‹ Les Guêpes canadiennes [microforme]Chapitre 18 sur 62 · RER · texte numérisé non relu

RER

C’est probablement avec cet écu, qu’il pensait devoir ètre appelé, à payer les passages de trois cents Acadiens sur le Lady Head.

M. Joseph-Guillaume Barthe est dans l’eau chaude, car il sait qu’il n’en a pas pour longtemps au Canadien, Si je suis bien instruit, sir N. F. Belleau serait le ministre auprès duquel, il auruit fait faire des démarches, avant d'accepter la rédaction du Canadien. Cet homme, est la plaie du ministère.

Je circule assez parmi les rouges, et je connais leurs sentiments. Ils ne se cachent pas de dire qu'ils veulent éléminer du gouvernement, et de la chambre, tous ceux qui ont été ministres depuis dix ans, où qui les ont soutenus par leurs votes. Aussi, n'oubliez pas que la “ commission financière et départementale ” a pour misssion, le Mercury l'a dit en termes exprès, d'examiner tout ce qui s'est fait depuis dix ans. Cette recherche atteindra MM. J. A. MacDonald, Cartier, Cauchon, Sicotte, Lemieux, Drummond, Loranger et tous les membres du parti libéral-conservateur. Ils entreprennent là, une besogne d'Hercule, ct je pense, qu'ils succomberont à la tâche. Ce sont des insensés qui courent à leur perdition. Ils ont un candidat pour chaque comté, et ils n'auront nul égard, même pour ceux des anciens membres, aui votaient avec eux, durant la dernière session. [lne faut donc pas être étonné, si les hommes de l'ancien parti, malgré leurs différends, se réunissent pour les mettre à leur place.

Je voudrais encore écrire, mais j'ai déjà été si long : pourtant, je ne puis résister au plaisir de vous entretenir encore quelques instants, pour vous parler des espions du gouvernement. Le premier ministre à ses espions,

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LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. 91

Son espion en chef, est un employé de la chambre * et un ancien confrère de comptoir. C’est le mème qui écrivait toutes sortes d'outrages contre M. J.S. MacDonald + dans le Cornwall Frecholder, et qui continue sa sale besogne, dans le même journal encore aujourd'hui. Il rôde constamment dans les corridors de la chambre, pour voir ceux qui entrent dans les bureaux, et entendre ce qui s’y dit, et ce qui s’y fait. Les membres de la chambre elle-même, sont assujettis à sa surveillance, et ses confrères écrivains sont rapportés, chaque fois qu'un membre ose parler à un employé. L'autre jour il insultait, sans le nommer, M. Badgley, le traducteur anglais de la chambre, et insultait du même coup, son oncle, lc juge Badgley, parcequ’à la demande d'un membre il avait traduit quelques documents.

Je termine par l’anecdote suivante sar le compte du même individu. Un jeune et galant conseiller de ville, se promenait il y a quelques jours, sur la rue St... à côté d’une belle et charmante fille d'un ministre. Un homme aux longues machoires salua, Quel est cet homme dit le conseiller municipal ?—Je crois que c’est un employé de la chambre, répondit la jeune demoiselle. Lthink he is a spy, because he comes to our house befween six and seven everu morning, and locks himself up with my father for hours in a room.

Ceux qui s’en servent, les appelent par leur nom,

BLAISE

* Wm. Spink, était soupçonné d’être cet espion. t 11 doit y avoir, ici, erreur de nom.

92 LES OHRONIQUES QUÉBECQUOISES,

M. LE RÉDACTEUR

Vous me pardonnerez, je l'espère, si je ne suis pas régulier dans mes rapports avec vous. C'est tout ou rien, et je vous arrive par sauts et par bonds, me faisant attendre longtemps, mais portant avec moi un lourd butin. Vous me répondrez sans doute ‘“ ne vous gênez pas, votre hospitalité est si copieuse que nous vivons longtemps, sur'la chasse que vous apportez, et le repos n’est pas de trop pour une digestion pareille.”

Ma dernière vous est à peine arrivée, qu'en voici venir une autre, celle-ci, moins robuste, mais conservant cependant l'air de famille, Je vous avoucrai pourtant, qu'il me vient des moments d'inquiétude, et je ne puis pas jurer, que la crainte m'abandonne complètement dans mes meilleures heures. On me demande partout comme à tout le monde, qui est Blaise, ce Jean-sans- Peur, qui ose ainsi appeler les choses par leur nom. Si mes professeurs venaient à me découvrir, et surtout mon professeur de procédure, * cet homme si rancunier, et si ingénieux, dans ses vengeances, je pourrais bien passer de mauvais moments à l’université. On peut trouver tant de prétextes pour sacrifier un pauvre étudiant, et le jour de l'examen a pour lui, vous le savez, bien des périls. La note peut être: mnawvais, bien, trèsbien. L'élève le plus fort, ne peut tenir contre le mauvais vouloir d'un professeur, et je suis loin de prétendre à la plus haute distinction; j'ose à peine même espérer à la seconde. Mais, j'ai le démon d'écrire, et j'ai glané tant de petits faits, mème depuis ma dernière, que je ne me croirais pas justifié devant ma

* M. Tessier, professeur de procédure à l'université Laval de Québec.

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LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. 93

conscience, si je gardais plus longtemps le silence. Arrive qui plante, s’il faut périr, pérons ; s’il faut mourir, MOurissOns.

Le ministère, composé d'éléments hétérogènes, porte évidemment sur son front, l'empreinte d’une défaite prochaine. Nos livres de droit disent: ‘le mort saisit le vif,” et moi je dis en parodiant: ‘la mort ies saisit vifs,”

Nos ministres sont de véritables moribonds. Ils se promenent sur le chemin, comme des spectres hantant la demeure des vivants. Leurs figures sont pâles, allongées, et lamentables ; les orbes de leurs yeux, sont creusés, et leur regard est inquiet et hagard. On les voit à tout moment, frémir, comme si l’idée de mourir leur faisait horreur. Plus la session approche, et plus ces signes de trépidation et d'affection morbide apparaissent. M. Howliand est atteint à la poitrine, et même à l’estomac, deux empêchements très-dérimants pour un financier parlementaire. Il n’est pas encore arrivé à Québec, comme l'avait promis le Mercury, et Dieu sait quand il y viendra.

Le remord de l’abus du pouvoir, et de la fourberie à l'endroit du chemin de fer intercolonial, ia conscience de n'avoir rien fait, qu'assouvir leur haîne contre leurs prédécesseurs et quelques malheureux employés publics, tout celà, leur fait redouter de rencontrer les membres indépendants des deux chambres. Leur cri d’agonie, poussé dans un article du Mercury du 30 janvier dernier, ainsi que les actes de contrition, et d’espérunce, prononcés avec ferveur par M. Tessier dans le Canadien du mème jour, sont des signes sensibles du triste état des choses dans ces questions.

Un dieu de l’olympe que lu Verte Erin reclame, sans être trop capable de donner ses preuves, descendait

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94 LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.

l’autre jour sur un char de feu, jusque sur les bords du Saint-Laurent, pour y offrir des libations abondantes à Bacchus, promettant, nonobstant tout engagement à ce contraire, de lui rester fidèle, au moins, durant toute la session prochaine. La divinité le domina, et l'enivra tellement de son culte, qu'il perdit la raison. Le dieu du fleuve, qui n'aime pas plus qu'il ne faut son confrère de l’olympe, faillit chavirer, dans sa colère, l’un de ses plus ardents adorateurs. Demandez à M. Brydges s'il en sait quelque chose, lui, qui fut obligé de servir d'intermédiaire entre les deux divinités !

M. Bureau le nouveau secrétaire-provinciai, est venu à Québec garni d’une moustache toute flambante neuve: et qui, j'en suis sûr, fera fortune. Il a toujours cette figure ronde, pleine et satisfaite, aux allures un peu gauches, si vous voulez, mais contentes d’elles-mèmes. Il sourit gracieusement sur le chemin à tous les humbles mortels comme moi, et ce nouveau die !, ne sera pas méchant après tout.

M. Bureau a toujours prèché pour la colonisation, il a toujours crié contre M. Cartier parce que, disait-il, ec dernier n'établissait pas une agence d'émigration en France. Or, M. Cartier envoya un agent d'émigration en France, en Suisse, et en Belgique pour y recruter des français catholiques. M. Bureau accusait encore M. Cartier, de n'avoir pas donné à cet agent les instructions nécessaires. Enfin, ce M. Cartier était un homme indigne, et un ennemi de lu colonisation, Le ministère actuel, lui, abolit toutes les agences pour n’en établir qu'une seule, à Liverpool, et M. Bureau se hâte de s’unir à ce ministère pour sauver le pays. Vous auriez donc bien tort de ne pas admirer ces amis de la race française, et M. Evanturel avec vous, qui a prouvé son amour pour cette dernière, en rappelant le seul agent

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LE: CHRONIQUES QUÉRBECQUOISES. 95

de colonisation qui fut Canadien-français, et qui dans son amour pour ses compatriotes, trouvera chez M. Bureau, le collègue le plus digne de lui. Travaillez, mes amis, avec des hommes tels que vous autres, la population du Bas-Canada est sûre de lutter de nombre avec celle du Haut-Canada.

Il ne faut jainais oublier M. Tessier. Ta largeur de ses vues, ct la générosité de son cœur, que le Daily News à exprimées d’un ceul mot, aussi laconique que le langage des anciens, se présente comme malgré nous, à tous les instants à notre pensée. Il y a quelque temps, il faisait venir auprès de lui, un ouvrier employé par le bureau des travaux publics, et voulait le faire travailler en faveur de l’élection municipale du Dr Malouin, un rouge. L'ouvrier lui répondant que sa parole était engagée à l'autre candidat, le commissaire des travaux publics, lui réplique qu'il ne fallait pas travailler contre le candidat du gouvernement. Mais, comment dites-vous, le candidat du gouvernement lorsqu'il ne s’agit que d’une élection municipale ? Veuillez ne pas oublier, s’il vous plait, M. le Rédacteur, que le Dr Malouin était le candidat de l’opposition contre M. Simard à la dernière vlection générale. Je vous dirai de plus, que M. Tessier, n'a pas oublié qu'il y a deux ans, il $e rendait dans la nuit, auprès de M. Simard, pour l’engager à voter contre la banque d'émission de M. Galt. La réélection de M. Simard devait avoir lieu le lendemain matin (je parle de l'avant dernière élection), et elle devait ètre unanime. M. Tessier s'était rendu chez M, Simard a onze heures du soir, et il ne le laissait qu’à deux heures du matin, aprôs l’avoir menacé à plusieures reprises, de lui faire faire de l'opposition, s’il ne s’engageait pas formellement à combattre la banque d'émission, M. Simard demeura ferme et n'eut pas d'opposition, parce

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que M. Dubord ne voulut pas se rendre à l'invitation de M. Tessier, sans que celui-ci, s’'engageât à payer les frais de son élection. Or, vous savez que M. Tessier, ne commet pas de pareils actes de prodigalité ; mais il se souvient, et il a fuit élire cette fois, le Dr Malouin conseiller municipal pour lui préparer le chemin à la chambre.

Voici un autre fait, dont le mérite revient de plein droit à M. Tessier. M. Lepage de Rimouski, était agent de colonisation pour cent milles du chemin Taché, pour tout le chemin Matapédia (964 milles) et le chemin de Matane au cap-Chatte (36 milles) ; en tout deux cent trente-deux milles et demi. Son salaire était de £365 par année, ou de 84 par jour. Le 6 août dernier, M. Lepage reçoit une lettre officielle de M. Andrew Russell, l’assistant-commissaire des terres, qui l’informe que le chemin de Matane au cap Chatte, est placé sous la surveillance de M. Charles Roy, arpenteur, et qu'à l'avenir son salaire, à lui, M. Lepage, ne sera plus que de la moitié de ce qu’il était auparavant, ou $2 par jour, l’autre moitié étant donnée à M. Roy. Les Roy règnent évidemment, car j'en connais trois de la même famille, qui ont des trônes à l'heure qu'il est; je reviendrai probablement sur cette question historique, dans une autre de mes jiettres, si toutefois mon professeur ne me met pas, avant celà, au pilori de sa colère.

Mais revenons à notre sujet M. Lepage indigne, communique cetté lottre à M. Tessier alors à Rimouski, et lui demande justi:e. Celui-ci se montre très étonné, et prétend que le tout a été fait à son insu.

La division des attributions, entre les deux agents, est ainsi faite à l’instigation de M. Tessier, M. Lepage est chargé de la surveillance de cent quatre-vingt seize milles et demi de chemin de colonisation très peu

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établis, tandis que M. Roy, n’a pour mission que de coloniser trente-six milles de chemin parfaitement établis, à l'exception de vingt sept lots, non cultivables. et tous deux reçoivent le mème salaire, l'un pour travailler, et l’autre pour regarder faire.

Voulez-vous l'explication de tout celà ? la voici :— M. Roy, est le neveu de deux hommes influents de Ste. Anne des Monts, située dans le collége électoral du solfe, MM. Roy et Sasseville. S'il sert bien le neveu, il est sûr de l’appui des oncles, tandis qu'en conservant une moitié de salaire à M. Lepage, il croit lui en laisser assez, pour qu’il soit de son intérêt, de ne pas travailler contre lui dans le comté de Rimouski. Son calcul n'est pas mauvais, mais il est odieux.

Je vous ai déjà dit, que M. Blackburn imprimait le ‘apport de la commission d'Ottawa ; la version française a été donnée depuis au Canadien, la propriété de MM. Tessier et Evanturel. Les deux ministres auront donc encore ici, un petit profit, bien en fraude de la loi si vous voulez, mais qu'y faire? M. Evanturel disait à Charlesbourg le jour de son élection :-—‘ savez-vons pourquoi vous me voyez le bras en écharpe ? C’est que, pendant que j'enfonçais mon bras jusqu'au fond du coffre public pour y puiser de l'argent, le couvercle me tomba sur le bras,” Il voulait avoir de l'esprit alors et ne réussit pas ; il veut aujourd’hui avoir de l'argent et réussit mieux, comme vous voyez. M. Tessier ne parlait pas, mais il n’en pensait pas moins. Voulezvous me dire, lequel des deux, est Robert Macaire ou Bertrand son ami ?

Le propriétaire d'une petite gazette, appelée le Défricheur, remplie d'annonces officielles, a, de son propre mouvement, imprimé plusieurss centaines d'avis d'une vente des terres de la couronne dans les

townships de l'Est, et l’autre jour, il se faisait payer par le département des terres, un compte de 8125 pour impressions. Il faut vous dire que ce propriétaire, n’est autre que l'Enfant-Terrible, * cette pure créature qui, de sa voix nasillarde, et à travers son râtelier ébréché, ne fait que crier à la corruption du parti libéral-conservateur. Ah ! ces saints-là ne seront jamais canonisés.

M. Blackburn a loûé, pour le service du ministère, le Mercury a raison de £500 par an. C’est beaucoup plus que la valeur; mais il n’y avait pas à murchander, et il | faut bien que M. McDonald donne à M. Blackburn le | moyen de se refaire. Ilse refait, en chargeant à un certain département du gouvernement 829.50 pour des livres qui se vendent £13 chez l'imprimeur de la Reine, qui ne donne pas non plus, ses marchandises pour rien. Parlez uprès celà, de mucilage, de canifs, et de cire à acheter.

Au revoir, je vous écrirai bientôt.

‘ Votre tout dévoué,

BLAISE

M. LE RÉDACTEUR

Vous me direz sans doute, votre placer est donc bien riche? vous êtes un mineur infatigable. Ah! oui, vous avez raison, j'ai trouvé le filon et jé l’exploite ; mais je l'exploite comme un apprenti; que serait-ce donc, si j'étais passé maître? Je m'aperçois que je vague à pleine voile, dans le langage franc-maçonnique, tandis que j'ai sans cesse sous les yeux, l'Institution au

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*J. B. Eric Dorion.

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Droit Français T'Argou, la Vieille Coutume de Paris dont on se désacoutume tous les jours, les Obligations de Pothier; les Statuts refondus, amen, amen.

Je m'aperçois que je chevauche et je m'urrête, cur mes narines ont senti Juvénal à distance. Juvénal ! qu'est-ce donc que Juvénal ? medirez-vous, Juvénal, c'est le parent de l’autre, c'est D... affilié de T, On sait qu’en philologie et en linguistique, D. T. ont la même origine, et souvent, prennent la placo l’un de l’autre. Supposons que je sois ministre, et que j'aie un parent. Je suis attaqué, le parent me défend; c’est tout naturel. On tire celà du-puits ministériel. Mais si le ministre écrit très-mal, et que le parent n'écrive pas inieux ?.. Blaise, Blaise, moins de malice et plus de faits, s'il vous plait; vous devenez babillard !

Je vois par les journaux de votre ville, que M. Coupul s'oppose à la réélection du secrétaire-provincial. Pauvre M. Bureau ! 11 y en a d’autres encore, qui ne voulaient pas qu'il fut ministre! Le jour où on parlu dans le cabinet, de remplacer M. Dorion par M.-Bureau, M. Evanturel se rendit auprès de M. Sicotte, pour lui faire comprendre combien il y avait de danger pour lui, à faire entrer un rouge dans le cabinet; que les rouges le détestaient lui, M. Sicotte, et voulaient le faire dispaaîitre du gouvernement, avec tous ceux qui ont appartenu, autrefois, à l’ancien parti. M. Sicotte se montra inexorable, Est-ce par aveuglement, ou parcequ'en prenant M. Bureau, il obéissait à une force majeure ? Quoiqu'il en soit, la conférence, parait-il. avait duré trois heures, et au moment où M. Evanturel sortit, ses deux gros sourcils noirs se croisaient, sa grande barbe frémissait, et ses grands yeux étaient ternes et tristes.

100 LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES,

Le ministre d'agriculture sent son heure approcher, il l’a dit avec beaucoup de franchise à un ami; il a été même jusqu'à déclarer, qu'il aimerait mieux voir an pouvoir les Cartier et les Cauchon, que le rouge Bureau. Mais, ce qui le console, c’est d’être arrivé une tois, je parle son propre langage, et de pouvoir attacher à son nom, pour le reste de sa vie, le titre retentissant d’Honorable.

M. Bureau se plaignait, il y a quelque temps, à un ami, d’avoir dépensé 81200 duns sa dernière élection, combien donc va lui coûter celle-ci? Ah! M. Coupal, soyez miséricordieux |

En vous priant de rectifier une erreur, que j'ai commise dans mon avant dernière jettre, je me permettrai de revenir sur un sujet dont je vous ai déjà entretenu ; je vous ai dit que l'agent de M. Tessier (à Rimouski) était M. Couillard, tandis que c’est M. Couture, et l'affaire dont je vous ai déjà parlé, et dont je veux vous entretenir ‘ujourd’hni quelques instants, est ni plus ni moins que la chemise du quai de Rimouski. Quand les soumissions furent ouvertes, le plus bas soumissionnaire se trouva être M. Derome, et su soumission était de $8,000. Celui qui venait immédiatement après lui, demandait 818,00 pour le mêmeouvrage. M.Tessier fit venir M. Derome, et lui dit: “ voulez-vous prendre #7,000,"” et pour l’engager à les accepter, il offrit de lui donner de vieilles cordes, des chaînes et un palan qu’il évaluait à $100. M. Derome lui ayant demandé s'il-était le plus bas soumissionnaire, il ne lui répondit pas, et lui renouvela la même offre. Derome accepta. Plus tard, M. Tessier affirma que ces cordages, qui valaient tout au plu: $75, n'avaient été que prêtés! C’est à l’aide de cer bouts de corde, qu'en grand financier, ot en grand bar:-

quier, CO 83,000,00 r'eusemer M. How administ au timon Mais deux let M. Rubid jours, © affaires, @ Lu chemi prédit et rendre à des trava parler a s'empare s'en plai, rement à Pruneau.

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LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. 101

quier, comme on le connait, il travaille À combler les 83,000,000 de déficit qui, en ce moment, affectent si douloureusement la poitrine, l'estomac et les bronches de M. Howland. Voilà l'avantage d'avoir de grands administrateurs et des hommes à vue longue et large au timon du char de l'état.

Mais roprenons notre sujet. M. Derome avait écrit deux lettres, pour protester contre le plan absurde de M. Rubidge, ainsi que je vous le disais, il y a quelques jours, ordre lui avait été donné de se mèlor de ses affaires, et de faire la chemise telle qu'on la lui demandait. Lu chemise étant enlevée par la mer, commo il l'avait prédit et écrit à M. Tessier, M. Derome se hâta de se rendre à Québec, pour en conférer avec le commissaire des travaux publics, et au moment où il était en pour-parler avec M. Tessier, celui-ci, envoyait M. Pruneau s'emparer de l'ouvrage. Ce qu'ayant su, M. Derome s'en plaignit au commissaire qui lui répondit, contrairement à la vérité, qu'il n'avait pas donné d'ordre à M. Pruneau.

Cette obstination de M. Tessier à ne pas écouter l'avertissement d’un homme pratique, coûtera au pays au moins 82,000. II n’y avait pas de crédit voté pour: les premiers 87,000, on conçoit, qu'il n’y en avait pas davantage, pour les deux autres milles piastres à dépenser.

M. Tessier a envoyé sur le chemin Matapédia M. Edouard Meagher. Le salaire de celui-ci est de $2 par jour, absolument pour ne rien faire, et aussi n’a-t-il rien fait! M. Meagher est lo fils, et le neveu, de deux hommes réputés influents dans le collége électoral du golfe. Voilà comme économise M. Tessier !

Immédiatement après la chûte du ministère Cartier- McDonald, un homme de la chambre disait à M. Evan-

102 LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.

turel, que le ministère dont il faisait partie ne tiendrait pas; M. Evanturel répondit :—‘ Les membres du Bas- Canada sont comme des moutons, ils suivent tous les gouverrements, et suivront bien le nôtre.” Il oubliait que M. Brown, disait la même chose, lors de la formation de son cabinet en 1858, et que M. Brown se trompa.

M. Desbarats s’est bien trouvé de tous les gouvernements. Quand le ministère Cartier-MeDonald tombait, quelqu'un faisait remarquer à l’imprimeur de la Reine, qu'il allait tomber dans de pires mains :—#* Non, répondit-il, je serai mieux traité par ce gouvernement que par l’autre.” Maintenant dressons le bilan, pour voir s’il avait raison dans son ingratitude. M. John Sandfiell McDonald, son meilleur ami, lui enlève impressions, papeterie, etc., pour les donner à M. Blackburn. Ski: bills ministériels relatifs ou Haut-Canada, viennent d’être imprimés par MM. Hunter, Rose et Lemieux pour le compte de M. Blackburn, et portent le nom de ce dernier. Depuis l'union, * les projets de loi du gouvernement ont été invariablement imprimés par l’imprimeur de la Reine; mais ce changement est

devenu nécessaire, pour permettre à MM. Blackburn et

George Sheppard de faire prompte fortune.

Aujourd’hui, tout se fait par commission, tout, jusqu'aux impressions. Ainsi, ce n'est pas M. Blackburn qui imprime, mais c’est lui qui fait imprimer, et qui charge pour celà sa commission, son courtage. Son établissement, est pauvre d'espace et de matériaux, et il a recours aux imprimeurs dont je vous parlais tout à l'heure. Mais vous me direz sans doute: si M. Blackburn ne peut pas imprimer Jni-même l'ouvrage du gouvernement, et qu’il a recours à MM. Hunter, Rose

* Du Haut et Bas-Canada, en 1841.

et Lemi directen l’éconon donner nom.

Mais Sheppar tant sou rédactio aucune !

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LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. 105

et Lemieux, pourquoi M. McDonald ne s’adresse-t-il pas directement à ces derniers ? Mais non, ce n’est pas l'économie qu'il veut, c’est un salaire qu'il enten donner à un mercenaire, l’économie n’est qu’un vain nom.

Mais alors, si M. McDonald paie MM. Blackburn et Sheppard si cher, pourquoi le Mercury est-il si maigre, tant sous le rapport de ia matière que sous celui de la rédaction ? Aucune question n’y est traitée sérieusement, aucune n’y est approfondie, et M. Shoppard ne peut écrire sans insulter, surtout le Bas-Canada.

La commission qui s'intitule elle-même, financière et départementale, coûte $40 par jour; $30 pour les trois commissaires, et 810 pour les deux écrivains dont l’un, est le fils de l’homme qui espionne pour le ministre. Un fait nous conduit à un autre. M. ‘“$S.” * m'avez-vous dit, me répondait quelqu'un hier, est l’espion de M. M. qui, pour récompenser ses services, donne $5 par jour à son fils; mais M.“ H.” de Montréal, endosse les billets de ce même M. “$S.” qui, avec l'argent ainsi obtenu, achète, en spéculation, des terrains à Ottawa. Comprenez-vous l’enchainement de tout ceci ? Ah! Luke, Luke, soyez sur la piste,

Un correspondant du Journal, ? attribue à M. W. Bristow, une communication qui a paru dans le Transcript, et dont le Canadien fait grand bruit. Celui-là, ferait mieux de manger en silence au ratelier ministériel, car il pourra lui arriver malheur.

Un pauvre imprimeur, qui a vendu sa conscience et sa feuille pour un prix fixe, se trouve dans l'embarras,

* Wm. Spink.

t Holton.

} Journal de Québec.

104 LBS CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.

car l’acheteur le paie en papier qui n’a pas de courx dans les banques.

Que fuire ? attendre et souffrir; comme ‘‘ on fait son lit on se couche.” Votre meilleur ami, BLAISE.

N. B.—Un officier du gouvernement a adressé une dépèche télégraphique aujourd'hui à M. Spence de Toronto, pour lui demander où était M. Howland, et “il allait descendre. M. Spence répondit que M. Howland était à Toronto, qu’il était possibie qu'il descendit lundi prochain (he may go down on monday.) Cette dépêche fut naturellement communiquée à M. J.S. MacDonald qui, n'étant pas satisfait, félégraphia directement à M. Howland lui-même, lequel répondit : ‘si mon médecin juge que je puis partir, il est possible que je parte lundi (I may leave).”

Ce que je vous écris là, est de toute vérité. Je vous dirai de plus, qu'on a arrêté l'impression des comptes publics et des rapports du commerce et de la navigation, parcequ’il n’y a personne pour les signer.

Je crois ne pas me tromper en disant, que la résignation de M. Howland, est dans les mains de M. McDonald.

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