Mme de Tencin appelait Hoym « le dégoûté
s'informe de son nom, et bravement, sans la connaître le moins du monde, il lui écrit pour lui peindre sa flamme. Le plus extraordinaire, c'est que la dame lui répondit en lui donnant cet ingénieux rendez-vous : « Tel jour, disait-elle, vous entrerez dans ma loge à l'Opéra, comme si vous coïts trompiez. »
Chez lui la galanterie déterminée n'excluait pas des sentiments très généreux, souvent dissimulés sous une apparence d'humour. Mme de Caumont La Force avait pour dame de compagnie une vieille fille d'esprit, nommée Mlle d'Ormoy. Hoym, par une plaisanterie similaire à celle de Schaub, appelait cette demoiselle déjà fort nuire : « ma femme » et, pour pallier ce que son badinage pouvait avoir d'un peu cruel, il avait fait solennellement à cette épouse pour rire un legs verbal de cinq cents livres de rentes viagères * .
A côté de ces amusements, Hoym remplissait avec finesse ses fonction de chargé d'affaires d'Auguste II, Electeur de Saxe et roi de Pologne. Peu après son arrivée à Paris, il écrivait à Flemming, l'intelligent Suédois devenu, au service de la Saxe, ministre plénipotentiaire et général en chef:
« Ce serait semer pour recueillir que d'envoyer à l'abbé Dubois, qui n'estpas, dit-on, insensible à l'intérêt, quelques anfals- de vin de Hongrie, en attendant quelque chose de plus considérable. »
Flemming avait d'abord rechigné, disant : « Il faut sans doute à l'abbé Dubois de trop gros morceaux et vous connaissez notre état. » Mais Hoym qui, grâce à Mme de Tencin, demeurait en contact permanent avec l'iniluent abbé et
1. Ce legs était parfaitement sérieux. A la mort d'IIoym, M. Amelol, (lui avait été témoin de la promesse, écrivit à l'héritier du comte pour lui déclarer qu'il avait en main la j)reuve des inlentions du défunt ; et quoique la demoiselle ne figurAt point sur le testament, la pension fut payée. On lé voit, les successions étaient plus simplifiées (praujourd'liui.
2. L'antal. mesure de Hongrie, contenait 1)4 pintes, 13 centièmes de Paris. Le grand antal en contenait 78,18. (Paneton, p. 803). La pinte de Paris valait environ un litre (0,93 centil.).
LE COMTE IIOYM 177
se rendait compte des façons de lui plaire, insista en demandant du linge de Saxe ^ Et Flemming en expédia par l'entremise de Montargon-.
Cependant Hoym fut envoyé à Vienne en 1718 et quoique la correspondance fût moins fréquente qu'il ne l'aurait désiré, il ne cessa point d'avoir des nouvelles de ses amis de Paris et de leur donner des siennes.
Toutes ces lettres ont une .dlure charmante de grâce et de coquetterie distinguée.
i( De quoi vous avisez-vous. Monsieur, drtrc Allemand, lui écrivait Mme de Tencin, et de vivre dans votre pays''? Croyez-moi, corrigez-vous et revenez à Paris. La lettre que vous m'avez fait llionncur de m'écrire est un nouvel engagement pour vous.
« Vous savez que vous ne deviez me donner de vos nouvelles que dans le cas de me revoir bientôt. J'ai trouvé que vous écriviez trop bien pour me dispenser de votre parole. Oserai-je vous dire, Monsieur, que vous avez déjà perdu quelque chose de votre politesse ? Pourquoi par exemple écrire si bien? Il aurait été mille fois plus galant de me convaincre que j'avais tort quand je soutenais contre vous que les hommes l'emportaient sur les dames, même pour le style.
« On vous a mandé sans doute l'incendie. Si vous étiez bien curieux on pourrait même vous en envoyer le portrait. Un peintre \ qui logeait dans le même lieu, a abandonné sa maison aux flammes pour se ménager le plaisir de peindre l'embrasement. La superstition a allumé le feu ^ ; elle a voulu aussi se mêler de l'éteindre.
■1. Vie du comte Hoym, par le baron Pichon.
2. Probablement le père de l'orateur religieii.x, qui fut plus tard aumônier de Stanislas Leczinski.