‹ Les guêpes canadiennes, compilées et annotéesChapitre 47 sur 57 · LB8 HISTOIRES · texte numérisé non relu

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entendu, de M. Benjamin Suite en particulier, que de beaucoup, comme je Tai déjà dit, la plus grosse partie

de son ouvrage est faite de citations et d'analyses des historiens, y compris Charlevoix.

M. Suite parle de documents, toujours, sans cesse. Ce mot a Tair d'être employé par lui comme une espèce de formule magique, une incantation. Quand il vous a dit: Documents I c'est, pour lui, comme s'il von*ï avait fait passer par le baquet de Mesmer. Le fait est que le trôs peu, mais infiniment peu, de documents et le grand nombre d'autorités qu'il cite ou analyse, sont absolument le contre-pied des assertions qu*ll aventure. Pour quiconque a l'habitude du discernement et de la critique, le livre de M. Suite suffit à la complète réfutation de M. Suite.

Parmi les papiers pour lesquels M. Suite semble réserver le titre de documents, il y en a qui font autorité, qui sont vrais, mais il y en a beaucoup qui sont sans valeur, qui sont faux; on doit placer ces pièces en regard des circonstances, des faits constatés^ des résultats, des autres documents qui les confirment

. ou les contredisent. M. Suite, qui parle beaucoup des documents, mais qui n'en cite et n'en exaniWe guère, n'a pas même la sagesse vulgaire de se demander, en tout cela : — Quid est veritas f Je le répète, ses asser> tions sont, règle générale, la contradiction manifeste des autorités qu'il produit ; j'en ai donné des exemples frappants ; on pourrait les multiplier ad nausewn.

On a vu que M. Suite contredit le témoignage de Champlain, de M. Boucher ec de toutes les autorités respectables, quand il représente les Jésuites comme ayant été " détestés^ méprisés " par les Canadiens- Français; ceux-ci comme ayant été appauvris pour le soutien dos Jésuites et des missions, et comme ayant

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été menés à la hcuchtrie malgré eux, pour protéger les misaionnatres. Il peint encore les Jésuites comme ayant joui leur rôle à notre détriment, comme s'étant occupés de toutes autres choses que de la colonie. 11 cherche à établir une di^^tinction injurieuse entre le clergé fronçais et le clergé canadien ; et que sais-je encore ? C'est d'un vomito-négro qu'il est pris contre les Français, contre le premier clergé du Canada et contre les Jésuites surtout. Ëh bien ! Il n*}^ a pas une seule de ces assertions, pas une seule de ces attaques qui ne reçoive dans son livre même, le démenti le plus formel, soit qu*il cite, soit qu'il analyse. Il serait trop long, pour ces correspondances auxquelles il me tai*de de mettre un terme, de parcourir tout ce qui a été publié de la compilation impossible à classer de M. Suite; mais parcourons seulement un peu.

Il repousse l'intervention du prêtre presque partout ; il dit, à propos de M. d'Avaugour : ^

« Ses démccords avec Mgr de Laval ont aveuglé les historiens. M II n'entendait pas voir l'Etat gouverné par des prêtres— il avait " raison."

Voilà une expression d'opinion bien tranchée ; mais il oublie que parlant, dans son premier volume, de l'organisation de la compagnie mise sur pied par madame de Guercheville pour l'Acadie, compagnie dont les Jésuites faisaient partie a titre d'as>sociés, et y

cela sans l'avoir demandé, en sus d'être maintenus par des dotations, il oublie, dis-je, qu'il avait dit :

(( Ce contrat d'association témoigne de l'énergie et de l'habileté <( de cette femme chrétienne, quoique les parties évincées aient pu « dire à rencontre du droit qu'il lui arrogeait. Mieux valait un <« monopole de cette nature que d'être à la merci des entrepreneurs « de colonisation qui ne colonisaient point. D'ailleurs les mar- " chauds «'étaient déclarés prêts à céder leurs droits, argent « comptant, et madame de Quercheville les avait pris au mot."

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Mais ce qui était bon à Saint-Saaveor, en Acadie, n'aurait pas dû être si mal à Québec, où on était loin d*on avoir fait autant.

D*où viennent ces contradictions dans les idées, ces démentis de théories et d'appréciation donnés a M. 8ulte par M. Suite lui-même ? Cela vient, tout probablement, de mauvaises lectures. La droiture d*une éducation chrétienne prend quelquefois le dessus, ou bien un bon auteur consulté sur le moment donne une bonne inspiration ; d'autres fois les influences néfasten remportent.

Cette circonstance de l'établissement de la compagnie organisée par Mme de Guercheville fut le prétexte, comme bien on peut penser, comme toujours du reste, d'attaques contre les Jésuites. Il est bon de citer ici Champlain, qui, avec son honnêteté, son courage et sa l'ondeur ordinaires, repousse ces calomnies : '* C'est ce *^ contrat d'association," dit l'illustre fondateur de la Nouvelle-France, " qui a fait tant semer de bruits, de '* plaintes et de crieries conti*e les Pères Jésuites, qui, ** en cela et en toute autre chose, se sont équitablement " gouvernés selon Dieu et raison, à la honte et con- " fusion de leurs envieux et médisants."

La grande ombre de Champlain ne vous semble-t-elle pas, ici, se dresser en face des héritiers et successeum de ces calomniateurs d'autrefois ?

On a vu que Id^ Suite cherche à mettre les Jésuitee et leurs œuvres en antagonisme, en hostilité même avec les intérêts de la colonie et avec les habitants, à mettre À leur charge tout ce qui arrivait de fïlcheux, en leur attribuant l'exercice d'une influence néfaste. Voyez, à rencontre de tout cela, ce qu'il dit à la page 17 de son deuxième volume, parlant des gens que la compagnie de Caen avait chez les Hurons, pour faire la traite :

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«Les missionnaires ne parvenaient pas toujours à contrôler ces «gens qui, en partie, étaient liug:uenot8. Bous le régime des « compagnies, les questions de morale n'étaient pas ce dont on « s'occupait. Champlain, les Récollets, les Jésuites, les habitants " du pays s'en plaignaient à qui de droit ; mais leur influence ne <« s'étendait point aa-delà du poste de Québec, etc."

A la page 21 da même volume, il parle de Taccord qui régnait entre les Pèret» et les habitants. A la page 42 du n.ême volume, il parle d'une exfiëdition ** frétée " par les Jésuites " pour venir au secours de la colonie. A la page 63 du même volume, il reconnaît la conformité d*idées qui existait dans les plans de Champlain et ceux des Jésuites, et du zèle que ceux-ci mettaient à profiter de toutes les circonstances pour faire progresser la colonie.

" Les Pérès Jésuites, dit-il, étaient persuadés, comme Cham- (* plaln l'avait été, que pour rendre plus ftu:ile la conversion des « sauvages, il fallait créer des établissements au moyen desquels ** on pût les arracher à la vie nomade. Le Père Paul Le Jeune se "saisit d'une excellente occasion qui se présenta d'exécuter ce *<pn>jet,etc.,etc, "

Il cite, page 70 et suivantes du même volume, Tadmirable lettre du Pore Le Jeune sur la colonisation et ses travaux. Il dît, page 75 du même volume :

« Il n'y a pas à douter du rôle qu'a Joué Pinfluence du clergé *^ dans le recrutement de nos colons ; les étrangers l'admettent, et « on est surpris de voir ensuite ceux-ci affirmer — sans preuve— " que nous descendons d'une classe de misérables chassés par les «< tribunaux français."

Il dit encore, page 87 de ce même deuxième volume :

" Lorsque la relation du Père Le Jeune (1635) lui tomba entre «Içs mains, madame de Combalet eut comme une révélation. u C'est au Canada, se dit elle, c'est au Canada que j'accomplirai «^ Pœuvre principale de ma vie."

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