L:\, point de rois ventrus^ point de noblesses nées
Par le mérite seul des têtes cotnonnées
Vers le progrès divin marche à pas géants.
Personne n'avait encore osé dire que les américains marchent à pas géants vers le progrès divin. C'est encore une belle découverte que nous devrons à M. Fréchette ; et la cause de ce divin progrès, c'est qu'il n'y a pas là «le roi->i vnetrus, ni de noblesses nées. Liberté, Egalité, Kiaternité ! Telle est la semence féconde jetée par Washington, qui fera du Nouveau Monde le vrai berceau du geni-e humain. Jusqu'il présent, nous avions cru que le vrai berceau du genre humain était l'Orient, et que c'était Jé>us qui y avait jeté la semence féconde. Nous étions dans l'erreur.
La monarchie ! la noblesse, vieilleries que toitt cela.
Mais il faut voir comment la confédération s'est accomplie, suivant M. Fréchette; c'est le sublime du genre. Le poëte débute par la description d'une nuit sombre.
Car c'est la nuit que l'assassin conspire,
Le crime aime l'obscurité.
Et ces loups se sont dit : l'affaire est assui^ée, Le bercail est à nous ; à l'œuvre ! i\ la curée !
Le berger dort au lieu de veiller à son poste Et le dogue est devenu vieux.
Le berger, c'est le clergé et le dogue c'est Pa})ineau ! Et satan regarda s'accomplir l'œuvre immonde ... Il est de ces horreurs dans l'histoire du monde.
Mais comment lo clergé a-t-il laissé s'accomplir rteucre immonde? Comment les évêques, au lieu de protester, <.>nt-ils pu, les uns applaudir et les autres, accepter cr crime abominable, dont "les hévo^^' se îiommeront dan.s l'avenir Judas, Erostrate, Mandrin, Jocrisse, lioguchturc, -Lacénaire ibc. ? — Voici l'explication de M. Fréchette : — Et pour mettre le comble ix ce scandale obscène. Un triste aveuglement donne à l'horrible scène Le sanctuaire pour décor.
Un triste aveuglement, telle a été la tante du clergé canadien.
Puis hourrah ! .... la ribote a ses fraiiclie.<î coudées, Et comme chacun fuit les fanges débordées, A lassant du pouvoir elle monte en vainqueur.
La suite prochainement.
A. B. KOUTIIIER.
Nouveau-Monde, 15 déc. 1871.
L'Evénonient ni'arrive avec une troi^^ièmo causerie "du lundi de M. Fréchette. Mes causeries du dimanche lui servent toujours de titre, quoiqu'il n'en soit plus <iuestion depuis longtemps.
Il est évident que M. Fréchette veut changer de terrain. Il fait des efforts inouis pour ni'entraîn*er bien loin de ?fl Voix d'un Exilé. Je l'y ramènerai toujours malgré lui, et je lui remettrai toujours devant les yeUx, cette œuvre honteuse qu'il aurait du désavouer, avant de rcjiaraiti'e au milieu de ses concitoyens.
En l'éalité, toute la question entre nous, est de savoir si j'ai jugé M. Fréchette avec rigueur ou indulgence. Afin de prouver que ma bienveillance pour lui a été extrême, il faut bien que j'analyse un peu La Voix d'un Exilé. J'ai commencé ce travail dans ma dernière lettre, et je le terminerai, sans me soucier d'avantage du galimatias (|u'il entasse dans le journal de M. Fabre.
Au surplus, que ]iuis-je avoir de commun avec un liomme qui débute ainsi : — "M. Basile, vous êtes de la "natui-edu lièvre. Vous faites des sauts, des enjam-
" bées, des voltes-faces ; le diable en personne vous " suivrait à peine à la piste. Vous êtes ingambe, M. " Basile ; et c'est une nouvelle qualité que j'ajoute à " toutes celles pour lesquelles je vous ai déjà donné " crédit.
" Nom d'un petit chien, quelle souplesse ! D'un bond " vous sautez de Paris à Chicago, de la Lanterne au " pétrole, du Père Caussette à Victor Hugo, de Xajjo- *• léon III à la providence, des Contes de Lafontaine " à l'Ecriture sainte... Et lorsque vous vous croyez hors " de portée, vous couronnez tous vos chasses-croisés " par une étourdissante cabriole, et, retombant sur vos " pattes, vous vous écriez hors d'aleine : croyez-vous '' au surnaturel, M. Fréchette ?
" Comprends pas ! Est-ce que vous voudi-iez savoir ce '• que je pense de Home et des frères Davenport ? — ]\Io " soupçonneriez-vous d'avoir un faible pour la science "du juge Edmonds et du docteur Slade? Tiendriez- " vous à connaître mon opinion sur Cagliostro? "
Je désire que V Opinion Publique déclare sur la foi de l'honneur, si c'est là ce qu'elle appelle écrire comme M. Villemot — " Nom d'un petit chien " que ça me parait beau ! C'est inotïensif au moins, mais je ne puis pas eu dire autant de La Voix dun Exilé.
On a vu ce que M. Fréchette pense de la confédération. On se rappelle son jugement plein de mansuétude. Ce fut un grand crime accompli " pendant la nuit sombre, " c'est-à-dire, pendant l'éclipsé du poète à Chicago. " Le berger (le clei-gé) dormait au lieu de veiller à sou " poste et le dogue (Papineau) était vieux. " Les plus grands scélérats qui aient jamais vécu sous le soleil, ayant noms "Judas, Cartouche, Mandrin, Lacénaire "&c., ont jn-otité de cette nuit néfaste " et le triste aveu-
i(lenieiit " du dérivé '■ îi donné "' au plus grand des loi-faits " le Sanctuaii-c poui- décor. "
Une si grande abomination ne peut i-ester longtem))s impunie, et le poëte excite le peuple à se venger; " Debout, peuple, debout !
Soudain le peu])Ie se love, et il frappe " le premier coup de foudre. " C'est le nom que M. Fréchette donne à l'assassinat de M. McGee. (1) Ce grand coupable tombe, " et ses complices émus se sont regardés en tremblant. " Mais ce n'est que " la première victime. "
" Tu viens donc de frappev ta première victime " 0 peuple ! et qui peut dire où tu t arrêteras ?
" Un sort terrible attend les courtisans des rois " Quand le peuple n'a plus dans sa juste colère " Qu'un poignard pour venger ses droits. "
Le poëte jette un regai-d sur l'avenir, et il voit ariiver " un sauveur quî dresse une oriflamme où le mot liberté s'écrit avec du sang et qui est suivi d'un escadron de hardis Sans-culottes. li entend passer dans lair " le vent des révolutions. "
" C'est l'heure des tyrans et c'est l'heure des braves
" L'heTire des rétributions " l'Espagne se raidit, déjà rugit la h rance. . . . ' ' Le monde entier s'émeut au nom de Juarez. "
et noti-e tour arrive. Il faut que le peu])le se fasse justice. " Aveugles opjiresseurs, vous tissez vos suain-M. en lardant le lion qui dort. " Un s(>i-t terrible vous attend, " (|uaiul le ])euple n'a ])lus dans sa juste colère qu'un poignard pour venger ses droits. "
(1) Député au.K Communes et assassiné à Otta-va, sur la rue Sparks, le 7 Avril 186S, peu après deux beun^s du matin, immédiatement ai)rès rajournement des Communes.
Est-il possible d'affichei" plu.s ouvertement la démagogie, et le Père Ducheme a-t-il été plus incendiaire? — Je ne le crois pas.
Telle est " La Voix d'un Exilé " au fond. Vous n€ nierez pas qu'elle est cent fois pire que la la forme. Mé])ris des institutions monarchiques, mépris de no.* hommes publics, mépris de notre clergé, excitation à la révolte, appel à la révolution, Justitication de l'assassinat politique, voilà les funestes enseignements qu'on y trouve.
Et pourtant, M. Fréchette soutient que je l'ai calomnié, en disant dans mes Causeries qu'il diffamait nos institutions et qu'il glissait sur la pente de l'irréligion. Le lecteur peut en juger maintenant en cori. naissance de cause.
Je pourrais m'ari'êter ici, mais il me faut maintenant défendre un peu ma vie privée, contre les attaques si délicates de mon adversaire. C'est une des misères de lecrivain de se trouver souvent, aux prises avec de» gens sans respect, ni savoir-vivre. Il faut en prendre son parti, et .se munir de patience.
M. Fréchette me reproche trois choses bien honteuses : lo d'avoir écrit une lettre anonyme au Rcv. M. Patry curé de Saint-Pascal ; 2o d'avoir distribué de faux billets de banque par mes agents électoraux dans le comté de Kamouraska ; 3o d'avoir vu ma porte " badigeonnée de peintures à fresques, rien moins qu'odoriférantes, à la barbe de ma popularité. " (Sic.)
Il est à peine cro^'able qu'un homme qui se respecte et qui veut respecter ses lecteurs, jette dans le public d'aussi niaises vilenies. Je demande pardon aux lecteurs du JSouveau- Monde, d'être obligé de descendre sur un terrain que la bassesse de mes adversaires affeetionne. Je dis obligé, car il y a des gens qui tiendront
moins compte de toute la discussion, que de ces viles accusations. Je dis mes adversaires, car je sais que M. F'réchette n'est pas seul à chercher des griefs contre moi. Toute la petite presse voltairienne, sceptique et libérale est liguée contre moi. Mais grâce à Dieu, je puis me moquer d'eux tous, et je leur livre en pâture, mu vie privée comme ma vie publique.
Eh ! bien, M. Fréchette, voici mes réponses :
10 II est faux que j'aie jamais écrit une lettre anonyme au Rev. M. Patry, et je vous somme de prouver cette accusation ; sinon, je vous appliquerai l'épithèlo que vous méritez.
2o II est faux que j'aie jamais fait distribuer de faux billets de banque par mes agents électoraux. Prouve/ encore.
3o Badigeonner ma porte est un exploit dont vous pouvez envier la gloii-e ; pour ma part, je préfère en être victime. C'est moi, qui ai révélé au public ce fait déshonorant pour la paroisse de Kamouraska, afin de mieux prouver que j'avais l'honneur d'être détesté par la canaille. Si votre but est de faire renouveler la chose, vous ferez mieux de descendre ici vous-même, les " badigeonneurs " manquent de chef.
11 me plairait avant de terminer, de revenir sur le " Eire grivois " que M. Fréchette approuve et sur " Teresa " et la " Belle Hélène " qu'il persiste à admirer. Pour justifier ces sentiments, il allègue que les Contes de Boccace ont été publiés en 1573 avec un " beau privilège " du pape Grégoire XIII, et que ceux de Lafontaine ont été publiés par un jésuite.
Mais il faudrait voir un peu lo Ce " beau privilège " de Grégoire XIII, qui pourrait bien être apocryphe, comme la pragmatique sanction de saint Louis ; 2o l'édition des Contes qu'il accompagnait, et qui pouvait
bien êti-e expurgée. Les Contes de Boocace ne sont pas tous obscènes, et il a écrit des livres sérieux.
Quant aux Corr^ de Lafontaine je puis faire les mêmes réserves, et j'ajoute que M. Fréchette tient trop compte de l'approbation d'un jésuite, et pas assez des approbations épiscopales qui ornent mes " Causeries." Qu'il en dise ce qu'il voudra, il ne convaincra personne de l'innocence de ces Contes et de leur auteur.
Digne prédécesseur de Béranger, le " bonhomme " ^afontaine a passé sa vie dans la débauche, et sa vieillesse dissolue a fait fuir ses meilleurs amis. Quand il est revenu des égarements prolongés des sens, il a, luimême, exprimé la même idée qui se trouve dans " le Kire des hommes," et il a accusé de ses erreurs:
Les penseurs amusants, les vagues entretiens, Vains enfants du loisir, délices chimériques, Les romans et le jeu, peste des républiques. Far qui sont dévoyés les esprits les plus droits, Ridicule fureur qui se moque des lois 1
A. B. EOUTHIER.
Mon cher Monsieur Basile,
Si vos instincts n'étaient pas si mauvais, vous me feriez pitié, et j'abandonnei'ais la discussion par pur sentiment d'humanité.
Jai vu, un jour, sur une grande route de la Louisiane, un .serpent que la hache d'un passant indigné avait coupé par morceaux. Ses tronçons mutilés se tordaient convulsivement; sa gueule jetait une bave sanglante ; »on dard impuissant s'agitait encore, et sa dent.
Venimeuse mordait la poussière du chemin. Eh bien, pai-ole d'honneur, tout serpent qu'il était, je le plaignais presque; et c'est à peu près le sentiment que je viens d'éprouver en lisant votre dernier article.
"Vous vous tordez, vous écumez, vous mordez à tout ce que vous pouvez mordre ; et, en désespoir de cause, vous vous rejetez sans cesse avec fureur sur mes écrit;* passés, sans vous douter que vous ennuyez le public à force de répétitions et de divagatioîis interminables. Vous parlez si souvent de mes vers, monsieur Basiley que je commence à croire que vous voudriez m'amener à parler des vôtres. Mais soyez tranquille là-dessus ; votre troisième prix ne m'a pas rendu envieux, et votre gloire ne m'otfusque pas. Le seul mal que je vous souhaite, c'est que vous on écriviez de meilleurs, et j'en itérai heureux.
Tout en parlant de mes écrits, et en les sassant cl ressassant à l'infini, vous essayez d'y trouver la preuve que vous êtes justifiable de m'avoir taxé d'irréligion, et de m'avoir montré comme un diffamateur des institutions de mon pays. Il faut voir l'argumentation ! Si vous continuez, vous allez inventer un nouveau mode de raisonnement auquel on donnera votre nom ; cela s^appellera de la logique à la Basile !
JD'abord, pour prouver que j'ai diffamé les institutions de mon pays, vous citez les vers que j'écrivais, pendani mon séjour aux Etats-Unis, contre nos ministres et contre quelques uns des hommes flétris dont ils s'entouraient.
On voit cela d'ici : Paul Denis, J. B. Daoust^, des Institutions ! ! ! Il ne manquait plus que cela.
Quant à MM. Carti^-, Chauveau, Oui met et autres, je ne crois pas que même leurs admirateurs les plus fervents songent à les mettre au rang d'institutions
nationales. 11 n'y a que vous qui puissiez avoir une l>areille idée. Je ne désespère pas de vous les voir bientôt transformer en monuments publics... si cela paye.
Basile, va !
Mais passons au plus sérieux : à la question de religion.
Ça, par exemple, c'est à encadrer; cela vaut son pesant de sucre d'orge.
Tenons-nous bien.
Je ne puis plus être catholique, j)araii-il, attendu que je ne suis point monarchiste, que je suis contre les jirivilèges de castes, que je suis démocrate enfin ! C'est })lus mal écrit que cela sans doute, mais c'est le sens.
Bien, monsieur Basile ! vous avez toute ma reconnaissance. Je suis heureux que vous me donniez l'occasion de prouver, une fois pour toutes, votre ignorance crasse à l'endroit de la doctriiie catholique, dans ^es rapports avec les gouvernements civils. Il y a assez longtemps que vous et votre école essayez de faire croire au peuple que le mot de république est synonyme d'héi'ésie ; que la démocratie est une im- ])iété, et que le sj'stème monarchique est la seule forme de gouvernement autorisée par l'Eglise. Vous allex boire la coupe jusqu'à la lie. Je ne m'amuserai pas à raisonner la chose avec vous, monsieur Basile ; je vous l'ai déjà dit, la logique la plus simple n'a aucune prise sur votre cai-apace. C'est avec les propres paroles des auteurs catholic^ues les plus en renom, des théologiens les plus orthodoxes, que je veux vous confondre.
Citons lo cardinal ]^ellarmin, d'abord :
" Remarquez, dit-il, que les /ormes du gouvernement,
"en particulier, sont du droit dea. gens, non du droit 6*
'^naturel; puisqu'il dépend entièrement de la mM/^i7t/r/<' "de constituer au-dessus d'elle même un roi, des consul» "ou des magistrats ; et moyennant une cause légitime, " lu multitude peut changer une royauté en aristocratie, ou " en démocratie, et vice versa."
Kst-ce assez révolutionnaire cela, monsieur Basile? Excommunié Bellarmin !
Yo^'ons maintenant ce que dit Saavedra : " Comme la puissance, dit-il, ne peut rester " répandue dans tout le corps du peuple, à cause de la *' confusion qui aurait régné dans les résolutions et •' l'exécution ; comme il fallait nécessairement qu'il 3' " eût quelqu'un qui commandât et quelqu'un qui obéît, " on se dépouilla de la puissance, on la déposa en un " seul, ou en un petit nombre ou en un grand nombre ; ■" c'est-à-dire en l'une des trois formes de toute répu- " blique, la monarchie, l'aristocratie ou la démocratie.'' Saavedra est-il un impie, monsieur Basile ? Consultons maintenant Suarez :
"La puissance civile, dit-il, toutes les fois qu'on la " trouve en un homme ou en un prince, est émanée de "droit légitime et ordinaire du peuple et do \a comiini- " nauté, soit prochainement, soit d'une façon plus éloignée ; " et pour qu'elle soit juste, on ne peut l'avoir autrement."
Est-ce assez démocratique cela, monsieur Basile ? Excommunié Suarez !
Daniel Çoncina, dans sa théologie chrétienne dogmatico-marale, publiée à Eome en 1768, dit en propret* termes :
" La puissance qui réside dans le prince, dans le roi '' ou en plusieurs, soit nobles, so'il plébéiens, émane de la '' communauté elle-même, prochainement ou d'une manière " éloignée ; car cette puissance ne vient point immé- ^- diatement de Dieu.... Ainsi nous tenons pour fauss«
'• l'opiDion qui affii-me que Dieu ooiifère immédiatement '' et prochainement celte puissance au voi, au prince, à " un chef quelconque du gouvernement suprême, à " l'exclusion du consentement tacite ou exprès de la repu- " blique. "
Est-ce assez républicain cela, monsieur Basile?
Excommunié Concina !
Passons à Billuart :
" Cette puissance de Dieu réside dans la com,munauti *' immédiatement et de droit naturel: mais elle ne réside " dans les rois et les autres gouvernants que médiatemeitt " et de di'oit humain."
Est-ce assez démagogique cela, monsieur Basile ?
Excommunié Billuart !
Mais ce n'est pas tout ; le ('ompendium de Salamanqnt! s'exprime ainsi :
'" Tous affirment que les princes reçoivent de Dieo " leur puissance cependant on dit avec plus de vérité " qu'ils ne la reçoivent pas immédiatement, mais " moyennant le consentement du peuple, car tous les hommen " sont égaux en nature, et, par la nature, il n'y a ni " supérieur ni inférieur."
Est-ce assez subversif cela, monsieur Basile?
Ne vous semble-t-il pas entendre pétiller le pétrole ?
Continuons encore. Que dit Busenbaum dans sa théologie morale, augmentée par saint Alphonse d« Ligori : •
" Le pouvoir de faire des lois, dit-il, appartient à la " communauté d^s hommes, laquelle le transfère à un ou à "plusieurs, afin que ceux-ci gouvernent la communauté " elle-même. "
Excommunié Busenbaum! Excommunié saint Alphonse de Ligori !
Ouvrons maintenant saint Thomas d'Aquin :
"L'autorité, dit-il, a été introduite par le droit des gens qui est le droit humain. "
Le savant docteur enseigne expressément la même chose en plusieurs endroits : 1, 2, Quest. 90, art. 3 ad 2 I et Quest. 97 art. 3 ad 3. Excommunié saint Thomas d'Aquin !
Dans son Traité des Lois, le Cardinal Gotti énonce exactement la même opinion, et presque dans les mêmes termes.
Excommunié le Cardinal Gotti !
Je pourrais citer encore :
Marianna. (De Lege).
Dominique Soto, (Lib. 1 Quest. 18, art. 3).
Ledesma, (2e part., Quest. 18, art. 3).
Covarruvias, (in Pract. cap. I) ; et une infinité d'autres théologiens, dont les doctrines, tout aussi démocratiques t'ont autorité dans lEglLse.
Et dire que vous excommuniez tous ces braves gens d'un trait de plume... O Basile ! Quand je vous disais que vous délogeriez les saints du paradis, si cela payait !...
Voyons, soyez franc pour une fois. Ces autorités sont-elles suffisantes pour vous convaincre qu'on peut être autre chose que royaliste, tout en restant catholique? Ces citations en disent-elles assez pour vous prouver que vous ne faites qu'exhiber votre ignorance, lorsque vous représentez la religion comme nécessairement liée à la monarchie, et que vous me calomnie/, lorsque vous m'accusez d'impiété sous prétexte qu*> Je suis démocrate ?
Mais rappelez-vous donc, vous qui citez la bible à propos d'annexion, que si Dieu a donné un roi au
LES CAU.sERIKS DU DIMANCHE. 89
peuple hébreux, rKcriture dit expressément que o'étjtit pour le punir de ses prévarications.
Tenez, monsieur Basile, étudiez ! vous n'êtes qu'a i'u b c de ces questions-là. En attendant, je vous dirai avec Bal mes :
" Si vous vous obstinez à pi-êter au droit divin un '• sens étrange qui n'est point le sien, présente/ moi uji " texte de l'Ecriture sainte, un monument des traditions " reconnues comme article de foi dans l'Eglise catho- " lique, une décision des conciles ou des pontifes, qui " démontre que votre interprétation est fondée. Jus(|u"a " cette démonstration, j'aurai le droit de dire que vous " imputez au catholicisme des doctrines qu'il ne " professe pas, des dogmes qu'il ne reconnaît pas."
Une autre preuve que je suis un hérétique, parait-il, c'est que j'ai différé d'opinion avec une partie du clergé au sujet de la confédération. Je répondrai à cola, monsieur Basile, quand vous m'aurez démontré que chaque curé est infaillible ; que la religion nous défend de différer d'opinion avec un prêtre surtout en politique ; ou tout au moins, que le clergé était unanime à approuver ce changement radical de constitution, sans app<^l au peuple.
[)u reste, dans le cas même où j'atii-ais manqué sur ce point, ce n'est pas à vous de me le reprocher, monsieur Basile !
Croj'ez-vous qu'on ignore en haut lieu, ([uel ef*t l'auteur des diatribes insolentes que la Gozetfe des eavxpagnes a publiées contre les autorités religieuses du diocèse ?
Toujours pris dans vos propres pièges... pauvrt- Basile I
Il paraît que vous avez encoi-e sui- le c(vur c<* que j'ai dit do vos écrits sur les Etats-Unis. \,o fait est que
90 LES CAUSERIES î)t; DIMANCHE.
c'était coriace ; mais pourquoi diable vous niettez-vouR toujoui'S le doigt dans l'œil? Vous écrivez à tort et à travers sur le compte des Américains ; vous entassez à leur sujet, dans des coloïines de journaux, les plus ébouriffantes platitudes qui puissent germer dans une cervelle détraquée ; et puis vous venez, après cela, nou>> avouer tout naïvement que vous n'aviez jamais visité leur pays ; vous ouvi-ez les 3'cux grands comme de» jiiastres en vous apercevant qu'il y a des plaines dans l'ouest ; vous êtes tout ébahi de trouvei- Pittsburgh un j)eu plus gi-and que Trois- Rivières ; vous tombez dew nues en voyant des sujets religieux dans les sculptures du capitole ; vous admettez ingénument,* à Chicago, que A ous avez eu jusqu'à présent des idées fausses au sujet dos Etats Unis, et — sublime du ucenre ! — vous confessez que vous n'avez pas encore lu la vie de Washington...
Basile. Basile, Basile !
Quant à vos chapiti-es sur le Mire de Dieu et sur le Hire des hommes, vous pouvez vous y cramponner tant que vous voudrez; je ne tiens pas plus à en faire voir le ridicule qu'à démontrer que vous êtes plus Basile que jamais, lorsque vous tirez gloire de ce que vous n'avez perdu votre élection que par quarante voix, contre un jeune homme comme vous, dans un comté on vous aviez en votre faveur toutes les influences du gouvei'nement et des faux billets de banque; tandis que j'ai perdu la mienne par trois cents voix, dans une division beaucoup plus populeuse, quand le gouver ncment, les chemins de fer et les gi-andes compagnies commerciales employaient des sommes fabuleuses, et même la coercition pour faire triompher mon adversaii-e, qui avait en outre tous les avantages que donne une haute position et une popularité cultivée depuis vingt ail- Au reste, pour un homme qui méprise tant l'opi-
iiion populaire, je trouve assez extraordinaire que voua vous incliniez ainsi devant le voxpopuli...
Tenez monsieur Basile, Je trouve dans l'Opinion publique de la semaine dernière, une si belle peinture de vous et de votre école, que je ne puis m'empêclier d'en faire deux courts extraits. Le premier est de la plume de M. Mousseau, un conservateur bien connu :
" Touw les honnêtes gens, dit-il, sont profondément " dégoûtés du rôle odieux joué par de jeunes ambitieux '* qui, pour faire leur petit bonhomme de chemin, " cherchent à se rendre indispensables dans la sacristie " en morigénant les évéques, et en jetant de la boue à la " tigure de journalistes catholiques, qui sont au moins '* leurs égaux sinon leurs supérieurs à tous les pointH "de vue. Que ne combattent-ils l'impiété? Non: iU ^'aiment mieux aigrir des jeunes gens respectables qu> ne " demandent qu'à marcher sincèrement dans les rangs dé lu '^grande armée religieuse. Ils se croient de taille à " sauver seuls l'autel et ne veulent pas d'as.sociés '"Ces jeunes missionnaires croient qu'il est de bonne " politique de donner du bâton à tous ceux qui pour- " raient leur aider. "
Le second porte pour signature le pseudonyme de Balsamo :
" Du moment, dit l'auteur, que l'opinion publique et " la réputation des honnêtes gens sont livrées à ces " énergumènes qui croient que tout leur est permis " pour la gloire de leur fausse religion, il n'y a plus de " limites à l'exagération, à l'invraisemblance et même " à la malhonnêteté. 'îii'y aura-til pas une réaction " puissante dans le pays pour mettre un terme au règne *' de cette démagogie religieuse beaucoup plus dange- " reuso encore que la démagogie politique ? '
Oui, heureusement, monsieur Basile, cette réaction so fait. Quand on voit, comme il y a quelques jours, dans un banquet en l'honneur de l'Immaculée Conception, à la même table que notre archevêque, deux candidats qui, aux élections dernières, étaient représentés par vos journaux et pai- certains prêtres de votre école, comme des apostats, des garibaldiens, des pétroleui-s. des communistes et des complices de l'assassinat de Mgr Darboy. — l'un d'eux a été tout particulièrement diffamé par vous, — on peut avoir espérance dann l'avenir; le règne du cagotisme est fini; c'est le tour des honnêtes gens et des catholiques sincères, quellei* que soient leurs convictions politiques.
Tiens, mais vous parlez anglais aussi, monsieur
. Basile ! Vous avez écrit what is that, sans une seule
faute d'orthographe ; certes, ce n'est pas mal, ça ! Eh
bien, j'ai une chose à vous dire, et je vais vous la dire
en français, moi, monsieur Basile:
Vous m'avez encore, dans votre dernier article, jett' le mot de lâcheté à la figure ; or, je sais où vous voudriez m'amener avec cette tactique d'escobar, et voilà ])Ourquoi je ne vous demanderai pas ce qu'on se demande en pareil cas entre hommes de bon ton. Du reste, je me souviens de ce qu'un grand poète a dit «le ces journalistes de robe courte qui se retranchent dénière leurs principes pour insulter les honnêtes gens impunément :
.,..Qand on va chez eux pour chercher leurs oreilles, Leurs oreilles n'y sont jamais !
Ne vous y fiez pas trop cependant, monsieur Basile ; car si la mesure devenait comble, je pourrais bien trouver quelque jour sous ma main l'instrument qu»«
tout gentilhomme a à sa disposition lorsqu'il s'agit dt» (.•hâtier un manant.
Tenez-vous le pour dit, monsieur Basile.
\'otre serviteur,
Louis Fréciibttb, Lundi, 18 décembre 1871>
Nouveau-Monde, 19 déc. 1871.
M. Fréclictte continue de se promener dans la ruellt! de VEvènement avec une pancarte au dos portant cette inscription : Cavseries du dimanche par A. B. Routhier. C'est une réclame qu'on ne me reprochera pas, j'espore. S'il lui plait d'être mon facteur, je ne m'}* oppose pas, et c'est un peu pourquoi je voudrais que la chose durât, trois mois.
J'ai conseillé à M. Fréchette, dans son propre intérêt, de ne plus ra'appcler Basile, et je lui ai représenté que cette figaroterie nuisait à sa dignité de chef de parti. Mais il s'entête, et déclare que je lui demande une chose impossible. '' Basile tu aB été. dit-il, et Basile tu seras, c'est plus fort que moi."
Qui est-ce qui est plus fort que lui ? Est-ce Basile? 11 faudi-ait l'admettre plus claii-ement et sans détoui- Mais observez le nouveau progrès de Scapin : il m« tutoie. Basile tu as été et Basile tu serns. C^uand le« puissants de ce monde vous tutoient, il parait (\ue c"«*t un sitijne de faveur.
" Le roi m'u tutoyé, me voici grand d'Espagne." Mais quand cette faniiliarité vient de M. Frécliette, elle a une toute autre signification.
Il me tutoie ! hélas, quel mal ai-je donc fjiit ? Que voulez-vous ! Le polémiste est toujours exposé à quelque humiliation. M. Fréchette est d'ailleurs atteint de la '• Basiliophobie " et il n'est pas seul. Je connais plusieurs personnes qui souffrent de cette maladie. Quand il entre dans un restaurant, on me raconte qu'il lui ai-rive quelquefois de dire : " garçon, encore un vei-rc de " Basile."
Je ne dis pas cela pour me plaindre et il y a un peu de ma faute d'ailleurs. J'ai eu l'imprudence de diie que mon nom a cela de commode, qu'il sert d'esprit à ceux qui n'en ont pas. M. Fréchette m'a cru sur -])arole, et depuis lors, il a toujours mon nom sur les lèvres. A quoi tiennent les choses? Si au lieu de m'appeler Adolphe Basile, je portais les deux noms de Louis Honoré, M. Fréchette n'aurait plus rien à dire.
Sa dernière lettre prouve une fois de plus qu'il a tkla faconde, et c'est tout. Il se répète d'une manièi-c désolante.
(^uand il était à Chicago, il avait contracté l'habitude de rendre certains sons à certaine époque, chaque année. C'était régulier et monotone comme le murmure d'une fontaine. Quand le temps ari-ivait, il tournait le robinet, et la poésie de l'année précédente recommençait à couler.
Le même phénomène se renouvelle dans ses Causeries du hindi. Depuis quati-e semaines j'entends grincer le robinet tous les lundis, et le même flot d'injures, de fadaises et de plaisanteries ridicules coule de source, et se répand dans V Evénement comme chez lui. Eendons cependant justice à M. Fréchette } il se donne de la
jicine. II cherche toujours à dirflcqnehjue chose, et s'il ne dit rien, ce n'est pas sa faute ; l'eftort est visible et il est juste d'en tenir compte.
Notons d'abord ses répétitions.
Pour la quati'ième fois il affirme qu'il me croyait plus fort, que je le fais cre%'er de rire, que je ne réponds rien du tout à ses attaques, que je ne maintiens pas un seul de mes avancés, que mes écrits ne contienneiit rien, moins que rien, etc II récapitule ensuite toutes SOS victoires sur moi, dans un stj'le de l'estaurant :
lo Je vous ai pris en flagrant délit de mesquine réclame ; avalé !
2o Je vous ai accusé de faire le nécessaire auprès du clergé dont les plus hautes autorités vous répudient ouvertement ; avalé !
80 J'ai fait voir le suprême ridicule de votre raisonnement au sujet des grandes questions qui intéressent le pays ; avalé !
4o. J'ai montré votre école se servant du crucitix comme d'un marche-pied, et du sanctuaire comme d'un tripot ; avalé I
5o. J'ai prouvé que tout en faisant si grande parade de vos principes religieux, vous fouliez aux pieds les enseignements de l'Eglise dans vos discussions scandaleuses ; avalé !
Ainsi, voilà cinq grandes victoires bien comptées, et le lecteur ne doit pas douter un instant de leur authenticité. M. Fréchette l'affirme.
Quand tout cela est-il arrivé ? Quand M. Fréchette m'a-t-il fait " avaler " ces cinq couleuvres? Je serais bien empêché de le dire, parceque je ne me rappelle pas " avoir foulé aux pieds les enseignements de l'Eglise." ni m'étre " servi du crucitix comme d'un marchepied." ni " avoir fait le nécessaire auprès du clergé," ni " avoir
î>6 l-ES CAUSERIES liU DIMANCHK.
traité des grandes ^lestions d'une manière ridicule,' ni même " avoir fait aucune réclame." Est-ce que J'aurais fuit tout cela sans m'en apercevoir? Allons donc. *' Avalez " tout ce que vous voudrez M. F'réchette, même un vei-re de "Basile"; mais je vous jure que je n'ai pas " avalé toutes ces vilaines choses.
Ce n'est pas tout. M. Fréchette ne me t'ait pas seulement ''avaler"; il me fait ''rengainer." Vous avez tout " avalé " et tout " rengainé" s'écrie-t-il, et il le prouve ; j'ajoute quelques commentaires à son accablante énumération : —
lo "Vous m'avez accusé d'irréligion et d'impiété; rengainé." J'ai dit que vous '• glissiez sur la pente (i« l'irréligion," et je l'ai prouvé irréfutablement.
2o " Vous avez écrit que j'avais ditîamé les institutions de mon pays ; rengainé!" .le ne rengaine pan, je l'ai prouvé dix fois.
3o. " Vous m'avez taxé de " lâcheté " pour ne m'ètro pas enrôlé au service du Pape ; rengainé I " Je n'ai jamais dit que vous étiez " lâche " de ne vous être pa.-i enrôlé au service du Pape. J'ai dit que vous aviez, '• lâchement " abandonné votre pays pour en diitamer leë hommes et les institutions. Et cette " lâcheté " est un fait que vous ne pouvez nier ; il est prouvé à satiété.
4o " Vous avez prétendu que les libéraux canadiens qui se disent catholiques sont dos hypocrites; rengainé!" J'ai dit qu'il fallait combattre les libérau.x, et que le libéralisme est une hérésie. .Te le dis encorr ai)rès Pie IX, et je ne le rengaine pas !
5o. Vous avez montré les libéraux comme des ennemis de l'ordre et de la religion; rengainé!" Jf ne i-engaîne pas, et je dis encore la même chose ; mais je ne confonds pas les deux termes libéraux et opponitionistes ; ils ne sont pas synonymes.
60. •• Vous avez avancé que j'élais blessé de vos a])préciations littéraires, et que vous aviez une lettre jjour le prouver ; reng-aîné!" Mais non, monsieur, ce n'est pas rengainé. Prenez patience, vous la verrez cette lettre ; mais je ne puis pas tout faire à la fois.
Donc cinq avalements et six rengainés, voilà le bilan lie la campagne triomphante que M. Fréchette pi-étend avoir faite contre moi. Ce n'est pas plus malin que ça, et le lecteur peut juger si je suis *' roulé ! " A tout ce que je pourrais répondre, M. Fréchette va répliquer: " Avalé ! rengainé ! " et il m'alignera cela par douzaines, s'il le faut, avec des numéros C'est décisif. — TiCs numéros surtout en im))Osent,
Mais voici d'autres numéros qu'il ne faut pas oublie)-. M. P*-échctte, sous peine d'être atiiché comme un calomniateur, vous êtes tenu de prouver : lo que j'ai montré M. Pelletier comme un communiste, un commissaire de Satan ; 2o que je me suis comparé à Mgr Aftre ; 3o que j'ai voulu démontrer que l'archevêque de Québec n'est qu'une oie; 4o que j'ai tenté de démontrer que l'opposition Bas-Canadienne veut renverser l'Eglise; ôo que j'ai écrit une lettre anonj'^me au Eev. M. Patry, &e.
Ne négligez pas, M. Fréchette, de prouver toutes ces choses. C'est peut être désagréable de vous placer dans rette im])asse ; mais c'est votre faute et non la mienne.
N'oubliez pas non plus {jue " la viande le vendredi et la contrebande du vin de messe " ont besoin d'explications claires. Quant à l'idylle de la Gatineau, je n'en connais rien, et je n'ai rien à y voir, puisque vous déclarez maintenant que cela ne me regarde pas. Mais alors pourquoi me jeter ces choses à la face, si elles ne me concernent en aucune manière ?
C'est votre école, dit M. Fréchette. Quelle école ? SuÎ8-je maintenant un chef d'école ? Et t>up]jot<é que Je le sois, qu'ai-je à faire avec la conduite, ou les faits et gestes de mes confrères de la presse ? Pourquoi en serai s-je responsable ?
Que dirait M. Fréchette si je lui appliquais le joli procédé dont il use à mon égard, et si je lui disais :
"Vous êtes un libre-penseur et un impie; vous avez " ditfamé, insulté, méprisé la religion et ses ministres " dans V Avenir et le Pays. Vous avez été excommunié " par Mgr l'évêque de Montréal, condamné et flétri à " Eome, &c. "
Et si, passant à un autre ordre de choses, j'ajoutais : C'est vous M. Fréchette qui êtes venu une nuit " badi- " geonner ma porte, en portant un certain vase qui " n'était pas le pot aux roses ; C'est vous qui êtes venu " lâchement, la nuit, briser mes vitres à coups de " pierres, «&c."
M. Fréchette répondrait à tout cela : — Ce n'est pas moi. Mais je répliquerais suivant son système : si ce n'est pas vous, c'est votre école, et celui qui portait le " pot aux roses " est votre disciple. Donc, M. Fréchette, " avalé le pot aux roses ! "
En terminant, M. Fréchette revient avec une inconvenance impardonnable à Sa Grâce Mgr l'archevêque de Québec, et il veut absolument démontrer que sa Grâce et moi, nous sommes en guerre. C'est'une véritable injure pour l'archevêque que tout ce morceau ; et quant à moi, on comprend si j'ai droit d'être blessé.
Le rôle de M. Dessaulles, l'ami de M. Fréchette ne me convient pas le moins du monde.
Trois faits sont invoqués par M. Fréchette, qui ne veulent rien dire du tout, ou qui sont faux.
lo C'est calomnier rarclievêque que d'affirmer qu'en l'ombattaiit le libéralisme et les libéraux, Je me trouve en opposition directe avec Sa Gi-âce. 2o II est inexact de dire que Sa Cri-âce aurait refusé son approbation à mes " Causeries, " si je l'avais demandée. Je suppose que M. Fréchette ne ne prétend pas initié aux secrets de l'arclievêché là-dessus. J'ai fait pour la publication de mes " Causeries " ce que je devais faire : j'ai obtenu l'approbation des évêques du diocèse où j'ai publié. Si M. Fréchette veut connaître l'opinion des autres évêques, il ])eut leur soumettre mon livre. Quant à moi je ne suis pas tenu de satisfaire sa cui-iosité, et de lui communiquer les lettres privées que j'ai pu recevoir à cette occasion. 3o La lecture du Rev. P. Monnot était ))ublique, et j'avais le droit de l'appi-écier. Son œuvre est excellente, et quand il affirme que Sa Sainteté Pie IX l'a à cœui-, je ne puis soupçonner que c'est un mensonge.
J'ignore ce qui a pu se passer entre le P. Monnot et Mgr l'archevêque, et quand je le saurais je n'en j)arlerais pas ; cela ne me concerne en aucune manière. La lecture m'a plu, et j'ai cru que j'avais le droit de le dire, voilà tout.
A. B. ROUTHIER
Evénement, 27 déc. 1871.
Mon cheh monsieur Basile.
Vous êtes né sous une mauvaise étoile ; tout le monde conspire un peu contre vous. Aussi vous pleurnichez, vous laites voti-c lippe, vous vous tournez de tous côtés
100 LES CAUSt:RîES DU DIMANCHE.
pour chercher des sympathies ; et, lorsque vous n'apercevez autour (le vous que dos sourires sai'castiques et moqueurs, vous vous écriez du ton que prennent les moutards quand ils vous menacent de le (h'?'e à maman : " M. Fréchette n'est pas le seul à m'en vouloir ; toute la " presse voltairienne et libérale est liguée contre *' moi !..." Pourquoi ne pas dire tous tes ennemis de Dieu, monsieur Basile ?... C'est évidemment ce que vous aviez dans la pensée ; dites-le, allez ; ne vous gênez pas, vous en avez dit de pires.
Une chose vous a surtout agacé les nei'fs. C'est la com.paraison que VOpinion Publique a faite de mes articles avec ceux de Villemot. Cela vous crispe, vous indigne, vous surmonte. Vous citez quelques lignes de moi, et, prenant votre pose à effet, vous intimez l'ordre H VOpinion Publique de " déclarer s»;- /a /oi rfe Vhonnevr si c'est là écrire comme M. Villemot ! " Voyons, monsieur Basile, calmez-vous. Je conçois que vous eussiez préféré que le compliment s'adressât aux Causeries du dimanche; mais c'est votre faute aussi. Pourquoi m'avez-vous comparé vous même à Lamartine? Vous avez donné mauvais exemple ^aux autres, monsieur Basile ; subissez-en les conséquences.
Si je ne connaissais mon Basile à fond, le commencement de votre article du quinze m'aurait intrigué ; ou plutôt j'aurais soupçonné le typographe de vous avoir joué un mauvais tour. Je cite mot pour mot:
" Mes Causeries du dimanche lui servent toujours de " titre, quoiqu'il n'en soit plus question depuis long- " temps. Il est évident que M. Fréchette veut changer " de terrain. II fait des efforts inouïs pour m'entra'iner " loin de la Voix d'un Exilé."
Comprenne qui pourra. Pour moi, monsieur Basile, je comprends une chose, c'est que notre polémique vous
a tellement bouleversé le cerveau, que vous ne savez jilus du tout ce que vous dites. Je n'essaie pas de réfuter: la logique à la Basile, vous savez, on ne raisonne pas avec cela; on reproduit, voilà tout.
Vous avez un tic douloureux-, monsieur Basile. Ce tic tient même du rhumatisme, il change de place. Autrefois c'étaient Mes Loisirs qui vous faisaient trépigner; maijitenant c'est la Voix d. un Exilé. On a beau vous jiai'lei" d'autre chose, essayer de vous distraire, impossible. La Voix d'ui Exilé, vous ne voyez plus que cela, vous ne parlez plus que de cela. C'est plus qu'un tic c'est une manie. Vous disséquez chaque phrase ; vous examinez chaque mot à la loupe. Parfois c'est j)our y trouver des blasphèmes ; — j'ai fait voir dans ma dernière lettre la ftiçon adroite dont votts y parvenez ; — le plus souvent c'est pour y découvrir une expression trop violente, une peinture trop réelle, une dittamation quelcotique.
'' Quand on est poète et gentilhomme, dites-vous, "dans vos Causeries, il y a des expressions dont la " crudité doit révolter, et qui doivent être laissées aux " poissardes. (Quelle que soit la haine qui déborde du " cœur, il y a des injures, des invectives qui appar- " tiennent au bourbier et qui ne doivent pas sortir de " la bouche d'un homme bien élevé. " '"
Il y a de rude» choses dans la Voix d'un Exilé, c'est vrai, monsieur Basile. La phrase n'y est pas toujours musquée ; le vers ne s'y présente pas toujours en gants blancs. Enfin, ce n'est pas de la poésie de salon et, — je ne le contesterai pas,- -c'est peut-être mauvais genre. Mais que voulez- vous, monsieur Basile; dans mon indignation contre les gens de votre espèce, si j'ai ouvert le vocabulaire des poissardes, c'est que je l'ai trouvé entre les mains de M. Veuillot, votre illustre maître, le type 7*
du (jentilhomme, celui que vous proclamez être, quant a la forme, le premier écrivain de son temps.
Vous n'avez probablement pas lu M. Veuillot plus que les auti-es auteurs que je vous ai déjà cités.; eh bien, moi qui le lis quelquefois, je vais vous faire connaître un peu sa manière. Vous me direz si la Voix d'un Exilé. n'est pas un modèle de mansuétude et de bon ton, comparée aux Satires et aux Couleuvres du gi-and défenseur de l'arche d'alliance.
Voulez-vous des expressions à l'eau de rose ? Ecoutez :
" Peuple en ti-ain de pourrir, — mordre des fanges, — 'champ de la peste et de la pourriture, — ce que dit, *' l'ulcère sur les corps dévorés, — odeur de gros vices, — " pain des anges vomi des chiens ! etc."
Voulez- vous savoir comment M. Veuillot traite ses adversaires, lisez ; je cueille au hasard : .
" Cuistres, valetaille, faquins reîtres, ribauds, " crapauds volants, bourriches, bêtes, vauriens, singes, *' coquins, bélîtres, bavards, oisons, charlatans, vantards " hurleurs, carognes, gueux insolents, canaille, chena- " pans, bandits, pillards, chacals, goujats, pirates, " monstres, avortons, bâtards, égorgeurs, scélérats, " vampires, renégats, porcs, gorilles, taureaux, vipères, " assassins ! "
V^oulez-voHs de gracieuses images, du style d'homme bien élevé :
— Pied-plat ! que n'es-tu né dans ta Sparte si chère ; Bâti comme tu l'es, plein de honte, ton père T'aurait/ait disparaître au fond dd lieu becrkt.
— Sans blâmer son amour pour sa mère Cybèle, J'estime qu'il se grise à lui prendre le )>is.
— .... Nous voyons sur la scène
Ignoble et vomissant, le chœur de ces salis.
LES CAUSERIES DU DIMANCHE. ] 0!i
— Gynique, lâche, et tout fumant De nin, (Forgiieil et de viande.
— Mais pres.sé de produire, il cherche encor sa /orme ; Il ckaqdb kt ne peot pondrk. I7n sage interrogé Ijui dit : Fais ... . (un mot bas) tu seras soulagé.
Voulez- vous du style " troussé " par le premier écricain •Je son temps quant à la forme :
Le beau Finoche d'ordinaire Va sécrétant son petit lait.
Il n'a ni style ni stylet, Nature, sauf l'air pistolet.
L'a d'un esprit tout débonnaire Troussé !
Vouleii-vous de ces vers où la cliastetéde l'expression le dispute à la délicatesse de la pensée? Il n'y a nue reinl>arras du choix :
Quand je voyais la gloire ....
Comme une fille immonde aux bras des polissons.
— Le dandy préférant la crasse à la disette, Lui vend, avec son nom, les restes de Frisette. . . . Le sire est éreinté ; saiira-t-il faire souche ?
— Qui lavera le corps de la prostituée ?
— Un jour que vous trottiez, la brise Fit voir votre jambe bien prise ; Cette jambe prit un lion. . . .
— Sans mépriser à fond quelques restes d'appas, Elle maintient ses droits au rang de vierge sage : Pour le monde et pour Dieu, son âme et non corsaire. Tout est réglé comme un compas.
— . . . . Pétrarque, sans retards.
Peupla Carpentras de bâtarde.
— Pondu dans l'ombre, en débarras, Par mademoiselle sa mère. . . .
— Invite à ton lit les escrocs Et tes titis toujours plus sales . , . Va, gueuse, et prends-en à mourir, Et qu'on te voie enfin pourrir Dans tes ordures colossales I
C'est la première fois, monsieur Basile, que ce que vous appelez la ruelle de V Evénement donne asile à de pareilles ordures; et moi, le mal élevé, le libéral, Vimpiei J'ai rougi en transcrivant ces infamies qui ont pourtant été écrites et signées par le chef de votre école, il n'y a pas encore cinq ans. Cependant malgré toute ma répugnance à pécher dans un pareil bourbier, •il m'a hien fallu le faire afin de montrer au public ce qui se cache sous vos capuchons rffe faux moines. Osez maintenant parier de la Voix d'un Exilé, et dire que j'emprunte mon style au vocabulaire des poissardes !
Tenez, mon cher Basile, finissons en avec la Voix (l'un Exilé. Voulez-vous savoir toute ma pensé%? Je vous dirai avec M. Veuillot: — "J'ai écrit comme j'ai " senti ; je ne m'accuse ni ne m'excuse de l'amertume "de mes expressions," seulement j'avouerai que cette satire était beaucoup plus dirigée contre votre école hypocrite, envieuse et servile, que contre le parti purement politique qu'on appelle conservateur. Je n'ai fait aucune distinction, car vous étiez intimement liés alors. Mais aujourd'hui que ce parti vous répudie ouvertement, il gagne immensément dans mon estime ; et si j'avais à l'apprécier de nouveau, je ne manquerais pas, monsieur Basile, de faire une distinction qui ne serait pas en votre faveur, je vous l'afiirme.
Cher saint homme, doux chrétien, charitable apôtre comme vous savez bien tronquer une phrase, retrancher
LES CAUSERIES DU DIMANCHE. lOô
une ligne, falsifier une idée, pour faire croire à ceux qui ne m'ont pas lu, que j'ai sanctionné l'assassifiat politique, à propos de la mort de McGee. et que j'ai engagé le peuple à ne pas s'arrêter là! Je vais reproduire au long le passage que vous défigurez si perfidement, en soulignant ce que vous avez retranché; les lecteurs jugeront jusqu'à quel point les saints de votre acabit peuvent être considérés comme d'honnêtes gens :
Pourtant oublions tout quand le coupable tombe. . . . Que dis-Je, couvrons-nout lerront d'un double deuil : Après avoir pleuré sa vertu dans la tombe, Pleurons sur son propre cercueil !
Tu viens donc de frapper ta première victime, O peuple ! et qui peut dire où tu (arrêteras f Le CRIME /</t7 glisser sur la pente du ckiub, Ut le gouffre est béant au bas !
Arrête, peuple .' ... Et vous, tous tissez vos suaires, Aveugles oppresseurs que l'on paie à prix d' or f Quand donc cesserez-vous, imprudents beUuaires , De larder le lion qui dort ?
Hâtez-vous ! conjurez V orage populaire .'....
Cette citation est plus éloquente que tous les commentaires. Votre calomnie est-elle assez évidente, o fervent prêcheur? Un autre que vous aurait honto? monsieur Basile.
Quant à mon appréciation de Vilimtre M. McCiee, il me semble qu'elle est beaucoup ]>lus flatteuse encore (pie celle qu'en faisait Y immortel AL Cartier, lorsqu'il l'appelait chien puant (stinking dog) en plein parlement. J'ai rendu justice au talent de l'orateur. <lu poète et de l'homme d'état en disant :
Son torse était sculpté pour les grands piédestaux.
Et puis, si, devant hîi mort tragique, je n'ai pu me résoudre à jeter un voile sur sa trahison, je n'ai jamais ))orié l'irrévérence jusqu'au point d'écrire ce que votre ^I. Veuillot écrivait sui- le cercueil d'un de ses adversaires politiques :
Traître h son roi, traître à son sang,
Traître à l'honneur humain, traître à la foi clirétienne,
Moins homme qu^Ttiimal paissant,
Moins animal encor qna fumier croii/>issant,
Indigne d'avoir face humaine,
(iorgé de l'or abject d'un traître phis puissant,
J'or le diable écrasé dans la range en passant,
Ce seigneur a crevé comme une outre trop pleine.
Avalez encore celle-là, monsieur Basile ; et si cela ne suivit jjas, je suis prêt à vous en servir de ce genre (ul infiniinm. A force de vous éborgner avec les pointes que vous essayez de me lancer, vous finirez bien par ne plus voir cluii'(lu tout, et vous me laisserez ti-anquille. Kn attendant, je taperai jusqu'à ce que vous noyez aj)lati comme une punaise. J'ai fait vœu de vous y faire bonger à deux fois avant d'attaquer les autres ; et vous ven-ez si je sais tenir parole, monsieui' Basile.
l'our aujourd'hui continuons.
.le vous avais prié de medii-e, ce me semble, si nous devions voir le doigt de la providence dans les lettres anonymes que M. le cui'é de Saint-Pascal avait reçues d'un saint jiomme de votre connaissance. Au lieu de répondre à ma question, vous vous é(;riez gauchement comme le mai-mot qui s'accuse en voulant s'excuser: " Ce n'est pas moi ! ce n'est pas moi ! "
Mais qui a dit que c'était vous ? Est-ce qu'on ne peut plue parler dun saint homme, sans que vous preniez la chose pour vous maintenant? L'orgueil vous perdi-a, monsieui- Basile. C'est bien assez, croyez moi, de vous
(iôiiner pour un saint, sans vouloir monopoliser les huit l)éatitudes pour vous tout seul. Soyez plus raisonnable. Cependant votre dénégation répond indirectement à ma question, car svce n'est pas vons, il y a certainement ►du surnaturel dans cette aiî'a ire, et voici pourquoi. V\i jour vous avez i-emis une lettre à un certain*^ postillon. Le hasard. ..non la fatalité... allons donc, la providence, veux-je dire, permit que cette lettre fût- la seiih^ qui se trouvât dans la malle de Saint-Pascal. Dans cette lettre, qui n'était pas signée, M. l'ahbé Patry était traité d'apostat, de renégat, etc., — style Veuillot. Si cette lettre îie vient pas de vous, et que vous ne teniez j)as à nous faire croire à quelque gaucherie de la providence, vous avez un excellent moyen de vous justifier, monsieur Basile. Yo3-ez comme je suis accommodant : montrez-nous seulement une lettre de M. l'abbé Patry, déclarant qu'il n'a aucune preuve positive que vou.< lui ayez jamais écrit de lettres aiuuiymes, et je me réti-acte. Vous voyez que je vous accorde plus que le bénéfice du doute.
Mais vous ne pouvez obtenir cette lettre, entendezvous ; c'est là le troisième défi que je vous lance depuis le commencement de notre discussion ; et vous allez faire encore le mort comme d'habitude. Car il faut noter que vous avez abandonné depuis quelque temps la tactique des chasses-croisés ; vous faites le mort. Mais c'est bien inutile, allez ; ce moyen-là ne vous réussira pas plus que l'autre. On connaît son Basile.
Quant aux faux billets de banque, j'ai dit qu'ils avaient été mis en circulation par vos agents électoraux ; quand vous aurez nié le fait sans échappatoiie, je prouverai.
Passons à une autre dénégation. 11 est heui-eiix que vous ayez compris que vous commettiez une pyramidale naïveté, en niant emphatiquement avoir
108 LBS CAUSJ5RIES DU DIMANCHE.
Jamais aec-usé M. Pelletiei' d'avoir démoli la colonne Vendôme et fusillé Mgr Darboy, en 1867 I Aussi vous ne vous attachez pins maintenant qu'aux autres membres de la phrase; c'est-à-dire que vous niez avoir appelé M. Pelletier commissaire de Satan, et vous être comparé à Mgr AftVe. Mais vous êtes encoi'e plus Basile que je ne croyais, ou bien vous êtes comme ces grands coupables qui ne voient que des accusateurs partout, qui tremblent au bruit des l'euilles, et qu'un regard scrutateur déconcerte. Ce n'est pas ma faute si vous ne comprenez pas le français, mon cher monsieur Basile. Personne n'ignore, ])ar exemple, ce que j'ai voulu dire en parlant de " la viande le vendredi," de la "contrebande du vin de jnesse," et de " l'idjdle de la Gatineau." Je n'irai pas ennuyer le public en vous donnant d'interminables explications pour vous seul. La moindi'e chose, ce me semble, qu'on puisse exiger d'un adversaire, c'est au moins assez d'intelligence pour comprendre ce que parler veut dii-e. Il y a longtemps qu'un auti-e moins patient que moi, vous aurait dit ce que M. de Tallej'ratul disait un jour à quelqu'un qui ne voulait rien comprendre : " Vous êtes un imbécile, comprenez-vous ? "
A Dieu ne plaise que j'aie cette opinion-là de vous cependant, monsieur Basile; car, bien que vous ne saisissiez ])as toujours très facilement ce qu'on vous donne à entendre, vous avez d'autres facultés qui compensent amplement: celle de faire des distinctions subtiles, par exemple. En voici une qui mérite certainement toute notre attention : Les libéraux canadiens, dites-vous, sont des ennemis de la religion et de la société, c'est entejidu ; mais il ne faut pas les confondre avec les simples oppositi.onistes qui, eux, peuvent être de fort bons sujets. Voilà qui est bon à
LES CAUSERIES niT DIMANOfîE. l(lî>
fonstatei-, et (iui m'explique bien des choses. Je vois maintenant que c'est en vertu de cette lieureusc distinction que tous les transfuges politiques qui se sont ralliés à M. Cartier, de brigands infâmes qu'ils étaient, sont tombés tout à cou]> en odeur de sainteté. Ainsi CTCorge Brown, D'Ai'cy McGee, P. G. Huot, A. Tourangeau, J. G. Blanchet, J. P. Rhéaume, etc., n'ont jamais été libéraux ; c'était par erreur qu'ils s'appelaient ainsi eux-mêmes. Ils n'étaient qn'oppositionistes ; ce qui n'est pas du tout la même chose... O .Basile, cheimonsieur Basile, charmant monsieur Basile, vous êtes " le plus beau Jour de ma vie". ..Seulement j'aimerais, — et beaucoup d'autres aussi, sans doute,— connaître, parmi nos députés, par exemple, ceux que l'on doit considérer comme des libéraux, c'est-à-dire des impies, et ceux qui ne sont qn' oppositionistes. Faites-nous donc une petite liste à cet eti'et, monsieur Basile. Cela simplifierait liien des choses, vous compi-enez ; et puis c'est important, puisqu'il s'agit du salut de nos âmes.
Parions que vous allez faire le mort là-dessus aussi !
J'aurais beaucoup d'autres choses à vous dire, monsieur Basile ; mais conime ma lettre est déjà longue, je garde cela pour vos étrennes.
En terminant, permettez-moi de vous demander si vous avez médité assez longtemps sur les paroles de l>almès que je vous ai citées il y a déjà trois semaines, et dans lesquelles le grand philoso])he disait qu'on faisait tort au catholicisme en l'identifiant avec une cause politicjue quelconijue. Il me semble que je vous avais demandé votre avis là-<lessus, monsieur Basile.
J'attends.
Votre serviteur,
Louis Frécuettb.
Nouveau-Monde, 27 déc. 1871.
M. Fréchette devient perplexe. 11 do sait plus exacleinent s'il doit continuer de m'injurier et d'inventer des histoii-es absurdes, ou s'il ne doit pas plutôt clore la discussion par des coups de bâton.
•' Si la mesure devenait comble, dit-il, je pourrais bien '' trouver quelque joui' sous ma main, l'instrument que " tout gentilhomme a à sa disposition l'orsqu'il s'agit dt- " châtier un manant."
Je crois sincèrement qu'il s'en tirerait mieux avec le l)iiton qu'avec la plume ; et t-'il avait dans la main un l)âton aussi long que plusieurs de ses mots favoris, je tremblerais même à la distance où je me trouve. Api'ès avoir manié pendant trois ans le fouet sucré, et l'avoir usé sui- les épaules de nos ministres et du clergé, il doit être en effet très-fort dans l'art de la bastonnade.
il y a néanmoins trois raisons qui me rassurent.
lo. Il pose en principe que tout yerdilhomme a à s<i ih'sposition cet instrument, mais il ajoute en ce qui le concerne qu'il pourrait bien le trouver quelque jour sous sa main. On voit donc qu'il ne l'a pas à 6a disposition; il pourrait seulement le trouver quelque jour, mais il n'eii est pas sûr. Il pourrait aussi ne ])as le trouver, et aloi's... que deviendra le gentilhomme. Un gentilhomme (jui n'a pas un bâton à sa disposition, est-ce un gentilhomme? — Et pourtant sa phrase semble avoiiété écrite plutôt avec un bâton qu'avec une plume.
Enfin! j'ai la chance qu'il n'en puisse trouver; mais s'il en trouve, je suis victime de V Ananké !
2o. Sailli Fi-ançois de Sales, saint Jean-Chiysostôme, Mgr Maret, l'évêque du Bellai, dont M. Fréchette admire tant la douceur et la modération, viendront à
mon secours. Il sait pai" cœur tous leurs écrits (il l'a bien prouvé 1) et quand il lèvera le bâton sur moi, il se rappellera saint François de Sales qu'il nie citait l'autre jour: " point de sévérité ; reprenez toujours en toute sorte de patience," et le bâton lui tombera des mains.
3o. Il aui-a pitié de moi !
Lisez vous-même, si vous en doutez :
" Mon cher monsieur Basile, si vos instincts n'étaieiit " pas si mauvais, vous me feriez pitié, et j'abandoii- " nerais la discussion pai* un sentiment d'humanité.
" J'ai vu un jour, sur une grande route de la Loui- " siane un serpent que la hache d'un passant indigné " avait coupé par morceaux. Chaque tronçon mutilé " se tordait convulsivement ; sa gueule jetait une bave " sanglante, son dard impuissant s'agitait encore, et sa " dent venimeuse mordait la poussière du clj^min. Eh " bien, parole d'honneur, tout serpent qu'il était je le "plaignais presque; et c'est à peu près le sentiment "que je viens d'éprouver en lisant votre dernier " article."
Admirons en même temps la bonté de ce cœur et la beauté de ce style.
.Tai vu un jour, (comme c'est dramatique et solennel !) sur tine grande route de la Louisiane (pourquoi une gratide route?) un serpent (cojument! il y a des serpents aux Ktats-Unis, et ils se promènent sur les grandes routes !) que la hache d'un passant indigné avait coujyé par morceaux. Tableau ! on voit la hache, lo ^)assant et les morceaux ! Le passant est indign<\ Pourquoi ? L'histoire ne le dit pas, mais il est certain qu'il était indigné; sans cela, eut-il coupé le serpent? \\i surtout, eut- il eu la cruauté de le couper par morceaux ? Chaque tronçon mutilé (y a-t-il des tronçons qui ne sont pas mutilés ? Le lecteur décidera ; mais M.
Fréelielte altirmc <|ue ceux qu'il a vus sur la grande route de la Louisiane étaient mutilés. Je ne puis pas le contredire; je n'y suis pas allé) se tordait convulsicemeut ; (c'est affreux, ces tronçons qui se tordent... niais qui se t<:)rdent conviûsi.vement !) Sa gueiOe jetait une bave i^anylante. (Si elle jetait ça loin, ça d^ vait être horrible !) Son dard impuissant s'ugitait encore (encore !) >'t sa dent venimeuse mordait la poussière du chemin. (L'imbécile de mordre ainsi la poussière des grandes routes; ce sei-pent devait être encore plus indigné qxw: le passant. Il y a une obscurité dans tonte cette phrase, on croirait que chaque tronçon avait sa gneule, sou dard et sa dent !)
Je continue la citation :
Eh bien, parole d'honneur, tout serpent quil était, je le plaignais presque f La belle âme! il le plaignait />/-('s^;/(, tout sei'pent qu'il était, et de peur qu'on en doute, il eu donne sa parole d'honneur! Mais le mot presque me taquine; il ne le jilaignait donc pas tout-à-fait. JJans (luclle ])ropoi'tion le plaignait-il? Le poète aurait dû Odairer ce recoin ol)scur de son sentiment, et nous expliquer ce qu'il entend par plaindre presque. Pour moi qui connais toute la mansuétude du ))oéle, je crois qu'il le ])laignait entièrement, et qu'il n'a pas osé le dire ; ce diable de Basile était capable de le soupçonner de j'ai blesse j)Our le serpent !
Et c'est à peu près le sentiment que je ciens d'éproucer m lisant votre dernier article. A peu près \ Encore une obscurité. Il n'a pas éprouvé en me lisant tout-à-fait le même sentiment qu'en contemplant le serpent, tout serpent qu'il était, mais c'est à peu près ce sentiment-là. Maintenant, comment s'appelle ce sentiment qui est à peu près une /presque comjxissionf A ceux qui ont fait
(le profondes études psychologiques de me répondre. Moi, j'y perds mon laiin.
Cependant, je persiste à croire qu'il y a un fond de ])itié dans cet à peu près de presque-compassion, et sans en ])Ouvoir déterminer la proportion, j'espère qu'il y en a assez pour adoucir au moins les coups de bâton. Voilà mes trois raisons d'être i-assui'é à Tendi-oit du bâton, et le lecteur avouera qu'elles ne sont pas sans mérite.
Les citations que je viens de faire sont tout ce que contient l'article de M. Fréchette, à part les extraits (ju'il a faits d'un grand nombre de théologiens.
Quel savant que ce poète ! c'est un vrai puits de science. Les ouvrages de tous les théologiens lui sont familiers, et je le soupçonne d'en savoir par cœur le jilus grand nombre. Bellarmin, Suarez, Concinat, Jîilluart, Busenbaum, Gotti, Mariana 8oto, Ledesma, Covarruvias sont ses amis intimes ; il ne fait rien sans eux et V Evénement en gémit sous le fardeau, faute d'habitude.
Vous i-iez ? Mais c'est positif, tous ces grands théologiens sont là, rangés en bon ordre au-dessus du *' crime d'Orcival," et M. Fréchette a la v'anité de ci'oii-e qu'il fait au milieu d'eux très-bonne ligure. Hélas ! Hélas !
Il faudrait pourtant, M. Fréchette, économiser un juMi sur les théologiens ; si non, vous tinirez par conijintiéiettre gravement celui qui vous fournit toutes ce» citations.
Mais à quel propos, me dira-t-on, M. Fréchette peut-il citer tous ces auteurs? c'est difficile à dire, mais je m'en doute. Quand M. Frécheti« est réduit à quia, il a une ressource dont il use largement. 11 me fait dire de» choses auxquelles je n'ai jamais pensé, et il me refuto. Il prend alors ses ciseaux et il actumiile les citatioB48
pour prouver des vérités de LaPalisse. C'est ainsi qu'il a invoqué nn grand nombre d'autorités pour i.me prouver, il y a quelque temps, que la charité chrétienne ordonne d'être charitable.
Aujourd'hui, il s'agit des formes du gouvernement. Il me fait dire: " que le mot i-épublique est synonyme d'hérésie, et que le système monarchique est la seule forme de gouvernement autorisée par l'Eglise." Tout le monde sait que je n"ai jamais dit cela, et M. Fz-échette le sait mieux que personne.
Mais il affirme emphatiquement la chose et il s'écrie toujours dans son style de restaurant : vous allez avaler la coupe jusqu'à la lie ! Il avait dit quelques lignes auparavant: cela vaut son pesant de sucre d'orge. Il se croit toujours au restaurant et voudrait absolument nous faire avaler quelque chose.
C'est donc pour prouver qu'un gouvernement peut être catholique sans être monarchique, que M. Fréchette a entassé sur ma tête, comme pour m'écraser toutes les grandes autorités que j'ai nommées. C'est à peine croyable, n'est-ce pas ? et si LaPalisse vivait encore, il féliciterait M. Fréchette d'avoir démontré cela.
Allons M. Fréchette, ce n'est pas cela qu'il faut prouver. Tout le monde admet que les formes de gouvernement sont du droit des gens et non du droit naturel, et que l'une ou l'autre peut être adoptée sutv^ant les circonstances particulières de chaque peuple. Donnez à la France, si vous le pouvez, une république catholique, et je la préférerai à la monarchie de Louis Philippe, et à l'empire défunt.
Mais il ne s'agit pas de cela, et c'est en vain que vous tentez de m'entraîner sur un terrain où vous m'échapperiez par la tangente. Il s'agit de vous et
non pas de Bellarmin ou Suarez. C'est vous que j'ai accusé, et non pas Mariana ou Covarruvias.
Je vous ai accusé d'avoir diftamé nos hommes publies dans un style de charretier. Ne l'ai-je pas suffisamment ] trouvé ?
Je vous ai accusé d'avoir méprisé nos institutions. N'ai-je pas établi que vous avez dit tout le mai possible des institutions monarchiques, qui sont les notices, et de lîi confédération qui est notre forme actuelle de gouvernement ?
J'ai dit que vous glissiez sur la pente de l'iri-éligion. N*ai-je pas démontré que vous avez injui-ié tout notre clei'gé, excité le peuple à la révolte contre les autorités légitimes, justifié l'assassinat politique, et que vous appartenez à l'école libérale condamnée par Pie IX ?
J'ai dit que vous aviez lâchement aliandonné votre ]j:iys pour le mieux diffamer. N'est-ce pas exacte, et ne l'avez-YOUs pas admis vous-même dans la Voix d'un Exile, quand vous avez dit aux Ubéî'auxdti Canada :
J'ai déserté l'arène
La noble arène où vous luttez ; Avant la fin du jour, j'ai quitté la bataille Troubadour indolent je n'étais pas de taille A tenir ferme à vos côtés.
Jnstiriez vous 31. Fréchette, et c'est pour cela qu'il f.-itulrait invoquer tous ces grands noms que votre aci&eur ihéologique connaît si bien.
Prouvez-nous pai- Bellarmin ou Billuart que le stigmate déshonore moùis une tête que le bandeau royal, et ([ue pour trouver un roi digne du peuple canadien il faut jilonger dans les sales bourbiers de la truanderie
Prouvez-nous par Busenbaum ou Ledesma ou Covarruvias, que joour marcher à pas géants vers le progrès divin il faut qu'il n'y ait ni rois ventrus, ni noblesses nées.
Prouvez-nous que la confédéi-alion est une horreur, une œuvre immonde accomplie par des brigands et qu'en l'acceptant le clergé a mis le comble à ce scandale obscène.
Prouvez-nous par tous vos théologiens, qu'il est permis d'exciter le peuple à la révolte, sans cause légitime, et de lui mettre en mains '•' dans sa juste colère un poignard pour venger ses droits. "
Quand vous nous aurez prouvé tout cela, je vous permettrai de vous vanter d'avoir diné à /a mme fa6/^ que votre archevêque, en V honneur de V Immaculée Conceplion (sic) ! L' Immaculée Conception honorée de voir M. Fréchette diner à la même table qne notre ai-chevêque.
Quel langage ! Quelle mauvaise éducation ! et quelle fatuité !
- Puisque vous êtes en train de parler de vos succès, parlez-nous donc, M. Fréchette, de cette soirée à l'université-Laval, où votre Voix d'un Exilé a été sifflée jiar des jeunes gens de cœur et de courage, pour l'honneur de cette institution. Si vous refusez de nous i-aconter cela, je serai obligé de le faire pour vous.
A. B. RoUTHIER.
Nouveau- Monde, .5 jan. 1872.
Le poëte-gentilhomme a repris la plume, faute de pouvoir trouver un bâton. C'est toujours cela de gagné ; la bastonnade est ajournée. Mais ce n'est pas la volonté qui manque, c'est rinstrument. " Je taperai, ditil, jusqu'à ce que vous soyez aplati comme une punaise." On voit qu'il croit tenir un bâton et non pas une plume. Il était né sergent-de-ville.
Il serait vraiment intéressant de reproduire ses écrits en entier, et pour moi, c'est une jouissance qui n'est pas mince de les sasser et ressasser, comme il dit. Je veux en citer quelques phrases pour l'agrément du lecteur, et pour lui donner une idée du genre.
'' Mon cher Basile, vous pleurnichez, vous faites la " lippe, vous vous tournez de tout côté pour chercher " des sympathies ; et lorsque vous n'apercevez autour " de vous que des sourires sarcastiques et moqueurs, " vous vous écriez du ton que prennent les moutards " quand ils vous menacent de le dire à maman : M.
" Fréchette n'est pas le seul à m'en vouloir" Cela
•'vous scie, vous indigne, vous surmonte Voyon»,
" M. Basile, calmez-vous notre polémique vous a
•' tellement bouleversé le cerveau que vous ne savez
" plus du tout ce que vous dites Vous avez un tic
" douloureux, M. Basile. Ce tic tient même du rhuma-
'' tisme, il change de place c'est plus qu'un tic, c'est
'' une manie. "
Après une citation de Louis Veuillot: —
"Avalez encore celle-là, M. Basile A force de
" vous éborgner avec les pointes que vous essayez de " me lancer, vous finirez bien par ne plus voir clair du
" tout, et vous me. laisserez tranquille Vous êtes
" encore plus Basile que je ne croyais Ce n'est pas
" ma faute, si vous ne comprenez pas le français, M.
*' Basile la moindre chose, c'est de conaprendre ce
•'que parler veut dire Vous êtes un imbécile,
" comprenez-vous ? "
Après avoir tronqué de la manière la plus malhonnête
un grand nombre do vers de Louis Veuillot, il dit
encore : — " Malgré toute ma répugnance à pécher dans
" un pareil bourbier, il m'a bien fallu le faire afin de
'* montrer au public ce qui se cache sous vos capuchons " de faux moines. "
Tel est le genre de M. Fréchette, et tel est son style. C'est avec ce grossier verbiage qu'il remplit les colonnes de rEvénement, et chacune de ses lettres n'est qu'une nouvelle édition des précédentes vantardises, forfanteries, calomnies, mensonges, le tout écrit dans un style aussi injurieux pour la littérature que pour moimême, voilà ses lettres. Avec cela, toujours des airs de Jupiter Olympien administrant un coup de foudre à ce pauvre McGee, des coups de fouet sacré à nos ministres, et des coups de bâton, quand il en trouve, aux manants qui se moquent de lui.
Ce pauvre Pégase! Il se grise de haîne, et quand il n'a plus rien à me dire, il crie: — Basile, Basile, Basile. Cela le soulage. Quel symptôme frappant de la Basiliophobie ! Il faut que ce nom-là lui ait fait bien du mal.
Ce qui l'irrite particulièrement c'est ma persistance à parler de la Voix d'un Exilé. C'est cela qu'il appelle un tic, une manie, et il me supplie d'en finir : " tenez, " mon Cher M. Basile, finissons-en avec la Voix d'xin " Exilé. "
Je veux bien en finir avec cette poésie, si M. Fréchette veut la répudier. Il y viendra plus tard, car s'il ne le fait jamais, ces vers ignobles seront toujours une arme terrible dans la main de ses adversaires. Il admet dans sa sixième lettre que c'est mauvais genre. Il faudrait faire an pas de plus et condamner le fond encore plus sévèrement que la forme.
Mais M. Fi'échette s'eftbrce encore de se justifier, et il m'accuse même de l'avoir calomnié en disant que la Voix d'un Exilé est un appel à la révolution et une justification de Vnssassinat politique. Ce sont mes expressions et je ne les retire pas. Pour moi, il m'est impossible
d'inteTprêtei' autrement ces vers et le lecteur impartial qui les pèsera avec Roin y trouvera le même sens que moi. Autrement que veulent donc dire ee fils de chenier qui dreste une oriflamme, où le mot liberté s'écrit avec du sang, et cet escadron de hardis-sans-culottes, et cette liberté dont le pied d'airain se pose sur un cadavre terrassé, et cet appel aux armes : debout, peuple, debout ! etc. Que veut donc dire toute cette sti-ophe : —
Traîtres, ils sont comptés les jours de votre empire I Car l'esprit du Seigneur sur tout ce qui respire Semble souffler le vent des révolutions. C'est l'heure des tyrans et c'est l'heure des braves L'heure des rétributions !
Et quand McGee est victime du plus abominable assassinat, pourquoi donc appeler cela le premier coup de foudre f Pourquoi dire que le peuple a frappé sa première victime, et que ses complices émus se sont regardés en tremblant? Pourquoi proclamer Juste la colère de ce peuple, et menacer les oppresseurs d'un sort terrible f
Parce que M. Fréchette a ajouté ces deux mots : arrête, peuple f il se proclame innocent. Mais il faut considérer que ces deux mots sont en contradiction avec ce qui précède, et avec ce qui suit. Il ne faut pas )>ublier non plus, que lorsqu'il arrête ainsi son peuple, l'assassinat est commis et ]a première victime est tombée.
On voit donc que je n'ai pas changé le sens, ni travesti l'idée. Tronquer, c'est retrancher d'un écrit ce qui en peut changer la signification. Si les mois retranchés n'affectent pas la portée de l'écrit, il n'y a rien à dire. En ne citant pas en entier les vei-s de M. Féehette. je n'ai pas dénaturé sa pensée, ou bien il a pensé autrement qu'il n'a écrit. Le lecteur en jugera lui-même en lisant, non pas ce que M. Fréchette à" luimême cité, mais toute la pièce.
On sait que M. Fréchette incapable de rien trouver de condamnable dans mes écrits, a cherché dans ma vie privée s'il n'y aurait pas quelque crime à me reprocher. II a mis à ma charge tout ce qu'ont fait, et tout ce que n'ont pas fait ceux qu'il a appelés mon école, et il a finalement abandonné à peu près toutes ses accusations moins une, celle de la lettre anonyme à M. Patry.
Sommé deux fois de prouver, voici la preuve qu'il a produite :
" Un jour dit-il, vous avez remis une lettre à un "certain postillon; or ce jour-là, il n'y avait qu'une " lettre dans la malle de Saint-Pascal et elle était pour M. " Patry; donc &c. "
Ergo voilà pourquoi votre fille est muette.
Ainsi, je remets une lettre au postillon qui la dépose au bureau de poste de Kamouraska. Pour qui et pour quelle paroisse était cette lettre ? — Elle pouvait être pour Kamouraska même ou pour toute autre paroisse du Canada. Elle pouvait être pour les Etats-Unis ou pour l'Europe. De ce qu'il n'y avait qu'une lettre pour Saint- Pascal, il est absurde de conclure que c'est celle-là que j'ai remise au postillon.
M. Fréchette comprend parfaitement que ce n'est pas une preuve ; aussi rejette il sur moi l'onus probandi. " Montrez-nous, dit-il, une lettre du Eev. M. Patrj^, " déclarant qu'il n'a aucune preuve positive que vous " lui ayez jamais écrit de lettres anonymes et je me " rétracte. "
Ainsi raisonne M. Fréchette. Ce n'est pas à lui de prouver son accusation, c'est à moi d'établir que je n'ai pas écrit de lettres anonymes à M. Patry. On comprend toute l'absurdité de ce système. Je suppose que j'accuse M. Fréchette d'avoir volé des vers à Victor Hugo, et qu'il me somme de prouver. Je lui réponds :
Monsieur, produisez une lettre de Victor llugo Jéclarant que ce n'est pas vrai, et je me rétracte.
Ce genre de preuve explique pourquoi M. Fréchetle, avocat, n'a pas de clientèle.
Mais je veux en finir avec cette misèi'e que M. Fréchette a cru intéressante pour le public, et qui doit l'ennuj^er. lo La lettre de M. Patry que M. Fréchette demande, je l'ai en mains et je suis prêt à la communiquer soit à lui-même, soit à une autre personne qu'il nommera. Cette lettre m'exonère complètement, et dit beaucoup plus que M. Fréchette n'exige. 2o Nonseulement M. Patry na aucune preuve positive, comme dit M. Fréchtte, de ma culpabilité ; mais il a en mains la preuve que je ne lui ai jamais écrit de lettres anonymes» entendez-vous M. Fréchette? Il a mon affidavit déclarant que je ne lui ai jamais écrit ni fait parvenir «l'aucune manière, semblable lettre et que j'ignore complètement qui lui a écrit et fait tenir la lettre anonyme qu'il a reçue en 1867. 11 a deux autres afiidavits attestant de plus, que cette lettre n'a jamais été écrite, ni envoyée au Rev. M. Patry par aucune personne de ma maison. J'autorise M. Patry à vous communiquer ces afiidavits si vous voulez les voir.
Quant à livrer tout cela au public, je m'y refuse par respect pour moi-même et pour les autres personnes «}ui s'}' ti'ouvent concernées..
Tout ce qui précède est exacte ; je le déclare sur l'honneur, et M. Fréchette peut s'en assurer par luimême. S'il n'est pas satisfait, mes lecteurs le seront et s'il ne se rétracte pas, le public saura ce qu'il faut penser de ces paragons d'honneur et de loyautt'^.
Pour moi, je suis assez humilié déjà d'être obligé d«' repousser d'aussi misérables attaques.
Toup)urs Hdôle au procédé qui voudrait me rejidrc responsable de toutes les fautes de l'école catholique, M Fréchctte met à ma charge les mauvais vers de Louis Veuillot, et les ^laroles dures qui lui oDt échappé souvent, particulièrement dans les satires et dans les r.ouleuvres. Ceux qui ont lu mes Causeries du dimanche ont dû remarquer que je n'y ai pas pai-lé de ces deux ouvrages dans mes articles sur Veuillot. C'est qu'en ottet je les considère comme bien inférieurs uux ouvrages en prose du grand écrivain, quoiqu'ils contiennent encore des pages magnifiques. Mais les citations que M. PVéchetteen a extraites sont d'une malhonnêteté iîiqualifiable. Malheureusement je n'ai pas le temps ni l'espace nécessaires pour les i-eprendre toutes et les présenter sous leur vrai jour. Je veux cependant en j-elever quelques unes.
M. Fréchette cite comme horribles les mots suivants:— " peuple en train de pourrir— mordre des " fanges— chant de la peste et de la pourriture -ce que "dit l'ulcère sur les corps dévorés— pain des anges " vomi des chiens."
Louis Veuillot se sert en effet de ces mots, mais il faudrait dire comment et à quel propos. Il parle des poètes et des journaux qui déshonorent aujourd'hui sa patrie, qui nient Dieu et combattent l'Eglise; et v«mlant qualifier cette poésie et ce journalisme, sans nommer personne, il parle des pDujes sans nom qti'ils mordent et il dit au lecteur : —
Ouvre ces livres où s'étalent I<e8 pestes qui nous font mourrif Tu sauras quels parfums exhalent Les peuples en train de pourrir.
Kfi parlant du journalisme bandit :
Ecoutez un instant ces horreurs, vous saurez
Ce que l'ulcère dit sur les corps dévorés
C'est le chant de la peste et de la pourriture.
M. Fréchette si délicat dans l'expression, ne trouve pas cela de son goiài. Moi Je trouve cela beau et trèsvrai. La bible a de ces expressions.
Le pain des anges vomi des chiens est imité d'un il ymne de l'Eglise, pams anyelorum non mittendus canibus.
Les épithètes que M. Fréchette cite comme adressées, par Low's Vewllot à ses adversaires, ne s'adressent pas a des individus mais à des types, à des caractères, à des êtres imaginaires enfin, qui ne sont pas nommés. Pour n'en donner qu'un exemple qui mettra a nu le honteux procédé de M. Fréchette, citons l'épithète de «^rapaiids-volants. Voulez-vons savoir comment Veuillot l'adresse à ses adversaires ? Il raconte une fable, et il fait parler et agir le crapaud-volant, comme Lafontainc faisait agir et parler les boucs, les loups, les ânes, etc., et quand il vient à la morale, il dit qu'il en connait dix de ces jiersonnages auxquels on applaudit, et qui ne sont que des crapauds-colants.
Ma lettre est déjà longue, il me faut couper court. Pourtant je veux dire encore que les vers de Louis V^euillot adressés à Paris et qui ont si fort scandalisé M. Fréchette, ne sont à peu près qu'une traduction de ces paroles du prophète P^zéchiel à Jérusalem : — " dedisti mercedes cunctis amatoribus tuii, ut intrarenr ad te ubique ad fornicandum tecum... et multiplicasti fornicationem : et nec sic saliata es !
A. B. IvOlTHIKR.
• Evénement, 9 jîin. 1872.
Mon cher monsieur Basile,
Comme vous vous en êtes aperçu vous-même, votre pamphlet n'est plus qu'une question secondaire dans notre polémique. Il n'est plus qu'un prétexte pour quelque chose de plus sérieux. Oui, monsieur Basile, de très-sérieux même; et la preuve, c'est que, non seulement vous hurlez de douleur sous les morsures du ridicule que j'ai mis à vos trousses, mais que vous trépignez de dépit en voyant s'écrouler, comme un château de cartes, tout l'échafaudage de tartuferies que vous élevez si laborieusement depuis que vous êtes à Kamouraska.
Ce n'est pas pour le simple plaisir de faire rire à vos dépens que je reprends la plume, après les quelques jours de répit que je vous ai laissés, monsieur Basile. Oh ! non, c'est pour vous tenir un peu plus longtemps démasqué devant le public. Quand on aura bien vu votre tête de Janus ; quand on saura ce que vous êtes? monsieur Basile ; vos calomnies et vos dévotions seront considérées pour ce qu'elles valent, et j'aurai fait une bonne œuvre :
" Ne refusez pas de rire, si le sujet le comporte, dit "Tertulicn. Il y a des choses dignes de risée sous leur " gravité feinte ; le rire lea empêche d'usurper le respect."
Vous, voyez qu'il y avait des Basiles même du temps de Tortulien.
Le Kire des hommes a son bon côté, je le répète ; et il faudra bien que vous en passiez par là, quand vous saurez que votre M. Veuillot lui-même a écrit quelque j)art que " le sifflet n'est pas seulement une attaque permise, mais la plus légitime des représailles."
Va à ce propos, je me peiTuettrai de m 'étonner, nionjsieur Basile, de ce que vous anathématisiez autant Molière et Lafontaine, ,^andis que M. Veuillot, lui, Icf Jiomme des Français par excellence. Décidément il 3" en a un de vous deux qui n'est pas infaillible !
Vous devriez lire Veuillot, mon!>ieur Basile; cela vous serait presque aussi utile que de lire la vie «le Washington. Car enfin, pour deux hommes qui pailent toujours au nom de la pi-ovidence. vous admettrez qu'il n'est pas absolument habile <le vous contredire ainsi mutuellement. Autrement, vovez à quoi vous v()u> exposez. Il j a quelques années seulement, le phts gran<l frrivain des temps modernes, quant à la forme, a publié un volume de satires. Or, comme M. Veuillot est tout ce vju'il y a de plus parfait, il s'ensuit que la satire ne ]ieut être qu'une excellente chose. Et con.me, dans la préface de ce volume, Molière et Lafontaine sont appelés nos incompar'tbhs satiristes, il s'ensuit encorr (jue. lorsque vous accusez le rire grivois de iroliore et do Tiafontaine d'avoir attiré les châtiments de Dieu sur la France, vous vous montrez le plus Basile de tous les Basiles; et cela d'api-ès le jugement sans appel de M. Veuillot lui même, '■ ce gi-and interprète de la vérité."
Ce qui prouve que M. Veuillot, malgré ses incroyables déblatérations contre le télégraphe et le |)ei-ccment du mont Céiiis, est quelquefoi.-* de l'opinion des autres hommes sur certaines choses.
Toujours à propos du Rire des hommes, vous dites que je persiste à admirer " Teresa " et la " Belle-Hélène. " D'abord, comme le fameux singe qui confondait le Pirée avec un nom d'homme, vous semblez prendre i<i la Belle Hélène pour une personne, ou bien vous transformez Teresa en opéra- bouffe. Cette pauvre chanteuse de cafés-concerts ne s'attendait probablement
]2<) LES CA[IsERIE8 IHI DIMANCHE,
•ijuôi'e à pareille opération. Vous allez vous excuser eu disant qu'un saint homme comme vous ne connaît pas ces choses-là. Et moi, je vousyiirai, monsieur Basile, que la sainteté n'exclut pas le bon sens, et qu'un homm-a (le bon sens ne ])ai'le jamais de choses auxquelles il n'entend rien, pas plus à propos de musique, quà propos de la coupole du capitole américain. Ceux qui ont pris la peine de vous lire, se rappellent les liourdes colossales que vous avez écrites sur ce dernier sujet, et qui nous ont presque autant amusés que votre fameux chapitre sur la politique d'Adam. Quant à ce qui est de mon admiration pour Teres't et la Belle- Hélène, elle se réduit à bien peu de chose, puisque je n'ai jamais entendu la chanteuse, et que j'ai entièrement oublié l'opéra, à part cette jolie charge contre les Basiles du temps de Ménélas, qui se disaient en rapport direct avec Jupitei", et prétendaient avoir le monopole de ses foudres. '**'
Mais passons à autre chose. Vous dites, monsieur Basile: "il est inexacte de dire que *S''' Grâce Si\ivh\\ refusé son approbation à mes causeries si je l'avais demandée. '"
(3ui, cela est inexact en ettét, car vous l'avez demandée cette appiobation, et vous n'avez pu l'obtenir
Cela est plus précis, n'est-ce pas ?
Vous dites encoi'c : "J'ai obtenu rapj)rol)ation des évèques du diocèse où j'ai publié." C'est à mon tour monsieur Basile, de trouver votre assertion entachée d'une légère inexactitude. Car, si je me souviens bien, vous avez d'abord publié à Québec, et ce que vous avc^z fait à Montréal, n'est qu'une réédition. )/
Vous prétendez ignorer ce qui a pu se passer entre Mgr l'ai-chevêque et le P. Monnot, au sujet de la croisade spirituelle. Voilà quelque chose que vous n'aftir-
LES CAU;>ERIEs DU DIMANCHE. 12T
iiieriez pas sous serment, monsieur Basile,; non pus ])arcc que le scrupule vous étouffe, mais parce que vous êtes trop soigneux de vos petits intérêts. O'cnlieurs, dans le cas même où l'on vous aurait caché que le P. Monnot n'avait la permission de prêcher son œuvre que Jusqu'à la Toussaint, quand vous le voyiez abandonner la chaii'e et recourir à la conférence, pour un homme qui a le don de découvrir le doigt de la providence dan.s toutes les affaires d'ici-bas, il était facile de voir là au moins celui de l'autorité. Mais cette autorité vous déplaît, monsieur Basile; elle n'est pas assez intolérante pour votre goût, et c'est pour cela que vous ne manquez jamais l'oôcasion de lui donner le coup de pied, le tout ad major em Dei gloriam.
Le fait est, monsieur Basile, que si l'on ne savait pas par expérience c« dont vous êtes capable, on aurait peine à s'imaginer jusqu'où l'astuce, la malice, l'envie et l'hypocrisie peuvent pousser une certaine classe d'hoïnmes, quand l'ambition les tourmente. Il n'y a lien qu'ils ne fassent. L'honneur, l'estime de soi, la droiture, le patriotisme, l'amitié même, rien ne leur est sacré. La religioiir ils s'en font un manteau pour cacher leurs vices, un marchepied pour monter aux charges publiques ; ce qui ne les empêche pas Ao la souffleter sans vergogne en petit comité. Le prêtre ? ils le flattent pour s'en faire un instrument, et quand ils n'y peuvent parvenir, ils le déchirent impito^-abloment. O pharisiens, ô vendeurs du temple, ô cafards intrigants, comme je me sens bien lorsque je vous ai au bout de ma verge !
Il est bien triste, monsieur Basile, qu'en plein dixneuvième siècle, et dans un pays qui jouit depuis longtemps d'un gouvernement constitutionnel, on en soit encore réduit à revendiquer le droit d'être catho-
liiliic, 8aris être oblig»'' de s'inelinei' devant le despoti.snic de M. Cai-tier ou rincurie de M. Chauveaii ! Et pourtant voilà l^iîut le sujet de notre discussion.
Mais dites moi donc, Basile <le mon cœur, notre gouvernement est-il responsable, oui ou non? S'il est responsable, j'ai donc le droit de le désapprouver et dv le dénoncer au peuple ! Est-ce faire de la révolution cela? Il n'y a qu'un Basile qui puisse le prétendre.
Que disaient les Basiles de la division électorale de Lévis aux dernières élections ? " M. Fréchette est contre le gouvernement; oi", comme il est de foi qu'on doit se soumetti-e au gouvernement établi ; M. Fréehettc n'est donc pas catholique, c'est ^donc un révolutionnaire ! " Et les commentaires d'aller leur train. On a vu des hommes dont je caractère particulier devait nous laii-e espérer plus de charité et de mansuétude, descendre jusqu'à la calomnie la plus infâme, et aller de maison en maison affirmer que j'avais abandonné ma religion, et que je m'étais fait, pendant deu.x; ans, aux Etats-Unis, le vicaire d'un prêtre apostat.
Et si j'avais été l:i seule victime de cette indigue persécution, passe encore ; une hirondelle ne fait pas le ])iintemps, comme dit M. Chauveau. Mais on a e»nployé la même tactique dans toutes les divisions électorales de la province où il y avait un candidar opposé au ministère. Qu'avait-on à dire contre M. le pi'ofesseur Langelier, par exemple? N'était-il pas inattaquable sous tous les rapports ^ Son honorabilité et ses ju'incipes religieux n'étaient-ils pas à l'abri de tout soupçon, ])uisqu'il possédait la contiance de la première institution religieuse du i)ays ? Et cependant qu'a fait votre école ? Ne ra-tolle pas représenté comme un communiste, un garibaldien, un complice de l'assassinat de Mgr Darboy ? N'a-t-elle ))as été jusqu'à
LB8 CAU6ER1BS DU DIMANCHE. 129
l'appeler commissaire de Satan f II n'avait pourtant pas écrit la Voix d'un Exilé, lui \ On n'avait pas même ce spécieux prétexte à invoquer. Pourquoi donc cette guerre acharnée qu'on lui a faite au nom de la religion, sinon parcequ'il était oppowé au ministère actuel ? Preuve que les Basiles sont les mêmes dans Bagot, qu'à Lévis et Kamouraska !
Et vous venez nous dire, l'eau bénite sur les lèvres, que vous n'attaquez pas l'opposition ; que vous n'en voulez qu'aux libéraux I Allons donc, cher monsieur Basile, il y a une chose bien certaine pour tout le monde, allez, c'est que si M. Langelier et moi, nous nous étions présentés comme ministériels, toute cette fervente croisade n'aurait jamais eu lieu. Nous aurions été bien vite proclamés bons chrétiens et parfaits catholiques.
Le passé le prouve. Qu'étaient les Huot, les Ehéaume, les Blanchet, \^ Tourangeau, avant leur honteuse volteface ? Votre école les dénonçait comme des impies, des hommes dangereux, qui voulaient renverser l'ordie social et abolir la religion. Aujourd'hui qu'ils ont trahi leurs convictions pour se faire élire avec l'argent et les bâtons du ministère,— pour manger les croquée ignoles <lu gouvernement, suivant l'expression cynique de l'un d'entre eux,— comment se fait-il qu'ils soient devenus si parfaits tout à coup ? Est-ce que M. Huot est moins socialiste qu'il n'était autrefois? Est-ce que MM. Ehéaume, Blanchet et Tourangeau seraient devenue des piliers de sacristie par hasard? Monsieur Basile, on dirait que vous prenez le public pour une collection d'imbéciles. Tenez, je suis sûr d'une chose, tout commissaire de Satan que je suis, si je passais au ministère aujourd'hui pour demain, tous les Basiles du paye seraient les premiers à me décerner les plus beaux
130 l'BS OAUSERIEH DU DIMANCHE.
ceitificats d'orthodoxie imaginables. Et ce n'e4 pas à l'opposition 4"^ vous en voulez !... Mais cachez- vous donc !
Quelle conclusion tirer de tout cola, monsieur Basile ? C'est que vous êtes des hypocrites, et pas autre chose. Si vous aviez réellement les intérêts do la religion à cœur, vous ne la traîneriez pas ainsi à la remorque de votre politique louche et rancunière, et si vous étiez bons catholiques, vous ne diffameriez pas vos frères comme vous le faites, sans même avoir l'excuse de la défensive. •
Etrange discussion : Vous êtes un impie I — Comment cela ? — Parceque vous n'êtes pas catholique. — Mais oui, je suis catholique. — Non, vous ne l'êtes pas. — Je veux l'être. — Non, vous ne le serez pas ! — Je reconnais tout ce que l'Eglise enseigne, et je m'y soumets. — Je ne veux pas, car si vous êtes aussi catholique que moi, il me faudra vous rencontrer sur le seul terrain de la politiqiie, et je ne veux point cela...
Non, vous ne voulez point cela, cher monsieur Basile ; mais soyez tranquille, je suis prêt à vous rencontrer sur tous les terrains du monde ; un savant de votre espèce, ça se réduit vite à quia.
Heureusement pour vous que vous savez faire contre fortune bon cœur, et que, lorsque vous vous trouvez confondu dans vos absurdes prétentions, vous vous mettez immédiatement du côté de votre adversaire. C'est très ])rudent ; cela coupe court à toute discussion dangereuse. Ainsi, par exemple, vous m'accusez d'irréligion ; je réclame. Vous appuyez votre accusation sur ce que je suis républicain et opposé aux privilèges nobiliaires ; je réplique que la religion est très démocratique dans .ses doctrines ; qu'elle ne connaît pas plus la royauté que la république ; que la forme du gouver-
nement ne relève que de la volonté populaire, et je m'appuie sur des théologiens qui tous font autorité dans l'Eglise. Que répondez- vous ? Vérité de la Palisse! Personne n'a jamais contesté cela, dites vous. Bien, très bien ! Ainsi, je puis être catholique tout en professant des principes démocratiques. Mais laissez-moi donc tranquille alors ! On se prend à se demander parfois si vous avez réellement la tète sur vos <?pf ules.
A propos de mes cilationi-', vous croyez faire acte de finesse en insinuant qu'elles me sont fournies par quelque membre du clergé. Et quand cela serait, en perdraient-elles leur valeur comme autorités? Il me semble que cela prouverait tout au plus que ce que vous appelez la basiliophobie est répandue même parmi le clergé ; car enfin, si quelque prêtre me fournit ces citations, ce n'est certainement pas pour vous aider à m'enfoncer.
Je n'ai pas été du tout surpris de vous entendre faire cette supposition, cher monsieur Basile; vous êtes si ])rofondément ignorant sur ces matières, que vous êtes tout étonné qu'un autre puisse les avoir étudiées. Or, détrompez-vous, monsieur Basile ; cela ne tire pas à conséquence, mais ces citations, depuis la première jusqu'à la dernière, personne ne me les a fournies ; je les dois à mes propres recherches. Etudiez un peu monsieur Basile, et comme cela ne demande pas de bien grands efforts d'intelligence, vous pourrez peut-être un jour en faire autant.
Je ne puis relever tout ce que vous dites de faux monsieur Basile ; pour cela, je serais forcé de m'attacher à chacune de vos paroles ; je ne signalerai que quelques uns de vos dires les plus n\arquants ;
Vous prétendez que j'appartiens à l'école libérale condamnée par Pie IX. Vous avez pris cela dans votre cervelle enfumée, monsieur Basile !
Vous affirmez que j'ai justifié l'assassinat politique. — Vous êtes un calomniateur, monsieur Basile !
Vous m'accusez d'avoir dit que, pour trouver un roi digne du peuple canadien, il fallait plonger dans les sales bourbiers de la truanderie. — Cela est stupidement faux, monsieur Basile !
Enfin, vous ajoutez que j'ai lâchement abandonné mon pays pour le mieux diffamer. — Cela est d'une absurdité niaise !
Mais si j'étais un pareil garnement, un homme aussi dangereux, pourquoi donc m'avez-vous conjuré si .amicalement de revenir au Canada? Il me semble que les honnêtes gens devaient être bien débarrassés d'un scélérat de ma trempe. Hein ! qu'en dites-vous ? Je gage que vous faites le mort là-dessus aussi !
Cela m'amène à dire un mot du banquet de Vlvimaculée Conception ; je n'en aurais pas parlé de moi-même ; mais puisque vous prenez la peine de dire au public que j'y étais, je vous en sais gré, monsieur Basile. Lorsqu'on se trouve comme au coin d'un bois où il faille défendre sa réputation contre des voleurs de grand chemin, on doit être reconnaissant à quiconque nous fournit un bouclier comme celui-là. Pauvre Basile, vous ne cesserez donc jamais de vous enferrer!
Un dernier mot, monsieur Basile. Vous vous êtes étonné de ce que, malgré le peu de cas qu'un homme comme il faut doive faire de certaines injures, j'aie senti le sang me monter au visage, quand vous m'avez appelé un lâche ; et, dans la grandeur de votre courage, vous avez immédiatement cherché les raisons qui vous paraissaient les plus propres à vous rassurer contre la
correction que votre impudence aurait pu vous attirer. D'abord, rien d'extraordinaire à votre étonne ment. La race des Basiles, voyez- vous, ça n'est point très chatouilleux sur ce point-là. Connaissant le rôle que vous auriez à jouer, ô cafards, la providence a destiné
Vos faces aux larges soufflets.
Mais, quant aux raisons que vous avez de vous rassurer, vous en avez oublié la meilleure ; c'est la j)rudence naturelle aux gens de votre métier, qui, — i;râce à leurs rapports habituels avec la providence, je suppose, — savent en général se tenir à distance assez respectueuse pour éviter les étrknères.
Vous parlez de petits verres de '* Basile," en voilà un. (xoûtez moi cela; c'est du dernier crû. Vous trouvez que j'ai des goûts de restaurateur; j'en ai surtout les talents, monsieur Basile. Je n'ai peut-être pas le carpe aussi délié que certains faux moines de ma connaissance, mais j'ai un tour de main tout particulier pour le service des petits plats. Ceux que je vous ai déjà servis sont là pour prouver que je n'oublie jamais ni le poivre ni la moutarde.
C'est toujours à votre sei'vice, monsieur Basile. ^
Votre serviteur,
Louis Fréchettb.
134 LES CAtrsÊRiES t)tJ IblMANCttg,
NotvEAu-MoNDE, 15 jan, 1872.
Après quinze jours de repos, M. Fréchetle vient de teparaître dans l'Evénement, plus fatigué et plus furieux que jamais. Il me menace encore du bâton; tnais il se plaint que je me tiens trop loin pour qu il puisse m'atteindre. Yeut-il donc que j'aille au-devant des coups ? Ce serait trop exigeant.
C'est bien assez généreux de ma part de lui avoir offert une jolie situation à Karaouraska. Lui qui p«r^ court l'Amérique depuis dix ans sans pouvoir se caser, n'aurait-il pas dû accepter la place vacante de chef des hadigeonneurt ? Il se serait ainsi rapproché de mes épaules, et il nuva.\t peut-être pu trouver cet instrument que tout gentiJhomme a à sa disposition.
Mais non, il voudrait vivre de ses loisirs, voilà son mal ; et tant que son pays ne lui aura pas assuré des rentes il le méprisera.
Dans sa dernière lettre, M. Fréchette ne parle plus guère de moi ; mais il fait le procès de bien des gens. Il se plaint du despotisme de M. Cartier et de Vineptie de Jd. Cltiuveau. Il injurie tout gratuitetnent MM. Blanchet, Huot, Tourangeau et Rhéaume. Il accuse deux prêtres d'être descendus jusqu'à la calomnie la plus infâme pour lui faire tort dans son élection, et il les appelle les Basiles du comté de Lévis.
Puis, il retombe sur ce pauvre Louis Teuillot qu'il pulvérise, comme bien vous pensez. Il appelle ses articles sur le percement du mont Cénis d'incroyables déblatérations. On admettra que le grand polémiste ne s'en tirera pas facilement. Il se moque surtout de moi parce que j'ai dit que Louis Yeuillot était le premier écrivain de son temps quant à la forme. La phrase n'est
pas de moi. mais de M. Fabre, et M. Fréchette devrait, ménager un peu son ami, au moins dans son journal.
Parce que M. Fabre a fait l'éloge de tout ce que M. Fréchette abhorre et méprise, ce n'est pas une raison pour qu'il vienne se moquer de lui jusque dans l'Evénement.
Après cela M. Fréchette i-épète que j'ai sollicité l'approbation de l'archevêque pour mes Causeries et que je n"ai pu l'obtenir. J'ai déjà dit que c'était un nouveau jnensonge ajouté à ceux que le poète a déjà commis.
Enfin, il me reproche de l'avoir invité à revenir au pays. J'admets que j'ai eu grand tort, et j'en demande pardon à mes compatriotes. M. Fréchette aurait pu rester à Chicago, et nous aurions pu nous passer de lui. Ses amis eux-mêmes s'en seraient mieux trouvés, puisqu'il ne les aurait pas compromis. Pour les consoler de son absence, il aurait pu hur envoyer son buste en plâtre qu'il a fait faire à Chicago, en attendant que la postérité le fasse tailler en marbre. Au fait, c'était le plus sûr moyen d'avoir sa statue.
Nous aurions placé son plâtre dans les vitrines de l'Opinion Publique, qui l'aurait proposé à l'admiration des belles, dont il a chanté les droits inégaux, dans ses Loisirs,, et tout le monde aurait été content.
La Voix d'un Exilé aurait, continué de couler, et nous aurions eu une quatrième, une cinquième et une sixièvxe année, ainsi de suite jusqu'à épuisement. Les rois ventrus auraient été éventrés, le clergé canadien aurait eu l'honneur de nouveaux outrages, la République ailé aurait battu des ailes, et l'astre (ks peuples se serait levé sans pâlir devant la pomme !
Je ne l'ai pas voulu ! malheur à moi !
L'université Laval doit surtout m'en vouloir, puisque M. Fréchette continue t^ujoui-s d'abriter sous son nom
8a personne et ses doctrines. Cette institution et S;i Grâce Mgr l'archevêque ont véritablement du malheur, les libéraux tentent toujours de s'en servir comme de paravents. On se rappelle avec quelle audace M. Dessaulles se prétendit approuvé par Mgr l'archevêque Baillargeon, lorsque l'évêque de Montréal le condamnait. Aujourd'hui, c'est le tour de Mgr Taschereau, et c'est M. Fréchette qui voudrait absolument lui imposer l'humiliation d'être l'ami des libéraux.
Mais laissons-là ces misères.
A. B. EOUTHIER.
Evénement, 16 janvier 1872,
Mon cher monsieur basile,
Je viens vous faire mes adieux.
J'en suis marri, mais que voulez-vous, c'est la loi d'ici-bas : il n'y a point de bons amis qui ne se quittent
Je me souviendrai longtemps, croyez-moi, monsieur Basile, des joyeux moments que vous m'avez procurés ; et je suis convaincu que, de votre côté, vous n'oublierez ^jamais les petites attentions que j'ai eues pour vous. Permettez-moi d'y mettre le comble en vous donnant, comme souvenir de moi, quelques petits conseils qui me sont suggérés par l'intérêt que je vous porte, et que je vous prie de mettre en pratique, si vous voulez éviter de nouveaux désagréments.
Ces conseils, les voici, monsieur Basile :
lo Prenez garde au péché d'orgueil qui consiste à se croire beaucoup meilleur que les autres, et méditez quelquefois sur cette belle parole de saint Paul: ",7e suis le dernier d'entre mes frères ! "
2o Souvenez-vous de l'axiome : " Quand on demeure dans une maison de verre, on ne doit pas jeter des pierres chez son voisin." Ce qui veut dire que, lorsqu'on a dans sa réputation certains accrocs peu enviables, il est très imprudent d'essayer de déchirer celle des autres.
3o Rappelez-vous que le ciel est fait pour tout le monde et que c'est êti*e égoïste que de vouloir l'accaparer pour soi toiit seul ; que ce métier-là est dangereux, car en voulant fermer la poi*te du paradis au nez même des grands dignitaii-es de l'Eglise, on risque de s'en faire donner sur les doigts, et d'être remis à sa place.
4o Avant de parler au nom de la religion, commencez par en étudier les doctrines les plus élémentaires ; et, au lieu de réprimander les autres pour leur insubordination, commencez par vous soumettre vous-même aux autorités de votre diocèse, et cessez de leur dicter une ligne de conduite à votre guise.
5o N'accusez pas les autres d'irréligion sous prétexte qu'ils ont politiquement différé d'opinion avec certains membres du clergé, de peur qu'on ne vous rappelle que. vous ave^ écrit des articles de journaux censurant nos autorités religieuses; que vous avez ouvertement accuse votre archevêque de faire des concessions à l'esprit du mal ; que vous vous êtes, tout dernièrement encore, insurgé publiquement contre une de ses décisions, et enfin, que vous faites partie d'un certain cercle d'illuminés qui viennent de publier à Montréal un ignoble pamphlet, où les sommités religieuses du pays sont
i;}8 LEH CAUSERIES DU DIMANCHE.
i-eprésentées comme agissant sous l'influence directe de l'enfer.
60 N'olîrez jamais votre serment pour prouver que vous n'avez jamais écrit de lettres anonymes. Vous êtes assez avocat pour savoir qu'un accusé n'est jamais admis à témoigner dans sa propre cause ; et puis tout le monde sait qu'un homme qui écrit des lettres anonymes est capable de le nier l'évangile à la main. M. l'abbé Patry s'occupe probablement assez peu de vous pour faire semblant d'accepter vos dénégations sous serment, mais le public est beaucoup plus sévère, lui !
7o Quand vous aurez jamais à justifier les écrits cyniques et saugrenus de M. Veuillot, n'invoquez jamais la bible, de peur qu'on ne vous défie de traduire en langue vulgaire le cantique des cantiques de Solomon, l'origine des Moabites et des Ammonites, les aventures galantes du patriarche Judas, l'histoire d'Oalla et d'Oaliba, quelques passages des prophéties d'Ezéchiel, etc.
80 Quand vous discuterez avec un adversaire, ne tronquez jamais ses phrases, et ne défigurez jamais ses idées, dans le but de faire penser du mal de lui ou de son stj'le. Ce petit moyen est trop puéril pour un homme sérieux, et pas assez honnête pour un saint homme. En recourant à de semblables artifices, vous prouvez à tout le monde que vous n'êtes ni l'un ni l'autre.
9o Si jamais vous changez de lieu de résidence, ne le faites pas dans le dessein que vous me communiquiez à moi-même en quittant Québec, celui d'aller spéculer sur la bêtise humaine ; car ce genre de spéculation pourrait encore produire ailleurs ce qu'il a produit à Kamouraska, une basiUophobie chronique et incurable
LES CAtJSËRîBfl I)Û DIMANCÏIE. 1S9
dont les sym-ptàmes se rnanifestent d'une manière si désagréable pour l'odorat des passants.
lOo Je vous conseillerais aussi, monsieur Basile, de ne jamais dire que tous ceux qui vous détestent à Kamouraska sont de la canaille ; d'abord c'est bien prétentieux, et ensuite vous nous donnez par là une trop triste idée de ce charmant village, où vous auriez bien du mal à trouver deux amis.
llo Ne vous laissez pas trop emporter par votre isèle, et abandonnez à jamais le dessein de vous faire bâtonniste devant Parche d'alliance ; vous savez maintenant par expérience que, lorsqu'on veut trop bâtonner les autres, on court le risque de se faire bâtonner soimême.
12o Eniin, mon cher monsieur Basile, je soumets à Vos saintes méditations le proverbe suivant, dont les circonstances ne peuvent manquer de voua faire apprét'.ier^oute la justesse : Tel va chercher de la laine qui s'en revient tondu !
Voilà, monsieur Basile, quelques conseils que vous n'hésiterez pas, j'en suis sur, à mettre en pratique, attendu que vous savez maintenant ce qu'il en coiite pour ne pas les avoir reçus plus tôt.
Maintenant, monsieur Basile, quelques mots seulement pour mettre le public en garde contre les fausses interprétations que vous donnez à certains vers que j'ai écrits, il y a déjà longtemps, et dans des circonstances qui ne sont plus du tout celles d'aujourd'hui.
Si vous aviez plus d'intelligence et de bonne foi, vou^» ne m'accuseriez certainement pas d'avoir appelé le peuple aux armes pour délivrer le pays de vous et de vos pareils. Ce n'est pas la peine, allez, monsieur Bat^ile ; un peu de patriotisme et le scrutin secret vous balay»»raient bientôt comme une nuée d'insectes.
Si j'ai parlé de révolution, c'est comme avertissement. Et cet avertissement, je le maintiens. Nous sommes (le chair et d'os comme les autres peuples, et ce qui se passe chez eux est plein de terribles leçons pour nos gouvernants. Quand ceux ci n'ont plus de respect pour les lois; quand ils chassent de force de l'enceinte ])arlementaire jusqu'aux représentants de la presse, de peur que le récit des turpitudes ministérielles ne pai-vienne jusqu'aux oreilles du peuple; quand ils décernent effrontément des honneurs publics à des repris de justice ; quand ils font sortir de prison les criminels pour s'en faire des agents électoraux ; quand ils corrompent les officiers rapporteurs pour escamoterles élections ; quand ils enlèvent les candidats par la force armée ; quand ils privent des paroisses entières de leurs franchises, parcequ'elles leur sont adverses,- — je dis que nous courons à fa révolution !...
Vous en avez eu un exemple en petit dans Kamionraska, en 1867. Qui était responsable des voies de fait déplorables dont vous avez été le témoin dans cette circonstance ? Je n'approuve pas toujours ceux qui se font justice eux-mêmes ; mais c'est un devoir de montrer l'abîme vers lequel nous marchons, et de dire à ceux qui se moquent ainsi du droit et de la justice: "N'allez pas plus loin, car il arrivera un temps oià le peuple ne saura plus mettre de frein à son juste ressentiment."
Voilà ce que j'ai voulu dire. Et pas autre chose.
Il y a, dans la Voix d'un Exilé, deux vers sur lesquels je tiens particulièrement à revenir avant de clore la discussion. Les voici :
Un triste aveuglement donne à l'horrible scène Le sanctuaire pour décor.
J'avoue que ces vers peuvent donner lieu à fausse interprétation ; et Je ne vous en veux pas trop, monsieur Basile, de me les avoir rappelés, puisque cela me donne roccasion d'expliquer ma pensée. Cette explication est toute simple. En écrivant cela, je n'ai pas eu l'intention d'accuser le clergé en général, mais simplement l'école politico-religieuse laïque ou autre, qui, depuis quelques années, spécule si effrontément sur les croyances du peuple, et fait du sanctuaire le théâtre de ses honteuses intrigues. Les Basiles, enfin !
La seule allusion que j'aie faite au clergé, dans la Voix d'un Exilé. — et cette allusion confirme ce que je viens de dire, — se trouve dans ce vers :
Le berger dort au lieu de veiller à son poste.
Je puis m'être trompé; mais c'était ma conviction.
Au surplus, si c'est un crime que j'ai commis là, monsieur Basile, vous êtes vous-même un bien grand scélérat, car vous en avez dit mille fois plus dans vos Causeries <hi dimanche et ailleurs, à propos du libéralisme catholique. Et votre école donc !...La différence entre vous et moi, c'est que je fais les choses ouvertement, au grand jour, et que vous les faites sournoisement et en cachette.
Autre remarque. Vous m'avez accusé d'avoir justifié l'assassinat politique. J'ai prouvé, par le texte même de mon écrit, que vous m'avez indignement calomnié. Vous revenez à la charge, et voici comment vous vous excusez :
" En ne citant pas en entier, dites-vous, les vers de " M. Fréchette, je n'ai pas dénaturé sa pensée, on bien " il a pensé autrement qu'il n'a écrit. Le lecteur en *' j^g^i'i'' lui-même en lisant, non pas ce que M. Fréchette " a lui même cité, mais toute la pièce."
142 LBS CAU810RIBS DU DIMANCHE.
Très-bien, monsieur Basile, j'accepte le verdict; et, si vous ne revenez pas sur vos paroles, vous publierez lu pièce en entier dans le Nouveau- Monde ; et j'aurai peut" être ainsi l'avantage de voir ma défense publiée, en même temps que vos attaques, par le Courrier du Canada, le Journal des Trois- Rivières et VEcho de Lévis... ' Pour que le lecteur puisse lire toute la pièce, il faut bien qu'il la voie.
Mais vous ne la publierez pas, monsieur Basile. Je regrette de le dire, je ne vous crois pas . assez lionnête pour cela. Ce dernier défi aura le sort de tous ceux que je vous ai lancés depuis le commencement de cette polémique. Vous savez que votre accusation tomberait d'elle même, et vous avez pour principe : mentons, mentons, il en restera toujours quelque chose !
Vous aviez pourtant promis une petite histoii'e de sifflet à l'université Laval. Contez-la; je l'attends avec curiosité ; et, si votre version est aussi exacte que vo« reproductions, quelque autre que moi se chargera de rétablir les faits.
Maintenant, mon chei' monsieur Basile, je vous laisse avec la honte et le i-idicule dont vous vous êtes couvert, et — si vous êtes encore susceptible d'un bon sentiment — avec le regret d'avoir, sans nécessité aucune et sanp la moindre provocation, indignement calomnié et outragé un ancien ami.
Continuez, si vous le voulez, à remplir les colonnes du Nouveau- Monde du produit de vos haines et de vos rancunes personnelles. Vous êtes payé à tant la ligne ; cela fait votre atfaii-e.
Adieu ! Ne m'en veuillez pas trop, monsieur Basile ; toutes ces petites leçons vous serviront. C'est comme *;ela que l'expérience s'acquiert. Qui sait, peut-être un
jour pourra-ton dire de vou.s ce que le bon Lafontaine disait d'un rat célèbre :
C'était un vieux Routier : il savait plus d'un tour ; Même il avait perdu sa queue à la bataille !
Il manque une h, mais la scie }' est.
Votre serviteur,
Louis Fréchettb.
P. S. — Il paraît que j'ai copié mes citations dans des livres imprimés, et imprimés en Belgique encore ! Cher monsieur Basile, quelle découverte ! Cela vaut celle que vous avez faite des Plaines.de l'Ouest, pour le moins !
Dites donc, monsieur Basile, avez-vous pris vos citations du Siècle dans l'original, ou dans quelque autre journal qui le citait ? Dans le premier cas, vous êtes un impie, puisque vous lisez le Siècle ; et, dans le second, vous avez fait exactement comme moi qui prends mes citations où je les trouve.
Nouveau-Monde, 24jan. 1872.
Enfin ! M. Fréchette juge que dans l'intérêt de sa réputation et de son avenir, il est temps pour lui de rentrer dans le silence qu'il n'aurait jamais dû rompre. Il me fait ses' adieux en m'assurant qu'il gardera mon souvenir ; c'est une attention à laquelle je suis assez sensible pour le payer de retour.
Non-seulement il est temps pour M. Fréchette de rentrer sous sa tente, mais je considère qu'il est un peu
144 Lis CAUSERIES DU PIMANCHB.
tîird. Sans cet immense orgueil qui le domine, qui l'aveugle, et qu'il m'avouait un jour ne pouvoir vaincio, il y a longtemps qu'il aurait compris que son astre a pâli dans cette polémique intempestive.
La pose présente de son personnage l'inquiète enfin Il s'aperçoit que sa gloire se lésardc, et laisse trop voir le creux qu'elle enveloppait. Que de gens ignoraient la Voix d'un Exilé, et qui la connaissent trop maintenant. Com])tant sur cette ignorance, notre liomme avait pris une pose exagérée. Ses amis le flattaient. Ils poussaient la complaisance jusqu'à l'appeler not'-e poète national, le poète qui a tant insulté à la patrie, à ses institutions, à ses gloires, à son clergé ! Quelle amère dérision !
Grâce à notre polémique, le poète libéral se trouve réduit à sa juste expression. On peut maintenant le mesurer. C'est un accordeur de diphthongues, riche d'imagination, pauvre de jugement, manquant de cœur et de pati'iotisme, mais moins coupable que ridicule, et gonflé d'une immense ambition.
Voilà l'homme qui voulait modestement jouer le rôle de Jésus-Christ, debout swr les dalles du temple et le fouet à la main. Voilà l'homme qui citait à son tribunal les Cartier, les Langevin, les Chapais, les McGee, les Chauveau, les Ouimet, et qui les appelait de vils scélérats, des monstres d'infamie. Voilà l'homme qui accusait notre clergé d'aveuglement et de donner au scandale le sanctuaire pour décor. Voilà l'homme qui appelait œuvre immonde ap])laudie par Satan, un changement politique que nos évêques approuvaient. Voilà l'homme qu'il était bon de faire connaître, et que mes Causeries du dimanche ont démasqué avec la plus grande modération.
Pour le suivre dans sa polémique, il m'a fallu parfois voyager en pleine cu«s<rme ; on sait que ce n'est pas aux Etats-Unis que nos compatriotes vont prendre des leçons de droiture et de bonne éducation. Néanmoins j'ai pu me garder de ses éclaboussures, et de toutes les basses accusations qu'il a portées contre moi, aucune n'est restée sans réponse.
La seule qu'il n'ait pas retirée lui-même, est celle relative à la lettre anonyme. Après la réponse que je lui ai faite, les plus simples notions de la probité l'obligeaient à se rétracter. Mais il préfère m'accuser de parjure avec deux auti-es personnes, et insinuer que M. Patry m'a écrit une lettre fausse, contraii-e à ce qu'il croit. On ne peut pousser plus loin le mépris de l'honneur.
En terminant, M. Eréchette me donne des conseils. 11 ne me vaincra pas en bonté de cœur, et je veux bien l'assister de quelques avis.
Je sais qne son pays a eu des torts très-graves à son égard. Il ne l'a pas fait juge, ni ministre, ni autre chose. Il n'a pas applaudi ses Loisirs, que dis-je, il ne les a même pas siffles !
Non, pas même siffles. Ce fut la chute morne De l'ennuyeux parfait devant l'ennui sans borne On craignit de siffler tant on voulait dormir.
C'est un outrage sanglant qu'un poète ne pardonne jamais. On aurait dû sans doute lui créer une pension, ou le laisser au moins
Raccomoder des cordes de sa lyre Le vieil habit qui s'en allait.
Mais non, rien. Pas de place, pas de pension, pas de couionne, pas de médaille, même de bronze, et
quand il revient à l'université, on le siffle. O Patrie 1 Est-ce ainsi que tu récompenses tes grands hommes?
Cependant, que le poète veuille bien considérer que la République ailée ne l'a guère mieux traité i)uisqu'il nous est revenu. Qu'il n'oublie pas surtout, comment on a apprécié ses services dans une certaine lutte électorale à Chicago.
Ces souvenirs le rendront plus indulgent pour sa patrie.
A l'avenir donc, o poète, ayez plus de ])atience. N'injuriez pas nos hommes publics, calomniez moins vos adversaires, respectez les dépositaires de l'autorité civile et religieuse, abandonnez vos lubies libérales, étudiez les grands penseurs catholiques (seulement, quand vous les copierez, avertissez-nous), cherchez moins la rime et plus l'idée, faites des vers moins sonores et mieux remplis, et si vous suivez ces conseils, vous pourrez encore devenir quelque chose. Les fautes que vous ne pouvez laver, nous les oublierons. Vœ victis n'est pas notre devise, maintenant surtout qu'il y a de par le monde tant de nobles vaincus. Allez en paix.
A. B. ROUTHIER
Montréal, 18 janvier, 18*72 M. le Rédacteur.
Je me demande en vain, quelle vertueuse mouche a piqué l'exemplaire monsieur Adolphe Basile Routhier et l'a porté à m'attaquer, comme il l'a fait, avec autant d'intention méchante que de manque d'àpropos dans le Nouveau- Monde de mardi, que je n'ai vu qu'hier au soir.
Eesté complètement étranger à la lutte risiblement inégale qu'il s'entête à soutenir contre un homme qui se montre aussi spirituel polémiste et brillant prosateur ([ue poète de génie, je ne vois pas en vérité, pourquoi ce pauvre (<anetilié ahuri me donne ainsi en passant un coup de poing que rien ne motivait ; et j'en conclus :
Que le pauvre homme n'y voit plus, et frappe au hasard sans s'occuper où porteront ses coups. Mais l'injustice que me fait le su^dit monsieur Routhier est de plus d'une espèce. Non-seulement il dit une chose entièrement fausse sur mon compte, mais il calomnie en sus un homme qui se sentait plein de la plus sincère ))itié pour lui.
Suivant, comme je l'ai fait depuis plusieurs semaines, toute cette polémique si étincelante d'un côté, et de l'autre, si déplorablement veuve de tout ce qui donne de l'iniérèt à ces passes-d'armes littéraires, j'en étais venu, quoiqu'ami et admirateur du talent de M. ï'réchette, à sentir mes sj^mpathies se développer peu à peu en faveur de ce pauvre maltraité des muses que je voyais bi-oyé ainsi comme chair à pâté. Un bon cœur souffre à voir, même un insulté, frapper trop fort sur le gamin qui lui a fait une niche, et je trouvais presque, quelquefois, que M. Fréchette lais&ait un peu trop libre cours à sa mordante verve contre cet impuissant.
Pourquoi me disais-je, charger ainsi à mitraille jns<ju'à la gueule pour lii-er sur un moineau, quand le seul coup à poudre l'étourdirait.
Je le dis en toute franchise, j'éprouvais une sincère et réelle pitié pour ce malheureux escrimeur fourvoyé, que je voyais repousser si péniblement avec son fleuret largement boutonné les passes vigoureuses d'un adversaire au fleuret rapide et acéré, et je me demandais intérieurement : " Alais que diable est-il donc allé faire
dans cette galère ? L'homme ne se connaît donc pas ? " Enfin, le voyant toujours si prodigieusement essoufflé à la suite d'articles si péniblement pondus, je me suis souvent demandé avec inquiétude, si personne, dans son entourage, n'aurait pas la charité de lui faire porter l'éxtrêrae-onction.
Avec de pareils sentiments envers ce lutteur haletant et criblé, jugez de ma surprise quand je le vois, sans plus d'à-propos que de compréhension de sa propre position, me décocher une grosse et lourde méchanceté qui n'a pas même le mérite d'être vraisemblable: " Allons I me dis-je, voilà qui est tout de bon superlativement... Je laisse le lecteur remplir la lacune, et je me contente de constater qu'il y avait dans cette attaque autant d'intelligence que de malhonnêteté dans la forme et dans le fond.
M. Eouthier dit donc au Nouveau- Monde : " On se rappelle avec quelle audace M. Dessaulles se prétendit approuvé par Mgr l'archevêque Baillargeon lorsque l'évêque de Montréal le condamnait."
L'expression " se prétendit approuvé " ainsi employée d'une manière générale et sans restriction ni qualitication, ne peut signifier autre chose que sur me» représentations individuelles Mgr l'archevêque Baillargeon aurait approuvé mes prétentions à l'encontre d'une décision de son collègue de Montréal.
Or, je n'ai jamais de près ni de loin dit ni insinué pareille chose. Je sais parfaitement à quoi M. Eouthier fait allusion ici, et pour lui épargner des recherches, je l'informerai de suite que s'il veut être loj'al et sincère, il peut recourir au trente neuvième chapitre de "ma lecture sur l'affaire Guibord et qu'il y verra le contrepied exact de ce qu'il affirme.
11 est clair que M. Eouthicr a parlé de mémoire, et (ju'avec cet esprit fatalement nébuleux qui le distingue ou peut-être mieux, avec cette absence complète de toute lo3'auté d'écrivain que j'ai remarquée dans toute sa lutte avec M. Fréchette, il m'a attribué précisément le contraire de ce que j'ai fait. •
Bien loin de me prétendre approuvé par Mg"r Baillargeon, j'avais au contraire cité les })aroles suivantes qu'il m'avait dites et que pour plus de sûreté j'avais notées immédiatement à ma sortie de l'évêché : "Je " n'entends juger personne, ni préjuger quoi que ce soit "conti'equi que ce soit; je ne voudrais rien dire en " son absence qui pût comporter le plus léger blâme '• contre un collègue ; mais je ne puis, moi, vous '' regarder comme des rebelles puisque vous suivez '' votre appel à Rome; c'était votre droit d'y aller. '
V^)ilH comme j'ai prétendu, ([ue f étais approuvé! Rien {\ai\^ ce chapitre ni ailleurs ne met le moins du monde Mgr Baillargeon en o])position avec Tévèque de Montréal. C'est seulement et exclusivement aux merveilleux iiinonistes du Nouv eau- Monde (la propre oppression dont je me suis servie) que j'ai cité une opinion à moi, exprimée par Sa (Irandeur, mais en l'exprimant, elle ne voulait ni ne pouvait l'appliquer à personne en particulier, vu que je ne lui avais désigné poi-sonne et que mon expression, que M. Routhier trouvera dans te chapitre auquel je réfère, était: ^^ Ton n'en continue /></5 î?wms..." et l'opinion de Mgr Baillargeon ne s'appliquait qu'aux personnes désignées par le pronom indéfini, et par la même expression collective, on.
M. Routhier a donc fait un avancé complètement faux. S'il l'a fait parccqu'il n'a pas consulté mon écrit, il a été malhonnête par légéveté ; et s'il la con- 10* \
bulté, il a été malhonnête ^«r calcul! A lui le choix, mais il n'y a pas de milieu.
11 y a dans tout cela quelque chose qui m'étonne toujours chez ces gens qui ne font que donner prati- , quement des soufflets à la religion en se prétendant ses représentants et ses défenseurs ; c'est ce parti-pris, en se donnant une si belle mission, de ne jamais la défendre que par des moyens douteux ou inavouables ; ce partipris de calomnier toujours quelqu'un ou de représenter toujours foussement quelque chose ; ce parti-pris entiti de tromper délibérément ceux pour qui ils écrivent, comptant toujours que les quatre vingt dix-neuf centièmes de leurs lecteurs ne pourront recourir aux sources.
Certes, quand je vois tous ces prétendus défenseurs des bons principes ne jamais se mettre à une table à écrire, que pour éborgner toujours la vérité par un point ou par un autre, je me demande comment ces petits saints ne semblent pas songer un instant, combien leurs saints patrons et leurs bons anges doivent être constamment sur les épines à leur propos.
Je n'ai sans doute pas le droit d'offrir un conseil à M. Eouthier ; mais comme toute son école m'en a bien souvent offerts, je le supplie de me permettre de lui en donner un tout petit.
11 a pour patron un des grands évêques de l'Eglise d'Orient et l'un des pères de l'Eglise qui se sont le plus distingués par leurs écrits. M. Eouthier, exemplaire comme il l'est à l'extérieur, admettra bien qu'il ne pourrait que profiter à lire les belles œuvres de son patron. S'il voulait bien se mettre à cette besogne, certainement plus méritoire pour lui et plus utile à autrui que celle de me calomnier insolemment, il
vei-rait comment saint Basile a traité le parti des exagérés et des ignoiants dans l'Eglise. Cela lui fera peut-être faire un petit retour sur lui-même.
Veuillez me croire,
M. le Rédacteur, etc.