Intrirpies et Missions, par M. Boutry, p
L'ABBE DE TENCIN A ROME il 3
cience de dédommager ma sœur de ce qu'elle perd de ce côté-ci... »
Voilà une plaisanterie qui sérail bien cynique et bien lourde si Tencin avait eu connaissance de la liaison intime de sa sœur avec Dubois. L'abbé, si dépourvu de sens moral qu'il eût été comme on l'a prétendu, avait assez de discernement pour ne pas s'abaisser ù une grossière facétie.
Il semble donc certain qu'il ne mettait dans ses propos qu'une innocente malice, et alors, devant une ignorance aussi naïve, on serait tenté de se demander si réellement tout ce qu'on a raconté sur Mme de Tencin et Dubois est bien exact. . Car les seuls témoignages que Ton possède sur ce point sont de seconde main ou émanent de personnages dont la bonne foi est suspecte*.
Mais d'autre part, toutes les apparences sont en faveur de l'affirmative, car la vertu de l'un ou de l'autre des deux intéressés ne saurait y faire obstacle. Seulement il est très probable que la liaison fut passagère et qu'elle se transforma ensuite en une amitié doublée d'une sorte d'alliance, avantageuse pour les deux parties.
1. Le seul témoignage positif qui nous soit donné se trouve dans La vie privée du cardinal Dubois. Son secrétaire, la Houssaye, raconte qu'un soir que Dubois était couché, on dut lui faire signer des dépèches. La Houssaye, en sortant de chez le ministre, trouva dans l'escalier dérobé Mme de Tencin encapuchonnée, et celle-ci, le prenant pour le valet de chambre qui devait l'introduire, lui demanda le chemin, lui disant : « Ouvrez la porte, vous devez bien croire que je viens ici par ordre. »
Toute cette scène est détaillée, p. 277, 278. 279. 280 et 281 de l'ouvrage précité. On remarquera d'abord cette anomalie d'une maîtresse obligée de demander son chemin en un lieu qui devait lui être si familier. Et puis, il ne faut pas oublier que l'ouvrage en question fut l'œuvre d'un maltrechanfeur, ainsi que lui-même le déclare naïvement dans sa préface dont voici le début :
« Je ne composai cet écrit que pour intimider Mme sa Succession qui ne voulait point entendre parler de gratification, et par une espèce de vengeance de ce que ce premier Ministre, duquel j'avais été le secrétaire pendant sept ans, n'avait rien fait pour moi. »
Quelle confiance peut inspirer l'homme qui osa écrire un pareil aveu? Du reste, il est si mal renseigné sur les personnes dont il parle qu'il présente Mme de Tencin comme une ancienne chanoinesse aux Jacobines de Monlargis. (!)
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Lorsque l'abbé Dubois fat nommé cardinal, son âge et sa santé déjà profondément atteinte, devaient lui permettre de conserver quelque dignité dans le sacerdoce. Qui sait même si ce ne fut point cette considération physiologique qui l'empêcha si longtemps de se faire ordonner. Ce qui demeure certain, c'est qu'il était le meilleur appui de l'abbé de Tencin et que sa mort S survenue le 10 août (1723), fut une grande perte pour le cliargé d'affaires à Rome.
La situation était d'autant plus difficile que depuis le 2 mars Louis XV avait notifié sa majorité et que le jeune souverain, tout en conservant un grand attachement pour le duc d'Orléans, n'aimait guère le personnel bigarré du Palais- Royal, dont les corruptions de toutes sortes avaient été si peu utiles et si scandaleuses.
Il s'en fallait que Tencin eût été une créature du Régent ; mais il ne crut pas pouvoir mieux faire que de se rattacher à cet oncle du Roi, dont l'influence demeurait considérable. La lettre qu'il lui écrivit à l'occasion de la mort du cardinal Dubois est merveilleuse d'habileté.
« En mon particulier, je ressens aussi bien vivement cette perte ; elle m'enlève un ami qui était en état de rendre des
1. A cette occasion, on peut observer dans les mémoires du temps une contradiction qui montre à quel point il est utile de ne pas se contenter d'un unique témoignage pour se faire une opinion. Saint-Simon écrit (t. XXXVIII, p. 114): « M. Dubois (neveu du défunt) chanoine de Saint- Honoré ne voulut presque rien toucher de cette riche succession ». Et l'auteur, désireux de noircir un peu plus le portrait qu'il a déjà fait du cardinal Dubois pendant sa vie, explique les scrupules du chanoine touchant cette fortune « scandaleusement gagnée ». Il avait peur, assure Saint-Simon, qu'elle ne lui portât malédiction. Mais dans le Journal de Buvat, nous trouvons une indication précieuse (t. II, p. 4jÙ)) : « M. Dubois, l'héritier [)rofita encore d'une cassette pleine d'or que le chanoine son fils n'oublia pas d'emporter aussitôt qu'il vil que le Cardinal était mort, sans parler de l'argenterie, des bijoux, des pierreries et des meubles précieux. »
,Et nous apprenons à la même source que les héritiers trouvèrent la succession si peu dangereuse en malédictions divines qu'ils forcèrent le valet de chambre à leur remettre un diamant que le Cardinal, à ses derniers moments, avait donné à son serviteur en signe de reconnaissant' pour son dévouement de longue date.
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témoignages non suspects de mon dévouement à Votre Altesse Royale; j'ose dire de mon admiration.
« La confiance dont on savait que vous l'honoriez, Monseigneur, celle qu'on était persuadé (ju'il avait eue en moi, me soutenaient ici dans le crédit nécessaire quoiqu'on ne me vît recevoir aucune grâce de la Cour; mais présentement que ce soutien me manque, il est bien dangereux que les choses ne changent si je ne reçois des manpies de bienveillance de Votre Altesse Rovale dans la distribution de ses grâces, ' »
A la fin de la môme année, le duc d'Orléans mourut à son tour dans les bras de cette Mme de Phalaris pour laquelle l'abbé de Tencin et son frère se montraient jadis si aimables au jeu.
Ce fut un nouveau coup, et l'abbé, dans une lettre à sa sœur, résume clairement sa situation'.
« M. d'Orléans ne m'a, Dieu merci, fait aucun bien.
« Il est bien triste pour mes envieux de n'avoir à me reprocher que mon attachement au Système et le procès deMerlou.
« Si je suis coupable du Système, je le suis avec ceux-là mêmes qui gouvernent. Je veux bien qu'on croie que j'ai profité ainsi que beaucoup d'autres. Mes amis savent le contraire. Quant à Merlou, je voudrais qu'il fût possible que le Roi me donnât des commissaires pour revoir cette affaire. La médisance et la malignité se trouveraient confondues et forcées d'avouer qu'on ne pouvait se conduire avec plus de probité et plus d'honneur que j'ai fait. Le sentiment de M. le Nonce ^ et de M. Chevalier ' sur cet article ne devrait pas être suspect. »
Bientôt une nouvelle mort, prévue celle-ci depuis plusieurs mois, allait donnera l'abbé de Tencin l'occasion de se mettre de nouveau en lumière. Le 7 mai's, Innocent XIII rendait le