Collection du marquis de Monteynard
« Je voudrais faire en sorte, mon frère, de ne manger que mes revenus. Pour cela, il faut les faire valoir le mieux qu'il est possible. Je dois compter sur dix à douze mille écus romains de dépense par an. Je n'en reçois qu'un peu plus de la moitié de la Cour, et actuellement l'écu romain vaut encore huit livres. Si le change pouvait baisser je serais sur pied. »
Il faut observer que toutes ces lettres sont écrites par Tabbé à son propre frère. Elles offrent donc un caractère de franchise et de simplicité qui doit prévaloir sur tout autre document. On avouera qu'il n'est guère possible, d'après cette correspondance, de retrouver l'homme « dévoré d'ambition, âpre au gain et insatiable d'honneurs » que l'on a dépeint jusqu'ici .
M. de Pressiat, son secrétaire, ne jouait donc pas le rôle d'un flatteur intéressé quand il écrivait * : « M. de Tencin est très digne de l'emploi du ministère qu'il remplit : il est très sage, très honnête et si réservé qu'il est impénétrable ; assidu et laborieux, il voit et attire chez lui très noblement tout ce qu'il y a de plus relevé dans la Cour et surtout ce qui a rapport à la personne et à la famille du Pape... Depuis trente-six ans que je suis ici, je n'ai pas vu un ministre qualifié y réussir aussi bien que M. de Tencin. »
C'est que l'abbé joignait à ses qualités sérieuses de diplomate une amabilité et un esprit qui charmaient tout le monde, princes de l'Eglise, grands seigneurs et princesses. Fort habilement, il savait faire de la diplomatie dans le temps môme qu'il semblait se divertir. A ce sujet, il fait à sa sœur Mme de Tencin, un amusant tableau de son existence-.
« J'allai hier chez le connétable Colonna, où je fis quelques friponneries avec safdle^.
1. Lettre à un commis du ministère. Intrigues el missions du cardinal de Tencin, par M. Boutry, note 1, p. 78.
2. Lettre de l'abbé de Tencin. mai 1723. Mémoires du président Hénault. p. 330 et suiv.