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gratis. S'il écrivait, on devait s'attendre qu'il ne dirait pas autre chose, puisque M. Tessier prenait la peine de le faire parler pour le défendre.
Je termine sur cette question pour aujourd'hui, en vous faisant remarquer que, c'est le seul fait sur lequel on ait jusqu'ici, mis en doute ma véracité ; or, vous savez de combien d'autres j'ai inondé votre feuille, et j'entends bien continuer tant que vous ne me direz pas : arrête, Biaise, c'est assez.
Voulez-vous savoir ce que nos ministres pensent eux* mêmes de la session ? Je puis vous en dire quelque chose. M. Evanturel a exprimé des espérances, M. MacDougall compte sur une majorité dans le Haut et sur une minorité dans le Bas-Canada. Je pourrais^ vous citer tous les noms des députés sur lesquels le ministère a fait des computations ; mais, je ne veux pa^être indiscret. On se croit sûr de tel et tel, mais on ne l'est pas tout à fait. On espère pour tels autres, et on doute de quelques autres encore. Rien de positif, rien de certain, rien d'arrêté ; le douto, l'espérance, le désir, voilà le bagage ministériel.
Pendant que dans le collège I>e. Lorimier, l'on s'occupe de mettre en ordre le Bureau-Secrétaire que Ton m'assure avoir été très en désordre à 8t, Bémi, je vout^ dirai ce qui lui arrivait l'automne dernier avant l'élec* tion du même collège. Le quatre octobre, quelqu'uit remettait entre les mains de l'Orateur de la chambre une lettre de M. Jacques O. Bureau, par laquelle M. Jacques O. Bui*eau résignait son mandat en chambre. Cette lettre, portait la date du quinze septembre et eonséquemment, n'était remise à l'Orateur que dix-neuf jours après avoir été écrite, si toutefois elle n'était pas antidatée. Pourquoi arrivait-elle si taixi à TOratenr ? La chose est facile à comprendre : — M. Bureau ne
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voolait abandonner son mandat, que lorsqu'il serait élu Conseiller Législatif. Mais il savait que la loi lai défendait d*être candidat au conseil législatif tant qu'il sei-ait membre de la chambre, et la lettre de résignation devait porter une date antérieure à Télection de De Lorimier. Que faut-il conclure de tout cela ? Ou que M. Bureau a antidaté sa lettre, ou bien, qu'il l'a confiée à quelqu'un qui ne devait la donner à l'Orateur, que s'il avait la majorité des voix à De Lorimier. Ce6 tours de .passe passe dégradent un homme public.
A mon grand ébahissement, j'ai vu hier, deux voitures pleines de bouts de corde qui paraissaient prendre la direction du bureau des Travaux Publics ; j'ai cru que c'étaient les bouts de corde que M. Tessier avait réclamés de M. Derome comme objets prêtés.
Voulea-vous me pardonner si je vous parle encore de l'infortunée chemise du quai de Eimouskî, et des suites de la déchirure ? Non-seulement M. Derome avait écrit deux lettres pour avertir M. Tessier de ce qui arriverait, nais encore le surveillant des travaux pour le compte du gouvernement, M. Pruneau, avait écrit la même chose, et on Itii avait répondu de la même manière : ^* faites travailler suivant les plans et spécifications,'* (du célèbre M. Rubidge). Aussitôt^près l'accident, le surveillant en avait écrit au commissaire, et celui-ci avait répondu : '* faites pour le mieux." Il s'était donc h&té, de faire quelqu ouvrage peu coûteux qui devait sauver le reste et d'en faire rapport. M. Tessier lui répondit: "Qui vous a autorisé à faire cet ouvrage?" La dépèche dans laquelle vous me dites : " faites pour le mieux."
Les choses en restèrent là pour le moment; mais quinze jours après, M. Tessier écrivait à M. Pruneau de remonter à Québec, parceque le gouvernement manquait
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d'argent, et qa*on n*ttvait pas besoin d'un homme pratique pour recevoir le bois qni devait servir aux travaux du quai.* Le salaire de M. Pruneau était de cinquante-deux piastres par mois, que M. Tessier prétendait vouloir économiser. Et cependant, M. Pruneau est remplacé par M. St. Laurent, «commerçant du lieu, qui reçoit précisément le même salaire, cinquante deux piastres par mois, et qui ne connaît pas plus que vous et moi, la qualité du bois et les dimensions qu'il doit avoir. Mais M. Pruneau comme ^M. Derome, a eu le malheur de prévoir ce que n'a pas prévu M* Tessier, l'accident du quai, et le commissaire des Travaux Publics avait encore à récompenser un partisan politique, M. St. Laurent. S'il a donné tout l'été, soixante piastres par mois à M. Meagher^ pour lui procurer le plai^^ir de voir faire le chemin Matapédia, rien de surprenant qu'il donne cinquante-deux piastres par mois A M. St. Laurent, pour lui procurer la jouis- >ance de regai'der pasber le bois du quai.
Avant de passer outre, M. le Rédacteur, j'ai une plainte très-grave A vous faire, et je vous conjure, pour ma réputation, d'y voir au plus tôt. A la chambre et à rinstitut Canadien, on enlève les numéros de la Minerve qui renferment mes lettres, et mes nombreux lecteurs en sont attristés à tel point, que pour le» calmer, j'ai dû promettre de soumettre au parlement
* Quinze joura plus tôt, un certain M. R..dcB T.. P.. étant h déjeûner avec MM. Pruneau et Derome à Rimouski, déblatérait contre les bléw, et surtout contre M. Caiichon. M. Pruneau ayant invité M. R. .à laisser là la politique, et surtout M. Cauchon, celuici se fâcha et d'une parole à l'autre on en vint aux injures épicées .; nlors, M. Pruneau invita péremptoirement M. R. .on à se taire oo à lo suivre dans la cour, ce qui eut pour effet de calmer M. R . . maii* quinsse jour» {>Ui8 tard, M. Pruneau était rappelé tel que raconti' ci -haut.
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cette infraction de mes privilèges. Pour la voie de fait (îc la chambre, j'accuse respion aux longues mâchoires et ])our celle de V Institut Canadien, je ne veux accuser personne; je vous dirai seulement, que cette association a rhonneur de compter encore parmi ses membres, son anden présidait Vous y venez, n'estce pas ?
Le Journal de Québec disait, il y a quelque temps, ne pouvoir à cause des formes bibliques qu'il affectait, reproduire un écrit signé :^ Un fort en tlième. L'auteur, l'opoussë par la presse périodique, a eu recours au livret, et son évangile vient de paraître sous cette forme, en français et en latin. M. J. S. McDonald Ta trouve M à son goût, qu'il en a fait imprimer 30 exemplaires à rétablissement du Mercury, Ce que je vous dis là, est vrai à la lettre. On fait dire à M. Evanturel dans cet évangile, que les esprits des membres sont prompts, mais que le ministère est faible; et M. Tessier, racontant avec soupir, sa propre histoire dit : " Personne ne passera pour prophète en son propre pays."
Je reçois des lettres de plusieurs endroits du pays, et même d'Ottawa, qui me disent en éifet, que les enquêtes des membres sont promptes et que le ministère est faible On parle seulement d'un ou de deux Outaouais, dont les esprits ne seraient pas tout à fait aussi prompts ; mais je conseille à ceux-ci, de réfléchir; s'ils allaient s'aveugler, au point d'abandonner les hommes qui se sont sacrifiés, deux fois, pour lui donner le siège du gouvernement, ils remettraient le tout en question, et perdraient indubitablement le siège du gouvernement.
Tous me direz peut-être, que je suis peu en position, de connaître la pensée des membres de la chambre ; vous vous trompez; j'ai entendu beaucoup, et j'ai beaucoup recaeillt. Dans le cas de trahison, ni M. Cartier ni M. Caucbon, ni aucun autre homme ne poun*aient détourner
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la majorité des membres bas-canadiens de donner le coup de pied à Ottawa.
M. Price voulait régler quelques affaires avant la session au bureau des Terres. — Vous voulez être libre, lui a dit sarcastiquement M. McDougail ! Ces affaires auront donc un temps d'arrêt.
La maladie de M. Howland augmente, et il est plus que probable qu'on ne le verra pas à Québec, durant la session qui approche. Cette maladie est peut-être physique; mais elle est certainement morale aussi. Vous n'avez pas oublié avec quelle générosité, M. Galt le traitait durant la dernière session; et, cependant, par reconnaissance sans doute, il insultait brutalement M. Galt devant ses électeurs d'York. Il croyait sans doute alors, avoir facilement raison des finances du pays ; mais il voit aujourd'hui qu'il s'est trompé, et que C abîme sur lequel M. Sheppard lui conseillait de jeter un pont y ne serait même pas comblé avec trois millions de piastres. Il doit maintenant savoir qu'il existe une très-grande différence, entre savoir vendre à profit ou H perte, un boucaut de sucre ou une tonne de molasse, et organiser les finances d'un pays comme le Canada. Il ne parle ni ne pense; c'est peut-être encore mieux que M. Bureau qui pense mal et parle mal.
Quand, à Timitation de l'esprit malin de Milton, je rode sur les confins du monde... politique, je vois quelquefois passer deux fantômes vivants qui ont noms fessier et Barthe^ et qui tous les deux portent sur le front le signe de... dont parle l'apocalypse. " Je me tiens toujours les pieds chauds et la tête froide, disait naguère le com misai re, quand les journaux ne m'attaquent pas trop, car ceux-ci me font souvent monter le sang au cerveau." Alors gare aux congestions cérébrales, car la presse s'occupe beaucoup de lui en ce
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moment, et avec raison. Il s'était imaginé qu'il lai Herait permis de faire aux autres tout le mal possible; sans quMl n'en résuTtât pour lui aucun inconvénient. C'était montrer une ignorance bien impardonable du cœur humain. Il devait pourtant se rappeler qu'il {)erdit un jour, pour la même cause, une élection qu'il croyait bien tenir ! La prochaine, menace de lui porter le même malheur.
Le News Ta appelé Trente-sous-Tessier, pour donner une idée de la grandeur de ses vues financières ; des députés m'ont dit, qu'on l'appelait Juda-Tessier en 1853 parce qu'il avait voté contre le ministère Hincks. On dit qu'il compta les voix, et que la majorité contre le cabinet était déjà de douze, il vota le treizième et le dernier de tous.
Il porte en ce moment sur sa figure, le signe visible d'une grande souffrance intérieure.
Bartho le sont de loin, par respect pour son maître, qui le paie fidèlement, et le tient sans cesse à la besogne. Lui aussi, est bien triste, car pas une âme ne Hympathise avec sa souffrance, pas un cœur ne se sent battre pour ce déshérité de la société. Il ressemble ù Gain arrivé aux limites du monde; il regarde l'abîme avec horreur, car de tous les côtés, l'horizon est sillonnô par la foudre, et au fond du gouffre insondable git le désespoir.
Votre plus fidèle,
Blaisk.
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M. LX BkDACTEUR,
Il me semble vous avoir déjà parlé d*uno querelle» entre deux ministres. Ces deux ministres sont, est-il besoin de vous le dire? MM. McGee et Evanturol. M. McGee n'a jamais digéré Taffaire de Timmigration, ni les appels au secours du Canadien à la presse A'ançaisc contre ses prétentions.
On se rappelle, le discours de M. McGee sur les quatre révolutions ; on se rappelle encore, que ce discours où était attaquée la race française, fut sévèrement jugé par la presse. Le Chronicle dit, à cette occasion, que l'influence de M. McGree était sur le déclin (on the wave). Ces deux ou trois mots blessèrent profondément le député de Montréal, qui descendit au bureau du Chronicle en compagnie de rhotellicr Henchey, et s'adressant à M. Foot lui dit : —
— M. — Vous m'avez étonné dans votre appréciation de ma lecture; il me semble que nous sommes amis deput?^ longtemps.
— F. — Je l'ignore.
— M. — Mais nous sommes en bons termes toujours.
— F. — Je l'ignore ; il y a plus, je tiens de bonne source, que vous n'avez pas agi en ami à mon égard, auprès de...
— M. — Qui vous a dit cela ?
— F. — Je suis sûr de ce que je dis, mais je ne puis vous donner de noms, à moins que ceux qui m'ont renseigné, ne me le permettent.
—M.— Alors, c'est M. Alleyn ?
—F.— Non.
—M.— M. Sheppard ?
—F.— Non.
—M.— M. Bvanturel ?
—F.— Non.*
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Malgré ce non suspect et nonchalamment prononcé, M. McGec insista à dire que son délateur était M. Kvantarel son collègue, et invita, en partant, M. Foot A venir avec lui rencontrer M. Evanturel au bureau du secrétaire-provincial. M. Foot lui fit remarquer qu*il n'avait pas prononcé le nom d*Ëvanturel, et refusa de >^ rendi-e À son invitation.
Vendredi dernier, M. Foot reçut de M. McGee, une invitation écrite de se rendre encore i\ son bureau, pour y conférer sur le même sujet. M. Foot ne bougea ni ne repondit.
Le jour suivant, M. McGee porta Taffaire devant le conseil. Pauvre Biaise^ que vas-tu faire? La porte t'est fermée au nez. Mais console-toi, les murs parlent vt les messagers aussi, quelquefois.
Les ministres conversent ensemble, et leur causerie bruyante, les empêche de s'entendre et de se comprendre les uns et les autres. Sandtield est occupé a lii*e un livrety c'est Tévangile parodié dont je vous parlais dans ma dernière, et que pour son amusement, il a fait réimprimer par M. Black burn ; il Ut pour agacer Sicotte qui sourit un peu, mais qui se laisse tomber dans son fauteuil, pensif et triste.
Il interrompt sa lecture, pour se porter une main au ton, et pour dire à Tessîer : — ^Tessier, how do you feel f Tessier fait la grimace, précisément comme si la corde lui serrait le cou. Oué... ! (très-nasal) vous riez, vous, c*est pourtant pas drôle !
Sandfield rit aux éclats, pi*cnd dans une de ses mains ^a botte qu'il se porte au menton, et de l'autre, presse remplacement de son ancien poumon.^
* M. McDonald avait perdu un poumon durant une maladie de coMomption.
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AVilson lit avec une gravité toute puritaine, 8on rapport contre la demande en grâce des Ajlward.*
McDougall fait des efforts pour faire entendre sa voix solennelle au-dessus de ce godendard, qui vous scie le dos en permanence, et pour raconter à Sandfield comment, en les enivrant le saint jour du sabat, il a arraché quelques signatures aux pauvres Sauvages de Tilc Manitou- Une.
— Sicotte sort un instant de sa rêverie, pour crier ; Abbott, raconte nous donc ton affaire du chemin de Carillon.
— Abbott. — Demandez-le à BerUngan (Bellingham.)t
McDougall a fini son histoire de la Manitouline, et jetant un œil sar Tessier, il dit avec une gravité toute sénatoriale : " Je viens d'apprendre qu'un ministre a donné un billet promissoire pour £7, payable à treize mois, et par termes. En savez- vous quelque chose? car on m'informe, que ce billet est entre les mains d'un fcarôicr J de St. Koch."
Tessier fait encore la grimace et gai*de le silence, mais il se promène en long et en large et parait violemment agité. On l'entend même marmotter ces mot» : ** si c'était à recommencer, je n'accepterais pas un portefeuille ; si on m'offrait une place de juge, j'enverrais bien vite la politique au diable."
— Sicotte. — Que dites-vous, Tessier?
— Tessier.— Oh l rien, rien, je souffre, la tète me chauffe, et je me dis à part moé^ que nous ne sommes pas sur un lit de roses.
* Les Aylward, mari et femme, pendas pour meurtre, à ^t^BMhJuAA f Autrefois, député du comté d'Argenteuil. X Usurier.
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— McGee. — Mishter Chairman, mishter chairman, jV «iemande le silence. J'ai une question très-grave à voas soumettre.
— Poley. — McGee, my countryman, you are making an irish-ball, who is the chairman ?
—McGee. — Tiens, j'avais oublié que c'était moi. Eh ! Kien, messieurs, j'ai une plainte très-grave h vous faire «outre l'un de nos collègues.
Evanturei qui s'était laissé cheoir dans son fauteuil, necablé sons le poids de sa barbe, se redresse, tourne <lenx ou trois fois la tête à droite et à gauche, en mouvements saccadés, se pince les lèvres, et prête atlention.
— MoGree. — Messieurs, je voudrais savoir si nos délibérations sont sacrées, ou s'il est permis à chacun de nous. <le les divulguer pour nuire à des collègues ?
Evanturei rapproche sa chaise, ouvre ses grands yeux ^ris, détend ses gros sourcils, se flatte le menton, et donne un coup de tête abrupt comme pour dire : noua allon^ voir.
—McGee. — ^Vous savez que l'autre jour, je m'op)>osaiK •i« tontes mes forces à ce qu'on payât les comptes de K. * Eh I bien, un de nos collègues est allé l'en avertir p»oar me rendre odieux auprès de lui, et pour me faire attaquer.
— Sandfield.— Qui a fait cela ?
--McGee. — C'est Evanturei bejapers,
— Evanturei se lève tout debout : c'est you He.
—McGee. — Bejapers ! nous allons voir.
— Sicotte. — Evanturei, asseyez-vous. Vous faites du ^ruit tout autant que si vous étiez de service dans le i^oavememcnt