LES HISTOIRES
Le rôle des Jésuites n'a pas été différent du rôle de» autres congrégations religieuses et du clergé séculier, Hoit français, soit canadien, dans le pays. Seulement^ les Jésuites ont ea à traverser la période la plus difficile de notre histoire ; ils ont pris une part immense aux travaux et aux luttes des temps héroïques du Canada. Ils ont laissé, aux cailloux et aux ronces du dur chemin qu'il a fallu parcourir, les lanîbeaux de leur chair. Ils ont semé, dans leurs sueai*s et dans leur sanjg, ce que le pays a récolté (J^ns l'allégretsse. Notre admiration et notre reconnaissance doivent t&cher de s'élever à la hauteur de leur courage et de leur dévouement.
Dans le paragraphe plus haut cité et dans plusieurs autres endroits de son livre, M. Suite injurîe encore le clergé de France et les prêtres français qui ont exercé leur ministère en Canada, il distingue, — on ne l'avait pas fait avant lui, — " entre notre clergé et le clergé '* français du dix-septième siècle. "Vengeons encore U mémoire de ces dignes prêtres, ^* gens de grande vertu " dit M. Boucher, parmi lesquels on compte des hommes comme MM. Yignal et Lemaitre, massacrés par le.s Iroquois, M. Des Maizerest, si longtemps supérieur du Séminaire de Québec, et tant d'autres. *
** Sans compter, dit M. Suite, que, durant le dix- ^' septième siècle, nous n'avons pas eu de clergé canadien, *^ grâce aux Jésuites." Faites excuse, M. Suite, nous n'avons pas eu de prêtres canadiens avant 1625, parce que ceux qui devaient l'être n'étaient point encore nés ; nous n'en aviond pas encore en 1657, parce que les premiers de ceux qui devaient être prêtres étaient encore à l'école ou au collège ; mais nous avons en un prêtre canadien en 1665, M. Germain Morin, puis un autre en 1671» puis un autre en 1776, puis trois antresn en 1677, puis deux en 1678, puis d'autres, d'autres et
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d*autreé, et cela grâce aux Jésuites, qui leur faisaient faii^ leurs études dans leur collège, et à Mgr de Laval, qui leur faisait foire leur théologie dans sou grand Séminaire. Noo^ avons eu un clergé canadien durant le dix-septième siècle, grâce aux Jésuites, répétons-le, |)Our que M. Suite le découvre.
Et les Jésuites ne faisaient pas seulement Téducation et Tinstruction de ceux qui se destinaient au service des autels, mais ils formaient aussi des hommes pour les autres carrières. M. Suite lui«-même, dans un de ces bons moments où il s'inspire des faits, où il analyse les pensées de ceux qui ont fait Thistoire de notre pay», ei'étonne, avec raison, devant les résultats de l'éducation donnée, à cette époque, par les Jésuites ; il dit, dans son deuxième volume :
« Déjà, les Pères Lalemant et De Quen levaient commencé une « école pour les fils des Français ; on se mit en devoir de préparer «les matériaux destinés à un édifice convenable . Un terrain «ayant été accordé par la compagnie de la Nouvelle-France (1637« «les travaux furent poussés avec vigueur.... les enfants des <* ftimilles françaises trouvèrent dans le collège des Jésuites rédn«> " cation qui a fait d'une notable partie des aaciens Canadiens des (i hommes aptes à remplir tant et de si belles carrières qu'on s'en « étonne aujourd'hui."
Voilà ce qu'il confesse ; eh bien, qui le croirait ? I)anB son troisième volume, il affirme le contraire. Il fait une citation de l'ouvrage de M. Boucher, où il est dit: *<I1 y a un collège des Jésuites, un monastère ** d'Ursulines qui instruisent toutes les petites filles, ce *< qui fkit beaucoup de bien au pays ; aussi bien que le " collège des Jésuites pour l'instruction de toute la jeu- " nesse dans ce pays naissant."
Ce témoignage d'un fait qu'il a admis lui-même, d'un fait patent, donné par un homme comme M» Boucher,
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inflige À M. Suite de8 éructationB qu'il décharge, au bas de la page, dans une note qui se lit ainsi :
** Instnxciion religieuse ; car les Jésuites ayaient 4 peine songé *' 4 oQvrir des classes pour les fils d'habitants."
Notons que c'était en 1663, alors que bon nombre de jeunes gens, tils d'habitants, étaient déjA sortis de chez les Jér^uiies avec une excellente éducation, quelques uns même après avoir fai |lin cours com plet d *ét udes classiques
Je le demande au lecteur sérieur, tant soit peu de bonne foi, ftkt-il ennemi acharné des prèti-es: quelle confiance peut-on avoir dans un auteur capable de semblable effronterie, de pareille atteinte à la vérité, de pareil mépris de sa propre dignité ? Quel respect peut-on avoir pour une œuvre ainsi faite ?
A propos de cette même citation de l'ouvrage de M. Boucher, dans ce même endroit, M. Suite insère encort? une autre note de bas de page, qui démontre l'incapacité totale dans laquelle il se trouve, de comprendre nos ancêtres, les anciens habitants. AI. Boucher dit qu'il y a, à Québec '' une bonne forteresse et une bonne gar^ ** nison " et qu' '< on a vécu assses doucement " jusque-là. M. Boucher parle naturellement, eu égard aux cirooiUïtances; cette vie douce qu'il mentionne, c'est la vie morale, il ledit, il l'explique, en plusieurs endroits de son mémoire, il en fait honneur à Mgr de Laval, aux Jésnîten et aux autres prêtres. M. Suite, lui, qui s'imagine tonjoura que nos aïeux vivaient dans la chair de poule, à cause des Iroquois, et qui a l'air de faire bon marché de Tina* truction religieuse, de la piété et du dévouement chrétiens des premiers Canadiens, inscrit ce commentaire : ** Il est difficile de s'expliquer de pareilles assertions, même à '< la date de 1663 ; car le pays était encore en ce moment sons le* « coups des Iroquois, et les renforts de Fiance commençaient A '* peine à nous anirer/'
M M. SULTt. 237
Je ne veux pas Buivre M. Suite, à travers le dédale de 8es inconséquences, de ses étourderies, de ses calomnies, de ses contradictions, de ses grossièretés et tte ses gasconnades, je me contente de prendre, de ci de là, quelques passages qui suffisent amplement à faire apprécier l'écrivain et ses écritures.
Kn présence de tout cela, les regards de complaisante admiration, de béate contemplation, qu'il promène sur son œuvre et les œuillades de souverain mépris qu'il lance, à tous les autres écrivains qui se sont occupés de notre histoire, deviennent d'un cocasse inimitable.
« Le lecteur a pu juger, dit-il en uu endroit de son lirre, si nous (< suivons la yérité historique, telle que les documents nous la font (< connaître. #..
<* La mode qui se répand, ajoute-t-il, d'argumenter sur notre t< passé devrait bien avoir sa source, dans Tétude, et non pas dauH *' une foule de fantaisies qui ressemblent aux contes dont Château- ** briand a régalé ses lecteurs.
*^ Il est viai pourtant, dit-il encore, que nous défendons ici une « cause — la cause des Habitants— méconnue par la généralité des (( écrivains ; mais nous n'agissons de la sorte que pour rétablir la <* vérité sur plusieurs points, et montrer le vide des auteurs qui se « sont occupés des Canadiens-Français, qu'ils assimilent toujours *( aux Européens et qu'ils confondent avec ces derniers dans la <* plupart de leurs ouvrages."
Hein!
M. Suite en veut beaucoup à M. de Chateaubriand. Il n'entre pas dans le plan de mes correspondances d'établir le parallèle entre ces deux écrivains, mais, comme ça, tout d'un coup, il me frappe que les lecteurs de M. de Chateaubriand sont à meilleur festin que ceux de M. Suite.
Notre auteur feint /d'ignorer que les nations Algonquines des bords du Saint-Laurent, que les Hurons et même les Iroquois ont été convertis au christianisme ;
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H traite la tentative des Jésuites d'évangéliser let« ftauvages de ** mauvaise affaire," " d'illusion," " d'aveu- ** glement/* Dans ce genre crfine qu*il affectionne, avec cette profonde intelligence des convenances qui le distingue, M. Suite dit :
*' Ceux qui, de dos jours, ont cru devoir signaler une telle Incoo- ** séquence et rappeler que, semblable ^ la célèbre charge de ** caTalerie à Balaklara, cette nouTclle entreprise des Jésuites *< avait occasionné des massacres en pure perte, se sont tu imputer << un manque de foi religieuse."
Dieu a voulu rendre fructueuses les missions des Jésuites, le succès leur eût-il complètement manqué, que cela ne changerait rien à la nature des choses. Le.H Jésuites ne sont pas, comme vous et moi, M. Suite, des employés du ministrèe de la milice ou du ministère de Tagriculture, et ils ne font rien qui ressemble, de prèî* ou de loin, à une charge de cavalerie. Ils sont apôtres, leur commission et leurs ordres viennent de Jésus- Christ lui-même, et ça se lit ainsi : ** Voici que je vous " envoie comme des brebis au milieu des loups. Kt ** vous serez haïs de tous à cause de mon nom. Alle« ** donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au " nom du Père, et du Fils et du SaintrEsprit."
Le devoir corrélatif de ceux qui ne sont point apôtres, mais qui ont été baptisés et enseignés, c'est d'aider, de toutes leurs forces, de tous leurs moj^ens, les apôtrei« dans Taccomplissement de leur mission, car nous en avons la promesse : " Celui qui reçoit un prophète, en *' sa qualité de pj*ophète, aura la récompense du pro- " phète." C'est ce qu'ont mérité nos ancêtres, M. Suite ; mais vous ne les avez pas compris. Bncore uno fois, vous paraissez incapable de les comprendre.
Laissant ces hautes régions, où M. Suite n'a pas pu ou n'a pas " cru devoir " s'élever, descendons vers le
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terre-à-terre des considérationH qui l'ont ému. Il prétend que les missions ont été la cause des guerres avec les Iroquois, et qne Ton n'avait ni droit ni raison d'aider les Jésuites missionnaires des revenus de la colonie qui tous alors provenaient du commerce des fourrures. Il est suprêmement inepte d'attribuer les guerres îroquoises aux missions et aux missionnaires. Cham- ])lain, en arrivant dans le pays, trouva des nations barbares et cruelles, dont la passion dominante était la vengeance^ engagées les unes contre les autres dans une guerre d'extermination, qne Jacques Cartier, trois quarts de siècle avant lui, avait déjà constatée. Champlain dut prendre un parti ; il prit celui de ses voisins, qui, d'ailleurs, étaient les meilleurs et partant ceux qui souffraient le plus. Quelques écrivains ont mis en doute la sagesse de la décision de Champlain ; le fait est que Champlain ne pouvait agir autrement. Le christianisme seul pouvait mettre un terme à ces luttes, qui durent encore chez les nations non christianisées de rOuest. Les sauvages avaient d'intuition la logique primitive et infaillible, et tenaient d'elle la maxime : *' Qui n'est pas pour nous est contre nous." Si Champlain n'eût pas pris un parti, il eût eu tous les sauvages sur les bras. Seuls, les missionnaires pouvaient se présenter aux aborigènes et être acceptés pur eux, de bon sens naturel, comme amis de tout le monde ; parceque ce n'est pas 1 epée qu'ils portent, mais la croix. M. Suite, qui n'y voit pas plus que dans un four, dit cependant, de son ton ordinaire :
" Les onAliates et les historiens ont beaucoup écrit sans rien <( expliquer sur ce s^jet."
Le petit catéchisme dit. — " L'orgueil est un amour ~^***idéi'églé de soi-même, qui fait qu'on présume de soi, '< et qu'on se pi-éfère aux autres."
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Parlant des faibleB subventions qu'on accordait aux Jésuites, sur les profits do la traite, pour les aider à faire le bien parmi les colons et parmi les sauvages, M. Suite dit, entre autres choses :
— *« La France, on plutôt ceux qui parlaient et affiesaient en son <• nom depuis Cartier, prétendaient s'imposer la tâaie de convertir '• les sauvages. F'ort bien ; mais devaient-ils taxer pour cet objt*t •^ de pauvres défricheurs qui n^avaient que &ire des obligations ** contractées par les Jésuites et ceux qui les protégeaient T '' '
D'abord, les colons ne payaient A peine d'autre taxe que celle du sang, dans la défende commune ; cette taxe ils la soldaient généreusement, bravement, noblement, devant Dieu et devant les hommes; ils en mettaient le dépôt au pied des autels après l'avoir fait ))énir par le prêtre. Ilertel, captif chez les Iroquoi^, écrivait au Père Lemoyne : — "Je vous prie d'avoir '* pitié de ma pauvre mère bien affligée ] vous savez ^' l'amour qu'elle a pour moi. Je vous prie de bénir " la main qui vous écrit, et qui a un doigt brûlé dan» " un calumet, pour amende honorable à la majesté de " Dieu que j'ai offensé."
Les dépenses de la colonie étaient défrayées par le» compagnies de traite, sur les prolits que leur rapportait le commerce des fourrures. Il est de principe, en économie politique, principe de justice du reste, que le revenu des impôts doit être employé, pour le gouvernement et les besoins des producteurs et des consommateurs dont les produits et la consommation sont tarifés. Or, dans ce cas, les producteurs des fourrures étaient les sauvages, les consommateurs des objets* d'échange, encore les sauvages. Ce dont les sauvages avaient le plus besoin, dans l'ordre du gouvernement des hommes, c'était de doctrine, de morale, d'adoucie sèment des mœurs, en vue de loui* fin prochaine et de
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leur fin dernière. Donc le soutien des miseions parmi eux, était pour le gouvernement, une obligation de droit 8trict. C'est ce que comprenaient les rois de France, Jacques Cartier et nos aïeux ; mais cela vous passe par-dessus la tète, M. Suite, parce que vous vous êtes accroupi.
En plus, les sauvages étant les premiers occupants du sol, avaient contre les nouveaux arrivés un droit indéniable à exercer, en retour de Toccupation de leur pays; ce droit a été reconnu par tous les gouvernements; il ne pourrait être méconnu que de ceux chez qui, tout principe et toute intelligence du juste font défaut. Cette dette, il fallait l'acquitter ; or nous en serions encore à le faire si les missionnaires, aidés des deniers de la France et du dévouement courageux de nos ancêtres, n'y avaient surabondamment pourvu en apportant à ces peuples, avec les mérites de leur t«ang répandu pour eux, le don de la Foi.
Pauvre M. Suite, quel mauvais génie, ennemi de tous vos intérêts, vous a donc poussé à écrire l'histoire, vous qui paraissez ignorer jusqu'aux premières notions de la théologie, de la philosophie, du droit et des autres Hciences dont l'historien a besoin pour accomplir sa tÂche difficile autant que délicate. On n'écrit pas l'histoire comme on écrit ces gaies bluettes que vous intitulez: " ia trompette effrayante/* — " Une chasse à ** rOurSf " — ** La corde à virer le vent. "
Le réquisitoire de M. 'Suite, contre les Pères de la compagnie de Jésus, est aussi long qu'il est niais, acerbe et violent; je n'ai pas l'intention de l'épuiser, d'autres 8'en occuperont, j'ai lieu de le croire. Toutefois, je ne puis pas l'abandonner encore. Il accuse les Jésuites d'avoir négligé, que dis-je, d'avoir tout à fait enrayé les progrès de la colonie. — ^' Les Jésuites, dit M. Suite, ont
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'< joué leur rôle, ici, à notre détriment : ils n*ont pas de ** titres à Timpunité." — Il dit encore : — ** les Jésnites " s'occupaient de toute autre chose que des habitants : ** Et encore :
— << Il y ayait en éyidence deux objets : la oonrersion des indlu gènes et l'établissement des colons français ; pourquoi ayoir ^ abandonné l'un et Vautre au contrôle des Jésuites, qui «ureut t* grand soin de rejeter dans l'ombre les cultivateurs, la vraie sève " du pays, et qui étouffèrent, pendant plus de trente ans, les " plaintes de cette population ? "
M. Suite, d'ordinaire, ne pèche pas par excès de concision, mais il faut ici lui rendre cette justice qu'il serait difficile d'accumuler plus de faussetés et d'erreurs, dans moins de mots qu'il n'en a mis dans ces passages. Les Jésuites contribuaient largement au progrès de la colonie ; mais ils n'avaient point le contrôle de ses affaires et, loin d'avoir étouffé les plaintes des habitants, ils furent souvent chargés par eux de représenter leurs intérêts en France, ce qu'ils firent souvent avec succès.
Le fait est que les Jésuites s'étaient identifiés avec la population, qui recourait à eux dans tous ses besoins. Ils furent défricheurs comme ils furent apôtres, pasteurs de colons comme missionnaires des sauvages, se prodiguant partout, s'exposant partout et répandant à large main, les moyens qu'ils obtenaient de leurs amis de France.
Champlain, parlant des Jésuites, dit : *^ Ils n'ont '' perdu aucun temps, comme gens vigilants et laborieux " qui marchent tous d'une même volonté, sans discorde, ** qui ont fait que dans peu de temps, ik eussent eu des " terres pour se pouvoir nourrir et passer des commo- '* dites de France ; et plût à Dieu que, depuis vingt. " trois à vingt-quatre ans, les sociétés eussent été aussi
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*' réunies et poussées du même désir que ces boDS **^ Pères ; il y aurait maintenant plusieurs habitations •* au pays."
Les Jésuites ont apporté, en secours au pays, vingt fois plçs qu'ils n'ont reçu ; ce qu'ils ont eu de la traite n'eût jamais pu défrayer la vingtième partie de leurs dépenses. D'un seul coup, dans les premiers travaux de l'érection de leur collège, ils dépensèrent seize mille écus d'or, produit du patrimoine d'un jeune gentilhomme de Picardie qui était entré dans la compagnie de Jésus. Leurs pères en France et jusqu'à leurs novices s'adressaient à leurs familles et à leurs amis, et les faisaient contribuer pour la colonisation et pour les missions du Canada. Us ont équipé à leurs frais, en différents temps, plusieurs navires chargés de provisions et d'instruments d'agriculture, navires qui amenaient en même temps des colons et des gens que les Jésuites empiétaient à défricher des terres. Tout cela aidait À secourir les malheureux, à bâtir des cha> pelles, à faire des fondations, à défrayer leui*s voyages^ H coloniser et à évangéliser en un mot.
Quand la disette du blé se faibaît, les Jésuites, dont les terres donnaient déjà un surplus, gi*âce à l'activité qu'ils avaient apportée dans leur défrichements, comme le dit Champlain, livraient leur excédant au prix des années d'abondance, ou le donnaient à ceux qui ne pouvaient en acheter. '' Les Jésuites s^occupaient de *^ toute autre chose que des habitanta," dit M. Suite. C'est comme cela que le Père de Noue périt dans une tempête, en allant desservir les défenseurs du fort Kfchelieu, que le Père Jogues retourna chez les Iro^ quois, cù il fut mis à mort, étant ambassadeur envoyé par le gouverneur dans l'intérêt de la colonie, que le Père Poncet tomba entre les mains des barbares alors
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qu'il était, avec an habitant, occupé à sauver ta récolte d'une pauvre veuve, que le Père De Quen mourut de fièvres pernicieuses, contractées au chevet des colons malades qu'il soignait, en compagnie de son évèque, Mgr de Laval.
Mais je m'arrête. Il est humiliant d'avoir à défendre, contre les attaques et les calomnies d'un Canadien Français, d'un catholique, des hommes qui ont bu le plus amer de la coupe do nos douleurs ; qui ont partagé et soulagé les souffrances de nos ancêtres, qui ont usé leurs forces et versé leur s^ng dans la prédication de l'Evangile et l'exercice de len^ apostolat, qui comptent parmi les gloires les plus pures et les plus radieuses de notre histoire I
Je n'ai pas le droit de scruter les intentions ; mais j'ai celui de faire l'examen public d'un livre soumis à l'appréciation publique et qu'on destinait à pénétrer dans nos demeures, à être lu par nos enfanta et nos petits-enfants. J'en suis toujours à me demander: Qu'est-ce qui a pu porter M. Suite à commettre cette mauvaise action, à en répéter à satiété les actes, plusieurs mois durant ?
Ce n'est pas tout d'un coup que M* Suite en est venu aux extrêmes que j'ai signalés dans son livre ; mais, dès le commencement, il était facile de voir qu'il faisait fausse route et qu'il s'engageait dans une pente, sur laquelle de plus forts que lui n'ont pas su ou n'ont pas pu s'arrêter. Aujourd'hui, ayant à passer condamnation et réprobation de son œuvre, on aurait un regret à ajouter aux autres, si des avertissements charitables,
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venant des personnes sages qui suivaient les progrès de la publication de son ouvrage, ne lui avaient pas été donnés à temps. Heureusement qu'il n'en est point ainsi ; M. Suite a reçu de nombreux avis, c'est luimême qui nous le dit, et nous allons voir comment il a accueilli les conseils de gens assez bien disposés, assez bienveillants, pour lui écrire à lui-même, dans un but qui ne pouvait être autre qu'un but de charité, à son égard et à l'égard du public, surtout des jeunes gens.
Au mois de septembre 1882, M. Suite publiait dans le journal le Canada^ (1) une correspondance, trop longue pour être reproduite ici en entier, maii que cependant, il ne faut pas vouer toute entière à Tonbli ; c'était pi'écisément une réponse, en masse, aux personnes charitables qui avaient voulu lui offrir quelques bons conseils, lui signaler les erreurs et les dangers de ses voies.
Cette correspondance, par manière d'exemple des dangers auxquels on est exposé et auxquels on succombe, peut servir de cave canem, à tous ceux qui veulent pénétrer dans le domaine de la littérature :
«' L'hiver dernier dit M. Suite, aa cours d'histoire du Canada à *< l'Institut, Je me faisais adresser des billets, auxquels je répondais, «séance tenante, ayec un bonheur remarquable. Ce petit truc << animait la scène. Aujourd'hui, en le révélant au public, je le* « braUj comme disent les agents de police."
<< Depuis le printemps, les livraisons de VBistaire de» Canadiens «* Français défilent devant les souscripteurs, et voilà bien que les i< petits papiers reparaissent I Cette fois, ce n'est pas moi qui les << invite, soyea-en persuadés.'*
Avant d'aller plus loin, arrêtons^nous un instant à contempler ce truCy dont M. Suite est si fier. Au fait,
<1) IS Septembre ISS2.
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c'est qa'il est saperbe! CTest d'aoe dignité et d'un respect pour le pablic que n'a jamais surpassés Bobert Macaire. La pépite de plomb doré que Barnum avait attachée par une énorme chaîne au plancher de son muséum, n'atteint pas les proportions d'une muscade de bois, comparée à ces billets de M. Suite.
En brûlant son truc (comme on dit à la police)^ M. Suite a bien un peu grillé ses admirateurs ; mais que Youles-vous ? Quand on tient tant de ficelles, il fiiut bien qu'il en échappe. Un de ces admirateurs quand même a eu l'air, il n'y a pas bien longtemps encore, de vouloir représenter les travaux de M. Suite, comme tme réiurrection ; une résurrection historique, sans doute. C'eut été très exagéré et fort na'if, avant la correspondance de septembre ; mais depuis que M. Suite a tourné le dos à son auditoire, on n'est vraiment pa» excusable de ne pas voir et de ne pas sentir que ce n'est pas une résurrection historique, mais une exhibition scénique que M. Suite sert au public.
M. Suite continue, dans sa correspondance :
u II y en a de trois sortes (les petits papiers) : cens que publient " les gazettes, ceux qni me sont enyoyés privôment et ceux qui « cire aient dans Tintention de les placer sons mes jenz. Pris en ^ bloc, ces billets, pins on moins tendres, constituent la critique «« de mon ouvrage/'
*<£h bient elle est panvre la critique. Sur pins de trente 't attaques, il n'y en a pas une qni sorte de la plnme d'un homme «( instruit.
«Je vais répondre, cependant, quelques mots à ces remarques ** désagréables, et cela parce qu'elles m'ont été fidtes par plus d'une '«personne — ce qui montrerait que les fausses notions qu'elles t< comportent sont assez répandues."
Naturellement ! Parbleu ! A qui s'adresse-t-on ? Vous n'êtes que trente et plus. Je ne vous dis que ça :
BS M. SULTK. 247
me critiqner, moi ! arrière ! allez en chercher cinquante autres, pour que ça vaille la peine que je vous démolisse, et
Vous leur feres, Seignenr, En les croquant, beaucoup d'honnear.
Il serait fastidieux de citer toute cette correspondance; mais on me pardonnera d'en donner encore quelques extraits. M. Suite répond donc à << ces remar- " ques désagréables^
« lo. Yoos tenes bien peu compte de U tradition.->Oni, Dieu «merci. Je sais par expérience que tonte tradition historique «'renferme une poignée d'erreurs. Cette expérience m'a coûté << assez cher pour que je l'apprécie.
** 2o. Vous n'êtes pas toujours d'accord ayec les historiens ,~ Je « m'en garderais bien 1 Est-ce que tous croyez qu'on écrit Phis- <* toire à l^aide des livres des historiens ? Ne saTCs-Tous pas que la «* seule bonne méthode consiste à étudier les documents de l'époque << dont on veut parler, etc. , etc
<* 3o. — Vous semblés prendre à la légère certains &its que << personne n'a contestés jusqu'à présent. — Charleyoiz a écrit une «* espèce de livre de prières qu'il intitule Histoire de la Nouvelle «' France. 11 y a de tout dans cet ouvrage, excepté l'histoire de la « Nouvelle France, etc. . .
Il 7 en a sur ce ton \A et comme ça, jusqu'au numéro huit inclusivement. Dans un de ces iiuméi*os, il dit de Jacques Cartier :
'* Il Isit mettre dans ses instructions une ou deux phrases reli- ** gieuses qui étaient de simples formules et tout le reste du («document contredit ce passage hypocrite."
Cest sans doute à cause de son expérience contraire H la tradition véritable que tout ce qu'il écrit lui-même de son cru, dans son livre, n'est d'un bout à Tautre, qu'une tentative d'établir une tradition qui n*a jamais existé. C'est encore à cause du mépris qu'il professe pour les historiens en général, à l'exception, bien