‹ Les guêpes canadiennes, compilées et annotéesChapitre 13 sur 57 · LES CHaOMQUES QUÉBBCQUOISBS · texte numérisé non relu

LES CHaOMQUES QUÉBBCQUOISBS

que M. Dubord no voalut pas bc rendre a rinvitatîoD tle M. Tessier, Hans que celaici, s'engageât à payer les frai»« de son élection. Or, vous savez que M. Tessier^ nt; commet pas de pareils actes de prodigalité;, mais il se souvient, et il a fait élire cette fois, le Dr Malouin conseiller municipal pour lui préparer le chemin à la chambre.

Voici un antre fait, dont le mérite revient de pleiti droit à M. Tessier. M. Lepage do Rimouski, était agent de colonisation pour cent milles du chemin Taché, pour tout le chemin Matapédia (96^ milles) et le chemin de Matane au cap-Chatt« (36 milles) ; en tout deux cent trente-deux milles et demi. Son salaire était de £365 par année,. ou de 94 par jour. Le 6 août dernier, M. Lepage reçoit une lettre officielle de M. Andrew Russell) Tassistant-comn^issaire des terres, qui l'informe que le chemin de Matane au cap Chatte, est placé 8on> la surveillance de M. Charles lioy, arpenteur, et qu'à l'avenir son salaire, à lui, M. Lepage, ne sera plue que de la moitié de ce qu'il était auparavant, ou $2 par jour, l'autre moitié étant donnée à M. Roy. Les Boy régnent évidemment, car j'en connais trois de la même famille, qui ont des trônes à l'heure qu'il est; je reviendrai probablement sur cette question historique, dans une autre de mes lettres, si toutefois mon pr«>fesseur ne me met pas, avant cela, au pilori de sa colère.

Mais revenons à notre sujet. M. Lepage indigne, communique cette lettre à M. Tessier alora à Rimouski, et lui demande justi je. Celui-ci se vicmire très étonné, et prétend que le tout a été fait à son insu.

La division des attributions, entre les deux agents, est ainsi fuite à l'instigation de M. Tessier, M. Lepage est chargé de la surveillance de cent quatre-vingt beizt* milles et demi de chemin de colonisation très peu

LES CHRONIQUES QUÊB%GQtT0T8£S. 97

^'tablia, tandis que M. Boy, u'.m pour mission que de colofiimr trente-six milles de chemin parfaitement établis, H l'exception de vingt sept lots, non cultivables. i»t tous deux reçoivent le même salaire^ l'un pour travailler, et l'autre pour regarder faire«

VouleE-vous l'explication de tout oelà ? la voici : — M. Boy, est le neveu de deux hommes influents de Stei Anne des Monts, située dans le collège électoral du ;rolfe, MM. lioy et Sasseville. S'il sert bien le neveu, il e^t sûr de l'appui des oncles, tandis qu'en consei-vant nne moitié de salaire à M, Lepage, il croit lui en laisser ;w6ez, pour qu'il soit de son intéi'ét, de ne pa«j travailler contre lai dans le comté de Bimouski. Son calcul n est VAS mauvais^ mais il est odieux.

Je vous ai déjii dit, que M. filackburn imprimait le rapport de la commission d'Ottawa ; la version française H été donnée depuis au Canadien, la pi*opriété de MM, Tensier et Kvanturel. Les deux ministres auront donc encore ici, un petit profit, bien en fraude de la loi h vous voulez, mais qu'y faire? M. Evanturel disait à Obarlesbourg le jour de son élection : — ** savez-vous pourquoi vous me voyez le bras en écharpe ? C'est que, )>eDdant que j'enfonçais mon bras jusqu'au fond du ^iïïïre public pour y puiser de l'argent, le couvercle me tomba sur le bras*" Il voulait a\-oir de l'esprit alors et ne rénHSÎt pas ; il veut aujourd'hui avoir de l'argent et réussit mieux, comme vous voyez. M. Tessier ne ]>arlait pas, mais il n'en pensait pa« moins. VoulezvouB me diit*, lequel des deux, est Robert Macaii^e ou Bertrand son ami î

Le propriétaire d^ane j>etite gazette, appelée !« D^richeur, remplie d'annonces officielles, a, de son propre mouvement^ imprimé plusieures centaines d'avis d'une vente dos terres de la couronne dans Ie«

byGoogk

08 LES CHRONIQUES QUÉBBCQUOISES.

townships» de TEst, et Tautre jour, il se faisait payer par le département des terres, un compte de $125 pour imprensions. li faut vous dire que ce propriétaire, n'est autre que V Enfant- JerribU, * cette pure créature qui, de sa voix nasillarde, et à travers son r&telier ébi*éché, ne fait que crier à la corruption du parti libéral-conservateur. Ah ! ces saints-là ne seront jamais canoniisén.

M. Blackburn a loué, pour le service du ministère, le Mercury a raison de £500 par an. C'est beaucoup plus que la valeur ; mais il n'y avait pas à mai*ehander, et il faut bien que M. McDonald donne à M. Blackburn le mo3*en de se refaire. Il se refait, en chargeant à un certain département du gouvernement $29.50 pour des livres qui se vendent $13 chez l'imprimeur de la Keine. qui ne donne pas non plus, ses marchandises pour rien. Parlez après cela, do mucilagey de canifs, et de cirent /'acheter.

Au revoir, je vous écrirai bientôt.

Votre tout dévoué,

Blaise.

M. LE Rédacteur,

Vous me direz sans doute, \oiro placer est donc bi^n riche ? vous êtes un mineur infati stable. Ah ! oui, vous avez raison, j'ai trouvé le filon et je l'exploite* ; mais je l'exploite comme un apprenti ; que seraît-iv donc, si j'étais passé maître? Je m'aj)erçois que y vogue à pleine voile, dans le langage franc-maçonniqno, tandis que j'ai nans ce.H»e sous les yeux, C Institution au

• J. B. Eric Dorion.

LC8 CHRONIQUES QUÉBBCQUOtSSS. 99

Drûit français (TArgou, la Vieille Coutume de Paris dont an se désacoatitme toas le8 joui-s, les Obligations de Pothier\ les Statuts refondus, amen, amen.

Je m*ax)erçoifl que je chevauche et je m'arrête, car mes narines ont senti Juvétial à distance. Javénal ! ([u'est-ce donc que Juvénal ? medirez-vous, Jucénal^ c'est le parent de l'autre, c'est D... aflSlié de T. On sait qu'en philologie et en linguistique, D. T. ont la môme ori- ;îine, et souvent, prennent la place l'un de l'autre. Supposons que je sois ministre, et que j'aie un parent. Je Huis attaqué, le parent me défend ; c'est tout natni*el. On tire cela du-puits ministériel. Mais si le ministre écrit très-mal, et que le parent n'écrive pas mieux ?... Biaise, Biaise, moins de malice et plus de fait^. s'il vous plait ; vous devenez babillard !

Je vois par les journaux de votre ville, que M. Coupai •^'oppose à la réélection du secrétaire-provincial. Pauvre Si, Bureau ! Il y en a d'antres encore, qui ne voulaient pas qu'il fut ministre ! Le jour où on parla dans k* vabinet, de remplacer M. Dorion par M. Bureau, M. Kvanturel se rendit auprès de M. Sicotte, pour lui fairv «•omprendre combien il }'' avait de danger pour lui, A faire entrer un rouge dans le cabinet ; que les rouges le «létestaicnt lui, M. Sicotte, et voulaient le faire dispa> raître du gouvernement, avec tous ceux qui ont appartenu, autrefois, à l'ancien parti. M. Sicotte se montra inexorable. Est-ce par aveuglement, ou parc<*-. f{n'en prenant M. Bureau, il obéissait à une force majeure ? Quoiqu'il en soit, la conférence, parait-il. avait duré trois heures, et au moment où M. Evanturel «ortit, !^es deux gros sourcils noirs se croisaient, sa ;;^rande barbe fVémissait, et ses grands yeux étaient ternes et tristes.

100 LES CHRONIQUiIS QUÉBECQU0ISE8.

Le ministre d'agriculture sent son heure approcher, il Ta dit avec beaucoup de franchise à un ami ; il a ét«'* même jusqu'à déclarer, qu'il aimerait mieux voir au pouvoir les Cartier et les Cauchon^ que le rouge Bureav. Mais, ce qui le console, c'est d'être arrivé une tois, je parle son propre langage, et de pouvoir attacher à son nom, pour le reste de sa vie, le titre retentissant iVBonorable.

M. Bureau se plaignait, il y a quelque temps, à un ami, d'avoir dépensé $1200 dans sa dernière élection, combien donc va lui coûter celle-ci ? Ah ! M. Coupai, soyez miséricordieux I

En vous priant de rectifier une erreur, que j'ai commise dans mon avant dernière lettre, je me permettrai de revenir sur un sujet dont je vous al déjA entretenu ; je vous ai dit que l'agent de M. Tessier (à Eimouski) était M. Oouillard, tandis que c'est M. Couture, et l'affaire dont je vous ai déjà parlé, et dont j« veux vous entretenir aujonnrhui *quelquc> instante, est ni plus ni moins que la chemise du qani de Bimouaki. Quand les soumissions furent ouvertes, le plus l>as soumissionnaire se troava être M. Derome, et sa soumission était de $8,000. Celui qui venait immédiatement après lui, demandait $18,000 pour ^e même ouvrage. M.Tessier fit venir M. Derome. et lui dit: '* voules-vous prendre 1 7,000," et pour Ten- . gagei^ à les accepter, il ofPrit de lui donner de vieilles cordes, des chaines et un palan qu'il évaluait à $100. M. Derome lui ayant demandé s'il était le plu^ b»> soumissionnaire, il ne lui répondit pas, et lui renouvela la même offre. Derome accepta. Plus tard, M. Te&sior affirma que ces cordages, qui valaient tout au pitiv $75, n'avaient été que prêtés! C'est à l'aide de ces bouts-^ de corde, qu'en grand financier, et en gi*and han-

LB8 CHRONIQUES QUÉBSCQU0I8£8. 101

Tioer, comme on le connaît, il travaille à combler len $3,000,000 de déficit qui, en ce moment, afPectent .si doulourensement la poitrine, restcTmac et les bronches de M. Howland. Voilà l'avantage d'avoir de grands adminiBtratear» et des hommes à vue longue et large an timoD du char de Fétat.

MaiH reprenons notre sujet. M. Deromc avait écrit «lenx lettres, pour protester contre le plan absurde de M. Rubidge, ainsi que je vous le disais, il j a quelques jours, ordre lui avait été donné de se mêler de ses a(!aire8,etde faire la chemise telle qu'on la htidemandait. Lm chemise étant enlevée par la mer, comme il l'avait prédit et écrit à M. Tessier, M. Derome se h&ta de se rendre à Québec, pour en conférer avec le commissaire des travaux publics, et au moment où il était en pourparler avec M. Tessier, celui-ci, envoyait M. Pruneau ^emparer de Touvrage. Ce qu'ayant su, M. Derome H'«n plaignit au commissaire qui lui répondit, contrairement H la vérité, qu'il n'avait pas donné d'oiilf^e A M. Pruneau.

Cette obstination de M. Tessier à ne pas écouter l'avertissement d'un homme pratique, coûtera au pays im moins $2,000. Tl n'y avait pas de crédit voté pour lea premiers $7,000, on conçoit, qu'il n'y en avait pa^( davantage, pour les deux autres milles piastres à dé- )>enser.

M. Tessier a envoyé sur le chemin Matapédia M. Kdouard Meagher. Le salaire de celui-ci est de $2 par iour, absolument pour ne rien faire, et aussi n'a-t-il rien tait 1 M. Meagher est le fils, et le neveu, de deux hommes réputés influents dans le collège électoral du uo\îe. Voilà comme économise M. Tessier !

Immédiatement après la chute du ministère Cartier- McDonald, un homme de la chambre disait à H. Evan-

102 LE8 CHRONIQUES QUÉBECQUOISKS.

turel, que le ministôre dont il faisait partie tio tiendrait pas ; M. Evanturel répondit : — ** Les membres du Bas- Canada sont comme de^ moutons, ils suivent tous Icr^ gouvernements, et suivront bien le nôtre." Il oubliait que M. Brown, disait la même chose, lors de la formn> tion de son cabinet en 1858, et que M. Brown se trompa.

M. Desbarats s'est bien trouvé de tous les gouvernements. Quand le ministère Cartier-McDonald tombait, quelqu'un faisait rema]*quer a Ti m primeur de la Reinr. qu'il allait tomber dans de pires mains: — '^ Non, répondit-il, je serai mieux traité par ce gouvernement que par l'autre." Maintenant dressons le bilar^ pour voir s'il avait raison dans son ingratitude. M. John Sandâelil McDonahl, wn meilleur ami, lui enlève impressions, papeterie, etc., pour les donner à M. Blackburii. Sik bilU ministériels relatifs au Haut-Canada, viennent d'être imprimés par MM. Hun ter, Bose et Lemieux pour le compte de M. Blackburn, et portent le nom de ce dernier. Depuis l'union, * les projets de loi du gouvernement ont été invariablement imprimés par l'imprimeur 'de la Beine; mais ce changement est devenu nécessaire, pour permettre à MM. Blackburn et George Sheppard de faire prompte fortune.

Aujourd'hui, tout se fait par commission, tout, jn^qu'aux impressions. Ainsi, ce n'est pas M. Blackburn qui imprime, mais c'est lui qui fait imprimer, et qui charge pour cela sa commission, son courtage. Son établissement, est pauvre d'espace et de matériaux, et il a recours aux imprimeurs dont je vous parlais tout à l'heure. Mais vous me direz sans doute : si M. Blackburn ne peut pas imprimer lui-même l'ouvrage dn gouvernement, et qu'il a recours à MM. Hunter, Bom*

* Du Haut et Bas-CftOiidA, en 1841.

LB8 CHRONIQUES QUtBECQU0ISI8. 103

et Leroieax, pourquoi M. McDonald ne ^'adresse-t-il pas directement à ces derniers ? Mais non, ce n'est pas l'économie qu'il veut, c'est un salaire qu'il entend donner à un mercenaire^ l'économie n'est qu'un vain nom.

Mais alors, si M. McDonald paie MM. Blackburn et Sheppard si cher, pourquoi le Mercury est-il si maigre, tant sous le rapport de la matière que sous celui de la rédaction ? Aucune question n'y est traitée sérieusement, aucune n'y est approfondie, et M. Sheppard ne peut écrire sans insulter, surtout le Bas-Canada.

La commission qui s'intitule elle-même, financière et 4épartementale, coûte $40 par jour ; $30 pour les trois commissaires, et $10 pour les deux écrivains dont Fun, est le fils de l'homme qui espionne pour le ministre. Un fait nous conduit à un autre. M. " S." * m*avez-vous dit, me répondait quelqu'un hier, est l'espion de M. M. qui, pour récompenser ses services, doune $5 par jour à son fils ; mais M. *^ H." f de Montréal, endosse les billets de ce même M. ''S." qui, avec l'argent ainsi obtenu, achète, en spéculation, des terrains A Ottawa. Comprenes-vous l'enchaînement de tout ceci ? Ah ! Luke, Luke, soyez sur la piste.

Un correspondant du Jaumal, X Attribue à M. W. Bristow, une communication qui a paru dans le Transeripty et dont le Canadien fait grand bruit. Celui-là, ferait mieux de manger en silence au râtelier ministériel, car il pourra lui arriver malheur.

Un pauvre imprimeur, qui a vendu sa conscience et sa feuille pour un prix fixe, se trouve dans l'embarras,

* Wm. Bpink.

t Holtcm.

X Jouroftl dt Québec.

104 LE6 CHRONIQUES QUÉBSCQU0IBB8.

car Tacheteur le paie en papier qui n*a pas de couru dans les banques.

Que faire ? attendre et soufPrir ; comme '' on fait son lit on se couche."

Votre meilleur ami,

Blaise.

N. B. — Un ofScier du gouvernement a adressé une dépèche télégraphique aujourd'hui i\ M. Spencc de. Toronto, pour lui demander où était M. Howland, et s'il allait descendre. M. Spence répondit que M« Howland était à Toronto, qu'il était possible qu*il descendit lundi prochain (he may go down on mondaj.) Cette dépèche fut naturellement communiquée à M. J. S. MacBonald qui, n'étant pas satisfait, télégraphia directement à M. Howland lui-même, lequel répondit : " si mon médecin juge que je puis partir, il est possible que je parte lundi (I may leave)."

Ce que je vous écris là, est de toute vérité. Je vouh dirai de plus, qu'on a arrêté l'impression des comipteH publics et des rapports du commerce et de la navigation, parcequ'il n'y"a personne pour les signer.

Je crois ne pas me tromper en disant, que la résignation de M. Howland, est dans les mains de M. McDonald.

LES CHRONIQUES QUÉBECQUOIBBS. 105

M. LS Rédacteur.

J'éprouve d'assez douces jouissances, celles d'un auteur qui sait qu'on le lit, je ne dis pas, qu'on l'apprécie. A l'heure qu'il eet, plus de vingt personnes sont accusées ou soupçonnées d'être Biaise, et cependant, on n'a pas encore mis le doigt sur le coupable. La police littéraire et politique est sans doute sur sa piste, comme celle du capitaine Bureau était l'autre jour, sur celle des bourreaux, qui ont pendu en effigie l'innocent commissaire des Travaux Publics. L'espion du premier ministre est peut être à l'œuvre aussi ; mais de lui, je ne crains que leB mâchoires formidables.

De tou^ ce que j'ai écrit jusqu'ici, on n'a contesté qu'un seul fait, celui relatif À l'atfaire Ci mon ; et celui qui l'a contesté, est M, Xavier Gimon lui même. Tout le monde à Québec connaît M. Xavier Cimon ; il est donc bien étonnant que M. Tessier ait laissé tout le monde de côté, pour aller demander un certificat précisément à celui-là. M. Cimon ne sait pas écrire, et cependant, sa lettre est plus correctement écrite de lieaucoup, que ne le sont les épitres, les plus méditées du commissaire des Travaux Publics. Donc, il y a eu ici l'inspirateur, l'écrivain, et le prête-nom, et le certificat a en tout naturellement la forme exigée.

Je ne rétracte pas un mot de ce que j'ai dit ; les quatre mille six cent trente six piastres n'ont pas été payées toutes à la fois à M. Cimon. Les frais de la cause, dont parle celui-ci, ne sont pas encore payés par le gouvernement. Pourquoi ? M. Cimon nous le dira lui même uomme il l'a dit à d'autres, parce que Biaise épouvante le commissaire des Travaux Publics. H. Cimon dit au^i, que M. Tessier lui a aonné ses conseils d'avocat

Page 1