A MONSEIGNEUR L ARCHEVÊQUE DE PARIS
H^fff^ Note à tappui de son discours, dans lequel il tâche' d'insinuer adroitement au roi Louis-Philippe que, malgré la grandeur et la vénération qui [entourent, il ferait bien de se rappeler quelquefois qu'Un* est qu'un homme, — Monseigneur, on lit dans la Quotidienne, — le National, etc., etc.: « Le roi ne peut plus sortir qu'au milieu des précautions les plus mînatienses. — Depuis les Champs-Elysées jusqu'au pont Royal, — on compte, quand il sort, plus de cent cinquante sergents de ville. — Toute la brigade de M. Dolessert est échelonnée auprès du château. 9 — Agréez, monseigneur, etc.
J^^ UN PROJET DE RÉVOLUTION. — Sous ccrtains rapports, c'est une singulière situation que celle du roi Louis-Philippe. En effet, il n'est pas une de ses actions à laquelle on ne donne une fâcheuse interprétation. — Tout ce qui lui est opposé jouit à l'instant même d'une popularité certaine. — Tout homme accusé de ne pas être son ennemi,— s'empresse de se justifier. — On n'ose pas tout à fait louer les misérables qui ont tenté de l'assassiner, mais on se complaît à parler de leur fermeté; — ou l'exagère et on l'invente. —Je ne crois pas que Néfon,
ni Caligula, ni Tibère, aient jamais excité, en apparence, une haine aussi ardente et aussi implacable.
A quelqu'un qui verrait les choses de loin, — il semblerait qu'il faut qu'un peuple soit bien lâche pour conserver deux jours un roi aussi odieux. — Mais, de près,— il faut d'abord voir, en faisant la liste des crimes reprochés aux trois tyrans dont ma plume vient de rencontrer les noms, — qu'il n'y a pas un seul de ces forfaits qu'on puisse' attribuer à Louis-Philippe. — Appliquez au contraire à Caligula tout ce qu'on reproche à Louis-Philippe, — et Caligula vous paraîtra un assez honnête homme, — ce qui vous laissera quelque étonnement de voir tant de Tacites pour si peu de Nérans, — tant de JBrttttis pour si peu de Césars,
Il faut diviser en trois classes ces haïsseurs de rois :
Les premiers sont des gens qui ont contribué à faire le coup de la Révolution de juillet, et qui n'ont pas eu leur part ou n'ont eu qu'une part insuffisante aux dépouilles qu'elle a produites. — Ils sont semblables aux gens qui poussent à la queue d'un théâtre, — alors qu'un bras inflexible de gendarme placé en travers ne laisse approcher le public des bureaux que par escouade d'une dizaine de personnes. — Quelques-uns ont poussé, espérant être dans les dix premiers, — mais le bras rigide s'est abaissé devant eux, et ils s'efforcent de pousser jusqu'à ce qu'on laisse passer une seconde dizaine dont ils comptent bien s'arranger cette fois pour faire partie. — Ils font contre Louis-Philippe précisément ce qu'ils ont fait contre Charles X. — S'ils réussissent, et s'ils sont plus heureux et plus adroits, ils seront à leur tour poussés par d'autres qui voudront remettre la partie, — car quelque menu hachée que soit aujourd'hui la France, on n'a pas pu faire encore les morceaux si petits qu'il y en ait pour toutes les avidités.
JlUtft La seconde classe se compose des gens auxquels on avait fait croire, — sous la Restauration, — que tout le mal venait du gouvernement d'alors; —qu'en le renversant on renverserait en même temps toutes les dures conditions imposées à riiiimanité; — que la poudre tirée en Juillet devait faire tom-
Iht (lu ciel des alouettes toutes plumées, rôties, bardées, — assaisonnées.
j^ Aujourd'hui, ceux de la première classe leur disent, à regard de Louis-Philippe, comme ils disaient à Tégard de Charles X : que si Louis-Philippe n'était plus roi, — les ruisseaux couleraient du café à la crème ; — qu'on payerait la journée triple aux ouvriers, sans qu'ils dussent pour cela travailler; que les petits pois seraient gros comme des melons, qu'une tranche suffirait pour le dîner d'un homme, — et que les fruitiers les donneraient pour rien. — Ceux-là sont une classe éternellement bête et éternellement victime et de ceux qui possèdent et de ceux qui veulent posséder,— ceux-ci les ruant sur les autres, ce qui les amène habituellement à être pressés et écrasés entre les deux partis.
j^ La troisième classe est inoffensive : — elle se compose de gens vaniteux, entraînés par la joie d'être audacieux sans danger. — il y a entre eux la distance qui existe entre les esprits forts qui plaisantent ou insultent le ciel et lés Titans qui Tescaladent.
Hlfffç, Hais supposez que tout cela arrive au résultat qu'on ne prend la peine de cacher que bien juste ce qu'il faut pour que les Pbugoutm ou les Parlarrieu-Lafosse ne trouvent pas à mordre; supposez qu'on finisse par faire une nouvelle révolution, —il arrivera précisément ce qui est arrivé de l'autre : — un parti ou quelqu'un s'en emparera, — ce quelqu'un ou ce parti aura ses amis et sa queue, — et ce sera à recommencer. — 11 y aura toujours — des avides et des envieux. — Les révolutions sont comme la loterie, — il y a cinq numéros gagnants sur quatre-vingt-dix, — conséquemment, quatre-vingt-cinq qui veulent recommencer le coup.
Pour arriver aux mêmes résultats, — il me semble qu'on paye un peu cher, — qu'on met bien de l'ardeur et qu'on joue gros jeu.— On comprend l'impétuosité du cheval de course ou du cheval de chasse, mais on ne comprendrait pas celle que manifesterait un cheval de manège tournant avec fureur toujours dans le même cercle.
]^ L'infériorité du gouvernement actuel à l'éj^'ard de ce- H 1 ;»
i74 LES GUÊPES.
lui qui l'a précédé — vient de ce tfue c'est un nouveau gouvernement, — de ce qu'il a, — pour nous servir de nos comparaisons de tout à Theure, — proclamé cinq numéros sortant de la loterie, - de ce qu'il a laissé passer les dix premiers de la queue, — el, comme il n'y a pas plus d'ambition que d'amour sans espoir, — de ce qu'il a montré qu'on pouvait gagner el qu'on pouvait arriver.
Sous ce rapport, le gouvernement qui lui succéderait serait encore pire, — attendu que les cinq numéros gagnants qu'il proclamerait, joints aux cinq de celui-ci, en feraient dix; — que les dix qu'il laisserait approcher du bureau, joints aux dix passés précédemment, en feraient vingt.
Il est bien facile pour les agiteurs — de critiquer tel ou tel acte; — mais il le serait moins d'ajouter à leur critique ce qu'ils feraient à la place du gouvernement, — de prouver qu'ils le pourraient faire, d'en déduire les conséquences nécessaires, et d'établir sans réplique qu'elles seraient bonnes.
Cette agitation furieuse contre la royauté et contre le pouvoir, qui n'aurait, en cas de succès, d'autre résultat que d'amener un autre pouvoir et une autre royauté absolument semblables, est une niaiserie. — Prenez votre temps, — ne vous occupez plus de la royauté;' — faites vos plans, — présentez-les, — faites-en signer l'approbation comme vous faites signer vos projets de réforme électorale; —puis, quand vous aurez clairement établi que cette fois vous ne bercez plus les gens de contes de fées, — que vous pouve% faire le bonheur du peuple, — quand vous l'aurez prouvé d'utfe manière incontestable, — quand vous aurez en outre démontré que le seul obstacle, la seule digue à ces torrents de bonheur qui vont inonder le pays — est le roi Louis-Philippe ou tout autre, — que tout le monde se lève en masse, — et qu'on déclare lâches et indignes de la vie et de la liberté ceux qui ne marcheront pas, — et que le roi liOuis-Philippe soit renvet*sé, s'il ne s'en va pas de son plein gré; —et moi-même, qui ai caché ma vie dans l'herbe, — qui ai placé mes désirs et mes besoins si bas — que toutes les avidités de ce temps-ci se battent au-dessus sans pouvoir rien leur prendre, ~* moi-même — je saisirai alors mon innocent
AODT 1841. 17â
fusil de chasse, — et je jure sur Thonneur que je marcherai avec vous.
JUtlC Hais jusque-là— ii faut penser que la moitié des fautes du gouvernement viennent des obstacles dont vous jonchez sa route, — que le meilleur gouvernement du monde, aussi harcelé que celui-ci, ne ferait pas beaucoup mieux.
Mettez dans un chapeau — les noms que vous voudrez, — H. Fulchiron, mademoiselle Déjazet, — H. ChamboUe, Aleide Tousez, etc., etc., tirez au hasard, — et ensuite, quel que soit le nom qui sortira de cette urne, — laissez-vous gouverner et aidez un peu ce monarque improvisé et provisoire, — je ré> ponds que les affaires iront un peu mieux qu'elles ne vont, — jusqu'au moment où vous seree convenus de ce que vous voulez.
JUtfC UN BAPTÊME. Jc SUIS allé Tautrc jour à Étretat pour une cérémonie religieuse; on bénissait un bateau appartenant à Césaire Blanquet et à Maritn Glam : — on l'a appelé la Guêpe d^Étretat.
Il y avait là un homme étranger au pays, qui, tandis que je distribuais aux enfants du pays toutes les dragées de la boutique de Pierre Paumel, me dit :
— Quelle singulière superstition!
— Pas si singulière, monsieur, lui dis^je; — si, comme les marins, vous vous trouviez sans cesse dans des situations où tous les hommes de toute la terre, réunissant leurs efforts, ne pourraient rien pour vous, — vous inventeriez un dieu pour avoir recours à lui, si on ne vous avait pas appris à le prier.
Ce qui obtient de coutume votre vénération, — on n'a guère ici le loisir d'y penser; — tous les monarques du monde ne pourraient réussir à faire tourner à VeH ce vent d'ouest maudit qui empêche les bateaux de sor.tir et d'aller à la pèche.
Quand vous êtes dans une ville, — tout ce qui vous entoure â été construit de la main des hommes, — tous les accidents qui peuvent vous arriver, il dépend de vous ou du préfet de police et de ses agents de vous les faire éviter; — mais ici tout ce que nous voyons était là avant nous et durera après nous; — ces arbres ont abrité de leur ombre épaisse bien des générations
et en abriteront d'autres encore après que nous serons morts, tous tant que nous sommes ici. — Quand la mer gronde et se livre à ses colères, — vos quatre cent cinquante députés ne peuvent décréter qu'elle se calmera.
Tout ce qui a du pouvoir ailleurs,— on n'a ici aucune raison de s'en occuper.— Au-dessus de la mer il n'y a que le ciel — sans intermédiaire.
JUlyc CORRESPONDANCE. — M. Dugabé — me fait l'honneur de m'écrire pour protester contre les renseignements qui m'ont été donnés à son sujet. (Numéro de juin.)
«S'il faut tout dire, — me dit M. Dugabé, — j'ai été l'adversaire constant du projet qui sert de base a des attaques que votre loyauté regrettera, j'en suis certain... 11 y a trois ans que j'attaque la censure, et je suis décidé à la poursuivre de mes plaintes jusqu'à ce qu'elle soit digne, élevée, morale... Vous voyez, monsieur, que mes discours ne sont pas près de finir.
a J'ai appelé l'attention du gouvernement sur l'emploi des fonds destinés aux monuments publics, et, si l'engagement pris par deux ministres devant la Chambre demeure sans résultats, je reproduirai des faits qui prouvent avec quel soin on ménage l'argent des contribuables.
(i II est bien, monsieur, de poursuivre sans trêve ni merci la corruption et ses adeptes; mais prenez garde de vous tromper d'adresse en acceptant des renseignements qui détournent vos piqûres de ceux qui ont le plus à les redouter.
« J'oublie, monsieur, les droits que la loi me donne, et je demande à votre loyauté bien connue l'insertion de ma lettre dans votre première livraison.
tf Recevez, monsieur, l'assurance, etc.
a DoGABé, député. 9
Je mets donc la dénégation de M. Dugabé en présence du renseignement qui m'avait été donné.— C'est un devoir de la presse dont j'ai parlé dans mon dernier volume. — Lorsqu'il m'est arrivé de refuser de pareilles rectifications, c'est que les personnes qui les demandaient manifestaient des exigences exagérées — ou formulaient leur demande avec un accompagne-
ment de menaces et d'airs terribles qui ne me permettaient pas d'y faire droit.
m^ LE BERCEAU DO GOUVERMEHENT BEPRéSENTATIF. — A ta
bonne heure, — voilà qui est clair, sans circonlocutions et sans ambages; — voilà le gouvernement représentatif tel que je l'aime, c'est-à-dire dans toute sa naïveté, dans toute sa pureté et dans tout son éclat.
JUI^ EXTRAITS DES JOURNAUX ANfiLATs.— Uu toumeur d'Huddersfield est occupé à confectionner quatre cents bâtons ferrés qui lui ont été commandés par les wighs libéraux, pour être employés contre leurs adversaires politiques aux élections de WakePield.
A Harwick, — où deux candidats forts riches étaient en présence,-^ les votes se sont payés de sept à huit mille francs; les dix derniers qui devaient décider la question ont monté à cent mille francs.
A Carlow, les tories ont tiré des coups de fusil sur leurs adversaires.
A Bath, les radicaux ont traîné les officiers de police dans la boue. — Lord Duncan et M. Roebuck ont été élus, lord Powescourt et M. Bruges n'ayant pu se présenter sur les husttngs, ok leur vie eût été compromise. Une seule élection a coûté au candidat élu un million deux cent cinquante mille francs.
Nous n'en sommes pas encore là sous quelques rapports; — mais, sous quelques autres, nous avons de beaucoup dépassé nos voisins d'Angleterre (berceau du gouvernement représentatif).
Nous avons laissé bien loin derrière nous ce procédé naïf et vulgaire d'acheter de sa propre fortune les suffrages éclairés de ses concitoyens. -— Nos candidats ne procèdent pas comme les candidats anglais, dont les amis vont grossièrement dans la foule mettre de l'argent dans la main des électeurs. — Gela est honteux et humilierait nos électeurs.
Le candidat français ne donne rien, il promet, — non pas
son argent à lui, — mais à celui-ci la gloire de nos armées et
un bureau de tabac ; — à celui-là les frontières du Rhin et
une bourse pour son fils ; -— à tel autre la reprise du rang que