‹ Les Guêpes canadiennes [microforme]Chapitre 17 sur 62 · MM · texte numérisé non relu

MM

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LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. 7

Ce mannequin que je n'ai pas vu, avait, dit-on, aix pieds de haut, les mains attachées derrière le dos, por. tait chaussettes de coton noii aux pieds, et bonnet de coton blanc sur la tête, était pendu par le cou, à vingtcinq ou trente pieds en l'air, tirait la langue, avait le cou de travers comme un pendu, et portait sur la poitrine cette inscription :—Trente-sous-Tessier.

Il resta ainsi pendu, les uns disent jusqu’à 8 heures 4 les autres disent jusqu’à 9 heures 4. Bientôt, les spectateurs devinrent nombreux, mais personne ne voulait décrocher le pendu ; coïncidence singulière, ce fut le shérif qui, enfin, donna ordre de le descendre. Autre augure; on ne le décrocha pas, on lui arracha le cou, et le cadavre fut transporté à la station de police.

On fait mille conjectures sur la cause de cette pendaison, qui a, m'a-t-on dit, blessé au cœur M. Tessier, an point qu'il aurait promis nne récompense à celui qui découvrirait les coupables. La police serait sur leurs traces ! Pourquoi diable anssi, ces gens ont-ils des traces ? Mais à mon avis M. Tessier, au lieu de se fàcher, devrait rire, car, comme il s’est fait bien des ennemis depuis quelques mois, si l’on s'aperçoit que ces démonstrations l'ennuient, on les lui prodiguera.

N'est pas qui veut Henri 1V * qui disait: “le peuple me chante, mais il paie.” M. Tessier, il est vrai, n'est pas Henri IV, et notre peuple ne paraît pas vouloir s’en tenir aux chants.

Tout de mème, on ne peut pas approuver ces pendaisons et ces brulades en effigie.

BLaïsx.

* Ce mot est de Mazarin

ê LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES,

M. LE RÉDACTEUR

Si je vous ennuie, il ‘est évident que je ne m'ennuie pas moi, et je sens même, que, à force de forger, je deviendrai, pour le moins, aussi bon forgeron que le correspondant du Pays. Peut-être me direz-vous, que mes visées ne sont pas trôs-hautes. Celà est possible, mais je connais mes moyens, et je borne mon ambition à dire la vérité dépouillée de tout ornement.

Deux évènements approchent, l’un, dans Fordre religieux, l’autre, dans l'ordre politique ; le carême et l’ou: verture des chambres. Il est bien possible, cependant, que par un coup de la Providence, ou, si vous l’aimez mieux. de la fortune, ces deux sortes d'évènements ne soient intervertis, que le parlement ne fasse jeûner le cabinet actuel, et que le caréme ne soit une pâque pour ses redoutables adversaires. (C’est au moins l'opinion univer selle, et des ministres ont avoué à leurs intimes, qu'ils voyaient bien qu’ils s’en allaient. [ls n'ont pas même la certitude que le gouverneur général leur accordera une élection générale, ils inclinent mème vers l'idée contraire. Pourquoi avez-vous ces craintes, disait un citoyen à un ministre ? Le gouverneur-général ne vous at-il pas, à votre demande, promis une dissolution, l'année dernière ?---Mon cher ami, je prends mes craintes dans la situation même des choses; l'année dernière n’est pas cette année, et mille causes ont surgi depuis, les unes pour changer la position du gouverneurgénéral, et par suite, son opinion sur la dissolution, les autres, pour nous détourner de la demander.

Mais, est-ce que sir Edmund Head n’a pas eu tort de la refuser à M. Brown, en pareille circonstance, et n’at-il pas, par cet acte, porté une atteinte très-grave à la constitution ?

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—Entendons-nous ; d’abord, du moment où un cabinet a perdu la confiance du parlement, son organe, Île premier ministre, communique le fait au chef de l'Etat, soit en déposant entre ses mains les portefeuilles de ses collègues et le sien, soit ea demandant une dissolution. Dans le dernier cas, le premier ministre justifie dans un mémoire écrit, les motifs qui l'engagent à demander la dissolution, Nous aurions done par exemple à dire, dans ce mémoire : que la chambre qui nous condamne, n'exprime pas l'opinion du pays, et que notre provramme renferme de grandes mesures de légisiation {et il faudrait les nommer), sur lesquelles il convient de consulter le corps électoral. Si le chef de PEtat. intéressé autant que nous à étudier l'opinion publique, et d'autant plus responsable à sa conscience qu'il ne l’est à personne en Canada pour ses actes publics; si le souverneur-général, placé en dehors des partis, et neutre dans le débat, ne juge pas comme nous (et il y a bien des motifs pour qu’il ne le fasse pas), nous n’aurons plus qu'à nous retirer.

Vos réflexions me paraissent théoriquement justes, et du reste, dans les hautes positions publiques et politiques que vous avez tour à four occupées, vous avez été à méme de connaître mieux que moi, la doctrine constitutionnelle sur les attributs du chef de l'Etat, et sur ses obligations morales, dans le cas où un vote de la chambre le place dans la nécessité de faire usage de son libre arbitre; mais veuillez me dire, si, sir Eunund Head n'a pas eu tort, au point de vue de là constitution, où bien encore, à celui de la justice, de refuser la, dissolution à M. Brown, et pourquoi, en ce qui vous regarde, votre position n'est plus celle de Ia

‘lernière session ?

S0 LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.

—Je pourrais répondre: j'ai déjà répondu à votre première question, quand je vous ai dit, que le chef de l'état, ne prenait son libre arbitre que dun moment où son cabinet, qui est l’intermédiaire constitutionnel entre la couronne et le parlement, l’informe que ce dernier, par un vote solennel, vient de lui retirer sa confiance. Si on peut restreindre le libre arbitre, celui-ci n'existe pas réellement. Les ministres ne peuvent pas plus le circonscrire, que le chef de l'exécutif ne peut lui-même, limiter le droit du conseil, comme l’essaya vainement George IIT, alors même qu’il était à l'apogée de sa puissance.

—Mais, est-ce que ie libre arbitre du gouverneur-général dans le cas dont nous parlons, n'est pas comme notre libre arbitre à nous ? est-ce qu'il ne doit pas avoir pour règles, la raison et la justice ?

— Votre réflexion est juste ; mais, en dehors de certain actes, est-ce que les hommes s'accordent sur les idées du juste et de l’injuste, et, est-ce que les intérêts, de personne ou de parti, ne peuvent pas nous faire trouver des injustices où il n’en existe pas réellement ? Ainsi en 1858, je possédais un portefeuille, je ne trouvai injustes, ni le vote de la chambre qui condamnait MM. Brown et Dorion sans mème donner le temps de les entendre, ni le refus du gouverneur-géméral de leur accorder une dissolution. Les ministres défuits erièrent à l'injustice, celà était naturel. Aujourd’hui que je suis dans la position de MM. Brown et Dorion, je trouverai= ou je prétendrais trouver injustes, et la chambre qui me donnerait un vote de non confiance, et le gouverneur: général qui me refuserait une dissolution, si toutefois je croyais, qu'un appel au peuple put me donner une majorité,

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—Maintenant, si vous aimez à connaître ma pensée intime sur la situation, je vous dirai qu’elle ne m'inspire pas de confiance, ni pour le présent, ni pour l'avenir.

—Vous m'étonnez; vousétiez tous absents dans la der-nière session, et cependant, vous avez fait passer toutes vos mesures à de fortes majorités !

—Celà est vrai; mais veuillez étudier avec moi, les évènements et leurs causes, et vous avouerez que j'ai raison, Les hommes qui composaient le dernier cabinet, ou la plupart d’entr'eux, possédaient depuis six ans le pouvoir, Ils avaient réussi à régler les plus grandes questions sociales et politiques qui aient jamais agité le pays. Les hommes les plus fermes, on le comprend, 'usent dans de pareils efforts, parcequ'ils ont à se heurter à de grands préjugés, et de grands intérêts. Ensuite, il y a les aspirations individuelles qui ne veulent pas toujours attendre ; en troisième lieu, il y « les fautes et les erreurs inhérentes à l'humanité, et dont les adversaires prennent avantage; enfin, tous les peuples se ressemblent, ils sont comme cet Athénien, qui votait l’ostracisme d’Aristide, parcequ'il était fatigue de l'entendre, sans cesse, appeler le juste. Le bill de milice était mal compris dans les campagnes, où il créait une agitation extraordinaire, au point de faire reculer les partisans les plus dévoués du ministère dans la chambre. et l'affaire Foote vint mettre le comble au désarroi. l’est sous ces circonstances que fut donné le vote sur le bill de milice. Mais il faudrait se faire illusion, à un degré impossible, pour se tromper sur ia portée de ce

vote, et sur sa signification.

“Notre cabinet, bien contre nion gré, se forma en dehors de l'ancienne majorité, du seul parti qui pouvait nous assurer un parti permanent et stable. Les rouges nous imposèéreut Dorion, et, comme je n'avais pas de

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parti à moi proprement dit, le chef des rouges, en prit avantage pour conduire à sa guise la politique générale, et surtout, pour peser sur l'administration de la milice, McDonald n'écoutait que lui, et nommait colonels, des hommes comme Hurteau et Kierzkowski, démettait Archambault et d’autres. Evanturel déteste les rouges cordialement, mais quelle influence a-t-il? Tessier est peut-ètre encore moins capable, et est littéralement odieux à toutes les classes de la population. Pendant qu'il n'oublie jamais de se servir, il n'oublie jamais de se venger, et l’irritation qu'il a produite dans tout le pays, nous affaiblit au-delà de toute expression. Dorion et Loranger ont refusé, le premier, de reprendre sa place, le second, de lui succéder, parcequ’ils croient que nous allons tomber au commencement de la session ; et Drummond ne fait que répéter à tout venant, que nons sommes des enfants en administration, et que nous ne pouvons durer. Ensuite, nous sommes mal défendus par la presse. Nous avions crié au scandal pour l'affaire de Foote, et cependant, nous primes le jour mèmè de notre entrée dans le cabinet, le journal * de cet homme pour notre organe et lui confiîmes notre programme politique. La presse de l'opposition prit avantage de ce fait, où ne brillait certainement pas la sagesse, et après quelque temps, pour sauver les apparences, nous fümes obligés de chercher un autre organe, Nous primes le Mercury, mais MeDonald voulut à tout prix, avoir Sheppard qu'il enleva à Foote et le plaça au Mercury. C'était une grande erreur à divers égards, d’abord, parceque le public connait cette manigance, et sait que rien n’est chengé dans les choses, si ce m'est le nom du journal sur lequel elles sont écrites; en-

* Le Morning Chronicle de Québec

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suite, parce qu'on sent, en lisant Sheppard, qu'il est payé et qu'il n'écrit pas de conviction; en troisième lieu, il n’a pas à mon avis, écrit un seul article remarquable, un seul, qui donne de la force à un gouvernement sur l’esprit public, et il en a écrit beaucoup de très compromettants, et de très imprudents. Il reçoit parait-il, ses inspirations de MacDonald, alors Mac- Donald est loin d’être un bon conseiller,

“ Je n’ai pas besoin de vous parler de Dessaulles et Burthe. Il n’y a pas moyen de faire taire le premier, qui insulte trois fois par semaine, la majorité parlementaire sous laquelle il faut que nous tombions; quand uu second, il y a longtemps, que je dis à Tessier et à ivanturel de s’en débarrasser à tout prix. Ils me répondent, qu'ils sont à la recherche d’un rédacteur et n'en peuvent trouver. Ils se sont, me disent-ils, adressés deux ou trois fois à Huot, qui les a refusés. Je comprends bien qu'il ne veuille pas ètre l'instrument de deux hommes, dont il se croit intellectuellement supérieur. En attendant, les propriétaires du Canadien se querellent entr’eux, et cette feuille et le Pays nous font un mal incalculable.

“Tant que le bill de la milice n’a pas été compris, les soutiens du ministère Cartier-MacDonald n'ont pas osé lever la tête; mais il l’est parfaitement aujourd’hui. Vous comprenez bien que si, dans beaucoup de localités, les gens consentent à faire volontairement l'exercice du drill, ls le feraient avec plus d'empressement encore si on les payait. Or, le bill du ministère Cartier, accomlait un écu $ :haque milicien pour chaque jour d'exercice, tandis que nous ne lui donnons rien. Si nous payons les volontaires des villes, nous ne donnons pas un sou aux miliciens de la campagne, qui sont Îles

84 LES CHRONIQUES QUÉBEUQUOISES,

plus nombreux, et qui sont à cause des distances, sujets à plus de sacrifices.

‘ Pour nous mettre bien avec le public, et prouver que nous étions sincères, au lieu de choisir le Chronicle pour notre organe, nous eussions dû agir dans le temp: contre son propriétaire; en ne Île faisant pas, noux avons prouvé que le cri : au scandale que nous poussions. n'était pas sincère, et que nous ne nous en servions que parce qu’il était populaire. Aujourd’hui il est usé.

MacDonald croit faire beaucoup avec ses commissions; mais outre, qu’elles sont formées de mauvais éléments et d'hommes pour la plupart tarés, ou sans valeur, nos journaux en menaçant nos adversaires et en appelant sans cesse la discussion sur ces commissions, les ont usées jusqu'à la corde. Le publie sait tout ce qu'elles promettent et n’y croit déjà plus; elles ont aussi, un caractère politique trop prononcé.

“ C'est là tout notre lagage, tout ce que nous avons à offrir aux chambres, car nous n'avons pas de mesures importantes à leur présenter; la seule importante, était le chemin ue fer intercolonial que j'avais la mission d’étoutfer à Londres, mais qui, nous tuera certainement, si nous ne mourrons pas plus promptement par une autre cause, Nous ne pouvons pas nous cacher que nous avons Affaire à des adversaires redoutables, tandis que le nombre de nos hommes capables est bien minime. Dans le conseil, où nous perdrons probablement l'élection de l’orateur, nous avons pour nous défendre Morri-. Bureau et Tessier; voilà trois champions, qui ne promettent certainement pas beaucoup. Dans la chambre, à part moi, Sandfield dont John A.* n'aura certainement pas peur ; Mctiee parle avec beaucoup de

+ Macdonald.

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LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. 89 facilité, mais il n’a pas de valeur dans le débat; Abbott “ honte de sa trahison, et le bon sens a honte d’Evanturel.

“ Puis, arrivant un vote de non-confiance, quel cœur puis-je avoir d'aller aux élections, lorsque je sais que les rouges veulent faire l'élection à leur compte, et qu’à leurs yeux, je n’ai pas perdu la tache originelle ; j'ai fait partie du ministère Cartier-MacDonald. Si, à l'heure qu'il est, je me sens entouré par eux de tous les côtés, que serait-ce donc s'ils revenaient avec plus de voix Croyez-vous que je m'aveugle au point de ne pas voir qu'ils veulent mettre Dorion à ma place.

‘ Quel intérêt a de son coté MacDonald de demander des élections, si nous sommes battus ? Il sait bien, que Brown et J. A. MacDonald se partageraient le Haut- Canada, et qu’il ne resterait rien pour lui.”

La fin morale de tout ceci, c'est qu'il est toujours plus sûr de rester fidèle à son parti, quand mème il aurait tort quelquefois

—Vous m'avez M. le ministre, initié à bien des choses, que mon inexpérience n'aurait certainement jamais devinées, mais alors, le mal serait donc sans remède ?.….

—Oui, sans remède à mon sens. La situation a empiré d’une manière effrayante, pendant mon absence, C’est vomme un malade qu’on a été longtemps sans voir, et qui se hâte vers le tombeau; j'ose croire, que ma présence eût empêché bien du mal.

—Cependant, il ne faut pas désespérer; qui sait, ce que peut apporter le vent de la montagne ? Je sais que je vous fatigue et vous ennuie, cependant, avant de vous laisser, je ne puis résister au désir de vous entendre expliquer le vote de non-confiance de 1858, et le procédé de sir Edmund Head, La chambre n'avait-elle

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86 LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.

devait-il pas accorder après le vote, la dissolution de. mandée ?

— Vous me placez là, dans une position bien délicate, Ou, il faut que je condamne le vote de 1858 et le refus du gouverneur qui le suivait, ou, que je justifie, pur avance, le gouverneur-général actuel de nous refuser, si

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bien nous lui demandons une dissolution, lorsque nous y la p avons moins droit que M. Brown en 1858, car je faisais Ho partie du ministère MacDonald-Cartier, et en restant inq

dans le cabinet, j'ai accepté comme bon, et le vote de la chambre et l’acte du gouverneur-général. Cependant, je veux être franc avec vous, et vous dire toute mu pensée. Je crois donc que la chambre était injuste, de refuser au nouveau cabinet l’occasion de s'expliquer, et je ne trouve aucun précédent de sa conduite, duns l'histoire parlementaire d'Angleterre. Après celà, elle avait son libre arbitre, et pouvait, si elle le voulait, dire de

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suite au gouverneur-général :—nous ne voulons pas de ent : ces hommes pour vos conseillers. Mais sir Edmund dont n'avait pas la mission de juger l’acte de la chambre, cinq qui était indépendante de lui, et il devait le prendre tel tiqu qu'il le trouvait. Le pays sortait d'une élection géné- just rale, et le vote que repoussait MM. Brown et Dorion, eût était si écrasant, que le gouverneur le prenant pour sort guide, pouvait dire:—‘je ne vois aucun changement nou dans l'opinion publique sur l'administration du pays. avo nous sortons d’une élection générale coûteuse, et je ne D ven serais pas justifiable de faire dans ces circonstances, un RE not nouvel appel au peuple. Cette session scrait perdue, il le est plus que probable que la suivante le serait aussi, D ct parce que le parti qui sort à peine de l’urne électorale, qu en sortirait encore triomphant. Ce serait encore à dé recommencer, et établir dans la pratique, les parle- no

ments annuels. Sous ces circonstances, Je veux épar:

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LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. 87

gner au pays son argent, et une perturbation sans but.” Que répondre à de ‘pareilles raisons ? car le gouverneur à pour obligation de veiller à l'intéret du pays, ‘et encore, à celui des partis politiques.

—Vous plaidez votre cause de 1858, et vous la plaidez bien ; mais vous allez probablement, vous trouver dans la position où était M. Brown en 1858, aprôs le vote de la chambre; quel sera votre raisonnement alors ? Je suis inquiet pour vous,

—Je voudrais bien changer de l1isonnement, comme

j'ai changé de position, mais je ne le puis. Les droits

du gouverneur restent les mêmes, et ses motifs, pour refuser une dissolution, sont plus forts que ceux que pouvait invoquer sir Edmund [Head.

—Expliquez-vous, jÿ ne vous comprends pas.

— Pourtant la chose est claire. Si, immédiatemen: après la formation de notre cabinet, la chambre nous eut donné un vote de non-confiance comme celui qu’elle donna contre le cabinet Brown-Dorion en mil huit cent cinquante-huit, les deux positions eussent été identiques, et si, nous eussions pu nous plaindre d’une injustice de la part de la chambre, le gouverneur-général eût pu répondre en refusant la dissolution : ‘le pays sort d’une élection générale, etc...” Mais, la chambre nous a donné ce que l’on appelle un fair trial; nous avons fait passer nos mesures, petites et grandes, san: rencontrer le moindre obstacle. Nous avons énoncé notre programme, nous l'avons pratiqué et [4 chambre le rejete. Nous avons été franchement mis à l'épreuve, et nous sommes condamnés ! Nous ne pouvons pas dire que l'opinion publique est changée, si ce n'est à notre détriment, depuis la session dernière, Nulle mesure nouvelle ne justifierait un appel au peuple, après guère plus te car il n’en existe pas. Si, il y en avait

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une, le chemin de fer intercolonial, nous eut justifié dans un revers, de demander la dissolution ; mais nous avons, pour n'être pas battus, renoncé à ce projet ; il ne s'agit donc plus que d’une question de personnes. La session dernière x été perdue à peu près; celle ci le sera, si, comme je le pense, nous sommes battus ; et qui garantit que l'élection nous fera plus forts, et nous permettra de faire une session fructueuse? On se rappelle le sort de M. Hincks en 1854. Ce seraient donc trois sessions de perdues, uniquement pour satisfaire l'ambition de huit à dix personnes. Ce serait trop exigor du chef de l'Etat, de son bon sens, et -de son équité. Je vous disais, il y à un instant, que nulle question nouvelle ne se produisait, je me trompais. Il y en a une, mais celle-ci, je suis obligé de la combattre ; je veux parler du crédit foncier. T'ous mes électeurs sont en faveur de cette institution, et si je la combats, je suis certain de n'être ‘pas réélu. Aurais-je bonno grâce de faire, dans ces circonstances, un appel au peuple ?

Je recueillis cette conversation, au moment où l'ami du ministre venait de le laisser. Il était triste et profondément impressionné. Je vous assure que, si les mots ne sont pas toujours les mêmes, ce qui serait impossible, j'ai retenu pour sûr, la. substance de cette intéressante causerie politique.

Laissons là les discours, et venons maintenant aux faits, aux faits matériels. Lorsque je vous racontais, dans ma dernière lettre, la visite de MM. Sicotte et Tessier à M. Chapais, j'oubliais de vous dire, qu’au moment où les deux ministres laissaient la maison hospitalière, leur voiture se brisa.—Prenez garde dit M. Chapais, c'est un mauvais augure !

Vous rappelez-vous que je vous disais, dans m4 première lettre, que M. Tessier faisait faire une chemist

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au quai de Rimouski, dans la seigneurie de ma belle-mère et de mes tantes ! Eh! bien, la chemise est déchirée au grand scandal de la population du lieu, et je vous dirai dans quelles circonstances. Le patron de la chemise avait été fait par M. Rubidge ; les boutons, ou, ai vous voulez, les chevilles de fer n'avaient que dix-huit pouces de longueur. M. Derome l'entrepreneur, écrivit ax commissaire des travaux publics, que ces chevilles devaient avoir trente-trois pouces, sans quoi la chemise ne tiendrait pas. On lui répondit que ce n'était pas son affaire, et de faire l'ouvrage suivant les spécifications. Qui fut dit fut fait; mais la mer brutale a déchiré ls chemise.

Aujourd’hui, M. Derome est l’objet des persécutions de M. Tessier, parcequ’il est soupçonné d'appartenir à l'opposition. Un jour, M. Tessier lui dit :—“* Si vous avez besoin de farine, vous pourrez vous adresser à mon agent, M. Couillard * (à Rimouski) ; si aussi, vous avez besoin d’hommes, il y en a qui me doivent, vous pourrez encore parler à M. Couillard.”

Cette anecdote est charmante; en voici une qui suivant moi, est plus piquante encore. Au moment où M. Tessier se présentait pour la première fois au coilége du Golfe, le National se prononça pour sa candidature. Il alla de suite s'abonner à cette fouille, et paya les douze mois d'avance, puis envoya quelques annonces au même journal. Mais le National cessa de paraître, quelque temps avant l'expiration des douze mois. M. Tessier computa, trouva qu'il avait payé un écu de trop, et le retient sur le prix des annonces.

* On verra, plus loin, que Blaise fait ici une erreur de nom, c'est M. Couture qu'il faut lire et non M Couillard.

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