‹ Les guêpes canadiennes, compilées et annotéesChapitre 39 sur 57 · L. A. DSSSAULLSS · texte numérisé non relu

L. A. DSSSAULLSS

Nouveau-Monde, 29 jah. 1872.

En m'adressant sa première philippique, M. Fréchette disait qu'il parlait au nom de tout un grand parti, et il avait juré de m^éreinter; que dis-je? il promettait de m* écraser comme une punaise, c'était son expression choisie. Il parait que le grand parti n'est pas tout-àfait content de son héros, et qu'il ne me trouve pas encore suffisamment écrasé. Car voici venir M. L. A. Densaulles, le grand chef du grand parti, qui écarte M. .Fréchette et prend sa place.

Pourquoi cette intervention ? — Il y a un prétexte et une raison. Le prétexte, c'est de contredire un avancé que j'ai fait, et qui concerne M. Dessaulles. La raison véritable, c'est de consoler M. Fréchette, et de panser nés plaies.

M. L. A. Dessaulles se pose en juge de la polémique qui vient de finir, et il va sans dire qu'à ses yeux M. Fréchette a tout l'avantage. C'est un poète de génie, un prosateur brillant ; un polémiste spirituel, et la lutte que j'ai soutenue contre lui a été vitiblemeni inégale.

Pour faire accepter un semblable jugement, M. Dessaulles aurait dû le mieux écrire. C'est le moins

152 LS8 CAUSEBIB8 DU DIACANGHS.

qu'on ptilsse demander à la critique littéraire, que ses jugements soient bien rédigés. Par le temps qui court, il ne suffit plup d'avoir une réputation d'écrivHin, il faut la soutenir. Or, la lettre de M. DessauUes contient des négligences de style qui étonnent chez un homme qu'on crw*&it rompu au métier. Il fait surtout un abus' des épithètes et des adverbes, qu'on ne pardonnerait qu'aux collégiens. Quand il veut me désigner, il les accamnle sans merci : '' ce pauvre sanctifié ahuri, cepanwre maltraité àes muses, ce malheureux escrimeur fourvoyé, ce lutteur Metant et criblé, etc'' Jamais moins de deux qualificatifs, quelquefois trois.

En même temps, de grands adverbes tombent sur moi comme grôle : —

** Ma lutte a été visiblement inégale,.. déplorablement veuve '* de tout ce qui donne de l'intérêt... je luttais <t péni- '^ blement avec mon fleuret largement boutonné... j'étais ** si prodigieusement essoufflé à la suite d'articles si pétà- *^ blement pondus... mon esprit Q%i fatalement nébuleux... '* et ma méchanceté superlativement bête..." Je ne puis les énumérer tous, je prends au hasard.

Bien ne m'assomme comme ces longs adverbes. Je résiste bien aux noms (même à celui de Bai^ile), aux pronoms, aux verbes, et un pou aux adjectifs ; mais les adverbes m'accablent déplorablement, prodigieusement, superlativement. L'adversaire qui veut en finir avec moi n'a qu'à me cingler des adverbes.

Ce n'est pas tout. On devine que la phrase de H. DessauUes ainsi surchargée, doit être lourde^ et se traîner misérablement. Qu'on en juge — je souligne les passages embarrassés : —

^' Suivant, comme je Tai fait depuis plusieurs *' semaines, toute cette polémique si étincelante d'vn côté, ^' et de l'autre si déplorablement veuve de tout ce gyi donne

LIS CAU8BRtS8 DU DIMANCHl. 153

" de rintérèt à ces passes d'armes littéraires, j*en étais *• vena, quoiqu'ami et admirateur du talent de M. Fré- **^ chette, À Mentir mes sympathies se développer peu à ** peu en faveur de ce pauvre maltraité des muses que je ^ voyais broyé ainsi comme chair à pâté. Un bon " cœur souffre à voir même un insulté frapper trop fort ** sur le gamin qui lui a fait une niche, et je trouvais ^* presque quelquefois, que M. Fréchette laissait un peu " trop libi-e cours à sa mordante verve contre cet im- ** puissante

On se rappelle un à peu près de presque compassion que le bon cœur de M. Fréchette a éprouvé un jour à la vue des tronçons mutilés d'un serpent coupé par morceaux sur une grande route de la Louisiane. Le bon cceur de M. Dessaulles vient d'éprouver presque, quelquefois, un peu trop le même sentiment.

" Je le dis en toute franchise (on vous croit), j'éprouvais une sincère et réelle pitié (en effet, une pitié sincère " doit être réelle) pour ce malheureux e crimeur fourvoyé " que je voyais rejwusser si péniblement avec son fleuret ** largement boutonné les passes vigoureuses d'un adversaire «* au fleuret rapide et acéré (un fleuret boutonné d'adverbes "ne serait pas rapide ni acér().,. V^rï^Uy le voyant " toujours si prodigieusement essoufflé, à la suite d articles '' si péniblement pondus, je me suis souvent demandé avec '* inquiétude si personne dans son entourage, n'aurait pas la •* charité de lui faire porter l'extrême-onction."

Est ce pour me rendre ce nervice que M. Dessaulles est accouru ? — Je le suppose, mais je doute de sa jurisdiction. Je ne le crois pas plus capable d'administrer l'extrême-onction que de donner la sépulture ecclé- 8i&<«tique.

Ces citations, que je pourrais multiplier, doivent suffire à démontrer que M. Dessaulles n'est pas un juge

1 1*68- compétent en m atiôre littéraire; et pour peu qae le préjugé serve son incapacité, il e^t évident que se8 jugements ne peuvent avoir une grande autorité.

J'arrive maintenant au prétexte de sa correspondance.

J'ai dit dans une de mes lettres que M. Dessaulles se prétendit, un jour, approuvé par Mgr l'archevêque Baillargeon, lorsque l'évêque de Montréal le condamnait. Je n'ai pas fait cet avancé à la légère, et je suis bien étonné de voir M. Dessaulles nier ce fait, dont je trouve la preuve en toutes lettres dans sa lecture sur l'afTaire Guibord, publiée dans l'annuaire de l'Institut Canadien pour 1869.

Eemarquons bien que le fait en question n'est qa*un dire de M. Dessaulles, et je ne sais pas, moi, si le défunt archevêque de Québec a tenu ou non les propos que rapporte M. Dessaulles.

Après avoir raconté comment et pourquoi, les membres de l'Institut ont cru devoir se soumettre an décret de la congrégation de l'Index condamnant UAnnuairc, et ne pas accepter celui de l'Inquisition condamnant l'Institut lui-même, le lectureur allègue que ce dernier décret a été surpris S7it par intrigue, soit par erreur^ et il ajoute :

** Mais s'il y a erreur sur la question de fait, comment ^* ose-t-on prétendre que nous étions tenus d'accepter '* les deux décrets de Rome ? Car voilà la prétention du ^' chapitre, et maintenant de l'évêque lui-même parait-il."

Ici il y a une note qui dit: — *'Cela est confirmé << par la lettre même de Mgr de Montréal à M. Tadmi- ** nistrateur du diocèse, publiée dans la Minerve"

Suivant M. Dessaulles, l'évêque de Montréal le désapprouvait donc de ne pas accepter les deux décrets. Or, voici maintenant comment Mgr l'archevêque de Québec aurait répondu à M. Dessaulles sur la question.

Lia CAU8EB118 BU DtMANCHS. 155

Co1ai-ci ayant exposé ses raisons de ne pas adhérer au décret de l'Inquisition, Téminent prélat lui aurait dit: — " il ny a rien à dire, vous êtes dans votre droit... ** vous n'êtes pas des rebelles, et ne pourriez, dans tous *' les cas, l'être que plus tard, suivant les circonstances." Puis il aurait ajouté en terminant :—" Je n'entends *' juger personne, ni préjuger quoi que ce soit contre " qui que ce soit, je ne voudrais rien dire en son '' absence, qui put comporter le plus léger bl&mo *' contre un collègue^ mais je ne pui8,«»moi, vous considérer " comme des rebelles puisque vous suivez votre appel " à Home. C'était votre droit d'y aller."

S'il n'y a pas là une approbation, je ne sais plus quels termes, il faudra employer pour approuver quelqu'un.

Mais M. Dessaulles nie quand même, et il soutient que l'opinion exprimée par Sa Gi*&ce ne s'appliquait à personne qb particulier, et qu'il s'était lui-même servi du pronom indéfini on pour dés^igner les personnes qui le désapprouvaient.

Evidemment il oublie que Sa Grâce, en lui répondant dit qu'elle ne voudrait pas blâmer un collègue, Est*ce an pronom indéfini qu'un collègue f

J'ai droit de conclure que M. Dessaulles m'accuse bien à tort de déloyauté, de fausseté, de malhonnêteté, et qu'il est cruel d'assaisonner tout cela de villains adverbes.

A. B. ROUTHIBR.

166 LIS CAU8SRIE8 DU DIMANCHI.

EvàNEMRNT, 5 Février, 1872.

M. le Rédacteur.

A une leçon de loyauté, M. Bouthier a répondu par une leçon de style. J'y reconnais Tespèce dans tout son lustre. Au fait, Tun peut fiSvt bien lui paraître aussi important que l'autre, et même s'il lui plait, de préférer le beau style à la droiture, je lui en laisse toute la jouisf^ance. Mais il y a peut-être, ça et là, des esprits quinteux qui trouvOTont apès l'avoir lu qu'il a encore beaucoup moins de loyauté que je n'ai de style.

Mes adverbes offensent ses délicates oreilles. Mon. sieur a des nerfs I Mais cher impatient, je ne me sens pas irrité, moi, de voir votre robuste conscience, dormir comme elle le fait des deux oreilles, sur la prodigieuse déloyauté qui caractérise toute votre polémique I Ah I si la conscience valait les oreiHes I Mais Je vois que quand on la cherche un peu, on la trouve aussi imperceptible que celles-ci sont développées.

M. Routhier m'informe que je ne sais pas écrire. Cela se peut, et je n'ai jamais songé à me poser comme un maître en fait de style. Quand on m'indique un défaut, je l'avoue de bonne grâce et j'en demande pardon. Je me crois seulement un peu moins coupable de mettre un adverbe de trop qu'un mensonge contre le prochain. Mais par exemple, je vois que quand on montre à M. Routhier une calomnie de son crû, il la maintient avec opiniâtreté. C*est sa manière, à lui, de comprendre la religion.

Quant A moi je n'ai jamais songé qu'a démasquer, dans la moins mauvaise forme possible, les arrogants et les hypocrites, et toute cette école de la haï ne et du dénigrement systématique qui s'aifuble si gauchement du manteau de la religion; manteau sous lequel ces

LK8 CAU8KBI18 BU HTMANCHI. 157

bonnes gens nous font exactement Teffet du singe du cardinal Mazarîn, qui s'était un jour, coiffé de la calotte cramoisie de son maître. Mes adverbes l'irritent I C'est son droit. Mais pourquoi ne me concéderai t-il pas en retour, celui de mépriser de toute mon âme ces matamares en capuchons, qui croient sanctifier l'injure qu'ils font au prochain en trempant leur plume dans l'eau bénite?

Je puis me tromper, mais j'ai bien moins honte de dire des choses vraies avec des adverbes, que je n'en aurais de calomnier les gens en style châtié, comme le modeste M. Bouthier se le fait dire dans un communiqvé de la feuille où il écrit.

M'est avis qu'il serait de meilleur exemple, que les notions d'honorabilité de l'écrivain fussent aussi châtiées que son style, en admettant que le dit style mérite les coups d'encensoir que M. Bouthier lui donne si consciencieusement ; sans doute pour bien démontrer l'humilité profonde de l'inventeur du susdit style.

J'épargnerai donc pour l'avenir à M. Bouthier la peine infinie qu'il s'est donnée à fendre des cheveux en quatre, en lui disant que la manière dont j'habille ma pensée a toujours été la moindre de mes inquiétudes, ne m'occupant jamais que de dire clairement ce que je pense honnêtement J'ai entendu plus d'un méchant prétendre que parmi les écrivains du jour, M. Bouthier est l'un de ceux qui pense le moins ce qu'il dit. Je n'échangerais donc pas mes habitudes pour les siennes.

Je n'ai pas dit que la lutte avait été visiblement inégale; j'ai dit risiblement, et j'ai entendu tels partisans des idées de M. Bouthier déplorer son évidente insuffisance dans cette lutte dont il parait si fier.

Quand ses propres amis en versaient des larmes, pourquoi donc la pitié m'aurait-elle été interdite I

158 LBS GAU8JSRIE8 DD DIMANCHE.

Non ! M. Southier ferait mieux de se bien tftter laimême avant de s'engager dans une de ces luttes où l'on ne trouve plus même la queue du battu. Et j*06Grai lui demander s'il croit vraiment avoir la somme d'études et de connaissances acquises et nécessaires h ceux qui s'arrogent, comme lui, la mission de tancer arrogamment tout le monde. Pour avoir le droit de bousculer ainsi, même ceux qui ne lui dirent rien, U faudrait au moins montrer une tête quelque peu bien meublée.

J'ai pris un prétexte pour l'attaquer, dit M. Bouthier. Je comprendrais cette tactique si M. Bouthier ne m'avait rien dit Mais il se permet la plus injustifiable agression contre moi, agression pour laquelle je ne lui avais pas fourni ]e plus léger prétexte, et puis, c'est moi qui ai cherché des prétextes I On dirait réellement que l'homme a des absences.

Si j'avais vraiment voulu faire ce qu'il suppose, aider l'homme qui a si lumineusement disséqué son moral, j'aurais commencé par lui résumer et lui expliquer en détail la petite douzaine d'ignorances du plus beau Qalibre que j'ai découvertes sans loupe, dans le peu de lignes de lui que j'ai lues. Mais franchement je n'ai pas de temps à perdre à chasser pareil gibier.

M. Bouthier peut être sûr que je n'aurais pas soofiSé lo plus petit mot s'il ne m'eut rien dit. J'en avais trop pitié.

Mais quand je vois devant moi une tête passablement vaine, et encore plus vide qu'elle n'est vaine, je lui rappelle ce qu'elle est, simplement pour lui rendre service. C'est certainement là de la vraie charité. ** Dire une vérité à propos est toujours le plus grand '' acte de charité possible " a dit le grand saint Grégoire. M. Bouthier ne le récusera pas celui-là.

Maintenant, j*ai conseillé à la susdite tète, un peu trop vaine poyj: ce qu'elle contient, d'étudier les œuvrer de son patron saint Basile, afin de se bien pénétrer de ce que ce grand homme pensait des exagérés et des ignorants qui compromettent l'ËgiiseT. Ces expressioim Hont de lui et non pas de moi ; mais je vois aver, chagrin que Téminente tête ne veut pas profiter de ce conseil I M. Bouthier peut être sur pourtant, qu'il profiterait beaucoup plus à lire saint Basile que Veuillot.

Je proteste en terminant contre la tournure systématiquement malhonnête et (^éloyale, que M. Eouthier a donnée à ce que j'ai écrit 'au sujet de feu &fgr l'archevêque de Québec. Au reste je n'en ai été nullement surpris! C'est une interprétation loyale au contraire, venant spontanément de lui, qui eût excité ma surprise.

Il a commencé par dire une fausseté, et puis, au lieu de l'admettre de bonne grâce, il a essayé de colorer sa déloyauté en défigurant de nouveau ma pensée. Quand je discuterais pendant six mois, je ne corrigerais probablement pas un esprit aussi prédisposé, par tempérament, À défigurer en pleine préméditation tout oe qu'il touche. L'homme est ainsi fait, et je le livre à son saint patron, qui doit bien gémir s'il se regarde quelquefois dans un pareil miroir.

Adieu donc h monsieur Bouthier, et quoiqu'il puisse dire dorénavant, il ne tirera rien de moi, à moins qu'il ne m'envoie un certificat bien en forme qu'il a lu saint Basile. Quand il se sera ainsi un peu meublé la tête, je verrai ce qu'il conviendra de faire. Et d'ailleurs, s'il lit saint Basile, et s'il le comprend, il lui sera difficile de ne pas changer un peu de ton et de façon d'agir. Alors nous serons peut être d'accord. Salut donc À monsieur Houthier.

* L. A. Dessaullis.

160 LES CAU^KRIES DU DIMANCHI.

NouvBAD-MoNDB, 12 fév. 1872.

Héla» ! oui. On voit de trieted choses même dans notre grand siècle.

Yons avez fait de la litt^ratuVe, de la philosophie, de la théologie ; vous avez beaucoup parlé, beaucoup écrit, et votre réputation est au-dessus de tonte atteinte — vous le croyez du moins ; on vous a proclamé écrivain, isavant, illustre, illustrissime, et vous vous en êtes laissé convaincre ; vous êtes parvenu aux plus hauts emplois, et tout fier mais non satisfait, vous vous êtes dit : altiùs tendimtu.

Et vous avez quitté votre piédestal pour combattre un peu dans Tarène. Mais à peine y êtes-vous descendu, que votre adversaire se moque avec raison de votre tenue et de votre style. Le sang vous monte à la tête et la colère au cœur, et vous renoncez à conquérir de nouveaux lauriers. Le piédestal est encore là ; voiu y remontez sans plus de façons, disant adieu à la polémique qui fait crouler parfois des réputations qu'on croyait bien assises.

Oui, voilà l'accident dont M. DessauUes vient d'être la victime. La lettre qu'il publie dans TËvènement du cinq février, dénote un esprit mécontent de lui-même. Il se plaint très fort de la leçon de style que je lui ai donnée, et il me fait ses adieux.

Quoi ! déjà ? c'est trop tôt en vérité. II me semble pourtant que nous aurions pu égayer un peu la fin du carijaval.

Dans cette lettre, oh il se répète beaucoup, M. DessauUes insinue que je suis l'auteur d'un communiqué publié dans le Nouveau-Monde, Cela n est pas exact. Il y a longtemps que j'ai pris l'habitude de signer tout ce que j'écris.

, LB8 0AUSERIB8 DU DIMANCHB. 161 '

Il répôte que je l'ai calomnié, sans tenir aucun compte de la justification entière que j'ai publiée, et. sans montrer en quoi cette justification pêche. C'est l'exemple de loyauté que donne mon adversaire.

Enfin, il informe le public que je ne pense pas ce que je dis. Je crois avoir bien prouvé le contraire. Dans tous les cas, je voudrais pouvoir rendre le compliment à M. Dessaulles. Il serait fort heureux pour lui de ne pas penser tout ce qu'il écrit.

M. Dessaulles termine en me conseillant pour la seconde fois de lire saint Basile. Je le veux bien, mais nous le lirons ensemble. Quand il le lit seul, il le comprend si mal.

S'il l'avait bien lu, il aurait compris que les épithètes d'exagérés et d'ignorants employées par saint Basile, ne ^'appliquent pas à nous, mais à ceux qui sont mécontents de l'autorité ecclésiastique, et qui emploient leur Ignorance à la régenter.

Il y aurait pu prendre aussi de bonnes leçons de 8tyle. M. Dessaulles nous dît que la manièri dont il habille m pensée a toujours été la moindre de ses inquiétudes. C'est asseis visible.

* Mais saint Basile avait plus de souci de son style, et il y employait tout son savoir qui n'était pas mince.

II avait pris des leçons des plus célèbres rhéteurs du césarée de Constantinople et d'Athènes, et sa phrase était correcte, fleurie et ch&tiée. Il n'abusait jamais des adverbes, et souvent, il s'amusait à relever les fautes de grammaire de ses adversaires.

tJn jour, l'empereur Yalens se présente dans son

église accompagné de l'intendant de ses cuisines^

Démosthène. Dans Tentretien qui fut long, Démos-

thène fit un barbarisme en réprimandant le saint

162 LCS CAITSXRI£S DIT DIlfA^HK.

évêque. *' Comment, dit en souriant saint Basile, un Démosthène qui ne sait pas la grammaire ! "

On voit qu*au temps de saint Basile, comme aujourd'hui, il y avait des régenteurs d*évêques qui ne savaient pas écrire, et qu'en relevant les fautes de style de M. DessauUes, je n'ai fait qu'imiter mon saint patron.

Faites de même, M. DessauUes. Lisez saint Basile avec plus de soin, et vous finirez par exprimer de meilleures doctrines avec moins d'adverbes.

A. B. ROUTHIBR.

Petit voyage au Lac Saint Jean par A. B. Ronthieri

Notes Critiques par Léon Lorrain.

byGo©gle

Petit voyage au Lac Saint-Jean, par A. B. Routhibr. NOTES CRITIQUES par LÉON LORRAIN.

DepuiK quand parle-t-on mal de rAcademie française an Canada f

Depuis qu'elle a bien voulu couronner Touvrage d'un de iios com patriotes.

Cent trihte, mais c^est vrai. Il en est qui ne lui pardonneront jamais ce crime ; et si je ne me trompe, M. A. B. Routhier est un de ceux-là.

Habitué par une certaine presse conservatrice, que je c'i-oyaîs sur parole, à considérer M. A. B. Routhier comme un écrivain hors ligne, je me suis empressé de faire Tachât d*un petit livre qu'il vient de publier, et dont la dite presse faisait, comme toujours, des éloges à perte de vue: descriptions pittoresques, récits chai*^ mants, idées sublimes, style incomparable, bref toute la litanie qu'entonnent invariablement en chœur tons les membres du cénacle politico-religieux, sitôt que l'un d'eux réussit à pondre quelque chose.

Cet petit livre s'intitule : En Canot. C'est la description d'un voyage fait l'année dernière par l'auteur, au lac Saint-Jean, en compagnie de M. Claudio Jannet et de M. le comte de Foucault, journaliste d'occasion qui, ' depuis son retour en France, croit n'avoir rien d« 11*

mieux à faire pour reconnaître l'hospitalité qu'il a reçue au Canada, qu'à vilipender MM!. Letellier, Jolj^, Turcotte ei Price, tout en portant aux naes ces vrais représentants de notre caractère national, MM. F. X. A. Trudel et Charles Thibault.

En mettant la n^ain sur le petit volume, je l'ouvre au hasard à la page cent deux, et je tombe sur les lignes suivantes :

" Le Rev P. Laçasse est sans contredit un original qu'on n'accusera jamais de plagiat. C'est lui qui, étant écolier, et ayant à faire une amplification sur la découverte du Canada, l'écrivit en vers humoristiques et débuta comme suit (il faudrait qui débutaient ou en débutant, mais n'importe) :

" lie grand Jacques Cartier N'ayant pas de métier Partit un jour de France Pour courir une chance.

Quand il sortit du port 11 Tentait fort, fort. . . .

" En fait de vers humoristiques, il y eu a de p1u9 mauvais que ï Académie a couronnés,^*

Bon ! fis-je ; ça y est ! Le mot est lâché. Les Lettres à Basile sont encore plus coriaces que je ne pensais, puisque dix ans n'ont pas suffi au pauvre juge pour les digérer. Il est vrai qu'il nous apprend qu'il est dispeptique.

Eh bien, voyons donc ces récits enchanteurs, ces descriptions ravissantes, ce style merveilleux, ce langage si pur et si châtié ! Tâtons-en *donc un peu.

Et je commençai à la première page, pour no m'arrèter qu'à la dernière.

Je n'en revenais plus. Quoi, c'est cela .que l'on appelle de la langue, du style et de la pensée t Ah !

permettez; je m'înscrid tout simplement en. faux, et c est pièces en main que je veux venger «otre goût, nos connaissances et notre bon sens littéraires, qui, je le dis hautement, n'ont guère été plus compromis encore.

Je comprend» que des impressions et incidents de voyages, tout À fait insignifiants en soi, peuvent avoir de Tattrait pour le lecteur, quand ils sont revêtus de la forme pittoresque et variée que sait leur donner un écrivain de talent.

Mais quel intérèt^ai-je à savoir de quelle couleur sont les cheveux d'un Montagnais qui, à telle date, a mis le pied sur un caillou, ou mangé des framboises au coin d'nn bois? Que m'importe combien il fallait de temps à M. le comte de Foucault pour abattre un canard, ou au guide pour allumer un feu de branches sur un îlot du Saguona}*, le 3 d'août au soir, en l'année de N. S. 1881 ? Que me sert-il d'apprendre, qu'a telle heure M. Claudiot-Jannet avait sommeil et que M. Bouthier avait soif, qu'il y avait des coussins au fond des pirogues, qu'à tel point de la route les voyageurs ont incliné vers la droite, puis tourné vers la gauche, qu'un des canotiers s'est levé debout (page 178) et que l'autre lui a dit : Prends garde! quand tout cela est raconté platement, sans sol et sans vivacité, perdu dans des longueur, des détails puérils, des réflexions d'une naïveté qui n'a d'égale, que leur air de prétention, enveloppé dans un salmigondis indigeste de fautes d'orthographe et de français, d'expressions et de tournures vicieuses ; alouinii par mille locutions molles, flasques et traînardes, telles que: au moment où je parle ainsi— de tempe en temps — après une petite course- en terminant— en entendant ces paroles— pendant quelque temps— en ce moment— pendant

168 * ÏN CANOT.

que— pendant quHl parle^ et pendant ce tempè-lâ t Pendant ce temp^W^nrioni revient presqu'à chaque page !

De tels récits nous laissent froids ; de tels détails noua endorment, quand on ne lit pas comme moi, avec TînteDlion de faire une étude que je crois devoir être utile h ceux qui seraient portés, comme je Tai été moi-même, à prendre pour argent comptant les louanges banales que certains journaux ne manquent pas d'adresser A M. le juge fiouthier, chaque fois que celui-ci ouvre la bouche ou prend la plume.

Cette étude je la fais sans arrière pensée à l'égard de M. Bouthier, que je ne connais pas; mais aussi sana remords à son endroit, car — comme on peut le voir par les lignes qui commencent mon article — cet écrivain n'est pas ce qu'il y a de plus indulgent envers ses con< frères ] c'est évidemment un homme que la gloire des autres chatouille désagréablement, et avec ceux-là, on est plus à Taise pour dire carrément sa pensée.

C'est ce que je ferai le plus succinctement et le plus brièvement possible, ne prenant que le dessus du panier, car, pour faire ressortir tous les défauts et les fautes de toutes sortes qui pullulent dans le petit livre de M. Bouthier, il me faudrait écrire un volume plus considérable que le sien, et le jeu n'en vaudrait pas la chandelle.

J'aborderai d'abord le style; la grammaire, la langue et l'orthographe viendront après.

En parcourant le petit livre de M. Bouthier, je ne suis demandé plusieurs fois, pourquoi il avait montré 8i peu d'impartialité dans la part qu'il faisait à chacun de ses deux compagnons de voyage; pourquoi il nous

NOTKB CRITIQUES. 169

parlait si peu de M. Clandîo Jannet, qui est une célébrité relative, et nous entretenait sans cesse des faits et gestes de M. de Foucault qui, au contraire, est relativement un parfait inconnu ?

Un ami m'a expliqué le mystère.

" Mais vous voyez bien, m'a-t-il dit, que M. Jannet est tout simplement M. Jannet, — comme M. Aoutbier, — tandis que l'autre s'appelle M. le comte ! Il y en a qui ont des faiblesses pour ces choses-là ; pour eux, donner la main à un comte, causer avec un comte, et plus tard pouvoir dire : J'étais avec le comte : le comte et moi nous nous arrêtâmes ; je fis remarquer à M, le comte ; c'est une tentation à laquelle ils ne résistent pas."

£t en effet, presqu'à chaque ligne du récit de M. Routhier, vous lisez : le comte, le comte ici, le comte là, M. le comte par-ci, M. le comte par-là. ..et patati et patata...

Un domestique de bonne maison ne ferait pas mieux. Et toujours avec un grand C, s'il vous plait. Si M. Claudio- Jannet eût été duc, les choses eussent été sans doute bien différentes; mais comme il a tout simplement de l'esprit, et qu'il n'est seulement pas baron, la ]>ostérité ne saura jamais combien il a fumé de cigarettes de la Pointe- Bleue à Chicoutimi, ni combien il a fait de compliments à M. Houthier depuis la Malbaie jusqu'à Tadousac. #

Pourquoi donc cet aplatissement de quelques uns de nos compatriotes devant les gens titrés ? Est-ce que M. Bouthier, par exemple, qui par son industrie et son ftavoir-faire a su atteindre, jeune encore, une position enviable dans son pays, ne se croirait pas par hasard l'égal de M. de Foucault, — parcid que celui-ci a hérité d*nn titre qu'il n'aurait probablement jamais gagné lui-

même? Il en a tout l'air ; maiHJene lui en fais pan mon compliment.

PaB plus que de son style.

Je le répète, lo style de M. Kouthier m*H désappointé au suprême. Il n'a ni vigueur, ni forme, ni couleur. C'est languissant, froid, terne, et d'un terre-à-terre achevé; c'est à peine si, vers le milieu du volume, une description un peu hardie et un peu vive, vient rompre par-ci par-là la monotonie d'un récit sans vie comme sans intérêt, où les incorrections de langage foisonnent.

Dans sa préface, l'auteur dit qu'il s'est efTorcé de rendre son récit gracieux en même temps que fidèle. et, que la vérité exigeait qu'il fÎLt poétique. Rh bien, là, en conscience, si c'est de cette façon que M. Routhier comprend la gr&ee et la poésie, nous ne nous entendons pas sur les mots.

Donnons un exemple de cette grÂ<'e et de cette poésie :

<< II y avait parmi les conserres de MM. Massé et Frères des pâtés d^ ortolan.. .

Au singulier : voilà un ortolan d'une espèce rare. On ne dira pas que c'ent un petit oite*iu, celui là !

. . .des pâtés & ortolan trnifés qai nous semblaient on peu lourds pour nos ettomaeêf et nous les fîmes çoiUer à Tomachiche pour savoir ce que son n^mœ en dirait. Mais le colosse les a avalée (admirez la concoroance des temps) sans les goûter^ et son €9Umac n'en a rien dit ; on ne sait même pas s'il en a eu connaissance.

<< Rien ne met en belle humeur comme un e$Umae content. Or, après le déjeuner que nous venons de prendre, tous les ertomefi paraissent satisfaits.

« Les canoU seuls semblent moins légers."

Cinq fois le mot estomac en treize lignes ! Si c'est là de la grfice, je consens à trouver poétiques ces canots

NOTK(* CRITIQUBrt. ITl

que s^emblent alourdir les eatcmacs repus de ceux qui les montent.

Mais ce n'est pas seulement à la grâce et à la poésie que vise M. Routhier, il vise aussi à Tesprit. Il faut voir comment il atteint le but :

" C'est donc dans ces eanx que notre spirituel ami, M. l'abbé PAqiiet, s'est montré— à ceax qui Pont Tn— excellent chasseur et canotier ht^è4ignê (arec un trait d'an ion.)

*< An moment 01^ je parle ainsi, des canards se lèvent à l'avant du batean, comme si le nom seul de leur grand ennemi les eut réveillés, et ils s'enfuient à tire cPaite (sans trait d'union). Peut- 4tre aussi est-ce do l'ironie, et battent-ils des ailes pour me prouver qu'ils sont encore de ce monde, et que leur vie est belle, en dépit des prouesses des chasseurs t "

L'esprit qu'on veut avoir gâte celui qu'on a.

a dit Gresset; et Montesquieu a dit plus énergiquement encore : " Quand on court après Tesprit on attrape la sottise/* Molière s*est admirablement moqué de ceux qui font de Tesprit forcé. M. Routhier devrait relire les Prédeuseè ridicules.

Veut-il nous donnérTine idée de Tallnre d*uu original, qu'il appelle le grand seigneur de fios forêts^ et quelques lignes plus bas, le seigneur de nos grands bois, admirez la comparaison :

<* On eut dit (toujours à l'indicatif) Victor Hugo songeant, et traçant dans sou esprit les grandes lignes de sa Légende des Hiéclesl"

Bigre !

Deux pages plus loin, parlant d'un Anglais qui avait tenté inutilement de tuer une bête si noble et si poétique :

« Le retour exigea quatre jours de marche, dit-il, et le cuisinier, qui était français, disait en regardant son maître : (PeM Napoléon III revenant de Sedan /"

D*abord, Napoléon III n'est paa revenu de Sedan, et pais enuaite, hein I

Tournez la page et vous trouves le même nemrod, qui part de Chicoutimî pour le lac Saint-Jean :

<< Ce n^ était pas NapoUon partBktU pmtr la Russie, puisque le gmud homme de guerre n'emportait toujours arec lui (il fiiudnût ayec soi ) qu'un léger bagage I"

Tournez encore la page ; notre excentrique est afBîgé d'an spleen que Tharraonium même ne peut dissiper :

" Nouveau Saul, égaré sur cette terre misérable, il n* avait pu y trouver un David/"

Et ainsi de suite. ..Quelle recherche prétentieuse! M. Prudhomme est distancé. Quelquefois M. Routhicr veut faire des rapprochements ingénieux, et tombe dans le faux le plus complet :

<< Mais il y a, dit-il, autant de vies différentes qu'il j a d'espèces de fleuves et de rivières."

Moi, j'aurais cru qu'il y en avait infiniment plus; mais tournez encore la page et*vous verrez la démonstration :

** Le torrent qui saa tille, chante, rit, jase constamment, sans s'arrêter nulle part, ai -je besoin de dire que c'est la vie de la femme mondaine 7 "

Ainsi, pour trouver un point de comparaison entre une femme mondaine et un torrent, M. Routhier imagine an torrent qui sautille, chante, rit et jase. C'est ingénieux, mais un peu trop fort. A la rigueur, on peut comparer un chasseur à Napoléon I, à Napoléon III et à Saul, dans l'espace de trois pages de dix-huit lignes, parce qu'il n'a pu réussir à tuer un orignal qui ressemblait à Victor Hugo; mais imaginer pour les besoins d'une compai*aison, un gentil petit torrent qui

NOTES 0RITIQUS8. 173

chante, qui rit, qui jase et qui tautiUe,^ bousoir I Encore une fois c'est trop fort

M. Bouthier est quelquefois très pittoresque dans ses expressions. Yeut-il parler d'un danseur qui se tourmente beaucoup :

« Ses bras et ses Jambes enfimt du/eu, dit-il.'*

Et quand la danse est finie, le danseur va-t-il remercier le pianiste, il lui serre les deux mains, dit-il,

« Ces deux mainê pti lui ont procuré de n enivratUei oabrioUê,^'

Des mains qui procurent des cabriolesy c'est ce qui peut s'appeler de la hardiesse de style. Mais feuilletons et citons au hasard. Il n'y a presque pas besoin de commentaires.

<< La yagne du laige, sortoui au bout dee poinUê^ est encore an pen forte pour nos canots. . .''

En effet, ces vagues-là devaient être d'une force considérable au bout des pointes, puisqu'à la page précédente, M. Bouthier nous les représente comme portant $tpr leurs crêtes des embarcations chargées chacune de '' cinq hommes et de bagages considérables."

« H. de FoQcanlt et moi avons pour CanoUer-en-^hrf (ce mot-là méritait bien deux traits d'nnion avec une majnscnle) le bon Tienniche, nn des types montagnais les pins parfaits, et «fi aviron kon ligne:'

Je sais qu'on dit un trompette, un tambour, qu'on dit même vne bonne fourchette pour un mangeur émërite ; mais dire d'un homme que c'est un aviron, et un aviron hors Ugne, c'est forcer un peu le trope.

Une dernière citation pour cette fois :

« Nous citions le grand guerrier allemand Wallenstein qni se garantissait des balles an moyen d*nn onguent diabolique, fkit arec des herbes de toreier, cxdUs et honUlieB avec deêparohimaçiqua:*

174 KN CANOT.

Wallenstein ii*étaît pas allemand, mais bohémien, monsieur Bouthier. Mais après cela, quand on est assez sorcier pour faire bouillir des herbes de sorcier avec des paroles magiques^ on peut bien Tètre asses pour métamorphoser un Bohémien en Allemand ; c'est encore moins malin.

J'en étais je crois à démontrer que M. Routhicr, pour vouloir être trop minutieux ou trop solennel, tombait souvent dans le faux. Fournissons-en quelques nouveaux exemples :

" Kncore quelques heures, et le yent du Nord-Ouest aura si bien chassé les nues que nous apsrcevrons la Voie lactée datu tmOe •a longueur ..."

Il 8uf9t de se rappeler que la voie lactée parcourt circulairement toute retendue du ciel en passant audessus de nos tètes, pour saisit; l'absurdité de cette phrase. Pour apercevoir la voie lactée dan$ toute sa longueur, il faudrait que M. Bouthier pût se trouver aux deux antipodes en même temps. Je veux bien croire que M. Bouthier est exceptionnellement doué, mais, je doute fort qu'il ait aussi le don d'ubiquité.

*< Puis nous traversons un bois de jeunes taillis."

Mais si ce sont déjeunes taillis, ce ne peut être un bois. Question de dictionnaire.

'( Bous ses Tétements bleus brillait son teint yermeil."

Il faut que ces vêtements bleus fussent d'une transparence toute particulière pour que le teint de la peraonne pût non-seulement s'apercevoir, mais encore briller dessous.

NOTES OBITIQUSS. 175

La profondear des mers soudain n'avait plus d' ombre , Car l'amour de son cœur comme un astre brillait.

Comment trouvez-vons cet amour qui a le privilège d'éclairer même les profondeurs de l'océan ?

L'aurore flamboyait, et la yague bleuâtre

8e moirait sous ses feux des reflets les plus beaux.

L'aube sur les coteaux versait sa lueur fauve.

Tiens, voilà Tanrore qui flamboie en faisant sous ses feux resplendir les vagues de reflets éclatants, pendant que Vaube, elle, verse timidement sh fauve lueur »ur\e penchant des coteaux ! Il faut avouer que cela ne s'accorde guère, à moins que l'aurore n'est dit à l'aube : Tu m'ennuies; laisse-moi faire avec les vagues comme je l'entendrai ; tu t'arrangeras comme tu pourras avec les coteaux.

L'onde la dorlottait ( avec deux t ) comme on fait un enfant Pas besoin de commentaires pour celui-là.

Légère, elle s'enfuit en inclinant sa tête . . . •

Il s'agit d'une barque.

Puis eUefii alwi une courte effrénée, . . . Faire une course ; tout comme un commissionnaire.

Comme une brume blanche elle affleura les eaux.

J'ai déjà vu de la brume sur les eaux ; elle était toujours blanche ; mais jamais je ne 1 ai vue faire des courses effrénées. La brume en général n'est pas si pressée ; elle se contente de flotter légèrement au-dessus de l'onde.

Et la Mauve glissait dans des ffoufres (sic) ouverts

Où l'on ne voyait plus eee grandes voileê blanehei

Mais laifoiiptf filait, agile, ruisselante,

Et poursuivait sa course à travers les britanU. .

Bon marin, nlest-ce pas, ce pécheur, qui, par une effroyable tempête, se lance ainsi toutes voiles dehors à travers les brisants ! Il n*avait pas eu senlement la précaution de prendre un ris. Est-il étonnant qa*il ait fait naufrage ? Mais M. Southier ajoute que Les rivages déjà s'approchaient êouriantêt

Et en effet des rivages entourés de brisants doivent être très rassurants pendant une tempête. Eniin, la barque se brise et sombre ; le marin veut sauver sa femme et son enfant, cette petite dont Tamour éclairait lo fond de la mer, et dont on voyait briller le teint à travers sa robe bleue.

Et d'ane main nageant, fendant la yagne folle, De Tautre il soulevait son &rdeau (riomp/uuU.

Un singulier moment pour triompher !

Qu^a était beau de voir sur la vague profonde Ce groupe naufragé luttant contre la mort !

YoilA une exclamation qui ne me semble pas empreinte d'un grand sentiment d'humanité. Je la trouve d'autant plus extraordinaire que M. Kouthier vient de me dire que les anges qui voltigent par delà les étoiles ont tous pleuré en voyant cet accident.

Mais une Dame éclatante vient au secours des maiheureux qui se noient :

C'était la Vierge Sainte, espoir du naufragé ; Elle avait vu flotter sur la vague écumante Comme un lambeau d'asur à demi submergé.

Tout comme quelqu'un qui n'aurait pas su ce que c'était. Puis on voit :

...... la vision céleste

Euayer d arracher d'une main/orte et leste. Son en&nt bien-aimée à Vhumiik tombeau.

Très neuf V humide tombeau ; sans compter cette vision dont la main forte et leste fait des eiforts pour arracher etc.

Mais le fi&rdeau parut d'ane lourdeur extrême.

Vous voyez d'ici la vision mystérieuse obligée d'y mettre toute la vigueur de poigne dont elle peut disposer.

La Vierge, souriant alors aux flots glacés, S'élança de la mer dun coup ^aile suprême.

Allons, voila la sainte Vierge avec des ailes main* tenant! C'est plus nouveau que les gouffres amers et Y humide tombeau.

Mais revenons à la prose.

M. Ronthior nous parle des enfanta gras et joufflus qui s'ébattent sur les perrons d'Hébertville :

^ Le teint bruni de leurtfigwrtè dénote cbes eux Tamour du soleil, et l'horreur des chapeaux."

Quand on parle du teint, c'est ordinairement de celui du visage qu'il s'agit ; à moins que, comme M. Eouthier nous le donne à entendre, les enfants d'Hébertville ne soient, comme la rhétorique, doués de plusieurs ligures.

Je puis faire la même remarque à propos des Montagnais, qui ont, dit M. Routhier:

<< Les pommettes des joues très saillantes.*'

Comme, suivant tous les dictionnaires, le mot /70minef^« signifie la partie la plus saillante de la joue aude?<sous de l'œil, il s'ensuit qu'il était suffisant à lui seul pour exprimer l'idée de M. Routhier; mais ce dernier a peut-être voulu insinuer que ces intéressants sauvages ont d'autres pommettes que celles des joues. Cest encore possible.

178 BN CANOT.

Une autre remarque analogue. M. Eouthier dit en parlant d*une jeune fille :

« Son habUUé (sic.) à peler téeoree dn huuUau."

Puisque peler veut dire enlever Vécorce, il fallait dire peler le baulefiu tout simplement. C'est comme qui dirait : peler la pelure d'une pèche.

Mais continuons :

« La rivière se ereuee et i'élaryitk la fois/'

Toutes les règles de la physique renversées, cela me fait rêver ! Une rivière qui se creuse et s'élargit en même temps, voilà un phénomène que M. Routhicr devrait bien nous expliquer. De même que cette autre phrase qui se trouve dans la même page :

'< Elle (la nature) attend son bien-aimé, le soleil, qne la lumière précède comme un avant-coureur, mais ^t n*a pa$ encore mcmiré ta Jaee raycnnanU dan* le fond des ravin».^^

Ça je crois, comme disent les Belges.

Le soleil montrer sa face rayonnante dans le fond des ravins, c'aurait été par trop miraculeux. M. Bou* thier nous af9rme que la chose n'a pas eu lieu ; allons tant mieux.

Tandis que j'ai cette page sous la main, finissons^en avec elle :

*< On dirait des fiilbalas de dentelle blanche sur des robes >ôiicf'et.**

Pas français, cher monsieur Eouthier; il faut d» robes de couleur foncée. Le mot /once, quand il n'est pas accolé aux mots couleur, teinte ou nuance, veut dire qui a un fondf'^ovi qui a de V argent.

« A demi voilés par des vapeurs de Taurore, les sapins, et le épinettes dressent leurs cônes immobiles an bord des yâ/o^aet tantôt abruptes, tantôt eajterUe douce. . . "

N0TS8 ORITIQUES. 179

DeBfaiai&es en pente douce, voilà qui est rare; car tous les dictionnaires nous disent que les falaises sont des rochers escarpés» M. Bouthier inventera quelque jour les angles ronds.

Mais cela n'est pas pire que ce canot qui glisse comme flèche ENTRE les arches d'un pont (page 157), car pour glisser entre les arches d'un pont, il faut passer à travers les piles ; ce qui est un tour de force. Ce n'est pas pire non plus que ce magnifique panorama qui se déroule sur nos yeux (page 187) ; ni que ce sillon blanc qui se précipite du haut d^une montagne (page 79) ; ni que ces canots ^curant l'écume des vagues (page 83) ; ni que ces cliansons qui s'harmonisent avec les ooups d'aviron (page 91) ; ni que ce traitre quiseutBiBss comme un Iroquois (page 93); ni que ces îlots innombrables qui v^KAïKiHT les plus charmantes villas (page 127); ni que cette pièce d'eau qui sépare le cap Trinité du cap Eternité (page 196).

Suivant tous les dictionnaires, une pièce d'eau est une grande quantité d'eau retenue dans un espace creusé en terre pour l'embellissement d'un parc, d'un jardin. M. Eouthier commet la même faute à la page 187 où il découvre des pièces^d'eau au milieu des bois.

Mais on n'y regarde pas de si près quand, pour prendre son repas, on s'arrête de préférence dans quelque épais fourré (page 111) sans réfléchir qu'un fourré est déjà, suivant l'Académie, un endroit où il y a un assemblage épais d'arbrisseaux, d'arbustes et de brousfiailles, et qu'un épais fourré doit être d'un abord encore plus difficile.

Après cela, on peut bien paver sa tente de branches. (même page ! )

On jonche avec les branches monsieur Routhier, on pave avec des pavés, et Ton tâche de parler français.

Terminons cet article par trois citations :

<( Ça et là, dans les endroits où le feu a dévoré les grandi bois et n*y laisse plus (admirable concordance des temps) qne des souches noires et de grand» squelettes calcinés, le sol est coarert de grande» bruyères . . . . "

Trois fois le mot grand dans une phrase, avec une faute de syntaxe, c'est bien raisonnable.

«I Les courants se déchaînent et le mourement accroit leur puissance. Ils se rencontrent, ils se combattent, et les ondes qu'ils charrient se resserrent, s'écrasent, tournant sur elles-mêmes, et décrivant des spirales qui atiireni comme de» gorge» prqfimde» tous les objets passant à la surfîftce."

Les gorges profondes n'ont pas qne je sache pour propriété d'attirer les objets qui passent à la surface ; mais cela peut s'accorder avec ces courants qui charrient des ondes et dont le mouvement accroit la puissance^ puisque ce sont les ondes qui font le courant, et que celui-ci n'est autre chose que le mouvement lui-même.

« Cependant M. Jannet désire beaucoup voir les grands tributaires du Lac, ou Tun d'eux, et nous décidons que nous poursuivrons notre course jusqu'à la rivière Matassini, dan» laquelle nov* remonieron» quelque» mille»"

Un autre aimerait mieux remonter la rivière pendant quelques milles; M. Routhier, lui, préfère remonter des milles dans la rivière. Tous les goûts sont dans la nature, même celui de dire des absurdités.

J'ai déjà cité quelques unes des incorrections de langage et des fautes de syntaxe qui émaillent le livre do l'honorable juge Eouthier. Je n'ai qu'à feuilleter au hasard pour en trouver à foison. Et qu'on ne croit pas que j'exagère, les preuves sont faciles à donner.

N0TJB8 CRITIQ0S8. 181

Page 28, H. Ronthier dit:

Je suppose que l'écossais (ayec une minuscule) ne peut bien dormir qu'après avoir tauié son reei."

GroBse faute de français. Qaand il est employé activement, le verbe sauter signifie franchir : Sauté um fossé. Or, comme il ne s'agit pas ici de franchir an red, pour être correct M. Bouthier aurait dû écrire : Danser son réel

Deux pages plus loin, je trouve cette phrase : *< L'excellent H. Hébert avait déjà engttgi deux voitures. . ." Grosse faute de français. On ne peut pas engager des voitures; on engage un cocher, un voiturier, et l'on retient une voiture. C'est élémentaire. Je tourne la page et je découvre ceci : « Quand il tombe (il s'agit de chant) sur un morceau que J« connais, nous ditont un duo."

Cette acception du verbe dire^ n'est pas française. Il est vrai que dans l'argot des ai-tistes on l'emploie quelquefois comme synonyme de chanter: Dire tiitf romance ; dire un morceau. Mais alors ce vocable exprime plus particulièrement l'idée d'une belle diction ; et par conséquent, même en argot de thé&tre, il serait absurde de s'en servir à propos d'un duo, )<urtout lorsqu'on n'a pas l'intention de qualifier U manière dont il a été chanté.

Quelques lignes plus bas la petite caravane étan| arnvée au Gr^md-Brulé, elle reçoit l'hospitalité du curé qui la régale d'excellents gâteaux ( sans accent circonflexe ) et de Bordeaux ( avec un ei'&nd B ).

<* Ce n'est pas encore la sauvagerie, ait H. Bouthier? "

Nouvelle faute do français. Le mot sauvagerie ne signifie pas du tout le pays des sauvages ; il signifie l'humeur sauvage. Il y a de la sauvagerie dans son caractère. Ne pas confondre.

Page 38, je lis cette phrase :

" On dit toQjoun qu*il y a plus d'esprit dans deax têtes que dans une, et je me bâte cP aider mon ami, ..."

Aider quelqu'un veut dire lui porter secours en général ; mais quand Taide est momentanée et pour un objet déterminé, on dit: aider à quelqu'un. Tous les grammairiens sont d'accord là-dessus. Or, comme il ne s'agit pas ici de secourir M, de Foucault, mais de lui aider à renjonter un fusil, il s'ensuit que M. Bonthier a commit» là une autre grosse faute de français.

Page suivante :

« Nous nous arrêtons aux framboises et aux blevH» qui bordent la route. "

En fVançais bleuet est une petite fleur. Mais comme M. Bonthier prend évidemment ce mot dans le sens qu'on lui donne au Canada, il fait tout simplement une faute. C'est airellei qu'il fallait dire. Parce que nous appelons ici les groseilles à grappe des gadelUe^ et des pommes de terre des patates, on n*a pas le droit de s'exprimer ainsi quand on écrit un livre; ou tout au moins on souligne. M. Bonthier souligne bien goûter et harmO' miuvx deux mots qui sont du fi-ançais très académique.

Je puis faire la même remarque an sujet des mots iletj 8oda et traîne sauvage, dont M. Bouthier se sert, et qui n'ont jamais été français; du mot billot que M. Bouthier emploie dans le sens de bois de grume ; du mot madrier dans le sens de planche de pin ; du mot tourniquet dans le sens de remous; du mot piastre dan^ le sens de dollar ; du mot dalle dans le sens de buse ; du mot ménage dans le sens d'attirail ; du mot galerie dao^ le sens de balcon ou de véranda ; du mot aviron dans le sens de pagaie, et du mot appartement dans le sens de salon de bateau à vapeur I

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