LES CHRONIQUES QUÉBECQtTOlSEg
pour le cour>j, M. Crémazie * attend ; car je te ferais par( d'un cui'ieux dialogue qui a eu lieu entre le rédacteur de l'Ordre, et celui du Pays; mais nous nous reverrons,
Nous partîmes ensemble, et sur notre chemin, nou^ saluâmes M. Tessier qui paraissait penser, je ne dii*ai pas à la loi, car le cours de procédure n'a lieu que tous les deux ans, et que nous l'avons eu l'année dernière. Une année de perdue sur deux, c'est une calamité bien capable d'attrister un professeur qui aime.. .ses élèves î Je croyais que le certificat que nous venions de lui donner, ramènerait la sérénité sur sa physionomie' d'habitude si franche et si ouverte) mais non, il parait atteint d'une maladie morale, qui le conduit lentement vers le.. .banc judiciaire et cette triste maladie jxnirrait bien finir par avoir de fatales conséquences \
Ia> Journal de Québec n dit que M. Eémillard ne fait (pi'un discours par année. C'est peut-être vrai, mais ce n'est pas juste à coup sûr. M'est avis que M. Kémillard se montre moins souvent, pour se taire désirer davantage. Périclôs, le célèbre orateur athénien, lui resseni,blait en cela; le député de Bellechasse est donc uif grand modèle. Démosthène qui, au début de sa «•arrière, avait la parole embarrassé»'. })Our vaincre cet obstacle .-i sa gloire, se promenait sur le rivage, et. lorsque les vngues en courroux, bondissîiient bruyantes et ten-ibics .>ur la ])lage, se mettant un })etit caillou daîis la bouche, déclamait avec véhémence. Mais la nature a fnit plus j)()ur M. Eémillard; elle lui a donné, au lieu «l'uncr j)arole embarrassée, une splendide accentuation, au lieu d'une mer agitée et mugissante, unr paisible glace <le rai roi r. Lîi scène se passe dans la nu-
• Jacques Oérnazie, professeur s\ runivernité-Laval et frère dii poëto canadien ()ct«ve Crémazie, inort en France, au Havre le ]• jflnvior, lrt7S.
LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. 13 5
Couiilai'd, au numéro 11. Xous sommes au mois de juillet 1861. Notre futur Mirabeau est devant sa grande glace. Il s'est revêtu, pour l'occasion, de ses liabits de noces. Le nœud de sa plus belle cravate blanche est irréprochable et presque classique, et ses bottes vernies, à peine sorties des mains du voisin Yiger,* reflètent l)rillamment le goût bourgeois le plus exquis et le plus raffiné. Les gros^^e^ breloques en or de l'oncle Benjamin, descendent d'une manière provoquante le long de sa bavalloise. Il est dans l'attitude pensive, soucieuse, et grave d'un homme qui est sur le point d'accomplir un grand acte, et peut-être le plus décisif de sa vie entière II tient dans sa main un manusci'it vierge de tout pli et de toute souillure, et. l'on entend descendre et monter par toutes les issues ces mots significatifs : — "M. l'Orateur! " L'oncle Benjamin arrive tout haletant : — •' Voyons, mon Edouard, montre moi, comment tu parleras à ces grands hommes qui prétendent que tu n'as pas d'esprit."
. Le neveu Edouard lit, avec emphase et mesure, le discours qu'il devra prononcer le 4 avril 1862, et que, par un de ces coups, comme la mémoire sait en faire quelquefois, il ne savait pas encore par cœur, après neuf mois d'un patient et laborieux travail.
L'oncle Benjamin écoute, se croise les bras sur la poitrine, met ses lunettes circulaires, et comme dernière expression de sa joie, rajuste sur son crâne chauve son antique perruque jaune. Tout à coup, il éclate en sanglots et ne pouvant se contenir plus longtemps, il s'écrie: mon cher Edouard, j'ai déjà prêté £200 en ton nom. et demain même, je doublerai cette somme, tant, tu me fais plaisir. J'ai dépensé aussi beaucoup d'argent
• Cordonnier ii la mode.
13G LKS CHRONIQUKs QrÉP.ECQllOlSftS.
j)()ur ton élection, nriais je ne le regrette pas. Tn es \hi vrai petit Papineau î
Je dois vous dire que je ivas^sistnis pas, en personne, à i-ette seùne si touchante et si dramatique ; je la tiens, en droite ligne, du grand major W., de la rue La- Fabrique, auquel l'oncle heureux et enthousiaste venait de la raconter.
Edouard est jeune, CM^^+f vrai ; un petit Papinrau, c'est vrai encore; il ne connaît donc ni la corruption, ni les fraudes électorales. Cependant un jour, et ce jour, ne ])récèda que de très-peu d'heures celui de son élection ; un jour, l'on voyait an-ivcr dans les poi'tions reculées <le> nouveaux étahlissoments du comté de Belleeiiasse. de gr<»s harils de ichi^hij. Il n'aurait ])as voulu non })lus offrir de l'argent au Dr... non ! mais l'enfant du Dr... n'est ])as électeur. Celui-ci s'écria donc suhilement dans sa joie enfantine : "Ah! maman, ((Uel heau so?/ jcnnip ! ! " Qup\ mal encore, si un électeui- influent avait hesoin (le chr.ndelioi's. et un autre d'un tapis; ces genslà, j)"ont ])as vendu le comte, ils ne l'ont (|ue liviv.
Aussi, voyez comme notre vrai petit Pa/n'neuu, en cxprin^e sa reconnaissance à ses électeurs, (-t surtout aux jeunes colons des étahlissen>ents nouveaux ! 11 ne trouve j)as la loi assez dure à leur égard, et veut à tout j)rix. les soiuiicttre aux sévères règlements de police qui ne sont en force que dans les grandes villes, parceque là seulenYcnt. ils sont nécessaires et jn-aticables. Il proposa donc le 5 mai. ISG'l, un hill intitulé: — ''Acte poui- amender l'acte i7)unicipal refondi! du Has-Canada. ' M n<' trouve ]>as la loi as.sez s^'vère. et il veut donner aux conseils municipaux h^ pouvoii- •' d'obliger les picipriétaires ou occujjants (h; maisons, d'avoir une ou des eheminées dans lf»s dites maisons; de l'ègler lai ■vianièi-e de plaeei les <lite> cheminées, les pcéles et W>
LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. 137
tuyaux de poêles, fourneaux ou fours et de garder les cendres ; d'empêcher les personnes d'entrer dans les étables, granges, hangards ou appentis avec des lumières non renfermées dans des lanternes, ou d'y entrer avec des cigares ou des pipes allumés, ou d'y transporter du feu sans les précautions nécessaires ; d'empêcher toute personne d'allumer, ou de garder du feu dans un hangard, appenti ou autre bâti.sse en bois, à moins que le feu, ne soit placé dans une cheminée ou dans un poêle de fer ou de métal, ou de le transporter dans quelque rue ou place publique, jardin 'ou cour, sans qu'il soit contenu dans un vase de métal, et contraindre les propriétaires de granges, fenils ou autres bâtisses contenant des matières combustibles ou enflammables, à en tenir les portes fermées, &c."
Yoilà ce qu'à fait le vrai petit Papineau pour le comté de Bel léchasse, et celui-ci s'en souviendra bien.
Permettez-moi de vous rendre compte dune conversation tenue au])i'ès de la table du Conseil Législatif, entre M. U...et l'intègre M. DessauUes.
M. U... aperçoit de loin l'intègre M- DessauUes, il court à lui avec empressement. Sa figure reflète, pour la première fois depuis quelques mois, l'expression d'un contentement intérieur.
— M. U. - -M. DessauUes, M. DessauUes, j'ai quelque chose d'important à vous apprendre. Je dinais hier chez le Gouverneur-Général, et en face de Son Excellence.
— M. DessauUes. — Attendez donc un instant, le postillon attend et je suis en train d'étriller les anciens ministres. J'écris, en ce moment même, que tous ces hommes sont des s. ..canailles «t qu'ils ont tous volé le coffre public pour s'enrichir ; £30,000, £9.000 ! Qu'importent les cliiffres !
138 LE?î CIlRONlQUEr? QUÊBECQtOlsES.
— M. U. — ^lais ne cj-aiguez vous pas qu'ils ne vou» poursuivent ?
— M. Dessaulles. — Bah ! Est ce qu'on poursuit ceux qui n'ont rien ! Où U ny a rien le roi perd ses droits ! Ne savez-vous jias cela ?
— M. U. — Mais au moins, n'avez-vous pas peur do vou> compromettre ?
— M. Dessaulles. — Allons donc, la vergogne et le sen?" moral sont des termes usés ! Aujourd'hui, on se passe facilement même d'un caractère ; voyez, moi. Vousjnon cher U., vous en êt'es encore aux jours de l'hypocrisie et de la dissimulation. Vous, vous mentez par réticence; mais moi. je mens franchement et au grand jour.
I.e rédacteur écrit encore quelques mots, ferme sa lettre et l'expédie.
— M. Dessaulles. — ^faijitenant. U.< jesuisà vous ; dite?moi votre histoire.
— M. U. — Je vous disais <|uejedinais. l'antre jour, che// le Gouverneur-Général et en face de lui.
— M. J)essaulles. — Ensuite.
— M. U. — M. Cartier était tout auprès, et la nappr levée, Son Excellence, se penchant vers lui, lui dit : M. Cartier, parlez-nous donc de la sérénade qu'on vous a donnée à Washington. M. Cartier répondit : je doi.dire à Votre Excellence qu'il n'y a pas eu de sérénade.
Ce renseignement pourra vous être utile pour le Pay.^
— M. Dessaulles. — L'on appellerait cela un manque tlf roiivenance in»pai-donnablo dans le nxmde des gens bien ^•Iwes ; mais il y a longten7|>s que n7on royaume n'ee^t |>lus de ce 7H0?ide. Alors d(»nc. je premis voti*e rensei «;ii('nu'iit et je m'en sers.
— M. L'. — .Mais.,. mais, ..;il(M-s itérait peut-être mieux...
LES CHRONIQUES QUEBECQUOIsES. 130
— M. DessauUes. — Il est tard, U.. j'ai le fait, je m'en «ers, et je le brode au besoin. C'est maintenant ma propriété, et j'ai droit de lui donner de la valeur. Où en serait aujourd'hui la démocratie, si elle avait eu ces délicatesses pour les conventions sociales et les règles embarrassantes du décorum 1 ...
Le Pay^ re])roduisit donc la conversation ; VOrJre dut en faire autant, et le Canadien, la propriété de MM. Tessier et Evanturel, les copia l'un et l'autre.
Le Canadien soutient, qu'il n'est pas la propriété des deux ministres que je viens de nommer. D'abf^rd, M. Ramsay a prouvé, que le Canadien est, la propriété enregistrée de M. Evanturel ; ensuite, cette feuille a ét*^ achetée par les deux ministres, M. Joly, père, M. G. Larue et un autre. A-t-on changé cela pour couvrii- MM. Tes>ier et Evanturel ? Allons donc, on ne trompe pas ainsi Biaise, votre serviteur, et encore moins le public, qui a tant d'yeux et tant d'oreilles.
M- Evanturel a beau faire, M. McGee, le laisse en arrière. Ce dernier est sur le devant. « coté de M. Foley. et lui, le chef d'un département, s"apj>.ne humblement sur le deuxième rang, y gardant le silence le plus }>arfait.
Vendredi, M. MacKenzie,* l'homme à la barbe rouge et à la longue et étroite ligure, mettait à l'aide d'une bougie, le feu dans la crinière du ministi-e de l'agriculture. Celui-ci se fâche, et commence à prendre des poses athlétiques; mais il se calme, en entendant de bruyants rires autour de lui. Un voi>in venait de dire : ** MacKenzie est fort, c'est le seul homme qui ait pu faire jaillir de la lumière de cette tête.'
— Connaissez-vous le colonel Ilaultain, disait, il y a. quelques mois à Londres, un officier anglais à un
• LHonorablc Alexandre MacKenzie.
140 LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.
voyageur canadien ? Oui, je le connais, répondit rnutre, puisqu'il siège en Parlement.
— L'officier anglais. — Vous n'êtes pas difficiles vous autres Canadiens. 11 nous assommait hy his everhstinff firayer iveeting. Il se croyait sanctifié, et savez-voas, (pi'un jour, il pensait avoir la loi assez forte pour j)orivoir, comme Saint Pierre, marcher sur l'eau. Mais la foi n'était pas assez forte encore, car le colonel faillit sr Tioj'er, et il fallut tous les etfbi'ts du monde pour le sauver.
Je vous ai déjà parlé de la démission de M. Treffié Cherrier, du bureau des terres ; je puis aujourd'hui vous donner des détails. En juillet ou août dernier, loi*sque M. Doiion tHait encore secrétaire-provincial, M. G. H. (/herrier, frère du démissionnaire, ayant entendu dire i|u'il étîiit question d'écononiie dans tous les bureaux publics, et voyant que quelques démissi(jns avaient déjà eu lieu, s'adressa à M. Dorion. parcequ'il ne connaissait pas personnellement M. McDougali, pour lui offrir de remplacer son frère ])endant sm maladie, M. Dorion engagea M. (i. H, Cherrier à lui adresser, à lui. sur le sujet, une lettre officielle, qu'il promit de faire parvenir à M. AîcDougall et de l'appuyer de sa re- '•omniandation.
A quehjues jours de là, ^L. (r. H. Cherriei* alla voii M. Dorion pour en apprendre la réponse du commissaire des terres. Ce dernier faisait diie ])ar M. Dorion, à M. «i. JI. Cherrier, que son frère n'avait pas besoin d'être inquiet par rapport à sa place, parce (jn'il ne pensait taire, dans le momeiit, aucun dérangement on chnajerneiii dans .'^on bureau.
Les choses en restèrent là, jnxfu'au jour où >[. <J. If. rherriei', apprit de **on frère. >îv déoiission en dé- «•em)»jv I8(J2,
LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. 141
M. G. H. Cherrier parla de la chose au ministre de l'agriculture. M. Evanturel lui répondit, qu'un ordre en conseil donnait ti'ois mois de salaire à tout officier démis pour cause de maladie, et contre lequel il n'y avait pas de plaintes.
C'est ainsi que le gouvernement traite les pauvres ouvriers qui ont le malheur d'être malades.
Aujourd'hui, comme au commencement de la séance^ les banquettes des ministres et des chefs de l'opposition étaient vides, l'Enfant-Terrible * crut à la trahison et il dit à son voisin; ''vois-tu les s. ..g. ..ils sont après former une coalition !..."
Ceci est vrai à la lettre, et comme vous voyez, l'Enfant-Terrible n'a pas foi dans la moralité de ses chefs.
Je termine ma lettre par une histoire promise. Le gouvernement Cai'tier-McDonald, en nommant le Dr. Landry médecin-visiteur de l'hôpital de la marine, avait paraît-il, promis à l'université Laval de prendre désormais les médecins-visiteurs parmi ses professeurs anglais ou français, pour l'avantage de ses élèves, ei comme le Dr. Painchaud, était alors dangereusement malade, le conseil univei-sitaire recommanda pour le remplacer, l'un de ses professeurs. Celui-ci, bien entendu, ne devait recevoir de salaire qu'après la résignation ou la mort du Dr. Painchaud.
Mais le cabinet Cartier-McDonald tomba dans l'intervalle. Le Dr. Larue dit au niédecin recommandé, qu'il avait l'autorité de deux ministres pour lui dire, que si l'université renouvelait sa demande, il serait nommé sans délai. Tout ce que l'on voulait, parait-il, c'est que 'univei'sité se fît l'obligée du gouvernement. L'uni-
* Sobriquet donné à M. J. B. Eric Dorion, dont ou tionreia le portrait i la pa^e 1 9 de ce volume.
142 LES CHRONIQUES QUÊBECQUOISES.
ver^ité renouvela la demande sans arrière-pensée. Cependant le gouvernement n'en prit pas acte, et le?» rhoses en restèrent là.
Plus tard, l'infortuné Dr. Frémont, nous revenait d^ l'ancien inonde dans un cercueil, et sa place devenait vacante à la prison. Plusieurs médecins la demandèrent. Le Dr. Marsden remua ciel et terre pour l'obtenir.
Un joui', qui n'est pas encore bien éloigné, un ministre, M. Evanturel, promet solennellement son influence au Dr. Landry, et va même, dit-on, jusqu'à déclarer son intention de résigner, si cette place dr médecin est donnée à un autre.
Quelques jours après, M. Evanturel rencontre M. Landi y sur la rue, lui dit que le droit de nomination appartient à M. Abbott en l'absence de M. Sicotte, mais qu'il la cède volontiers aux deux ministres du district de Québec. Puis, il lui demande ce qu'il dirait, si on l'accouplait avec le Dr. Kobitaille du faul)ourg St. .Ican, avec l'entente qu'il conservera sa place de médecin visiteur de l'hôpital de la Marine. Le Dr. Landry accepta cette proposition. Plus tard encore, M, Evan- Uirel se rendit chez le Dr. Landry, pour lui dire que ce dernier arrangement aurait lieu, s'il voulait aller chez le Dr. Painchaud pour l'engager à résigner sa place de médecin-visiteur de l'hôpital de la Marine, avec l'entente, qu'on lui laisserait £75 et que son remplaçant ne recevrait, jjisquà sa mort, que £25.
M. Landry refusa de se prêter à ce tripotage. • Alkz-y si vous voulez, dit-il, pour moi, je ne ferai pa> une ])areille ]>roposition à un vieux et fidèle serviteur jniblic. Ce que vous voulez est. une injustice, et je ne m'y prêterai pas. Miûs qu'ètos-vous donc dans le i;(»uvi'r»U'iui'Mt si on vous traite ainsi ? ''
LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. 143
M. Evantui-el se rendit auprès du Dr. Painchaud, pour lui renouveler la caême proposition. Le vieux docteur le reçut cavalièrement. " Non, monsieur, ditil ! Si vous croyez que je ne suis plus capable de faire le service, démettez- moi ; mais jamais je ne consentirai a partager ainsi mon modique salaire. Est-ce ainsi que vous traitez les vieux serviteurs publics ? "
M. Evanturel s'en retourna avec son petit bonheur.
Dans Fintervalle, il parait que le Dr. Landry avait vu M. Sicotte, qui ne chantait pas comme M. Evanturel. et qui faisait comprendre que ses recommandation?» t'îtaiçnt pour peu de chose dans la balance de se»' volontés, à lui, le procureur-général.
Vendredi de la semaine dernière, M. le Dr, Tassé se trouvait au bureau de M. Sicotte qui lui parlait de la nomination du médecin de la prison. M. Tassé ayant compris que M. Sicotte voulait otl'rii' la prison, sans •partage, au Dr. Landry, à la condition qu'il abandonnerait ThÔpital de la Marine, demanda au procureui'uénéral, l'autorité de lui faire cette pi"oj)osition en son nom. M. Sicotte la lui donna, et M. Landry accepta l'offre ; mais quand M. Tassé revint en porter la nouvelle à M. Sicotte, celui-ci avait changé d'idée. Il voulait maintenant, que M. Landr}' abandonnât l'hôpital et ne piît que la moitié de la prison. ^I. Landry refusa tout naturellement, ne pouvant abandonner le plus ]»our prendre le moins.
L'on voit comme M. Sicotte tient a sa parole engagée, et traite >on eollègue M. Evanturel !
M. Tes.sicr fait moins de bruit <|uc M. Evanturel. mais il réussit à placer tout doucement les siens ; c'est
144 LES CHRONIQUES QrKBECQrOISES.
son cousin le Dr. Tessier et lo Dr. lîobilaillo qni sont médecins de la prison ! *
Quelle seandalcuse atîaire et quel tvi])Otage !
Blaise.
Monsieur le Rédacteur.
Je vous ai dit bien des foi>, que l'on me fait uuv guerre à raort ; mais jusqu'ici, vous n'avez pas paru me «•roire, ])uisque je n'ai pas encore senti votre main secourablc. Aujourd'hui, il n'y a plus de temps à perdre, le danger est imminent, et si vous ne me tende/, les deux bras, je suis sûr de périr. La guerre d'extermination a commencé par les élôves*; maintenant t:e Hont les professeurs qui s'en mêlent.
M. Tessier aux abois, a évidemment demandé secour^ à l'université, et l'université lui a n'pondu ])ar Tun di' ses professeurs. Pourquoi le Courrier du Canada nr prend-il la défense que de M. Tessier, et pour(juoi le»« .-mtres ministres sont-ils laissés ]>ar lui. à leur fatale destinée? C'est comme je viens de le dire, d'abord, parceque M. Tessier est un confrùr(^-])roresseur, et ensuite, parceque le ])rofesseur malheureux, dans son désespoir est allé invoquer secours à «.Vc...
Le Courrier dit: *^ Biaise a-i-il la conscience d'ètiv juste, et croit-il même être habile, ([uaud il s'évertue à faire ])rendre jiour un niais. j>()ui- un imbécile, un homme qu'un de nos premiers établissements d'éducation a choisi, pour un de ses professeurs, qu'une de n'»N
1>« runiversit* Laral.
LES CHRONtnUES QL'ÉBECQUOISES. 145
|)remiGres institutions financières, a choisi pour son ])résiclent ? "
A cela, moi Biaise, je réponds: ce que vous dites ici lie prouve rien, et le jour, oii M. Tessier faisait dans la salle de l'université son grand discours en faveur du pouvoir temporel du Pape,^ ceux qui l'avaient choisi pour professeur, s'aperçurent qu'ils s'étaient trompés ; de même que l'inaction, où après quelque temps l'institution financière mentionnée, laissa son président, constate également Terreur du choix commise par cette institution.
On ne C()nnaît l'ouvrier qu'à l'œuvre, et il était trop tard, quand les deux institutions dont je viens de parler, purent apprécier l'ouvrier.
Le Courrier dit : " que l'espionnage semble être le moyen dos correspondances en question ; la délation et le dénigrement Tunique but que se propose Técrivaiu |ui les fournit." Il eut été plus près de la vérité en lisant, que l'espionnage est le moyen employé par M. Tessier contre ses adversaires, et que Tunique but de cet espionnage, chez lui, est la délation et le dénigrement. Avant qu'il soit longtemps, je serai en mesure de prouver mes assertions sur ce point, et de rendre encore plus odieuse, la conduite du commissaire des travaux ])ublics.
Mon Dieu, les espions sont partout! L'autre jour, j'étais assi.s dans la boite des rapporteurs à gauche, et j'entendais les voix de plusieurs députés qui disaient • • A quoi sert donc Tavis imprimé aux murs de l;i tabagie (pii dit expressément, que les membres seuls de hi <'hamhre ont admission, puisque nous sommes croisés sans cesse dan*; le comité de la pipe, et espionnés par deh
En mars, 1860.
146 LES CHRONIQUES QUÉBECOCÔISES.
étrangers. Que fait là, le célèbre Barthe ? A peine nn sur dix, lui adresse t-il la parole, et encore, par miséricorde." J'étais allé au comité de la pipe une fois, et cet avertissement me fut salutaire, je n'y suis plus alU* depuis, de crainte d'être soupçonné d'espionnage. Cependant, je pourrais en nommer encore d'autres qut* Barthe, qui s'imaixinent en fréquentant le comité de la pipe, pouvoir intluencer les votes de quelques députés Bas Canadiens. Je nommerai ceux-ci une autre fois.
Le fameux rapport de la commission d'Ottawa est enfin livré à la publicité. 11 est si faible qu'il a désa])pointélesamisdu ufouvernement dont il va certainemen t hâter la chute. Si je suis bien renseigné, la commission a monti-é, dans toute sa con«liiite. une insigne m;Mivais«foi, en cachant des documents importants pour pouvoir accuser plus à son aise. Ce rai)poi"t prépare des déboire^ à M. J. S. McDonald (|ui ci oyait devoir y trou *'cr son salut. Le temps de la grande épreuve arrive, et \o*amis même du gouvernement sont convaincus qu'il y •uccombera.
Le rapport de la commission d'Ottawa accuse M. Cauchon, d'avoir fait des avances aux entrepreneurs: mais ]iense-t-on que M, Tessicr. le parcimonieux, M. Tcssier, l'hotnme intègre ]>ar excellence, n'ait pas commis le péché des avances, si c'est un ])éché. Je vous ai «lejà dit que la chemise du (juai de Ritnouski avait coûte environ $7,000. L'<^uviage était ])artagé en deuxcontrats ; le premier, de S:;, 141 et le second, de $3,705. M. Dcrome, trouvant (|ue le partage n'était pas équitable, demanda que S;î(>0 fussent retranchée* du dernier contrat et ajoutcvs au premier. Ce que M. Tessier refusa fVécrire, en disant au surveillant PiMincau : *' Je vous autorise à i>ayer en sus des 5*3,141. $300 comme avances sur le dernier contrat.*' ('i>
LES CHRONIQUES QULBECQtJOlSES. 14T
paroles furent prononcées en présence de témoins, mai^^ .\[. Pruneau refusa de faire l'avance, parcequ*il n'eu uvait pas reçu l'ordre />ârr écrit.
Nous avons le bonheur d'avoir M. Bureau au milieu de nous ; je dois vous dire, avec chagrin, que sa moustache s'est fanée dans la dernière lutte, et qu'elle est loin d'être aussi fraîche qu'on me l'avait dit. L« chevelure du nouveau secrétaire est aussi très-néccliirée : main comme M. Bureau et M. McGee ont déjà commencé û se peigner, il faut espérer qu'ils auront la mise bientôt respectable. Vous savez que durant l'absence d'un secrétaire-provincial, à M. McGec avait été confiée la •i^arde du grand sceau. A son arrivée M. Bureau voulut prendre sa chambre ; mais M. McGee s'y opposa en ■disant que cette chambre lui appartenait, et il voulut reléguer M. Bureau dans le bureau de ^f. Parent. -•" ('omment se terminera cette querelle, je l'ignore.
A propos on dit que M. Bureau a pleuré, comme un vufant, le soir du premier jour de son élection. Il so t-royait battUv et il disait en sanglottant : "c'est m;« faute si je suis ici. Si j'avais laissé élire Bourasga f à la dernière élection du collège, personne ne m'eut fait dr l'opposition dans mon comté. '
M. Bui-eau a dépensé, assui-e-t-on, plus de mille loui*. tlans cotte dernière élection, et la banque d'O X...\\ largemcrit fait circuler son papier. Tiens, j'oubliais dt' vous informer que M. Bureau, sans doute depuis que la
• M Etienne Parent autrefois député a rassemblée législative, loni;temps rédacteur du Canadien et lune des gloires politiques et littéraires du pays. II est mort i\ Ottawa le 22 Décembre, 1874.
t M. François Bourassa, aujourdhui député aux communes po>u- le 'omté de Saint Jean. On trouvera son portrait à la page:^l de v<> Volume.
X Ontario
148 LES CHRONtgrES (JUÉBECOUOISES,
loi de l'usure est abolie, prêtait de l'argent à se»» électeurs à 20 par cent, mais comme de pareilles transactions étaient propi-es à le rendi'C odieux, il prêtait cet argent au nom de M. Désaulniers et à l'insçu dv celui-ci. Tl se disait le procureui- de M. Désaulniers, et signait comme tel dans ses actes. La démocratie n'a jamais rien fait de répréhensible !
N'allez pas croire non plus que les Labrèche so soient oubliés, et qu'ils n'aient pas fait, à l'instar du gouvernement, eux aussi, leurs petites économies. Il y avait un crédit spécial pour la colonisation dans le tovvnship de Chester, dans le comté d'Artliabaskiu Or, M. Labrècbe-Viger et ses frères y possèdent cinq ou six lots de terre, et ils n'ont trouvé rien de plus commode, et de plus salutaii*e, que de dépenser tout le crédit à faire un cbemin de front sur leurs lot>. (*'estun cbemin roi/al et des côtes romaines sur lesquelles, comme disait Cbateaubriand, pourrait jjasser le genre bumain tout entier.
M. Gordon iirown, -'^ après avoir accompli avec .M. McKenzie, l'acte que le Mcrcwij lui-même, au ncun de M. .». S. MacBonald, a été obligé de stigmatiser et qui les flétrit l'un et l'autre, est ])arti trisle de (Québec. Il y a trois ou quati-e jours, il conversait intimement avec un ami politique auquel il disait :— " Je n'aurai>i jamais cru que notre ])arti \\\X si faible en lias Canada. •)ù nous comptons tout au plus 24 voix. Si nou^ pouvions traverser trois ou (juatre semaines, peut-être, pourrions-nous nous sauver, car nous ferions des offres à plusieurs, et chaque homme a son prix."
("e que je vous dis là, est la vérité même; mais le gouvernement n'en est pas moins destiné à périr.
• Frère de George Brown et l'un dos rédacteurs du Globi de T ronto.
Î.ËS CHRONÏOUËH UUÈHËOdUOÏSES. 14^
La ïscône se passe dans le bureau du secrétaire-pro- \incial. M. Tessier vient féliciter M. Bureau de son iti-iomphe électoral.
— M. Tessier. — Bureau je vous félicite. Vous ave?: l'emporté la victoii*e et vous l'avez bien gagnée; c'est un chei- triomphe que le vôtre. Mais qu'importe, vous voilà arrivé, et si seulement nous pouvons sauter îa session sans nous casser le cou, vous aurez le moyeu de vous refaire.
— M. Bureau. — Mon cher Tessier^ si vous saviez c^ i^ue j'ai souffert, et ce que j'ai payé, vous me ])laindriez. D'abord^ toutes mes petites économies que ma dernière élection avait fortement entamées, ont été épuisées en peu d'heures. Ensuite, j'ai retiré les petites sommes oue j^avais prêtées à 20 par cent au nom de Désaulniers ^ mais tout cela encore, n'a été qu'une goûte d eau dans l'océan électoral. Il a donc fallu fïx'wQ des billets, et la banque d'O^ ... m'a rendu des services que je devrai payer plus tard, si toutefois ces damnés bletis me laissent ici quelque temps. Est-ce que Coupai n'est |)as arrivé, inême avant moi, pour contester mon élection ? Eî comme ma majorité n'est que de trente-trois, et que la liste électorale de St. Kémi contenait quatre-vingts voix illégales, je ne sais pas trop comment j'échapperai à sa poursuite, si toutefois nous ne tombons ])as auparavant. Dévorer en deux jours sa petite fortune, perdre son élection, et pardessus tout, ])erdre son portefeuille et un salaire annuel de £1250! ! ! Ah ! plutôt mourir !
Il se prend les cheveux à deux mains, se laisse cheoir ■dans un fauteuil, et sanglote tout haut.
— M. Tessier. — Oué. C'est pas drôle.
Otïtaii<
150 LES CHRONIQUES OT^ÉBECQUOlSES.
-. — M. Bureau, sanglotant toujours. — Si encore, j'avais une belle-mère et des tantes.
— M. Tessier. — Ah! mon cher, si je les ai, je les ai bien gagnées. Quand on pense que ce maudit Biaise me poursuit nuit et jour comme un fantôme, et va jusqu'à me reprocher les allumettes souffrées, le gallon, l'encre el le« plumes. Mais je le tiens cette fois: s'il y a une élection, je dirai aux électeurs qu'on me fait un crime d'économiser, et les électeurs n'entendront pas badinage sur cet article.
— M. Bureau. — Mais prenez-y gai'de, Tessier, les «decteurs sont plus clairvoyants que vous ne ]Kmsez, je viens d'en faire l'épreuve, et avant de vous écoutei-, ils s'assureront si c'est pour le public et non pour vous <|ue vous avez économisé. J'ai lu Biaise, c'est un satané gueux ([ui n'est pas bête. S'il ne connaît pas votre fort, ce qui est difficile, il connaît ]>arfaitement votr<* laible. 11 sait bien, par exemj^le. que vous ne «lonnei-ie/. ])as votre papeterie au publie, ni voti-c gallon rouge, ni votre mucilage, ni votre canif: il sait aussi, que lorsque vous paraissez économiser sur les allume! te>. vous jetiez dann le fleuve les piastres et les louis ; il sait que, tandis que vous demandez à un surveillant de li-avaux (Poi'tugais), de faire une déduction sur sr^ gages, vous nommez à droite et à gauche à des emplois vos partisans politiques, Boissonnault, Meagher, Koy. votre cousin Tessier, St. Laurent, etc., il buit que ]»ouilaire arriver votre cousin, vous divisez en deux le salai rr ilu médecin de la prison de Québec, et il conclut ([ur vous avez prouvé par là, ])uisqu'ini seul nnklecin e>i Nuftisant, que vous avez gaspillé £UM) ])ar année (|ii«' vous pouviez économiser ; il sait «pie, tandis que vou-> ne trouviez pan d'argent pour les aulies j)artiesdu pays, vous dépensiez des sommes considérables dans les
parties du collège du Galfe, dont vous vouliez vous assurer l'appui, il sait que vous gaspillez près de ST,00(J pour faire une chemise au quai de Eimouski, que cette chemise, qui a déjà été déchirée par la mer le sera encore, et que pour justi lier cette dépense vous n'aviez pas de crédit, il sait que depuis longtemps, les crédits votés sont épuisés, et que vous dépensez^ l'aide d'ordres en conseil, c'est-à-dire que vous faites précisément ce que nous reprochons à l'ancien gouvernement ; il sait que le crédit pour les commissions d'enquête n'esf que de $10,- 000, et que le montant dépensé pour ces commissions dépasse déjà $100,000 ; il sait enfin, que vous économisez de toutes les manières pour vous. Si je vous dis toutes ces choses, ce n'est pas pour vous blâmer, car je voudrais bien être à votre place; mais comme je viens de vous le dire, je sors d'une lutte qui m'a donné une rude expérience, et je sais comment les électeurs voient les choses. Jugez donc, par exemple, ce qui serait arrivé si cette blague de rapport de la commission d'Ottawa avait été publiée avant mon élection, et que Ramsay prenant cette brochure dans ses mains, avait dit aux électeurs de Sherrington, de St. Jean Chrysostôme, etc : "Voyez-vous ? ce chiffon qui nest qu'un misérable acte de vengeance personnelle, a coûté au pays $80,000 ; '' etl'avait jeté à la foule pour le faire contempler! Eh bien ! mon cher, aujourd'hui je serais chez moi, à méditer dans la vie privée, sur les inconstances du bonheur. Dans tous les cas, c'est ma dernière élection. (Il a des pleurs dans le gosier, car vous comprenez bien que lorsqu'on a dépensé de £lt)00 à £1200, et que l'on n'a obtenu qu'une majorité de trente-trois voix sur un vote total de près de 4,000, l'on peut dire adieu à la vie publique surtout quand la bourse est, vide.)
— M. Tessier. — Gué... — vous crovez donc que les élec-
152 LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.
leurs ne sont pas bêtes. Mais, j'ai été élu mieux que ça moé, puisque je n'ai eu que la peine d'envoyer Boisson neault avec des listes dans les comtés de Rimouski. de <4a3pé et de Bonaventure.
— Bureau. — Moi aussi, jai t'ait ça à Xapierville. mai^ ce beau temps-là est passé. Je...
M. McCiee arrive précipita m mei\ t.
— McGee. — Bejapers, Bureau, clear the room. Ara/t be me soûl, if you dont, TU do the work for you.
Il a l'air très-excite. et il trél>iiche d'indii^nation.
M. Tessier. qui n'aime ])as les querelles et qui tient a être bien avec tout le monde, s'échappe furtivement. T.a porte se referme par l'ettét de son^'essort, et l'on n'entend plus qu'un bruit confus dans le bure.iu du secrétaire-provincial.
Ainsi donc s'arrête forcement ma narration.
Blaise.
M. LE IvÉDACTEUR,
Je vous parlais dans ma liernièie, d une <iuerelle qui avait lieu au moment même, entre MM. Bureau et McGee, jxmr la possession de la chambre jusqu'ici oceupéi* }.ar le secrétaire-provincial; j'ai appris depuis que M- McGee était resté maître du champ de bataille, et que M. lîureau, prenant la fuite, était aile se refui^ier soul't'scalier où il a pris un gite permanent qu'il a orne depuis, de meubles, de tentures et de papier peint C'est là, qu'il va chaque ,j<Mir méditer sur l'inconstance des chr»se- humaines et sui- les déboires de la vi< publique. Il est ministre entin. et le plus délicieux dt >es rôves .serait avcomjili. s'il n'avait pHs sans cesse devant les yeux, l'ombre veui^'eri'sse de C'<»upul et le
LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. 153
billets promissoires que tient pour lui, en réserve, la Banque d'Ontario, la sœur cadette de la banque du Haut-Canada.
M. Fergusson-Blair vient d'accepter la succession de M. Morris, et part pour aller se faire élire. M. Blair appartient au conseil législatif. L'infortuné, j'ai bien peur qu'il n'arrive trop tard, car le temps marqué approche.
M. Tessier est, dit-on, très-occupé en ce moment à faire corriger la traduction française du rapj)ort de la commission d'Ottawa. Un jeune député vient de me raconter que, lorsque la chambre procédait à huis clos hier, M. Cauchon déclara au milieu de bruyants éclats de rire, que la version française du rapport était, eii très-grande partie, imprimée, au bureau du Canadien, Vji propriété de MM. Tessier et Evanturel, quand l'on s'aperçut qu'elle était monstrueusement au-delà de tout ce que l'on peut concevoir; que par exemple, ^' tlie account after canvass (après examen) amounted to $60,- 000, est traduit par $60,000 de toile." " Drain woHs (travaux de drainage) par travaux céî'ébriformes."
On me dit, que tout le reste de la traduction est ;i l'avenant.
Un autre célèbre traducteur, M. Duval des Tro:>5- Rivières, traduisait spring carriage par voiture de printemps.
M. Joseph Guillaume Barthe recevait l'année dernière, $500 pour traduire le rapport de la commission chargée de faire une enquête, sur les affaires du chemin de fer du Grand-Tronc. Yoici une de ses phrases : ^' Les imputations contre le revenu sont bien diminuées d'autant. Comme le chari'oi, de cette espèce, ne saurait être regardé comme du vrai trafic, nous croyons que c'est 1h, le moyen propre d'imputei-, le service fai^.,
154 LES CHRONInr±:ï> QUÉBECQUOISES.
])()urvii qu'il soit tout siniplemeiu porté en compte, suivant son coût réel à la compagnie.''
Toutes les phrases de ce long rapjtort, traduit par yi. Barthe. sont de la même force, et l'on ]>ourrait accoupler l'auteur du (/anada reconquis comme éciivain, avec l'auteur, du traité d'agriculture.
Passons à quoique chose de plus gai maintenant. La semaine ilerniore, un ministre qui réside dans la rue St. Louis, donnait un grand dîner auquel prenaient part, conseillers législatifs, membres de la chambrel»a<se et citoyens, et il ]iaraît que la tempiSrature dans le salon, était un ])eu élevée, cai- M. B... vieux bachelier, dit d'une voix brève à un homme court et trapu, à lonu'ue barbe mêlée de noir et de blanc, et à moustache formidable: '-Allez fermer la petite porte "du poêle." Le gros homme ^■exécuta. Mais, 6 malheur, M. B.... avait commis la faute impardonnable de prendre un c uiseiller législatif pour un domestique ! Pauvre W...
Cette anecdote qui est vraie de tout ])oint, a été racontée au cf>in des rues St. Louis et Ste. Ursule ]»ar un ministre connu pour sa discrétion !
Au même banquet arrivait un autre ministre. ^I. B... cjiancelant, sans doute sous le j^oids de >a gloii-e. ot dans un trop grand déboutonnée
J'ai oublié de voU'^ dire, dans mon avant derniùro lettre, que lorsque M. Kvanturel laissait le bureau du prochreur-général. où il avait )»as>é ti-ois heures, pour ccnvaincrr M. Sicotte qu'il lu* devait pas prendre M. Ihiioau. M. Tessier revenait au])i'és de ^I. Sicotte, et lui disait: "' Vnus m'avez reproché, il y a un instant. iW'tn peu d'amnur j^oiir l'économie ; eh ! bien, j'ai songr a un plan au sujet de Li Canadienne -'^ qiii» jo re>pori-
• Vais.sejiu i^arde-côteg tlu «rouvoineiiKut
LE^S CHRONIQUES QUÉBECQUOISES; 155
obtiendra votre approbation. Vous savez que j'ai réclamé de l'entrepreneur Derome, les quelques bouts de cordage que je lui avais vendus verhalememt. Comme il n'y avait rien cC écrit entre nous, j'ai dit que je ne les lui avais que prêtés. Le capitaine Fortin --^ me demande des agrès pour sa goélette. Tous ces marins sont dispendieux, et si on les en croyait, il leur faudrait une drisse pour chaque voile, et un câble pour chaque ancre. Or, j'ai fait cette réflexion; quand le bâtiment e&t à la voile, il n'a pas besoin de câble de mouillage, et alorw j'emploie ce câbie comme étai, mais lorsque le bâtiment arrive! dans le port, il n'a plus besoin d'étais pour soutenir les mats, je les décrocherai donc pour les attacher à l'ancre et pour mouiller. En repartant, et après avoir levé l'ancre, je raccrocherai mes étais. Une drisse suffira aussi pour toutes les voiles, car après avoir hissé une voile, j'accrocherai la drisse à la suivante, pour la hisser aussi, et je ferai de même pour toutes les voiles.
— M. Sicotte. — Mais, s'il vous arrivait d'échouer, il vous faudrait des pièces de bois pour réparer le dommage fait; que feviez-vous ?
— M. Tessier. — J'ai prévu cela, je reclamerai les retailles de la chemise du quai de Rimouski, car ici encore, entre M. Derome et moi, il n'y a rien d'écrit, et avec ces retailles, je boucherai les trous dont vous parlez.
— M. Sicotte — Mon cher Tessier, vous me remplisses d'admiration, et tous ceux qui ont voulu vous calomnier,
* Le capitaine était alors commandant de la Canadienne ; il e*-t aujourd'hui le député, aux Communes, du comté de Gaspé. Personne plus que lui n'a déployé, depuis nombre d'années, plus d'énergie pour l'amélioration de la navigation du golfe et le développement de nos pêcheries.
156 LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.
sont des nains à côté de vous. Laissez-moi vous l)resser sur mon cœur.''
Yous savez que les puritains, qui président au conseil du pays, ne parlent qu'avec horreur de leui-s prédécesseurs dont les Jobs, disent-ils, ont énioussé le >ene moral de notre peuple. Je vous ai déjà prouvé, par des faits incontestables, que ces grands moralistes étaient loin d'être des saints ; que M. 3IcDougali, par exemple, avait donné $20.50 pour un livre blanc que l'on achète partout pour 313 ; que l'Enfant-Terrible avait, de sa propre initiative, répandu des circulaires dans les campagnes et les avait fait payer au département des terres ; que M. Tessier s'était servi et avait servi, de toutes manières les amis ; que M. Blackburn était payé chèrement pour imprimer le rajqiort de la commission d'Outaouais, et le faisait imprimer à moitié prix par MM. Eose, ïlunter et Lemieux, et que ce même ra])port aurait à être réimprime encore par la chambre. Eh ! bien, voici de nouveaux faits qui sont propres à nous surprendre. ]S^ous verrons bien si l'intègre M. DessaulU's trouvera que ses amis sont des pillards et de^ canndles. Le maitre-général des postes avait, par avis public, demandé des soumissions pour la reliure du département. ^I. Alexandre Mortimer oftVit de faire cette reliure pour $1.20 ; M. Dredge tit précisément la même otfre. Mais non, M. Foley leur proféra M. Blackburn du Mercury, et cette reliure a coûté ainsi près de $4.00. Voilà ce que j'appelle un homme qui travaille noblement pour ses amis. Ah ! me direz-vous, mais Ir cottVe public ?... Que leur importe, à eux, le coffre public, si i'v n'est de l'avoir sous la main, poui* le vider au besoin.
Voici un antre fait, non moins compromettant pour le Lf«)uverne»u;nt. (^uand M. Howland fut fait uiinistrt-
LES CHRONIQUES QUEBECQUOISES. 15t
des finances, M. le député inspecteur-général Dickinson, lui demanda s'il continuerait à payer aux officiers, les dix louis d'accroissement prévus par la loi du service civil. Le ministre répondit négativement. Cependant, dans les bureaux publics de Québec, Montréal, Kingston, Toronto, Hamilton et London. on continua à payer les dix louis. En octobre, on écrivit à tous les percepteurs de douane, de reclamer le remboursement de ces dix louis. En janvier, le remboursement avait eu lieu partout, excepté à Toronto où les officiers protestèrent et refusèrent de rembourser. A la fin de janvier, M. Foley * ordonna que tous ceux qui avaient remboursé continueraient à être privés des dix louis pour l'avenir; tandis que ceux qui avaient refusé de rembourser, continueraient de recevoir les mêmes dix louis. Ainsi donc, une injustice révoltante commise au profit des officiers clear-grits de Toronto, et au détriment de ceux des autres parties du pays, et pourtant, ce que je viens de raconter est de la plus stricte véi'ité.
Voici un troisième fait, celui-ci est encore plus grave que les deux autres.
M. Leslie, le maitre de poste de Toronto, bien que recevant un très-bon salaire, réclamait de l'autre gouvernement, le privilège de louer à son profit, le-* boites et les tiroirs du bureau de poste. , Le gouvernement Cartier-McDonald repoussa sa demande. Depuis, le montant reçu par lui de cette manière, s'élève à $6,525, et cependant, a])ros avoir mis à la porte un vieux et fidèle serviteur (le docteur J. B. Meilleur t) non-seulement, on conserve dans sa place un officier ausKÎ audacieusement prévaricateur, mais encore, on le laisse
• Il y a ici évidemment erreur de nom, ce doit être M. Howland.
t Surintendant du département de l'éducation pour le Bat;- Canada.
ir)S LES CHRONIQUES QL'l': BECQUOISES.
paisible possesseur d'une somme do SG, 525. qui apj^artient au trésor public. Savez- vous pourquoi M. Foley tait cela? Je vais vous le dire: — C'est parceque M. JiCslie est un clear-grit et un ami du maitre-général des j^ostes. C'est ainsi que ces ministres sans tache, pratiquent l'obligation sacrée de veiller au bien public : pour ma part, je les aimerais mieux, moins calomniateurs, et plus riches en bonnes œuvres.
Quand on ])ense que M. Eémillard persiste à vouloir faire passer le bill dont je vous ai déjà donné l'analyse ! J'ai vu un de ses électeurs, il en sautait de colère ; mais comme ce méchant petit bill, s'il devient loi. aiïectera tous les comtés du Bas-Canada, vous pouvez, •"^tre sur que tous les dépul<^ qui aiment leurs électeurs. le combatteront de toutes leurs forces.
MM. Joly et Eémillard votaient l'auti-e jour, pour placer dans le comité du bill contre l'usure M. Drummond, l'un des partisans de la loi actuelle, dont tout le Bas-Canada demande le lappel !
M. Joly est un grand prêteur ((Targent,) et M. JJémillard un petit. Heureusement ])Our eux, leurs noms n'ont pu être inscrits sur les journaux de la chambre.
M. Joly a dit à la porte de l'église de Lotbiniore qu'il était Bougf ; cette parole lui portera malchance.
Je terminerai, pour aujourd'hui, en vous faisant connaître un fait, qui doit pnxluire une pi-ofondc indignation dans le public.
Je marchais, hier soir, derrière deux députés. L'un di<iait à l'autre :—" Mais est-ce possible, Thom, ce que tu viens de dire là aux ministre** f
— M. Ferguson (car c'était lui) — Que voulez-vous dire V Son ami. — Lorsque les ^lortes étaient fermées, =<' je vous
• La chambre siégeant à liuis clo*.
LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. 15î^
ni entendu dire, à haute voix, en vous adressant au gouvernement : — '' Le ministre des finances vient de donner ordre à M. Blackburn, d'imprimer un demi-million de certificats de douane ? " Ap2:>elez-vous cela de l'économie ou des jobs ?
— M. Ferguson. — Ont-ils nié?
— L'ami. — Non.
— M. Ferguson. — Non, parce qu'ils savaient que Je disais la vérité.
— L'ami. — Mais c'est un affreux tripotage. Il y auia encore de ces certificats dans 20 ans d'ici ! '"
J'ai pris depuis, des informations, et je me suis assuié que M. Ferguson disait la pure vérité.
M, J. S. McDonald veut que M. Blackburn soii l'iche, en quelques semaines, aux dépens du cofîVc public. Si je voulais imiter M. Dessaulles, je pourrais conclure qu'un si large butin, n'est pas la part de guerre exclusive d'un obscure soldat !
Un correspondant du Canadien, qui signe : Un citoyen. sQ fuche tout rouge, parceque je persiste à vouloir rester ce que je suis. Il soutient que j'insulte l'université, tandis que j'ai pour elle, la plus profonde vénération. M. Tessier n'est pas, que je sache, l'université; s'il l'était, elle créerait moins d'enthousiasme et commanderait moins de respect. Je ne veux pa.^ dire que pour ma part, je n'ai pas une très-grande vénération pour mon professeur, comme professeur.
Je VOUA reverrai bientôt, car j'ai encore bien des choses à vous dire.
Votre tout fidèle.
Blaise.
X B. — Ijc correspondant dn Canadien dii cjuejesuis plmieiirs : je suis donc bien for^nidable ?...
160 LES CHRONIQUES QUÉBECQtOlSES,
M. Lfe RÉDACTEUR,
Ne Boyez pas surpris, si vous irentendez pas parler (le moi aussi souvent que je le désirerais, car je suis surveillé de si près, que je ne sais plus où tourner la tète. Cette surveillance m'atteint jusque dans l'université même, et je ne puis prendre la plume, sans apercevoir, autour de moi, des yeux qui me regardent, et qui m'épient. J'en éprouve un malaise (\m me décourage, jusqu'à me faire dire quelque fois: "Allons Biaise. cessez d'écrire, et soyez heureux. " Mais que deviendrait alors, mon cher professeur de procédure? Il reprendrait son ancienne condition hygiénique; il aurait les pieds chauds et la tète froide. Or, je tiens beaucoup à ce que son sang remonte un peu, et pousse au moins, quelques rares pérégrinations vers la région du cœur. J'y tiens d'autant plus qu'il exerce contre moi, en rr moment, de cruelles vengeances. La semaine dernièi-t . dans la chambre de lecture du conseil législatif, il prenait la liasse du Journal dr Qiu'bec et en an-achait avec fureur, les numéros qui contenaient quelques unen de mes lettres. Est-ce me traiter dignement, je vous ir demande ? Et quand Ion me déchire ainsi, unifuibv^^. n'ai-je pas droit de crier : ave, ave ! vous me le paierez, mon professeur. Je ne serai p:w rterncllenient .i l'université, et quelque jour, me posant en face de vou?« je vous déclinerai mon nom. fxr ]»rofesseur a se> privilèges, mais la vérité a ses di-oits ) les privilèges du professorat cessent avec les cours, mais les droits de la vérité sont éternels ! Arrête, l^laise, tu t'emportes, tu «levicns sublime, Songe donc, (ju'il ne s'agit que du i-ommissairc des travaux publics.
Chut ! voilà la surveillance qui recommence, je vonreparici-ai do hjt dans un moment. < >ii ne me défen^l
LES CHRONIQUES QUÊBECQUOISES. 161
pas de parler des méfaits de V Enfant- Terrible. Je vous ai déjà dit, que cet enfant, avait un appétit vorace du bien public. Or, depuis les circulaires, il a dévoré bien des choses, et je viens de découvrir son dernier acte de voracité. Le Défricheur, son journal, a pris sur lui de publier l'ordre de la chambre relatif aux bills privés, et comme la majorité du comité des bills privés est minis* térielle, M. Dorion a trouvé le moyen de se faire payer son annonce, et de vivre encore un peu cette fois, rhonnète homme, aux dépens de la caisse publique.
M. Evanturel disait à Charlebourg- que le coffre était vide, mais il savait bien qu'il trompait ses électeurs. Son but, en parlant ainsi, était de leur faire croire, non à son honnêteté, mais à l'impossibilité de rien prendre, sous le prétexte qu'il n'y avait rien. Or, j'invite les électeurs du comte de Québec, à ftiire une enquête sur ce qui se passe en ce moment dans les bureaux publics; ils y verront d'étranges choses. Ils verront que M. Evanturel fait comme V Enfant- Terrible, et qu'il prend sous forme de salaire, d'annonces, ou d'impressions, autant qu'il peut de l'argent public. M. Tessier et lui. sont propriétaires du Canadien, et M. Evanturel vient même d'acheter la part de M. Larue. La spéculation est bonne dans cet heureux moment, où le Canadien est chargé de faire un grand nombre d'impressions pour le gouvernement. L'impression surtout du rapport français de la commission d'Otta^va, est «ne bonne affaire. Il e.st vrai que ce rapport sera imprimé une deuxième fois, par la chambre, et que le gouvernement en donnant de suite, ce rapport aux impi-i meurs de la chambre, eut épargné plusieurs milliers de piastres de l'argert public ; mais cela n'aurait ])as fait l'affaire de WS\. Tessier et Evanturel. Ce dernier, abandonne sa maison désormais trop petite pour sa gloire. Dans une grande
162 LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.
maison, comme il y a plus d'espace, il espère que ses idées jusqu'ici comprimées et latentes, prendront leur essor, et se feront jour à travers l'enveloppe osseuse qui les emprisonne contre tout sens commun, depuis plus de (juarante ans.
En ce moment il s'occupe, dit-on, à fabriquer des on (Ut dans le Canadien. A ces on dit, il pourrait ajouter celui-ci, et l'envoyer à ses électeurs : " On dit avec vérité que M. François Evanturel a, dans le conseil exécutif, avec son alter ego Tessier, voté la mort des malheureux époux Aylward." Les âmes errantes de ce-^ deux victimes, et leurs trois jeunes enfants, crient vengeance vers le ciel.
Après cela, est-il surprenant que MM. Tessier et Evanturel aient insisté dans le conseil, à faire poursuivre criminellement M. Gauchon pour avoir trop pa3e aux entrepreneurs^' d'Ottawa? (^'es deux hommes sont si petits par leurs œuvres, qu'ils sentent ne pouvoir ><• distin.iTuer qu'à la manière d'Erostrate. Ils veulent pousser jusqu'au suhlime, la vengeance et la haine : mais ils ne sont encore arrivés (ju'au ridicule, et je n'ai pour eux, moi Biaise, que le sentiment d'une profonde pitié.
Vous avez reproduit l'article du Journal, où M. Evanturel est accusé d'avoir employé l'ai'gent de la col(» nisation pour perdre M. (vauchon dans le comté de Montmorency. Le Canadien, n'a pas osé nier parcequ'il sait, dit-on, que deux afiidavits attendaient sa dénégation pour le convaincre de mensonge.
M. Evanturel a dit en chambre, que le pont de 8t. Féréol avait été fait avec du bois |><)nrri, et qu'il avait un morceau de ce même bois dans son bureau. Cette
* Des éditices parlementaires.
LES" CHRONIQUES QUÉBECQU0ISE9. 163
assertion a réveillé- mon désir de connaître à fond la vérité, et j-at trouvé, en allant aux renseignements, que l'homme qui présidait à la construction du pont, est un ouvrier de premier ordre, spécialement pour ce geni-e d'ouvrage ; que les lambourdes du pont, devaient avoir GO pieds de longueur sur 8 pouces d'épaisseur et ](i pouces de hauteur ; que j^armi les pièces de bois sur place, il s'en trouvait une, qui avait 16 pouces de hauteur sur 13 d'épaisseur, que sur ces 13 pouces il y avait au plus, en un endroit, IJ pouce de bois qui n'était pas sain, mais qu'en ôtant ce pouce et demi de bois malsain, il serait encore resté à la lambourde, plus de 3 pouces d'épaisseur de plus qu'il n'était besoin, et que. comme le bois malsain était parfaitement sec, et iw pouvait gâter la partie saine, le chai-pentier préféia laisser la pièce telle qu'elle était, persuadé qu'elle serait encore beaucoup plus l'ésistable que les autres lambourdes; que par méchanceté, d'autres parties du pont ont été défaites, et que le pont est aujourd'hui, en danger d'être em^^orté par la glace ; que les œuvres du pont ont été si mal faites, par le candidat-conducteur. . qu'elles sont déjà défoncées en plusieurs endroits, et que le gaspillage de l'argent public a été honteux en cet endroit. Il parait, que cela sera prouvé comme Kreste si un défi est ptn-lé.
Le pauvre ministre de l'agriculture, a voulu sr vanter en chambre, d'avoir distribué l'argent public ])artout, sans regarder si les localités favorisées étaient ou non hostiles au gouvernement ; mais que vous ont dit MM. Beaubien, J)ufresnc, Dunkin et autres? Qur pourront dire MM, Cha])ais. Fournier, etc. ?
M. Evanturel a fait un api)el à M. Dufresnc ; '•" mais
* Joseph Dufresne, député de Montoalm.
104 LES CHRONIQUES QUÉBECQUOlSlS.
n'espère-t-il pas, par l«-\, gagner M. Dufre.siie, et ne le disàit-il pas l'antre jour à un député: "Quand on pen.se que j'ai donné $600 à ce vieux maudit-là, et que le crapaud vote bien contre nous ! "...Voilà le patriotisme en action. On dit qu'il connaît un moyen invincible, pour gagner les députés rétifs, et qu'il l'a indiqué. 11 ne croyait pas, à raison^ mais il croyait à tort, faire de l'esprit.
Il a répandu à flots, dans le comté de Montmorency, le Canadien où se trouve l'article copié du Mercury^ sur le rapport de la comission d'Ottawa. On assure (pie les ministres eux mêmes sont désappointés, et qu'ils voudraient bien aujourd'hui, que cette commission, qui a coûté si cher, n'eût jamais existé. Pourquoi ^f. Kvanturel n'a-t-il pas mis dans le même numéro du Canadien, le compte-rendu du procès des Aj'lward pour ]irouver au comté de Québec, comme il sait voter la mort. nans phrases, des innocents ? Car il est bon que les hal>itantsdececomté. qu'il veut arracher à leur tidèle et habile représentant, connaissent le caractère de celui qui veut les convertir. Vous sentez bien que si .M, Barthe, par exemple, vous disait : '• Ne soyez pas hypocrite." sa parole aurait moins d'effet sur vous, que n'avait celU' de Démosthène sur les Athéniens, quand il leur criai: du haut de la tribune : " O hypocrites ! '
Le comté de Québec, en ce moment, ne doi-t \yA^. soyez-en sûr. 11 veille sur les faits et gestes de son représentant, et il s'ai>erçoit que non-seulement il n'y a pas de capacité chez lui, mais encore, qn'il manque dr sincérité et de bonne volonté. J^a paroisse de Beau])ort qui se dévouait ]K)ur lui dans sa dernière élection, sr t?-ouve honteusement trompée et est irritée au derniei- ])oint. Celle de Chai'lebourg s'ébranle comme sa voisin»». vi est dcjà considérabkMnent divi.^ée pour le même
LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. 16')
motif. Les deux Lorettes sont aussi en ébullition et, le croiriez-vous, Ste. Fo}'e qui est toujours restée si fidèle à un homme qui méritait si peu sa eonfiance, Ste. Fo^'e se divise. Cette paroisse généreuse, est d'autant plus mécontente qu'elle avait droit d'attendre mieux, pour tant de dévouement. Reste encore toute la population britannique qui forme un quart des électeurs. Or. cette population est jusqu'au dernier homme, opposée au ministre de l'agriculture. Jugez donc du sort qui attend ce pauvre ministre.
Vous savez que, l'année dernière, M. Ramsay disait dans une lettre publiée dans les journaux de Québec, que M. Evanturel était le propriétaire enregistré du Canadien. Cette lettre lui fit peur, et un mois après environ, c'est-à-dire le 15 décembre, la propriété ostensible du Canadien passait entre les mains de M. Etienne Michon. C'est donc le nom de celui-ci, qui est maintenant enregistré ; mais des électeurs du comté de Québec, doivent présenter une requête à la chambre, disant que leur représentant, étant ou ayant été depuis son élection propriétaire du Canadien, et ayant reçu des sommes rl'argent du gouvernement, soit pour impressions, soit pour annonces, a, en vertu de la loi de l'indépendance du parlement, perdu son siège, et les pétitionnaires demandent son expulsion. De plus, il paraît que l'on va intenter un procès en vertu de la même loi, à M. Pjvanturel pour avoir osé ainsi siéger, après avoir reçu l'argent du gouvernement de la manière que je viens de le dire. Un membre siégeant dans de pareilles circonstances, est passible d'une amende de £500 par jour.
Le Dr. Larue a pris la peine de nier dans une feuille
de Québec, qu'il n'était pas vrai qu'il eut dit à un
professeur de l'université, qu'il tenait de deux ministres.
que si l'université renouvelait sa demande, un de ses
166 LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.
professeurs sérail nommé comme remplaçant de M. Painchaiul. à l'hôpital de lu ^farine. X. Lame sait bien que je ne me nommerai pas, pour me confronter avec lui ; mais si je ne dis pas ia vérité, comment se fait-il que luniversité ait fait la démarche dont je vous ai parlé ? x\Ilez aux sources, et vous verrez que cette fois encore, je n'ai pas menti.
Le comité de l'élection de Verchères est destiné à faire époque dans l'histoire du parlement. MM. Dessaulles et Barthe l'ont pris à tâche ; mais heureusement, ces deux personnages ne posent pas d'un grand poids dans ro])inion des honnêtes gens. M. Alexandre Dufresne'^ est Thomme le plus remtrquable de ce comité. Se tournant l'autre jour vers son confrère rouge, M. Labrèche-Viger, il lui dit: — "Tiens Labrùche, si mon pays n'avait jias besoin de ma voix dans la chambre, je sens que j'irais en ])rison." f Mais le brave homme n'était pas sérieux ; il n'a pas autant de dévouement à la ])atrie (pi'il le croit. Ce (jui le prouve, c'est qu'hier, il a écrit au j)rési(lent du comité, que la maladie de sa belle-mère l'obligeait à ])ai'tir de snite de (^uéLec, et cela, ])our ne pas siéger aujourd'hui, et empêcher le comité de siéger et de procéder aux affaires. C'est un s'irsis qu'il donne, en violant ia loi. à son ami M. Kicrzkowski. % Si le gouvernement en avait donné autant aux ]>auvres Aylward, ils vivraient encore aujourd'hui.
* Député du comté dlberville.
t Par la loi dos élections contestées, tout député faisant partie d un comité (^élection, (jui refusait, sans cause, dassister ;\ une séance de ce comité, était passible de la prison.
X Ce monsieur était d'origine polonaise et re])résentait le comté d<- Verchères dont l'élection était contestée.
LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. 161
Un journal anglais de Montréal a cru que M. Tassé, le membre de la chambre, avait été nommé médecin de la prison de Québec, tandis que c'est M. Tessier, le cousin de M. Tessier ministre des travaux publics, il faut que ce journal anglais soit bien stupide pour s'être ainsi trompé. C'est par circonstance, que M. Tassé s'est trouvé dans le bureau du procureur-général, et c'est parceque M. Sicotte lui parlait de la chose, que le député de Jacques-Cartier, consentit à communiquer au docteur Landry la proposition du ministre.
A propos de cette erreur, je vous dirai que le gouvernement a eu la mesquinerie de retrancher deux ou trois jours de salaire au Dr. Landry, pour ses services à la prison. On rapporte encore, que M. Evanturel a fait dire au Dr. Robitaille du faubourg St. Jean, que c'était à lui qu'il devait sa nomination de médecin de la prison. Il faut avoir du toupet pour faire une pareille démarche, quand on sait par l'expérience du Dr. Landry, que ses collègues ne prennent pas la peine de le consulter pour faire les nominations, et que c'est uniquement à l'influence de M. George H. Simard ^ que le Dr. Robitaille doit la sienne.
C'est M. Royal, f le traducteur de la chambre, qui a dit à M. Fabre, que MM. Cauchon et Langevin sont les auteurs de mes lettres. Ce sainte-nitouche aux airs hypocrites, cet ami intime de Gordon Brown, ferait mieux de s'en tenir à son rôle de traducteur, car je suis bien disposé à raconter au long, toute son histoire, que je connais dans ses plus minutieux détails.
* Député de Québec-centre.
t M. Joseph Royal qui était alors, l'un des traducteurs français de la chambre d'assemblée, est aujourd'hui (1881) le député aux communes du comté de Provencher, province de Manitoba. En réponf-e à cette menace de Biaise, il publia dans le Canadien du 13 Avril, 1863, une lettre très-acerbe ù l'adresse de M. Cauchon.
168 LES CHRONIQUES QUÊBECQU0ISE8.
Hier, M. White, l'un des membres les -plus mépri, sables du parti elear-grit, disait à deux de ses collègues^ dans un magasin où ils achetaient des chapeaux : — " The government are done, they must go." On a dit \i\ même chose, en d'autres termes, dans le bureau du Canadien; l'on croit à un replâtrage ^ possible, et l'on aurait dit explicitement que l'on n'aurait pas d'objection à M. Cauchon s'il ne tenait pas tant à M. Cartier, que l'on veut éloigner à tout prix. Comme ces gens-là se font illusion, et sur le compte de M. Cartier et sur celui de M. Cauchon ! Ces deux hommes publics, ou je me trompe beaucoup sur leur caractère, n'aiment pas le plâtre, et n'ont pas d'atlection pour les édilices en
ruine.
Les pi-opriétaires du Canadien cherchent toujours un rédacteur, et ils ont été même jusqu'à offrir £400 à M. lluot, le député de Québec-est; mais ce dernier, persiste à ne pas vouloir s'enchaîner au char vermoulu de MM. Tessier et Evanturel.
M. Sandfield McDonald fait des efforts incroyables, mais inutiles, pour gagner les députés du district d'Ottawa. Il les poursuit partout d'une hôtellerie à une autre, de Thotel saint-Louis à Thotel Kussell, Ich cajolant et leur faisant mille promesses. Le pauvre nialhcuieux, il promet beaucouj) plus qu'il ne veut et ne peut tenir. Malgré toutes ses j)romesses en chambre et ailleurs, les contrats des édifices parlementaires d'Ottawa ne sont pas encore signés, et je parierais avec vous. M. le rédacteur, qu'ils ne le seront pas même à la reprise des séances de la chambre. Le premier ministre est si peu content du rapport de la commission, qu'il disait l'autre jour à un député, parlant de M. Starko, le
* Expres-Hum usitée fini signifie ; réorganisation du ifouvcinemeut
secrétaire de la commission : '' That fellow is good for nothing."
J'aurais bien quelque chose à vous dire sur mon ami Joson Perrault, mais ce sera pour ma prochaine lettre.
J'ai fait depuis quelques jours une délicieuse découverte. Le dernier discours de M. Rémillard était écrit depuis six mois quand il l'a prononcé. Ce discours est l'œuvre d'un jeune poète qui fréquente journellement le })ureau du vrai petit Papineau. Il aurait, dans une conversation intime, été jusqu'à réclamer son œuvre. On se rappelle que feu M. Gosselin, dans une action civile, réclamait £25 comme prix d'un discours qu'il avait fait pour feu M. de Bleury. Le poète jouera-til un jour le même tour au grand avocat?
Votre plus intime et plus dévoué,
Blaise.
Monsieur le Rédacteur/
Je me suis trompé de W... l'autre jour. Ce n'est pas le W... conseiller législatif, mais bien le W... conseiller exécutif, qui a été pris poui- domestique chez le conseiller T...par l'avocat B...
Je crois vous avoir dit que M. Evanturel avaii envoyé une masse de numéros du Canadien dans le comté de Montmorency. Les prêtres de lîle d'Orléans, ont renvoyé les exemplaires qui leur étaient, adressés avec ces mots: Renvoijé par M. le Curé (/^...IN voulaient })ar là, témoigner leui* désapprobation d'une pareille conduite.
170 LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.
Savez-vous qui M. Evantiirel emploie pour écrire les on dit stupides du Canadien ? C'est, me dit-on, un M. Durocher, autrefois instituteur et aujourd'hui maître de pension. Ce ^I. Durocher, qui rapportait l'année dernière pour le Journal de Québec, et qui cette année, rapporte pour le Canadien, cherche depuis longtemps, à obtenir une situation à la chambre, et pour arriver à ses tins, il a réclamé lappui des membres influents de l'opposition. N'ayant pu réussir malgré leur bonne volonté, il les calomnie aujourd'hui. S'il en est ainsi, je l'informe qu'il est enti'é dans une voie périlleuse, et je lui promets les soins les ])lus minutieux pour l'avenir.
Les frais de la commission d'Ottawa ont été réglés, et malgré leurs espérances et peut-être des promesses, les commissaires reçoivent chacun dix piastres par jour toute la durée de l'enquête (huit mois) y compris la longue vacance mentioiinée dans le rapport. Le résultat de leur travail est si désastreux, que le gouvernement est obligé de les sacrifier aux mîines irrités de l'opinion jniblique. A la suite des commissaires, viennent en foule les secrétaires. inter])rètes, mesureurs et témoins, les frais de papetterie, d'impression, etc. La liste en est longue, je vous le j^romets ; mais ce n'est ])as encore la fin, car après avoir offert aux entrepri-neurs de recommencer leur ouvrage aux prix fixés par la commission, le gouvernement a fait descendre à (Québec le fameux inspecteur douanier Brunell. et li' secrétaire même de la commissien d'Ottawa, M. Starke, |X)ur leur confier la préparation des devis. Ces deux irénies se sont mis à l'ieuvre ; mais, ô infortune ! après un mois de travail incessant iU se sont aperçus qu'ils s'étaient fourvoyés, et en mettant de côté les mesurages de la commission, et en prenant pour base de
LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. 171
ses calculs un système de mesurage entiôromeut nouveau. Aussi étaient-ils arrivés à de tout autres résultats que ceux de la comniission.
M. J. S. MacDonald les a congédiés avec humeur et a trouvé que M. Starke est un goodfornothing fellow. Alors, en désespoir de cause, il a mis en besogne M. Eubidge et M. Bowes, 1 un des anciens mesureurs que la commission avait rejetés comme indignes de confiance. M. Bowes a donc été mandé d'Ottawa et est ici travaillant en ce moment. M. Bowes est vengé; mais ce nouvel essai ne sera pas ])lus heureux que le premier, car M. Rubidge n'est qu'un simpie dessinateur et n'a pas de tête.
Les nombreuses erreurs découvertes dans ie raj^port, ont jeté l'alarme dans l'esprit de M. J. S. MacDonald et M. Sheard, le commissaire scientifique par excellence, et M. Paterson, ancien mesureur, ont été aussi mandés. Ils sont tous deux arrivés. Je vois d'un autre coté, que M. Levéque de votre ville et mesureur de la commission, a des inquiétudes. Il faut avouer qu'il a raison d'en avoii-, et à sa place je dormi i-ais difficilement.
M. Sheard qui ordonnait de sa propre autorité à un mesureur, de retrancher d'un trait de plume cinq mille pieds de maçonnerie bien et duement faits par les entrepreneurs, parcequ'en comptant l'ouvrage fait, la commission ne pourrait pas établir que M. Cauchon avait trop pa^'é aux entrepieneurs ; M. Sheard, que le Mercury donnait dans le temps, comme un modèle d'intégrité, d'intelligence et d'expérience, est occupé dans ce moment à trouver et corriger ses erreurs pour le i)rernier ministre.
Le brave homme! comme dit Orgon en j>arlant de- Tartufe, il devra aussi rendre compte devant un comitv de la chambre, du motif qui l'a engagé à adopter
172 LÈS CfîRONtQCES QUÉBECQUOlsHs.
un-K3'stème de calcul et d'évaluation pour F ouvrage fait et un autre tout différent pour Touvraire à faire.
Un système unitoi'me eut produit des résiilîat>' uniformes, Oi*, par V ouvrage fait, M. Sheaid. l'âme de 1m commission, trouve que M. Killaly veut payer plus de quatre cent mille piastres de trop aux entrepreneurs, et pour r ouvrage à faire, son évaluatien dépasse -de quatre cent mille piastres au moins, celle de M. Killaly, si je retranche de ses pi-ix la portion des dommages que hgouvernement devra payer dans tous les cas.
On dit bien, pour expliquer cette prodigieuse contradiction, que M. Shcard ne s'attendait pas que Couvrage a faire serait offert aux anciens entrepreneurs, mais le •serait à d'autres/ M. J. 3. MacDonald évidemment n'était pas dans le secret.
M. Shcard dira encore pourquoi il disait à ses agents, <ie ne pas amener devant la commi>si(>n de témoins roii traires à ses vues !
Cependant, nous n'en ?ommes encore (ju'au deuxième acte ; mais attendez le troisième, et vous veiM'c/. si Kdénouement n'est \)i\s digne de toute la pièce.
Dans ma dernière lettre. Je vous ai parlé de la singuîière dénégation de M. le i>r Larue. Avant d'écrire sa petite note au Courrier.^ où il niait, dans des termes un peu vagues, il est vrai, avoir dît les paroles que je lui prêtais, il avait rencontré un artiste de cette ville, M. Tt... et lui pailant de moi l^iaist'. il lui avait tenu et Tangage : "Connucnt a-t-il pu >.iv<»ii- telà ? Il n'y r. «jue Ti... ijiii j'cut le lui avoir dit; cai- je n'en ai j»ai-léqu';» celui-ci et R!ai.<( rapjx>rte mes paroles mot pour mot.
( V]>eiid.Mnt. il avait le courage en suite d'écrire pu- J)liquemeiit le contraire. Croyait-il avoii- confié um
LES CHRONIQUES QUÉBECQU0I8E8. 173
secret à L... ? Mais comment des paroles qui devaient, provoquer l'action du conseil universitaire pouvaientelles être un secret? Car, ces paroles par leur nature même et leur but, devaient être confiées à tous ceux dont l'initiative était demandée. Donc si le secret a dû nécessairement partir d'aboi-d de L... si toutefois le docteur Larue ne l'a pas confié à d'autres encore, il a dû se répandre, de proche en proche, par ceux qui y avaient droit, et a pu ainsi parvenir jusqu'à moi. Moi, je ne l'ai reçu par que la tradition, mais par une tradition certaine.
Ainsi donc, M. Larue aurait fait mieux de ne pas prendre la peine de nier.
M. Tessier et lui sont parait-il, de grands amis, et il est évident qu'il a])pi'end au contact du mirdstre.
Je viens de faire une découverte importante et dont, j'en suis sûr, le pays me saura gré. Vous savez que les clear-grits se sont constitués les hommos intègres par excellence, et le> chamjjions les plus ardents et les saints de l'économie des deniers publics. Savez vous ce qu'ils font pour prouver leur sincérité et leur mission ? Je vais vous le dire: MM. McKellar, McKenzie et Walbridge envoient chaque semaine par la malle, leur linge sale à laver, le premier dans le comté de Kent, le second à Sai-nia, et le troisième à Belleville. Personne ne niera que ces hommes ont un grand talent pouil'économie de leurs propres deniers. Veuillez bien remarquer, que ce sont là les trois grits par excellence, et les plus pures créatures de l'espèce. Il faut donc conclure, que si ces grands économes n'avaient pas le droit d'affranchir les paquets à la poste, il ne laveraient pas même Leur linge en famille.
J'ai fait une autre découverte non moins importante. Le fait que je vais vous raconter date de l'été dernier.
174 LES CHRONIQUES QUÉBECQUOlSËS.
Le célèbre George Sheppard et M. Buekingliani, le secrétaire privé de M. Foley, consultèrent un avocat de cette ville M. G... pour savoir s'ils ne pourraient pai;» acheter le Morning Chronicle, afin de l'écrire au profit du gouvernement, en laissant un intérêt pécuniaire à M< Foote ; mais M. Foote refusa péremptoirement le bargain. "^
M. Thomas FergusoTi n'avait donc pas tort l'autre jour, quand il affirmait en face de M. J. S. MacDonald, que si le Morning Chronicle l'avait voulu, il serait encore l'organe du gouvernement. J'oubliais de vous dire, que l'on offrait comme ])réléminaire à ^I. Foote, de lui j)ayer d'abord, tous ses comptes.
J'ai vu passer M. Bureau; il a l'air singulièrement triste, et comme j'aime toujours à i-emontei- des effets aux causes, je me suis mis en quêted'infornîation pour connaître le motif de cette abattement. On m'a dit : " Vous ne savez pas ! le secrétaire j^rovincial a eu. tout récem ment, une conversation avec les autorites de la banque () f ... dont voici rbistori(iue ; —
— M. Bureau.— S..., vou.s me faites demandei-, «|Ue me voulez vous ?
— M. S. — Mon cher Bureau, maintenant qut? voti-e élection est terminée, il est bon que nous examinion." ensemble, comment vous vous trouvez avec la banque.
— M. Bureau. — Quoi déjà !
— M. S. — On ne sait pas mon cher, qui meurt ou qui vit, et les bons comptes font les bons amis
— M. Bureau. — Qu'y a-t-il de travers dans nos com])te.'-
— M. S. — îvien, mais peut-être (ju'au milieu du troubb et de l'agitation, vous ne savez pa» le montant de l'argenl
• La proposition.
t Ontario.
LES CHRONIQUES QUÉBECQUOlsËS. 175
qUe vous avez dépensé pour obtenir ces quarante-trois misérables voix, et pour prouver, que vos adversaires pourront vous battre maintenant quand ils le voudront.
— M. Bureau, frisonnant. — Quel est donc ce montant,
— M. S. — lui présentant divers papiei-s. — Tenez, lisez plutôt vous-même.
M. Bureau lit et pâlit.
— M. S. — Il ne faut pas se décourager, Bureau, car je n'ai pas envie de vous traiter durement, si vous me donnez de bons endosseurs, La banque ne serait pas aussi exigeante, si elle ne voyait pas le gouvernement près de tomber ; mais elle s'apperçoit que tout s'en va au diable, et que comme dans peu de jours vous n'aurez ])lus de salaii'e, elle perdrait toutes ses avances.
— M. Bureau. — Qui voulez-vous donc pour endosseur?
— M. S. — Je ])rendrais bien Holton.
— M. Bureau. — (^elui-là en a bien assez des billets (U> I)..., et je suis bien sûr qu'il me refuserait. Mais j< vous offrirai un nom qui le vaut.
— M. S. — Quel est ce nom ?
— M. Bureau. — Celui de Dessaullcs...
— M. S.... part d'un éclat de rire homérique.
— M. Bureau. — Mais pourquoi donc riez-vous?
— M. S.... — Si sa bourse valait sa g... le, ce serait bien le meilleur endosseur du monde.
— M. Bureau. — Mais comme vous y allez. I)es^aulles. qui nous méprise tous, disant que nous sommes ton- <ies niais, nous défend cependant avec C(Mirage et con>tance.
. — M. S... — Peste de pareil^ défenseurs ! H vous conduira vite à la rivière avec ses violences et ses mensonges. Cet homme-là ne peut pas plus faire honneur ;'i la vérité, qu'il ne peut faire honneur à son nom place sur h dos d'un billet promissoiro. (Vmnaisse/.-vons, mon cher
n(j LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.
seciétaire, la valeur du nom que vous m'offrez? Un jouj-, Dessaulles poursuit le propriétaire de la Minervf:. et obtient de lui pour son caractère £100 de dommages, el M. Duvernay lui paie ces £100 avec son propre papier et au plaignant Dessaulles Je néant répondit.
— M. Bureau. — Alors, attendez mon salaire !
— M. S.... — Votre salaire, mais vous voyez bien que vous vous en allez !
— M. Bureau. — Avoir perdu en un jour mes petito< épargnes, le produit de mes prêts faits à mes électeur."» a vingt ])Our cent au nom de M. J)esaulniers sans sa permission, et après tant de saci'itices s'en aller si vite ! (Tl presse ses deux grosses Jof^ec> daris ses deux mains, ei il pleure amèrement.)
— M. S.... — Allons mon garçon, les banques ne vivent j)as de pleurs et de sanglots, et au lieu de vous lamenter ainsi, comme une lémmc, vous ferez l)ien d'aller aviser car les directeurs ne me justifieront pas lorsque je leuidii-ai (jue vous êtes triste et pleurnicheux.
M. Bureau sort en trottinant et un mouchoir sur se«yeux rougis. A quelques ])as })lus loin, il rencontre son ami Dessaulles, qui lui demande s'il a mal aux yeux.
— M. Bureau. — Non, j'ai mal au cœur, et je j)leuri3.
— M. Dessaulles. — Les maladies du cœur produisern souvent les larmes. Où sens-tu ta douleur?
— M. Bureau. — Ici (Il montre son ccvur à droite.)
— M. Dessaulles. — Mais tu as donc lu le " Médecin malgré lui ? " tu cherches ton cœur à droite,
— M. Bureau... cherchant à gauche ot ne sentant rien, retourne à droite et dit moitié riant et moitié jdeurant : "C'est bien là que nous l'avons tous le> <leux, mon cher Dessaulles, car ni toi ni moi n'avoii> jamais senti vibrer la mamelle gauche. Mais ii s'agir
LES CGROMIQUES QUÉBECQUOtsES. 177
bien de cela, je t'ai offert comme endo.^seur au cai.ssier de la banque d'O...
— M. Dessaulles. Tu as bien fait, car j'ai des besoin:^ et nous pouvons nous aider réciproquement.
— M. Bureau. — Mais on t'a refusé !
— M. Dessaulles. — La banque a bien fait; elle connait Nion monde.
Il s'éloigne rapidement, et M. Bureau reprend son chemin et son mouchoir.
Le Canada Hecmqw's acquiert de la vogue, depuis le Jour où Fauteur en adressait des exemplaires à M. le curé de Saint-Pa»;cal et à M. Chapaiw. Il y a quelque^ semaines, un amateur de la belle littérature on payait, dit-on, un exemplaii'c trente sous à vente privée ; mais le public n'a pas partagé l'opinion de l'amateur, et il en a été pa^'é un exemplaire moins frippc, vingt sous a f encan, l'autre soir. J'en sais quelque chose j'y étais.
Voilà donc le sort des livi-es, et surtout de cet ouvrage remai-quable qui ]>orte pour valeur nomi nale sur la couverture, sept francs cinquante centimes ! Pauvre Barthe, et <lirc pourtant qu^à Passy, il se croisa avec M. Monmerqué- Derochais, "dans une de ces allées perdues où sa pensée méditative l'isolait avec ses enfants qui jouaient a pigeon-voie, sous le regard paternel.'*
C'est sans doute, dans *' les allées pci-dues " de Passy, '[u'il a appris ces phrases intinîes, de ct's lignes capables <le donner l'asthme aux poumons les mieux constitués r't les plus robustes.
Je terminerai sur le compte de M. Barlhe pour aujourd'hui, en vous informant que l'illustre rédacteur. i^ntant san>< doute sa fin approcher, veut vendre sa pari du Canadleii.
M. La brèche- Viger vous écrit une lettre, où il ré- 'lame contre mon dire, au sujet de l'omploi 'te Toctn»!
178 LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.
de Cliester. M. Bureau n'a-t-il pas réclamé, lui aussi, à l'égard des améliorations faites sur ses lots avec l'argent de la colonisation ? Cependant, si vous allez aux renseignements sur les lieux, vous trouverez que l'argent a été dépensé à la bonne place, et que les lots des Labrèche n'en ont pas soutiert. M. Labrùche dit que " ce n'est pas de l'argent perdu." Il a raison, car cei argent a acheté la fidélité douteuse du député de Terrebonne.
Je viens d'apprendre une importante nouvelle. Vous savez que je vous disais, dans une de mes lettres, que M. Bureau était arrivé à Québec la première fois avec "une moustache toute flambante neuve;" mais quf celle-ci avait beaucoup souffert de la lutte électorale. Cette nouvelle n'est pas une nouvelle, me dii-ez-vous. C'est vrai, mais ce qui est nouveau, ce sont, chez le secrétaire provincial, les instincts matrimoniaux développés par les succès électoraux, et son cœur lui parle auj(nird'hui. " De Foi," d'espérance et de charité ! Comme vous le voyez, il a les trois vertus théologales ; mais comme l'hymen suppose toujours un visage jeune, frais et beau, l'illustre homme d'état est allé, le jour même de la fête de l'Annonciation, demander au coiffeur Bansley de la rue St. Jean, un pvMnturage complet, compi-enant les favoris, la moustache et jus(iu'aux sourcih. Je n'ai ])as besoin de vous dire que la peinture était noire, et que Bansley lui en a doîiiié libéi-alemenl pour son argent !
Ah I mon cher provincial, vous «»tes un hypocrite Vous cachez votre couleur ! Mais, à quoi sert, Blaire v»)us suit tous à la piste quand ses cours ne l'obligent pas d'être à l'université, et il prend un j)laisir d'étudiant espiègle à vous arracher la peau d'agneau son> laquelle vous cacliez vos appétits loupeurs !
LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. 170
M. Evanturcl n'a pas autant de vertus théologales que son collègue rouge, mais avec " la chance " il lui reste au moins la charité.
Le Mercury et les autres feuilles ministérielles répandent le bruit que l'opposition est divisée, qu'elle a prononcé la déchéance de 31. Cartier et que les chefs du parti se querellent entr'eux. Je puis vous assurer, car j'ai l'oreille de tous ces hommes, que l'harmonie la ])lus parfaite règne parmi eux. Le gouvernement ne le saura que trop après la vacance.
Jamais, au dire des mieux renseignés, un cabinet no s'est trouvé dans une position pareille ; jamais, avec un appui moral et matériel si faible, en face d'uni' opposition aussi forte en nombre et en talents ; jamais, si déçu dans ses espérances et dans ses calculs ; jamais aussi humilié dans ses œuvres, et aussi écrasé par les résultats ; jamais aussi confondu et flétri dans ses desseins de haine et de vengeance.
J'ai reçu une lettre d'un commis sur l'efficacité de la milice volontaire ; je vous la communiquerai dans ma prochaine; j'ai du reste encoi'e bien des choses à vou> dire.
Blaise.
N", B. — Dorénavant ne m'adressez ])lus vos lettres à l'université, car vous éventeriez la mine ; écrivez : Pos1<' restante.
180 LEîà CHRONIyCxîS QUÉBECQUOISES.
Monsieur le Eédacteur.
Je viens d'apprendre une nouvelle qui ma ehagriiu' au dernier point. Comme M. Bureau sortait de chez. le coiffeur Bansley tout parfumé, le visage orné du haut en bas d'un poil noir d'ébone. il pleuvait presque à torrents. L'illustre... provincial n'avait pas de parapluie, et son chef auguste, comme celui du plus humble mortel, dut être exposé à l'injure du temps. Soit que le cosmétique de Bansley ne fut pas «ommc il faut, on ^que le poil du ministre, trop gras de paii'ums accunuilés, ne fut pas bien préparé, l'eau qui coulait abondamment du ciel, entraîna impitoyablement avec elle, la peinture noire qui devait faire sa fortune matrimoniale et la distribua en larmes de deuil profondément sombres sur la tiguie, la chemise et les éclatants habits de riionoi-able secrétaire. C'était à en perdre l'une des trois vei'tus théologales qu'il avait choisies pour bou•^sole et pour guide. C'est dans cet état pitoyable, que je l'ai rencontré sur les chars à son départ de Québec.
Avez-vous au moins à Montréal, des émules de Bansley, et comme lui des coitîéurs du ])rince de Galles, car alors le mal ne serait pas irrémédiable, et les vôtres pourraient reprendre le peintui'age à son retour de Saint lîémi où, dit le ('(Uiadien, il est aile léijlcr ch'S affaire}< tir famillr
Comincrit st- fait-il que M. Koval trouve le moyen d'aller ])asser des vacances parlemeninires à Montréal, tandis ([ue ses confrères traducteurs travaillent si tort à Québec, et que la traduction, au moins, est de beaucoup ])lus considérable (ju'à aucune autre éj)oque de cette session, ou même des >cssions précédentes? IJi télégraphiant a l'Orateur il a, dit on, obtenu son exil ;
LES CHRONIQUES QUÊBECQUOISES. 181
niais devait-il le demander dans ces circonstances, et lorsque le pays le paie pour ses services £400 par années ou plutôt par session.
Le rapport de ^I. Simpson au sujet des employés de la chambre, tout court qu'il est, fourmille d'erreurs de faits ; l'on en compte pas moins de quatorze dans une seule page. Il n'a donc pas été plus heureux ici, que dans son appréciation de la dette publique.
Le gouvernement, pour conserver un Votant rétif dans la chambre, passait, il y a quelques jours, un ordre en conseil qui sera cause d'un grand scandale dans le ])euple et dans la Chambre, quand la rumeur, aux cent voix, l'aura porté jusqu'à eux.
Un employé du télégraphe, en laissant son logis pour un autre, aurait oublié, derrière lui des documents très-^ compromettants pour certains ministres. Ces documents se rapporteraient à la dernière élection du comté de Perth, où M.Thomas Daly a été victorieux contre le candidat du gouvernement, M. MacFarhind.
Yous vous attristiez, sans doute, il y a un instant, quand je vous racontais, sur le visage auguste de M. Bureau
•».... du temps l'irréparable outrage : '
mais cette fois réjouissez-vous ; la Pâque approche, et. les ministres parlent d'aller à l'école. C'est M. Tessicr qui a pris les devants»
Il est dans son bureau, taciturne, morose et pensif; mais par instants, il a des mouvements saccadés et rapides comme ceux produits par la bouteille électrique. Jl se lève tout à coup, agite violemment le e(»rdou de la clochette. La porte s'ouvre : — -
— M. Tcvssier. — Michael ?...
— Michael.— Sirrr?...
182 LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.
-^M. Tessier.— Michael, go for Mr Tliom.
— Miehael.— For which Thom, Sirrr ?
— M. Tessier. — .Mr. Tliom thc schoolmaster, dont you know ?
— Michael— Yes Sirrr, I will. What will I tell him ?
— M. ïessier. — Tell liim to eome, I waiit to speak to liim.
— Mieliael. — Ail right, sirrr. Is it for you boj^s, sirrr ?
— M. Tessiei-, — That is no business ofyoïirs ; do you want to tell it to Biaise?
Michael. riant et ouvrant les yeux. — Blazes, Sirrr, T hâve no talk with that fellow, Sirrr. lie is t^o hot tbr me, Sirrr ?... ah ! ah ! ah !...
11 ferme la ])orte respectueusement et chemine vers la rue Sainte-Angèle, en passant allernativement par la rue Saint-Dominique, la côte de la prison et traversant la rue Saint- Jean.
Il revient un quart d'heure après, en annonçant ^L. Thom l'instituteur.
— M. Tessier. — Entrez, M. Thom ; il y a longtemps «léjà que je désirais vous voir.
— M. Thom. — Qu'}^ a-t-il à votre service ?
— M. Tessier. — Donnericz-vous des leçons de chiffres ? On dit que vous savez bien les règles de l'arithmétique.
— M. Thom. — Vous me faites là un bien maigre compliment.
— M. Tessier, — Diantre, vous êtes difficile, vous. Moi je suis ministre, et je voudrais bien qu'on put me le faii-e. '
— M. Thom. — Vous voulez rire âmes dépens, car je ne vois pas pourquoi vous m'auriez fait venir, pour me taire de pareilles questions.