‹ Les Guérin de Tencin, 1520-1758Chapitre 128 sur 241 · En · texte numérisé non relu

En

tout fut inutile ; plus la clame voulait faire sentir les avantages d'une telle conquête, plus Mlle Aïssé en montrait d'éloignement. Elle se jeta à ses pieds pour la prier de ne plus lui parler de la passion du duc, assurant que si l'on continuait à la tourmenter sur ce sujet, elle se mettrait dans un couvent ou se retirerait dans le fond de quelque province. »

En réalité, son cœur, sinon le reste, avait déjà été conquis par le chevalier d'Aydie, un des libertins sceptiques de la société du Grand-Prieur ^ qui se purifia aux; rayons des yeux de la belle Circassienne au point de devenir un amant fidèle et pour un peu un époux.

Ces demi -vertus faisaient prime sous la Régence, et peu s'en faut que Mlle Aïssé, pour s'en être tenue à un seul amant, n'ait obtenu les honneurs décernés par l'Histoire aux Suzannes et aux Lucrèces.

Mme de Tencin avait certainement moins de vertu mais plus de simplicité, et cette raison, sans aller jusqu'à la supposition d'une rivalité touchant le chevalier d'Aydie, suffirait à expliquer l'antipathie que ces deux femmes éprouvaient l'une pour l'autre.

Mme de Tencin, pour un amant perdu, en retrouvait un autre et, à peine Dubois était-il mort, qu'on la vit se lier avec un conseiller du Grand Conseil nommé La Fresnaye. Ce personnage, qui allait devenir l'occasion du drame le plus affreux pai* lequel une existence de femme puisse être à jamais assombrie, se présentait sous les dehors séduisants d'un « homme de six pieds et plus de haut et qui pouvait servir les dames - ». Son père était subdélégué d'intendant d'Alençon et lui-môme, avant de devenir avocat du Grand Conseil puis conseiller, avait été capitaine de patache à l'île de Ré et banquier expéditionnaire en cour de Rome. C'était grâce à ces dernières fonctions qu'il était entré en relations avec

1. Chevalier Philippe de Vendôme, célèbre par ses drbauchcs et ses réunions du Temple, auxquelles d'Aydie prenait pari.

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