‹ Les Guêpes canadiennesChapitre 5 sur 21 · L. A. Dessaullbs · texte numérisé non relu

L. A. Dessaullbs

Nouveau-Monde, 12 fév. 1872,

Hélas ! oui. On voit de ti-i8te.s choses même dans notre grand siècle.

Vous avez fait de la littérature, de la philosophie, de la théologie ; vous avez beaucoup parlé, beaucoup écrit, et votre réputation est au-dessus de toute atteinte — vous le croyez du moins ; on vous a proclamé écrivain, savant, illustre, illustriBsime, et vous vous en êtes laissé convaincre ; vous êtes parvenu aux plus hauts emplois, et tout lier mais non satisfait, vous vous êtes dit: ait iùs tendimus .

Et vous avez quitté votre piédestal pour combattre un peu dans l'arène. Mais à peine y êtes-vous descendu, que votre' adversaire se moque avec raison de votre tenue et de votre style. Le sang vous monte à la tête et la colère au cœur, et vous renoncez à conquérir de nouveaux lauriers. Le piédestal est encore là; vous y remontez sans plus de façons, disant adieu à la polémique qui fait crouler parfois des réputations qu'on croyait bien assises.

Oui, voilà l'accident dont M. Dessaulles vient d'être la victime. La lettre qu'il publie dans l'Evénement du cinq février, dénote un esprit mécontent de lui-même. 11 se plaint très fort de. la leçon de style <]ue je lui ai donnée, et il me fait ses adieux.

Quoi ! déjà ? c'est trop tôt en vérité. Il me semble jtourtant que nous aurions pu égayer un peu la fin du carnaval.

Dans cette lettre, oii il se îépète beaucoup, M. Dessaulles insinue que je suis l'auteur d'un communiqué publié dans le Nouveau- Monde. Cela n'est pas exact. 11 y a longtemps que j'ai jn-is l'habitude de signer tout ce que j'écris.

Il répète que je l'ai calomnié, sans tenir aucun compte de la justilication entière que j'ai publiée, et 8ans montrer en quoi cette justification pêche. C'est l'exemple de loyauté que donne mon adversaire.

Entin, il informe le public que je ne pense pas ce que je dis. Je crois avoir bien prouvé le contraire. Dans tous les cas, je voudrais pouvoir rendre le compliment à M. Dessaulles. Il serait fort heureux pour lui de ne pas penser tout ce qu'il écrit.

M. Dessaulles termine en me conseillant pour la seconde fois de lire saint Basile. Je le veux bien, mais nous le lirons ensemble, (^uand il le lit seul, il le comprend si mal.

S'il l'avait bien lu, il aurait compris que les épithètes d'exagérés et d'ignorants employées par saint Basile, ne s'appliquent pas à nous, mais à ceux qui sont mécontents de l'autorité ecclésiaftique, et qui emploient leur ignorance à la régenter.

Il y aurait pu prendre aussi de bonnes leçons de style. M. Dessaulles nous dit que la manière dont il habille sa pensée a toujours été ht moindre de ses inquiétudes. C'est assez visible.

Mais saint Basile avait plus de souci de son st3'le, et il y emploj^ait tout son savoir qui n'était pas mince.

Il avait pris des leçons des plus célèbres rhéteurs du «•(^'sarée de Constantinople et d'Athènes, et sa phrase était correcte, fleurie et châtiée. Il n'abusait jamais des adverbes, et souvent, il s'amusait à relever les iautes de grammaire de ses adversaires.

Un jour, l'empereur Valens se présente dans son

église accompagné de l'intendant de ses cuisines,

Démosthène. Dans l'entretien qui fut long, Démos-

thène tit un barbarisme en réprimandant le saint

évêque. " Comment, dit en souriant saint Basile, un Démosthène qui ne sait pas la grammaire ! "

On voit qu'au temps de saint Basile, comme aujourd'hui, il y avait des régenteurs d'évêques qui ne savaient pas écrire, et qu'en relevant les fautes de style de M. DessauUes, je n'ai fait qu'imiter mon saint patron.

Faites de même, M. DessauUes. Lisez saint Basile avec plus de soin, et vous finirez par exprimer de meilleures doctrines avec moins d'adverbes.

A. B. ROUTHIKR,

Petit voyao;e au Lac Saint-Jean par A. B. Houthiefi

Notes Critiques par Léon Lorrain,

Petit i'cijage au Lac Saint-Jean, par A. B. Routhier. NOTES CRITIQUES par LÉON LORRAIN.

Depuis quand parlo-t-on mal <]e l'Acadeinie française an Canada ?

Depuis (|u'elle a bien voulu couronner l'ouvrage d'un de nos compatriotes.

C'est triste, mais c'est vrai. 11 en e^t qui ne lui ])ardonneront jamais ce crime ; et si je ne me trompe, M. A, B. Routhier est un de ceux-là.

Habitué par une certaine pi-esse conservatrice, que je croyais sur parole, à considérer M. A. B. Routhier comme un écrivain hors ligne, je me suis empressé de faire l'achat d'un petit livre qu'il vient de publier, et dont la dite presse faisait, comme toujours, des éloges à ])erte de vue : descriptions pittores(]ues, récits charmants, idées sublimes, style incomparable, bref toute la litanie qu'entonnent invariablement en chœur tous les meml)i-es du céiiacle politico-religieux, sitôt que l'un d'eux réussit à pondre quelque chose.

Ce petit livi-e s'intitule : En Canot. C'est la descrii>

tion d'un voyage fait l'année dernièi-e par l'auteur, au

lac Saint-Jean, en compagnie de M. Claudio Jannet et

de M. le comte de Foucault, journaliste d'occasion qui,

depuis son retour eu France, croit n'avoir rien de 11*

les EN CANOT.

mieux à faire pour reconnaître l'hospitalité qu'il n reçue au Canada, qu'à vilipender MM. Lotellier, Joly, Turcotte ci Priée, tout en portant aux nues ces vi-ais représentants de notre caractère national, MM. F. X. A. Trudel et Charles Thihault.

Kn mettant la main sur le petit volume, je l'ouvre au hasard à la page cent deux, et je tombe sur les lignes suivantes :

" Le Rev P. Laçasse est sans contredit un original qu'on n'accusera jamais de plagiat. C'est lui qui, étant écolier, et ayant à faire une amplification sur la découverte du Canada, l'écrivit en vers humoristiques et débuta comme suit (il faudrait qui débutaient ou en débutant, mais n'importe) :

" lie grand Jacques Cartier N'ayant pas de métier Partit un jour de France Pour courir une chance.

Quand il sortit du port 11 ventait fort, fort. . . .

" En fait de vers humoristiques, il y en a de plus mauvais que V Académie a couronnés."

Bon ! fis-je ; ça y est ! Le mot est lâché. Les Lettres 0 Basile sont encore plus coriaces que je ne pensais, puisque dix ans n'ont pas suflS au pauvre juge pour les digérer. II est vrai qu'il nous apprend qu'il est dispeptique.

Eh bien, voyons donc ces récits enchanteurs, ces descriptions ravissantes, ce style merveilleux, ce langage si pur et si châtié ! Tâtons-en donc un peu.

Et je commençai à la première page, pour ne m'arrêter qu'à la dernière.

Je n'en revenais i)lus. Quoi, c'est cela que l'on appelle de la langue, du style et de la pensée I Ah !

permettez; je m'inscris tout simplement en faux, et c'est pièces en main que je veux venger notre goût, nos connaissances et notre L>on sens littéraires, qui, je le dis hautement, n'ont guère été plus compromis encore.

Je comprends que des impressions et incidents de voyages, tout à fait insignitiants en soi, peuvent avoir de l'attrait pour le lecteur, quand ils sont revêtus de la forme pitioi-esque et variée que sait leur donner un écrivain de talent.

Mais quel intérêt ai-je à savoir de quelle couleur sont les cheveux d'un Montagnais qui, à telle date, a mis le pied sui- un caillou, ou mangé des framboises au coin d'un bois? Que m'importe combien il fallait de temps à M. le comte de Foucault pour abattre un canard, ou au guide pour allumer un feu de branches sur un îlot du Saguena}', le 3 d'aoiàt au soir, en l'année de N. S. 1881 ? Que me sert-il d'apprendre, qu'à telle heure M. Claudiot-Jannet avait sommeil et que M. Routhier avait soif, qu'il y avait des coussins au fond des pirogues, qu'à tel point de la route les voyageurs ont incliné vers la droite, puis loui-né vers la gauche, qu'un des canotiers s'est levé debout (page 178) et que l'autre lui a dit : Prends garde ! quand tout cela est raconté platement, sans sel et sans vivacité, perdu dans des longueurs, des détails puérils, des i-éflexions d'une naïveté qui n'a d'égale, que leur air de prétention, enveloppé dans un salmigondis indigeste de fautes d'orthographe et de français, d'expressions et de tournures vicieuses ; alourdi par mille locutions molles, flasques et traînardes, telles que : au moment où je parle ainsi— de temps en temjis — après une petite course -en terminant — en entendant ces paroles — pendant quelque temps — en ce moment — pendant

que — -pendant qu'il parle — et j^endant ce temps-là ? Pendant ce temps-là surtout i-evient presqu'à chaque page !

De tels récits nous laissent froids ; de tels détails nous endorment, quand on ne lit pas comme moi, avec l'intention de faire une étude que je crois devoir êti'e utile à ceux qui seraient portés, comme je l'ai été moi-même, à prendre pour argent comptant les louanges banales que certains journaux ne manquent pas d'adresser à M. le juge Eouthier, chaque fois que celui-ci ouvre la bouche ou prend la plume.

Cette étude je la fais sans arrière pensée à l'égard de M. Eouthier, que je ne connais pas; mais aussi sans remords à son endroit, car — comme on peut le voir par les lignes qui commencent mon article — cet écrivain n'est pas ce qu'il y a de plus indulgent envers ses confrères ; c'est évidemment un homme que la gloire des autres chatouille désagréablement, et avec ceux-là, on est plus à l'aise pour dire carrément sa pensée.

C'est ce que je ferai le plus succinctement et le plus brièvement possible, ne prenant que le dessus du panier, car, pour faire ressortir tous les défauts et les fautes de toutes sortes qui pullulent dans le petit livre de M. Eouthier, il me faudrait écrire un volume plus considérable que le sien, et le jeu n'en vaudrait pas la chandelle.

J'aborderai d'abord le style; la grammaire, la langue et l'orthographe viendront après.

En parcourant le petit livre de M. Eouthier, je me suis demandé plusieurs fois, pourquoi il avait montré si peu d'impartialité dans la part qu'il faisait à chacun de ses deux compagnons de voyage ; pourquoi il nous

NOTES CRITIQrES. 169

))arlait bi peu de M. Claudio Jannet, qui e^i une célébrité relative, et nous entretenait sans cesse des faits et gestes de M. de Foucault qui, au contraire, est relativement un parfait inconnu ?

Un ami m'a expliqué le mystère.

" Mais vous voyez liien, ni'a-t-il dit, que M. Jannet est tout simplement M. Jannet,— comme M. Eouthier, — tandis que l'autre s'appelle M. le comte ! Il yen a qui ont des faiblesses pour ces choses-là ; pour eux, donner la main à un comte, causer avec un comte, et plus tard pouvoir dire : J'étais avec le comte : le comte et moi nous nous arrêtâmes ; je fis remarquer à M. le comte ; c'est une tentation à laquelle ils ne résistent pas."

Et en etfet. presqu'à chaque ligne du récit de M. Eouthier, vous lisez : le comte, le comte ici, le comte là, M. le comte par-ci, M. le comte par-là. ..et patati et patata...

Un domestique de bonne maison ne ferait ])as mieux. Et toujours avec un grand C, s'il vous plaît. Si M. Claudio-Jannet eîit été duc, les choses eussent été sans doute bien différentes; mais comme il a tout simplement de l'esprit, et qu'il n'est seulement pas baron, la postérité ne saura jamais combien il a fumé de cigarettes de la Pointe-Bleue à Chicoulimi, ni combien il a fait de compliments à M. Eouthier dej^uis la Malbaie jusqu'à Tadousac.

Pourquoi donc cet aplatissement de quelques uns de nos compatriotes devant les gens titrés ? Est-ce que M. Routhier, par exemple, qui par son industrie et son savoir-faire a su atteindre, jeune encore, une position enviable dans son pays, ne se croirait pas par hasaj'd Végix\ de M. de Foucault, — parce que celui ci a hérité d'un titre qu'il n'aurait probablement jamais gagné lui-

même? Il en a tout l'air; mais je ne lui en fais piw mon compliment.

Pas plu.s que de son style.

Je le répète, le style de M. lîoutliier m'a désappointé uu suprême. Il n'a ni vigueur, ni forme, ni couleur. (J'est languissant, froid, terne, et d'un terre-à-terre achevé ; c'est à peine si, vers le milieu du volume, une description un peu hardie et un peu vive, vient rompre par-ci par-là la moj)Otonie d'un récit sans vie comme sans intérêt, où les incori-ect.ions de langage foisonnent.

Dans sa préface, l'auteur dit qu'il s'est efforcé de rendre son l'écit gracieux en même temps que fidèle, et, que la vérité exigeait qu'il iut poétique. Eh bien, là, en conscience, si c'est de cette façon que M. Routhier «•omprend la grâce et la poésie, nous ne nous entendons ])as sui" les mots.

Donnons un exemple de cette grâce et de cette poésie :

"Il y avait parmi les conserves de MM. Massé et Frères de» pâtés d'ortolan. . .

Au singulier : voilà un ortolan d'une espèce rare. On ne dira pas que c'est un petit oi--e<ni, celui là !

. . .des pâtés d'ortolan trufl'és qui nous semblaient un peu lourd» pour nos estomacs, et nous les fîmes goûter â Tomachiche pour savoir ce que son estomac en dirait. Mais le colosse les a avalés (admirez la concordance des temps) sans les ffoûter, et son eatomur n'en a rien dit ; on ne sait même pas s'il on a eu connaissance.

" Rien ne met en belle humeur comme un egtomac content. Or, après le déjeuner que nous venons de prendre, tous les eslomao' paraissent satisfaits.

" Les canots seuls semblent moins légers."

Cinq fois le mot estomac en treize lignes ! Si c'est là de la grâce, je consens à trouver poétiques ces canots

^f(»TEs CRITIQUES. 171

que semblent aloiinlir les estomacs rejius de ceux qui les montent.

Mais ce n'est pas seulement à la giâce et à la poésie que vise M. Routhier, il vise aussi à l'esprit. 11 faut voir coniment il atteint le but :

" C'est donc dans ces eaux que notre spiritufl ami, M. l'abbé Paquet, s'est montré — à ceux qui l'ont vu — excellent chasseur et canotier hors-ligne (avec un trait d'union.)

" Au moment où je parle ainsi, des canards se lèvent à l'avant du bateau, comme si le nom seul de leur grand ennemi les eut réveillés, et ils s'enfuient à tire d'aile (sans trait d'union). Peutêtre aussi est-ce de l'ironie, et battent-ils des ailes pour me prouver qu'ils sont encore de ce monde, et que leur vie est belle, en dépit des prouesses des chasseurs ! '

L'esprit qu'on veut avoir frâte celui qu'on a.

a dit Gresset ; et Montesquieu a dit plus énergiquement encore: " Quand on court après l'esprit on attrape la sottise." Molière s'est admirablement moqué de ceu.K qui font de l'esprit forcé. M. Routbier devi-ait relire les Précieuses ridinu'es.

Veut-il nous donner une idée de l'allure d'un original, qu'il appelle le gravd seigiipur de vos forêts, et quelques lignes plus bas, le seûjnenr de nos grands hois, admirez la comparaison :

"On eut dit (toujours à l'indicatifi Victor Hugo songeant, et traçant dans son esprit les grandes lignes de sa Légende des

Siècles ! "

Bigre !

Deux pages plus loin, parlant d'un Anglais (jui avait tenté inutilement de tuer une bête si noble et si poétique :

" Le retour exigea quatre Jours de marche, dit-il, et le cuisinier, qui était français, disait en regardant son maître : C'eM Xapoléon m revenant de Sedan /"

D'abord, Napoléon III n'est pas revenu de Sedan, et puis ensuite, Jiein !

Tournez lu page et vous trouvez le même nemrod, qui part de Chicoutimi pour le lac Saint- Jean :

' ' Ce n'était pas Napoléon partant pour la Russie, puisque le grand homme de guerre n'emportait toujours avec lui (il faudrait avec soi ) qu'un léger bagage I"

Tournez encore la page ; notre excentrique est affligé d'un spleen que l'harmonium même ne peut dissiper :

" Nouveau Saul, égaré sur cette terre misérable, il n'avait pu y trouver un David!"

Et ainsi de suite. ..Quelle recherche yjrétentieuse ! M. Prudhomme est distancé. Quelquefois M. Ilouiliier veut l'aire des rapprochements ingénieux, et tombe dans le faux le plus complet :

" Mais il y a, dit-il, autant de vies différentes qu'il y a d'espèce» de tleuves et de rivières."

Moi, j'aurais cru qu'il y en avait intiniment pins; mais tournez encore la page et vous verrez la démonstration :

" Le torrent qui sautille, chante, rit, jase constamment, sans s'arrêter nulle part, ai-je besoin de dire que c'est la vie de la feiifime mondaine ? '"

Ainsi, pour trouver un point de comparaison entre une femme mondaine et un torrent, M. Jiouthier imagine un torrent qui sautille, chante, rit et jase. C'est ingénieux, mais un peu trop fort. A la rigueur, on peut comparer un chasseur ;i Napoléon I, à Napoléon 111 et H Saul, dans l'espace de trois pages de dix-huit lignes, pai'ce qu'il n'a pu réussir à tuer nn oriynal qui ressemblait à Victor Hugo; mais imaginer pour les besoins d'une comparaison, un gentil petit torrent qui

chante, qui rit, qui jase e1 qui sautille, bousoir ! Encore une fois c'est trop fort.

M. Eouthier est quelquefois très pittoresque dans ses expressions. Veut-il parler d'un danseur qui se tourmente beaucoup :

" Ses bras et ses jambes en font dvfeu, dit-il."

Et quand la danse est finie, le danseur va-til remercier le pianiste, il lui serre les deux mains, dit-il,

" Ces deux mains qui lui ont procuré de si enivrantes cabrioles."

Des mains qui procurent des cabrioles, c'est ce qui peut s'appeler de la hardiesse de style. Mais feuilletons et citons au hasard. Il n'y a presque pas besoin de commentaires.

" La vague du large, surtout au bout des poitites, est encore un peu forte pour nos canots ..."

En eftet, ces vagues-là devaient êtie d'une foi ce considérable au bovt des pointes, puisqu'à la page précédente, M. Eouthier nous les représente comme portant sur leurs crêtes des embarcations chargées chacune de " cinq hommes et de bagages considérables."

" M. de Foucault et moi avons pour Canotier-en-chef (ce mot-lii méritait bien deux traits d'union avec une majuscule) le bon Tienniche, un des types niontagnais les plus parfaits, et un aviron hors liffne."

Je sais qu'on dit un trompette, un tamboui-, qu'on dit même une bonne fourchette pour un mangeur émérite ; mais dire d'un homme que c'est un aviron, et un aviron hors ligne, c'est forcer un peu le trope.

Une dernière citation pour cette fois :

" Nous citions le grand guerrier allemand Wallenstein qui se garantissait des balles au moyen d'un onguent diabolitjue, fait avec des herbes de sorcier jcuitts et bouillies avec des paroles magiques.'

Wallenstein n'était pas allemand, mais bohémien, monsieur Routhier. Mais après cela, quand on est assez sorcier pour faire bouillir des herbes de sorcier avec des paroles magiques, on peut bien l'être assez pour métamorphoser utj Bohémien en Allemand j c'est encore moins malin.

ni.

J'en étais je crois à démontrer que M. Routhier, pouivouloir être trop minutieux ou trop solennel, tombait souvent dans le faux. Fournissons-en quelques nouveaux exemples :

" Encore quelques heures, et le vent du Nord-Ouest aura si bien (;hassé les nues que nous apercevrons la Voie lactée da?is toute m loTif/ueur . . ."

Il suffit de se rappeler que la voie lactée parcourt circulairement toute l'étendue du ciel en passant audessus de nos têtes, pour saisir l'absui'dité de cette phrase. Pour apercevoir la voie lactée dans toute sa longueur, il faudrait que M. Routhier piàt se trouver aux deux antipodes en même temps. Je veux bien croire que M. Routhier est exceptionnellement doué, mais, je doute fort qu'il ait aussi le don d'ubiquité.

" Puis nous traversons un bois de jeunes taillis."

Mais si ce sont de Jeunes taillis, ce ne peut être un bois. Question de dictionnaire.

" Sous ses vêtements bleus brillait son teint vermeil .' '

Il faut que ces vêtements bleus fussent d'une transparence toute particulière pour que le teint de la personne pût non-seulement s'apercevoir, mais encore briller dessous.

La profondeur des mers soudain n'avait plus d'ombre' Car l'amour de son cœur comme un astre brillait.

Comment trouvez-vous cet amour qui a le privilège d'éclairer même les profondeurs de l'océan ?

L'aurore flamboyait, et la vague bleuâtre

Se moirait sous ses feux des reflets les plus beaux.

L'aube sur les coteaux versait sa lueur fauve.

Tiens, voilà l'aurore qui flamboie en faisant sou8 ses fevx resplendir les vagne.s de reflets éclatant.^, pendant que Vaube, elle, verse limidement sa fauve ^«ewr sur le penchant des coteaux / U faut avouer que cela ne s'accorde guère, à moins que l'aurore n'est dit à l'aube : Tu m'ennuies; laisse-moi faire avec les vagues comme je l'entendrai ; tu t'arrangeras comme tu pourras avec les coteaux.

L'onde la dorlottait ( avec deux t ) comme on fait un enfant Pas besoin de commentaires pour celui-là.

Légère, elle s'enfuit en inclinant sa tête ....

Il s'agit d'une barque.

Puis elle fit alors une course effrénée. . . . Foire une course ; tout comme un commissionnaire.

Comme une brume blanche elle affleura les eaux.

J'ai déjà vu de la brume sur les eaux ; elle était toujours blanche ; mais jamais je ne lai vue faire des courses effrénées. La brume en généi-al n'est pas si pressée ; elle se contente de flotter légèrement au-dessus de l'onde.

Et la Mauve glissait dans des gouffres (sic) ouverts

Où l'on ne voyait plus ces grandes voiles blanches

Mais ]& Mauve filait, agile, ruisselante.

Et poursuivait sa course à travers les brisants,.

ITfi EN CANOT.

Bon marin, n'est-ce pas, ce pécheur, qui, par une effroyable tempête, se lance ainsi toutes voiles dehors à travers les brisants ! Il n'avait pas eu seulement la précaution de prendre un ris. Est-il étonnant qu'il ait fait naufrage? Mais M. Eouthier ajoute que

Les rivages déjà s'approchaient souriants !

Et en eifet des rivages entourés de brisants do\v»nt être très rassurants pendant une tempête. Entin, la barque se brise et sombre ; le marin veut sauver sa femme et son enfant, cette petite dont l'amour éclairait le fond de la mer, et dont on voyait briller le teint à travers sa robe bleue.

Et d'une main nageant, fendant la vague folle, De l'autre il soulevait son fardeau triomphant.

Un singulier moment pour triompher !

Qu'il était beau de voir sur la vague profonde Ce groupe naufragé luttant contre la mort !

Voilà une exclamation qui ne me semble i)as empreinte d'un grand sentiment d'humanité. Je la trouve d'autant plus extraordinaire que M. Eouthier vient de me dire que les anges qui voltigent par delà les étoiles ont tous pleuré en voyant cet accident.

Mais une Dame éclatante vient au secours des malheureux qui se noient :

C'était la Vierge Sainte, espoir du naufragé ; Elle avait vu flotter sur la vague écumante Comme un lambeau d'azur à demi submergé.

Tout comme quelqu'un qui n'aurait pas su ce que c'était. Puis on voit :

la vision céleste

Essayer darracher d'une maAn forte et leste. î

Son enfant bien-airaée à l'humide tombeau.

Très nenf r humide tombeau ; sans compter cette vision dont la main forte et leste fait des efforts pour arracher etc.

Mais le fardeau parut d'une lourdeur extrême.

Vous voyez d'ici la vision mystérieuse obligée d'y mettre toute la vigueur de poigne dont elle peut disposer.

La Vierge, souriant alors aux flots glacés, S'élança de la mer cPun coup d'aile suprême.

Allons, voilà la sainte Vierge avec des ailes maintenant ! C'est plus nouveau que les gouffres amers et Vhumi.de tombeau.

Mais revenons à la prose.

M. Routhier nous parle des enfants gras et joufflus qui s'ébattent sur les perrons d'Hébertville :

<' Le teint bruni de leurs figures dénote chez eux l'amour du soleil, et l'horreur des chapeaux."

Quand on parle du teint, c'est ordinairement de celui du visage qu'il s'agit ; à moins que, comme M. E.outhier nous le donne à entendre, les enfants d'Hébertville ne soient, comme la rhétorique, doués de plusieurs figures.

Je puis faire la même remarque à propos des Monlagnais, qui ont, dit M. Routhier :

" Les pommettes des joues très saillantes."

Comme, suivant tous les dictionnaires, le mot y>omwteif^e signitie la partie la plus saillante de la joue audessous de l'œil, il s'ensuit qu'il était suffisant à lui seul pour expi-imer l'idée de M. lîouthier; mai** oc dernier a peut-être voulu insinuer que ces intéressants sauvages ont d'autres pommettes que celles des joues, (''est encore possible.

Une autre remarque analogue. M. Eouthier dit en parlant d'une jeune tille :

" Son habilité (sic.) à yeler l'écorce du bouleau."

Puisque jDe/er veut dire enlever l'écorce, il fallait dire peler le bouleau tout simplement. C'est comme qui dirait: peler la pelure d'une pêche.

Mais continuons :

" La rivière se creuse et s'élargit à la fois."

Toutes les règles'cle la physique renversées, cela me fait rêver ! Une rivière qui se creuse et s'élargit en même temps, voilà un phénomène que M. Eouthier devrait bien nous expliquer. De même que cette autre phrase qui se trouve dans la même page :

" Elle (la nature) attend son bien-airaé, le soleil, que la lumière précède comme un avant-coureur, mais qui n!a pas encore montré sa Jace rayonnante dans le fond des ravins."

Ça je crois, comme disent les Belges.

Le soleil montrer sa face rayonnante dans le fond des ravins, c'aurait été par trop miraculeux. M. Eouthier nous aflSrme que la chose n'a pas eu lieu ; allons tant mieux.

Tandis que j'ai cette page sous la main, finissons-en avec elle :

" On dirait des falbalas de dentelle blanche sur des xohas foncées."

Pas français, cher monsieur Eouthier ; il faut des robes de couleur foncée. Le vaoi foncé, quand il n'est pas accolé aux mots couleur, teinte ou nuance, veut dire qui a un fond, ou qui a de l'argent.

" A demi voilés par des vapeurs de l'aurore, les sapins^ et les épinettes dressent leurs cônes immobiles au bord des falaises tantôt abruptes, tantôt en^jenie douce. .,"

Des falaises en pente douce, voilà qui est rare; car tous les dictionnaires nous disent que les falaises sont des rochers escarpés. M. Eouthier inventera quelque jour les angles ronds.

Mais cela n'est pas pire que ce canot qui glisse comme Jièche ENTRE les arches d'un pont (page 157), car pour glisser entre les arches d'un pont, il faut passer à travers les piles ; ce qui est un tour de force. Ce n'est pas pire non plus que ce magnifique paiwrama qui se déroule sur nos yeux (page 187) ; ni que ce sillon blanc qui se précipite du haut d'une montagne (page 79) ; ni que ces canots effleurant l'écume des vagues (page 83) ; ni que ces chansons qui ^'harmonisent avec les coups d'aviron (page 91) ; ni que ce traitre g-w?' sé" hérisse comme un Iroquois (page 93) ; ni que ces Ilots innombrables qui r'ERXiEUT les plus charmantes villas (page 127); ni que cette pièce d'eau qui sépare le caj) Trinité du cap Paternité (page 196).

Suivant tous les dictionnaires, une pièce d'eau est une grande quantité d'eau retenue dans un espace creusé en terre pour l'embellissement d'un parc, d'un jardin. M. Eouthier commet la même faute à la page 187 où il découvre des jjièces d'eau au milieu des bois.

Mais on n'y regarde pas de si près quand, pour prendre son repas, on s'arrête de préférence dans quelque épais fourré (page 111) sans réfléchir qu'un fourré est déjà, suivant l'Académie, un endroit où il y a un assemblage épais d'arbrisseaux, d'arbustes et de broussailles, et qu'un épais fourré doit être d'un abord encore plus ditïicile.

Après cela, on peut bien paver sa tente de branches. (même page ! )

On jonche avec les branches monsieur Eouthier, on pave avec des pavés, et l'on tâche de parler français.

Terminons cet article par trois citations :

" Ça et là, dans les endroits où le feu a dévoré les grands bois et n'y laisse plus (admirable concordance des temps) que des souches noires et de grands squelettes calcinés, le sol est courert de grandes bruyères . . , . "

Trois fois le mot grand dans une phrase, avec une faute de syntaxe, c'est bien raisonnable.

" Les courants se déchaînent et le mouvement accroît leur puissance. Ils se rencontrent, ils se combattent, et les ondes qu'ils charrient se resserrent, s'écrasent, tournant sur elles-mêmes, et décrivant des spirales qui attirent comme des gorges profondes tous les objets passant à la surface."

Jjes gorges profondes n'ont pas que je sache pour propriété d'attirer les objets qui passent à la surface ; mais cela peut s'accorder avec ces courants qui charrient des ondes et dont le mouvement accroît la puissance, puisque ce sont les ondes qui font le courant, et que celui-ci n'est autre chose que le mouvement lui-même.

•' Cependant M. Jannet désire beaucoup voir les grands tributaires du Lac, ou l'un d'eux, et nous décidons que nous poursuivrons notre course jusqu'à la rivière Matassini, dans laquelle nous remonterons quelques milles."

Un autre aimerait mieux remonter la rivière pendant quelques milles; M. Routhier, lui, préfère remonter des milles dans la rivière. Tous les goîjts sont dans la nature, même celui de dire des absurdités.

J'ai déjà cité quelques unes des incorrections de langage et des fautes de syntaxe qui émaillent le livre de l'honorable juge Routhier. Je n'ai qu'à feuilleter au hasard pour en trouver à foison. Et qu'on ne croit pas que j'exagère, les preuves sont faciles à donner,

Page 28, M. Routhier dit:

Je suppose que l'écossais (avec une minuscule) ne peut bien dormir qu'après avoir sauté son réel.'"

Grosse faute de français. Quand il est employé activement, le verbe sauter signifie franchir: Sauté un fossé. Or, comme il ne s'agit pas ici de franchir un réel, ])Our êti-e correct M. Routhier aurait dià écrire : Danser son réel.

Deux pages plus loin, je trouve cette phrase : " L'excellent M. Hébert avait déjà enffa</é deux voitures. . ." Grosse faute de français. On ne peut pas engager des voitures; on engage un cocher, un voiturier, et l'on retient une voiture. C'est élémentaire. Je tourne la page et je découvre ceci : " Quand il tombe (il s'agit de chant) sur un morceau que je connais, nous disons un duo."

Cette acception du verbe dire, n'est pas française. Il est vrai que dans l'argot des ai-tistes on l'emploie quelquefois comme synonyme de chanter: Dire une romance ; dire un morceau. Mais alors ce vocable exprime plus particulièrement l'idée d'une belle diction ; et par conséquent, même en argot de théâtre, il serait absurde de s'en servir à propos d'un duo, surtout lorsqu'on n'a pas l'intention de qualifier la manière dont il a été chanté.

Quelques lignes plus bas la petite caravane étant arrivée au Gr'indBrulé, elle reçoit l'hospitalité du curé qui la régale d'excellents gâteaux ( sans accent circonflexe ) et de Bordeaux ( avec un grand E ).

" Ce n'est pas encore la sauvagerie, dit M. Routhier? '

Nouvelle faute de franf;ais. Le mot sauvagerie ne signifie pas du tout le paya des sauvages ; il signifie l'humeur sauvage. Il y a de la sauvagerie dans son caractère. Ne pus confondre.

Page 38, je lis cette jjhrase :

" On dit toujours qu'il y a plus d'esprit dans deux têtes que dan» tme, et je me hâte d'aider mon ami. ..."

Aider quelqv!un veut dire lui porter secoui'H en général ; Uîais quand l'aide est momentanée et pour un objet déterminé, on dit : aider à quelqu'un. Tous les grammairiens sont d'accord là-dessus. Or, comme il ne s'agit [):is ici de secourir M. de Foucault, mais de lui aider à remonter un fusil, il s'ensuit que M. Koulhier a commis la une autre grosse faute de français.

Page suivante :

" Nous nous arrêtons aux framboises et aux bleuets qui bordent la route. "

En français bleuet est une petite fleur. Mais comme M. Eouthier prend évidemment ce mot dans le sens qu'on lui donne nu Canada, il fïiit tout simplement une faute. C'est airelles qu'il fallait dire. Parce que nous appelons ici les groseilles à grappe des gadelles, et des pommes de terre des patates, on n'a pas le droit de s'exprimer ainsi quand on écrit un livre; ou tout au moins on souligne. M. Eouthier souligne bien goûter et harmonium deux mots qui sont du français très académique.

Je puis faire la même remarque au sujet des mots ilet, soda et traîne sauvage, dont M. Eouthier se sert, et qui n'ont jamais été français; du mot billot que M. Eouthier emploie dans le sens de bois de grume ; du mot madrier dans le sens de planche de pin; du mot tourniquet dans le sens de remous; du mot piastre dans le sens de dollar ; du mot dalle dans le sens de buse ; du mot ménage dans le sens d'attirail ; du mot galerie dans le sens de balcon ou de véranda ; du mot aviron dans le sens de pagaie, et du mot appartement dans le sens de salon de bateau à vapeur !

L'aviron est une rame tout simplement; et l'opparternent — on ne saurait trop appuyer là-dessus — est une suite de pièces pour le logement d'une famille. Ce mot n'est aucunement synonyme de chambre ou de salle. Quand on se pique de savoir sa langue on ne fuit pas de ces fautes-là. Il ne suffit pas de parler canadien ; il faut parler français.

Page 48, je trouve le vers suivant :

" Kerville gur la grève, (avec un accent circonflexe) ap/iureillail la Mauve. "

Grosse faute de français. En terme de marine, le verbe appareiller est neutre, et par conséquent ne peut pas avoir de régime direct.

Page suivante :

"Ils partirent tous trois, et la blanche nacelle . . . . "

J'ouvre le dictionnaire de l'Académie, et au mot nacelle, je trouve . Petit bateau qui n'a ni mât ni voile. Oi-, dans la pièce de vers de M. Eouthier cette nacelle a (les mâts et même un beaupré.

" Admirez ce beaupré, cette mâture haute. "

Et des voiles donc ;

Son nom était la Mauve, et sous ses quatre roiks. Elle glissait sur l'eau comme l'oiseau des mers. "

TouiMions la feuille :

" Et leurs yeux contemplaient leur enfant bien-aimé. "

Enfant est des deux genres ; masculin quand il s'agit d'un garçon; féminin quand il s'agit d'une tille. Oi", comme nous sommes dans ce dernier cas, il fallait bien aimée au féminin. Et ce ne peut être là une laute d'irnjiression, car le mot est à la rime.

Page 58, h propos de cette fameuse nacelle à quatre voiles, M. jRouthier écrit :

" J'en veux bâtir une autre. . . "

On construit un vaisseau, une embarcation, monsieur Kouthier. Bâtir ne s'emploie que pour les maisons, les ponts, etc. — Bâtir un navire ou une barque est une faute de français.

Tournons encore la feuille :

" A partir d'Hébertville la route est accidentée de grandes côtes et de petits lacs."

Faute de français. Accidentée n'est pas un participe, puisque le verbe accidenter n'existe pas. C'est un adjectif absolu ; et par conséquent on ne peut pas dire : accidenté de quelque chose.

Page 64 :

"Le Rév. M. Hébert (tout comme si ce respectable curé était un ministre protestant) dit aussi quelques mots, et à la suggestion du P. Laçasse (ici le révérend serait permis,) l'auditoire pousse des hourras enthousiastes. . . "

Ce brave père Laçasse ne méritait pas cette injure de la part de M. Eouthier.

Voyons, mon cher juge, n'oubliez donc pas que le mot suggestion ne s'emploie jamais qu'en mauvaise part : Les suggestions de V esprit du mal. Tous les dictionnaires vous diront cela. Pauvre père Laçasse !

La phrase suivante contient une atrocité :

" Le mot de la fin du P. Laçasse devant toujours être une originalité, il propose à ses auditeurs, etc."

Alors c'est le mot qui propose. Pauvre grammaire ! Page 78 :

" Ah I lecteurs, c'est alors qu'il eut (à l'indicatif) fallu voir Tienniche, sombre et solennel, se détachant sur le fond gris du grand lac, la tête nue et /jro^Zée dans la clarté des étoiles, l'œil fixé sur \2k pince du canot. . ."

D'abord le mot pince, dans cette acception, n'a jamais été français ; et ensuite, d'après l'Académie, le vei-be profiler ne doit s'employer qu'en terme d'architecture.

Même page : "^'^^

"L'inspiré, c'est le titre que je lui ai donné ce soh-fa et il en avait vraiment l'air."

L'air de quoi ? l'air du titre ! Il fallait : et il avait vraiment l'air de Vêtre.

Page 82 :

" Et vers 8 heures [en chiffre] nous partîmes nous-mêmet en canot."

Nous partîmes nous-mêmes. S'ils partirent, que diable ! ce ne pouvaient être q^i\'e.ux-7némes. M. Routhier voulait évidemment dire : de noire côté. Il aurait dû le dire.

Tournons toujours la feuille :

" Elle portait une jupe de flanelle, un mantelet d indienne, et un mouchoir rouge et jaune enroulé autour de la tête, et attaché de manière à former près des tempes d& singulières oreillettes"

Singulières est le mot. M. Kouthier ignore donc ce ([ue c'est que les oreillettes Qu'il ouvre le premier dictionnaire qui lui tombera sous la main ; il verra que ce mot est un terme d'anatomie qui ne signifie pas autre chose que certaines cavités du cœur. Hein ! c'est loin du mouchoir enroulé autour de la tèle !

Et puis, il y a ce mot mantelet que M. Routhier emploie évidemment ici dans le sens canadien, c'est-àdire dans le sens d'une espèce de gilet que les femmes se serrent autour de la taille et dont le bas retombe un peu sur la jupe. En français un mantelet est un petit manteau. Avant d'écrire des livres il faut savoir toutes ces choses-là, si l'on veut être compris par d'autres que par les gens de Saint e-Kose.

Tl faut savoir aussi, qn'nn foulard est toujours en soie ou en soie et coton ; de sorte que lorsque M. Routhiei-, page 88, parle d'un foulard d'indienne, il fait un contresens. ^

Paiçe 94, M. JRoutliier éil^

" Ni riiii ni l'autre h'.î/ songeaient. "

Kst-ce parce qu'il y a trois ni de suite — ce qui n'est pas fort élégant — que l'auteur met le vei'bf au pluriel ? Jl devrait savoir que quand l'action se fait individuellement, après 7ii l'un ni l'autre, le vei-be se met toujours au singulier.

Page 100, M. Routhier parle de la chambre d'un yatch' (sic). Or, le rtiot chambre, dans le sens de pièce, ne s'emploie que pour les maisons. En tei'me de marine, on dit cabine.

A la page 102, M. Jiouthier dit :

"Etjo repousse pour nous trois l'épithète que Je viens d'écrire comme titre. "

C'est au moins là une inexactitude, cai- le titre porte: Un excentrique. Ce n'est pas là une épithète. C'est un substantif: un substantif que l'Acaiiémie rejette; mais le mot n'en est pas moins employé substantivement par M. Eouthier.

Assez pour aujourd'hui ; mais je n'ai pas fini ; la mine est féconde.

Eeprenons notre revue critique où je l'ai laissée. A la page 104 du petit livre de M. Routhier, je lis :

" L'américain (sans majuscule) Corsican qui avait jt>anc /a«Ve le tour de la mer Rouge etc."

Parié faire n'a jamais été fi-ançais. 11 faudrait : parié qu'il ferait.

Page IIG :

"Un matin, il débarqua à Chicoutimi, accorapagué de son personnel domestique ordinaire."

Pa8 français noo plus. Personnel veut dire eiiseniltlc lie personnes attachées à un service public. Personnel domestique est par conséquent un non-sens.

Page suivante :

" Et jusqu'à un harmonium (souligné comme un mot qui n(^ serait pas français) qu"un Jeuiie pianiste ,/oi/faY pour lu distraire."

On peut jouer sur l'harmonium ou de rharnionium, monsieur Eouthier ; mais on ne joue pa^s un harmonium. C'est une grosse faute de français.

Même page :

" Il possédait une seine en soie tordue."

Pas français. Suivant l'Académie, il faut dire en soie toi' se.

Page 121 :

" Lord G. se fit installer dans un fauteuil à quelques pieds «lu gardien de son cuisinier, avec un domestique tenant une ombrelle sur sa tête. . ."

Sur la tête de qui ? Sur celle du domestique, sur celle de lord G., sur celle du cuisinier, ou sur celle du gardien du cuisinier ? S'il y a jamais eu am])hil)ologie, c'est bien dan 5 ce cas-ci, ou je ne sais plus ce que c'est.

Page suivante :

" Il fr«ta (avec un accent circonflexe) cette goélette (avec un tréma) et chargea le capitaine, à raison de $300 pour le voyage, d'aller etc."

Pas français du totrtrr A raison de, suivant tous les dictionnaires, est une locution qui veut ilire à proportion de, sur le pied de ; elle n'a jamais signifié por(r le prix de ; c'est du canayen tout pur.

Pajje 127, M. Routhier fait serpenter des lagunes mineuses. Ov, comme des lagunes ne sont que de petits lacs ou des flasques d'eau dans les lieux marécageux, on sent qu'elles ne peuvent guèa-e être sinueuses ni serpenter beaucoup ; l'absurdité de la chose saute surtout aux yeux, quand on sait que, dans le cas présent, il s'agit d'un fleuve qui baigne un archipel.

Page 130, M. Eouthier nous dit qu'il a mangé du dinde rôti. Depuis quand dinde est-il du masculin ?

Il n'est pas défendu, même quand oti voyage avec M. Claudio Jannet et le comte de Foucault, de savoir faire la difl'érence entre une dinde et un dindon. Que M. Routhier ait mangé de la dinde rôtie ou du dindon rôti, il ne nous importe guère; le susdit volatile aurait même pu être bouUi sans influer sur la conjonction des planètes; mais ce qui est important c'est de savoir un peu sa langue, quand on écrit des livres.

Dinde peut être masculin quand il est employé abusivement, voilà tout.

Page 134, M Routhier dit, en parlant du R. P. Lacasse :

" Les sauvages de ces missions lointaines l'appréciaient énormément.''

Or, comme énormément signifle itvec excès, on sent immédiatement tout ce que cette expression a d'absurde dans un cas semblable.

Mais voici quelque chose de curieux.

Je lis à la page, 137 :

" L'entrée de la décharge est fermée par une écluse dans laquelle 8'ouvre une fflis.toire assez étroite.''

Et page 184 ;

" .... Et une autre partie i une large Jalle qui sert de glissoire aux billots de la maison Price. "

Ce ne peut être là une faute d'impression par conséquent. Or, une glissoire n'est pas autre chose qu'un chemin frayé sur la glace ]K)ur y glisser par amusement. Il est probable cependant que M. Routhier a voulu parler d'un glissoire, espèce de couloir ménagé sur le penchant d'une montagne pour faire descendre le bois coupé. Ainsi, glissoire, dalle, billots. Trois fautes de français dans une toute petite phrase, c'est bien raisonnable.

Page 138 :

. . , . " J'aperçois Tienniche et Patrick en cannot descendant comme un vertige. "

Un vertige qui descend ! Je crois que le vertige a plutôt pour habitude de monter. La comparaison est quelque peu vertigineuse.

Page U3 :

"Nous nous recouchons .\ demi dans nos langoureuse voitures décorée. '"

Certes, voilà une étrange épithète pour des voitures d'écorce ! Des voitures d'écorce langoureuses, c'est-àdire en langueur, faibles et malades ! c'est un peu risqué, on l'admettra. M. Routhier a pi-obablcment voulu dire souples et moelleuses. Il aurait dû le dire alors.

Page 157, l'auteur parle d'une baitxire de roche qui barre entièrement la rivière. Or, comme l'Académie nous dit qu'une batture est un écueil plat sur lequel reau ne brise pas, ']o trouve étrange que M. Routhier dise cinq lignes plus bas en parlant de cette batture :

" Je lui montre de loin la barre décume qui les menace. "

Evidemment il ne connaît pas la signification du mot batture. Il faudra apprendre cela.

Firge 164 :

" Un rameur qui n'est pas chiche < De ses grands coups d'aviron,

C'est l'énorme Thomachiche Qui vaut seul un escadron. "

Voilà les rameurs par escadrons maintenant ! C'est !a première fois que j'entends parler de rameurs à cheval. Cela mériterait de tnjuver place dans une opérette d'Offenbach. Est-il permis de martyriser ainsi une pauvre langue ?

Page 170, M. Eouthier fait heurter les flots avec désordre, et fait interrompre le- vagues, sous prétexte de les arrêter. Page 175, il fait accueillir quelqu'un avec des vivats; et deux lignes plus bas, il dit :

" Un seul coup à^aviron nous relance au milieu du courant, et nous /"«/sons alors une course effrénée."

Mais, cher monsieur Routhier, relancer n'est pas du tout ce qu'un vain peuple j)ense. f]n terme de chasse, il se dit en parlant des bêles fauves qu'on fait partir une seconde fois ; ce ne peut être le cas actuel. En terme ordinaire il ne veut pas dire lancer de nouveau, comme vous semble/, le ci-oire, mais il signifie aller chercher quelqu'un oi^i il est. Une autre faute de français, hélas !

Quant à la fin de la phrase, on sait ce que faire une course signifie ; j'en ai déjà dit un mot.

Page 184, l'auteur parle des ondes violentes livrées à toutes les caprices de la fureur. Ce doit être une faute d'impression ; il n'est pas permis d'ignorer le genre du mot caprice.

Page suivante :

" Il y a des/rançais et des/rançaise, des canadiens et des canadiennes (tout cela sans majuscules) dont les oreilles ont dû tinter alors."

Pas français du tout.- Il faut à qui les oreilles ont dû tinter. Il y a ici une nuance sur laquelle tous les grammairiens s'entendent.

Même page :

" Mais il est entendu que ce serait une colonie d'été, une villêffialure."

Pas français le mot villégiature dans cette acception. Ce mot n'a jamais signifié nn lieu où l'on passe l'été, mais le séjour même que l'on fait à la campagne pendant la belle saison, C'est bien différent. ' Enfin, M. Eouthier dit les varechs pour le varech; il appelle les habitants de Toronto, d'Ottawa, de Montréal et de Québec, une société cosmopolite; il nous montre \u^ pU village d'hôtels et de cottages; il dit bureau d'avoôat, quand il devrait savoir que cela s'appelle une étude ; il dit tes épidermes des marsouins, au lieu de Vépidervxe, et ainsi de suite. Ce serait trop long à passer en revue.

Il est temps du reste, que je dise un mot de l'orthographe plus que capricieuse du savant juge.

M. Eouthier écrit dorlottait et sanglottant avec deux t, hoteWier avec deux /, caravanne avec deux 71, qou'.'re avec un seul /, sjrène et ellyptique avec des y, une demie-heure avec un e, habilité avec un t, trainaux, au lieu de traîneaux, audessous, pardessus, tandisque en un seul mot, et yatch au lieu de j^acht.

Cette dernière faute est même répétée cinq fois.

M. Eouthier a aussi découvert un nouvel ojiéra tic Wagner, le Thahauser ; peut-être veut-il parler du Tan7ihauser.

Il met des traits d'union à hors-ligne, à bateauàvapeur, ■^i pur-sang, k tout-à-coup, à tout- à-fait, à canotier-en-chef: mais en revanche, il n'en met pas à tiie-d'aile, ni à

au-dessus, ni à par-dessus, ni à demi mille, ni à demi-cercle, ni -4 hors-d'œuvre, ni à St-Jéi'ôme, ni à St- Urbain qu'il écrit toujours avec le point anglais.

Mais c'est dans les accents surtout que M. Routhier s'embrouille. Il écrit rafraîchir, trainer, maître, il parait, diner, reconnaitre, entrainer, fraîchir, connaître, gaiment, idolâtrie, on eut dit, il plait, fraîche, voûte, gâteaux, goûter, nous mimes, Burcroit, lie, ilôt, plutôt, affût, gaité, croître, sans accents circonflexes.

Mais comme compensation, je suppose, il en met sur arôme, sur poème, sur elle dût, sur fréter, sur il dût, sur zone et sur grève.

Il met des accents graves sur événement, sur refléter, sur rêverie, sur yious répétons, sur Q.om\)\ et émeut; d'un autre côté il écrit je m'assiérai, cathédrale, voila, siège, ce soir-la, répercute, etc, et il met un tréma sur goélette, malgré l'Académie qui écrit ce mot avec un accent aigu.

Une autre chose qui embarrasse terriblement M. Kouthier, c'est l'emploi des majuscules. Il écrit Gouvernement, Palais, Voie lactée. Budget, du Bordeaux, Saint Pierre, le Comte, le Président, Novembre, Chapelle, Club, Milord ; en revanche, il écrit un canadien, un écossais, un américain, un montagnais ; c'est un système.

Ce sont des bagatelles, cela, si l'on veut ; mais c'est de ces bagatelles que se compose l'orthographe. Il n'est pas plus permis d'écrire la grève que la graive. Tout cela nous était compté bel et bien pour des taules au collège; et je ne vois pas pourquoi les écrivains, que la jeunesse est appelée à prendre pour modèles, auraient le droit de faire des fautes qu'on blâme chez de tout petits enfants. ■

Pourquoi, par exemple, M. Routhier aurait-il le droit de mettre l'heure du jour, le jour du mois, et un nombre

quelconque de personnes, en chiffres, dans le cours d'une phrase, quand cela est défendu par les règles ?

Pourquoi M. Routhier écrit-il toujours A. M. et P. JL ]joar avant-midi et après-midi ? Il devrait savoir que ces abréviations latines ne s'emploient qu'en anglais et jamais en français?

Enfin disons à M. Routhier que il y a fait hiatus, et par conséquent ne peut entrer dans un vers. Et tout bien considéré, il admettra que son petit livre n'a guère de stjde et renferme beaucoup de fautes de tous genres; je l'ai prouvé. Ceux qui ont dit le contraire — s'ils y entendent quelque chose — ne l'ont pas lu ; voilà tout.

Maintenant que certains journaux me traitent de petit avocat de pas grand' chose, qui ose faire la lefon aux juges ; je réponds que quand M. Routhier se fait écrivain, je ne le considère plus comme juge, et j'ai droit de le critiquer, — non pas que j'aie le moindre plaisir à lui être désagréable, mais parce que je sympathise avec ceux qui ont fait une croisade contre la manière dont on parle et écrit le français dans ce pays.

Il nous faut une réibrmc, dans nos journaux et dans nos collèges'; et pour cela il fîiut bien que nos écrivains ])rennent l'initiative.

Or, si l'on continue à proclamer chefs-d'œuvre des horreurs comme cell-es que je viens d'énumérer, on n'y ])arviendra jamais. Il faut que cela cesse.

Léon Lorrain.

StJean d'Iberville, 20 juin 1881.

M. Louis Frécliette et Sarali Beriihardt

 SARAH BERiHARDT.

Salut, Saïah ! Salut, charmante dona Sol ! Lorsque ton pied mignon vient fouler notre sol,

Notre sol tout couvert de givre, Est-ce un frisson d'orgueil ou d'amour ? je ne sais ; Mais nous sentons courir dans notre sang français

Quelque chose qui nous enivre !

Femme vaillante au cœur saturé d'idéal, Puisque tu n'as pas craint notre ciel boréal,

Ni redouté nos froids sévères, Merci ! De l'âpre hiver pour longtemps prisonniers, Nous rêvons à ta vue aux rayons printaniers

Qui font fleurir les primevers !

Oui, c'est au doux printemps que tu nous fais rêver I Oiseau des pays bleus, lorsque tu viens braver

L'horreur de nos saisons perfides, Aux clairs rayonnements d'un chaud soleil do Mai, Nous croyons voir, du fond d'un l>osquet parfumé.,

Surgir la reine des sylphides

Mais non : de floréal ni du blond messidor, Tu n'es pas, ô Sarah. la fée aux ailes d'or

Qui vient répandre l'ambroisie ; Nous saluons en toi l'artiste radieux Qui sut cueillir d'assaut dans le jardin des dieux

Toutes les fleurs de poésie !

Que sous ta main la toile anime son réseau 5 Que le paros brillant vive sous ton ciseaxi,

Ou l'argile sous ton doigt rose ; Que sur la scène, au bruit délirant des bravos, En types toujours vrais, quoique toujours nouv«vux.

Ton talent se métamorphose ;

198 M. Lotis fRÉCttEîfË

Soit (jue, peintre admirable ou sculpteur souverain^ Toi-même oses ravir la muse au front serein,

A te sourire toujours prête ; Soit qu'aux mille vivats de la foule à genoux, Des grands maîtres anciens ou modernes, poiu- nou8

Ta voix se fasse l'interprète ;

î)es bords de la Tamise aux bords du Saint^Laurent, Qu'il soit enfant du peuple ou brille au premier rang,

Laissant glapir la calomnie, Tour à tour par ton œuvre et ta grâce enchanté Chacun courbe le front devant la majesté

De ton universel génie !

Salut donc, ô Sarah 1 salut, ô dona sol I Lorsque ton pied mignon vient fouler notre sol,

Te montrer de l'indifférence — Serait i\ notre sang nous-mêmes faire affront :

Car l'étoile qui luit la plus belle à ton front,

C'est encor celle de la France !

Loois Fréchette, Montréal, 22 décembre 1880.

M. Louis Fréchetle et Sarali Bernliardt.

M. Fréchette ne veut pus qu'on l'oublie, et il revient à sa métromanie.

Avoir vu ses vers couronnés par l'Académie, c'est riatteur sans doute ; mais c'est e'tonnant comme le publieen perd vite le souvenir ! D'ailleurs, ce n'est plus guère à ia mode, l'Académie.

11 y a tant d'imbéciles qui y sont entrés, et tant de pénies qui sont restés à ia porte I On y voit encore jiiijourd'hui tant d'arlequins mêlés à tant de momies! Mais surtout les quais sont tellement encombrés d'ouvrages qu'elle a couronnés !

Enfin ! M. Fréchette ne croit pas ses lauriers suffi- Nunts pour dormir dessus, et il en veut d'autres. La venue de Sarah Bernliardt lui a semblé une bonne occasion de faire parler de lui, et dans son empressement de se faire connaître comme jioète à la comédienne, il est allé jusqu'à St. Albans lui dire des vers (.'omposés en son honneur!

Rendons justice au poète-lauréat, il a joué là une comédie qui éclipse Papineau et même le Retour de V Exilé qui n'est pas de lui !

Qu'on se représente, dans une gare de chemin de ter, Sarah Bernhai-dt descendant d'un wagon dont le mouvement lui a donné le mal de mer, pâle ou plutôt jaune^ étirée; lasse et plus maigre que jamais— et M. Fréchette essoufflé, boursoufflé, rii-he en couleur,

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