‹ Les Guêpes canadiennes (volume 2)Chapitre 18 sur 20 · UN CHAPITRE DE CONTRADICTIONS · texte numérisé non relu

UN CHAPITRE DE CONTRADICTIONS

Le parti conservateur

HIER

" Le parti conservateur est le fjlus sûr dépositaire des traditions nationales, le guide politique le plus prudent; et c^est en lui^ que dans cette heure solennelle de notre histoire, doivent s^ absorber tous les partis, toutes les nuances d'opinion . . Les hommes extrêmes que nous voyons déplorer si amèrement la fin du régime de l'union, et conseiller au peuple de pousser bi loin la résistance à la confédération, sont ceux-là même qui, jusqu'à leur avènement au pouvoir, ne voulaient point de l'union et qui, le {;as échéant, accepteraient de grand cœur V annexion.

Si leurs alarmes patriotiques étaient sincères, redouteraientils moins riotre absorption dans V immense république américaine que notre alliance avec trois ou <iuatre provinces, divisées d'intérêts, destinées à se contrebalancer, et dont une seule est supérieure en population et en richesses au Bas-Canada.

" Ne nous laissons pas prendre à de vaines déclamations, à des subterfuges de parti, et regardons au fond des choses . . .

'' Si le parti libéral avait vraiment à cœur V intérêt du Jias- CanadcL, il ne prolongerait pas >JouR le régime de la confédération la lutte que, depuis dix-huit

et le parti libéral.

aujourd'hui.

"C'est en vain que nous cherchons encore à nous diviser en libéraux et en cons".rv'itPurs. Il est aussi impossible de définir ce qu»:c'est qu'un conservateur canadien, que de dire en quoi un libéral ne l'est pas. Depuis quinze ans. U parti conservateur domine en maître dans le pays. Son m'^rite intrinsèque ne suflit pas pour expliquer un si long règne. Ses vertus seules ne justifient pas la faveur d'une si constante fortune. .Au lieu de s'identifier avec la cause du pays, if a cherché au contraire à l'absorber dans la sienne, au lieu d'élargir ses vues à mesure que son importance grandissait, il est resté intolérant, rancunier, égoïste .. .11 ne.

peut plus, obtenir l'absolution pour ses fautes politiques, en montrant ses états de service religieux. On sait que pour conserver le pouvoir^ il vend s' il le faui, son âme. .. Politique éternelle d»

dénigrement systématique, vipère, à la langue visqueuse, hydre toujours renaissante, harpie hideuse, afreutjf lèpre j éponge imbibée de fi^l et d^ cyanure de potassium, et qu'imparti polit iqiie a pressée par tout, sur If chemin de ses adversaires pour les flétrir ou Us mettre à néant, eux et leurs actes. (Toute cette phrase est peut-être la plus ridicule que la presse ait jamais commise.)

ans, il fait sans succh au }>arti conservateur. Cette lutte ne peut avoir pour efiet que de diviser nos forces au profit des autres l»rovinces et de neutraliser notre influenee nationale.... Le fait est qu'ils avaient bien tort de se plaindre et bien peu raison de déclamer. Z' Union nous a donné oingt cinq ans de l'existence politique la plus douce que l'on puisse imarjiner. S'ils l'avaient connue, les grands peuples eussent envié notre paisible bonheur^ notre honncte prospérité .. .Tiindi^ que le ministère conservateur s'appuiera sur la majorité Bas-Canadienne, Vopjfosition est fatalement condamnée à subir le joug de la majorité Haut-Canadienne et à ne triompher qu'à son profit . . .C'est donc Un grand bonheur powr la province «le Québec que le peuple se prononce avec une unanimité si complète en faveur du parti conservateur ; c'est la garantie de 7ios droits; c'est, en un mot. le pouvoir placé entre nos mains ...

\j Opiionition Jiaa-Canadit'nne est annexionniste, mais elle n\)se marcher droit ù son but. Elle n'ac- Kcpte ni ne rejette franchement la confédération, elle la subit et }i(hève de perdre dans cette situation fausse ce qui lui reste de ft)rce . . . Lorsque les libéraux sont parvenus au pouvoir, ils n'ont absolument rien fait. . .etc., etc., etc."

(Discours). '* Est-ce que moi qui vous parle jUii jamais été couscnyateur dans le sens étroit du mot"' Est-ce que j'ai jamais été considéré comme tel par ceux auuquels Vétroitesse de leurs i.lées et Vaveuglemeid de leurs passions donnent le droit de s'appeler con-servateurx par droit de naissance....

" Aussi je n'éprouve aucune hésitation k me rallier ù un parti qui comptera tant de libéraux dans ses rangs. . .Je renoue avec eux de vieilles sympathies. . .

'•Le parti con.servateur n'a du son long succès qu'à une chose, son titre de défenseur de l'Eglise. ..

Sans ce titre, il y a longtemps qu'il serait tombé, et qu'usé, par ses méfaits, son règne se serait évanoui . . .etc., etc., etc.

f/ ['niiifi ''Inil un rl'l li-'iisiloirc. Sa mission historique était de préparer la voi«> à lu i-onfrJtruli' n ; il y a dix ans qurllr aurait dû disparaH' r p uir faire flac à rédifirr poliliqur dont elle avait jeté les bases. La confédération, loin d'être venue

La ConUiUration.

aujourd'hui.

Noire siluulion est de celle (ju'on nose. à peine anahfseï

tant elle ne présente de touK côtés, qxiaspecl tiesitlè, que surface slérile. II faut pourtant dire enfin tout haut co que tous disent tout bas ; écarter le voilr qui couvre des maux qui voni

PORTRAITS ET PASTELS r,ITTÉRAIRES.

trop tôt, vient peut-être trop tard // 71 y avait pour le lias- Canada qu'vne seule conduile à suivre, Caccepler en principe.

S'il l'eut tout d'abord repoussée, il eut commis une de ces fautes politiques qu'il est difficile de réparer.... Lunion avait fait son temps, l'indépendance est une chimère, l'isolement est impossible ; il fallait choisir entre ces deux termes : la confédération

ou l'annexion Il y aura pour

les Canadiens - Français trois grands êténunis de puissonce

dans la confédération La

cause du Bas-Canada n donc pour elle toutes les chances favorables. Les alliances ne

sauraient lui manquer De

toutes les provinces, cest le Bas- Canada qui est le mieux placé pour profiter des avantages de la

lutte et en sortir triomphant

Nous entendons chaque jour des esprits aigris par le^ insuccès politiques, décrire les ennuis dont nous menace la confédérnlion. Ils laissent de côté avec soin les avantaç/es incontestables qu'elle nous promet. ■■■etc., etc.

// t)'ij a plu.^ moyen de soutenir que c'est par amour de la nationniilé que fon a repoussé la Confédération, et qu'on la combat encore ; car, enfin la nalionalilv serait pour le moins aussi exposée sous le régime américain.... etc., etc.. et<;.

toujours grandissa)d, et auxquels il n'y a qu'un seul remède, que personne n'a le courage d'indiquer, quoique cha<::un soupire après le moment où il sera hardiment appliqué et où il produira guérison complète. . . . La Confédération n'a rien apporté au pays qu'il n'eut déjà, et lui tait payer des semblant d'avantages et des simulacres de force aussi cherb (jue s'ils étaient des biens réels, des gages assurés de grandeur. Les Provinces ont vni ensemble Leurs faiblesses, mis en commun leurs misères ! ....

Ce grand changement politique na pas produit te plu< léger remous. Faut-il s'en étonner 'r faut-il s'étonner de ce que f union contractée avec de petits veup'es aussi nécessiteux que nous, s-ni restée sans fruit, tandis-que le contact de quarante milliom d'habitants en pleine activité nous eut transformés > .... La tentative de fonder une Confédération anglo-canadienne à côté des Etats-Unis, est donc visibleblement condamnée à l'insuccès La Confédération, hdti-

veunml achevée, condamnée à une tâche au-dessus de ses forces, ployant sous une dette énorme, ne pouvant nous assurer ni ta prospérité à l'intérieur, ni la sécurité à l'extérieur disparaîtra fatalement de la scène, le lendemain du jour où, réalisiint le programme qu'on lui a assigné, elle s'étendra de l'Atlantique an

Pacifique -ivec f annexion ce

serait tout le contraire ; et dans V accroissement rapide, merveilleux rf« la prospérité générale, de la fortune publique, nous ne nous apercevrions pas vraiment de ce qu'il nous faudrait verser dans le trésor public de plus que maintenant .... etc., etc.

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rORTrL\ITS ET PASTELS LITTKRAIRES.

Achat du Nord-Ouest.

HIER

AiJOURD HUl.

" Une discussion calme et raisonnée, un ezamni cnnscifncieux.

et ni Vacquisilion du Sord- Oupst ni l'annexion de la Colombie n'avaient lieu. Il aurait fallu e.rpliqticr d'une façon plansihic celle acquisilinn qui ne parait avoir été faite que jx)ur nous procurer le spectacle dune (jrnnd honneur aux négociateurs guerre civile dans un coin de la canadiens et en particulier à Sir Puissance .... etc., etc.. etc.

<Teorge Personne nomil es- L'argent consacré à l'achat du

pé.rer des condili' ns aussi aran- Nord-Ouest est de l'argent placr lagewes que celles obtenues. ... à fond perdus. . ..

A l'adresse des libéraux : •' Ou " Aussitôt que le drapeau férepousse l'acquisition du terri- déral flottera de l'Atlantique au

•' On trouvera dans le discours de Sir Georçie sur les négociations au sujet du territoire du Nord-Ouest des explications claires, convaincantes, décisives.

Il nous semble qxïil ny a rien à répliquer à ce raisonnement rictorieuz. . ..

•' Le résultat obtenu fait le plus

Pacifique, le drapeau Anglai»»

repassera les mers .... etc., etc.

toire du Nord-Ouest, parce que cela complète et consolide l'Union Canadienne dont on souhaite la chute, et que cela nuit à l'extension des Etats-Unis. Ce n'est pas au p<iint de vue canadien que l'on se place, mais au point de vue américain ....

C'est ainsi que M. Philtre a jiigo toutes les questions. Pour être plus ^ûr de ne pas errer, il a toujours écrit le />our et le contre. A vous de choisir Messieurs.

Je pourrais faire repasser devant vos yeux, lecteurs. ses dires sur un grand nombre de questions, telles que l'annexion de la Colombie, le chemin de fer du Pacidque, le traité de Washington, l'émigration, le tarif, la colonisation, etc., etc. Mais à quoi bon ? Vous vous trouveriez toujours dans le même embarras, entre se> opinions d'hier et celle d'aujourd'hui, et ça deviendrait ennu3'eux.

Des questions politiques passons aux hotnmos, et voyons si ses jugements sur les personnes valeat mieux

M. Chavveau.

HIER

•' Le chef du Cabinet. M.

(Jhauveau, est un ancien ministre retiré des luttes depuis dix ans, estimé de tous les partis et plus propre qu'aucun autre à mener à bonne fin une œuvre de rapprochement et de conciliation....

Il n'a point d'ennemis et il n'est l'ennemi de personne ...Ora/gî//' et ecriiai?h il jettera de l'éclat sur notre gouvernement provincial et lui imprimera un cachet français.... Les journaux modérés de l'opposition ont rendu hommage, avec une bonne grâce dont il faut les féliciter, au talent du premier ministre en même temps qu'à Vént'vqie doublée df modé.ralion dont il a fait preuve dans les luttes du passé et qu'il saura déployer plus que jamais à la tête des aflaires...

?ar son caracLcre comme par son latent, MoJtsieur Cliauveau est le représentu?U le plus concaincu et le plus brillant du sentiment canadien-français. . . .

t.' éloquent homme d^état réalisera, nous en sommes convaincu, toutes les espérances que sa haut« renommée de patriotisme et de talent a fait concevoir."

Il a jugé tous les chefs coneervateurs de la même manière que M. Chauveau. Tantôt il les a élevés aux nues (quand ça i^ayait), et tantôt (quand ça ne payait plus) il les a traités comme des nullités.

Mais, dira-t on peut-être, il n'a pas agi de même à l'égard des chefs libéraux. Vous croyez?

Voici ce qu'il a écrit de

AI. Blake.

HIER. ALJOURd'hLI.

•' M. Blake n'est pas de ces " M. Blake est arrivé, en tn adversaires incommodes, qui vous peu d'années, à la haute position

.aujourd'hui.

Sans vues politiques, sans indépendance personnelle, bornanl son habileté à l'intrique et sa force à la ruse, mettant son ambition dans le succès des manœuvres qui protègent son établissement particulier ; ni homme d état, ni administrateur, ni orateur parlementaire, ni même homme d'affaires : le premier ministie est incapable de combiner et de mener à bonne fin une entreprise politique sérieuse, voire même de trancher à moins dun an d'hésitations, la plus simple question pratique

" Sa politique est de louvoyer pour échouer.

" Que l'on ne pense pas que nous exagérions : faible mais intrigant ; ayant l'épiderme sensible mais aussi l'esprit fertile en ressources, M. Chauveau est plu« aisé à renverser qu'à déjouer. . . .

harcellent sans cesse et dont on se débarrasse à tout prix. C'est /iu contraire un ennemi que Ion conserve avec soin. Comment le remplacerait-on ? Où trouver ini tacticien si maladroit qu'il [»asKe son temps ù préparer à son parti d'humiliantes défaites, et ;iu gouvernement de fjwiles triomphes? Battu, il mérite toujours de l'être. C'est rare " . . . .

etc\, etc., ete.

qu'il occupe maintenant par la seule force de son caractère et d»* son talent. Il a conquis de suite sur son parti, une autorité morale nirement obtenue à ce degré, même par les hommes lc.<»

plus habiles, et dans le monde politique, un prestige qui a promptement dépassé celui de ses rivaux plus anciens que lui dans l'arène. Il est arrivé de suite au premier rang. ... etc..

etc., etc.

A présent, on aimera peut-être à savoir, si M. Fabro lie voit double qu'à l'ei^ard des hommes politiques, eî s'il juge mieux ses conlrùres, journalistes et écrivains.

Ouvrons encore l'Evénement :

MM. Provencher et Carie Toni.

HIER

" Entre la littérature et les Hnances M. Provencher n'a point encore fait un choix. La conséquence de l'indécision de sa vocation est qtie son style a le teint pâle et que ses phrases n'ont point envie de vivre. Son esprit manque la plaisanterie et sa verve fume.

" Il ne parait pas avoir des convictions invincibles. ..."

•' Carie Tom, rédacteur de la Mine rr était essentiellement un écrivain sjige, un secrétaire fidèle. Il ne faisait pas de bruit dans le monde ; on ignorait stm nom parmi les [)oliti(]ucs. .Jamais (m ne lui attribua un bon article ; quand par hasard il en écrivait tui, on le citait comme d'un iutre. Du commencement de «es articles on n'en apercevait pas la fin : elle se perdait dans les espaces où ne pénètre jamais un lecteur., etc.

.Je

.\UJ0DRD mri.

porte au caractère de

Provencher une vive sympathie.

;\ son talent original, solide et fin, une sérieuse estime.

'' Quant à Carie Tom, je tiendrai à honneur d'alterner avec lui comme chroniqueur. De tous ses lecteur», je suis peut-être celui qu'il amuse davantage.

Personne ne rond plus que moi justice ù sa verve plaisante, m son cliarmant esprit."

M. A. n. Roi/ 1 hier.

HIEK. aujourd'hui.

" M. Routhier est un écrivain '< On veut porter haut M . (le talent, très-versé dans les Routhier qui, laissé à ses propre» questions politiques, qui jouera forces n'irait pas loin, même en

certainement plus tard un rôle littérature M. Routhier s'est

considérable dans la carrière perdu dans notre estime et dans publique. celle des bons juges depuis qu'il

Sa place est marquée à la écrit. Nous ignorons s'il éclipse Chambre, et le plus tôt il ira la M. Ernest Gagnon au piano, prendre le mieux." mais à coup sûr il fait plus mau-

vaise figure dans les journaux :

il plaisiinte plus lourdement et a plus méchant style."

.le suis las de citer, et mes lecteurs doivent être satisfaits. Pourtant, puisque le nom de 'M. Ernest Gagnon s'est trouvé sous ma plume, il sera amusant de voir comment M. Fabre Vu jugé. Avec sa voix fausse el flutée, il ne juge pas seulement les politiques et les écrivains, mais encore les artistes. Voyez:

M. Ernest Gagnon.

HIER. aujourd'hui.

•< M. Gagnon est un artiste " M. Gagnon est artiste, si délicat et fin, un homme d'es- toutefois il suffit pour mériter ce

prit etc., etc., etc. titre de jouer du piano tous les

jours et de l'orgue tous les dimanches. Il sait autant dv musique qu'on en peut savoir lorsqu'on ne l'a point apprise autrement qu'eu l'enseignant aux autres. Peu à peu ses élèven l'ont formé, etc., etc., etc."

Si je voulais continuer à feuilleter V Evénement, je pourrais allonger ce chapitre outre mesure. Mais il faut en finir avec ce personnage, auquel j'ai peut-être <lo!iné déjà trop d'importance.

Qu'il aille donc en paix! En paix surtout avec lui même, puisqu'il y a en lui, deux hommes qui sont toujours aux prises.

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