A. B. ROUTHIER
Nouveau-Monde, 5 jan. 1872.
Le poète-gentilhomme a repris la plume, faute de pouvoir trouver un bâton. C'est toujours cela de gagné ; la bastonnade est ajournée. Mais ce n'est pas la volonté qui manque, c'est rinstrument. " Je taperai^ ditil, jusqu'à ce que vtus 9oyez aplati comme une punaise. " On voit qu'il croit tenir un bâton et non pas une plume. Il était né sergent-de- ville.
Il serait vraiment intéressant de reproduire ses écrits en entîef, et pour moi, c^est une jouissance qui n'est pas mince de les sasser et ressasser, comme il dit. Je veux en citer quelques phrases pour Tagrément du lecteur, et pour lui donner une idée du genre.
'< Mon cher Basile, vous pleurnichez, vous faites la '* lippe, vous vous tournez de tout côté pour chercher ^' des sympathies ; et lorsque vous n'apercevez autour ** de vous que des sourires sarcastiques et moqueurs, ** vous vous écriez du ton que prennent les moutards '* quand ils vous menacent de le dire à maman : M.
** Fréchette n'est pas le seul à m'en vouloir" Gela
''vous scie, vous indigne, vous surmonte Voyons,
'< M. Basile, calmez-vous notre polémique vous a
*' tellement bouleversé le cerveau que vous ne savez
'* plus du tout ce que vous dites Vous avez un tic
'' douloureux, M. Basile. Ce tic tient même du rhuma-
'' tâsme, il change de place c'est plus qu'un tic, c'est
^' une manie. "
Après une citation de Louis Veuillot : —
"Avalez encore celle-là, M. Basile A force de
^' vous éborgner avec les pointes que vous essayez de '' me lancer, vous finirez bien par ne plus voir clair du
'* tout, et vous me laisserez tranquille Vous êtes
'* encore plus Basile que je ne croyais Ce n'est pas
*' ma faute, si vous ne comprenez pas le français, M.
** Basile la moindre chose, c'est de comprendre ce
-'que parler veut dire Vous êtes un imbécile,
•* comprenez- vous ? "
Après avoir tronqué de la manière la plus malhonnête
un grand nombre de vera de Louis Veuillot, il dit
encore : — '' Malgré toute ma répugnance à pécher dans
*' un pareil bourbier, il m'a bien fallu le faire afin de
118 LES CAU8KRIKS DU DtMANGHB.
** montrer aa public ce qui se cache sous vos capuchm$ *' de faux moines.'' •
Tel est le genre de M. Fréchette, et tel est son style. C^est avec ce grossier verbiage qu'il remplit le» colonnes de V Evénement^ et chacune de ses lettres n*est qu'une nouvelle édition des préoédentes vantardises, forfanteries, calomnies, mensonges, le tout écrit dan» un style aussi in^rieux pour la littérature que pour moi* même, voilà ses lettres. Avec cela, toujours des air» de Jupiter Olympien administrant un coup de foudre À ce pauvre McGee, des coups de fouet sacré à non ministres, et des coups de bâton, quand il en trouve, aux manants qui se moquent de lui.
Ce pauvre Pégase t II se grise de haine, et quand il n'a plus rien à me dire, il crie: — Basile, Banile, Basile. Cela le soulage. Quel symptôme frappant de la Basi- Uophobie ! Il faut que ce nom-là lui ait fait bien du mal.
Ce qui l'irrite particulièrement c'est ma persistance à parler de la Voix d^un Exilé, C'est cola qu'il appelle un tic, une manie, et il me supplie d'en finir : " tenez, *^ mon Cher M. Basile, finissons-en avec la Voix cTun " ExiU. "
Je veux bien en finir avec cette poésie, si M. Fré. chette veut la répudier. Il y viendra plus tard, car s'il ne le fait jamais, ces vers ignobles seront toujours une arme terrible dans la main de ses adversaires. Il admet dans sa sixième lettre que c'est mauvais genre. Il faudrait faire un pas de plus et condamner le fond encore plus sévèrement que la forme.
Mais M. Fréchette s'efforce encore de se justifier, et il m'accuse même de l'avoir calomnié en disant que la Voix d'un Exilé est un appel à la révolution et une justifia eation de V assassinat politique. Ce sont mes expressions et je ne les retire pas. Pour moi, il m'est impossible
LES CAirSKRISS DU DIMANGHS. 119
d'interpréter autrement ces vers et le lecteur impartial qui les pèsera avec soin y trouvera le même sens que moi. Autrement que veulent donc dire ce fils de cKader qui dresse \me oriflamme^ où le mot liberté $' écrit avec . du *ang, et cet escadron de fiardis-ions culottes, et cette liberté dont le pied d'airain se pose sur un cadavre terrassé, et cet appel aux armes : debout, peuple, debout l etc. Que veut donc dire toute cette strophe : —
Traîtres, ils sont comptés les Jours de votre empire I Car l'esprit du Seigneur sur tout ce qui respire Semble souffler le vent des révolutions. C'est l'heure des tyrans et c'est l'heure des braves L'heure des rétributions 1
Et quand McGee est victime du plus abominable assassinat, pourquoi donc appeler cela le premier coup de fouiire t Pourquoi dire que le peuple a frappé sa première victime, et que ses complices émus se sont regardés en tremblant? Pourquoi proclamer juste la colère de ce peuple, et menacer les oppresseurs d'un sort terrible f
Parce que M. Fréchette a ajouté ces deux mots : arrête^ peuple f il se proclame innocent. Mais il faut considérer que ces deux mots sont en contradiction avec ce qui précède, et avec ce qui suit. Il ne faut pas publier non plus, que lorsqu'il orre^tf ainsi son peuple, l'assassinat est commis et la première victime est tombée.
On voit donc que je n'ai pas changé le sens, ni travesti l'idée. Tronquer, c'est retrancher d'un écrit ce qui en peut changer la signification. Si les mots retranchés n'aifectent pas la^ portée de l'écrit, il n'y a rien à dire. En ne citant pas en entier les vei*8 de M. Péchette, je n'ai pas dénaturé sa pensée^ ou bien il a pensé autrement qu'il n'a écrit. Le lecteur en jugera lui-même en lisant, non pas ce que M. Fréchette à luimême cité, mais toute la pièce.
120 LKB CAUSERtSS DU DIMANOHl.
On sait que M. Fréchette incapable de rien trouver de condamnable dans mes écrits, a cherché dans ma vie privée s'il n*y aui*ait pas quelque crime à me reprocher. Il a mis à ma charge tout ce qu*ont fait, et tout ce que n'ont pas fait ceux qu'il a appelés mon école, et il a finalement abandonné à peu près toutes ses accusations moins une, celle de la lettre anonyme à M. Patry.
Sommé deux fois de prouver, voici la preuve qu'il a produite :
" Un jour dit-il, vous avez remis une lettre â un " certain postillon ; or ce jour-là, il n*y avait qu'une ^' lettre dans la malle de Saint-Pascal et elle était pour M. " Patry ; donc &c. "
Ergo voilà pourquoi votre fille est muette.
Ainsi, je remets une lettre au postillon qui la dépose au bureau de poste de Kamouraska. Pour qui et pour quelle paroisse était cette lettre f — Bile pouvait être pour Kamouraska même ou pour toute autre paroisse du Canada. Elle pouvait être pour les Etats-Unis on pour l'Europe. De ce qu'il n'y avait qu'une lettre pour Saint- Pascal, il est absurde de conclure que c'est celle-là que j'ai remise au postillon.
M. Fréchette comprend parfaitement que ce n'est pas une preuve; aussi rejette-il sur moi Fonu» probandi^ '* Montrez-nous, dit-il, une lettre du Eev. M. Patr3% *' déclarant qu'il n'a aucune preuve positive que vous " lui ayez jamais écrit de lettres anonymes et je me " rétracte. "
Ainsi raisonne M. Fréchette. Ce n'est pas à lui d«* prouver son accusation, c'est à moi d'établir que je n'ai pas écrit de lettres anonymes à M. Patry. On comprend toute l'absurdité de ce système. Je suppose que j'accuse M. Fréchette d'avoir volé des vers à Victor Hugo, et qu'il me somme de prouver. Je lui réponds :
Monsieur, produisez une lettre de Victor Hugo Jéclaraut que ce n'est pas vrai, et je me rétracte.
Ce genre de preuve explique pourquoi M. Frëehetle, " avocat, n'a pas de clientèle.
Mais je veux en finir avec cette misère que M. Préchette a cru intéressante pour le public, et qui doit l'ennuyer, lo La lettre de M. Patry que M. Fréchette demande, je l'ai en mains et je suis prêt à la communiquer soit à lui-même, soit à une autre personne qu'il nommera. Cette lettre m'exonère complètement, et dit beaucoup plus que M. Fréchette n'exige. 2o Nonseulement M. Patry tCa aucune preuve positive, comme dit M. Fréchtte, de ma culpabilité ; mais il a en mains la preuve que je ne lui ai jamais écrit de lettres anonymes^ entendez-vous M. Fi*échette? Il a mon affidavit déclarant que je ne lui ai jamais écrit ni fait parvenir d'aucune manière, semblable lettre et que j'ignore complètement qui lui a écrit et fait tenir la lettre anonyme qu'il a reçue en 1867. Il a doux autres affidavit» attestant de plus, que cette lettre n'a jamais été écrite, ni envoyée au Rev. M, Patry par aucune personne de ma maison. J'autorise M. Patry à vous communiquer ces affidavtts si vous voulez les voir.
Quant à livrer tout cela au public, je m'y refuse par respect pour moi-même et pour les autres personnes qui s'y trouvent concernées.
Tout ce qui précède est exacte; je le déclare sur l'honneur, et M. Fréchette peut s'en assurer par luimême. S'il n'est pas satisfait, mes lecteurs le seront et s'il ne se rétracte pas, le public saura ce qu'il faut penser de ces paragons d'honneur et de loyauté.
Pour moi, je suis assez humilié déjà d'être obligé de repousser d'aussi misérables attaques.
122 LS8 CAU8KaiXS vu DIMANCHS.
Toujours fidèle au procédé qui voudrait me rendre responsable de toutes les fautes de Técole catholique, M Fréchette met à ma charge les mauvaii; vers de Luuin Yeuillot, et les paroles dures qui lui ont échappé souvent, particulièrement dans les satires et dans les rouleuvres. Ceux qui ont lu mes Causeries du dimanche ont dû remarquer que je n'y ai pas parlé de cee deux ouvrages dans mes articles sur Yeuillot. C*est qu'en etiet je les considère comme bien inférieurs aux ouvrages en prose du grand écrivain, quoiqu'ils contiennent encore des pages magnifiques. Mais les citations que M. Fréchette en a extraites sont d'une malhonnêteté inqualifiable. Malheureusement je n'ai pas le temps ni l'espace nécessaires pour les reprendre toutes et les présenter sous leur vrai jour. Je veux cependant en relever quelques unes.
M. Fréchette cite comme horribles les mots suivants: — "peuple en train de pourrir — moi-dre dei» '* fanges — chant de la peste et de la pourritui*e— ce que "dit l'ulcère sur les corps dévorés— pain des linges " vomi des chiens."
Louis Yeuillot se sert en efi'et de ces mots, mais il faudrait dire comment et à quel propos. Il parle des poètes et des journaux qui déshonorent aujourd'hui sa patrie, qui nient JDîeu et combattent l'Eglise; et voulant qualifier cette poésie et ce journalisme, sans nommer personne, il parle des fanges sans nom qu*ils mordent et il dit au lecteur : —
Ouvre ces lirres où s'étalent lies pestes qui nous font mourrir Tu sauras quels parfums exhalent lies peuples en train de pourrir.
LK8 CAUSEBISB DU DIBIANCHS 123
En parlant du journalisme bandit :
Bcontes an instant ces horreurs, vous saurei
Ce que P ulcère dit sur les corps dôrorés
C*est le chant de la peste et de la pourriture.
M. Préchette si délicat dans l'expression, ne trouve pas cela de son goût. Moi je trouve cela beau et trè^vrai. La bible a de ces expressions.
Le ,pain des anges, vàmi des chiens est imité d*nn hymne de rBgiise, partis angelorum non mittendus canibus.
Les épithètes que M. Fréchette cite comme adressées par Louis Veuillot à ses adversaires, ne s'adressent pas à des individas mais à des types, à des caractères, à de^ êtres imaginaires enfin, qui ne sont pas nommés. Pour n'en donner qu'un exemple qui mettra a nu 1« honteux procédé de M. Fréchette, citons l'épithète de (Trapauds-volants. Voulez- vous savoir comment Veuillot l'adresse à ses adversaires ? Il raconte une fable, et il fait parler et agir le crapaud- volant, comme Lafontaine faisait agir et parler les boucs, les loups, les ânes, etc., et quand il vient à la morale^ il dit qu'il en connait dix de ces personnages auxquels on applaudit, et qui ne sont que des crapauds-volants.
Ma lettre est déjà longue, il me faut couper court. Pourtant je veux dire encore que les vers de Louis Veuillot adressés à Paris et qui ont si fort scandalisé M. Fréchette, ne sont à peu près qiKune traduction de ces paroles du prophète Ëzéchiel h Jérusalem : — '< dedisti mercedes cunctis amatoribus tuis, ut intrarent ad te ubique ad fornicandum tecum... et multiplicasti fornicationem : et nec sic satiata es I
A. B. fioUTHIIR.
124 LS8 CAUSKBIB8 DU DIMANCHS.
EvÀNSMSNT, 9 jan. 1872.
Mon chbr monsieur Basile, ,
Comme vous vous en êtes aperçu vous-même, votre pamphlet n'est plus qu'une question secondaire dann notre polémique. Il n'est plus qu'un prétexte pour quelque chose de plus sérieux. Oui, monsieur Basile, de très-sérieux même; et la preuve, c'est que, non Noulement vous hurlez de douleur sous les morsures du ridicule que j'ai mis à vos trousses, mais que vous trépignez de dépit en voyant s'écrouler, comme un ch&teau de cartes, tout l'échafaudage de tartuferies que vous élevez si laborieusement depuis que vous êtes à Kamouraska.
Ce n'est pas pour le simple plaisir de faire rire à voh dépens que je reprends la plume, après les quelques» jours de répit que je vous ai laissés, monsieur Basile. Oh ! non, c'est pour vous tenir un peu plus longtemps» démasqué devant le public. Quand on aura bien vu votre tête de Jan us ; quand on saura ce que vous êtes» monsieur Basile ; vos calomnies et vos dévotions seront considérées pour ce qu'elles valent, et j'aurai Mt une bonne œuvre :
^* Ne refusez pas de rire, si le sujet le comporta, dii '^ Tertulien. Il y a^es choses dignes de risée sous leur " gravité feinte ; le rire les empêche (Ttiswrper U respect.'*
Vous voyez qu'il y avait des Basiles même du tempt» (le Tertulien.
Le Rire des hommes a son bon côté, je le répète ; et il faudra bien que vous en passiez par là, quand vou» saurez que votre M. Veuillot lui-même a écrit quelque part que ** le sifflet n'est pas seulement une attaqua permise, mais la plus légitime des représailles."
LSH CAUSStllBS DU DIMANCHE. 125
Et à ce propos, je me permettrai de m'étoiiner, monsieur Basile, de ce que vous anathématisiez autant Molière et Lafontaine, tandis que M. Veuillot, ]ui, le^^ nomme des Français par excellence. Décidément il y en a un de voub deux qui n'est pas infaillible t
Voue devriez lire Veuillot, monsieur Basile ; cela vous serait presque aussi utile que de lire la vie de Washington. Car en6n, pour deux hommes qui parlent toujours au nom de la providence, vous admettrez qu'il n*est pas absolument habile de vous contredire ainsi mutuellement. Autrement, voyez à quoi vous vous exposez. Il y a quelques années seulement, le plus grand éi^rivain des temps modernes, quant à la forme, a publié un volume de satires. Or, comme M. Veuillot est tout ce qu'il y a de plus parfait, il s'ensuit que la satire ne peut être qu'une excellente chose. Et comme, dans la préface de ce volume, Molière e* Lafontaine sont appelés non incomparables satiristes, il s'ensuit encore que, lorsque vous accusez le rire grivois de Molière et de liHfontaine d'avoir attiré les châtiments .de Dieu sur la France, vous vous monti'ez le plus Basile de tous les Basiles; et cela d'après le jugement sans appel de M. Veuillot lui mémo, ** ce grand interprète de la vérité.*'
Ce qui prouve que M. Veuillot, malgré ses incroyables déblatérations contre le télégraphe et le percement du mont Cénis, est quelquefois de l'opinion des autres hommes sur certaines choses.
Toujours à propos du Bire des hommes, vous dites que je persiste à admirer " Teresa " et la " Belle-Hélène. " D'abord, 'comme le fameux singe qui confondait le Pirée avec un nom d*homme, vous semblez prendre ici la Belle-Hélène pour une personne, ou bien vous transformez Teresa en opéra- bouffe. Cette pauvre chanteuse de cafés-concerts ne s'attendait probablement
126 LE8 CAUSERIB8 DU MMANCHl.
guère à pareille opération. Vous allée vous excuser en disant qu'un saint homme comme vous ne connaît pas ces choses-là. Et moi, je vous dirai, monsieur Basile, que la sainteté n'exclut pas le bon sens, et qu'un homme de bon sens ne parle jamais de choses auxquelles il n'entend rien, pas plus à propos de musique, qu'à propos de la coupole du capitole américain. Ceux qui ont pris la peine de vous lire, se rappellent le?* bourdes colossales que vous avez écrites sur ce dernier sujet, et qui nous ont presque autant amusés que votre fameux chapitre sur la politique d'Adam. Quant à ce qui est de mon admiration pour Tere$a et la BeUe- MéUney elle se réduit à bien peu de chose, puisque je n'ai jamais -enteodu la chanteuse, et que j'ai entièrement oublié l'opéra, à part cette jolie charge contre les Basîles» du temps de Ménélas, qui se disaient en rapport direct avec Jupiter, et prétendaient avoir le monopole de set« foudres.
Mais passons à autre chose. Vous dites, monsieur Basile : *' 11 est inexacte de dire que &a Grâce aurait refusé son appi*obation à mes causeries si je l'avais demandée. "
Oui, cela est inexact en eitet, car vous Taves demandée cette approbation, et vous n'avez pu l'obtenir
Cela est plus précis, n'est-ce pas ?
Vous dites encore : '* J'ai obtenu l'approbation des évèques du diocèse où j'ai publié. " C'est à mon tour monsieur Basile, de trouver votre assertion entachée d'une légère inexactitude. Car, si je me souviens bien, vous avez d'aboi*d publié à Québec, et ce que vous avez fait à Montréal, n'est qu'une réédition.
Vous prétendez ignorer ce qui a pu se passer entre Mgr l'archevêque et le P. Monnot, au sujet de la croisade spirituelle. Voilà quelque chose que vous n'affir-
merîez pas (K)us serment, monsiear Basile ; non pas parce que le scrupule vous étouffe, mais parce que vous êtes trop soigneux de vos petits intérêts. D'ailleurn, dans le cas roéme où Ton vous aurait caché que le P. Monnot n'avait la permission de prêcher son œuvre que Jusqu'à la Toussaint, quand vous le voyiez abandonner lachairo et recourir à la conférence, pour un homme qui a le don de découvrir le doigt de la providence dans toutes les affaires d'ici-bas, il était facile de voir là au moins celui de Tautorité. Mais cette autorité vous déplaît, monsieur Basile; elle n'est pas assez intolérante pour votre goût, et c'est pour cela que vous ne manquez jamais l'occasion de lui donner le coup de pied, le tout ad majarem Dei gloriam.
Le fait est, monsieur Basile, que si l'on ne savait pas par expérience ce dont vous êtes capable, on aurait peine à s'imaginer jusqu'où l'astuce, la malice, l'envie et l'hypocrisie peuvent pousser une certaine clause d'hommes, quand l'ambition les tourmente. Il n'y a rien qu'ils ne fassent. L'honneur, l'estime de soi, la droiture, le patriotisme, l'amitié même, rien ne leur est sacré. La religion ? ils s'en font un manteau pour cacher leurs vices, un marchepied pour monter aux charges publiques; ce qui ne les empêche pas de \\\ Houffleter sans vergogne en petit comité. Le prêtre ? ils le flattent pour s'en faire un instrument, et quand ils n'y peuvent parvenir, ils le déchirent impitoyablement. O pharisiens, ô vendeurs du temple, ô cafardn intrigants, comme je me sens bien lorsque je vous ai an bout de ma verge I
Il est bien triste, monsieur Basile, qu'en plein dixneuvième siècle, et dans un pays qui jouit depuis longtemps d'un gouvernement constitutionnel, on en soit encore réduit à revendiquer le droit d'être catho-
128 LES CAUBSaiES DD DIMANCHE.
\u\ne, saiiK être obligé de slncliner devant le despotisme de M. Cartier ou l'incurie de M. Chauveau ! El pourtant voilà tout le sujet de notre discussion.
Mais dites moi donc, Basile d^ mon cœur, notice gouvernement est-il responsable, oui ou non ? S'il est re^iponsable, j'ai donc le droit de le désapprouver et \k* le dénoncer au peuple 1 Kst-ce faire de la révolution cola? 11 n'y a qu un Basile qui puisse le prétendre.
Que disaient les Basiles de la division électorale de Lévis aux dernières élections ? *' M. Fréchette est contre le gouvernement; or, comme il est de foi qu'on doit se soumettre au gouvernement établi ; M. Fréchetti» n'est donc pas catholique, c'est donc un révolutionnaire î " Et les commentaires d'aller leur train. On a vu des hommes dont le caractère particulier devait nous faire espérer plus de charité et de mansuétude, descendre jusqu'à la calomnie la plus infllme, et aller d«« maison en maison aiUrmer que j'avais abandonné ma religion, et que je m'étais fait, pendant deux ans, aux Etats-Unis, le vicaire d'un prêtre apostat.
£t si j'avais été la seule victime de cet-te indigne persécution, passe encore ; une hirondelle ne fait pas le printemps, comme dit M. Chauveau. Mais on a employé la même tactique dans toutes les divisions électorales de la province où il y avait un candidat opposé au ministère. Qu'avait-on à dire contre M. le professeur Langelier, par exemple ? N'était- il pas inattaquable sous tous les rapports ? Son honorabilité et ses principes religieux n'étaient-ils pas à Tabri do tout soupçon, puisqu'il possédait la confiance de la première institution religieuse du pays ? Et cependant qu'a fait votre école ? Ne l'a-t-olle pas représent*^ comme un communiste, un garibaldien, un complice de l'assassinat de Mgr Darboy ? N'a-t-elle pas été jusqu'à
LIS CAUBIRISS DU DTMANOHI. 129
rappeler commissaire de Satan f II n'avait pourtant pas écrit la Voix d*un Exilée lui 1 On n'avait pas même ce Hpéeienx prétexte à invoquer. Pourquoi donc cette guerre acharnée qu'on lui a faite au nom de la religion, sinon parcequ^il était opposé au ministère actuel ? Preuve que les Basiles sont les mêmes dans fiagot, qu'a Lévis et Kamouraska 1 \
Et vous venez nous dire, l'eau bénite sur les lèvres, que vous n'attaquée pas l'opposition ; que vous n'en voulez qu'aux libéraux! Allons donc, cher monsieur Basile, il y a une chose bien certaine pour tout le monde, allez, c'est que si M. Langelier et moi, nous nous étions présentés comme ministériels, toute cette fervente croisade n'aurait jamais en lieu. Nous aurions été bien vite proclamés bons chrétiens et parfaits catholiques.
Le passé le prouve. Qu'étaient les Huot, les Rhéaume, les Blanchet, les Tourangeau, avant leur honteuse volte* face ? Votre école les dénonçait comme des impies, des homraes dangereux, qui voulaient renverser l'ordie social et abolir la religion. Aujourd'hui qu'ils ont trahi leurs convictions pour se faire élire avec l'argent et les bâtons du ministère, — pour manger les croquecignoles du gouvernement, suivant l'expression cynique de l'un d'entre eux, — comment ee fait-il qu'ils soient devenus si parfaits tout à coup ? Est-ce que M. Huot est moins socialiste qu'il n^était autrefois? £s^ce que MU. Bhéaume, Blanchet et Tourangeau seraient devenus des piliers de sacristie par hasard ? Monsieur Basile, on dirait que vous prenez le public pour une collection d'imbéciles. Tenez, je suis sûr d'une chose, tout commissaire de Satan que je suis, si je passais au ministère aujourd'hui pour demain, tons les Basiles du pays seraient les premiers à me décerner les plus beaux
130 Lt8 0AUSIRI18 DU DIMANCHB.
certificats d'orthodoxie imaginables. Et ce n'eH pas à !'opposition que vous en voulee 1... Mais caches- vous donc!
Quelle conclusion tirer de tout cola, monsieur Basile 7 C'est que vou| êtes des hypocrites, et pas autre chose. Si vous aviez réellement les intérêts de la religion à cœur, vous ne la traîneriez pas ainsi à la remorque de votre politique louche et rancunière, et si vous étiez bons catholiques, vous ne diffameriez pas vos frères comme vous le faites, sans même avoir Tezcnse de la défensive.
Etrange discussion : Vous êtes un impie ! — Comment cela ?•— Parceque vous n'êtes pas catholique. — Main oui, je suis catholique. — Non, vous ne Têtes pas. — Je veux rêtre. — Non, vous ne le serez pas ! — Je reconnais tout ce que l'Eglibe enseigne, et je m'y soumets. — Je ne veux pas, car si vous êtes aussi catholique que moi, il me faudra vous rencontrer sur le seul terrain de la politique, et je ne veux point cela...
Non, vous ne voulez point cela, cher monsieur Basile ; mais soyez tranquille, je suis prêt à vous rencontrer sur tous les terrains du monde ; un savant de votre espèce, ça se réduit vite à quia.
Heureusement pour vous que vous savez faire contre fortune bon cœur, et que, lorsque vous vous trouvez confondu dans vos absurdes prétentions, voua vous mettez immédiatement du côté de votre adversaire. C*est très prudent ; cela coupe court à toute discnssion dangereuse. Ainsi, par exemple, vous m'accusez d'irréligion ; je réclame. Vous appuyez votre accusation sur ce que je suis républicain et opposé aux privilège» nobiliaires ; je réplique que la religion est très démocratique dans ses doctrines; qu'elle ne connaît pas plus la royauté que la république ; que la forme du goover-
LKâ CAUSXRISB DU DIMANCHE. 131
nement ne relève que de la volonté populaire, et je m*appuÎ6 sardes théologiens qui tous font autorité dans TEglise. Que répondes- vous ? Vérité de la Palisse! Personne n*a jamais contesté cela, dites vous. Bien, très bien 1 Ainsi, je puis être catholique tout en professant des principes démocratiques. Mais laissez-moi donc tranquille alors 1 On se prend à se demander parfois si vous avez réellement la tête sur vos épcules.
A propos de mes citations, vous croyez faire acte de finesse en insinuant qu'elles me sont fournies par quelque membre du clergé. Et quand cela serait, en perdraient-elles leur valeur comme autorités? II me Hemble que cela prouverait tout au plus que ce que vous appelez la basiUophobie est répandue même parmi le clergé; car enfin, si quelque prêtre me fournit ces citations, ce n'est certainement pas pour vous aider à m'enfoncer.
Je n'ai pas été du tout surpris de vous entendre faire cette supposition, cher monsieur Basile ; vous êtes si profondément ignorant sur ces matières, que vous êtes tout étonné qu'un autre puisse les avoir étudiées. Or, détrompez-vous, monsieur Basile; cela ne tire pas à conséquence, mais ces citations, depuis la première jusqu'à la dernière, personne ne me les a fournies ; je le« dois à mes propres recherches* Etudiez un peu monsieur Basile, et comme cela ne demande pas de bien grands efforts d'intelligence, vous pourrez peutrêtre un jour en faire autant.
Je ne puis relever tout ce que vous dites de faux monsieur Basile ; pour cela, je serais forcé de m'attacher à chacune de vos paroles ; je ne signalerai que quelques uns de ^os dires les plus marquants :
132 L£8 GAC8KEISS I>U DIMANCH8.
Vous prétendez que j'appartiens à l'éoole libérale condamnée par Pie IX. Vous avez pris cela dans votre cervelle enfumée, monsieur Basile 1
Vous affirmez que j'ai justifié l'assassinat politique.— Vous êtes un calomniateur, monsieur Basile 1
Vous m'accusez d'avoir dit que, pour trouver un roi digne du peuple canadien, il fallait plonger dans les sales bourbiers de la truanderie. — Cela est stupidement faux, monsieur Basile I
Enfin, vous ajoutez que j'ai /dcAémmt abandonné mon pays pour le mieux diffamer. — Cela est d'une absurdité niaise !
Mais si j'étais un pareil garnement, un homme aussi dangereux, pourquoi donc m'avez-vous conjuré si amicalement de revenir au Canada? Il me semble que les honnêtes gens devaient être bien débarrassés d'un scélérat de ma trempe. Hein ! qu'en dites-vous ? Je gage que vous faites le mort là-dessus aussi !
Cela m'amène à dire un mot du banquet de Vlmmaculée Conception ; je n'en aurais pas parlé de moi-même \ mais puisque vous prenez la peine de dire au public que j'y étais, je vous en sais gré, monsieur Basile. Lorsqu'on se trouve comme au coin d'un bois où il faille défendre sa réputation contre dos voleurs de grand chemin, on doit être reconnaissant à quiconque flous fournit un bouclier comme celui-là. Pauvre Basile, vous ne cesserez donc jamais de vous enferrer !
Un dernier mot, monsieur Basile. Vous vous ête» étonné de ce que, malgré le peu de cas qu'un homme comme il faut doive faire de certaines injures, j'aie senti )e sang me monter au visage, quand vous m'avez appelé un lâche ; et, dans la grandeur de votre courage^ voutii avez immédiatement cherché les raisons qui vous paraissaient les plus propres à vous rassurer contre la
LS8 CAirSlRIES DU DIMANCHE. 133
correction que votre irapadence aurait pn vous attirer. D'abord, rien d'extraordinaire à votre étonne ment. La race des Basiles, voyee-vous, ça n'est point très chatouilleux sur ce point- lÀ. Connaissant le rôle que vous auriez à jouer, ô cafards, la providence a destiné
VoB faces aux larges soufflets.
Mais, quant aux raisons que vous avez de vous rassurer, vous en avec oublié la meilleure ; c'est la prudence naturelle aux gens de votre métier, qui, — ^r&ce à leurs rapports habituels avec la providence, je suppose, — savent en général se tenir à distance asses respectueuse pour éviter les étriviôres.
Vous parlez de petits verres d^ ^' Basile," en voilà un. Goûtez moi cela; c'est du dernier crû. Vous trouve» que j'ai des goûts de restaurateur ; j'en ai surtout les talents, monsieur Basile. Je n'ai peut-être pas le carpe aussi délié que certains faux moines de ma connaissance, mais j'ai un tour de main tout particulier pour le service des petits plats. Ceux que je vous ai déjà servis 8ont là pour prouver que je n'oublie jamais ni le poivre ni la moutarde. ^
C'est toujours à votre service, monsieur Basile.
Votre serviteur,
Louis FaicHXTTS.
134 LS8»CAt8MlE8 DtT htUAttCUts
NoovxAU-MoNDXy 16 jan. 1872.
AprèB quînee jours de repos, M. Frécbetie vient de reparaître dans rEyènèmenti plus fhtigaé et pins fiirieux que jamais. Il me menace encore du bâton^ mais il se plaint qile je me tiens trop loin pour qu il puisse m'atteindre. Yeut-il donc que j*aille au-devant des coups ? Ce serait trop exigeant.
C'est bien assez généreux de ma part de lui avoir offert une jolie situation à Kamouraska. Lui qui pmrcourt l'Amérique depuis dix ans sans pouvoir se caser, n'aurait-il pas dft accepter la place vacante de chef de0 badigeowneun 1 II se serait ainsi rapproché de mes épaules, et il wxvviSt peut-être pu trouver cet instrument que tout gentilhomme a â sa dirpotition.
Mais non, il voudrait vivre de ses Joieirs^ voilà son mal ; et tant que son pays ne lui aura pas assuré dee rentes il le méprisera.
Dans sa dernière lettre, M. Fréchette ne parle plfla guère de moi ; mais il fait le procès de bien des gens* Il se plaint du deêpotieme de M, Cartier et de Vineptie de M. Œauveau, Il injurie tout gratuitement MM. Blaih chet, Huot, Tourangeau et Bhéaume. Il accuse deux prêtres d'être descendus jusqu'à la calomnie la plus infâme pour lui faire tort dans son élection, et il les appelle les Êasiles du comté de Lévis.
Puis, il retombe sur ce pauvre Louis Venillot qu'il pulvérise, comme bien vous pensez. Il appelle see articles sur le percement du mont Génis d'incroyable» déblatérations. On admettra que le grand polémiste n« s'en tirera pas facilement. Il se moque surtout de moi parce que j'ai dit que Louis Veuillot éttiit le premier écrivain de son temps quant à la forme, La phrase n'eei
LES CAUSSaiES DU DIMA.NCHI. 135
pas de moi, mais de M. Fabre, et M. Fréchette devrait ménager un peu son ami, au moins dans son journal.
Parce que M. Fabre a fait l'éloge de tout ce que M. Fréchette abhorre et méprise, ce n'est pas une raison pour qu'il vienne se moquer de lui jusque dans TBvônement.
Après cela M. Fréchette répète que j'ai sollicité l'approbation de l'archevêque pour mes Causeries et que je n*ai pu l'obtenir. J'ai déjà dit que c'était un nouveau mensonge ajouté à ceux que le poète a déjà commis.
Enfin, il me reproche de l'avoir invité à revenir au pays. J*admets que j'ai eu grand tort, et j'en demande pardon à mes compatriotes. M. Fréchette aurait pu rester à Chicago, et nous aurions pu nous passer de lui. Ses amis eux-mêmes s'en seraient mieux trouvés, puisqu'il ne les aurait pas compromis. Pour les consoler de son absence, il aurait pu Uur envoyer son buste en pl&tre qu'il a fait faire à Chicago, en attendant que la postérité le fasse tailler en marbre. Au fait, c'était le plus sûr moyen d'avoir sa statue.
Nous aurions placé son pl&tre dans les vitrines de rOpinian Publique, qui l'aurait proposé à l'admiration des beUes, dont il a chanté les droits inégaux, dans ses Jbùksxrs^j et tout le monde aurait été content.
La Vcix <f im Exilé aurait continué de couler, et nous aurions eu une quatrième, une cinquième et une sixième année, ainsi de suite jusqu'à épuisement. Les rois ventrus auraient été éventrés, le clergé canadien aurait eu l'honneur de nouveaux outrages, la République ailé aui*ait battu des ailes, et Vastre des peuples se serait levé tans pâlir devant la pomme !
Je ne l'ai pas voulu 1 malheur à moi f
L'université Laval doit surtout m'en vouloir, puisque M. Fréchette continue toujours d'abriter sous son nom
136 LIS CAU8SEIE8 DD BIMANCHB.
6a personne et ses doctrines. Cette institution et Sa Grâce Mgr Tarchevèi^ae ont véritablement da malheur, les libéraux tentent toujours de s'en servir comme de paravents. On se rappelle avec quelle audace M. Dessaulles se prétendit approuvé par Mgr l'archevêque Baillargeon, lorsque l'évêque de Montréal le condamnait. Aujourd'hui, c'est le tour de Mgr Taschereau, et c'est M. Fréchette qui voudrait absolument lui imposer rhumiliation d'être l'ami des libéraux.
Mais laissons-là ces misères.
A. B. BOUTHIBR,
EvtNEMBNT, 16 janvier 1872*
Mon CHBR MOlfStBtTR BASILK,
Je viens vous faire mes adieux.
J'en suis marri ^ mais que voulez- vous, c'est la loi d'ici-bas : il n'y a point de bons amis qui ne se quittent s Je me souviendrai longtemps, croyez-moi, monsiviir Basile, des joyeux moments que vous m'avez procurés ; et je suis convaincu que, de votre c6té, vous n'oublierez jamais les petites attentions que j'ai eues pour vous. Permettez-moi d'y mettre le comble en vous donnant, comme souvenir de moi, quelques petits conseils qui me sont suggérés par l'intérêt que je vous porte, et que je vous prie de mettre en pratique, si vous voule» éviter de nouveaux désagréments.
LSS CA0SERtBB DU DIMANCHI. 137
Ces conseils, les voici, monsieur Basile :
lo Prenez garde au péché d'orgueil qui consiste à se croire beaucoup meilleur que les autres, et méditez quelquefois sur cette belle parole de saint Paul : " Je Bais le dernier d'entre mes frères ! "
2o Souvenez-vous de Taxiome : '^ Quand on demeure dans une maison de verre, on ne doit pas jeter des pierres chez son voisin." Ce qui veut dire que, loi-squ'on a dans sa réputation certains accrocs peu enviables, il est très imprudent d'essayer de déchirer celle des autres.
3o Bappelez-vons que le ciel est fait pour tout le monde et que c'est être égoïste que de vouloir l'accaparer pour soi tout seul ; que ce métier-là est dangereux, car en voulant fermer la porte du paradis au nez même des grands dignitaires de l'Eglise, on risque de s'en faire donner sur les doigts, et d'être remis à sa place.
4o Avant de parler au nom de la religion, commencez par en étudier les doctrines les plus élémentaires ; et, au lieu de réprimander les autres pour leur insuboixlination, commencez par vous soumettre vous-même aux autorités de votre diocèse, et cessez de leur dicter une ligne de conduite à votre guise.
5o N'accusez pas les autres d'irréligion sous prétexte qu'ils ont politiquement différé d'opinion avec certains membres du clergé, de peur qu'on ne vous rappelle que vous avez écrit des articles de journaux censurant nos autorités religieuses ; que vous avez ouvertement accusé votre archevêque de faire des concessions à l'esprit du mal ; que vous vous êtes, tout dernièrement encore, insurgé publiquement contre une de ses décisions, et enfin, que vous faites partie d'un certain cercle d'illuminés qui viennent de publier à Montréal un ignoble pamphlet, où les sommités religieuses du pays sont
138 LIS OAUBSRIES DU DIMANCEB.
représentées comme agissant sous l'influence directe de l'enfer.
60 N'offrez jamais votre serment pour prouver que vous n'avee jamais écrit de lettrée anonymes. Yous êtes assez avocat pour savoir qu'un accusé n'est jamais admis à témoigner dans sa propre cause ; et pula tout le monde sait qu'un homme qui écrit des lettrée anonymes est capable de le nier l'évangile à tai main. M. l'abbé Patry s'occupe probablement asacs peu de vous pour faire semblant d'accepter vos dénégations sous serment, mais le public est beaucoup ploé sévère, lui I
7o Quand vous aurez jamais à justifier les écrita cyniques et saugrenus de M. Veuillot, nlnvoquez jamaîa la bible, de peur qu'on ne vous défie de traduire en langue vulgaire le cantique des cantiques de Solomon, l'origine des Moabites et des Ammonites, les aventures galantes du patriarche Judas, l'histoire d'Oalla et d'Oaliba, quelques passages des prophéties d'Bcé> chiel, etc.
80 Quand vous discuterez avec un adversaire, ne tronquez jamais ses phrases, et ne défigurez jamais ses idées, dans le but de faire penser du mal de lui ou de son style. Ce petit moyen est trop puéril pour un homme sérieux, et pas assez honnête pour un saint homme. En i*ecourant à de semblables artifices, voue prouvez à tout le monde que vous n'êtes ni l'un ni l'autre.
9o Si jamais vous changez de lieu de résidence, ne le faites pas dans le dessein que vous me communîquies à moi-même en quittant Québec, celui d'aller spéculer sur la bêtise humaine; car ce genre de spéculation pourrait encore produire ailleurs ce qu'il a produit à Kamouraska, une basiliqphobie chronique et incund>1e
tu (JÀttsMifts M DiltAlIcttK. là 9
dont les symptômes se n^anifestent d^ane manière ai désagréable pour Todorat des passants.
lOo Je vons conseillerais aussi, monsieur Basile, de ne jamais dire que tous ceux qui vous détestent à Kamouraska sont de la canaille ; d^abord c^est bien prétentieux, et ensuite vous nous donnez paï* là une trop triste idée de ce charmant village, où vous auriez bien du mal à trouver deux amis.
llo Ne vous laissez pas trop emporter par votre Eèle, et abandonnez à jamais le dessein de vous faire bâUrnniBte devant Parche d^alliance ; vous savez maintenant par expérience que, lorsqu'on veut trop bfttonner les antres, on court le risque de se faire bâtonner soi*' même.
12o Enfin, mon cher monsieur Basile, je soumets à Vos saintes méditations le proverbe suivant, dont les circonstances ne peuvent manquer de vous faire appré*oier toute la justesse : Tel va chercher de la hine qui s*en revient tondu !
Voilà, monsieur Basile, quelques conseils que vous n'hésiterea pas, j'en suis sûr, à mettre en pratique, attendu que vous save^ maintenant ce qu*il en coûte pour ne pas les avoir reçus plus tôt.
Maintenant, monsieur Basile, quelques mots seulement pour mettre le public en garde contre les fausses interprétations que vous donnez à certains vers que j^ai écrits, il 7 a déjà longtemps, et dans des circonstances qui ne sont plus du tout celles d'aujourd'hui.
Si vous aviez plus d'intelligence et de bonne foi, vou» be m'accuseriez certainement pas d'avoir appelé le peuple aux armes pour délivrer le pays de vous et de vos pareils. Ce n'est pas la peilie, allez, monsieur Basile ; un peu de patriotisme et le scrutin secret vous balayeraient bientôt comme une nuée d'insectes4
140 LB8 0AUSEAÎB8 DU DUIANCHl.
Si j'ai parlé de révolution, c'est comme avertissement. Et cet avertissement, je le maintiens. Nous sommes de chair et d'os comme les autres peuples, et ce qui se passe chez eux est plein de terribles leçons pour no» gouvernante. Quand ceux-ci n'ont plus de respect pour les lois ; quand ils chassent de force de l'enceinte parlementaire jusqu'aux représentants de la presse, de peur que le récit des turpitudes ministérielles ne parvienne jusqu'aux oreilles du peuple; quand ils décernent effrontément des honneurs publics à des repris de justice ; quand ils font sortir de prison les criminels pour s'en faire des agents électoraux ; quand ils corrompent les officiera rapporteurs pour escamoter les élections ; quand ils enlèvent les candidats par la force armée ; quand ils privent des paroisses entières de leurs franchises, parcequ'elles leur sont adverses, — je dis que nous courons à la révolution t...
Vous en avez eu un exemple en petit dans Kamouraska, en 1867. Qui était responsable des voies de fait déplorables dont vous avez été le témoin dans cette circonstance ? Je n'approuve pas toujours ceux qui se fout justice eux-mêmes ; mais c'est un devoir de montrer Tabime vers lequel nous marchons, et de dire à ceux qui se moquent ainsi du droit et de la justice: <' N'allée pas plus loin, car il arrivera un temps où le peuple ne saura plus mettre de frein a son juste ressentiment."
Yoîlà ce que j'ai voulu dire. Et pas auti*e chose.
Il y a, dans la V<nx cCttn Exilé, deux vers sur lesquels je tiens particulièrement à revenir avant de clore la discussion. Les voici :
Un triste ayeaglement donne à P horrible scène Le sanctuaire pour décor.
LfiS CAU8BRISS Dtr DtMANCRfi. 141
J^avoue que ce» vers peuvent donner lieu à fausse interprétation ; et je ne vous en veux pas trop, monsieur Basile, de me les avoir rappelés, puisque cela me donne l'oecafiion d'expliquer ma pensée. Cette explication est toute simple. En écrivant cela, je n'ai pas eu l'intention d'accuser le clergé en général, mais simplement Técole politico-religieuse laïque ou autre, qui, depuis quelques années, spécule si effrontément sur les croyances du peuple, et fait du sanctuaire le théfitre de ses honteuses intrigues. Les Basiles, enfin !
La seule allusion que j'aie faite au clergé, dans la Voix d'un Exiliy — et cette allusion confirme ce que je viens de dire, — se trouve dans ce vers :
Le berger dort au lieu de veUler à eon patie.
Jepuism'ètre trompé; mais c'était ma conviction.
Au surplus, si c'est un crime que j'ai commis là, monsieur Basile, vous êtes vous-même un bien grand scélérat, car vous en avez dit mille fois plus dans vos Causeries du dimanche et ailleurs, à propos du libéralisme catholique. Et votre école donc I...La différence entre vous et moi, c'est que je fais les choses ouvertement, au grand jour, et que ^ous les faites sournoisement et en cachette.
Autre remarque. Vous m'avez accusé d'avoir justifié l'assassinat politique. J'ai prouvé, par le texte même de mon écrit, que vous m'avez indignement calomnié. Vous revenez à la charge, et voici comment vous vouë excusez :
'< En ne citant pas en entier, dites-vous, les vers de '< M. Fréchette, je n'ai pas dénatui'é sa pensée, ou bien ^< il a pensé autrement qu'il n'a écrit. Le lecteur en " jugera lui-même en lisant, non pas ce que M. Fréchette *^ a lui même cité, mais toute la pièces
142 LIS CAUSXRIXS DO DIHANCHB.
Très-bien, monsieur Basile, j'accepte le verdict; et, si vous ne revenez pas sur vos paroles, vous publierex la pièce on entier dans le Nouveau- Mande ; et j'aurai peutêtre ainsi l'avantage de voir ma défense publiée, en même temps que vos attaques, par le Courrier du Canada^ le Journal des Troie- Rivières et VFcho de Léviz,.. Pour que le lecteur puisse lire toute la pièce^ il faut bien qu'il la voie.
Mais vous ne la publierez pas, monsieur Basile. Je regrette de le dire, je ne vous crois pas assez honnête pour cela. Ce dernier défi aura le sort de tons ceux que je vous ai lancés depuis le commencement de cette polémique. Vous savez que votre accusation tomberait d'elle-même, et vous avez pour principe: mentons, mentons, il en restera toujours quelque chose!
Vous aviez pourtant promis une petite histoire d« sifflet à l'université Laval. Contez-la ; je l'attends avec curiosité ; et, si votre vei-sion est aussi exacte que voa reproductions, quelque a^ntre que moi se chargera de rétablir les faits.
Maintenant, mon cher monsieur Basile, je von.s laisse avec la honte et le ridicule dont vous vous êtes couvert, et — si vous êtes encore susceptible d'un bon sentiment — avec le regret d'avoir, sans nécessité aucun^et sans la moindre provocation, indignement calomnié et outragé un ancien ami.
Continuez, si vous le voulez, à remplir les colonnes du Nouveau- Monde du produit de vos haines et de vw rancunes personnelles. Vous êtes payé à tant la ligne ; cela fait votre affaire.
Adieu! Ne m'en veuillez pas trop, monsieur Basile; toutes ces petites leçons vous servii*ont. C'est comme cela que l'expérience s'acquiert. Qui sait, peut>ètre un
LBS CAtîSBEtKS DU DtMANCHS. 143
jour pourra-ton dire de vous ce que le bon Lnfontaine disatt d'un rat célèbre :
C'était an vieux Routier : il 'sarait plus d'un tour ; Même il avait perdu 8% queue à la bataille I
Il manque une A, mais la Bcie y est.
Votre serviteur,
Louis pRtcHsm.
P. S. — Il parait que j^ai copie mes citations dans de» livres imprimés, et imprimés en Belgique encore ! Cher monsieur Basile, quelle découverte ! Cela vaut celle que vous avez faite des J^îaines de TOuest, pour le moins t
Dites donc, monsieur Basile, avez-vous pris vos citations du Siècle dans Toriginal, ou dans quelque autre journal qui le citait ? Dans le premier cas, vous êtes un impie, puisque vous lisez le Siècle ; et, dans le second, vous avez fait exactement comme moi qui prends mes citations où je les trouve.
NouvBAu-MoNDt, 24 jan. 1872.
Enfin I M. Fréchette juge que dans Tintérètde sa réputation et de son avenir, il est temps pour lui de rentrer dans le silence qu'il n'aurait jamais dû rompre. Il me fait ses adieux en m'assurant qu'il gardera mon souvenir; c'est une attention à laquelle je suis assez sensible pour le payer de retour.
Non-seulement il est temps pour M. Fréchette de rentrer sous sa tente, mais je considère qu'il est un peu
144 LBâ CAU8ERIE8 DU DIMANCHB.
tai*d. Sans cet immense orgueil qui le domine, qai l'aveugle, et qu'il m'avouait un jour ne pouvoir vaincre, il y a lougtemps qu'il aurait compris que son astre a pâli dans cette polémique intempestive.
La pose présente de son personnage l'inquiète enfin Il s'aperçoit que sa gloire se lésarde, et laisse trop voir le creux qu'elle enveloppait. Que de gens ignoraient la Voix dun Exilé, et qui la connaissent trop maintenant. Comptant sur cette ignorance, notre homme avait pris une pose exagérée. Ses amis le flattaient. Ils poussaient la complaisance jusqu'à rappeler notre poète nationaly le poète qui a tant insulté à la patrie, à ses institutions, à ses gloires^, à son cler^l Quelle amère dérision I *
Gr&ce à notre polémique, le poète libéral se trouve réduit à sa juste expression. On peut maintenant le mesurer. C*est un accordeur de diphtfyongues, riche d'imagination, pauvre de jugement, manquant de cœur et de patriotisme, mais moins coupable que ridicule, et gonflé d'une immense ambition.
Voilà l'homme qui voulait modestement jouer le rôle de Jésus-Christ, debout sur les dalles du temple et le fouet à la main. Voilà l'homme qui citait à son tribun^ les Cartier, les Langevin, les Chapais, les McGee, les Chauveau, les Ouimet, et qui les appelait de vils scélérats, des monstres d'infamie. Voilà Thomme qui accusait notre clergé d'aveuglement et de donner au scandale le sanctuaire pour décor. Voilà l'homme qui appelait csuvre immonde applaudie par Satan, un changement politique que nos évèques approuvaient. Voilà l'homme qu'il était bon de faire connaître, et que mes Causeries du dimanche ont démasqué avec la plus grande modération.
Pour le saivre dans sa polémiqae, il m'a fallu parfois voyager en pleine cuistrerie ; on sait que ce n'est pas aux Etats-Unis que nos compatriotes vont prendre des leçons de droiture et de bonne éducation. Néanmoins j'ai pu me garder de ses éclaboussures, et de toutes les basses accusations qu'il a portées contre moi, aucune n'oHt restée sans réponse.
La seule qu'il n'ait pas retirée lui-même, est celle relative à la lettre anonyme. Après la réponse que je lui ai faite, les plus simples notions de la probité i^obligeaient à se rétracter. Mais il préfère m'accuser de parjure avec deux autres personnes^ et insinuer que M. Patry m'a écrit une Jettre fausse, contraire à ce qu'il croit. On ne peut pousser plus loin le mépris de l'honneur.
En terminant, M. Fréchette me donne des conseils. Il ne me vaincra pas en bonté 4e cœur, et je veux bien l'assister de quelques avis.
Je sais que son pays a eu des torts très-graves à son égard. Il ne l'a pas fait juge, ni ministre, ni autre chose. Il n'a pas applaudi ses Loisirs^ que dis-je, il ne les a même pas siffles !
Non, pas même siffles. Ce fut la chate morne De r ennuyeux parikit devant P ennui sans borne On ciaignit de siffler tant on voulait dormir.
CTest un outrage sanglant qu'un poète ne pardonne jamais. On aurait dû sans doute lui créer une pension, ou le laisser au moins
Raccomoder des cordes de sa lyre Le vieil habit qui s'en allait.
Hais non, rien: Pas de place, pas de pension, pas de couionne, pas de médaille, même de bronze, et
146 LS8 CAUSISRIES DU DIICANCHS.
quand il revient à Tunivereité, on le siffle. O Patrie ! Est-ce ainsi que tu récompenses tes grands hommea?
Cependant, que le poète veuille bien considérer que la République ailée ne Ta guère mieux traité puisqu'il nous est revenu. Qu*il n'oublie pas surtout, comment on a apprécié ses services dans une certaine lutte électorale à Chicago.
Ces souvenirs le rendront plus indulgent pour sa patrie.
A l'avenir donc, o poète, ayez plus de patience. N'injuriez pas nos hommes publics, calomniez moino vos adversaires, respectez les dépositaires de l'autorité civile et religieuse, abandonnez vos lubie^) libérale^i, étudiez les grands penseurs catholiques (seulement, quand vous les copierez, avertissez-nous), cherchez moins la rime et plus l'idée, faites des vers moÎD;» sonores et mieux remp^s, et si vous suivez ces conseilsi, vous pourrez encore devenir quelque chose. Les fautes que vous ne pouvez laver, nous les oublierons. Vœ victis n'est pas notre devise, maintenant surtout qu'il y a de par le monde tant de nobles vaincus. Allez en paix.
A. B. ROUTHISR.
Montréal, 18 janvier, 1872 M. le Rédacteur.
Je me demande en vain, quelle vertueuse roonche a piqué l'exemplaire monsieur Adolphe Basile Boathîer et l'a porté à m'attaquer, comme il Ta fait, avec autant d'intention méchante que de manque d'à-propos dans le Nouveau- Monde de mardi, que je n'ai vu qu'hier a« soir.
LES CAUdEBIES DU DIMANCHB. 147
Resté complètement étranger à la latte rÎBiblement inégale qu'il s'entête à soutenir contre un homme qui se montre aussi spirituel polémiste et brillant prosateur que poète de génie, je ne vois pas en vérité, pourquoi ce pauvre sanctifié ahuri me donne ainsi en passant un coup de poing que rien ne motivait; et j'en conclus :
Que le pauvre homme n'y voit plus, et frappe au hanard sans s'occuper où porteront ses coups. Mais rinjustice que me fait le susdit monsieur Routhier est de plus d'une espèce. Non-seulement il dit une chose entièrement fausse sur mon compte, mais il calomnie en sus un homme qui se sentait plein de la plus sincère pitié pour lui.
Suivant, comme je l'ai fait depuis plusieurs semaines, tonte cette polémique si étincelante d'un côté, et de l'autre, si déplorablement veuve de tout ce qui donne de rintérèt à ces passes-d'armes littéraires, j'en étais venu, quoiqu'ami et admirateur du talent de M. Fréchette, à Ken tir mes sympathies se développer peu à peu en faveur de ce pauvre maltraité des muses que je voyais broyé ainsi comme chair à pfité. Un bon coeur souffre À voir, même un insulté, frapper trop fort sur le gamin qui lui a fait une niche, et je trouvais presque, quelquefois, que M. Fréchette laissait un peu trop libre cours À sa mordante verve contre cet impuissant.
Pourquoi me disais-je, charger ainsi à mitraille jusqu'à la gueule pour tii*er sur un moineau, quand le Hcnl coup à poudre l'étourdirait.
Je le dis en toute franchise, j'éprouvais une sincère «t réelle pitié pour ce malheureux escrimeur fourvoyé, que je voyais repousser si péniblement avec son fleuret largement boutonné les passes vigoureuses d'un adver- Haire au fleuret rapide et acéré, et je me demandais intérieurement: ''Mais que diable est-il donc allé faire
148 LB8 0A1T8SRI18 BU DDIANCHC.
dans cette galère ? L*hointne ne se connaît donc pas ? " Enfin^ le voyant toujours si prodigieusement essoufflé A la suite d'articles si péniblement pondns, je me suis souvent demandé avec inquiétude, si personne, dans son entourage, n'aurait pas la charité de lui faire porter l'extrème-onction.
Avec de pareils sentiments envers ce lutteur haletant et criblé, jugez de ma surprise quand je le vois, sans plus d'à-propos que de compréhension de sa propre position, me décocher une grosse et lourde méchanceté qui n'a pas même le mérite d'être vraisemblable: '^ Allons I me dis-je, voilà qui est tout de bon super lativement... Je laisse le lectètir remplir la lacune, et je me contente de constater qu'il y avait dans cette attaque autant d'intelligence que de malhonnêteté ânxi» la forme et dans le fond.
M. Bouthier dit donc au Nouveau- Monde : '* On se rappelle avec quelle audace M. Dessaulles te prétendit approuvé par Mgr l'archevêque Baîllargeon lorsque l'évêque de Montréal le condamnait."
L'expression " se prétendit approuvé " ainsi employée d'une manière générale et sans restriction ni qualifia cation, ne peut signifier autre chose que sur mes représentations individtieUes Mgr l'archevêque fiaillargeon aurait approuvé mes prétentions à l'encontre d'une décision de son collègue de Montréal.
Or, je n'ai jamais de près ni de loin dit ni insinué pareille chose. Je sais parfaitement à quoi M. Routhier fait allusion ici, et pour lui épargner des recherchée, je l'informerai de suite que s'il veut être lo^^al et sincère, il peut recourir au trente neuvième chapitre de ma lecture sur l'affaire Gui bord et qu'il y verra le contrepied exact de ce qu'il affirme.
LES CAU8IRIE8 DU DIMANCHE. 149
Il est clair que M. Routhier a parlé de mémoire, et qu'avec cet esprit fatalement nébuleux qui le distingue ' ou peut-être mieux, avec cette absence complote de toute loyauté d'écrivain que j'ai remarquée dans toute sa lutte avec M. Fréchette, il m'a attribué précisément le contraire de ce que j'ai fait.
Bien loin de me prétendre approuvé par Mgr Baillargeon, j'avais au contraire cité les paroles suivantes qu'il m'avait dites et que pour plus de sûreté j'avais notées immédiatement à ma sortie de l'évêcbé : *^ Je '^ n'entends juger personne, ni préjuger quoi que ce soit *' contre qui que ce soit; je ne voudrais rien dire en *' son absence qui pût comporter le plus léger blfime *' contre un collègue ; mais je ne puis, moi, vous ** r^arder comm& des rebelles puisque vous suivez •* votre appel à Bome ; c'était votre droit d'y aller."
Voilà comme j'ai prétendu que f étais approuvé ! Rien danM ce chapitre ni ailleurs ne met le moins du monde Mgr Baillargeon en opposition avec l'évêque de Montréal. C'est seulement et exclusivement aux merveilleux cananistes du Nouveau- Mande (la propre expression dont je me suis servie) que j'ai cité une opinion à moi, exprimée par Sa Grandeur, mais en l'exprimant, elle ne voulait ni ne pouvait l'appliquer à personne en particulier, vu que je ne lui avais désigné personne et que mon expression, que M. Bouthier trouvera dans ce chapitre auquel je réfère, était: ^* fan n'en continue 7><u moins..." et l'opinion de Mgr Baillargeon ne s'appliquait qu'aux personnes désignées par le pronom indéfini, et par la même expression collective, on.
M. Bouthier a donc fait un avancé complètement faux. S'il l'a fait parcequ'il n'a pas consulté mon écrit, il a été malhonnête par légèreté ; et s'il l'a con- 10*
150 LE8 CAU8SBIE9 DU DIMANCHE.
suite, il a été malhonnête par calcul/ A lui le choix, mais il n'y a pas de milieu.
Il y a dans tout cela quelque chose qui m'étonne toujours chez ces gens qui ne font que donner pratiquement des soufflets à la religion en se prétendant ses représentants et ses défenseurs ; c'est ce parti-pris, en se donnant une si belle mission, de ne jamais la défondre que par des moyens douteux ou inavouables ; c« partipris de calomnier toujours quelqu'un ou de représenter toujours faussement quelque chose ; ce parti-pris enfin de tromper délibérément ceux pour qui ils écrivent, comptant toujours que les quatre vingt dix-neuf centièmes de leura lecteurs ne pourront recourir aux sources.
Certes, quand je vois tous ces prétendus défenseurs des bons principes ne jamais se mettre à une table à écrire, que pour éborgner toujours la vérité par un point ou par un autre, je me demande comment c&9 petits saints ne semblent pas songer un instant, combien leurs saints patrons et leurs bons anges doivent être constamment sur les épines à leur propos.
Je n'ai sans doute pas le droit d'oflTrir un conseil à M. Eouthier; mais comme toute son école m'en a bien souvent offerts, je le supplie de me permettre de lui en donner un tout petit.
Il a pour patron un des grands évèques de l'Eglise d'Orient et l'un des pères de l'Eglise qui se sont le plus distingués par leurs écrits. M. Eouthier, exemplaire comme il l'est à l'extérieur, admettra bien qu'il ne pourrait que profiter à lire les belles œuvres de son patron. S'il voulait bien se mettre à cette besogne, certainement plus méritoire pour lui et plus utile à autrui que celle de me calomnier insolemment, il
LES 0AU8EBIBS DU BIMANCHB. 151
verrait comment saint Basile a traité le parti des exagérés et des ignorants dans TEglise. Gela lui fera peat-ètre faire un petit retour sur lui-même.
Veuillez me croire,
M. le Eédacteur, etc. ^