‹ Les Guêpes canadiennes [microforme]Chapitre 19 sur 62 · M. LE F · texte numérisé non relu

M. LE F

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M. LE RÉDACTEUR

J'éprouve d'assez douces jouissances, celles d'un auteur qui sait quo’. le lit, je ne dis pas, qu'on l'apprécie. A l'heure qu'il est, plus de vingt personnes sont accusées ou soupçonnées d’être Blaise, et cependant, on n’a pas encore mis le doigt sur le coupable. La police littéraire et politique est sans doute sur sa piste, comme celle du capitaine Bureau était l’autre jour, sur celle des bourreaux, qui ont pendu en efligie l’innocent commissaire des Travaux Publics. L’espion du premier ministre est peut être à l’œuvre aussi; mais de lui, je ne crains que les machoires formidables.

De toui ce que j'ai écrit jusqu'ici, on n’a contesté qu'un seul fait, celui relatif à l'affaire Cimon ; et celui qui l’a contesté, est M. Xavier Cimon lui même. Tout le monde à Québec connait M. Xavier Cimon; il est donc bien étonnant que M. Tessier ait laissé tout le monde de côté, pour aller demander un certificat précisément à celui-là. M. Cimon ne sait pas écrire, et cependant, sa lettre est plus correctement écrite de beaucoup, que ne le sont les épitres, les plus méditées du commissaire des Travaux Publics. Donc, il y a eu ici l’inspirateur, l'écrivain, et le prête-nom, et le certificat a eu tout naturellement la forme exigée.

Je ne rétracte pas un mot de ce que j'ai dit ; les quatre mille six cent trente six piastres n’ont pas été payées toutes à la fois à M. Cimon. Les frais de la cause, dont parle celui-ci, ne sont pas encore payés par le gouvernement. Pourquoi ? M. Cimon nous le dira lui même comme il l’a dit à d'autres, parce que Blaise épouvante le commissaire des Travaux Publics. M. Cimon dit aussi, que M. Tessier lui a donné ses conseils d'avocat

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gratis. S'il écrivait, on devait s'attendre qu'il ne dirait pas autre chose, puisque M. Tessier prenait la peine de le faire parler pour le défendre.

Je termine sur cette question pour aujourd’hui, en vous faisant remarquer que, c'est le seul fait sur lequel on ait jusqu'ici, mis en doute ma véracité ; or, vous savez de combien d’autres j'ai inondé votre feuille, et j'entends bien continuer tant que vous ne me direz pas : arrête, Blaise, c'est assez,

Voulez-vous savoir ce que nos ministres pensent euxmêmes de la session ? Je puis vous en dire quelque chose, M. Evanturel a exprimé des espérances. M. MacDougall cmpte sur une majorité dans le Haut et sur une minorité dans le Bas-Canada. Je pourrais vous citer tous les noms des députés sur lesquels le ministère a fait des computations; mais, je ne veux pas ètre indiscret. On se croit sûr de tel et tel, mais on ne l’est pas tout à fait On espère pour tels autres, et on doute de quelques autres encore. Rien de positif, rien de certain, rien d'arrêté; le doute, l’espé- ‘ance, le désir, voilà le bagage ministériel.

Pendant que dans le collège De Lorimier, l’on s'occupe de mettre en ordre le Bureuu-Secrétaire que l'on m'assure avoir été très en désordre à 9t. Rémi, je vous dirai ce qui lui arrivait l’automne dernier avant l’élection du mème collège. Le quatre octobre, quelqu'un remettuit entre les mains de l’Orateur de la chambre une lettre de M. Jacques O. Bureau, par laquelle M. Jacques ©. Bureau résignait son mandaten chambre. Cette lettre, portait la date du quinze septembre et

vouséquemment, n’était remise à l'Orateur que dix-neuf

jours après avoir été écrite, si toutefois elle n'était pas antidatée. Pourquoi arrivait-elle si tard à l'Orateur ? La chose est facile à comprendre :—-M. Bureau ne

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voulait abandonner son mandat, que lorsqu'il serait élu Conseiller Législatif. Mais il savait que la loi lui défendait d'être candidat au conseil législatif tant qu'il serait membre de la chambre, et la lettre de résignation devait porter une date antérieure à l’élection de De Lorimier. Que faut-il conclure de tout celà ? Ou que M. Bureau a antidaté sa lettre, ou bien, qu'il l'a confiée à quelqu'un qui ne devait la donner à l'Orateur, que s'il avait la majorité des voix à De Lorimier. Ces tours de passe-passe dégradent un homme public.

A mon grand ébahissement, j'ai vu hier, deux voitures pleines de bouts de corde qui paraissaient prendre la direction du bureau des Travaux Publics; j'ai cru que c'étaient les bouts de corde que M. Tessier avait reclamés de M. Derome comme objets prètés. .

Voulez-vous me pardonner si je vous parle encore de l’infortunée chemise du quai de Rimouski, et des suites de la déchirure ? Non-seulement M. Derome avait écrit deux lettres pour avertir M. Tessier de ce qui arriverait, mais encore le surveillant des travaux pour le compte du gouvernement, M. Pruneau, avait écrit la mème chose, et on lui avait répondu de la même manière : “faites travailler suivant les plans et spécifications,” (du célèbre M. Rubidge). Aussitôt après l’accident, le surveillant en avait écrit au commissaire, et celui-ci avait répondu: ‘faites pour le mieux.” Il s'était donc hôté, de faire quelqu'ouvrage peu coûteux qui devait sauver le reste et d'en faire rapport. M. Tessier lui répondit: ‘Qui vous a autorisé à faire cet auvrage ? ”? La dépèche dans laquelle vous me dites : ‘“ faites pour le mieux.”

Les choses en restèrent là pour le moment; mais quinze jours après, M. Tessier écrivait à M. Pruneau de RE Québec, parceque le gouvernement manquait

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d'argent, et qu'on n'avait pas besoin d’un homme pratique pour recevoir le bois qni devait servir aux travaux du quai.* Le salaire de M. Pruneau était de cinquante-deux piastres par mois, que M. Tessier prétendait vouloir économiser, Et cependant, M. Pruneau est remplacé par M. St. Laurent, commerçant du lieu, qui reçoit précisément le même salaire, cinquante deux piastres par mois, et qui ne connait pas plus que vous et moi, la qualité du bois et les dimensions qu'il doit avoir. Mais M: Pruneau comme M. Derome, a eu le malheur de prévoir ce que n’a pas prévu M. Tessier, l'accident du quai, et le commissaire des Travaux Publics avait encore à récompenser un partisan politique, M. St. Laurent. S'il a donné tout l'été, soixante piastres par mois à M. Meagher, pour lui procurer le plaisir de voir faire le chemin Matapédia, rien de surprenant qu’il donne cinquante-deux piastres par mois à M. St. Laurent, pour lui procurer la jouissance de regarder passer le bois du quai.

Avant de passer outre, M. le Rédacteur, j'ui une plainte très-wrave à vous faire, et je vous conjure, pour ma réputation, d'y voir au plus tôt. A la chambre et à l’Institut Canadien, on enlève les numéros de la Minerve qui renferment mes lettres, et mes nombreux lecteurs en sont attristés à tel point, que pour les calmer, j'ai dû promettre de soumettre au parlement

* Quinze jours plus tôt, un certain M. R..des T..P..étant à déjeûner avec MM. Pruneau et Derome à Rimouski, déblaterait contre les bleus, et surtout contre M. Cauchon. M. Pruneau ayant invité M. R..à laisser là la politique, et surtont M. Cauchon, celuici se fâcha et d’une parole à l’autre on en vint aux injures épicées : alors, M. Pruneau invita péremptoirement M. R..ou à se taire ou à le suivre dans la cour, ce qui eut pour effet de calmer M. R..mais quinze jours plus tard, M. Pruneau était rappelé tel que raconté ci-haut.

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cette infraction de mes priviléges. Pour la voie de fait de la chambre, j'accuse : l'espion aux longues mächoires et pour celle de l’Institut Canadien, je ne veux accuser personne ; je vous dirai seulement, que cette association a l'honneur de compter encore parmi ses membres, son ancien président. Vous y venez, n'est-ce pas ?

Le Journal de Québec disait, il a quelque temps, ne pouvoir à cause des formes bibliques qu'il affectait, reproduire un écrit signé : Un fort en thème. T'auteur, repoussé par la presse périodique, a eu recours au livret, et son évangile vient de paraitre sous cette forme, en français et en latin. M.J. S. McDonald l’a trouvé si à son goût, qu'il en a fait imprimer 30 exemplaires à l'établissement du Mercury. Ce que je vous dis là, est vrai à la lettre. On fait dire à M. Evanturel dans cet évangile, que les esprits des membres sont prompts, mais que le ministère est faible; et M. Tessier, racontant avec soupir, sa propre histoire dit : “ Personne ne passera pour prophète en son propre pays.”

Je reçois des lettres de plusieurs endroits du pays, et même d'Ottawæ qui me disent en effet, que les enquêtes des membres sont promptes et que le ministère est faible On parle seulement d’un ou de deux Outaouais, dont les esprits ne seraient pas tout à fait aussi prompts ; mais je conseille à ceux-ci, de réfléchir; s'ils allaient s'aveugler, au point d'abandonner les hommes qui se sont sacrifiés, deux fois, pour lui donner le siége du gouvernement, ils remettraient le tout en question, et perdraient indubitablement le siége du gouvernement.

Vous me direz peut-être, que je suis peu en position, de connaître la pensée des membres de la chambre ; vous vous trompez; j'ai entendu beaucoup, et j'ai beaucoup recueilli, Dans le cas de trahison, ni M. Cartier ni M. Cauchon, ni aucun autre homme ne pourraient détourner

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là majorité des membres bas-canadiens de donner le coup de pied à Ottawa.

M. Price voulait règler quelques affaires avant la session au bureau des Terres.—Vous voulez étre libre, lui a dit sarcastiquement M. McDougall ! Ces affaires auront donc un temps d'arrêt.

La maladie de M. Howland augmente, et il est plus que probable qu'on ne le verra pas à Québec, durant la session qui approche. Cette maladie est peut-être physique; mais elle est certainement morale aussi. Vous n'avez pas oublié avec quelle générosité, M. Gait le traitait durant la dernière session; et, cependant, par reconnaissance sans doute, il insultuit brutalement M. Galt devant ses électeurs d’York. Il croyait sans doute alors, avoir facilement raison des finances du pays; mais il voit aujourd’hui qu’il s'est trompé, et que l'abime sur lequel M. Sheppard lui conseillait de jeter un pont, ne serait même pas comblé avec trois millions de piastres. Il doit maintenant savoir qu'il existe une très-grande différence, entre savoir vendre à profit ou à perte, un boucaut de sucre ou une tonne de melasse, ot organiser les finances d’un pays comme le Canada. Il ne parle ni ue pense; c’est peut-être encore micux que M. Bureau qui pense mal et parle mal.

Quand, à l'imitation de l'esprit malin de Milton, e rode sur les confins du monde... politique, je vois quelquefois passer deux fantômes vivants qui ont noms Tessier et Barthe, et qui tous les deux portent sur le front le signe de... dont parle l'apocalypse. “Je me tiens toujours les pieds chauds et la tête froide, disait naguère le commisuaire, quand les journaux ne m'attaquent pas trop, Car ceux-ci me font souvent monter le sang au cerveau.” Alors gare aux congestions cérébrales, eur la presse s'occupe beaucoup de lui en ce

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moment, et avec raison. Il s'était imaginé qu’il lui serait permis de faire aux autres tout le mal possible, sans qu'il n’en résultât pour lui aucun inconvénient. C'était montrer une ignorance bien impardonable du cœur humain. Il devait pourtant se rappeler qu'il perdit un jour, pour la même cause, une élection qu'il croyait bien tenir ! La prochaine, menace de lui porter le même malheur.

Le News l'a appelé Trente-sous-Tessier, pour donner une idée de là grandeur de ses vues financières ; des députés m'ont dit, qu'on l’appelait Juda-Tessier en 1853 parce qu'il avait voté contre le ministère Hincks. On dit qu’il compta les voix, et que ;la majorité contre le cabinet était déjà de douze, il vota le treinème et le dernier de tous.

Il porte en ce moment sur sa figure, le signe visible d'une grande souffrance intérieuro.

Barthe le sent de loin, pa respect pour son maître, qui le paie fidèlement, et le tient sans cesse à la besogne. Jui aussi, est bien triste, car pas une âme ne sympathise avec sa souffrance, pas un cœur . ne se sent battre pour ce déshérité de la société. IT ressemble à Caïn arrivé aux limites du monde; il regarde l’abime avec horreur, car de tous les côtés, l'horizon est sillonné par la foudre, et au fond du gouffre insondable git le désespoir.

Votre plus fidèle,

BLAISE

M. Le RÉDACTEUR,

Il me semble vous avoir déjà parlé d'une querelle entre deux ministres, Ces deux ministres sont, est-il besoin de vous le dire? MM. McGee et Evanturel. M. McGee n’a jamais digéré l'affaire de l'immigration, ni les appels au secours du Canadien à la presse française contre ses prétentions.

On se rappelle, le discours de M. McGee sur les quatre révolutions ; on se rappelle encore, que ce discours où était attaquée la race française, fut sévèrement jugé par la presse. Le Chronicle dit, à cette occasion, que l'influence de M. McGee était sur le déclin (on the wave). Ces deux ou trois mots blessèrent profondément le député de Montréal, qui descendit au bureau du Chronicle en compagnie de l’hotellier Henchey, et s'adressant à M. Foot lui dit : —

—M.—Vous m'avez étonné dans votre appréciation de ma lecture ; il me semble que nous sommes amis depuis longtemps.

—F.—Je l'ignore.

—M.—Mais nous sommes en bons termes toujours.

—F.—Je l'ignore; il y a plus, je tiens de bonne source, que vous n'avez pas agi en ami à mon égard, auprès de.

—M.—Qui vous a dit celà ?

—F.—Je suis sûr de ce que je dis, mais je ne puis vous donner de noms, à moins que ceux qui m'ont renseigné, ne me le permettent.

—M.—Alors, c'est M. Alleyn ?

.—F.—Non.

—M.—M. Sheppard ?

—F.—Non.

—M.—M. Evanturel ?

—F.—Non.

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LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISBS. 113

Malgré ce on suspect et nonchalamment prononcé, M. McGee insista à dire que son délateur était M. Evanturel son collègue, et invita, en partant, M. Foot à venir avec lui rencontrer M. Evanturel au bureau du secrétaire-provincial. M. Foot lui fit remarquer qu'il n'avait pas prononcé le nom d’Evanturel, et refusa de se rendre à son invitation.

Vendredi dernier, M. Foot reçut de M. McGee, une invitation écrite de se rendre encore à son bureau, pour y conférer sur le même sujet. M. Foot ne bougea ni ne répondit.

Le jour suivant, M. McGee porta l'affaire devant le conseil. Pauvre Blaise, que vas-tu faire? La porte t'est fermée au nez. Mais console-toi, les murs parlent et les messagers aussi, quelquefois.

Les ministres conversent ensemble, et leur causerie brayante, les empèche de s'entendre et de se comprendre les uns et les autres. Sandfield est occupé à lire un livret, c’est l’'évangile parodié dont je vous parlais dans ma dernière, et que pour son amusement, il a fait réimprimer par M. Blackburn; il lit pour agacer Sicotte qui sourit un peu, mais qui se laisse tomber dans son fauteuil, pensif et triste.

Il interrompt sa lecture, pour se porter une main au cou, et pour dire à Tessier :—Tessier, how do you feel ? Tessier fait la grimace, précisément comme si la corde lui serrait le cou. Oué...! (très-nasal) vous riez, vous, c’est pourtant pas drôle!

Sandfield rit aux éclats, prend dans une de ses mains sa botte qu'il se porte au menton, et de l’autre, presse l'emplacement de son ancien poumon.*

* M. McDonald avait perdu un poumon durant une maladie de consomption.

114 LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.

Wilson lit avec une gravité toute puritaine, son rapport contre la demande en grâce des Ayÿlward.*

McDougall fait des efforts pour faire entendre sa voix solennelle au-dessus de ce godendard, qui vous scie le dos en permanence, et pour raconter à Sandfield comment, en les enivrant le saint jour du sabat, il a arraché quelques signatures aux pauvres Sauvages de l'ile Manitouline.

—Sicotte sort un instant de sa rèverie, pour crier : Abbott, raconte nous donc ton affaire du chemin de Jarillon.

—Abbott.—Demandez-le à Berlingan (Bellingham.)t

McDougall a fini son histoire de la Manitouline, et jetant un œil sur Tessier, il dit avec une gravité toute sénatoriale : ‘Je vicns d'apprendre qu'un ministre « donné un billet promissoire pour Æ£7, payable À treize mois, et par termes. ÆEn savez-vous quelque chose ? car on m'informe, que ce billet est entre les mains d’un barbier Ï de St. Roch.”

Tessier fait encore la grimace et date le silence, mais il se promène en long et en large et parait violemment agité. On l'entend même marmotter ces mots : “si c'était à reçommencer, je n'acceptorais pas vn portefeuille ; si on m'offrait une place de juge, j'enverrais bien vite la politique au diable.”

—Sicotte.—Que dites-vous, Tessier ?

—Tessier.—Oh! rien, rien, je souffre, la tète me chauffe, ot je me dis à part moé, que nous ne sommes pas sur un lit de roses.

* Les Aylward, mari et femme, pendus pour meurtre, à Québoc/) oi

t Autrefois, député du comté d'Argenteuil.

t Usurier.

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LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES, 115

—McGee.—Mishter Chairman, mishter chairman, je demande le silence. J'ai une question très-grave à vous soumettre,

—Foley.—McGee, my countryman, you are making an irish-bull, who is the chairman ?

—McGee.—Tiens, j'avais oublié que c'était moi, Eh ! bien, messieurs, j'ai une plainte très-grave à vous faire contre l’un de nos collègues.

Evanturel qui s'était laissé cheoir dans son fauteuil, accablé sous le poids de sa barbe, se redresse, tourne deux ou trois fois la tête à droite et à gauche, en mouvements saccadés, se pince les lèvres, et prète attention.

—McGee.—Messieurs, je voudrais savoir si nos délihérations sont sacrées, ou s’il est permis à chacun de nous. de les divulguer pour nuire à des coliègues ?

Evanturel rapproche sa chaise, ouvre ses grands yeux uris, détend ses gros sourcils, se flatte le menton, et donne un coup de tête abrupt comme pour dire: nous allons voir,

—McGee.—Vous savez que l'autre jour, je m'opposais de toutes mes forces à ce qu'on payât les comptes de F, * Eh! bien, un de nos collègues est allé l’en avertir pour me rendre odieux auprès de lui, et pour me faire attaquer.

—Sandfield.—Qui a fait celà ?

-—McGee.—C'est Evantarel bejapers.

—Evanturel se lève tout debout : c'est you he.

—McGee.— Bejapers! nous allons voir.

—$Sicotte.—Evanturel, asseyez-vous. Vous faites du bruit tout autant que si vous étiez de service dans le gouvernement.

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