‹ Les Guérin de Tencin, 1520-1758Chapitre 122 sur 241 · LABBE DE TENCIN A ROME · texte numérisé non relu

LABBE DE TENCIN A ROME

plus mauvaise école où puisse être un jeune homme. Ce n'est pas que j'aie aucun lieu de me plaindre de lui. Il se conduit tort bien ; mais on respire ici un air d'oisiveté et de mollesse pernicieux aux hommes de son métier, et on n'y apprend rien de bon.

« Je vous prie de remarquer que je ne suis pas plus exact que vous à vous écrire. Ce n'est pas assurément que je manque d'occupation; il y a par exemple neuf heures d'horloge que je travaille sans discontinuation.

« Je me délasse en m'entretenant avec vous et en vous assurant que je vous aime de tout mon cœur. J'en dis autant à la Groslée. »

Ce que l'on trouve de plus fréquent dans cette correspondance, c'est la préoccupation de faire honneur à sa situation et de payer ses dettes régulièrement, sans jamais l'isquer de causer le moindre tort à ses créanciers.

A cette époque, la propriété d'agrément de la famille était Crolles, le curieux château, à la grande façade flanquée de deux tours carrées, qui occupe dans la vallée, à quinze kilomètres environ de Grenoble, une situation délicieuse pour sa fraîcheur et son calme.

C'était là que le Président passait les beaux jours ; mais le domaine était indivis, et l'abbé de Tencin, obligé de réaliser des terres, n'avait voulu toucher à aucune parcelle de Crolles. En revanche, il s'était défait du « fief des Beaumont », c'est-à-dire de la Tour et de ses vignes, comme aussi de diverses terres des environs de Romans. Ainsi passaient ' en poudre d'or, jetée aux yeux des Romains pour le prestige de notre ambassade, les domaines laborieusement acquis jadis par les juges Guérin.

Les circonstances rendaient obligatoires de tels sacrifices. D'ailleurs, l'abbé espérait bien qu'ils lui seraient comptés et qu'une dignité rémunératrice deviendrait la récompense de son dévouement. La vie continuait donc pour lui sans trop de mélancolie, car il aimait le monde et il trouvait dans le clergé même de gais commensaux.

« J'eus hier à dîner, mande-t-il à sa sœur', M. Lambertini"^ et M. Fiorelli, deux prélats des meilleures têtes qu'il y ait. »

« J"ai eu sur le soir, écrit-il encore quelques jours après, une fort bonne compagnie chez moi, qui est M. Lambertini " qui, avec beaucoup de mérite d'ailleurs, est le premier comique qui soit au monde. »

Et un peu plus tard : « Hier, je demeurai une heure en tête à tête avec la reine d'Angleterre. » Mais cette fois il ne dit pas s'il « friponna ».

Par exemple, d'un autre côté, il eut quelque déboire : « Les opéras, dit-il à son frère % ont commencé et sont fort mauvais. J'en suis fort fâché parce que c'est un plaisir que je puis prendre ici et que je prends volontiers. »

Cependant la santé du cardinal Dubois commençait à donner des inquiétudes et Innocent XIII en était fort anxieux.

« Sa Sainteté m'a parlé de la santé de Votre Eminence », écrit Tencin au Ministre, son ami^ «Je tomberais de bien haut m'a-t-elle dit, si je venais à le perdre, consolezmoi. »

« J'ai répondu que j'avais des nouvelles sûres et fraîches, que ma sœur, qui ne s'intéressait pas moins que lui et moi à cette santé précieuse, m'avait écrit le jour du départ du dernier courrier, qu'elle avait eu deux fois de vos nouvelles ce jour-là et que vous vous portiez fort bien. Le Pape m'a dit en badinant : « Puisque votre sœur aime si fort le cardinal, je ne souffrirai plus qu'elle m'embrasse. »

« Cela a rapport à une autre conversation que j'avais eue avec lui. Votre Eminence voit qu'elle est obligée en cons-

, 1. Février 1723. Mémoires du président llénanU, p. 307.

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