‹ Les Guérin de Tencin, 1520-1758Chapitre 126 sur 241 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Les occupations de Mme de Texcin a Paris. — Le président de Ten-

CIN DÉLABRE SA SANTÉ. — MmE DE FeRRIOL ESSAIE DE POUSSEU

Mlle Aïssé dans les p.ras du Régent. — Le banquier Cottin pré- .sENTE La Fresnaye a jMme de Tencin. — Leur liaison rapide et intime. — L'affaire La Grye et le vol dont La Fresnaye est victime. — Son RÔLE de coquin. — Mme de Tencin commence a se méfier de lui et prend ses précautions. — Elle refuse de le recevoir, puis, par pitié, y consent de nouveau. — La ruinedeLa Fresnaye. — Ses dernières ressources, ses tentatives auprès de Mme de Tencin. — Il se tue d'un coup de pistolet. — Le Grand Conseil intervient. — Le Chatelet s'interpose. — Conflit entre les deux juridictions aux dépens de Mme de Tencin. — Elle est arrêtée et conduite dans les prisons du Chatelet, puis a la Bastille. — Le testament DE La Fresnaye. — Le second pli mystérieux. — Procès contre la mémoire de La Fresnaye qui est flétri par le jugement, tandis

QUE l'innocence DE MmE DE TeNCIN EST PROCLAMÉE ET AFFICHÉE AU COIN DES RUES. — Mme DE Te.vJCIN MALADE SE RETIRE A PaSSY.

Pendant le long séjour de l'abbé à Rome, Mme de Tencin avait continué son existence d'homme d'affaires et de femme affairée; Mme de Ferriol avait commencé à vieillir entre son vieux mari et son vieil amant ; le grave président de Tencin était venu se dévergonder à Paris, et Mme de Groslée avait partagé ses paresses entre son château près de Lyon et l'hôtel de sa sœur, dont elle ralentissait parfois l'activité.

« Nous n'irons point vendredi chez vous, mon cher Comte, écrit Mme de Tencin au comte Hoym', parce que ma sœur se fait saigner par le conseil de M. Chirac et qu'elle est trop parçsseuse pour laisser passer une saignée sans la traiter

1. (1721.) Lettre inédite, papiers du baron Pichon. Collection de M. G. Vicaire.

Comtesse de Groslée.

Portrait attribué à Pierre Migaard, neveu du grand Mignard.

I Collection des tableaux de /'uinille du marquis de La Tourelle, i

Cliché de M. de Covnart.

par plusieurs jours de repos. Elle dit que nous irons vous voirie premier jour qu'il pleuvra et dans le temps que vous espérerez le moins. Bien entendu que vous serez occupé de ses plaisirs. Adieu, mon cher Comte, je vous embrasse de tout mon cœur . ' »

Pour le président de ïencin, on peut dire que ni la dignité de sa situation, ni le respect de sa famille ne modéraient ses instincts et que, malgré les conseils de l'abbé, il « délabrait sa santé », surtout à Paris oii il venait fréquemment dans ce but. On a vu qu'il avait été l'amant de Mme de Raucourt, la mère de la duchesse de Phalaris, et un soir, dans un bal costumé, il s'avisa de serrer de près cette dernière. Mais le Régent, qui, à ce moment, avait de bonnes raisons pour ne point aimer de telles façons, s'interposa — « Masque, dit-il, c'est trop de la mère et de la fdle. » Et le Président, se voyant reconnu, se retira sans se le faire dire deux fois. Mais on entendit quelque temps après dans le bal un vaudeville plaisant; c'était une très ancienne chanson que l'on chantait en canon :

Fallarira dondène, fallarira dondé Trois petits couteaux dans une gaine, L'un est rouge, l'autre blanc, L'autre est emmanché d'argent fallarira, etc "-...

Un peu plus tard les déportements de ce haut magistrat devinrent tels que « son curé se refusa à dire la messe devant lui'^ ». Alors le cadet n'hésita pas à tancer vertement

1. Nous voyons, par cette formule finale, se conflrmer notre idée touchant les relations d'Hoym avec Mme de Tencin. De telle sorte que si nous avons supprimé quelques amants à Alexandrine, nous lui en accoedons un nouveau.

2. Les trois petits couteaux étaient les trois amants de la duchesse : le marquis de Tessé, Lévy et Préaux. Ainsi le Régent apprit qu'il avait des précurseurs (Mathieu Marais, t. XI, p. 2).

3. Lettre inédite de l'archevêque de Tencin, 29 janvier 1723. Collection du marquis de Monteynard.

son aîné. L'abbé venait d'être nommé archevêque, et cette dignité lui donnait assez d'autorité pour compenser celle de la naissance.

« Il n'y a personne, écrit-il au Président, de quelqu'état, de quelque condition que ce soit, parents, amis, dévots, gens du monde, qui ne trouve que votre vie n'est convenable ni à votre âge, ni à votre état. Cette madame dont vous parlez est une c****, dont la présence du mari ne sauve rien. Est-ce que, si vous ne vouliez que compagnie, vous n'en trouveriez pas dans votre famille et dans une classe un peu plus convenable? Croyez-vous que l'on n'ait pas remarqué à Paris que vous ne voyiez que deux personnes, toutes deux également suspectes 1 Croyez-vous qu'on ne constate point que vous négligez vos enfants, que vous êtes dérangé dans vos affaires, que vous faites des dépenses mal entendues? Vous allez encore vous affliger. La façon dont vous m'avez écrit ', où se reconnaît en même temps votre amitié pour moi, et, si vous me le permettez, votre aveuglement, exige de moi que je vous parle avec cette franchise, disposé à prendre ensuite le parti le plus sage, sans jamais varier sur la tendresse que j'ai pour vous et que je vous confirmerai jusqu'à la mort, w

Mme de Tencin joignit ses objurgations à celle de l'archevêque.

« Tout ce que je puis vous dire, c'est que je vous aime comme moi-même, que tout ce que j'ai est à vous sans aucune réserve, que je demande seulement l'ordre, la décence qui convient à chacun selon son état -, et que, ayant le cœur et l'esprit aussi droits que vous les avez, il est fâcheux que vous ne vous aperceviez pas des choses qui peuventy être contraires.

1. Cette lettre datée du 15 février 1723 est la suite d'une première mercuriale, datée du 29 janvier de la môme année, à la suite de laquelle le Président n'avait allégué que de piteuses excuses.

2. Cette lettre prouve bien que Mme de Tencin n'eut point la conduite scandaleusement débauchée qu'on lui a prêtée. Sans quoi elle ne se serait pas risquée à faire de telles observations à son frère dont la riposte eût été troj) facile.

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