LES CHRONIQUES QU^BECQUOISKR
étrangers. Que fait là, le célèbre Barthe? A peine nii sur dix, lui adresse t-il la parole, et encore, par miséricorde." J'étais allé au comité do la pipe une fois, et cet avertissement me fut salutaire, je n'y suis plus all^ depuis, de crainte d'être soupçonné d'espionnage. Cependant, je pourrais en nommer encore d*autres que Barthe, qui s'imaginent en fréquentant le comité de la pipe, pouvoir influencer les votes de quelques députés Bas Canadiens. Je nommerai ceux-ci une autre fois.
Le fameux rapport de la commission d'Ottawa est enfin livré à la publicité. Il est si faible qu'il a désappointé les amis du gouvernement dont il va certainemen t hâter la chute. Si je suis bien renseigné, la commission :i montré, dans toute sa conduite, une insigne mauvaise foi, en cachant des documents importants pour pouvoir accuser plus à son aise. Ce rapport prépare des déboires à M. J. S. McDonald qui ci oyait devoir y trouver M)n nalut. Le temps de la grande épreuve arrive, et 1e*i amis même du gouvernement sont convaincus qu'il y succombera.
Le rapport de la commission d'Ottawa accuse if. Cauchon, d'avoir fait des avances aux entrepreneurs; mais pense-t-on que M. Tessicr, le parcimonieux, M. Tessier, l'homme intègre par excellence, n'ait pas canimis le péché des avanceSy si c'est un poché. Je vou^ ai déj«i dit que la chemise du quai de Rimouski avait coûté environ $7,000. L'ouvrage était partagé en deux contrats ; le premier, de $3,141 et le second, de $3,705. M. Berome, trouvant que le partage n'était pas équitable, demanda que $300 fus^^ent retranchéef^ du dernier contrat et ajoutées au premier. Ce que M. Tessier refusa fTécrire, en disant au surveillant Pruneau : ** Je vous autorise à payer on sus des $3,141. $300 comme avances sur le dernier contrat.^ Cet»
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)>aroleQ furent prononcées en présence de témoins, mais M. Pruneau refusa de faire ravance, parcequ'il n'en avait pas reçu Tordre par écrit
Nous avons le bonheur d'avoir VL, Bureau au milieu de nous > je dois vous dire, avec chagrin, que sa moustache s^est fanée dans la dernière lutte» et qu'elle est loin d^être aussi fraîche qu*on me Tavait dit. La chevelure du nouveau secrétaire est aussi très-négligée ; mais comme M. Bureau et M. McGree ont déjà commencé (f 9e peigner^ il faut espérer qu'ils auront la mise bientôt respectable. Vous savez que durant Tabsence d'un sécréta ire-pi*cn'incial, à M. McGee avait été confiée la ^arde du grand eceau^ A son arrivée ii. Bureau voulut prendre sa chambre; mais M. McGee s'y opposa eu disant que cette chambre lui appartenait, et il voulut reléguer M» Bureau dans le bureau de M. Parent. ^ Comment se terminera cette querelle, je l'ignore.
A propos on dit que M. Bureau a pleuré, comme un l'nfant, le soir du premier jour de son élection. Il Be croyait battu, et il disait en sanglottant: ''c'est ma faute si je suis ici* Si j'avais laissé élire Bourassa f À la dernière élection du collège, personne ne m'eut fait dr Topposition dans mon comté."
M. Bureau a dépensé, assure-t-on, plus de mille louis dan» cette dernière élection, et la banque d'OÎ...H largement fait circuler son papier. Tiens, j'oubliais de vous informer que M. Bureau, sans doute depuis que la
* 11 Etieane Ptfenimotevfbis député à rassemblée législative, longtemps rédacteur dn Canadien et Tune des gloires politiques et litUraires du pays. II est mort à Ottawa le 22 Décembre, 1874.
f M. François Bourassa, aujourd'hui député aux communes pour W «xNBilé de Saint Jean. On trouvera son portrait à la page 31 de ce volume.
I Ontario
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loi de Tusure est abolie, prêtait de l'argent A »es électeurs à 20 par cent, mais comme do pareilles transactions étaient propres à le rendre odieux, il prêtait cet argent au nom de M. Désaulniers et a Tinsçu de celui-ci. Il se disait le procureur de M. Désaulniers, et signait comme tel dans ses actes. La démocratie n*a jamais rien fait de répréhensible !
N'allez pas ci'oire non plus que les Labrèche se soient oubliés, et qu'ils n'aient pas fait, à l'instar dn gouvernement, eux aussi, leui's petites économies. Il y avait un crédit spécial pour la colonisation dans le township de Chester, dans le cpmté d'Arthabaska. Or, M. Labrèche- Vigor et ses frères y possèdent cinq ou six lots de terre, et ils n'ont trouvé rien de p\\i< commode, et de plus salutaire, que de dépenser tout le crédit à faire un chemin de* front sur leurs lots. C'est un chemin royal et des côtes romaines sur lesquelles, comme disait Chateaubriand, pourrait passer le genre humain tout entier.
M. Grordon Brown, * après avoir accompli avec M. McKenzic, l'acte que le Mercury lui-même, au nom dt- M. j. S. MacDonald, a été obligé de stigmatiser et qui les flétrit l'un et l'autre, est parti triste de Québec. !1 y a trois ou quatre jours, il conversait intimement aver un ami politique auquel il disait : — ** Je n'aunû» jamais cru que notre parti fut si faible en Bas Canada, où nous comptons tout au plus 24 voix. Si nous pouvions traverser trois ou quatre semaines, peut-être, pourrions-nous nous sauver, C4ir nous ferions des offres à plusieurs, et chaque homme a son prix."
Ce que je vous dis là, est la vérité même ; mais le gouvernement n'en est pas moins destiné à périr.
* Frère de Oeorge Brown et fun des rédactears du Olobe de Toronto.
tlLti CtIIU)K10U£S QUÉBËCQtJ0l8£S. 14l>
La âcène se passe dan» lo bureau du secrëtaire-pro* vincial, M. Tessier vient féliciter M. Bureau de son triomphe électoral.
— M. Tessier. — Bureau jo vous félicite. Vous ave;i i-emporlé la victoire et vous l'avez bien gagnée; c'est un cher triomphe que le vôtre» Mais qu'importe, vous voilà arrivé, et si seulement nous pouvons sauter )a cession {«ans nous casser le cou, vous aui'ez le moyen de vous refaire.
— M. Bureau. — Mon cher Tessier, si vous saviez et* i{ue j'ai souffert, et ce que j'ai payé, vous me plaindriez. D'abord^ toutes mes petites économies que ma dernière élection avait fortement entamées, ont été épuisées en peu d'heures. Ensuite, j'ai retiré les petites sommée oue j'avais prêtées à 20 par cent au nom de Bésaulniers ^ tnais tout cela encore, n'a été qu'une goûte d'eau dans r<ioéan électoral. Il a donc fallu faire des billets, et la Wique d'O* ..^ m*a rendu des services que je devrai fiayer plus tiird, si toutefois ces damnés bleus me laissent ici quelque temps. Est-ce que Coupai n'est pas arrivé, même avant moi, pour contester mon élection ? Et <?omme ma majorité n^est que de trente-troiSy et que la liste électorale de SU Bémi contenait quatre-vingts voix illégales, je ne sais pas trop comment j^échapperai à sa poursuite, si toutefois nous ne tombons pas auparavant^ Dévorer en deux jours sa petite fortune, perdre son élection, et pardessus tout, perdre son portefeuille et un salaire annuel de £1250 ! ! ! Ah ! plutôt mourir !
Il se pi-end les cheveux A deux mains, se iais>e cheoir «lan^ un fauteuil» et sanglote tout haut.
— M. Tc?*.*«ier. — Oué. C'est pjis drôle.
• Ontario.
150 LES CHRONIQUES QIIÉBECQUOISES.
— M. Bureau, sanglotant toujours. — Si encore, j*avai8 une belle-mère et des tantes.
— M. Tessier. — Ah! mon cher, si je les ai, je les ai bien gagnées. Quand on pense que ce maudit Biaise me poursuit nuit et jour comme un fantôme, et va jusqu'à me reprocher les allumettes souifrées, le gallon, Tencro et les plumes. Hais je le tiens cette fois : s'il y a une élection, je dirai aux électeurs qu'on me fait un crime' d'économiser, et les électeui's n'entendront pas badinage sur cet article.
— M. Bureau. — Mais prenez-y garde, Tessier, les électeurs sont plus clairvoyants que vous ne pensez, je viens d'en faire l'épreuve, et avant de vous écouter, ils s'assureront si c'est pour le public et non pour vous que vous avez économisé. J'ai lu Biaise, c'est un satan<'* gueux qui n'est pas bête. S'il ne connaît pas votre fort, ce qui est difficile, il connaît parfaitement votn» faible, il sait bien, par exemple, que vous ne donneriez pas votre papeterie au public, ni votre gallon rouge, ni votre mucilage, ni votre canif; il sait aussi, que lorsque vous paraissez économiser sur les allumettes, vous jettez dans le fleuve les piastres et les louis ; il sait que, tandis que vous demandez à un surveillant de travaux (Portugais), de faire une déduction sur 8es gages, vous, nommez à droite et à gauche à des emplois vos partisans politiques, fioissonnault, Meagher, Boy, votre cousin Tessier, St. Laurent, etc., il sait que pour faire arriver votre cousin, voi^s divisez en deux le salaire du médecin de la prison de Québec, et il conclut que vous avez prouvé par là, puisqu'un seul médecin est suffisant, que vous avez gaspillé £100 par année que vous pouviez économiser ; lisait qiie, tandis que vous ne trouviez pas d'argent pour les aulres parties du pays, vous dépensiez des sommes considérables dans les
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parties da collège du Golfi^, dont vous vouliez voub Uiwurer l'appui, il sait que vous gaspillez près de $7,000 ]>oiu* faire une chemise au quai de Rimonski, que cette chemise, qui a déjà été déchirée par la mer le sera encore, et que pour justifier cette dépense vous n'aviez pas de crédit, il sait que depuis longtemps, les crédits votés sont épuisés, et que vous dépensez à Taide d'ordres en conseil, c'esWi-dire que vous faites précisément ce que nous reprochons à l'ancien gouvernement ; il suit que le crédit pour les commissions d'enquête n'est que de $10,- 000, et que le montant dépensé pour ces commissions dépasae déjà $100,000 ; il sait enfin, que vous économisez de toutes les manières pour vous. Si je vous dis toutes ces ohoseip, ce- n'est pas pour vous blâmer, car je voudrais bien être à votre place ; mais comme je viens de vous le dire, je bors d'une lutte qui m'a donné une rude expérience, et je sais comment les électeurs voient les choses. Jugez donc, par exemple, ce qui serait arrivé si cette blague de rapport de la commission d'Ottawa avait été publiée avant mon élection, et que Bamsay prenant cette brochure dans ses mains, avait dit aux éleotèurs de SheiTington, de St. Jean Chrysostôme, etc : ** Voyeas-vous ? ce chiffon qui n'est qu'un misérable acte de vengeance pei-sonnelle, a coûté au pays $80,000 ; " et l'avait jeté à la foule pour le faire contempler ! Eh bien ! mon cher, aujourd'hui je serais chez moi, à méditer dans la vie privée, sur les inconstances du bonheur. Dam tous les cas, c'est ma dernière élection. (Il a des plears daiia le gosier, car vous comprenez bien que lorsqu'on a dépensé de £1000 à £1200, et que l'on n'a obtenu qu'une» majorité de trente-trois voix sur un vote total de prèb dei 4,000, l'on peut dire adieu à la vie publique eurtout quand la bourse est vide.)
— M.Teeeîer.— Oué... — vous croyez donc que les élec-
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tears ne sont pas bêtes. Mais, j'ai été élu mieux qne ça moé, puisque je n'ai en qne la peine d'envoyer Boissonneanlt avec des listes dans les comtés de Rimouski, de Gaspé et de Bonaventure.
— Bureau. — Moi aussi, j'ai fait ça h Napierville, maîn ce beau temps-là est passé. Je...
M. McGee arrive précipitamment.
— McGee. — Bejapers, Bureau, clear tke room. Arah be me Bouly if ycu dont, TU do the workfor you.
Il a l'air très-excité, et il trébuche d'indignation.
M. Tessier, qui n'aime pas les querelles et qui tient à être bien avec tout le monde, s'échappe furtivement. Ija porte se referme par l'effet de son ressort, et l'on n'entend plus qu'un bruit confus dans le bureau du secrétaire-provincial.
Ainsi donc s'arrête foi*cément ma narration.
Blaese.
M. LB Rédacteur,
Je vous parlais dans ma dernière, d'une querelle qui avait lieu au moment même, entre MM. Bureau et McGee, pour la possession de la chambre jusqu'ici occupée par le secrétaircrprovincia] ; j'ai appris depuis que M. McGee. était resté maître du champ de bataille, et que M. Bureau, prenant la fuite, était allé se réfugier sons l'escalier où il a pris un gite permanent qu'il a orné depuis, de meubles, de tentures et de papier peint C'est là, qu'il va chaque jour méditer sur l'inconstance. des choses humaines et sur les déboires de la vie publique. Il est ministre enfin, et le plus délicieux do ses rêves serait accompli, s'il n'avait pas sans ceaae. devant les yeux, l'ombre vengeresse de Coupai et \e^
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bîlletB promisBoires que tient pour lui, en réserve, la Banque d'Ontario, la sœur cadette de la banque du HautrCanada.
M. Fergusson-Blair vient d'accepter la succession de M. Morris, et part pour aller se faire élire. M. Blair appartient au conseil législatif. L'infortuné, j'ai bien peur qu'il n*arrive trop tard, car le temps marqué approche.
M. Tessier est, dit-on, très-occupé en ce moment à faire corriger la traduction française du rapport de la commission d'Ottawa. Un jeune député vient de me raconter que, lorsque la chambre procédait à huis cIoh hier, M. Cauchon déclara au milieu de bruyants éclatn de rire, que la version française du rapport était, eu très-grande partie, imprimée, au bureau du Canadien, la propriété de MM. Tessier et Evanturel, quand Ton is'aperçut qu'elle était monstrueusement au-delà de tout ce que l'on peut concevoir ; que par exemple, " the aecaunt after canvass (après examen) amaunted to $60,- 000, est traduit par $60,000 de toile." " Drain works (travaux de drainage) par travaux ciribriformes"
On me dit, que .tout le reste de la traduction est à l'avenant.
Un autre célèbre traducteur, M. Duval des Trof»- Rivières, traduisait spring carnage par voiture de printemps,
M. Joseph Guillaume Barthe recevait l'année dernière, $500 pour traduire le rapport de la commission chargée de foire une enquête, sur les affaires du chemin de fer du Grand-Tronc. Yoici une de ses phrases: *' Les imputations contre le revenu sont bien diminuées d'autant. Gomme le charroi, de cette espèce, ne saurait être regardé comme du vrai trafic, nous croyons que c'est là, le moyen propre d'imputer, le service fait,