Arch. nat., Y
On atteignit ainsi les premiers jours d'avril sans grands changements. Pourtant depuis deux mois La Fresnaye faisait ciuirger tous les matins son pistolet de poche par son domestique et le faisait décharger tous les soirs \
Le 5 avril, il se fit annoncer chez M. de Sacy, avocat au Grand Conseil, qu'il n'avait pas vu depuis trois ans. Il est vrai que M. de Sacy, alors âgé de soixante-douze ans, sortait fort peu. Lorsqu'il vit entrer La Fresnaye, il fut si frappé de l'altération de ses traits qu'il ne piit sempècher de lui demander s'il était malade; à quoi le visiteur répondit :
« En effet, je suis tourmenté par une fistule qui me jette dans de grands chagrins... Il me faudrait garder la chambre, et même le lit... »
Puis il présenta à M. de Sacy deux enveloppes. Sur lune était écrit : A M. de La Fresnaye, 5 avi'il i7f26. Sur l'autre : Ceci est mon testament.
« En cas de mort, ajoula-t-il, je vous demande de déposer ces plis chez un notaire pour qu'ils soient ouverts par lui en présence de mes créanciers. »
M. de Sacy essaya de le réconforter, en s'étonnant que pour un mal si peu dangereux il prît de semblables précautions.
« On ne sait jamais qui vit ou qui meurt, répondit simplement La Fresnaye en prenant congé ^. »
Enfin, le 6 avril, il arriva chez Mme de Tencin vers dix heures du matin.
Celle-ci, souffrante depuis trois mois, se tenait la plupart du temps dans sa chambre. Ce fut là que La Fresnaye la trouva avec quelque compagnie : sa sœur Mme de Groslée, le jeune chevalier de Tencin, l'abbé de Gayrande, docteur en Sorbonne et l'abbé Veyret^', aumônier de M. l'archevêque d'Embrun, en ce moment à Paris.