‹ Les guêpes canadiennes, compilées et annotéesChapitre 12 sur 57 · M. LE RÉDACTEUR · texte numérisé non relu

M. LE RÉDACTEUR

Vous me pardonnerez, je l'espère, si je ne ^tiiH pnn régalier dans mes rapports avec vous. C'est tout ou rien, et je vous arrive par sauts et par bonds, me faisant attendre longtemps, mais portant avec moi un lourd butin. Vous me répondrez sans doute *< ne vous gênez pas, votre hospitalité est si copieuse que nous vivonF« longtemps, sur la chasse que vous apportez, et le rcpo» n'est pas de trop pour une digestion pareille."

Ha dernière vous est à peine arrivée, qu'en voicfc venir une autre, celle-ci, moins robuste, mais conservant (cependant l'air de famille. Je vous avouerai pourtant, qu'il me vient des moments d*inquiétude, et je ne pnit* pas jurer, que la crainte m'abandonne complètement dans mes meilleures heures. On me demande partout comme à tout le monde, qui est Biaise, ce Jeansans^ Peur, qui ose ainsi appeler les choses par leur nom. Si mes professeurs venaient à me découvrir, et surtout mon frofe9»env de procédure, * cet homme si rancunier, et si ingénieux, dc^ns ses vengeances, je pourrais bien passer de mauvais moments a l'université. On peut trouver tant de prétextes pour sacrifier un pauvre étudiant, et le jour de Texamen a pour lui, vous le savez, bien des périls. La note peut être: mauvais, bien, trèsbien. L'élève le plus fort, ne peut tenir contre le mauvais vouloir d'un professeur, et je suis loin de prétendre à la plus haute distinction ; j'ose à peine même espérer a la seconde. Mais, j'ai le démon d'écrire, et j'ai glané tant de petits faits, même depuis m«» dernière, que je ne me croirais pas justitié devant ma

* M. TeMier. profcwenr de procédure if ruiûversité Laval d* Québec.

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conscience, bî je gardais plus longtemps le silence. Arrive qui plante, s'il faut périr, j>eron« ; s'il faut mourir, mourisatms-

Le ministère, composé d'éléments hétérogènes, porte évidemment sur son front, l'empreinte d'une défaite prochaine. Nos livres de droit disent : *' le mort saisit le vif," et moi je dis en parodiant: ^Ma mort les saisit vifs/'

Nos ministres son{ de véritables moribonds. Ils se promènent sur le chemin, comme des spectres hantant la demeure des vivants. Leurs figures sont pfiles, allongées, et lamentables ; les orbes de leurs yeux, sont creusés, et leur regard est inquiet et hagard. On les voit à tout moment, frémir, comme si l'idée de mourir lein* faisait horreur. Plus la session approche, et plus ces signes de trépidation et d'affection morbide apparaissent. M. Howland est atteint à la poitrine, et même à l'estomao, deux empèchemontM très-dérimant« pour un financier parlementaire. Il n'est pas encore arrivé à Québec, comme l'avait promis le Mercury^ et Dieu sait quand il y viendra.

Le remord de l'abus du pouvoir, et de la fourberie à Tendroit du chemin de fer întercolonial, la conscience de n'avoir rien fait, qu'assouvir leur haine contre leurs prédécesseurs et quelques malheureux employés publics, tout cela, leur fait redouter de rencontrer les membres indépendants des deux chambres. Leur cri d'agonie, poussé dans un article du Mercury du 30 janvier dernier, ainsi que les actes de contrition, et d'espérance, prononcés avec ferveur par M. Tessier dans le Canadien du même jour, sont des signes sensibles du triste état des chose.s dans ces questions.

Un dieu de l'olympe que la Verte Erin reclame, sans être trop capable de donner ses preuves, descendait

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l'aotre joar Bur un char de feu, jusque sur les bords du Saint-Laurent, pour y offrir des libations abondantes à Bacchus, promettant, nonobstant tout engagement à ce contraire, de lui rester fidèle, au moins, durant toute la «ession prochaine. La divinité le domina, et Tenivra tellement de son culte, qu'il perdit la raison. Le dieu du fleuve, qui n'aime pas plus qu'il ne faut son confrère de Tolympe, faillit chavirer, dans sa colère, l'un de ses plus ardents adorateui-s. Demandez à M. Brydges s'il en sait quelque chose, lui, qui fut obligé de servir d'intermédiaire entre les deux divinités !

M. Bureau le nouveau secrétaire-provincial, est venu À Québec garni d'une moustache toute flambante neuve* et qui, j'en suis sûr, fera fortune. Il a toujours cette figure ronde, pleine et satisfaite, aux allures un peu gauches, si vous voulez, mais contentes d'elles-mêmes. Il sourit gracieusement sur le chemin à tous les humbles mortels comme moi, et ce nouveau dieu, ne sera pa^ méchant après tout.

H. Bureau a toujours prêché pour la colonisation, il a toujours crié contre M. Cartier parce que, disait-il, ce dernier n'établissait pas une agence d'émigration en France. Or, M. Cartier envoya un agent d'émigration en France, en Suisse, et en Belgique pour y recruter de^ français catholiques. M. Bureau accusait encore M. Cartier, de n'avoir pas donné à cet agent les instructions nécessaires. Enfin, ce M. Cartier était un homme indigne, et un ennemi de la colonisation. Le ministère actuel, lui, abolit toutes les agences pour n'en établir qu'une seule, à Liverpool, et M. Buresm se hâte de s'unir à ce ministère pour sauver le pays. Vous auriez donc bien tort do ne pas admirer ces amis do la race française, et M. Evanturel avec vous, qui a prouvé son amour pour cette dernière, en rappelant le seul agent

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«le colonisation qui fot Canadien- français, et qui dan8 «on amoar pour ses compatriotes, trouvera chez M. Bureau, le coliôgue le plus digne de lui. Travaillez, mes amis, avec des hommes tels q»ue vous autres, la population du Bas-Canada est sûre de lutter de nombre avec celle du Haut-Canada.

Il ne faut jamais oublier M. Tossier. La largeur de sen vues, et la générosité de son cœur, que le Daily News a exprimées d*un seul mot, aussi laconique que le langage des anciens, se présente comme malgré nousj à tou» le^ instants à notre pensée. Il y a quelque temps, il faisait venir auprès de lui, un ouvrier employé par le bureau des travaux publics, et voulait le faire travailler en faveur de Télection municipale du Dr Malouin, un rouge, I/ouvrier lui répondant que sa parole était engagée à Tautre candidat, le commissaire des travaux public!»^ lui réplique quMl ne fallait pas travailler contre le candidat au gouvernement. Mais, comment dites- vous, le candidat du gouvernement lorsquMl ne s'agit que d'une élection municipale ? Veuilles ne pas oublier, 4'il voui;» plait, M. le Bédactcur, que le Dr Malouin était le candidat de Topposition contre M. Simard à la dernière «élection générale. Je vous dirai de plus, que M. Te!«sier, n'a pas oublié qu'il y a deux ans, il se rendait dans la nuit, auprès de M. Simard, pour l'engager à voter contre la banque d'émission de M. Gai t. La rééleiv tion de M. Simard devait avoir lieu le lendemain matin (je parle de Pavant dernière élection), et elle devait être unanime. M. Tessier s'était rendu chez M. Simard a onze heures du soir, et il ne le laissait qu'à deux heuref« du matin, après l'avoir menacé à plusieures reprises, de lui faire faire de l'opposition, s'il ne s'engageait pa^ formellement à combattre la banque d'émission. M. Simard demeura ferme et n'eut pas d'opposition, parc*e

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