Depuis, la princesse Borghése
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(( 11 ny a pas de jour que dans Rome on ne me donne
quelque nouvel emploi en France. Tantôt c'est les Affaires étrangères, tantôt la Surintendance des finances, d'autres fois le cardinalat. Autant que ces nouvelles sont folles, autant prouvent-elles que l'on a de l'amitié pour moi.
(( Le roi d'Angleterre après m'avoir fait mille amitiés,
m'a parlé de façon à me faire croire qu'il me donnerait de tout son cœur sa nomination.
(( Quand je serai une fois évèque, si M. le cardinal
Dubois le veut, mon chapeau serait plus sûr que ne l'a été, j'ose le dire, le sien avant que je m'en sois mêlé...
(( Je vous quitte pour aller au Rosaire. Il faut que vous sachiez que dans presque toutes les maisons on le dit tous les jours. Ensuite on danse, on joue et on soupe à onze heures. »
A la fin, le désir qui pointait, grâce aux bonnes dispositions du roi d'Angleterre, se fait jour violemment :
« Tirez-moi d'ici ; je suis déshonoré de n'être point placé ; ma santé s'use ; dix ans de vie valent mieux cpie la fortune que je pourrai faire. »
Mais en réalité cette fortune est lente à venir ; sa situation pécuniaire est toujours médiocre et il indique à sa sœur un moyen de l'améliorer : « S'il était possible de faire passer par moi ce qui va au roi d'Angleterre, ce serait une bonne atïaire. Il y aurait vingt-quatre mille livres à gagner par an sur le pied où sont les choses. »
Il va de soi qu'il s'agit là d'une « commission » normale et non pas d'une frauduleuse soustraction. De même, le terme de « friponnerie » n'indique nullement d'immorales privautés. D'ailleurs sur ce point, justice a été rendue à l'abbé de Tencin, car jamais personne n'a signalé une maîtresse dans sa vie \
1. Bachaumont a pourtant risqué la révélation d'une intrigue que l'archevêque de Tencin aurait eue avec une inconnue et dont le fruit aurait été Mlle de Lespinasse. Le marquis de Ségur a démontré victorieusement l'absurdité de cette affirmation. iJulie de Lespinasse , Calmann-Lévy, p. 10.)
iO>i LUS GUERIN DE TENCIN
Mais pour les galanteries de pure forme et les agaceries plaisantes, il ne s'en privait point :
« J'allai hier chez le cardinal Alexandre ; je friponnai un peu avec dona Agnès. »
A peu de temps de là : « J'allai hier me délasser à la musique du cardinal Colonna et ensuite faire quelques friponneries dans la maison Celariccini. »
La musique italienne l'a séduit : « Je commence à sentir, avoue-t-il, qu'elle prend furieusement dans mon esprit le dessus sur la nôtre. » '
Mais pourtant son chauvinisme se réveille et il prie Mme de Tencin d'engager M. de La Lande à lui envoyer quelques-uns de ses motets, « pour pouvoir mettre la musique française en honneur en ce pays-ci », déclare-t-il avec un sentiment patriotique digne d'attention.
Mais tant d'efforts étaient onéreux et son personnage devenait fatigant à soutenir. Il s'en effrayait dans ses coniidences à sa sœur * : « La considération que l'on a ici pour moi est, entre vous et moi, fort au-dessus de mes forces et de ma capacité. »
Pour s'en tirer honorablement, il était obligé de porter sur son mémoire au ministre de France des articles singuliers, tels que « des rafraîchissements offerts au théâtre et un habit pour Mme de Guadagnole, dont on n'a pas cru devoir lui demander le paiement ». Dubois lui-môme estima que ces sortes de frais, quelque intérêt diplomatique qu'ils pussent avoir, ne devaient point figurer sur des comptes officiels ; et l'habit de Mme de Guadagnole demeura aux frais du pauvre abbé qui ne devait tirer aucun avantage compensateur de sa générosité forcée.
Il eut également maille à partir avec Dubois au sujet d'un paquet de lettres destinées à Lafitau et dont l'abbé de Tencin , n'avait pas hésité à prendre connaissance. Une verte mercuriale lui fut adressée à cette occasion : « De tous les incon-