Du 9 mai 1718. Vie du comte Hoym. par le baron Pichon
4. Ce pourrait être Antoine Dieu qui demeurait sur le Petit-Pont au Grand-Monarque, proche de THôtel-Dieu. (Note du baron Pichon.)
5. Il s'agit de l'incendie du Petit-Pont qui eut lieu le 28 avril 1718. On
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« Un homme vint avec empressement s'offrir de conjm'er le feu, mais M. de Machault envoya assez incivilement le conjureur en prison et ne voulut d'autres secours que ceux des charpentiers.
« Nos spectacles ressembleront bientôt aux vôtres, au moins par les auteurs. Beaubourg a quitté la comédie; La Desmarre nous menace den faire autant.
« Les comédiens italiens donnent assez souvent des pièces françaises de l'ancien théâtre. Vous seriez étonné de voir ces acteurs, dont vous avez admiré la vivacité, jouer aussi froidement, quand ils sont obligés de se servir de leur mémoire, que les plus mauvais acteurs de la comédie française.
« M. l'abbé de Saint-Pierre a été chassé de l'Académie au sujet d'un livre qu'il a fait sur la pluralité des conseils. On dit que ce malheureux trait augmentera la liste de ceux qui ont été punis pour avoir dit la vérité. Ce livre attaque la mémoire de Louis XIV. M. le maréchal de Villeroi en a demandé la suppression et la punition de l'auteur.
« Voilà la première victoire que ce Maréchal a remportée sur les ennemis du feu Roi.
« M. de Fontenelle se plaint de votre oubli. Il me prie de vous faire bien des compliments. Adieu, Monsieur, je sou-
racontait qu'un enfant s'élant noyé en se baignant de ce côté-là, quelque batelier avait superstitieusement conseillé à la mère désolée de mettre un cierge béni dans une sébile de bois sur l'eau et qu'où la sébiilc s'arrêterait le corps de l'enfant se trouverait ; de sorte que la sébile s'étant arrêtée près d'un bateau chargé de foin, le cierge allumé y avait mis le feu. De crainte que ce feu ne se communiquât à plusieurs autres bateaux chargés de foin et de bois, les bateliers avaient coupé les câbles de deux bateaux déjà enflammés dont l'un fut enfoncé près du pont Saint- Michel. Mais l'autre était descendu sous le Petit-Pont, qui était tout cintré et élançonné de bois pour empêcher la ruine dont il était menacé depuis plusieurs années, de sorte que ce bateau n'ayant pu passer outre, à cause de ces élançons, y avait mis le feu et ensuite aux maisons dont quantité de marchands établis sur ce Petit-Pont n'en purent sauver que très peu de leurs effets, et d'autres en furent entièrement ruinés. On faisait monter la perte que cet incendie a causée à 8 millions. (Journal de Buvat. t. l p. 313.)
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haite que vous ayez par semaine cinq ou six repas pareils à ceux dont vous me faites la description. Enfin je vous recommande à l'Ennui! J'espère de cette puissante divinité que nous aurons bientôt le plaisir de vous revoir. Je suis, Monsieur, avec des sentiments d'estime très particuliers, votre très humble et très obéissante servante,
« DE Tencin »
Voici la réponse du comte Hovm :
« Vienne, i«^ juin 1718.
« Vous avez parfaitement bien fait, Madame, dem'écrire au plus vite, car si je n'avais pas reçu votre lettre avant celle que j'ai l'honneur d'écrire à Madame votre sœur, vous y auriez trouvé un petit article qui vous aurait convaincue, beaucoup mieux que mon style, que j'ai perdu en Allemagne la politesse que vous prétendez m'avoir connue en France. Vous avez cru peut-être, en me donnant des louanges que je ne mérite point, échapper à des reproches que vous méritez. Mais c'est un artifice que j'ai trop bien démêlé pour m'y laisser attraper, et je vous avertis que ce n'est qu'à ma douceur naturelle, ou peut-être à la joie que m'a causée votre lettre, que vous devez la modération avec laquelle je vous parle de votre irrégularité. Je vous ai très peu d'obligation, Madame, des nouvelles que vous me mandez et dont vous avez fort mal à propos grossi une lettre que vous pouviez remplir de quelque chose de meilleur. Pourquoi n'y pas mettre, par exemple, ce que je mettrais si naturellement dans la mienne si vous me laissiez faire. Mais vous avez mieux aimé m'entretenir de Beaubourg, de la Desmarres de l'incendie et de M. l'abbé de Saint-Pierre et de mille autres choses auxquelles je prends beaucoup moins d'intérêt qu'aux plus indifférentes de toutes vos actions. Ce n'est pourtant que de ces choses-là que vous me parlez ; et, de cinq ou six pages qu'à votre lettre, à peine y a-t-il le quart d'une qui
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VOUS regarde. En vérité, Madame, c'est nous faire lort à tous les deux de croire que vous n'ajez rien de plus intéressant à me mander, et je ne cesserais pas sitôt de vous en gronder si je n'étais pressé de vous apprendre une nouvelle dont je suis fort occupé depuis quelque temps. C'est que j'entrevois quelque lueur d'espérance de revoir le pays que faime^ et quoiqu'elle soit si légère que j'ose à peine m'y arrêter, je ne laisse pas de m'entretenir le plus que je puis dans une idée qui me fait trop i\o plaisir pour ne pas la nourrir. Aussi je la nourris tant que je j^uis et si, par malliour, elle venait à être trompeuse, j'en serais quitte pour avoir cru pendant quelque temps la chose du monde la plus agréable. Jugez, Madame, si elle doit me paraître telle, puisqu'elle me flatte du plaisir de jouir de tous ceux qui sont attachés à l'honneur de vous faire la cour et que je me verrais par là à portée de vous dire moi-même, et aussi souvent que je souhaiterais le pouvoir faire, que personne au monde ne vous honore plus que moi et qu'on ne saurait être avec un plus véritable et plus respectueux attachement,
« Votre très humble et très obéissant serviteur.
« M. de Fontenelle a tort de se plaindre de mon oubli, je n'ai point d'occasion de lui donner des marques de mon souvenir et de l'estime avec laquelle je l'honore, mais s'il me fâche il aura de mes lettres et, qui pis est, il sera obligé d'y faire réponse. »
Hoym revint en effet Tannée suivante (1719), mais pour repartir en 1720 pendant cinq ou six mois et rentrer enfui à Paris où il séjourna dès lors jusqu'en 1729, se mêlant de près, comme on le verra, à l'existence de Mme de Tencin.
Ces quelques personnages dont les silhouettes viennent d'être esquissées ne représentent qu'une minime partie des familiers de Mme de Tencin dans le temps de sa jeunesse. Il convient d'y ajouter le comte d'Argenson, le président Hénault et toute la pléiade des savants et des philosophes: Fontenelle,