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L'utile a, peu à peu, envahi le domaine de la poésie.
Cependant, Gérin-Lajoie cultive encore, duns un coin de sa pensée, quelques fleures d'illusion ; il bâtit des châteaux en Espagne. Ila surtout un rève qu'il caresse, qu’il choye, qu'il espère réaliser tôt ou tard,
Il voit, tout là-bas, dans une campagne retirée, paisible, ni trop loin ni trop près du village, une jolie ferme bien cultivée. Sur la ferme, une maison proprette, ni trop grande ni trop petite, avec des arbres autour, un jardin et un verger.
Un petit vieillard, à cheveux grisonnants, parcourt ce domaine, s'occupe d'améliorations, consulte ses voisins, leur parle de la récolte, d'un nouveau système plus économique de drainage ou d’assolement.
Lorsqu'il traverse la cour, les pigeons descendent du colombier, et viennent s’abattre autour de lui; un essaim de poules accourent manger, en caquetant, une poignée de grains qu’il leur jette, tandis que le coq, fièrement perché sur la clôture, chante à tue-tête son Canadien errant.
Un beau soleil chaud, de juillet ou d'août, réjouit cette scène champêtre, douce comme une idylle.
La laitière passe parmi les vaches, et s'en retourne à la maison portant deux chaudières pleines de lait jusqu’au bord et couvertes de deux doigts d’écume, que les enfants enlèvent avec leurs mains.
Le petit vieillard caresse, en passant, sa génisse de race ayrshire qui se frotte tranquillement le dos le long de la barrière ; il interroge les moissonneurs qui arrivent devant la grange avec une charrette ployant sous les gerbes de blé, dont il écrase entre ses mains quelques épis pour s'assurer qu’ils sont beaux et bons,
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Enfin, content de sa journée, il va s’asscoir sur sa galerie, et regarde, en souriant, le soleil se coucher, tout rouge, derrière le côteau.
Est-il nécossaire de dire que ce petit vieillard, c’est Gérin-Lajoie en personne ?
Excellent homme! Si tout le monde était bon et parfait comme lui, on verrait reparuître l’Eden sur la terre.
Argenteuil, 26 Février 1872.