourir subitement, était une femme d'esprit. — Son salon était célébn par le tact avec lequel elle le gouvernait. — Les gens les pluintelligents et les plus illustres de ce temps tenaient à honncui d'y être admis. — C'était un des quelques salons où on causr encore, c'est-;\-dirc où l'esprit, le talent, la gi'Ace, sen'ent à quelque cbose et sont prisés au-dessus ^les gros diamants, des belles robes et des grands airs.

On a beaucoup parlé d'un bain que prit madame de C" quelque temps après son mariag'"; ce bain coula soixante niilli francs. A la suite de je ne sais tpiel accident, elle avait été liorriblement brûlée ; les médecins désespéraiept de la sauver, et on s'attendait à la voir expirer dans d'atroces douleurs. Un des médecins eut une idée bizarre : il ordonna un bain de laudanum; — le laudanum se vend « la goutte! — On courut tout Paris, on rassembla tout ce qui s'y trouva de laudanum, et madame de C" fut soulagée et sauvée; elle ne garda de cette brûlure générale qu'une trés-petile marque, à l'épaule, je crois.

<|^ Un écrivain extrêmement spirituel a un parti pris d'admiration pour les autres et de modestie pour lui-même cpii impatiente quelquefois ses amis ; il a toujours un éloge lout pn'l pour n'importe ce qu'on lit devant lui. — Quelqu'un disant : < Dumas a ditbier im bien joli mol. — Ab ! oui, cbarmanl! un mot charmant. » Et se retournant vers le narrateur interrompu : « Quel est le mot? » ajouta-t-il.

4^Jkj; Dernièrement, — M. île Parante parcourait quelques pièces de vers envoyées pour le concours, — et ne trouvant que

des choses prétentieuses et emphatiques : « Décidément, dit-il, on ne sait plus faire les vers médiocres ! »

^}^ M. de Salvandy vient de porter avec assez de résolution la hache dans la vieille arche de l'Université. — Ce volume est déjà sous presse, mais je ne veux pas attendre au numéro prochain pour dire — que c'est un immense service rendu au pays, et qui restera dans sa mémoire. — M. de Salvandy a eu le rare courage d'avoir du hon sens. Préparons-nous à le défendre : — les sots sont un ennemi toujours supérieur en nombre.

^jç Je remercie bien sincèrement M. de Balzac de s'être rappelé le nom de mon cher père, en citant un certain nombre de célèbres musiciens allemands. — Avoir son nom placé dans un des beaux livres de M. de Balzac, c'est avoir une glorieuse épitaphe. — Je me suis senti bien intéressé à ce livre ; voici une joUe pensée que j'y ai lue : « Il n'y a que le bon Dieu qui ait le droit de faire du bien, voilà pourquoi ceux qui s'en mêlent sont si sévèrement punis. »

Avril 1847.

M. de Salvandy entre VUnivers ci le National. —Opinion de saint Augustin sur la question actuelle de l'enseignement public en "France. — Comment M. Thiers perdit une voix. — Chaises à deux fins. — Réponse d'un voleur. — A voleur, voleur et demi ; la justice et l'équité. — Napoléon et Henri IV; M. le baron Lecoulteux et M. Lhcrbette; Sully, le père Loriquet, Thistoire.M. Thiers, etc. —Définition du parfait conservateur. — Les king's-charles sont mal portés. — Pendant si.v mille francs. — Sur la mode; tyrannie des bossues ; robes balayeuses. — Un mot de M. Thé. Ga. sur l'argent. — Conversion de madame de M... — Un banquet phalanstérien; la nourriture de l'avenir; M. Considérant

et les petits phalanstériens. — La reine dAngleterro et Virgile. — L 's notaires ne donnent pas de reçu. — Le pape circoncis. — M. Gannal et M. Sucquet. — Les croix ; George Sand. — M. Decazo oncle des (leurs. — Ce (juc tout le monde veut. — Une circonstance atténuante. — A une amie inconnue, sur les combats do taureaux.

11 est arrivé co que j'avais prédit : Vrmrrrs traite M.deSalvamly d'hypocrite, et le National prcliMid (|u'il est fou. Certes il y a dans le projet du ministre — trop et pas assez ; in;iis il s'oppose aux envahissements du clergé, et il lait entrer un peu de bon sens dans le programme des études universitaires.— L'Université est une autre jéouiliére, une jésuitiére laïque. — Ce peu de bon sens entre avec elVort, C(unnie un coin de fer dans un chêne noueu.\ ; mais le chêne est fendu, — c'est beaucoup. M. de Salvandy, je le répète, aura remlu un grand -service au pays. Saint .\ugustin avait déjà j)aiié, bien avant nous, du ridicule de cette éducation exclusivement littéraire. — « J'apprenais ces sottises avec plaisir, dil-il dans ses Cuiifessions; à raison de quoi on m'appelait un enfant de grande cspcrani'c. "

1$^ .M. Thicrs étant ministre, M. Pclt... de Vill prononça à la Chambre des députes un discours assez long, véritable anq)lilicalion de rhétorique. « Comment m'avc/.-vous trouvé? demaiida-t-il au mini.stre en descendant de la tribune. — Vous avez une bien belle voix, répondit M. Thiers. — Vous ne l'aurez plus désormais, ma voix. » Kn cllct, depuis ce temps, M. Pclt... de Vill écrit contre .M. Thiers dans le journal de snii arrondissement.

Mif^ Dans ma petite vallée verte, au bord de la mer, — il arrive quelquefois, le dimanche, que le curé loue, le soir, à un bastringue, — les chaises de l'église, sur lesquelles on s'est dévotement agenouillé le matin. Oi"'lqi"^^-i>ii'^^ reviennent un peu éclopées. Je ne sais si, avant de rentrer dans le saint lii'u, elle^

AVRIL 1 847. 20f

n'auraient pas besoin de passer par le confessionnal et de faire pénitence.

.^j* Un voleur adroit, — auquel le président*'* demandait, selon l'usage, son cHat, — répondait, il y a quelques jours, avec assurance : « Je vis du travail de mes mains. »

La volcric est tcUi?, Que, si l'on faisait bien l'histoire des larrons, On écrirait l'histoire universulle.

La Fontaine.

.^jî Un marchand voit entrer dans sa boutique un pauvre diable qui lui dit : « Voulez-vous m'aclieter de l'essence de rose? — Voyons votre essence de rose, » répond le marchand. Il l'examine, la flaire, et, la trouvant bonne : « Je n'en ai pas besoin, dit-il. — Je ne vous la vendrai pas cher, répond le quidam. — Combien? dit le marchand. — Trente francs... Je ne m'y connais pas, je ne sais pas si c'est bon. — C'est pour rien, pensa le marchand, il doit l'avoir volée; il la donnera encore à meilleur marché... Je n'en veux pas... Si vous la laissiez pour vingt francs, je l'aurais prise pour vous obliger. — Prenez-la. »

Le quidam parti, le marchand se frotte les mains. « La fiole vaut plus de cent écus. l'imbécile la donne pour vingt francs! voilà une journée bien commencée. » Quelques jours après, le marchand découvre que c'est lui qui est l'imbécile : la bouteille est pleine d'huile de baleine avec quelques gouttes d'essence de rose. Il retrouve son vendeur et le traduit devant un tribunal. Il faut dire que le marchand qui se plaignait n'était pas une victime, mais seulement le plus maladroit des deux voleurs, et que, eu bonne équité, il aurait fallu ou les mettre en prison tous les deux, ou les renvoyer dos à dos. Mais la justice n'est pas toujours d'accord avec l'équilé : le vendeur de l'essence de rose a seul été mis en prison.

^/t^ M. le baron Lecoulteux, député, était rapporteur d'une

pclilion qui demandait, onlrc autres choses : le r6taldis<ement do l'cffi^'ic de l'empereur Napoléon sur la croix de la Légion d'honneur. M. Lecoulleux a traité le sujet de la pétition de question misérable.

Questions misérables, en elTet, que celles qui ne peuvent donner lieu à la moindre prime ni au moindre agiotage. — M. Lherbette, après deux ou trois des ses collègues, a répliqué à M. Le- Cdidteux avec beaucoup de verve et de bon esprit, c'esl-à-dire de cet esprit qui est la raison ornée et armée. Un ministre a eu le malheur de répondre qu'un ne pouvait pas toujours faire des changements. Il me semble qu'on n'a pas hésité à substituer le drapeau tricolore au drapeau blanc, — Louis-Philippe à Charles X. Pourquoi n'a-t-on pas continué à mettre autour des pièces lie cinq francs : Domine salvum fuc regrm, au lieu île : Dieu prulêge la France, qu'on a restitué? Pourquoi a-t-on fait ajouter au Domine salvum de l'église le Ludovicum Philippum primum? etc.

Mais je ne demande pas qju'on fasse des changements; je demande, au contraire, qu'on ne fasse ni changements ni mensonges aux jalons historiques et aux monuments. Il ne s'agit pas ici de changer, mais d'eiïacer les changements ridicides exécutés par la Hotauralion. Si les anciens Grecs et Romains avaient été aussi sottement mobiles qu'on l'a été en France depuis cinquante ans, il n'y aurait pas moyen de se reconnaître dans leur histoire.

Pourquoi Henri IV sur la croix d'honneur instituée par Naptléon ? Pourquoi alors n'est-ce pas lui qui surmonte la colonne avec le nom de M. Ihiei-s sur la bolle, — ce qui le ferait confondre avec Sully ?

Henri IV sur la croix d'honneur... n'est-ce pas aussi ridicule que la fameuse histoire du père l><)ri(|U('l, jésuite, où l'on rapporte que n M. le marquis de Uuonapaiie, lieutenant général des aiTnées de Sa Majesté Louis XVill, remporta sur les Autrichiens l'éclatante victoire? » etc.

Puuniuni ne pas remplacer les mots Honneur, Patrie, — par

le mot hoiUeiix Paris vaut bien une messe? — C'est bien assez

du pont d'Iéna, — sur le juel j'ai vu tour à tour — N — J L —

OC — et aujourd'hui, à ce que dit M. Benoît, — LP.

Continuez à inscrire ces laux sur tous nos monuments, — et il viendra un jour un historien consciencieux qui, rebuté par les contradictions des journaux contemporains, et ne voulant plus s'en rapporter qu'aux monuments. — écrira des paires dans le genre de celle-ci : « Sous le régne de Henri IV, M. Thiers, premier ministre, fut remplacé par le huguenot M. Guizot. — Après la bataille d'Iéna, que gagna le Béarnais, il donna la croix d'honneur au lieutenant général Bonaparte, qui s'y était lait remarquer ; ■=— ce qui porta beaucoup d'ombrage à Biron, qui dit alors : « iXous allons aller à Biron planter nos choux. » Sully fut alors nommé pair de France et se fit un plaisir, avec M. de Boissy, de contrarier en toutes choses M. le président Pasquier, ancien ligueur converti par de bonnes places et de riches pensions, et qui doit beaucoup à l'extrême indulgence de Henri IV, qui lui pardonna en même temps qu'à Mayenne. — A cette époque, la belle Gabrielle d'Estrées, élève de la maison royale d'Écouen sous madame Campan, avait pris un tel empire sur son amant, qu'il voulait l'épouser. — M. de Montalivet, intendant de la liste civile, averti de tout par Paul Foucher, directeur de la police du royaume, — se jeta aux genoux du roi, en môme temps que Sully et M. Cuninr-Grid;ûnc. Mais la mort de Gabrielle, — dont lut accusée madame Lafarge, — amena de grands changements, et le Béarnais épousa l'archiduchesse Marie-Louise. — Ce qui fit dire à M. de Mornay, chargé d'affaires en Suède et compagnon d'aj'mes de Sa Majesté Henri IV à Jemmapcs et à Ivry, — que la reine Elijabeth ne serait peut-être pas contente. — Lorsque Henri IV, après la bataille de Waterloo, fut enfermé à Sainte- Hélène, MM. Thiers et Sully se retirèrent dans leurs terres, et ne lii' nt plus que de rares apparitions à la cour de Louis XIII et de

Louis-Philippe. — Ciillon s'en fut en A]i;ério partai^'cr les dangers lies généraux Cedeau et IUii;eau(l. 11 eut le bonheur de prendre Bou-Maza, hu;^ucnot relaps, — et, peu de temps après, il tua en combat singulier le terrible Abd-el-Kader. — On l'eprodiaau roi lleuii IV de n'avoir pas su arrêter les violences de l'agiotage sur les chemins de fer; mais il n'est pas juste de laisser tomber ce reproche sur le roi, (|ui ne savait comment remédii-r au déficit des finances, si fort minées par la révolution de Juillet et la Ligue. — On sait aussi que le Béarnais n'aimait pas M. do Rothschild. C'était toujours le même homme qui avait dit à ses soldais d'Egypte, commandés par Klébei' et Biron : « Yenti'e- » saint-gris \- pensez que du haut de ces pyramides, quarante )i siècles ont les yeux sur mon panache blanc, que vous vcrrex. » toujours au chemin de l'honneur, conmie à Arcole et à Ar(iues. »

On ne peut pas démarquer les faits historiques comme les fdous démarquent les mouchoirs, — et on ne peut pas faire les grandes actions comme lesdits filous font une filorhc et une to- (jiiaiitc.

J^tjC Dcftiiilion du parfait conscrvateitr : — Conserve ce que tu as pris, et liiche de prendre ce que les autres ne conservent pas assez.

^1^ L'impôt iur les chiens pourrait devenir un inqxH sur la prostitution. — On ne rencontre dans Paris et aux promenades que peliles voitures basses renfermant une couilisanc et un king's-charles. — Le king's-charles semble devenir une enseigne, comme était la branche de myrte entre les dents, pour les courtisanes grecques.

i^Sfcfî M. *" trouve jtar hasard une somme de six mille francs entre les mains de son domestiiiue. Il se croit volé, le questionne, veut porter plainte, et le faire arrêter et emprisonner. Le domestique prule^le en vain de sa probité : le maître est indexiblc — « Tu m'expliqueras d'où le vient cet argent, ou tu iras en prison. — Eh bien ! monsieur, dit le domestique poussé à bout.

c'est du temps que votre femme avait pour amant le priuce "*. 11 me donnait dix louis chaque fois qu'il passait la nuit chez vous. Cela a duré pendant six mille francs. ->

^^ LA MODE. Les femmes maigres et mal faites ont imaginé des paniers en crin ou en étoffes gommées, qui donnent aux hanches des proportions exagérées, — et elles ont dit : « C'est la mode. « Celles que la nature s'était plu à faire belles ont dit : « C'est la mode, » et elles ont consenti à devenir pareilles à celles qne la nature avait déshéritées.

Les femmes trop petites ont imaginé de porter de hauts talons et des coiffures qui mettaient le visage au milieu du corps, — et elles ont dit : d C'est la mode. — C'est la mode, » ont dit les autres en soupirant, — et elles sont devenues trop grandes par le procédé qui, à la fois, donnait aux naines une joHe taille et la faisaient perdre à celles qui l'avaient reçue de la nature.

Les femmes qui avaient de gros pieds plats ou des chevilles épaisses ou engorgées, ont dit : « 11 faut cacher nos pieds; mais il serait bon aussi de cacher les pieds de celles qui les ont étroitset cambrés, et qui ont les chevillos fines. » — Elles ont imaginé des robes longues et traînantes, — et elles ont dit : « C'est la mode ! » .Mors toutes les femmes qui avaient de ces chers petits pieds ont dit : « Hélas ! c'est la mode ! )> — Lt elles ont adopté les jupes traînantes.

Je ne dissimule pas que les robes longues ont une sorte de majesté, et qu'il y a encore bien des manières de faire voir son pied — et sa cheville — et un peu de sa jambe. Ces robes longues peuvent être portées dans un salon ou en voiture. Mais à pied, traînant dans la crotte, qu'elles reportent sur les bas, c'est quelque chose de parfaitement béte et de parfaitement sale. La saleté, chez les femmes, est un vice tel, qu'elle ne doit même pas être prévue ; — de même que Lycurgue n'avait pas fait de lois contre le parricide, disant qu'on ne devait pas admettre la possibilité d'un crime semblable.

Page 1