‹ Les Guérin de Tencin, 1520-1758Chapitre 112 sur 241 · L'ABBE DE TENCIN A ROME · texte numérisé non relu

L'ABBE DE TENCIN A ROME

d'appel, indique par son chiffre que le délit n'était pas j^rave .

Quant à « raumône infamante », nous n'en avons trouvé trace nulle part. Du reste ce fut au lendemain de ce procès que l'abbé de Tencin fut envoyé à Rome comme conclaviste du cardinal de Bissy.

Saint-Simon insinue, il est vrai, que ce départ avait pour but d'éloigner momentanément l'abbé pour le soustraire aux brocards et laisser planer quelque temps l'oubli sur son nom. Pourtant, si le procès avait jeté réellement sur l'abbé quelque discrédit, c'eût été porter un rude défi à l'opinion publique et commettre une grave inconvenance vis-à-vis de la cour de Rome que de faire figurer aux côtés de nos cardinaux un sujet taré.

La situation de l'abbé de Tencin aurait été d'autant plus difficile quil possédait officieusement les secrets d'Etat. Il avait reçu la mission de rectifier les démarches du cardinal de Bissy qui, « vain comme un paon, plein de fantaisies, tripotier, intrigant croyait toujours tout gouverner et ne gouvernait rien ^ ».

L'abbé de Tencin avait fait jadis son apprentissage de conclaviste avec le cardinal le Camus en 1700, lors de l'élection de Clément XI. Quoique bien jeune encore, il s'était familiarisé avec la com' pontificale, les combinaisons et les luttes du Sacré-Collège. Son assurance ne lui avait point fait défaut et c'était grâce à l'initiative de ce clerc de vingt et un ans que Clément XI, d'abord effrayé de l'honneur qui lui était fait, s'était décidé à accepter la tiare"'.

Aujourd'hui l'abbé de Tencin avait acquis dans sa matu-

1. Correspondance complète de Mme la duchesse d'OrlC-ans. Traduit par G. Brunet, Paris. Charpentier 1891.

2. L"élu refusant tout d'al:)ord d'accepter le vote de ses collègues, le jeune conclaviste français s'avisa de porter au nouveau Pape le Pastoral de Saint-Grégoire le Grand et de lui lire un passage où il est dit que le refus d'un honneur ou d'une dignité peut être, en certains cas, la marque d'une fausse humilité et, parlant, d'un véritable orgueil. La leçon réussit. (Luciens Lector. « Le Conclave. »)

rite une expérience avec laquelle s'affirmait encore mieux l'instinct utilitaire des Guérin. Et puis, des ordres avaient été donnés en haut lieu. Le cardinal de Rohan et le cardinal de Bissy laissèrent à l'abbé toute la charge des intrigues et réglèrent leurs démarches d'apparat d'après le programme qui leur était cjuotidiennement fourni par Tami de Dubois et du Régent, Tencin se montra d'ailleurs à la hauteur de la situation. Actif, méticuleux, toujours sur ses gardes avec les apparences les plus aimables et les plus confiantes, il fut infatigable et, si le cardinal de Rohan, qui parlait au nom du roi de France, parut diriger l'élection, ce fut Tencin qui la fit et qui obtint les assurances les plus formelles au sujet du chapeau de cardinal que briguait Dubois. Celuici avait été sacré archevêque de Cambrai, le 9 juin de l'annnée précédente (1720), dans des conditions qui n'étaient sans doute pas anti-canoniques, mais que l'on peut considérer comme extraordinaires*. La vie de cet abbé à peine tonsuré n'avait rien eu d'ecclésiastique et son petit collet, loin de lui servir de porte-respect, n'avait donné lieu qu'à des équivoques scandaleuses. Son esprit d'intrigue lui avait sans doute été utile, mais c'étaient surtout sa faculté merveilleuse d'assimilation et sa puissance de travail qui avaient fait de lui un homme d'Etat de valeur. Peut-être avait-il accepté des cadeaux de l'Angleterre ; pourtant il apparaît que ce ne fut point là le paiement d'une trahison.

L'orientation de sa politique peut être discutable, mais elle rendit de réels services à son pays ; et la triple alliance de la Haye (14 janvier 1707), dont tout l'honneur revint à Dubois, fut un heureux événement pour la France. Cet homme, parti de si bas et parvenu à être le chef effectif du plus beau royaume de l'Europe, aurait pu se contenter d'une si étonnante fortune. Il lui sembla sans doute que sa figure peu princière, si mal rehaussée par son modeste raîbat, risquait d'être éclipsée par la pourpre de ses prédé-

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