‹ Les Guérin de Tencin, 1520-1758Chapitre 114 sur 241 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

3. Pour les détails, voir : Intrigues et missions du cardinal de Tencin, par Maurice Boutry. Emile Paul, édit. 1902.

« Monseigneur je suis sûr que la même Providence qui fera éclore la promotion de M. l'Archevêque de Cambrai avec celle du frère du Pape, pourvoiera en même temps à l'ameublement de votre appartement. »

Evidemment ces marchandages sont répugnants et l'on s'étonne autant de les voir tenter que de les voir réussir, dans des milieux où les biens de ce monde auraient dû perdre beaucoup de leur valeur. Mais il ne faut pas oublier que si la Régence fut en France une époque de corruption et de vénalité, les Etats voisins étaient profondément atteints de la même gangrène. Nos diplomates se seraient mis dans un coupable état d'infériorité s'ils n'avaient pas usé, fût-ce sur le terrain religieux, des mêmes procédés que lem's adversaires ^

Dans l'espèce, l'abbé de Tencin, en se dévouant aux intérêts du Roi, travaillait aussi pour lui-même, et le résultat de ses heureuses manœuvres fut de se faire choisir comme chargé d'affaires auprès du Saint-Siège en remplacement de Lafitau, évêque de Sisteron, dont la situation était devenue impossible.

Une dépêche du cardinal de Rolian au cardinal Dubois expose la situation et indique de quelle considération l'abbé de Tencin, soi-disant si taré, jouissait auprès de la cour de Rome et des cardinaux de France.

« M. de Sisteron ayant peu d'amis et beaucoup d'ennemis, s'étant attiré la prélature par les distinctions qu'il affectait à propos quelquefois mais souvent hors de propos, embarrassé avec les cardinaux mêmes entouré d'un nombre de gens peu estimés, il n'était pas possible qu'il eût à Rome

1. l'our prouve do ce que nous avançons, voir les uiénioires du marquis d'Argenson, t. IV, p. 73, bibl. Elzéviriennc. On y lira : « On n'a plus les secrets du secrétaire d"Etat ni de la daterie (tribunal romain chargé des affaires de mariage et des bénéfices ecclésiastiques) depuis la retraite du ca-rdinal de Tencin. Il avait a ses ordres trois ou quatre fripons de Romains qui le servaient par affection et par analogie. »

Toujours est-il que ces fripons étaient bien utiles et que le gouvernement français se trouva fort embarrassé quand le rouage, créé jadis par l'abbé de Tencin, vint à manquer.

Page 1