PAR
GASPARD LeMAGE.
Vcrsibus exponi trpgicis re,comica non vult.
HOÎ'.AC--.
A liro les leuillcs rouges, on. (.lirait que cuus cohn: i^u] |)urtagcnt les idées de iii démocratie îi<juvelle, M;nc des j)iiéiioîiiànes bien supérieurs à ceux qui ont pu f'tro i)])servés jusqu'iei, du point que nous occupons sur cette triste pianote. C'est surtout à la suite des dernières «Heciious, tjue l'on a renchéri sur les éluii-es que rédac- Unirs, correspondants et collaborateurs se prodiguaien:- (ul inciccnx comme uurait dit. il n'y a pas longtemps sur les haiics «lu collège, le petit nombre d'entr'eux, (jui ont eu l'avantage de s'y asseoir.
Outre ces jou]'nauX; la presse anglaise en général -[' i
ne loue ios Canadiens-français que lorsqu'ils ne s\>i!i pi^i
au ])ouv()ir, et ii'a do tendresse que pour ceux dcnti-o
nous, qui travaillent à aMViiblir nos compatriotes en les
i.A VhtiAVh: KOïae.
divi>Uiit, t:u:'lis ([ii\'îlo ti'aitait d'incapable^ et d'iaibc^cilcs, io> -Morin, lt> Taclié, les ('haaveuu, les ('artlei' et tou> les huinines (ri^tin^-ué^j de notre raee, la |>re^se anu,laise di>(;n>-noiis, était pleine de prédietioiis cneou* lageantes à l'adiesse des iiomnies nouveaux"; dtj.^tinés à inaUi;Tiror l'ère du progrès chez n- -s eompatri-'tes h^^Ia>i î si eneroi»te> de prêiuge^.
Va\ r(>yant le mépris ans^i gratuiienieid pr<>«Àigué. j'aurais dû penser que Téloo-^ Fêlait ]>Ius g-ratuiteuient tMH'ore ;. niais eornivie tant d'autres, je me U»i>sa.I prendre à la réclaîiH', et j^ittcndis, avee une vive impatience, i'appttrition, sur notre horizon parlementaire, destistre- !U)UveauN' qni 'levaient jeter un éclat sans pareil.
Treize adeptes élus dans le district de ^lontréal. devaietït toj-iner cette brilhmte constellation. Quel n";' ]>as été mon dêsappointenient, en n'y trouvant rpt'untseule étoile «le première g'randeur, et pas moins de >ix ou sept, aui ne scuit p:îs visibles à l'ceil nu daiis la ^|<hè! * • les inte!li^;ence>.
l;e Monitt'ur Ca t.fvlb:n avait décrit !a pléiade, cunaue étant cv)nï posée '* de jeunes i>;en> «.lia» e inteîliL;ence sul'érieure. d'ur.e e hl.•:^^i>>n p)lititiue a:.'e )nïpîie. et d'une jnde[)ei»vlanee de caractère à toute e[;reuve." Il y a bien un pen. à détali^uer sur ce calcul d'une cxnctirud.* \^Qu a^troiiunntpie. Par exemple, pci't-on diiv en cotvriencc <[ue laiinuble docteui' Valois, que le :ïénnU;iut M. DutVesne, soient encore à la tleur de Tiv^e ? Est il biei constaté, que M. rrevo>t soit une intelli.iicTice --u'pr rieure? "'.^nîn>es nous bien certains, qiîe M.M. DiuvIk-. l>oura>sa et t«uévi\'niont. aiont terminé leur educati'»!» politi«pn.- t>u mitre";' I>e cauteleux >[. .robiiî, et to;js le^ honim<*^ vénérables que je viens de îiomtner. ont-ils tait preuve d'une grande indépendance <le ctiractère. c • s'nl ta'-lnii;i au cUar d^' d'Unix «m trow voUeLCi*?»**^ *i^d ^e-*
l-A rhfclAliK Knr«JK. î)
fonvluiNoni, ils no savent où ? Kntiit, M. MarcliiMon, i\n\ il bien l;i jn.'tntMuion d'avoii' été le précui'seur des astres nouveaux, est-il la |>ei-sonnitication de l'iniellii^enee supérieure, et «le leducaiion aeeoniplie?
Voilà eerlcs de i;rands problèmes, et pour les ivsoiidre, il nous faudra passer toutes ces étoiles en revue l'une ajirôs l'autre. Nous ne le terons «ju'après avoiiinvoque la muse l'ranie, qui préside aux liarnKUiies des sphères eelestes, et nous la j)rierons, par la même oeeasion, de vouloir bien i-épandre sa douce influence sur les cerveaux des juufes de paix électifs que l'on nous a promis, et, sans faire semblant de rien, faire tourner notre i;lobe assez tloueement, pour que nous ayons des paj'lomenîs annuels «.ans tr«)p en souffrir.
M. KOinoN, DK MONTEEAL
Le premier qui fut roi fut un soldat heureux.
" VoLTAn^K."
Monsieur Dorion a succédé à AI. Papineau dans \n direction du parti ilemocratique ; personne ne pj-étcndrA qu'il lait rem]>la«'e.
Dans le mois dv juillet dernier, M, Dorion en étant rendu à la onzième page d "une excepti<»n p/remptoiie en droit j)er)K'tuel, écrite dans le style de se> discours et t[u'il lisait à haute voix et sur le même ton, s'endormit d'un ju'of'Mid svjnjrneil. Il lui advint îdor> le mên.^\
f.A Vl.tlAhK ROVGil
tlivi>:iiit, tuPiflis qu'oîle traitait d'incapables et d'inibécilcs, les ,Moriii, ks Taclié, les (;l>aaveau, les Cartiei" et tou.> les hûinines «li^tinicué.-r do notre race, la jn-e-'.-e anglaise di.'-on^-noiis, était pleine de ]>rédictioiîs encsu.rageantes à l'ads-esse des hommes noiivean>c, destinés à iiuiugnrer l'ère du progrès chez nos compatriotes, hélas î si encronté.^ de préjugo.
En rc»yant le înépris ans.->i gr;duii.Mneiit pnHÎigUi' j'aurais dû penser que l'éloge l'étiiit ]>lns gratnitenien' encore ;. niais co:niïie tant d'autres, yc hîc lais:^ai prendre à lîi réclame, et j^Utendis, r.vee une vive in»patienc«v l"ap});îritie>n, sur noire horizon paj'leinentairiî, desa>îr nouveaux qui devaient jeter un éclat sans pareil.
Treize adeptes élus dans le disti-ict de Montré:»! devaiei:t foiMner eettn bridante coiistellation. Quel r.";pas été mon désappointement, en n'y trouvant qu'unt • c^eule ét(.>ile de [ïren^un-e grandeui-, et pas moii)s de >ix ou sept, .lui ne >(»nt ^>:îs visibles à l'ceil nu vlans la sphèi •.' <!es inîeliigeufo.
I;o Muirih'iif Cl( xt'Ii'sn avail dt'Tcrit !a ple<u«ie, comnu étant conijto.-ée '* de jeunes gen-^ d'une intcl'igenee supérieure, d'ur.e é Ui--:iti»>n jr)litiquo a:x' nn.plie. et d'uti.- Jndi'q)oi»vlanee de caractère à toute épn'cuve." l! y a bien un pei'^ à détaii|n.er sur ce cau'ul d'une exaetituvb- ])eu astronun)i(|ue. l*ar '.'.xeïnple. pei?t-on dir'e en coiveienc- que l'aiinuMc docteur Valois, que le sénd liant M. l)iilVesne, soient encore à la tîeui' de r;\L;*e / l-'-l il biei CvOnstaté, que M. Prev(»>t soit tine intelligence >upe rieure? ."\*nmes nous bien eorta!n<, que M .M . Darchol>oura>sa el (Jui'vrrdiont. ai^'Ut terminé leur educat ioi» politiqin- ou auti-e? Le cauîeleiîx >f. .fobiii, et t-eis |oiKunnu'^ vénérables (jue jv* viens de îionimer. ont-Ils tait preu\«' d'une graoïlc iiab [>i'ndanee de caiae'tère. e;' »;'',vl tafb;o;( au cliar ib- d»'UX o»i tr«»i^ ./olivi;-ieM<. qsd K-
LA PLÉIA1»E ROUGE. 9
coïKluUent, ils ne savent où ? Entin, M. Marchildon, qui a bien la pi;étention davoir été le précurseur des astres nouveaux, est-il la personnification de l'intelligence supérieure, et de Féducation accomplie?
Voilà certes de grands problèmes, et pour les résoudre, il nous faudra passer t.<)utes ces étoiles en revue l'une après l'autre. Nous ne le ferons (|u'aprôs avoiiinvoqué la muse Uranie, qui préside aux harmonies des sphères célestes, et nous la prierons, par la même occasion, de vouloir bien répandre ^a douce influence sur les cerveaux des juges de paix électifs que l'on nous a promis, et, sans faire 5)emblant de rien, faire tourner notre globe assez tloucement, pour que nous ayons des parlements aDnuels sans trop en souffrir.
M. J)OKION, DE MONTREAL.
Le premier qui fut roi fut un soldat heureux.
" Voltaire."
Monsieur Dorion a succédé à M. Papineau dans lu direction du parti démocratique ; personne ne prétendvii qu'il lait remplace.
Dans le mois de juillet dernier, M, Durioii en étan' rendu à la onzième page dune exception péremptoire en droit peryjétuel, écrite dans le style de ses discours et qu'il lisait à haute voix et sur le même ton, s'endurmit d'un profond sommeil. Il lui advint alor> le mèip.t*.
î') LA I>I.ilAJ)E RolOE.
>onL;e qu'avait fait Jo^^cl)h. lon^tenij)s avant cletrc le ]»remiei' inini^tre de Pharaon. Il rêva, que douze de> étoiles le?i ]»lus rouges, et les plus urandes de la pléiade, y compris celle de son petit frère Eric, s'inclinaient jn'dfondenient devant la tienne. Une fois l'éveillé, il se souvint qu'il avait déjà deux fois failli êti-e un grand homme, la première fois, lorsqu'ayant une dizaine d'années, il avait signé une pétition contre les griefs. circ<»nstance C[u'il a rajiportec en chamlne dans >o\\ ]»remier discours, et la seconde fois, lorsqu'il lui était arrive de >igner. c<minie secrétaire, le manifeste do l'a-^ociation annexionni>te. Plus rusé cependant <|ue le tils de Jacob, il ne ]>arla de son rêve à personne.
i^Uielques Jours plus tarif les rouget» et les to.'vs-annexionnistes de Monti'éal. le prenaient ))our leur candidat : ^f. llolton. ^[. Young et le comité annexionniste. >.)iisciivaient les fonds nécessaire^, et M. Dorion allait d'un pas Mjr se j)orter à la tète de l'opposition l»a>cauadienne. Il n'est que Juste de dire, que si on l'eut )»rie d'aller remplacer pour (pielque temps le président des Ktat>-Unis, ou l'empereur des Français, il l'eut fait sans ]>lus d'hésitation, et avec le même air de mmlestie ap]irètée.
Le succe»eur de M. L'a}»ineau ]»eui a\<»ir trente-quatre aii>. Il a de l'éducation et des talerits ordinaires, servi- ]>ar heaucou}) de travail.
Son ph3*si(jue n'est pa> avantageux. Il y a dantoute sa personne, et même dans .-a eonformatioTi ]>hrénol<»gique, quelque chose de grêle, de me-quin. d'étroit, d inachevé, qui contraste singulièrement avec la démoci-atie à tous crins, et le progrès au pas de charge, dont on a voulu le faire le ])remier champion. On n'est j)a> etoiiin- de voir i[u'il n'a pu supporter le jioiils de l'ancien hagage de son parti, et qu'il se soit contente d»'
détacher du ûigot républicain, ])our les présenter comme deux merveilles à l'univers étonné, les deux chétives tnesures des juges de paix électifs, et des parlements annuels.
La ph3"sionomie de M. Dorion est empreinte d'une teinte mélancolique, qui n'est pas sans quelque charme lorsqu'elle est à repos, maisqui dispai-ait lorsqu'il parle, dans les nombreuses contractions des muscles qui se crispent alors sous sa peau bilieuse. Il pourrait se faire, que des études opiniâtres aient ainsi profondément labouré son visage ; d'autres pouri aient y voir le travail de l'ambition et de la jalousie longtemps comprimées.
Je ne crois pas que M. Dorion ait jamais rien écrit, pas même le manifeste annexionniste ; mais il parle facilement, longuement et sur toutes sortes de sujets. Il ne manque pas d'attirer l'attention par cette qualité que les Anglais appellent earnestness ; mais il n'a ni dans les idées, ni dans le langage, ni dans la voix, ni dans le geste, ni dans le cœur, rien de ce qui constitue l'orateur véritable. Il précipite ses phrases avec une certaine élasticité monotone, dont il marque la cadence par une oscillation continuelle de sa petite personne sur ees jambes grêles, à la manière de ces tigures à ressort que l'on voit sortir à l'improviste d'une tabatière. Il n'a guère de méthode, et revient volontiers sur ce qu'il ;i déjà dit, tout en s'effoi-çant de dire autre chose. Cela joint à l'uniformité de son débit, fait que l'on ne sait point oij il s'arrêtera, ni même s'il a l'intention de jamais en finir.
Les grandes idées, les répliques vigoureuses, k-s chaleureuses paroles ont passé loin de ses lèvres; mais les petits faits, les citations qui visent à l'érudition, les arguments propres à faire triompher un mur mitoyen ou un coufM d'eau, ne lui font jamais défaut. 11 aime à
Î2 LA PLÉIADE RulGE.
étaler des connaissances historiques ou constitutionnelkN fraîchement acquises, mais pas encore assez digérées pouî' l'empêcher de commettre de lourds quiproquos. A différentes reprises, il a été interrompu par un adversaire (^ui lui disait : •- Mais la chose ne s'est pas ainsi passée; en voici la preuve." Il répond ahns qui' a cru comprendre le contraii-e, que ses voisins, les deux iiommes du monde les plus véridiques et les plus sincères, M. MacKenzie* et l'ex-Orateur McDonald, sont sous la même impression, et il pousse sou argumen tation du fait, comme s'il n'eût pas été interrompu, comme si son assertion n'était pas controuvée.
Bien que M. Dorioii soit, et surtout désire être homme à bonnes manières, homme du monde, il n'a pas toujours en chambre le sentiment de ce qui convient. Par exemple, dans une discussion récente, tandis que M. llincks lisait une lettre de .M. Bakhvin, M. Dorion se lève et dit : — l'honorable membre sans doute, sera tenu de produire sa propre lettre qui a provoqué la répons( de M. Bakhvin. — Pourquoi cela, demande M. Ilinck^ étonné? — Parceque vous avez bien pu lui faire un faux exposé de^ faits, répond avec persistance le député de Montréal. — Une telle sortie fit tomber les bi-as ou hausser les épaules de tous ceux qui saveur nu peu e*' (|u'est M. F^aldwin, et surtout de ceux qui l'ont vu remplir, bien autrement, le rôle de chef d'opposition.
M. Dorion vise moins au choix de ses idées qu'au succès de celles qu'il adopte. Il nous dira, irai- exi-mplc que ce que veulent la démocratie et son parti, c'e^t l'élection des juges de paix. Il ne cherchera pas à vous j)rouver (\i\c cela est bon, ou du nurins, nicMus mauvais que ce que nous avons ; il ne répondra ])as à robjeetion
• W. Lyon Mackenzic-^ne pa.s conlondrt- atcx- M. Alox^mln MacKenzie.
qu'on lui fera que, lorsqu'un comté peut bien élire un Darche ou un Guév remont pour représentant, une paroisse pourrait bien élire un Pierre Blanchette pour juge de paix; oh non ! mais il vous dira que le peuple veut ce qu'il veut, que lui, M. Dorion finira par l'emporter, que les ministres seront battus, et que la démocratie rouge est une, indivisible, éternelle, omnisciente et omnipotente à toujours et à jamais ; et MM. Valois, Jobin, Darche, Prévost et Guévremont de crier
■• C'est bien cela, j'y vois comme en plein jour."
M. Dorion pai-aît craindre avant tout, que l'on ignore ou que l'on oublie, rj^u'il y a dans la chambre un parti démocratique et que c'est lui qui en est le chef. Il no manque jamais une occasion, comme dirait M. Cauchon, de s'affirmer. Lorsqu'il ne diffère pas d'avec les ministres sur une mesure quelconque, il leur signifie son consentement en bonne forme, afin qu'il soit constaté, qu'ils ne procèdent qu'avec sa permission. Eien ne se peut faire dans la chambre, sans qu'il intervienne d'unt^ manière ou d'une autre. Si un membre présente une requête ou introduit un bill, M. Dorion se lève, lui lemande où il en veut venir, et le catécliise du haut en bas. S'il laisse allumer les becs de gaz à l'heure q.ovvenue, sans déclarer expressément qu'il n'y a pas d'objection, c'est sans doute qu'il y a là-dessous, comme er^, d'autres points plus impoi-tants, quelqu'entendemerr secret avec l'impartial M. Sicotte.
On me demandera peut-être avant d'en finir, à quel but M. Dorion conduit son parti, ou comme il dit mon jiarti. Je serai bien empêché de ré])ondre, tant qu'il n'aura pas accouché d'autre chose que des parlementannuels. Tout ce que l'on peut dire sur le programm»* caché de la Montagne, q est fiât lux ! Mais ce que je vou-i
14 LA PLÉIADE Rfd'GE.
(lirai ]>iiis tiit-ilenient. c'est que mon parti ne pourra JaniKi- être déclaié satisfait, tant que M. Dorion n'aura pa< éîc l'ait ]>rociireiir-général, et qu'alors, si tout le monUi' veut (lire (•(»mme lui. la démocratie rouiro ...ma foi. sera l'ieue !
M. l>()rio]i est trop intimement et trop exeln>iv<>meiit avocat pour qu'il en soit autrement.
M. PAPIX.
Wfll roareti lion î
SHAUtSreAKB
Avant que dv partir pour (^uélnH-, les elu'f-^ démocratese >ont distribués les rôles qu'ils allaient jouer. Comme vous avez pu le voir comigné au Moniteur, il a été résolu d une \(ns. unanjme, que M. Papin serait U* l>anton H*' la .^^ontagn(•.
>r. Papin a dû ce choix à sa liante laille, a *a grosi.se Vf)ix. et à ses larges épaules C'est toujours lui que l'on voit et que l'on entend le premier. Il possùde un l>caii pliyNi(jue, et n'ignore pas cet avantage ([u'il fait valoir pî»r une dén.arehe altiùre, et di-s allui'es de mousquetaire. Sa voix est puissante et elle serait belle, s'il ne la taisait pas queUpud'ois sourde ei? essayant de la r«/ndrr ««olen ncilr.
.M. Pajiin ».'erii peu, me dit-on. et il parle cMinnu' 1(MM le monde qui se mêle de parler, ^ans tomluM- beaucoup
\\\ s^élever très-fort. Il vi.se quelquefois au bel esprit et ne réussit pas dans ee genre, ni dan>: ses discours, ni dans ses interruptions qu'il rend fréqucnte>. Il a été un peu gâté par les journaux de son parti, et il semble croire que sa personne, sa voix, et surtout la barlu- <[u'il porte comme Eugène Sue et M. Johu Youngdoivent faire sur ses adversaires l'ettet de la tète de Méduse sans qu'il lui soit nécessaire de songer à ce qu'il dit, et comment il le dit.
Plusieurs orateurs, dans leurs clubs, à rinstitut Canadien de Montréal et, je suppose, dans des exercices <réioquence à la maison, s'étaient formés un vocabulaire de cei'tains mots et de certaines phrases, comme ])ar exemple, ^' possédant (eux) ou ne possédant pas (leurs adversaires) cette indépendance de caractère," ou bien. *' en élevant ma voix dans cette enceinte," ou encore. '• un gouvernement coi-rupteur et corrompu,'' et cette autre phrase, •' en présence de la chambre et en ])résencc du pays." Ces joyaux oratoires dont tous le^ membro du parti (H-nent leurs discours forment pour bien dire. le fonds de ceux de M. Papin. Si ce n'était que de l'embarras d'y substituer autre chose, il les abandonnerait cependant, car on l'a averti charitablement que M. Marchildoii avait eu l'avantage d'inaugurer cephrases à la dernière session, les ayant, lui, entendues dans les assemblées publiques ou apprises par cceur, dans les colonnes du défunt Acenir.
M. Masson a pris la liberté de demaniler à M. Pa])in. combien il avait mangé de pain bénit et bu d'eau bénit*pour entrer en chambre. La question n'était pas il faut l'avouer, strictement parlementaire, et M. Sicotte qui veille avec la plus grande sollicitude à ce que l'on observe la civilité puérile et honnête à l'égard de 1m Montagne, rapj^cla le représentant de Soulange à Tordr»'.
11 est fâcheux cependant, que M. Papin ne daigne pa»i'X])liqnei' •' eii présence de la chambre et du pays.'' à quelles co7i(îition< il s'est fait élire. Il a été bruit dan> le temps si non de pain bénit et deau bénite, du moin> de certains éloges adressés à M. Morin et à M. Lafontaine ; d'expressions hiencei liant es cnvei's le clergé et les institutions catholiques; d'une promesse solennelle qui a dû flatter sensiblement notre souveraine légitime, do ne pas travaillei- à lui enlever cette partie de ses domaines, d'ici à quatre ans, ce qui, joint au serment que M. Papin et ses collègues ont prêté, sans aucune réserve mentale, et à la victoire dernièrement remportée sur les Eusses, doit contribuer puissamment à la sécurité de l'empire britannique.
Le clergé n'a peut-être pas cependant, autant de motif> de contiance que peut en avoir le cabinet de Saint-James. Les engagements que M. Papin a pris à l'égard de noinstitutions n'étaierit pas, à ee qu'il paraît, pour toute la durée du parlement ; car déjà, avec trois autres démocrates, il a Vi)té de compagnie avec M. Brown sur l'incorporation du collège Masson.
Le député de l'Assomption est au reste un bon enfant ; sa figure a même une expression assez joviale, lorsqu'il ne veut j>as la rendre terrible, lorsqu'il oublie que c'est lui qui fait Danton. S'il a beaucoup de la grossièreté. il n'a assurément rien du génie, ni de la férocité du eélèbre conventionnel. Ses discours n'ébranlent bien jirofondément ni le trône, ni l'autel, ni quoique ce soit. et tout ce qui reste dans l'esprit, lorsque sa gro.sse voix a cessé de se taire entendre c'est, vox, cox et prœtercii nihll.
r.A Ï>LÊIA1)E RoCGE. 17
ÎÎI.
M. PEÉYOST.
Non hic. sed Barabas.
Monsieur ï^i-évost tgst liOtaire, et qui plus est, banquier dans son village. Terrebonne est sa patrie. A coup sur, M. Prévost n^a voyagé, ni dans le monde physique, ni dans le monde intellectuel ; il a pour le coin de terre qui l'a vu naître un amour de bucolique. Il lui importe peu, que ce soit avec ou sans indemnité que les seigneurs «oient dépossédés, que SébastopoH' résiste ou soit démantelé, pourvu que le greffier de la cour de Terrebonneait été nommé en conformité des résolutions passées pa»l'assemblée du quinze ou du vingt dHin mois quelconque) tlans une année quelconque, dans la salle publique du village de Terrebonne, dans la paroisse de Tei-rebonne. tlans le comté de Terrebonne.
M. Pi"évost est un homme de nerf. Il eu a tant, qu'il vn est tourmenté ; il s'agite continuellement, et pendant son discours sur l'Adresse, vous eussiez entendu traquer ses jointures comme celles de Pierre-le-Cruel d'Espagne. Sa figure est pûle, maigre et i*endue plus sinistre encore par dénormes favoris noirs. Il ne dit pas ses phrases, il les éternue. Sa voix est forte, stridente et saccadée, et, si son argumentation avait la moitié dw formidable de l'appai-eil qui sert de véhicule aux ivcriminations du comté de Terrebonne, M. Pi-évost aurait déjà démoli autant de ministères qu'il y a de Eouge> en Chambre. Lorsqu'il éclatait en reproches contre le
• C'était peiidant la gucrie de Crimée.
ij:ouveriieiiient. <l;uis sou discours sur l'Adresse, M. ^U- Kenzie et ^I. Browii regrettaient de toute leur âme de ne pus comprendre le trançais, atin de pouvoir faii'e connaître au Haut-Canada, toutes les iniquités que M. Morin avait commises. Ils ne se doutaient point que tant d'éloquence était dépensée au sujet de la cour de rircuit, de la cour des commissaires, du bureau d'enr»-gislrement et du bureau de poste de TerrebonDe.
Nous ne voulons pas alarmer inutilement les démocrates qui ont élu ^1. Prévost ; mais nous devons dire que depuis quelque tcm])s, il fréquente assez assidûment les banquettes ministérielles. On l'a vu menusouvent parler à M. Morin qui. suffisamment vengé })aiëù. présence, n'a pas l'air à lui en vouloir. O vert j, ô patriotisme, ô honneur politique, 6 sainte hidépendance Jt caractère, que deviendriez-vous, où vous refugeriez-von- %\^ e\\ présence dr la chambre et du jhvjs, le vertueux citoyen Prévost allait se laisseï' corrompre par le traître Moi-in ?
Depuis son discours sui' l'Adresse, M. Prev«>st, qui avait t'ait • son éducation politique à l'école des Papineau, des Lalontaine et des Morin," (sic) qui de jdn>, avait appi'is à aimer son pays dans les " quutre-vingi douze résolutions et dans le manifeste de la réforme " (sic) M. Pivvost, ''qui est i)Our le système éleclil appliqué à toutes choses " et qui a précisément ;lonn«>. lui-même, à ce système le plus vigoureux souffiet qu'il ait jamais reçu ; M. Prévost n'a plus repris la parole.
Ses amis espèrent qu'il persévérera, et ils assurent, qu'il attend le papier irimniurti'llr^ atin d'écrire pour la postérité.
On parlait alors de fabriquer du papier avec la fleur d'immortelle
LA PLÉIADE HOUOE. 1 !»
lY M. DORIOX. irAETHABASKA.
Ils étaient un million de diablotins à me marteler la cervelle.
ALFnED DK Vigny.
Mon.sieur Jean - Bapti.ste- Ei-ic Dorion, ce n'est pas le diable... le diable, du moins, tel que le fixit Milton. C'est plutôt un diablotin des contes fantastiques, comme celui, par exem])le. qui venait enlever la perruque du docteur McCIregor. ^Eis à coté do M.Papin. c'est physiquement le contraste le plus frappant que l'on puisse voir. Il semble que ceux qui ont envoyé le;- Eouges en chambre, aient voulu former une collection anthropologique complùle du nain au géant, et de l'Antinous au Satyre.
Jamais ébauche de caricaturiste n"a fait plus mal a voir. Un crâne de vieillard sur un visage et un corps il'enfant, des yeux hors de tète, une bouche fendue a l'excès, des lèvres minces et contractées laissant échajtperune voix stridente, nazillarde et cassée, voilà celui que ses amis eux-mêmes, ont consenti à classer à pari, en l'appelant comme tout le monde : — L' Enfant-Terri h\e. l Nouveau genre à inscrire dans les catalogues — comment dirons-nous ? Jnfans terri bilis horealis ou Cana- (/ensis. ou Arthabacensis ? (^ue les naturalistes s'en tirent <le leur juieux ; pour moi, je ne me sons pas de force à lui mettre une étiquette.
Si encore, il riait méchamment, comme les diablotin^ <le Saint-Al^toine ou comme M. ALcIven/ic ; mais non il est d'un sérieux de glace. H y a du lugubi-o dans tout.
«•e quil lait on «lit ; la lanterne et la guillotine qui ^ont in<Uibilablenient au fond de sa pensée, se trahissent à la sLirûic^. 11 dégoise, il injurie, il soupçonne, il*uj>pose, il accuse, sans se fâcher, sans s'émouvoir, saus se déranger ; d'une activité fébrile et maladive, aux dehoi-<N calmes, il |>ousse tout devant lui avec l'aveuglement ci la résignation de la fatalité. Jl ose aborder toutes les t|uestions, s'attaquer à tout ce qui soutient l'ordre social, avec une audace qui contrast avec l'exiguité de >a l>ersonne et le timbre de sa voix, au poiiit que Tori ♦•prouve en l'entendant, une sensation pénil)le et indftinissablo. On ne saurait mieux la comparer qu'à celle q!ie doivent causer en mer, les grignottements de la vermine, (jui ronge les flancs du navire.
Dos la première séance de la session, il donna lu mesure de ce qu'il peut dire et faire, en déclarant sansourciller : que le parti démocratique se respectait troj». pour aller dans les concilliabules des mini>tre> >•• souiller à leur contact. Une telle expression, adressée à M. M<H"in et à ses collègues, produisit une sensation j)rofonde de dégoût, qui fut partagée par plusieurs mo/itagnardSy et ne fut dissipée que ))ar un long et fraii»éclat de rire, parti de la galerie.
(^uand à M. Dorion lui-même, nous l'avons dit, il lurit jamais et reste parfaitement impjissible. Seulement, dans les longues séances de la chambre, après minuit, on entend quelquefois une petite voix glapissante, «pii crie ou plutôt qui chante sur un 7node élevé et plaintif : Ecoutez! Ecoutez! Que la démoci-atie nous pardonne ce qu'il peut y avoir de trop féodal dans la comparaison, mais on dirait la voix lugubi'c de la chouette, de.scendant dans le silence de la nuit, des hautes tours de quehiue château en ruine. Kh bien, c'est le cri de l'Enfant
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et sociales, et innuclissant dans leurs petits cœurs, les sbires et les tyrans.
Mais les soins d'un fondateur de colonie ne pouvaient suffire à notre héros, le grand (euvre de niceler et do purger la société convenant beaucoup mieux à son génie ; il est donc i-entré dans la politique à la première occasion. On assure cependant, que quelques-uns des moyens qu'il a adoptés pour se faire ouvrir les portes de la chambre, feraient honneur à une administration corruptrice et corrompue, et certains électeurs de son comté en sont tellement persuadés, qu'il ont osé contester son élection. C'est sans doute, la sécurité d'une bonne conscience qui l'engage à pai'ler sans cesse de purger la chambre des intrus. Une petite circonstance contribue peut-être aussi, à augmenter la ])aix de son • cœur à cet égard. M. Sicotte, par inadvertance, avait fait inscrire le nom de son frère, M. Dorion de Montréal, iiu comité général des élections. Il n'est que juste de dire, qu'aussitôt qu'il vit la chambre se prononcer contre une aussi flagrante violation de toute décence, le frère déclara, qu'il n'avait pas d'objection à ce que son nom fut retranché ; et M. Sicotte qui ignore tout ce qui concerne les élections contestées en général, et celles des rouges en particulier, M. Sicotte dit tout uniment, qu'il n'avait pas fait attention à cette circonstance. Le hasard cependant, a encore voulu que M. Sicotte ait nommé à la place de M. Dorion de Montréal, l'autre chef de l'opposition, M. Sandtield McDonald, et l'expérience consommée, la dextérité reconnue, la vertueuse délicatesse de l'ex-orateur, font, que la bonne cause loin d'avoir perdu, a même gagné au change.
On aurait tort de croire que l'Enfant-Terrible rendu en chambre, ait oublié sa colonie d'Avenirville. 11 n'a pas présenté et fait imprimer, moins d'une douzaine de
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requêtes, demandant les iine> un jMMit. les autres un chemin, celle-ci un turnpike. celle-là une augmentation (le représentation, et toutes adressées : aux citoi/eus représenta nt s du peuple, par les citoyens électeurs de Drummond et d'Arthabaska. Il est à présumer, qu'un duplicata aura été envoyé au dtouen Bruce, administrant les affaires en Canada pour et a» nom de la république démocratique une et indivisible.
Il n'y aurait qu'un iiuciivenient. à ce que la chambre votât, tout ce que M. Dorion demande pour ses comtés ! C'est qu'il ne restei-ait junit-ètre dans ce malheureux cortre, où nos mini>ti-c>. vous le savez, puisent hélas, depuis si longtemps jMmr eux-mêmes, il n'y resterait peut-êti'e ])as de quoi faire imprimer les pétitions du citoyen Pierre Blanchette !
Or. je tien» a ce qu*(>n n'entrave pas les destinés du citoyen Piei'ie Blanchette. I^e citoyen Pierre Blanchette a une carrière à foui-nir; qu'on le laisse d«»n»' faire. C'est lui qui devra conduire, un jour, la n< nivelle phalange de la démocratie écarlate ; (jui poussera l'épétdans les reins la démoci'atio i-ouge arrivée au j)ouv(>ir ; c'est lui qui denoncei'a comme des traîtres, et (le> renégats, le ]>rocurem"-général D<u-ioii et le commissaire des teri'cs Pa])in ; c'est lui (jui, aidé des Harche. de^ (iuévremont et des .Nfarchildon d'alors, appelloi-a le peuple au haiic^uet inetfahlede la véritable fratei-nité, de la vérilahle égalité .. sans culottes, et peut-être sans chemise>. Dito-nioi. cela ne vaudra-t-il [)as la peine d'être vu /